Saint Léobard (Leuvart)

Abbé, Fondateur de l'abbaye de Marmoutier

Fête : 25 fevrier 7ᵉ siècle • saint

Résumé

Disciple de saint Colomban, Léobard fonda au début du VIIe siècle l'abbaye de Marmoutier en Alsace sur un domaine royal concédé par Childebert II. Pionnier du défrichement au pied des Vosges, il établit l'un des centres religieux les plus anciens et prospères de la province.

Biographie

SAINT LÉOBARD OU LEUVART,

ABBÉ, FONDATEUR DE L'ABBAYE DE MARMOUTIER, EN ALSACE (618).

Rien ne prouve mieux combien la religion était florissante en Alsace pendant les VIIe et VIIIe siècles, que l'établissement des nombreuses maisons religieuses qui furent fondées à cette époque dans cette province. Plusieurs pieux solitaires, accourus des pays étrangers, s'établirent au pied des Vosges, dans des vallées incultes, couvertes de bois épais et d'eaux stagnantes, et hérissées de rochers. Les religieux défrichèrent les terres, desséchèrent les marais, transformèrent en jardins fertiles ces champs frappés jusqu'alors d'une éternelle stérilité, et par là ils favorisèrent les progrès de l'agriculture et de la population. C'est ainsi qu'ils jetèrent les fondements de cette prospérité qui s'est développée plus tard, et qui fait de nos jours de l'Alsace un des plus beaux pays de France.

SAINT LÉOBARD, ABBÉ.

L'abbaye de Marmoutier était la plus ancienne de l'Alsace. Elle était située au pied des Vosges, à sept lieues de Strasbourg, dans un bourg du même nom, auquel elle donna naissance. Les historiens s'accordent à reconnaître pour son fondateur saint Léobard, disciple de saint Colomban, qui l'établit en l'honneur des saints apôtres Pierre et Paul, et de saint Martin, évêque de Tours. Childebert II, roi d'Austrasie, accorda au fondateur, vers la fin du VIe siècle, le vallon dans lequel il s'était fixé. Ce vallon, ainsi que les environs, était du domaine royal, connu alors sous le nom de Marche d'Aquilée.

Le territoire de l'abbaye s'étendait, dans son origine, bien plus loin que dans les derniers temps, et comprenait une grande quantité de villages et hameaux, mais dont on aliéna un grand nombre par la suite.

Il fut remplacé dans l'administration de l'abbaye par Anastase, Godefroi et Léobard II. À Léobard II succéda Maur, qui fut aussi mis au nombre des Saints, et qui doit avoir été disciple de saint Firmin.

Un incendie avait réduit en cendres, sous Léobard II, l'église et tous les bâtiments du cloître. Maur trouva moyen de tout reconstruire : la sainteté de sa vie, jointe à son zèle pour le rétablissement du monastère, lui valurent le titre de second fondateur, et, depuis cette époque, l'abbaye fut appelée de son nom, Mauramünster, Maurmoutier, et par corruption Marmoutier.

Les études florissaient à cette époque à Marmoutier, et les religieux suivaient le mouvement donné à la renaissance des lettres par Charlemagne, lorsqu'un incendie vint de nouveau consumer, en 827, l'abbaye et toutes ses archives. Celse, qui en était abbé, ne négligea rien pour rétablir le monastère, et il crut devoir s'adresser à Louis le Débonnaire pour en obtenir des secours. Celui-ci chargea de la restauration des édifices Drogon, évêque de Metz, et son frère naturel. Ce prélat s'en acquitta avec un zèle digne des plus grands éloges, et les bâtiments furent parfaitement rétablis. Il paraît que la façade occidentale de l'église, telle qu'on la voit encore de nos jours, est celle qui avait été construite par les ordres de Drogon. En 833, le 7 mai, Drogon transféra solennellement dans la nouvelle église les corps de deux de ses prédécesseurs, saint Céleste et saint Auteur, évêques de Metz. Cette église est construite dans un très-bon goût, et porte les traces d'une haute antiquité. La nef paraît avoir subi quelques changements au XIIIe siècle ; le chœur, au contraire, a été reconstruit au dernier siècle, mais on a imité à un certain point l'architecture gothique.

