Saint Léonore (Lunaire)
Évêque régionnaire en Bretagne
Résumé
Fils du roi Hoël Ier, Léonore fut formé par saint Iltut avant de devenir évêque en Cambrie. Il émigra en Armorique avec ses disciples pour fonder un monastère et évangéliser la région sous la protection de Childebert. Il est célèbre pour avoir protégé le prince Judual contre l'usurpateur Conomor et pour plusieurs miracles légendaires liés à la nature.
Biographie
SAINT LÉONORE OU LUNAIRE,
ÉVÊQUE RÉGIONNAIRE EN BRETAGNE
*Renuntianum est sæculo omnibusque rebus, ut nobis Deus partio sit.*
Il faut renoncer au monde et à tous les biens, afin que Dieu soit notre unique héritage.
S. Hilar., *sup. psalm. CXVIII.*
Hoël Ier, surnommé le Grand, roi des Bretons, et sainte Pompée, donnèrent le jour à saint Léonore, qui naquit dans la Cambrie vers l'an 509, dans le temps qu'ils habitaient ce pays. Ils étaient l'un et l'autre d'une piété remarquable, et eurent tous deux quelques prédictions de la naissance de cet enfant et des présages de sa grandeur future ; ce qui les rendit plus sou-
gneux de son éducation. À peine eut-il atteint l'âge de cinq ans, qu'ils le conduisirent à l'école de saint Iltut, où il eut pour condisciples saint Tugdual, son frère, saint Paul Aurélien, saint Samson et saint Magloire, et où il se disposa par une vie austère aux ordres sacrés et à l'épiscopat. On avait remarqué en lui de bonne heure les plus heureuses dispositions pour la vertu. Les pauvres, dès lors, lui étaient si chers qu'il se privait en leur faveur de tout ce dont il pouvait disposer. Une conduite si charitable fixa sur lui l'attention de son maître, qui, d'ailleurs, remarquait dans ce jeune homme un esprit solide, joint à une sagesse et à une capacité prématurées. Iltut, se voyant près de sa fin, présenta Léonore à saint Dubrice, évêque de Caerléon, afin qu'il fût admis et employé dans le ministère ecclésiastique. Le jeune serviteur de Dieu parcourut tous les degrés de la milice sainte. Dubrice, avant de mourir, crut devoir répondre au vœu que les peuples exprimaient et le sacrer évêque. Il fut promu de bonne heure, à cause de son mérite extraordinaire ; mais on ne peut croire ce que disent les Leçons de son office, dans l'ancien Bréviaire du diocèse de Léon, qu'il n'avait que quinze ans lorsqu'on l'éleva à l'épiscopat, quelque résistance que son humilité pût faire.
Le désir de se rendre utile à ses compatriotes, qui, ayant formé des établissements dans les pays de Vannes et de Quimper, avaient besoin de secours spirituels ; celui, peut-être aussi, de suivre son vertueux frère Tugdual, et de trouver un séjour plus paisible que ne l'était alors la Grande-Bretagne, occupée presque entièrement par les Saxons, déterminèrent Léonore à quitter la Cambrie et à passer dans l'Armorique, afin d'y vivre dans une plus grande retraite, pour laquelle les forêts qui s'y trouvaient offraient de grandes commodités. La grâce du Saint-Esprit et son inclination particulière le portaient efficacement à ce genre de vie ; car sa dignité épiscopale ne l'empêcha point de vivre toujours en solitaire, et il y a même apparence qu'il n'avait point de siège particulier, et que, sans l'obliger de sortir de son monastère, on lui conféra la dignité d'évêque pour le bien spirituel des peuples voisins ; ce qui semble avoir été fort ordinaire à la nation bretonne dans le pays de Cambrie. Léonore, voulant comme Abraham quitter tout pour suivre l'inspiration intérieure qui l'appelait hors de sa patrie, s'embarqua avec soixante-douze disciples et quelques domestiques, pour venir dans la Bretagne armoricaine, dont Childebert était souverain. Ce fut dans le nord qu'il prit terre, à la côte qui est entre les rivières de Rance et d'Arguenon, et il ne fut pas plus tôt arrivé dans ce pays, que lui et ses compagnons s'établirent dans ce lieu qui leur fut accordé par son frère Hoël ou Jona, second du nom, qui régnait alors en Bretagne. Léonore ayant trouvé dans ce lieu un oratoire en ruines, le rétablit et y plaça un autel qu'il avait apporté avec lui. Il se livra ensuite avec zèle au ministère de la prédication. Les habitants du voisinage, touchés de ses discours et édifiés de ses vertus, se déterminèrent d'un commun consentement à lui défricher la forêt dans laquelle il se trouvait, afin qu'il pût y construire un monastère.
