Saint Leudomir (Lumier) de Limoges
Dix-huitième évêque de Châlons-sur-Marne et Confesseur
Résumé
Frère de saint Elaphe et évêque de Châlons au VIe siècle, Leudomir (ou Lumier) se distingua par sa grande chasteté et son humilité. Exilé pendant vingt ans pour avoir repoussé la reine Brunehaut, il fut rétabli par Clotaire II. Il est célèbre pour ses miracles, notamment la guérison des aveugles, et son corps fut retrouvé partiellement intact au XIIe siècle.
Biographie
SAINT LEUDOMIR OU LUMIER DE LIMOGES,
DIX-HUITIÈME ÉVÊQUE DE CHALONS-SUR-MARNE ET CONFESSEUR.
Castitas habet pretium super gemmas, et tenet solium super stellas.
La chasteté est plus précieuse que les pierreries, et elle a son trône au-dessus des étoiles du firmament.
Saint Bonaventure.
Leudomir ou Lumier naquit, ainsi que son frère saint Elaphe, dont nous avons parlé au 19 août, à Limoges, vers le milieu du sixième siècle ; et il était encore très-jeune lorsque celui-ci monta sur le siège de Châlons (572). Léon, père de l'un et de l'autre, tint, par rapport à Leudomir, la même marche qu'il avait suivie pour saint Elaphe ; il lui donna, ainsi qu'il la donnait à tous ses enfants, une éducation soignée et surtout très-chrétienne, parce qu'il était lui-même plein de religion, et adonné à la vertu. Ce jeune homme profita si bien de ses soins, que, dès ses plus tendres années, on en vit sensiblement paraître les heureux effets dans son maintien, dans ses goûts, ses inclinations, ses jeux même, et toute sa conduite. Quand, parvenu à l'adolescence, il eut pris le parti de s'expatrier pour aller se réunir à son frère, son premier soin, en arrivant à Châlons, fut, ainsi qu'on devait l'attendre d'un jeune homme aussi pieux, d'aller dans l'église cathédrale de cette ville, dédiée, comme celle de sa ville natale, à saint Étienne, premier martyr, rendre ses devoirs de religion à Jésus-Christ, résidant au très-saint Sacrement de l'autel. Il espérait aussi y apercevoir son bienheureux frère, qu'il brûlait d'aborder, sans trop savoir, à défaut d'usage du monde et de hardiesse, ce qu'il devait faire pour y réussir. Le saint évêque traverse en effet son église. Aussitôt que Leudomir l'aperçoit, il court, sans se faire encore connaître à lui, se jeter à ses pieds, et lui demander humblement sa bénédiction. Ensuite se relevant, il lui déclare qu'il est étranger, fils d'un gentilhomme du Limousin, nommé Léon. Enfin, il s'avoue ouvertement frère du saint évêque. Chacun est attendri de cette touchante reconnaissance : le Prélat surtout en verse des larmes de joie, et dans le fond de son cœur rend grâces au ciel de cet heureux événement. Peu de jours après, il pourvoit aux moyens d'achever l'éducation du pieux jeune homme, dont il ne peut se lasser d'admirer la modestie, la candeur, l'innocence, et mille autres qualités aimables, réunies en lui à tous les dons extérieurs de la nature. Il le fait d'abord instruire, encore plus qu'il ne l'était, dans les lettres et les sciences humaines : ensuite, se défiant peut-être de l'extrême tendresse qu'il ressentait pour lui, ou, se persuadant par un effet de sa profonde humilité, qu'il n'est pas assez versé lui-même dans la science des Saints pour diriger, dans le chemin de la perfection, un jeune homme de si belle espérance, il l'envoie à Gilles, archevêque de Reims, son métropolitain, son ami, son consécrateur, afin qu'il l'instruise à fond dans la loi de Dieu et la science de la religion ; et, après un temps raisonnable, il l'ordonne diacre, et l'attache à son église de Châlons.
Ce fut alors que Leudomir, entrant parfaitement dans les vues de son saint frère, et partageant sa tendre affection pour son diocèse, ils firent, l'un et l'autre, à l'église Saint-Étienne de Châlons, la généreuse donation de plusieurs de leurs terres de Limoges. Depuis cette époque, le jeune diacre alla toujours croissant de vertus en vertus en la compagnie du saint Évêque, travaillant avec zèle sous ses ordres, le soulageant autant qu'il le pouvait dans ses fonctions, et recevant de lui, en retour, mille précieuses instructions, mille sages conseils, et mille exemples édifiants, qui ne s'effacèrent plus de son souvenir. Ainsi la Providence disposait-elle de loin saint Leudomir à monter sur le siège de Châlons, après la mort de son frère.
