Saint Emmeran de Poitiers

Évêque régionnaire et Martyr

Fête : 22 septembre 7ᵉ siècle • saint

Résumé

Évêque originaire de Poitiers au VIIe siècle, Emmeran partit évangéliser la Bavière. Accusé à tort de séduction par la fille du duc Théodon pour protéger son véritable amant, il fut rattrapé à Heldendorf lors d'un voyage vers Rome. Il y subit un martyre atroce, ayant les membres et les organes sensoriels tranchés sur une échelle.

Biographie

SAINT EMMERAN DE POITIERS, ÉVÊQUE RÉGIONNAIRE,

MARTYR À HELDENDORF (RAVIÈRE), PATRON DE RATISBONNE (652).

Saint Emmeran naquit à Poitiers dans les premières années du VIIe siècle, d'une famille riche et distinguée par sa noblesse. Il renonça dès sa jeunesse à tous les avantages qu'il pouvait espérer dans le monde, pour se consacrer au ministère des autels. Son savoir et sa sainteté le firent élever à l'épiscopat : quelques hagiographes ont écrit qu'il avait été évêque de Poitiers ; mais cela n'est pas possible : de 626 à 673 le siège de saint Hilaire est occupé par Didon ; or, l'épiscopat d'Emmeran se trouve compris entre ces deux dates. Sans trop savoir à quel diocèse il appartient, on peut regarder comme indubitable qu'il fut préposé à l'une des nombreuses églises qui formaient dès lors la division religieuse de l'Aquitaine ; nous regardons même comme très probable qu'il exerça ses hautes fonctions dans celle même de Poitiers, en qualité d'évêque régionnaire : la vaste étendue de ce diocèse à cette époque autorise cette conjecture.

Quoi qu'il en soit, Emmeran prêcha l'Évangile avec un zèle infatigable dans tous les lieux de son diocèse, instruisant en public et en particulier ; il allait chercher jusque dans leurs maisons les pêcheurs endurcis ; et, par une éloquence aussi touchante que persuasive, il les retirait de leurs désordres et en faisait de véritables pénitents. Sa charité pour les pauvres était aussi sans bornes.

Après avoir travaillé de la sorte pendant plusieurs années, il résolut d'instruire un grand nombre d'infidèles et d'idolâtres qui étaient dans la Bavière. Il y avait soixante-dix ans que les Bavarois avaient embrassé le christianisme ; mais plusieurs d'entre eux étaient encore livrés aux superstitions de l'idolâtrie ; d'autres étaient infectés d'erreurs capitales contre la foi. Le duc Théodore IV, qui commandait dans le pays sous l'autorité du roi Bigohert III, s'était longtemps retenu le saint missionnaire à Ratisbonne, et fit tous ses efforts pour l'y fixer. Emmeran refusa toutes les offres du duc, en disant qu'il ne devait prêcher que Jésus crucifié. On a cru qu'il était évêque de Ratisbonne, ou du moins associé au gouvernement de ce diocèse. Ses travaux apostoliques furent suivis de conversions innombrables. Trois ans s'étant écoulés de la sorte, il partit pour Rome, dans le dessein de vénérer les reliques des Apôtres et des Martyrs, et de consulter le Pape sur certaines difficultés.

Cependant une fille du duc Théodon s'étant laissé corrompre par Sigebaud, jeune homme appartenant à la première noblesse du pays, confessa son crime au saint évêque, en lui demandant conseil sur le moyen d'échapper, elle et son amant, à la vengeance de son père. Le Saint lui conseilla de fuir en Italie pour attendre que la colère du duc s'apaisât par l'effet du temps ; arrêtée dans sa fuite, elle découvrit le conseil que lui avait donné l'homme de Dieu, et, le voyant absent, pour dérober son amant à la colère de Théodon, elle accusa Emmeran de l'avoir séduite. Lautbert, frère de la jeune fille, entra dans une grande fureur ; il prit des soldats avec lui, partit sur les traces du Saint, et, au bout de trois jours, il le surprit à Heldendorf, pendant qu'il priait avec ses compagnons. Lautbert fit lier Emmeran à une échelle et ordonna de lui couper les pieds, les mains, les oreilles, et de lui arracher les yeux. Le saint martyr souffrit ce cruel supplice avec une patience admirable, et rendit bientôt le dernier soupir. On vit son âme monter dans le ciel au milieu d'une vive lumière (22 septembre 652).

Sept jours après cet horrible assassinat, les bourreaux furent possédés du démon ; ils coururent comme des furieux dans les bois et moururent misérablement. Lautbert fut banni, et n'eut jamais la principauté du pays. Le corps du Saint fut enterré à Aschaim, un peu au-dessous de Munich, sur l'Iser. Le duc Théodon le fit depuis transporter solennellement à Ratisbonne, et déposer dans l'église Saint-Georges, aujourd'hui Saint-Emmeran.

On le représente : 1° attaché à une échelle où on lui coupe les membres l'un après l'autre ; 2° tenant un lit à la main, pour témoigner qu'il fut victime de l'impudicité d'autrui, et une lance, pour indiquer la manière dont il fut achevé après qu'on lui eut coupé les membres. — Parfois on ne le voit pas étendu sur l'échelle, mais seulement les bras et les jambes coupés.

Tiré du Propre de Mayence ; de Godescard, et des Saints de Poitiers, par M. l'abbé Auber.

Événements marquants

  • Naissance à Poitiers au début du VIIe siècle
  • Élévation à l'épiscopat (évêque régionnaire)
  • Mission d'évangélisation en Bavière auprès du duc Théodore IV
  • Accusation calomnieuse de séduction par la fille du duc
  • Supplice et mort à Heldendorf

Miracles

  • Âme montant au ciel dans une vive lumière
  • Possession démoniaque et mort des bourreaux sept jours après le crime