Le roi Childebert, averti de la vie admirable de ces saints solitaires, et surtout de Léonore, l'invita d'une manière très-pressante à le venir voir à Paris. Le Saint y alla suivi de quelques-uns de ses disciples, et fut reçu du roi et de la reine Ultrogothée avec de grands témoignages d'estime et de
SAINT LÉONORE OU LUNAIRE, ÉVÊQUE RÉGIONNAIRE EN BRETAGNE. 567
vénération. Il ne demeura pas longtemps à la cour, parce qu'il y était trop honoré, et que le concours de ceux qui s'adressaient à lui l'empêchait de vaquer librement à ses exercices spirituels. Ce fut pendant son séjour à Paris qu'arriva, en 547, le cruel assassinat de son frère Hoël II, nommé aussi Jona. Quand Léonore fut de retour dans sa retraite, il passa les jours au travail, les nuits en prières ; et, vivant moins en homme qu'en ange, il édifiait par sa conduite et animait par ses exhortations sa sainte communauté.
Le monastère de Léonore n'était pas fort éloigné de la demeure des souverains de la Bretagne, où Conao ou Conomor, meurtrier de Jona, était alors avec la veuve de ce prince qu'il avait épousée. Judual, fils de Jona, se réfugia dans le monastère de Léonore, son oncle, qui ne jugea pas devoir le retenir dans sa maison, où il voyait bien que le jeune prince ne serait pas en sûreté. Mais, prenant d'autres mesures pour sauver la vie de son seigneur légitime que l'usurpateur, enfin démasqué, cherchait pour le mettre à mort, il fit embarquer Judual pour la Grande-Bretagne, sans craindre de s'exposer lui-même à toute la fureur de Conao. Il ne se contenta pas d'avoir tiré l'innocent du péril, il brava même le persécuteur, en lui montrant le vaisseau dans lequel Judual voguait à pleines voiles.
L'usurpateur, toutefois, ne fit pas mourir saint Léonore, soit qu'il n'aimât à commettre des crimes que lorsqu'il en pouvait retirer quelque avantage, soit qu'il redoutât cette fois de tremper les mains dans le sang de son frère, ou qu'il craignît de se perdre tout à fait dans l'esprit du roi et de la reine, et des peuples, qui aimaient et honoraient le saint évêque comme un homme tout divin. La légende de saint Léonore dit que Conao lui donna un soufflet, et qu'après cette insulte, tout hors de lui-même, il piqua son cheval ; que le cheval prit sa course avec tant d'impétuosité, qu'il ne put se retenir au bord d'un précipice, où il se cassa le cou ; que Conao se rompit la cuisse en trois endroits par cette chute, ne put jamais en être guéri, et mourut enfin misérablement après avoir souffert longtemps de très-cruelles douleurs. Mais ce fait n'est pas certain ; il paraît au contraire que ce mauvais prince, ayant soutenu Cramne révolté contre Clotaire, son père et roi de France, périt en 560 avec ce fils rebelle.
La mort de Conao ayant donné à Judual la possibilité de revenir en Bretagne, saint Léonore, qui joignait à l'affection naturelle qu'il avait pour son neveu, la charité dont sont animés les Saints, s'appliqua de tout son pouvoir à le faire rentrer dans la possession de ses États. Il ne survécut pas beaucoup à ce dernier événement, et termina, par une mort précieuse aux yeux de Dieu, sa sainte carrière, à l'âge de cinquante et un ans environ, vers l'an 560.
On représente saint Léonore : 1° une clochette à la main. Le roi Childebert lui avait concédé, dit-on, autant de terres qu'en pourrait parcourir le son de la clochette du Saint. Celui-ci appela les intendants royaux et monta sur une colline d'où il fit retentir sa sonnette. Les témoins déposèrent qu'on l'avait entendue à quatre milles à la ronde, et la prise de possession fut établie sur ce fait. — 2° Labourant avec douze cerfs, à défaut de bœufs. Les Bollandistes rapportent qu'au moment où, en compagnie de ses disciples, notre Saint se rendait à ses terres pour les labourer, ils aperçurent gisant à terre un cerf d'une grandeur extraordinaire. Saint Léonore ordonna de le dépouiller et sa peau seule servit à confectionner des rênes. Au même instant, douze autres cerfs se présentèrent à leurs yeux étonnés ; baissant la tête, ils se laissèrent attacher au joug, et pendant cinq semaines et trois jours, ils se rendirent régulièrement sur les terres du Saint pour
l'aider à les cultiver; seulement les jours de dimanche ils restaient dans la forêt voisine. L'ouvrage étant terminé, ils vinrent tous ensemble supplier leur maître de les laisser partir : celui-ci les bénit alors de la main et les congédia. — 3° Suspendant son manteau à un rayon de soleil. Les mêmes hagiographes prétendent qu'un jour le roi Childebert pria notre Saint de célébrer devant lui et toute sa cour les saints mystères. Le serviteur de Dieu, avant de revêtir les ornements sacerdotaux, se débarrassa de son manteau et voulut le suspendre quelque part; comme il cherchait à l'accrocher, soudain un rayon de soleil entra par la fenêtre de la chambre où il se trouvait et se chargea, à la grande surprise des spectateurs, de soutenir ce précieux fardeau.
