Saint Jean-François Régis

de la Compagnie de Jésus

Fête : 16 juin 17ᵉ siècle • saint

Résumé

Prêtre jésuite du XVIIe siècle, Jean-François Régis consacra sa vie à l'évangélisation des campagnes du Vivarais et du Velay. Surnommé l'Apôtre du Velay, il se distingua par son zèle infatigable, sa charité envers les pauvres et la fondation d'œuvres sociales. Il mourut d'épuisement lors d'une mission à La Louvesc en 1640.

Biographie

SAINT JEAN-FRANÇOIS RÉGIS,

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS

Officium prædicationis Patri misericordiarum omni sacrificio est acceptius, maxime si fuerit studio charitatis impositum.

L'office de la prédication est plus agréable au Père des miséricordes que toute espèce de sacrifice, surtout quand on l'accomplit avec une ardente charité.

S. François d'Assise, in suis Opus. collat. 17.

Quoique moins remplie d'événements extraordinaires que celles de beaucoup d'autres saints Apôtres, la vie de saint Jean-François Régis n'en est pas moins propre à nous donner le spectacle édifiant de toutes les merveilles que la grâce a coutume d'opérer dans les âmes. Un désir immense de procurer la gloire de Dieu; un courage que nul obstacle, que nul danger ne rebutèrent jamais; une application infatigable à la conversion des pécheurs; une douceur inaltérable qui le rendait maître des cœurs les plus rebelles; une inépuisable charité pour les pauvres; une patience à l'épreuve de toutes les contradictions et de tous les mauvais traitements; une fermeté que les menaces et la vue même de la mort ne purent jamais ébranler; l'humilité la plus profonde, l'abnégation la plus entière, le dépouillement le plus absolu, l'obéissance la plus exacte, une pureté d'ange, un souverain mépris du monde, un amour insatiable pour les souffrances, en un mot, toutes les vertus par lesquelles on se sanctifie soi-même et on sanctifie les autres, tel est le résumé de cette admirable vie.

Jean-François Régis naquit le 31 janvier de l'an 1597, à Fontcouverte, dans le diocèse de Narbonne, d'une famille qui s'était signalée par sa fidélité

SAINT JEAN-FRANÇOIS RÉGIS, DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 87

à la foi catholique dans un pays hérétique. Son père, Jean de Régis, était fils d'un cadet de la maison des Desplas, sans contredit l'une des plus illustres du Rouergue, et sa mère, Madeleine d'Arse, était fille de M. d'Arse, seigneur de Ségure, très-brave et très-digne gentilhomme. Notre Saint fut tenu sur les fonts du Baptême par François de Brettes de Turin, baron de Péchairic, et par Claire d'Aban. Encore enfant, il se faisait déjà remarquer par sa piété. Il était né apôtre, il le fut dès le collège. Son zèle s'exerça sur ses compagnons d'études, dont plusieurs s'amendèrent par ses exemples et par ses conseils. Ses entretiens n'étaient que sur les choses de piété ; il en parlait avec tant d'onction et de vivacité, qu'il inspirait à tous l'amour de la vertu. Plusieurs de ceux que sa piété édifiait, pour être plus à portée de ses conseils et de ses exemples, vinrent habiter la même maison que lui. Non content d'être lui-même leur règle vivante, il composa une règle écrite. Les heures d'étude étaient fixées, les conversations inutiles interdites, on lisait pendant le repas un livre de piété. Il y avait examen de conscience le soir ; tous les dimanches on communiait et on entendait la parole de Dieu. Régis se trouvait chef d'une petite communauté la plus régulière et la plus exemplaire. Il vécut de la sorte jusqu'à l'âge de dix-huit ans. Une maladie très-grave qu'il fit alors et dont Dieu le délivra lorsqu'on s'y attendait le moins, changea en résolution invincible le désir qu'il nourrissait dès longtemps de consacrer sa vie au salut des âmes.

Le 8 décembre de l'an 1616, dans sa dix-neuvième année, il entra comme novice, à Toulouse, dans la Compagnie de Jésus. Dès les premiers jours, il se fit admirer des plus fervents. Il ne trouva rien de pénible dans la Règle, accoutumé dès longtemps à tout ce qu'elle prescrit : silence, recueillement, humilité, obéissance, abnégation, mortification. Une des épreuves auxquelles on soumet les novices, dans la Compagnie de Jésus, c'est de les envoyer à l'hôpital pour les accoutumer à vaincre leur délicatesse et à exercer les plus pénibles ministères de la charité chrétienne. Régis fut admirable dans cet exercice. Les malades les plus rebutants étaient ceux auxquels il s'attachait de préférence : il les consolait, il aidait à panser leurs plaies, il faisait leur lit, et cela avec un épanchement de cœur qui montrait assez qu'il ne voyait que Jésus-Christ dans la personne des pauvres.

Son noviciat fini, Régis reprit ses études d'éloquence et de philosophie, comme c'est l'usage chez les Jésuites. L'ardeur qu'il avait mise à se rendre pieux, il l'apporta de même à acquérir la science. Toutefois, chose assez peu ordinaire, son application à l'étude ne diminua en rien sa piété. La réputation de sa sainteté perça au dehors, et, quand il sortait, ceux qui le voyaient passer le montraient sous le nom de l'Ange du Collège. Ce fut pendant qu'il étudiait la philosophie à Tournon qu'il débuta dans la carrière des missions, où il devait plus tard opérer tant de merveilles. Il entreprit la sanctification du bourg d'Andance. Le succès de cette première mission du grand serviteur de Dieu fut admirable. On vit les vices qui régnaient le plus dans ce bourg, l'ivrognerie, les jurements, l'impureté bannis, et le fréquent usage des Sacrements rétabli. L'odeur de sainteté qu'il y laissa, subsiste encore aujourd'hui. C'est là qu'il établit, pour la première fois, la Confrérie du Saint-Sacrement, pour ramener parmi les fidèles le culte de la divine Eucharistie. Il dressa lui-même les règlements d'une si sainte institution, qui depuis s'est répandue partout, mais dont on doit reconnaître pour fondateur Régis, âgé seulement de vingt-deux ans.

Quoique Régis eut recueilli des fruits si abondants dans cette première mission, ses supérieurs l'appelèrent cependant, au moins pour un temps, à

d'autres occupations. En 1625, il fut désigné pour aller enseigner les belles-lettres dans la ville du Puy. Là il fut le modèle des professeurs : tout entier à ses élèves, il ne s'occupait que de ce qui pouvait les faire avancer dans la science et dans la vertu. Il se préparait à faire sa classe, comme à une affaire de la plus grande importance ; la préparation à laquelle il était le plus fidèle, c'était d'aller prier devant le saint Sacrement. Des exhortations à la piété, courtes et vives, se mêlaient d'elles-mêmes à ses enseignements, et produisaient les plus heureux effets sur les esprits des jeunes gens. Il avait pour ses élèves la tendresse d'une mère. Il s'empressait particulièrement de soulager ceux qui étaient pauvres. L'un d'eux, Jacques Gigon, étant dangereusement malade, Régis s'approcha de son lit, fit le signe de la croix sur lui en disant : « Ayez bon courage, mon fils, vous guérirez ; Dieu veut que vous le serviez désormais avec plus de ferveur que vous n'en avez fait ». Aussitôt l'enfant se trouva mieux, et en quelques jours il fut guéri.

En 1628, il fut envoyé à Toulouse pour y étudier la théologie. La nuit, il sortait secrètement de sa chambre et se rendait à la chapelle de la maison. Le supérieur en fut averti. « Ne troublez pas », répondit-il, « les entretiens de cet ange avec son Dieu. Ce jeune homme est un Saint, et je serais bien trompé si l'on ne célébrait pas sa fête quelque jour dans l'Église ». On ne douta pas que ce supérieur, qui était le Père François-Tarbes, homme trèspieux et très-austère, n'eût été éclairé extraordinairement de Dieu sur l'éminente sainteté du jeune théologien.