A peine ce triste événement fut-il connu dans cette ville, que la tristesse et la consternation y furent à leur comble ainsi que dans tout le diocèse. Mais après la première explosion de la douleur publique, quand on commença de songer à remplir le siège vacant, toutes les pensées et tous les vœux se tournèrent spontanément vers notre Saint, qu'on croyait, avec raison, plus propre que tout autre, malgré sa jeunesse, à réparer la perte que l'on venait de faire, comme étant plein de l'esprit du Prélat qui venait de mourir, et ayant été, durant plusieurs années, imbu de sa doctrine, témoin de ses vertus et confident intime de ses plus secrètes pensées. Sur ces entrefaites, arrivèrent à la cour de Sigebert les hommes de confiance chargés de présenter à ce prince les reliques de sainte Eulalie, que saint Elaphe apportait d'Espagne lorsqu'il fut surpris par la mort. Le prince, en apprenant le décès du bienheureux prélat, témoigne un vif regret d'une aussi grande perte, dont la nouvelle lui est confirmée, au même moment, par une députation des principaux citoyens de Châlons, qui viennent lui demander un évêque. Pendant qu'il délibère sur le choix de ce nouveau pasteur, les mêmes députés lui présentent Leudomir, et lui attestent le vœu bien prononcé de leurs concitoyens, d'avoir le jeune diacre pour évêque. Le roi, qui connaissait déjà Leudomir de réputation, lui donne de justes louanges, approuve le choix qu'ont fait ses sujets, et consent à leur désir. Mais, effrayé autant que surpris, Leudomir se défend longtemps d'accepter un si lourd fardeau. Enfin, vaincu par les sollicitations redoublées de ses concitoyens, il cède à la violence qu'ils lui font, uniquement par la crainte de déplaire à Dieu en résistant à sa volonté connue (587).
Le nouvel Évêque ne frustra pas les heureuses espérances qu'on avait conçues de lui. À peine eut-il pris en main la houlette pastorale, qu'on le vit, quoique si jeune encore, marcher d'un pas ferme et invariable sur les traces de son bienheureux frère. Ce fut, en lui, même pureté de mœurs, même innocence de vie, même piété et même zèle, même assiduité à toutes les fonctions de la charge pastorale, même soin des malheureux, même protection accordée aux veuves, aux orphelins, et aux faibles opprimés par les riches et les puissants du siècle. Disons tout en un seul mot : on crut voir revivre en lui son prédécesseur. Il était doué d'une simplicité admirable, et sa sainteté était telle, que le ciel la fit souvent éclater, même de son vivant, par des miracles ; mais il était si humble que, pour éviter les louanges qu'ils eussent pu lui attirer, il les opérait d'ordinaire par le ministère d'autrui. Nous en rapporterons quelques-uns.
Un jour ayant aperçu une pauvre femme aveugle, qui cherchait son chemin comme à tâtons, et avait les pieds tout ensanglantés, il en eut pitié, et appelant son diacre qui était un homme d'une vie sainte et exemplaire, « allez », lui dit-il après avoir fait une courte prière, « et faites le signe de la croix sur les yeux de cette malheureuse femme ». Le diacre fit ce qui lui avait été ordonné ; et à l'instant cette femme recouvra la vue.
3 OCTOBRE.
Leudomir, une autre fois, arrêta par la force de ses oraisons le cours d'une maladie contagieuse qui faisait de grands ravages dans un château situé sur le bord de la Marne, et dont les effets étaient si prompts, que ceux qui en étaient atteints étaient enlevés en moins de trois jours. Il guérit plusieurs fois des possédés, et entre autres une jeune fille distinguée par sa noblesse et sa beauté, que plusieurs prêtres n'avaient pu délivrer par leurs exorcismes. Tous ceux qui étaient attaqués de la fièvre étaient guéris, sitôt que le Saint avait prié pour eux. Que dirons-nous de plus ? les animaux même, et en particulier les oiseaux, lui obéissaient comme pour rendre témoignage à sa sainteté, ainsi que cela est arrivé à plusieurs Saints, et spécialement au grand saint François d'Assise.
Parmi toutes les vertus de saint Lumier brillait surtout son admirable chasteté. Donnons-en un exemple à jamais mémorable. La nature lui avait prodigué tous ses dons, et les qualités de l'esprit et du cœur, et les agréments extérieurs et tous les charmes du visage : c'était un homme accompli. La reine Brunehaut, dont il avait su, comme son frère saint Elaphe, mériter la confiance, ne fut pas indifférente à ce genre de mérite, et fit au gentilhomme limousin l'aveu de ses infâmes désirs. Mais elle n'éprouva qu'un honteux refus. Irritée au suprême degré, elle bannit le Pontife de son évêché et l'envoya en exil. Il y demeura vingt ans : Clotaire II s'étant trouvé, après la mort expiatoire de l'indigne Brunehaut, paisible possesseur de toute la monarchie française, se hâta de le rappeler à Châlons et de le rétablir sur le siège épiscopal de cette ville. Mais le saint Prélat vécut trop peu pour son peuple : la terre n'était pas digne d'une vertu si pure ; aussi le ciel ne fit-il que la lui montrer. Leudomir mourut le 30 septembre 626.