## CULTE ET RELIQUES.
L'ancien bréviaire de Léon marque la fête de saint Léonore au 1er juillet, et en donne l'office en neuf leçons. L'ancien bréviaire de l'abbaye de Saint-Méco en fait mémoire le même jour. Cette mémoire se faisait aussi à Paris jusqu'en 1607, époque à laquelle on la supprima. Son nom se trouve encore dans le martyrologe parisien au 1er juillet. On faisait sa fête à Dol le 16 février, à Saint-Malo le 16 juillet, et à Coutances le 3 de même mois. Il y a une paroisse, auprès de Saint-Malo, qui porte le nom du Saint, qu'on y appelle par corruption Saint-Lunaire. On voit dans l'église paroissiale son tombeau, élevé de deux pieds de terre, et l'on y conservait ses reliques, le chef à part dans un reliquaire d'argent, et les autres ossements dans deux reliquaires d'ébène. Une autre partie avait été portée à Paris dans le Xe siècle avec celles des autres saints bretons, et ensuite à Beaumont-sur-Oise, où saint Léonore était honoré dans un prieuré qui portait son nom, et avait été fondé, en 1185, par Mathieu, comte de Beaumont; ce seigneur avait à cette époque obtenu les reliques du Saint. Elles furent brûlées par les Calvinistes dans le XVIe siècle. Outre sa fête que l'église de Saint-Malo célébrait le 1er juillet, on y en faisait encore une autre le 13 octobre, sous le nom de Translation. Il y avait dans l'église de Rennes une chapelle dédiée à saint Léonore, et plusieurs paroisses le reconnaissent pour patron, quelques-unes sous les noms de Lunaire, Lourmel et Launeuc.
Nous avons tiré cette biographie des *Vies des Saints de Bretagne*, par Dom Lobineau. — Cf. L'ancien Bréviaire de Léon; les Bollandistes, tome 1er de juillet; les *Propres de Dol* et *Saint-Malo*, et le Bréviaire de Coutances de 1741.
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## S. SIMÉON, SURNOMMÉ SALUS OU L'INSENSÉ,
### SOLITAIRE DU MONT-SINAI
VIe siècle.
> *Nemo se seducat; si quis videtur inter nos sapiens esse in hoc speculo, studios fuit, ut sit sapiens : sapientia enim hujus mundi stultitia est apud Deum.* > > Que personne ne se trompe soi-même: s'il y a quelqu'un parmi vous qui passe pour sage dans le monde, qu'il devienne fou pour devenir sage; car la sagesse de ce monde est une folie aux yeux de Dieu. > *I Cor., III, 18.*
Quand on est bien persuadé de cette vérité de l'apôtre saint Paul, que ce qui paraît une folie devant les hommes est souvent une véritable sagesse aux yeux de Dieu, on n'a pas de peine à croire les choses surprenantes que les historiens sacrés nous rapportent de plusieurs Saints; avides des plus grandes humiliations, afin de se rendre plus conformes à Jésus-Christ chargé
d'opprobres, ils ont fait des actions si extraordinaires et si fort contre la raison humaine, qu'ils ont passé quelque temps dans l'estime du monde pour des insensés. C'est ce que nous allons voir d'une manière éclatante dans la vie de saint Siméon, surnommé Salus, mot syriaque qui veut dire l'Insensé ; il a si bien su, par mille ingénieux artifices, cacher aux yeux des hommes sa sagesse et sa sainteté, découvertes néanmoins par l'éclat des miracles, que le nom de fou et d'insensé lui en est demeuré comme un titre très-honorable.