Régis fut ordonné prêtre en 1630. Il célébra sa première messe avec une dévotion si tendre, qu'il ne fit que fondre en larmes pendant les sacrés mystères : les assistants ne purent s'empêcher de pleurer eux-mêmes. Ils croyaient voir un ange à l'autel, par sa modestie et par le feu divin qui brillait sur son visage. Le respect et la sainte frayeur que la présence de Jésus-Christ imprimait dans son âme, paraissaient dans toute sa personne.

Les pestiférés de Toulouse eurent les prémices du ministère de notre Saint. Ses supérieurs, qui craignaient d'exposer sa jeunesse, ne lui accordèrent, qu'à force d'instances de sa part, la permission d'aller servir et consoler les victimes du fléau. Mais la permission obtenue, l'héroïque jeune homme ne s'épargna guère. Il voulait mourir martyr et gagner le ciel par un effort unique et violent.

Comme la piété vaut mieux encore que la science, c'est par des exercices de piété que saint Ignace a voulu non-seulement commencer, mais encore terminer et compléter l'instruction et la formation de ses enfants. Une année entière, vouée uniquement à la piété, couronne heureusement l'admirable éducation des Pères Jésuites. Il est inutile de dire comment Régis passa cette dernière année de noviciat ; comme il n'y a pas de bornes à la sainteté, la sienne s'accrut encore à cette occasion.

Un ordre du général de la Compagnie le tira de sa retraite et l'envoya à Fontcouverte pour y régler certaines affaires de famille. Cependant les choses du ciel continuèrent de l'occuper beaucoup plus que celles de la terre. Les matins, il prêchait au peuple et faisait le catéchisme aux enfants : après quoi il entendait les confessions de tous ceux qui se présentaient. Le soir, un peu avant la nuit, il faisait un second sermon. Le reste du jour était employé à visiter les pauvres, et même à mendier pour eux. Ses frères en rougissaient et lui reprochaient d'oublier sa naissance. Un jour, comme il traversait la place, portant sur ses épaules une paillasse à un malade, le Saint fut hué par des soldats à qui ce spectacle parut nouveau.

Les frères de Régis résolurent alors de mettre des bornes à ce zèle qui

l’exposait à la risée publique. Ils lui parlèrent de bienséance. Il répondit que toutes les ignominies du monde ne le détourneraient pas des exercices de la charité. — « A la bonne heure », répliquèrent les frères, « exercez les œuvres de miséricorde ; mais ne le pouvez-vous sans nous couvrir de confusion, en vous rendant ridicule par les scènes que vous donnez en public ? » Régis répondit alors que ce n’est pas en s’humiliant que les ministres de l’Évangile déshonorent leur caractère ; que, pour lui, il était bien résolu à régler sa conduite par les vertus de l’Évangile et non par les maximes du monde. Mais ce qui le justifia mieux que toutes les paroles qu’il aurait pu dire, ce fut le changement de mœurs qu’il opéra dans toute la ville.

Les conversions nombreuses opérées à Fontcouverte déterminèrent les supérieurs de Régis à le destiner uniquement aux missions : l’été il évangélisait les villes, et l’hiver les campagnes.

Il commença par Montpellier ; son langage était simple et populaire, mais le feu de la charité, dont il était brûlé au dedans de lui-même, donnait à ses discours une puissance telle que toute la ville venait l’écouter, et que personne ne pouvait l’entendre sans fondre en larmes. On sortait de ses instructions la contrition dans le cœur, on se convertissait en foule. Un prédicateur éloquent et renommé l’ayant entendu, dit : « C’est bien en vain que nous travaillons tous à orner nos discours. Tandis que les catéchismes de ce saint Missionnaire convertissent, notre beau langage ne fait qu’amuser sans produire aucun fruit ».

Régis s’adressait à toutes les conditions ; il n’avait de préférence que pour les pauvres : « Venez, mes chers enfants », leur disait-il, « vous êtes mon trésor et les délices de mon cœur ».

Souvent il restait dans son confessionnal entouré de pauvres, jusqu’au soir, sans prendre de nourriture. Quelqu’un lui en ayant fait l’observation : « Je vous assure », répondit-il avec simplicité, « que, quand je suis occupé auprès de ces pauvres gens, je ne puis penser à autre chose ». On le vit encore à Montpellier, comme à Fontcouverte, aller par les rues, chargé de bottes de paille qu’il avait mendiées pour coucher les pauvres malades. Les enfants attroupés se divertirent du bizarre équipage ; et quelqu’un lui ayant dit qu’il s’était rendu ridicule : « A la bonne heure », répondit-il, « on gagne doublement quand on soulage ses frères au prix de son humiliation propre ».

Un grand nombre de femmes pécheresses corrompaient la jeunesse de Montpellier ; le Saint en convertit un bon nombre, et, joignant la prudence au zèle, il assurait leur conversion en les confiant à la garde de personnes charitables. Les difficultés particulières à cette œuvre n’empêchèrent pas le Saint d’y travailler toute sa vie et d’y obtenir des succès merveilleux. Plus tard, le nombre des conversions augmentant, il créa, pour les recevoir, des maisons de refuge, dont il confia le soin à de saintes religieuses. Il fonda plus tard un refuge du même genre dans la ville du Puy, devenue le centre de ses travaux. Il trouva des embarras et des déboires inouïs dans cette entreprise vingt fois mise en péril par des écueils de tout genre, et vingt fois sauvée par son zèle et par sa persévérance.

La carrière apostolique du Père Régis dura dix ans, pendant lesquels il fit refleurir la religion à Montpellier, dans le Languedoc et le Vivarais, dans la ville du Puy et dans tout le Velay. Il opéra une véritable transformation dans les pays désolés par l’hérésie et par la corruption des mœurs, qui en est la conséquence naturelle.

L’irréligion et le dérèglement étaient très-grands à Sommières, capitale

d'un beau pays qu'on appelle le Lavonage, laquelle est à quatre lieues de Montpellier. Une mission suffit pour tout changer. Le serviteur de Dieu, étonné lui-même des miracles de conversion que Dieu opéra par son ministère, écrivit après sa mission à son général, que le fruit avait surpassé son attente, et qu'il n'avait point d'expression pour l'expliquer. On eût dit que les habitants étaient devenus d'autres hommes, tant la ville était devenue pieuse et réglée.

Le saint homme institua la Confrérie du Saint-Sacrement à Sommières et dans tous les bourgs et villages du Lavonage. Il mit la paix dans toutes les familles; il établit la prière du soir et du matin dans chaque ménage; il régla la manière de secourir les pauvres de chaque paroisse; il prit enfin toutes les mesures nécessaires pour maintenir le bien qu'il avait fait dans le pays.

La rigueur de la saison ne l'empêchait point de pénétrer dans les lieux les plus inaccessibles de tout le pays. Ses austérités étaient extraordinaires. Toute sa nourriture se réduisait au pain et à l'eau; quelquefois il y ajoutait un peu de lait et quelques fruits. Dès ce temps-là, il s'était interdit la viande, le poisson, les œufs et le vin. Jamais il ne quittait le cilice; et le peu de repos qu'il accordait à la nature, il le prenait sur un banc ou sur le plancher. Des soldats calvinistes se préparant à piller une église, il s'avança vers eux le crucifix à la main, et il leur parla avec tant de force, qu'ils se désistèrent de la résolution sacrilège qu'ils avaient prise. Une autre fois, il alla demander à un officier, aussi calviniste, la restitution des biens qu'on avait enlevés à un pauvre homme. L'officier, instruit des mauvais traitements que Régis avait essuyés de la part des soldats, fut si édifié du silence qu'il garda sur ce qui le concernait personnellement, qu'il lui accorda sa demande.

Nul pays de France n'avait autant souffert de l'hérésie calviniste que le diocèse de Viviers et tout le Vivarais. La religion y était presque éteinte. Les églises de ce pays, qui n'étaient pas dépourvues de pasteurs, étaient desservies par des curés ignorants et scandaleux. Les vices les plus abominables régnaient partout.

La mission du Père Régis dans le Vivarais dura trois ans: que de travaux et de fatigues pour le saint homme dans ces montagnes qu'il parcourait en toute saison et par tous les temps! Mais aussi quelle abondante moisson vint récompenser sa peine! Au bout de ces trois ans, le pays n'était plus le même: l'hérésie vaincue et presque étouffée, la religion universellement connue et pratiquée, les bonnes mœurs rétablies, les églises relevées de leurs ruines et pourvues de pasteurs instruits et pieux, l'autorité divine et humaine respectée: voilà ce qui s'était fait dans l'espace de trois ans.