Un tableau de l'église de Villotte-devant-Saint-Mihiel (Meuse, arrondissement de Commercey, canton de Pierrefitte), dont saint Lumier est patron, représente notre Saint en crosse et en mitre, guérissant une femme aveugle. — Trois vitraux du chœur de la même église le montrent : 1° En costume de diacre, signant son acte de donation à l'église de Châlons ; 2° exposant aux habitants de cette ville les motifs qui le poussent à refuser la dignité épiscopale ; 3° chassant, pendant le saint sacrifice de la Messe, le démon du corps d'un possédé.
## CULTE ET RELIQUES.
Le corps de saint Lumier fut déposé dans l'église de Saint-Jean-Baptiste de Châlons-sur-Marne, vis-à-vis de celui de son frère saint Elaphe, et de l'autre côté de la nef. Au XIIe siècle, Roger II, évêque de Châlons, fit exhumer son corps pour le transporter dans l'église abbatiale qu'il venait de construire sous le titre de *Toussaintes*. Toutes les chutes du Saint se trouvaient réduites en poussière, mais un de ses yeux, celui dont le regard sévère avait condamné l'impudique Brunehaut, était resté intact et conservait tout l'éclat et toute la vivacité qu'il avait eus autrefois. Le nom vulgaire de *Lumier* date probablement de l'époque de ce prodige (*lumina*, 100x).
L'abbaye de Toussaintes conserva le corps de saint Lumier jusqu'au XVIIIe siècle époque à laquelle elle fut dénudée. Alors une partie assez considérable de ces précieuses reliques fut transportée à l'église cathédrale de Châlons, où le peuple vient aujourd'hui les vénérer.
Les Bollandistes nous apprennent que le tombeau de saint Lumier fut glorieux, que de nombreux miracles s'y opérèrent, et qu'on venait de fort loin implorer son assistance pour les enfants atteints de maladies de langueur.
Le culte de notre Saint franchit les limites du diocèse de Châlons. Nous avons déjà dit que l'église de Villotte-devant-Saint-Michel, au diocèse de Verdun, le reconnaissait pour son patron. M. l'abbé Quetsch, curé de cette paroisse, nous écrivait, le 25 mars 1873 : « Avant la Révolution, l'église de Villotte était le but d'un pèlerinage : on y venait invoquer saint Lumier pour les maladies des yeux. — Nous avons une petite relique de notre saint Patron, c'est un fragment d'os ; mais l'authentique a été perdu pendant la tourmente révolutionnaire. Voici une tradition relative à son arrivée à Villotte : elle m'a été attestée par plusieurs vieillards de la localité, tous hommes véritablement dignes de foi, et par leurs sentiments chrétiens et par leur position sociale dans le village : Lorsque M. le curé de Villotte, un de mes prédécesseurs, était en instances à Châlons pour obtenir cette relique, un curé d'une paroisse voisine se raillait de lui : il perdit la vue en punition de ce manque de respect, et il ne la recouvra qu'après une neuvaine d'expiation et de prières faite de concert avec son confrère de Villotte. Cette relique, je l'expose solennellement et la fais baiser aux fidèles deux fois par année : le jour de la fête patronale et le jour de la fête des saintes reliques ».
Acta Sanctorum; Beautés de la Champagne, par M. l'abbé Boitel; Vies des Saints du Limousin, par M. Laidche de Raignefort; Notes locales dues à l'obligeance de M. l'abbé Quetsch, curé de Villotte, diocèse de Verdun.
Événements marquants
- Naissance à Limoges vers le milieu du VIe siècle
- Rejoint son frère Elaphe à Châlons
- Études à Reims auprès de l'archevêque Gilles
- Ordination comme diacre à Châlons
- Élection au siège épiscopal de Châlons en 587
- Exil de vingt ans suite au refus des avances de la reine Brunehaut
- Rappel d'exil par Clotaire II
- Mort en 626
Miracles
- Guérison d'une femme aveugle par le signe de la croix
- Cessation d'une maladie contagieuse par la prière
- Délivrance de possédés
- Obéissance des oiseaux
- Conservation intacte d'un œil après sa mort
Citations
Castitas habet pretium super gemmas, et tenet solium super stellas.