L'histoire ne nous apprend rien de son enfance ni de sa jeunesse, sinon qu'il naquit en la ville d'Edesse, dans la province de Syrie, de parents fort riches et catholiques, et qu'il se rendit très-savant dans la langue grecque, assez habile dans plusieurs sciences, jusqu'à sa parfaite conversion. Comme au temps de l'empereur Justinien l'aîné, les fidèles se portaient avec une singulière dévotion à visiter les saints lieux de Jérusalem à la fête de l'Exaltation de la sainte Croix, deux jeunes hommes, dont l'un s'appelait Siméon et l'autre Jean, partirent ensemble pour faire ce pèlerinage en la compagnie de leurs parents. Quand ils eurent satisfait à leur piété, ils prirent leur chemin par la vallée de Jéricho pour s'en retourner en leur pays ; et, parce que en cet endroit on découvrait un grand nombre de monastères, bâtis le long du fleuve du Jourdain, ils s'arrêtèrent à considérer attentivement cet agréable spectacle. Ils étaient dans l'admiration ; Jean prit la parole et dit à Siméon : « Savez-vous bien qui sont les personnes qui habitent toutes ces cellules ? Ce sont des anges terrestres dont l'occupation n'est que de penser aux choses du ciel ». — « Peut-on les voir », répondit Siméon ? — « Oui, sans doute », repartit Jean, « pourvu que nous voulions nous rendre semblables à eux ». Leur désir s'enflamma de plus en plus, ils descendirent de leurs chevaux, comme pour se reposer, et, les ayant donnés à leurs valets, ils leur ordonnèrent d'aller toujours devant. Peu de temps après, ils aperçurent un petit chemin qui conduisait au Jourdain ; Jean dit à Siméon : « Voici le chemin qui conduit à la vie, au lieu que celui où nous sommes conduit à la mort ». Ils se mirent donc tous deux à genoux, et prièrent Dieu de tout leur cœur qu'il leur fît connaître sa sainte volonté sur la route qu'ils devaient prendre. Puis ils tirèrent au sort : le chemin du Jourdain leur échut, ce qui les réjouit extrêmement ; oubliant leurs parents et les grands biens qu'ils avaient dans le monde, ils tournèrent du côté des monastères. Le premier qu'ils rencontrèrent fut celui qui portait le nom de l'abbé Gérasime, dont ils trouvèrent la porte ouverte et un vénérable vieillard, nommé Nicon, qui les attendait, parce qu'il avait eu révélation de leur arrivée. Ainsi ils furent reçus l'un et l'autre comme des personnes envoyées de la part de Dieu.
Le lendemain, ce saint vieillard leur fit un beau discours au sujet de leur vocation ; il les excita à entreprendre avec ferveur la vie pénitente des solitaires et à persévérer constamment dans leurs pieux desseins, sans jamais se relâcher dans la pratique de la vertu. Sa parole, trouvant leurs cœurs bien disposés, leur inspira un si grand désir de la perfection, qu'ils le supplièrent avec beaucoup d'instance de leur donner la tonsure monacale et de les revêtir de l'habit religieux. Cette sainte ardeur augmenta encore merveilleusement lorsque, le supérieur ayant fait venir en leur présence un jeune homme à qui l'on avait donné l'habit la semaine précédente, ils aperçurent sur sa tête une couronne tout éclatante de lumière : ils se jetèrent aux pieds du saint abbé, et le pressèrent encore plus fortement de les rendre semblables au novice qu'ils venaient de voir : il fut donc
obligé de leur accorder la grâce qu'ils lui demandaient avec tant d'ardeur et dont ils se rendaient si dignes. En effet, dès qu'ils furent vêtus, ils virent réciproquement sur la tête l'un de l'autre une semblable couronne, et leurs visages parurent même la nuit, au milieu des ténèbres, tout rayonnants d'une clarté céleste : mais, deux jours après, n'apercevant plus de couronne sur la tête du novice, ils furent fort étonnés de ce changement, et, craignant que le même malheur ne leur arrivât, ils délibérèrent entre eux sur ce qu'ils devaient faire. Siméon, prenant donc la parole, dit à son compagnon, par une inspiration divine : « Si vous me voulez croire, mon frère, nous mènerons encore une vie plus cachée que celle de ces solitaires, car je me sens tellement embrasé du désir de demeurer inconnu au monde, que je suis résolu de ne plus voir personne, de ne plus parler aux hommes, et, enfin, de ne plus écouter que la voix de mon Dieu ». Jean fut extrêmement touché de ce discours, et, se sentant intérieurement sollicité de le suivre, il acquiesça à sa proposition : de sorte qu'après avoir reçu la bénédiction du saint vieillard Nicon, à qui Dieu avait fait connaître par révélation que leur dessein venait du ciel, ils se retirèrent de ce monastère, et prenant leur chemin du côté de la mer Morte, ils trouvèrent sur le rivage la cellule d'un saint vieillard qui était décédé quelques jours auparavant ; ils crurent que c'était là l'endroit que Dieu leur destinait ; c'est pourquoi ils s'y logèrent comme dans un paradis terrestre, pour y mener une vie tout angélique.
Le démon ne manqua pas de les y tenter par toutes sortes de voies ; pour leur faire regretter le monde, il leur remettait sous les yeux les plus chers objets de leur tendresse. Quelquefois il leur apparaissait sous des formes hideuses, pour les obliger d'abandonner leur solitude ; d'autres fois il les excitait à la gourmandise ; en un mot, il s'y prenait de toutes les manières, ou pour les faire retourner en leur pays, ou pour les rendre lâches et paresseux dans leurs exercices, ce moyen étant le plus efficace pour faire succomber les grandes âmes. Mais les jeunes solitaires rendirent ses efforts inutiles, tant par leurs prières que par leur fidélité et par les continuelles exhortations qu'ils se faisaient l'un à l'autre pour s'animer à la persévérance. Dieu, d'ailleurs, les fortifiait tellement par des visions célestes qui remplissaient leurs cœurs d'une joie indicible, qu'après avoir été tourmentés par la pensée de leurs parents l'espace de deux ans, ils furent enfin entièrement délivrés de cette peine, et jouirent ensuite d'une très-grande tranquillité d'esprit.