Parmi les nombreuses conversions opérées par le Saint, il y en eut surtout deux qui en entraînèrent beaucoup d'autres. Ce fut celle du comte de La Mothe-Brion, qui, après avoir vécu comme les sages du monde, entra dans la carrière de la pénitence, et se dévoua tout entier à la pratique des bonnes œuvres, et celle d'une dame calviniste fort riche, qui habitait le village d'Usez. Celle-ci était connue par son zèle pour l'hérésie. Le Père Régis l'alla trouver.

— « Madame », lui dit-il en l'abordant, « il y a longtemps que Dieu vous appelle; voulez-vous donc être toujours rebelle à la grâce qui vous presse intérieurement? Avez-vous dessein de perdre votre âme, pour laquelle un Dieu a bien voulu répandre son sang sur la croix? Avez-vous jamais compris ce que c'est de se perdre pour une éternité ? »

Cette dame parut un peu surprise; mais charmée de l'air modeste de l'homme de Dieu, elle lui répondit:

— « A Dieu ne plaise, mon Père, que je veuille perdre mon âme ! je n'ai rien plus à cœur que de la sauver.

— « Il faut donc », reprit le Saint, « que vous embrassiez la religion catholique, qui a été la religion de vos pères, et qui est la seule fondée par Jésus-Christ, la seule où l'on trouve le salut.

— « Vous me demandez ma conversion », dit-elle, « et je suis étonnée de n'avoir rien à répliquer. J'ai résisté jusqu'ici à tous ceux qui m'ont parlé ; mais je ne sais quelle impulsion intérieure du Saint-Esprit me force à me rendre présentement. Je veux être catholique : instruisez-moi, je m'abandonne à votre direction. Il se passe en moi quelque chose de surnaturel que je ne comprends pas et dont je ne puis me rendre compte ».

Elle abjura, en effet, entre les mains de l'évêque de Viviers. Cette dernière conversion donna un nouveau lustre à la sainteté de Régis, et confirma les peuples dans l'opinion où ils étaient déjà que Dieu agissait visiblement par son ministère.

Vers le même temps, le ciel permit qu'il s'élevât un violent orage contre le saint missionnaire. On l'accusa de troubler le repos des familles par un zèle indiscret, de remplir ses discours de personnalités et d'invectives contraires à la décence. L'évêque de Viviers prit d'abord son parti ; mais à la fin, il écouta les plaintes réitérées qu'on lui portait. Croyant qu'elles étaient au moins fondées en partie, il écrivit au supérieur des Jésuites, afin qu'il rappelât Régis. En même temps il envoya chercher celui-ci ; puis, après lui avoir fait de sévères réprimandes, il lui dit qu'il était obligé de le renvoyer. Régis n'eut recours à aucune des raisons qui auraient pu le justifier ; il se contenta de répondre qu'il n'était que trop coupable devant Dieu, et que, vu son peu de lumières, il lui était sans doute échappé bien des fautes. « Au reste », ajouta-t-il, « Dieu, qui voit le fond de mon cœur, sait que je n'ai eu d'autre fin que sa gloire ». Le prélat, charmé d'une réponse si humble et si modeste, soupçonna qu'il pouvait avoir été trompé. Les éclaircissements qu'on lui donna ensuite, le firent entièrement revenir de ses préjugés. Il rendit publiquement hommage à la vertu du Père Régis, jusqu'au commencement de l'année 1634, époque à laquelle celui-ci fut appelé au Puy par ses supérieurs. Le prélat, en renvoyant le missionnaire, écrivit au provincial une lettre où il faisait de grands éloges de la vertu et de la prudence du digne ouvrier qui avait travaillé dans son diocèse, et un seul reproche, celui de prodiguer trop sa santé. « C'est la seule chose », ajoutait-il, « en quoi nous n'avons jamais pu nous accorder ; je lui reprochais toujours qu'il en faisait trop ; et lui prétendait qu'il n'en faisait pas assez. Je vous le remets entre les mains ; c'est à vous de vous servir de votre autorité pour l'obliger à ménager plus qu'il ne fait une santé si précieuse, et d'empêcher que le plus charitable de tous les hommes envers les autres ait tant de dureté pour lui-même ».

Régis, après avoir pris congé de l'évêque, se rendit au Puy, selon l'ordre qu'il avait reçu de ses supérieurs. Ce fut alors qu'il exprima le désir d'aller porter l'Évangile aux Canadiens. Il voulait aller chercher dans l'Amérique du Nord, chez les sauvages, la palme du martyre, objet suprême de son ambition. Mais Dieu voulut le conserver à la France.

Au commencement de 1635, le comte de La Mothe ayant à cœur de ramener à la vraie foi la ville du Cheylard, infectée des erreurs de Calvin, se ressouvint de celui à qui il devait lui-même son retour à la vérité, et il appela le Père Régis. Celui-ci ne trouva au Cheylard qu'un triste assemblage d'hérétiques et de mauvais catholiques. Au bout de quelque temps, le même

miracle de conversion et de retour à Dieu, qui suivait partout les prédications de Régis, fut accompli. Il ne renfermait pas son zèle dans l'enceinte de la ville. Il faisait de fréquentes excursions dans les villages environnants et dans les habitations isolées. Il s'égarait dans les sentiers inconnus de ces montagnes; il fut plusieurs fois obligé de passer la nuit dans les bois.

Le zèle du saint homme se communiquait à toute la population. C'était un spectacle touchant de voir, au milieu de l'hiver, des villages entiers abandonner leurs maisons et leurs affaires domestiques, faire trois et quatre lieues à travers les neiges et les glaces, pour avoir la consolation d'entendre le serviteur de Dieu et de se confesser à lui. Du reste, leurs démarches n'étaient jamais vaines. A quelque heure du jour ou de la nuit qu'ils vinsent, Régis était à eux. Un jour qu'il sortait de l'église bien fatigué, après avoir fini les fonctions de la matinée, il trouva une troupe de gens qui arrivaient de fort loin. « Mon Père », lui dit l'un d'entre eux, « pour l'amour de Dieu ne nous refusez pas le secours de votre charité. Nous avons marché toute la nuit, et nous avons fait depuis hier douze lieues par d'horribles chemins, pour profiter de vos instructions : donnez-nous la consolation que nous sommes venus chercher de si loin et avec tant d'incommodités ». Le saint missionnaire, attendri de ce discours jusqu'aux larmes : « Venez, mes enfants », leur dit-il, « je vous porte tous dans mon cœur ». Soutenu par son zèle qui lui donnait des forces, il prêcha tout de nouveau, comme s'il n'eût rien fait ce jour-là; il entendit leurs confessions; et, après avoir donné à chacun des conseils salutaires, il les renvoya comblés de joie et animés du désir de vivre en véritables chrétiens.

Après cette mission, le Saint alla en faire une à Privas, qui ne produisit pas moins de fruits. Jamais il ne refusait le bienfait de son ministère à ceux qui venaient le chercher de loin, excepté lorsque sa fidélité à sa parole et sa ponctualité, qu'il mettait avant tout, s'y opposaient. Un jour qu'il donnait une mission à Sainte-Aggrève, une nombreuse troupe de paysans se présenta à lui, demandant à entendre ses instructions. Mais il avait fait annoncer la mission pour le lendemain à Saint-André, et rien ne put l'empêcher de partir. On vit alors une chose merveilleuse et qui rappelle assez bien les courses de Notre-Seigneur Jésus-Christ à travers les montagnes de la Judée. Ces bonnes gens, avides de la parole de Dieu, prirent le parti de l'accompagner : ils le suivirent tout le jour pour se confesser à lui sans penser à manger. Le voyage fut une espèce de mission : le Saint s'arrêtait de temps en temps pour produire et faire produire à la troupe des actes de contrition et d'amour de Dieu ; toutes les montagnes d'alentour retentissaient d'hymnes sacrées et de cris d'allégresse, qui annonçaient la venue du saint apôtre ; à mesure qu'il avançait, les habitants des villages qui se trouvaient sur la route, venaient grossir le nombre de ceux qui l'avaient suivi.