Depuis Drogon, l'abbaye de Marmoutier fut soumise, pour le temporel, à l'évêché de Metz. Elle a été jusqu'aux jours de nos troubles, le séjour des connaissances et des bonnes études.

A un quart de lieue de l'abbaye, on voit, sur une colline, une jolie église, reste d'un couvent de femmes appelé Sindelsberg, fondé vers 1120 par Richovin, abbé de Marmoutier, et plus tard, de Neuwiller. Cette église fut consacrée, en 1137, sous l'invocation de la Sainte Vierge et de saint Blaise. Les religieuses l'occupèrent pendant près de trois cents ans, mais elles en furent tirées en 1488 par l'évêque de Strasbourg, Albert de Bavière. L'abbaye de Marmoutier, qui réunit les biens de Sindelsberg à ses domaines, alors fort endommagée, s'engagea cependant à payer des pensions vingtières aux religieuses. L'église de Sindelsberg fut ruinée dans l'insurrection des rustauds, en 1525, mais l'abbé Gisbert la rétablit. Une autre église, d'une architecture également remarquable, située dans le village de Zehnackern, près Reutenbourg, doit également provenir d'un ancien couvent de religieuses qui dépendait de l'abbaye de Marmoutier. C'est un pèlerinage fréquenté en l'honneur de la sainte Vierge. Nous ne devons pas omettre ici la fameuse grotte de saint Vit ou saint Guy, située sur une montagne, dans la vallée de la Zorn, vis-à-vis de Bob-Barr : elle a plus de soixante pieds de profondeur ; l'art et la nature paraissent avoir contribué à la rendre intéressante. Elle était habitée depuis longtemps par des religieux. Une chapelle dédiée à saint Vit, située au haut du plateau dont ce rocher est surmonté, tombait en ruines, et les fidèles placèrent son image dans la grotte, qui fut dès lors élargie et disposée en chapelle. Le Saint qu'on y vénère est un jeune héros du christianisme, qui souffrit le martyre sous Dioclétien, au commencement du IVe siècle. Les fidèles l'invoquent pour la guérison d'une maladie appelée de son nom danse de saint Guy. Cette maladie, que la crédulité du XVe siècle attribuait au démon, était devenue très-commune en Alsace, et surtout à Strasbourg, au point que les magistrats envoyaient à la chapelle de saint Guy

25 FÉVRIER.

tous les malheureux qui en étaient attaqués, et leur fournissaient des voitures et des vivres.

Cette grotte continue d'être fréquentée par de nombreux pèlerins, et surtout le 1er de mai. On porte en offrande au Saint des crapauds de fer, parce qu'on prétend que la forme de cet animal hideux ressemble à la partie du corps où siège le mal dont on implore la guérison. Il y avait aussi dans le village d'Obersteigen un monastère de chanoines réguliers de Saint-Augustin, qui fut transféré à Saverne et érigé en collégiale. Cette translation eut lieu en 1308, et la sécularisation en 1482 : ce chapitre consistait en huit chanoines, un prévôt et un doyen. L'église collégiale, qui était autrefois l'église du château que les évêques de Strasbourg avaient dans cette ville, communiquait avec ce château par des chapelles à demi souterraines. Elle n'offre rien de remarquable, qu'une tour carrée fort élevée : le chœur paraît être plus ancien que la nef. L'église paroissiale de Sainte-Marguerite, située hors des murs, fut réunie à cette collégiale.

L'ancien monastère, construit d'abord pour les religieux d'Obersteigen à Saverne, a été donné sous l'évêque Albert, en 1486, aux Récollets, qui l'ont habité jusqu'à la Révolution française. L'église, qui est dans un très-bon goût, et les bâtiments du cloître, sont affectés présentement au collège de la ville.

Saints d'Alsace, par Hunckler.

Événements marquants

  • Arrivée en Alsace au pied des Vosges
  • Fondation de l'abbaye de Marmoutier en l'honneur de saint Pierre, saint Paul et saint Martin
  • Obtention du vallon de la Marche d'Aquilée auprès du roi Childebert II
  • Défrichement des terres et assèchement des marais