Ils étaient en cette belle disposition intérieure, lorsqu'ils apprirent presque en même temps, par révélation, le décès des deux personnes qu'ils aimaient si chèrement ; le bienheureux Siméon connut, dans une extase, que sa mère était à l'agonie et proche de la mort ; il vint aussitôt annoncer cette nouvelle à son compagnon, afin de faire des prières ensemble pour lui obtenir une bonne mort. Après quoi, Siméon ne pouvant refuser à son cœur les sentiments de tendresse que la nature lui inspirait pour une si bonne mère, il adressa à Dieu ces paroles entrecoupées de soupirs et de sanglots : « Seigneur, qui avez reçu le sacrifice d'Abraham, l'holocauste de Jephté et les présents d'Abel, et qui avez honoré Anne du don de prophétie à cause de son fils Samuel, recevez, s'il vous plaît, l'âme de ma mère pour l'amour de votre pauvre serviteur, qui vous en prie très-humblement. Souvenez-vous, mon Dieu, des peines qu'elle a prises pour moi, et des larmes qu'elle a versées depuis que je l'ai quittée pour me consacrer entièrement à votre service. Vous savez le soin qu'elle a eu de mon éducation, dans l'es-
pérance que je la consolerais dans sa vieillesse, et cependant ma fuite l'a privée du fruit de ses travaux. Elle ne pouvait être un moment sans me voir : toute sa joie était de me tenir auprès d'elle, et elle n'a presque point joui de ces douceurs. C'est pour votre gloire, ô mon Seigneur, que je l'ai réduite en cet état. Elle n'a fait que gémir et pleurer depuis ma séparation ; les nuits, qui donnent quelque repos aux plus affligés, ont été pour elle des années d'angoisses et de douleurs ; la pensée qu'elle m'avait perdu lui navrait tellement le cœur, qu'elle était toujours plongée dans l'amertume. Faites-lui donc la grâce, ô mon Dieu, de mourir présentement en paix, en lui pardonnant toutes les fautes qu'elle a commises contre votre divine Majesté. Et, après l'avoir laissée si longtemps dans les pleurs et les gémissements, récompensez, s'il vous plaît, ses afflictions par les consolations célestes dont jouissent les Saints en votre présence ». Son oraison fut exaucée, ainsi qu'il fut révélé au bienheureux Jean, à qui Dieu, quelque temps après, fit savoir dans une vision, que sa femme était morte, et qu'elle jouissait de la même gloire que la mère de Siméon.
Ces bienheureux solitaires n'ayant plus rien au monde qui pût les obliger d'y retourner, passèrent vingt-neuf années ensemble en cette solitude, dans toutes sortes d'exercices de pénitence : à souffrir la faim et la soif, l'ardeur du soleil et les rigueurs de l'hiver, et à soutenir de très-horribles tentations que les démons ne cessèrent jamais de leur livrer pour les porter au relâchement. Mais, au bout de ce temps-là, Dieu, voulant confondre la vaine sagesse des gens du siècle par la folie apparente de Siméon, lui donna une forte pensée de paraître en public, afin d'y travailler, d'une manière nouvelle, au salut du prochain et à la conquête des âmes. Il fut d'autant plus confirmé dans son dessein, que le saint ermite Nicon lui apparut, et l'assura qu'à l'avenir il ne serait plus susceptible d'aucun mouvement de la chair. Il découvrit aussitôt sa pensée à son cher compagnon, qui, appréhendant prudemment qu'un prétexte si spécieux ne fût un piège de Satan pour lui ravir la couronne de la persévérance, lui remontra vivement tous les périls auxquels il s'allait exposer, et fit tout son possible pour lui faire changer de résolution. Néanmoins, après avoir connu par ses réponses que ce n'était nullement une tentation du démon, mais une inspiration divine, il approuva son entreprise, et acquiesça enfin, quoiqu'avec beaucoup de regret, à une séparation qui lui fut d'autant plus sensible qu'il avait cru que la mort seule était capable de la faire, à condition pourtant qu'ils se reverraient encore une fois avant de mourir.