Le Père Clément, procureur des Jésuites de Tournon, passait alors sur ces montagnes. Apercevant de loin tant de gens qui marchaient ensemble, il demanda ce que ce pouvait être, et ce que signifiaient tant de voix confuses qu'il entendait : « C'est », lui dit-on, « le Saint qui passe accompagné des habitants de plusieurs villages ». Continuant son chemin, il vit à l'entrée d'un gros bourg, beaucoup de monde qui en sortait et qui courait avec précipitation : il eut encore la curiosité de s'informer où ces gens allaient : « Ils vont », lui répondit-on, « au-devant du Saint qui approche ». Il entra ensuite dans le village de Saint-André, et, ayant aperçu devant l'église

une foule prodigieuse de peuple, tant du village que des lieux voisins, il demanda à quelques-uns ce qu'ils faisaient là : « Nous attendons le Saint qui vient faire la mission », dirent-ils.

« Il exposait les vérités chrétiennes », dit le comte de La Mothe, à l'occasion de cette mission dont il fut témoin, « avec une netteté et une simplicité qui les rendaient sensibles aux plus stupides ; avec une solidité et une force qui convainquaient les plus opiniâtres ; avec une onction divine qui forçait les plus insensibles à les aimer. Sa vie sainte donnait une nouvelle efficacité à ses discours : sans parler, il persuadait et touchait.

Une autre mission eut lieu à Marlhes.

Quelques jours après qu'il y fut arrivé, une femme, voyant son manteau percé de toutes parts, et qui s'en allait en lambeaux, le pria de lui permettre de le recoudre et d'y mettre des pièces : à quoi il consentit. L'opinion que cette femme avait de sa sainteté, fit qu'elle retint les morceaux déchirés et qu'elle les garda précieusement. Elle fut bientôt payée de sa charité par un double miracle que Dieu opéra sur deux de ses enfants. L'un était malade d'une hydropisie formée, l'autre d'une fièvre continue très-ardente ; elle appliqua à chacun d'eux un des morceaux qu'elle avait conservés ; sur-le-champ ils recouvrèrent une santé parfaite. Ces mêmes morceaux d'étoffe furent depuis une source féconde de guérisons miraculeuses. Les fruits de la mission répondirent à ce début : « Après la mission », dit le curé de Marlhes, « je ne reconnus plus mes paroissiens, tant je les trouvai changés et transformés en d'autres hommes. Dans l'espace d'un mois, il entendit, lui seul, dans ma paroisse, plus de deux mille confessions, presque toutes générales. Non content de se sacrifier tout entier au service de ma paroisse, il faisait des courses dans tout le voisinage, avec un courage qui étonnait tous ceux qui le voyaient. Je l'ai vu moi-même, dans les temps les plus rigoureux, obligé de s'arrêter au milieu des forêts, pour contenter l'avidité de ceux qui voulaient l'entendre parler du salut. Je l'ai vu sur le haut d'une montagne, élevé sur un monceau de neige durcie par le froid, distribuer au peuple le pain de la parole de Dieu, passer les jours entiers dans cet exercice, et s'occuper encore toute la nuit à entendre les confessions ».

Il employa les quatre dernières années de sa vie à la sanctification du Velay. Pendant l'été, il prêchait au Puy ; l'hiver, il parcourait les villages et les montagnes. La ville du Puy changea bientôt d'aspect par l'apostolat du saint homme. Tous les jours, il faisait une instruction aux enfants sur le catéchisme. La foule y était si grande, qu'on y retenait les places deux ou trois heures à l'avance. Bientôt l'église du collège des Jésuites se trouvant trop petite, il passa à celle de Saint-Pierre-le-Moustiers, qui appartenait aux Bénédictins. Les catéchismes du Père Régis attiraient dans cette église jusqu'à cinq mille auditeurs. Voici ce qu'en rapportait le Père Mangeon, qui devint plus tard confesseur de la duchesse d'Orléans.

« Les catéchismes du Père Régis », dit-il, « étaient touchants et éloquents, mais d'une éloquence plutôt infuse que naturelle ou acquise. Le Père Jean Filleau, provincial, quoiqu'il dût partir le lendemain, voulut que je le conduisisse à l'église où le Père Régis les faisait : il était environ midi et demi ; comme je lui disais qu'il n'y aurait plus de place pour lui et pour moi : N'importe », répondit-il, « je veux avoir encore une fois la consolation de voir cette foule infinie de peuple qui me fit hier tant de plaisir. Nous y allâmes et je lui trouvai place, non sans beaucoup de peine. Il l'écouta debout pendant une heure. Il versa tant de larmes et fut si touché, qu'il me dit en sortant : Si ce Père prêchait à quarante lieues d'ici, j'irais l'entendre

à pied. Cet homme est plein de Dieu et de l'amour de Jésus-Christ ; il n'y a pas son pareil ».

Mais rien ne faisait tant d'impression que la sainteté de sa vie, qui n'éclata nulle part autant qu'au Puy. Il redoublait ses austérités : il ne faisait plus qu'un repas par jour, qui consistait en quelques fruits ou quelques légumes. « Pendant deux ans que j'ai vécu avec lui », dit Antoine de Mangeon, « je ne lui ai jamais vu manger de viande. Pour le vin, tout le monde sait qu'il se l'était interdit depuis longtemps ».

A la prédication, le Père Régis joignait une application continuelle et infatigable à secourir les pauvres.

A peine avait-il fini le catéchisme, que, tout épuisé et tout couvert de sueur, il allait les visiter dans leurs maisons, dans les prisons et dans les hôpitaux. Il assemblait trois fois la semaine tous ceux de la ville, et comme il ne séparait jamais l'instruction de l'aumône, il commençait par leur faire faire la prière, qui était suivie d'une exhortation fervente ; il distribuait ensuite du pain ou de l'argent. Il finissait cet exercice de charité par l'action de grâces que l'on rendait à Dieu. Il fonda parmi les dames de la ville une association charitable pour le soulagement des familles pauvres. Non content de cela, il sollicitait sans cesse les riches en faveur de ceux qui étaient dans le besoin. Il obtenait ainsi des aumônes considérables. Argent, blé, vêtements, lits, linge, tout lui était bon. Il avait une chambre où il déposait tout cela, et qui devint vraiment le trésor des pauvres.

Il avait un magasin de blé où tous les nécessiteux de la ville venaient puiser. On ne les renvoyait jamais. Le magasin contenait toujours de quoi les satisfaire. Il y eut une disette pendant laquelle le Saint nourrit miraculeusement tous les pauvres. Marguerite Baud, une femme pieuse, était la gardienne et la distributrice de son blé. Un jour que Marguerite Baud l'avait averti qu'elle n'avait plus ni blé ni argent pour en acheter, il ne laissa pas de lui envoyer une pauvre femme chargée de plusieurs enfants, avec ordre de lui donner le blé qu'elle lui demandait. Marguerite, surprise de cet ordre, alla le trouver sur-le-champ, et lui dit qu'il paraissait étrange qu'il lui donnât un tel ordre, sachant fort bien qu'elle était dans l'impuissance de l'exécuter. « Allez », lui répondit-il, « retournez et remplissez le sac de cette pauvre femme ». Marguerite répliqua qu'il ne lui restait pas un grain de blé. — « Allez, vous dis-je », reprit le Saint, « vous trouverez abondamment du blé pour elle et pour plusieurs autres ». Marguerite obéit ; et, s'en étant allée, elle trouva son magasin qui regorgeait de blé. Ce miracle de multiplication se renouvela plusieurs fois pendant la même disette : et tous les pauvres qui s'adressèrent à Régis furent secourus.

Assister les mourants était une œuvre à laquelle il se livrait avec un zèle et un succès tout particuliers. Lorsqu'on l'appelait pour confesser les malades, il quittait tout sur-le-champ. Dieu lui avait donné une grâce particulière pour les disposer à mourir saintement. Aussi, les malades voulaient-ils tous avoir la consolation de mourir entre ses bras. Pour être plus à portée de courir où le besoin le demandait, il ne se déshabillait jamais la nuit.