Siméon quitta donc sa solitude, et, laissant le bienheureux Jean dans les pleurs, il se rendit d'abord à Jérusalem pour y visiter de nouveau les saints lieux ; il employa trois jours à cette dévotion ; il demanda à Dieu, avec une incroyable ferveur, de cacher durant sa vie les merveilles qu'il ferait par lui, afin qu'il demeurât toujours inconnu aux hommes. Il obtint cette grâce peu commune. De Jérusalem il alla à Emèse, en Syrie, pour y travailler à la conversion des âmes, en contrefaisant le fou, selon le projet extraordinaire qu'il s'était formé dans l'esprit par une humilité tout héroïque ; et il y fit des actions si extravagantes et si contraires aux règles de la prudence humaine, que, si Dieu ne les eût autorisées par des miracles, on aurait sujet de condamner une conduite si irrégulière. Jusqu'à sa mort, sa vie ne fut qu'une suite d'actions ridicules aux yeux des hommes, quoiqu'elles fussent dignes de l'approbation de Dieu et des Anges. En effet, ce n'étaient que de pieuses inventions de son humilité et de sa charité ; de son humilité, pour cacher les miracles qu'il faisait continuellement ; car, quand
il en avait opéré, il craignait qu'on ne lui en attribuât la gloire : c'était alors qu'il faisait des actions extravagantes; de sa charité, pour gagner des âmes à Jésus-Christ; soit par des paroles touchantes qu'il jetait à la traverse dans les compagnies par forme de raillerie : les plus libertins ne laissaient pas d'y faire réflexion, et elles servaient à leur inspirer de bons sentiments; soit en faisant à contre-temps, ce semble, des exhortations à la vertu ou des déclamations contre le vice, qui portaient coup dans la suite; soit en disant à chacun des vérités qui n'auraient pas été bien reçues s'il n'eût contrefait l'insensé pour les dire plus librement. Par ce moyen, il convertit presque toute la ville d'Emèse.
Voilà, en général, les artifices qu'il employait pour éviter les louanges et les honneurs des hommes et pour gagner les âmes à Dieu; mais il faut avouer que, quelque adresse qu'il eût pour faire ce personnage, l'éclat de ses miracles eût sans doute découvert sa profonde sagesse et son éminente sainteté, si Dieu, par une providence particulière, ne les eût cachées lui-même aux yeux des mondains; car, enfin, quelle estime ne devait-on pas faire d'un homme qui délivrait des énergumènes, qui portait des charbons ardents dans ses mains sans en être offensé, et dans sa robe sans qu'elle en fût nullement brûlée; qui prédisait les choses à venir, qui découvrait les secrets du cœur les plus cachés, qui multipliait les vivres, qui convertissait les Juifs et les hérétiques, qui guérissait les malades, qui retirait du crime les femmes débauchées, engageant les unes dans un légitime mariage, et faisant vouer à la chasteté les autres? Quelle estime, disons-nous, ne devait-on pas faire d'un homme dont la vie était remplie de tant de merveilles? Puisqu'il est toujours demeuré caché, ne devons-nous pas dire, avec l'auteur de cette vie, que si Dieu, dans sa conduite ordinaire, prend plaisir à faire éclater le mérite des Saints, il a pris, au contraire, un soin particulier d'empêcher que les hommes ne reconnussent la sainteté de Siméon, au milieu de tant de vertus qui étaient si évidentes? Cela, assurément, est admirable et fait voir la grande condescendance que Dieu a pour ses serviteurs, lorsqu'ils ont du zèle pour entrer dans les humiliations de Jésus-Christ. En effet, il a opéré de nouveaux miracles pour tenir notre Saint dans l'obscurité, quand l'éclat de ceux qu'il faisait donnait lieu aux hommes d'entrevoir quelques rayons de sagesse au travers de ses actions extravagantes. Un grand seigneur, qui demeurait près de la ville d'Emèse, avait reconnu la sainteté de Siméon, parce qu'il lui avait découvert les secrets de son cœur; comme il ouvrait la bouche pour publier cette merveille, sa langue demeura immobile, de sorte qu'il lui fût impossible d'en parler.
Cette folie apparente ne lui fit rien relâcher de l'austérité religieuse ni des autres exercices de la vraie sagesse qu'il pratiquait dans la solitude. Son jeûne était si rigoureux, qu'il passait des semaines et quelquefois même des quarantaines entières sans manger. Pour cacher aux hommes cette prodigieuse abstinence, quand il prenait quelque nourriture, il le faisait en public. Il n'avait pour lit qu'un peu de sarment et même le plus souvent il était toute la nuit en oraison et arrosait la terre de ses larmes. En un mot, il se rendait aussi exact à toutes ses pratiques de dévotion que les solitaires les plus retirés du monde et les plus réguliers dans leur conduite. Aussi, Dieu le comblait de toutes sortes de bénédictions, tant par les douceurs ineffables dont il remplissait son âme, que par les prodiges dont il accompagnait ses paroles et ses actions. Nous en avons parlé seulement en général; mais il est à propos d'en rapporter quelques exemples
en particulier, afin que l'on puisse bien juger de l'éminence de sa grâce.