On raconte plusieurs miracles que Dieu fit à la prière de Régis pour manifester sa propre puissance avec la vertu de son serviteur.

Il avait confessé une femme abandonnée des médecins et qui était, en effet, sur le point d'expirer. Les parents le conjurèrent de demander sa guérison. Régis, touché de leur foi, mit la médaille de son chapelet dans un vase d'eau, et, après avoir béni l'eau, il la fit boire à la mourante, qui se

trouva au même moment sans fièvre et dans une santé aussi parfaite que si elle n'eût point été malade.

Une demoiselle qui l'avait aidé dans ses œuvres charitables, se trouvait à l'extrémité. Le Père Régis se jeta à ses genoux, et, au nom des pauvres, il conjura le bon Dieu de ne pas leur enlever celle qu'ils aimaient comme leur mère. Après cette prière, il se leva, et, appelant la mourante par son nom : « Rendez grâces à Dieu », dit-il, « qui a la bonté de prolonger vos jours, afin que vous le serviez, et les pauvres, ses enfants, avec plus de ferveur ». Revenue alors comme d'un profond sommeil, et reprenant ses esprits à la vue du saint homme : « Ah ! mon Père ! » lui dit-elle, « en quel état me trouvez-vous ? » — « Bien », répondit-il, « vous voilà guérie ; faites un bon usage de la santé qu'il a plu à Dieu de vous rendre ».

Il n'y avait rien qu'il ne fit pour s'opposer au mal et au péché, de quelque nature qu'il fût. Il y exposait sa vie sans la moindre hésitation. Un jour, il apprend qu'un homme de qualité avait attiré une jeune orpheline dans une maison, où il cherchait à la séduire par ses promesses. Le Saint s'y rend à l'instant : sa vue trouble d'abord cet homme ; mais il se remet et lui dit avec hauteur : « Que venez-vous chercher ici, mon Père ? vous vous mêlez de bien des choses qui ne vous regardent point ». — « Je viens », répond Régis, « chercher cette innocente brebis que vous enlevez à Dieu comme un loup ravissant ». — « Retirez-vous », reprend ce furieux ; « autrement votre imprudence pourra vous coûter cher ». — « Je ne me retirerai pas que je n'aie sauvé cette orpheline ; quant aux menaces que vous me faites, sachez qu'elles ne sont pas capables de m'ébranler, et que je me ferai gloire d'être exposé à votre aveugle fureur ». Cet homme, ne se possédant plus, tira son épée et s'avança sur le Saint pour l'en percer. — « Ah ! très-volontiers », s'écria le serviteur de Dieu, « je répandrai mon sang pour Jésus-Christ ». Et, découvrant sa poitrine : « Frappez », dit-il, « je mourrai content, pourvu que Dieu ne soit pas offensé ». Surpris de tant d'intrépidité, le libertin se retira tout confus. La jeune fille fut placée dans une maison pieuse, où elle vécut et mourut saintement.

Il fit plusieurs prophéties qui s'accomplirent toutes. Marcellin du Fornel, jeune gentilhomme de Saint-Didier, dans le Velay, passant par le Puy, lui fit visite, et lui dit qu'il allait se faire recevoir docteur en droit à Valence.

« N'avez-vous nul autre dessein ? » lui répondit le saint homme. — « Je pense à me marier », repartit le jeune gentilhomme ; « on m'offre un parti considérable, et l'affaire doit se conclure au premier jour ». — « Dans peu de jours », lui dit le Saint, « vos espérances s'évanouiront avec vos projets ambitieux ; et avant que l'année se passe, vous serez novice de notre Compagnie.

Le mariage se rompit bientôt ; le jeune homme, dégoûté du monde, se donna à Dieu dans la Compagnie, comme le Père Régis le lui avait prédit.

Pendant les hivers des quatre dernières années de sa vie, notre Saint parcourut les bourgs et les villages des diocèses du Puy, de Valence et de Viviers, qui se trouvent dans le Velay. Il fit sa première mission dans la petite ville de Fay et dans les lieux voisins, au commencement de l'année 1636. Il rendit la vue à un jeune homme de quatorze ans, Claude Sourdon, chez le père duquel le saint homme avait accepté un logement ; puis à un homme qui était dans sa quarantième année, et qui avait perdu la vue depuis huit ans. Ces deux miracles disposèrent merveilleusement les esprits, et la mission produisit les fruits les plus abondants. Pour donner une juste

idée de la conduite qu'y tint Régis, nous allons insérer ici ce que Claude Sourdon en a déposé juridiquement en présence des évêques du Puy et de Valence.

« Tout en lui inspirait la sainteté. On ne pouvait ni le voir, ni l'entendre, sans se sentir embrasé de l'amour divin. Il célébrait les saints mystères avec une dévotion si tendre et si ardente, que l'on croyait voir à l'autel, non pas un homme, mais un ange. Je l'ai vu quelquefois dans les entretiens familiers se taire tout à coup, se recueillir et s'enflammer, après quoi il parlait des choses divines avec un feu et une véhémence qui marquaient que son cœur était transporté par une impulsion céleste. Il s'exprimait, dans les instructions qu'il faisait au peuple, avec une onction qui pénétrait tous ses auditeurs. Il passait le jour et une partie considérable de la nuit à entendre les confessions, et il fallait lui faire une sorte de violence pour l'obliger à prendre un peu de nourriture. Jamais il ne se plaignait de la fatigue ni des manières inconvenantes de ceux qui s'adressaient à lui.

« Après avoir travaillé avec une ardeur infatigable au salut des habitants de Fay, il se donna tout entier à celui des peuples voisins. Il partait tous les jours de grand matin pour aller visiter les paysans dispersés dans les bois et sur les montagnes. Les pluies, la neige et les autres rigueurs de la saison ne pouvaient le retenir. Pendant tout le jour, il allait de chaumière en chaumière, et cela à pied et à jeun, si ce n'était que ma mère le forçait quelquefois à prendre une pomme qu'il mettait dans sa poche. Nous ne le revoyions qu'à la nuit, et alors toutes les fatigues du jour ne l'empêchaient pas de reprendre ses fonctions ordinaires ; il ne se délassait du travail que par de nouveaux travaux. Les calvinistes le suivaient avec autant d'empressement que les catholiques ».

Au mois de novembre de l'année 1637, il alla faire à Marlhes une seconde mission. Les chemins par où il passa auraient effrayé les personnes les plus hardies. Il fallait, tantôt grimper sur des rochers couverts de glace, tantôt descendre dans de profondes vallées remplies de neige, tantôt marcher à travers les ronces et les épines. Comme il grimpait avec beaucoup de peine sur une des plus hautes montagnes du Velay, n'ayant d'autre appui que des broussailles auxquelles il se tenait, la main et le pied lui manquèrent tout à coup ; il tomba, et se cassa une jambe. Cet accident ne l'empêcha point de continuer sa route avec sa tranquillité ordinaire, et de faire encore deux lieues appuyé sur son bâton, et soutenu par celui qui l'accompagnait. Arrivé à Marlhes, il ne lui vint pas seulement dans l'esprit d'envoyer chercher un chirurgien. Il alla droit à l'église, où une grande multitude de peuples l'attendait, et il y entendit les confessions pendant plusieurs heures. Le curé, averti par le compagnon de Régis de l'accident qui lui était arrivé, le pria, mais inutilement, de se retirer. Après que le Saint eut satisfait pleinement sa charité, il laissa visiter sa jambe, qui se trouva parfaitement guérie.