Pendant que Siméon demeurait à Emèse, il logeait ordinairement chez un diacre de cette église, appelé Jean, qui l'avait retiré en sa maison par compassion pour sa pauvreté et pour sa folie. Il arriva que ce vertueux hôte fut accusé d'être l'auteur du meurtre, d'un homme qui avait été assassiné et dont les meurtriers avaient jeté le cadavre dans sa maison, par la fenêtre. Sur cette accusation qu'un tel indice rendait recevable, le magistrat, sans autre information, le condamna à la mort comme coupable d'homicide. Lorsqu'on le menait au supplice, voyant que les moyens humains lui manquaient pour prouver son innocence, il eut recours à Dieu comme au puissant libérateur des opprimés, lui disant dans le fond de son cœur : « Ô Dieu de vérité, assistez-moi dans l'état où je suis ». Cependant Siméon, qui avait appris le danger où était son bienfaiteur, faisait sa prière, prosterné contre terre, pour demander à Dieu sa délivrance. Chose admirable ! comme on était sur le point de l'attacher à la potence, on vit paraître deux cavaliers qui criaient qu'on ne fît pas mourir cet innocent, parce que l'on avait découvert les vrais auteurs du crime dont il était injustement accusé : ce qui fit qu'on le mit en liberté. Dès qu'il se vit délivré, il vint trouver Siméon à l'endroit où il savait qu'il se cachait ordinairement pour faire son oraison, ne doutant pas que ce ne fût à sa charité qu'il était redevable de sa vie. En effet, il l'y trouva les genoux en terre, les larmes aux yeux et les mains élevées au ciel, et vit en même temps des globes de feu qui descendaient sur sa tête et des flammes ardentes qui l'environnaient de toutes parts. Il n'osa approcher de lui ni l'interrompre en cet état ; mais notre Saint l'ayant aperçu, lui dit : « Mon ami, remerciez Dieu de votre délivrance, sachez que cette disgrâce ne vous est arrivée que parce que vous avez refusé l'aumône à deux pauvres qui vous la demandaient, bien que vous eussiez de quoi la leur donner : car il faut toujours vous souvenir, mon frère, que les biens que vous avez ne sont pas à vous, mais que vous les avez reçus pour assister votre prochain. N'êtes-vous pas encore pénétré des paroles de Jésus-Christ, qui a promis le centuple en ce monde et la vie éternelle en l'autre à ceux qui feraient l'aumône pour son amour ? Si vous aviez cette croyance, que ne faisiez-vous la charité à ces pauvres ? et puisque vous ne l'avez pas faite, n'est-ce pas une marque que vous manquez de foi ? » On voit par ces belles paroles qu'outre une très-haute sagesse dont Siméon était éclairé, il avait encore le don de prophétie, par lequel Dieu lui avait fait connaître la dureté de son hôte envers les pauvres, et le véritable sujet de sa condamnation. C'est par ces lumières admirables qu'il se conduisait dans toutes ses actions, que le monde prenait pour des folies, comme autrefois celles des Prophètes dans l'ancienne loi ; et si nous voulions les considérer en détail, nous verrions que chacune renfermait son mystère. Prévoyant par ce même esprit le grand tremblement de terre arrivé sous l'empereur Maurice, par lequel la ville d'Antioche fut presque toute bouleversée, il entra dans un édifice public qui était soutenu sur plusieurs colonnes, et avec un fouet à la main. Il commença à en frapper quelques-unes en leur disant ces paroles : « Ton Seigneur te commande de demeurer ferme », et il dit à une en particulier : « Pour toi, tu ne tomberas pas, mais tu ne demeureras pas non plus ». En effet, quand le tremblement de terre arriva, nulle de celles auxquelles le Saint avait ordonné de demeurer ne fut ébranlée, et cette dernière se trouva seulement un peu penchée et fendue depuis le haut jusqu'en bas : et alors on connut que ce qu'il avait fait n'avait pas été sans mystère.
Une autre fois, ayant eu révélation que la ville d'Emèse serait bientôt affligée d'une grande peste qui ferait périr beaucoup de personnes, il s'en alla par toutes les écoles, et là, choisissant quelques enfants entre les autres, selon que la grâce de Dieu le lui inspirait, il les saluait et leur disait : « Allez heureusement, mon cher enfant ». Puis se tournant vers le maître : « Pour Dieu », lui disait-il, « mon ami, gardez-vous bien de battre ces enfants que j'aime, parce qu'ils ont un grand chemin à faire ». Ces maîtres prenaient ces actions de Siméon pour des extravagances; mais l'événement fit bien voir qu'elles étaient autant de prophéties de ce qui devait arriver, parce que tous ces enfants, qu'il avait ainsi salués, moururent de la peste.
Quand il eut connu par une lumière céleste que le précieux temps de sa mort arriverait bientôt, il alla trouver le bienheureux Jean dans son ancienne solitude, selon la promesse qu'il lui avait faite en se séparant de lui. L'histoire ne nous apprend rien de l'entretien qu'ils eurent ensemble : elle dit seulement que notre Saint, à qui Dieu avait aussi révélé que la mort de ce cher compagnon était proche, lui dit ces paroles : « Allons, mon frère, allons-nous-en, le temps est venu »; et il vit sur la tête de ce saint solitaire la même couronne dont nous avons parlé, avec cette inscription : « La couronne que mérite celui qui persévère dans les souffrances de la solitude ». Étant de retour de ce voyage, il entendit une voix qui lui disait : « Venez à moi, Siméon, Siméon, venez recevoir, non pas une seule couronne, mais autant de couronnes que vous avez gagné d'âmes à mon service ». Deux jours avant sa mort, il découvrit le secret de toute sa vie au diacre Jean, son hôte, auquel il ne l'avait pu cacher entièrement, à cause du long séjour qu'il avait fait chez lui; puis, lui ayant fait une pressante exhortation sur la miséricorde envers les pauvres et sur la parfaite dilection des ennemis, il se retira dans sa cellule, où il le pria de ne point entrer qu'au bout de deux jours, pour voir en quel état il serait. Il savait bien qu'on le trouverait mort; mais comme par une humilité ingénieuse il avait eu beaucoup de soin durant sa vie de cacher ses vertus et les grandes grâces qu'il recevait de Dieu, il voulut aussi mourir de la même manière. Afin qu'on ne fît pas plus d'honneur à son corps après son décès qu'il n'en avait reçu pendant sa vie, il se cacha sous les sarments qui lui servaient de lit, et en cet état il rendit paisiblement son âme à Jésus-Christ le 4e juillet, vers la fin de l'empire de Maurice.
Deux jours après, comme on ne le vit plus paraître à l'ordinaire, on vint à sa cellule pour voir s'il n'était point malade; mais comme on le trouva mort en l'état que nous venons de dire, on en conçut encore moins d'estime qu'auparavant, dans la pensée qu'il était mort en quelque égarement d'esprit; c'est pourquoi, ne croyant pas qu'on dût lui rendre les honneurs que l'Église a coutume de faire aux défunts, on porta son corps sans le laver ni réciter des psaumes, et sans luminaires ni encens, au cimetière des pèlerins; mais Dieu sait relever le mérite de ses serviteurs qui se sont abaissés pour son amour; il envoya une multitude d'anges pour suppléer à son enterrement au défaut des hommes; de sorte qu'on entendit dans les airs une multitude de voix célébrant ses obsèques avec beaucoup plus de solennité que n'eussent jamais pu faire tous les hommes de la terre. Le bruit de cette merveille s'étant répandu dans Emèse, ceux qui jusqu'alors l'avaient cru insensé, revenant pour ainsi dire d'un profond sommeil qui les avait empêchés de reconnaître sa sainteté, commencèrent à se raconter les uns aux autres les miracles qu'ils lui avaient vu opérer, et les actions vertueuses dont ils avaient été les témoins; ils avouaient que toute cette
fiction de folie ne s'était faite que par un mouvement du Saint-Esprit, et admiraient la conduite incompréhensible que Dieu tient sur ses élus. On remarque entre autres choses que, depuis qu'il était revenu de la solitude, ses cheveux et sa barbe n'avaient jamais crû, et que sa tonsure monacale était toujours demeurée dans le même état, sans qu'il fût nécessaire de la raser.
On le représente : 1° suivi par des troupes d'enfants que divertissaient tous les jours, dans les rues d'Alexandrie, ses façons étranges; 2° assis et jouant de la cornemuse : c'est une autre manière de rappeler les singularités dont cet homme de Dieu donna le spectacle, par mépris du monde.
La vie de saint Siméon fut écrite par le diacre Jean. Depuis, Léonce, évêque dans l'île de Chypre, la composa plus élégamment, telle qu'elle est rapportée par Métaphraste et par Surtus. Le martyrologe romain en fait une très-honorable mémoire en ce jour, et le cardinal Baronius n'a pas non plus manqué d'en faire une illustre mention dans ses doctes Remarques.
Événements marquants
- Naissance en Cambrie vers 509
- Éducation à l'école de saint Iltut
- Sacre épiscopal par saint Dubrice
- Émigration en Armorique avec soixante-douze disciples
- Fondation d'un monastère entre la Rance et l'Arguenon
- Visite au roi Childebert à Paris
- Protection de son neveu Judual contre l'usurpateur Conomor
Miracles
- Délimitation de terres par le son d'une clochette
- Labour avec douze cerfs sauvages
- Manteau soutenu par un rayon de soleil
Citations
Renuntianum est sæculo omnibusque rebus, ut nobis Deus partio sit.