À ces immenses travaux il ajoutait des macérations étonnantes. Le recteur du collège du Puy en ayant été informé, lui ordonna d'obéir au curé de Marlhes dans tout ce qui concernait le soin de sa santé. Le Saint fit ce que son supérieur exigeait de lui ; il se soumit avec la dernière exactitude à tout ce qu'il plut au curé de lui prescrire, quoique les ménagements qu'on avait pour sa personne lui fussent à charge. Le curé se levait quelquefois la nuit pour l'observer : il le voyait tantôt à genoux, le visage prosterné contre terre et baigné de larmes ; tantôt debout, les yeux tournés vers le ciel, absorbé dans une profonde contemplation ;

d'autres fois il l'entendait pousser de profonds soupirs, et s'écrier dans les transports de son amour : « Qu'y a-t-il au monde qui puisse attacher mon cœur, si ce n'est vous, ô mon Dieu ? » Il lui arriva de le voir souvent, tandis qu'il priait, enflammé comme un séraphin, immobile pendant plusieurs heures, ne paraissant avoir ni sentiment, ni connaissance. C'est ce qu'il attesta depuis dans une déposition juridique. Il ajouta encore que le Saint avait guéri en sa présence, par une simple bénédiction, un homme qui s'était démis l'épaule, et que, par le signe de la croix, il avait délivré du démon un énergumène qui souffrait depuis plus de huit ans, sans que les exorcismes réitérés de l'Église lui eussent procuré aucun soulagement.

Régis étant à Saint-Bonnet-le-Froid, le curé du lieu, qui s'aperçut que toutes les nuits il sortait secrètement de sa chambre, eut la curiosité d'examiner où il allait et ce qu'il faisait. Après l'avoir inutilement cherché dans la maison, il s'avança vers l'église, qui n'en était pas éloignée ; il le trouva en prières devant la porte, à genoux, les mains jointes et la tête nue, malgré le froid qui était excessif. Il lui représenta le danger auquel il exposait sa santé ; mais le voyant déterminé à continuer ses entretiens avec Dieu, il lui donna la clef de l'église, afin qu'il y fût à couvert des injures de l'air.

En retournant au Puy à la fin de l'hiver, il s'arrêta chez le curé de Vourcy, qui autrefois avait été son écolier, et qui lui était tendrement attaché. Celui-ci lui représentant qu'il ne ménageait point sa santé, et qu'il était important, pour la sanctification des âmes, qu'il mesurât son travail sur ses forces, le saint homme lui dit en confidence ce qui lui était arrivé quelques mois auparavant, lorsque, s'étant cassé une jambe, Dieu l'avait guéri miraculeusement. « Après une marque si visible de la bonté de Dieu », ajouta-t-il, « ne dois-je pas mettre ma vie entre ses mains, et me reposer entièrement sur lui du soin de ma santé ? »

Dans l'hiver de 1638, il reprit ses missions de la campagne, commençant par le bourg de Montregard. Étant arrivé de nuit en ce lieu, il alla, selon sa coutume, droit à l'église, qu'il trouva fermée. Il se mit à genoux devant la porte ; il y pria si longtemps, et avec un recueillement si profond, qu'il ne s'aperçut pas qu'il était tout couvert de la neige qui tombait en abondance. Des paysans qui le virent en cet état, le pressèrent d'entrer dans une maison voisine pour y prendre un peu de nourriture.

La moisson fut très-abondante à Montregard. Régis y retira de l'erreur un grand nombre de calvinistes, entre autres Louise de Remezin. C'était une jeune veuve de vingt-deux ans, qui était singulièrement estimée dans sa secte pour son savoir et sa naissance. Le saint missionnaire se fit estimer d'elle dans divers entretiens qu'ils eurent ensemble. Il éclaircit les difficultés qu'elle lui proposa sur les points controversés, et principalement sur l'Eucharistie, dissipa tous ses préjugés, et l'amena au point de faire abjuration de l'hérésie. La nouvelle de son changement souleva contre elle sa famille et tous les chefs du parti huguenot. On voulut la rengager dans la secte qu'elle avait abandonnée ; mais sa foi était trop solide pour céder à une pareille épreuve.

Sur la fin de l'automne 1639, le Saint alla reprendre ses missions aux environs de Montregard, à Issengeaux, à Marcoux, au Chambon, à Monistrol, où il n'avait, pour ainsi dire, fait que paraître. Au mois de janvier 1640, il se rendit à la petite ville de Montfaucon, qui est à sept lieues du Puy. Le succès répondait à son zèle et à son désir, lorsque le travail fut interrompu par les ravages de la peste. Régis se dévoua généreusement au service de ceux qui étaient attaqués de ce fléau. Lorsqu'en traversant les rues il trou

vait un malade abandonné, il le portait sur ses épaules à l'hôpital. Sa charité ranima celle des ecclésiastiques. Le danger auquel il s'exposait donna de vives inquiétudes au curé de Montfaucon ; il lui ordonna de sortir de la ville, de peur qu'il ne devînt la victime de son zèle, comme cela était déjà arrivé à plusieurs ecclésiastiques. Il obéit, mais ce fut en versant un torrent de larmes. « Eh quoi ! » dit-il alors, « on est donc jaloux de mon bonheur ? Faut-il que l'on m'envie, par une fausse compassion, le mérite d'une mort si précieuse, et que l'on m'enlève la couronne, lorsque je suis sur le point de la recevoir ? »

La peste ayant cessé peu de temps après à Montfaucon, Régis y alla reprendre sa mission ; mais il fut bientôt rappelé par le recteur du collège du Puy, afin de remplacer un professeur qui manquait. Ce contre-temps le pénétra de la plus vive douleur. Il obéit toutefois par respect pour l'ordre de son supérieur ; mais il écrivit à son général pour lui demander la permission de se dévouer le reste de ses jours aux missions de la campagne, et d'y employer au moins six mois chaque année. Le général, qui connaissait son zèle, ne balança pas de souscrire à ses désirs.

Au commencement de l'automne de 1640, le Père Régis reprit sa mission de Montfaucon. Les heureuses dispositions qu'il trouva parmi le peuple redoublèrent sa ferveur et son courage. Après un mois de travail, il passa à Raucoules, et de là à Veirines, où il s'appliqua à la sanctification des âmes avec la même ardeur et le même succès ; il annonça ensuite la mission de la Louvesc pour le dernier jour de l'Avent ; mais ayant connu par une lumière céleste qu'il approchait de sa fin, il alla faire une retraite au Puy, pour se préparer à la mort. Au bout de trois jours, passés dans une entière solitude, il fit sa confession générale comme s'il eût dû mourir ce jour-là ; puis s'entretenant avec son confesseur, il lui témoigna, avec les sentiments les plus tendres et les plus vifs, l'impatience où il était de posséder Dieu. Il ne soupirait plus qu'après l'éternité. Il dit confidemment à un de ses amis qu'il ne reviendrait point de la mission qu'il allait entreprendre ; il déclara aussi la même chose à d'autres personnes, mais ce ne fut qu'en termes mystérieux.

Il partit du Puy le 22 décembre, afin de se trouver à la Louvesc pour la veille de Noël. Outre qu'il eut beaucoup à souffrir de la difficulté du chemin, il lui arriva encore de s'égarer le second jour. La nuit l'ayant surpris au milieu des bois, il marcha longtemps sans savoir où il allait. Enfin il se trouva près du village de Veirines. Accablé de fatigues, il se retira dans une maison abandonnée qui était ouverte de tous côtés et qui tombait en ruines ; il y passa la nuit couché sur la terre et exposé à la violence d'une bise très-piquante. Le passage subit du froid au chaud lui occasionna une pleurésie, qui fut accompagnée d'une fièvre très-ardente. Ses douleurs devinrent bientôt très-vives. La vue de la maison où il était couché lui rappelait l'étable de Bethléem, et il s'estimait heureux de pouvoir imiter dans la même saison la pauvreté et les souffrances de son divin Maître.

Le lendemain matin, il gagna la Louvesc avec beaucoup de peine, et y fit l'ouverture de la mission par un discours qui ne se ressentait nullement de la faiblesse de son corps. Il prêcha trois fois le jour de Noël et le jour de saint Étienne, et passa le reste du temps au confessionnal. Après le troisième sermon du jour de saint Étienne, il lui prit deux défaillances pendant qu'il entendait les confessions. Les médecins jugèrent que son mal était sans remède. Il recommença sa confession générale, puis demanda le saint Viatique et l'Extrême-Onction, qu'il reçut en homme tout embrasé de l'amour divin. Comme on lui présentait ensuite un bouillon, il le refusa, en disant qu'il souhaitait d'être nourri de la même manière que les pauvres, et qu'on lui ferait plaisir de lui donner un peu de lait ; il demanda ensuite, comme une grâce, qu'on le laissât seul.

Il souffrait des douleurs violentes ; mais la vue d'un crucifix, qu'il tenait entre ses mains et qu'il baisait continuellement, adoucissait ses souffrances. Son visage fut toujours tranquille, et l'on n'entendait sortir de sa bouche que des aspirations tendres et affectueuses, que des soupirs ardents vers la céleste patrie. Il demanda à être porté dans une étable, afin d'avoir la consolation d'expirer dans un état semblable à celui de Jésus-Christ naissant sur la paille. On lui fit entendre que la faiblesse extrême où il était ne permettait pas de le transporter. Il remerciait Dieu sans cesse du bonheur qu'il avait de mourir au pied des pauvres.

Il demeura tout le dernier jour de décembre dans une paix parfaite, les yeux tendrement attachés sur Jésus crucifié, qui seul occupait ses pensées. Sur le soir, il dit à son compagnon avec un transport extraordinaire : « Oh ! mon frère, quel bonheur ! que je meurs content ! Je vois Jésus et Marie qui daignent venir au-devant de moi pour me conduire dans le séjour des Saints ». Un moment après, il joignit les mains, puis levant les yeux au ciel, il prononça distinctement ces paroles : « Jésus-Christ, mon Sauveur, je vous recommande mon âme, et la remets entre vos mains ». En les achevant, il rendit doucement l'esprit vers minuit du dernier jour de l'année 1640. Il avait près de quarante-quatre ans, et il en avait passé vingt-quatre dans la compagnie de Jésus. On l'enterra le 2 janvier dans l'église de la Louvese. Il y eut à ses funérailles un concours prodigieux du clergé et du peuple.

La douleur que sa mort avait causée se changea bientôt en vénération. On accourut de toutes parts pour visiter son tombeau où s'accomplirent bientôt de nombreux miracles. Nous allons en rapporter quelques-uns. En 1656, une religieuse du Puy, nommée Madeleine Arnaud, attaquée d'une hydropisie, et paralytique de tout le corps, sans pouvoir se remuer, était si mal qu'on lui administra les derniers Sacrements. Elle s'affaiblit au point que l'on crut qu'elle allait expirer, et les médecins ne lui donnaient plus qu'une demi-heure de vie. Comme elle était encore en pleine connaissance, on lui présenta une relique du serviteur de Dieu. Ayant prié avec ferveur, elle la mit sur sa poitrine, et dans le moment elle se trouva parfaitement guérie. Ce fait a été attesté, avec serment, par quatorze témoins oculaires. Un bourgeois du Puy obtint par le même moyen la guérison d'une maladie absolument incurable. Deux femmes aveugles, plusieurs paralytiques et d'autres malades de toute espèce, furent aussi guéris par l'intercession du serviteur de Dieu. On comptait parmi ces malades des personnes distinguées par leur naissance.

En présence de tant de prodiges, vingt-deux archevêques et évêques du Languedoc écrivirent au pape Clément XI : « Nous sommes témoins que devant le tombeau du Père Jean-François Régis, les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, les muets parlent, et le bruit de ces étonnantes merveilles est répandu chez toutes les nations ».

L'héroïsme des vertus du Père Régis ayant été mûrement examiné à Rome, et la vérité des miracles opérés par son intercession y ayant été juridiquement attestée, il fut béatifié en 1716 par Clément XI. Clément XII le canonisa en 1737, sur la requête de Louis XV, roi de France, de Philippe V, roi d'Espagne, et du clergé de France, assemblé à Paris en 1733. Sa fête a été fixée au 16 juin.

On le représente tantôt avec la pèlerine de cuir, et le bourdon surmonté d'un crucifix ; tantôt avec un crucifix à la main comme missionnaire.

## CULTE ET RELIQUES. — ASSOCIATION DE SAINT-FRANÇOIS RÉGIS.

Le corps de saint François Régis ayant été levé de terre par l'archevêque de Vienne, le 30 septembre 1716, fut placé sur un autel qui lui était dédié dans l'église de la Louvese. Avant la Révolution, les reliques étaient dans un coffret de bois et renfermées dans une châsse d'argent. A cette époque désastreuse, quatre jeunes gens du lieu, qui étaient frères et appartenaient à une famille chrétienne, pénétraient de nuit, avec l'agrément de leur curé, dans l'église, ouvrirent la châsse, en retirèrent les reliques, afin de les préserver de la profanation, et les emportèrent chez leur père nommé Buisson, où elles restèrent cachées pendant plusieurs années. Peu de temps après ce pieux larcin, la châsse d'argent fut enlevée et détruite par les autorités révolutionnaires.

Lorsque l'Église de France eut recouvré quelque tranquillité après la publication du concordat, on songea à rendre les précieux restes de saint Jean-François Régis à la vénération des fidèles. Le 13 juillet 1862, Mgr de Chabot, évêque de Mende, dans le diocèse duquel se trouvait alors la Louvese, se rendit dans ce village et procéda à la vérification des reliques qui furent trouvées dans l'état que désignait le procès-verbal. La tête était entière, à l'exception de la mâchoire inférieure, et il y avait à peu près la moitié des ossements. Elles furent portées processionnellement à l'église, exposées au milieu du chœur et replacées ensuite dans le lieu qu'elles occupaient autrefois. Depuis ce moment, le pèlerinage de la Louvese n'a cessé d'être fréquenté par un très-grand nombre de fidèles, qui accourent de toutes parts réclamer la protection auprès de Dieu du saint apôtre du Velay.

Saint François Régis est le patron d'une association pieuse, formée de nos jours, à l'effet de réhabiliter les unions illégitimes et de mettre un frein aux désordres des mœurs qui affligent la société civile et religieuse.

Un pieux laïque, M. Gossin, alors vice-président au tribunal de première instance de la Seine, et depuis conseiller à la cour royale de Paris, fonda, en 1826, cette association, qui s'est étendue à un très-grand nombre de villes de France et de l'étranger.

Nous laisserons M. Gossin rapporter lui-même le vœu qu'il fit au tombeau de saint François Régis et les conséquences qui en résultèrent :

« Au nom de la sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit :

« Je soussigné, vice-président du tribunal de première instance du département de la Seine, demeurant à Paris, atteint, depuis plusieurs mois, de diverses infirmités graves et craignant pour le rétablissement de ma santé ;

« Me suis rendu au tombeau de saint Jean-François Régis, au village de la Louvese, diocèse de Viviers, le mardi 29 juin 1824, jour de la fête des saints apôtres Pierre et Paul, dans l'intention de demander à Dieu, avec une ferme foi, ma guérison, par l'intercession puissante du saint Apôtre du Velay et du Vivarais. Après avoir aussitôt mon arrivée, fait ma prière au tombeau de ce grand serviteur de Dieu, m'être confessé dans la sacristie de l'église et en avoir conféré avec mon confesseur qui m'a donné son approbation, j'ai mis par écrit le vœu ci-après pour icelui être placé sur l'autel et être fait par moi, de cœur, au moment de la consécration, pendant la messe à laquelle j'aurai, s'il plaît à Dieu, le bonheur de communier aujourd'hui 30 juin 1824, fête de la commémoration de saint Paul, à six heures du matin.

Teneur du vœu. — « S'il plaît à Dieu de me rendre la plénitude de mes anciennes forces et de mon ancienne santé, je fais le vœu d'entreprendre aussitôt et de continuer jusqu'à ma mort, pour l'extirpation du concubinage et la célébration des mariages religieux dans la capitale de ce royaume, l'exécution des projets que Dieu sait que je médite à cette fin depuis nombre d'années, sans que j'aie eu, jusqu'à ce jour, le courage d'essayer de les réaliser. Cette œuvre sera le but principal de mes pensées, de mes travaux et de mes efforts, je m'y consacrerai tout entier, sous la direction de l'autorité ecclésiastique, dans les moments dont mes autres et plus anciens devoirs me permettront de disposer. Tout ce qui, dans le moment actuel, serait, sous ce rapport, considéré comme inexécutable, je le tenterai de nouveau dans des temps meilleurs. Si je ne puis réussir à fonder pour toujours l'œuvre dont la conception est, depuis tant d'années, précisée à mon esprit, je m'occuperai sans cesse (pour me consoler de ce défaut de succès) de la réhabilitation isolée d'un certain nombre d'unions illicites par le moyen du saint Sacrement de mariage. Si je cesse d'habiter Paris, je porterai cette œuvre et toutes ses conséquences dans le lieu de ma nouvelle résidence.

« En un mot, si je reviens à la santé, je ne vivrai plus que pour procurer, selon mes faibles moyens, la gloire de Dieu et l'édification du prochain, notamment sous le rapport de l'amélioration des mœurs et de la cessation des scandales, ainsi qu'il est ci-dessus expliqué.

« Plaise à la divine Bonté m'accorder, dans ce cas, l'intelligence, la force, la persévérance, l'humilité et la confiance dont j'aurai besoin pour l'accomplissement du présent vœu, et agréer que cette œuvre (placée immédiatement sous la protection de la sainte Vierge et de saint Joseph)

reçoive le nom de Saint-François Régis. S'il entre dans les desseins de Dieu de rejeter ce vœu et de me laisser dans mon état de souffrance et de maladie, ou même de mettre incessamment un terme à mes jours, plaise à sa miséricorde infinie m'accorder surtout l'esprit de patience, de repentir, de mortification et de résignation qui m'est et qui me sera si nécessaire pour sanctifier le reste de ma vie et le redoutable passage de la vie à l'éternité. — Ainsi soit-il.

« Fait à la Louvese, le 30 juin 1824, avant la messe de six heures ».

La santé fut rendue au pieux magistrat, et il s'occupe dès lors à mettre son vœu à exécution. Le 12 février 1826, Monseigneur l'archevêque de Paris donna son approbation à l'œuvre qui porta dès lors le nom de Saint-François Régis. Jusqu'à ce jour, dans la ville de Paris seule, la société de Saint-Régis a rétabli l'ordre dans plus de quinze mille familles. M. Gossin fut particulièrement secondé dans sa sainte entreprise par M. P.-X. Fougeroux, chef de bureau au ministère des finances, qui mourut en odeur de sainteté en l'année 1838. M. Gossin a écrit la vie de ce serviteur de Dieu, et de plusieurs autres de ses dignes collaborateurs de la société de Saint-Régis (1 vol. in-18, Paris, Gaume frères, 1839). Lui-même, après une vie pleine de travaux et de mérites, a rendu son âme à Dieu, le 1er avril 1855, à l'âge de soixante-six ans.

Vie de saint Jean-François Régis, par le P. Daubenton, jésuite ; Vies des Saints, par le P. Croizot; Godescard; Notes locales.

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## SAINT SIMILIEN, ÉVÊQUE DE NANTES (IVe siècle).

Saint Similien, évêque de Nantes, après avoir gouverné son église avec toute la vigilance et la fidélité d'un excellent pasteur, fut enterré par les chrétiens dans le lieu où fut depuis bâtie une église qui porte son nom, et qui est, dit-on, située dans le lieu où l'on croit qu'il se retira au temps de la persécution de Dioclétien, et où il construisit un oratoire. Elle subsistait déjà du temps de Clovis Ier. Les Barbares assiégèrent Nantes vers la fin du XVe siècle ; le siège avait déjà duré deux mois, lorsque, selon Grégoire de Tours, les peuples virent vers minuit des hommes, habillés de blanc, sortir de la basilique des martyrs Donatien et Rogatien avec des cierges allumés, et une pareille troupe sortir de la basilique du grand confesseur l'évêque Similès. Ces deux troupes parurent se joindre, se saluer, prier ensemble, et puis se retirer chacune au lieu où elle était d'abord partie. Il pourrait bien se faire qu'il n'y eût pas de vision véritable, et que ce fussent effectivement deux processions qui unissaient leurs prières pour attirer le secours du ciel. Quoi qu'il en soit, les Barbares prirent l'épouvante, et s'enfuirent avec tant de précipitation, que le lendemain matin il n'en demeura pas un seul au siège. La même vision produisit un autre effet sur celui qui commandait cette armée ; il s'appelait Chilon, et n'était pas encore régénéré par l'eau et le Saint-Esprit. Touché intérieurement, il se convertit et reçut le Baptême.

L'église de Saint-Similien fut depuis ruinée par les Normands, qui, plusieurs fois, ont pris et saccagé la ville de Nantes. Il y avait dans cette église un puits, où ils jetèrent le chef du saint évêque ; depuis elle fut donnée en propre par l'évêque Waltier, aux Chanoines de Nantes, à condition qu'ils la répareraient. C'est apparemment à leurs soins qu'on est redevable de celle qui subsiste aujourd'hui, et qui a été considérablement agrandie et embellie en 1834.

Nom Lubineau, Sainte de Bretagne ; — Cf. Bréviaire de Nantes ; S. Gég, de Tours, De la gloire des Martyrs, ch. 40.

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## S. AURÉE, ÉVÊQUE DE MAYENCE, STE JUSTINE, SA SŒUR, ET LEURS COMPAGNONS, MARTYRS (451).

Dans le temps que les Huns infestaient de leurs incursions les provinces des bords du Rhin, et que, animés de la fureur de l'hérésie arienne, ils portaient partout dans les églises catholiques le trouble et la désolation, Aurée, évêque de Mayence, très-célèbre par sa sainteté comme par sa doctrine, fut chassé de son siège et exilé de sa ville épiscopale. Sa sœur Justine, vierge consacrée à Dieu, le suivit, ainsi que quelques autres personnes dévouées à la foi catholique. Les Barbares renversèrent la cité et dispersèrent les fidèles, et, lorsque le prélat revint, il ne trouva plus que des ruines à relever. Ce fut l'occupation à laquelle il consacra les dernières années de son épiscopat.

Les Ariens ne purent souffrir le spectacle d'une église catholique qui renaissait à une vie nouvelle. Ils attaquèrent le prélat comme il était à l'autel, le massacrèrent avec sa sœur, et précipitèrent leurs cadavres dans un puits voisin. Ils restèrent là enfouis sous un amas de décombres jusqu'au règne de Charlemagne, époque à laquelle l'archevêque de Cologne, Ricolphe, les fit porter au monastère de Saint-Alban, qu'il venait de construire. Ils y furent placés avec honneur.

Dans la suite des temps, leurs tombeaux furent oubliés. Mais il arriva que les pavés usés du monastère furent renouvelés ; alors, entre autres corps saints, on retrouva ceux de saint Aurès et de sainte Justine. Ils étaient encore tout couverts de sang, d'une conservation parfaite et fort beaux. Dieu, en outre, les honora par des miracles nombreux et des guérisons surnaturelles de toutes sortes.

Propre de Mayence.

Événements marquants

  • Naissance à Fontcouverte le 31 janvier 1597
  • Entrée au noviciat de la Compagnie de Jésus à Toulouse en 1616
  • Ordination sacerdotale en 1630
  • Missions dans le Vivarais, le Forez et le Velay
  • Fondation de refuges pour femmes et de la Confrérie du Saint-Sacrement
  • Mort à La Louvesc en 1640
  • Béatification en 1716 et Canonisation en 1737

Miracles

  • Multiplication du blé pendant une disette au Puy
  • Guérison de Jacques Gigon par un signe de croix
  • Guérison miraculeuse de sa propre jambe cassée à Marlhes
  • Restitution de la vue à Claude Sourdon
  • Guérison de Madeleine Arnaud par l'application d'une relique

Citations

Venez, mes chers enfants, vous êtes mon trésor et les délices de mon cœur.

— Paroles adressées aux pauvres

Je vois Jésus et Marie qui daignent venir au-devant de moi pour me conduire dans le séjour des Saints.

— Dernières paroles

Date de fête

16 juin

Époque

17ᵉ siècle

Décès

31 décembre 1640 (naturelle)

Invoqué(e) pour

guérison des maladies incurables, protection des pauvres, conversion des pécheurs

Autres formes du nom

  • Régis (fr)
  • Ange du Collège (fr)
  • Apôtre du Velay (fr)

Prénoms dérivés

Jean-François, Régis

Famille

  • Jean de Régis (père)
  • Madeleine d'Arse (mère)