Saint Louis (Louis IX)

Roi de France, Membre et Patron principal du Tiers Ordre de Saint-François

Fête : 25 aout 13ᵉ siècle • saint

Résumé

Roi de France au XIIIe siècle, Louis IX est le modèle du souverain chrétien alliant justice, piété et courage. Connu pour sa charité envers les pauvres et son rôle de pacificateur en Europe, il bâtit la Sainte-Chapelle pour abriter la Couronne d'épines. Il mourut de maladie devant Tunis lors de sa seconde croisade.

Biographie

SAINT LOUIS, ROI DE FRANCE,

MEMBRE ET PATRON PRINCIPAL DU TIERS ORDRE DE SAINT-FRANÇOIS

1215-1270. — Papes : Innocent III; Clément IV. — Empereurs : Frédéric II; Conrad V.

Chaque époque historique a un homme qui la représente : Louis IX est l'homme modèle du moyen âge : c'est un législateur, un héros et un saint... Marc-Aurèle a illustré la puissance unie à la philosophie ; Louis IX, la puissance unie à la sainteté : l'avantage reste au chrétien.

Chateaubriand, *Études historiques*.

Ce n'est pas une chose fort surprenante qu'un homme, retiré dans un cloître et séparé de toutes les occasions du péché, surmonte les inclinations déréglées de la nature et s'avance dans la pratique des plus belles vertus du Christianisme. Mais qu'un prince, que personne n'a la liberté de reprendre ni de contredire, qui n'a point d'autre nécessité de faire le bien que celle qu'il s'impose à lui-même ; qui vit au milieu des honneurs et des voluptés les plus dangereuses, et que sa condition engage à une infinité d'affaires où l'intérêt et la conscience ne peuvent s'accorder que très-difficilement, dompte néanmoins ses passions, se conserve dans l'innocence et la pureté de cœur, observe inviolablement les commandements de Dieu et ceux de l'Église, et se rende parfait dans l'exercice de la piété chrétienne, c'est ce qui est tout à fait admirable et que l'on peut appeler un prodige dans l'ordre de la grâce. Cependant, ce qui est impossible selon les forces de l'homme, ne l'est nullement à l'égard de Dieu ; et si l'histoire de l'Ancien Testament nous fournit plusieurs têtes couronnées qui ont su allier la sainteté avec l'autorité souveraine, et la qualité de prophète avec celles de chefs, de juges et de rois, celle du Nouveau Testament nous en fournit un bien plus grand nombre dans presque tous les royaumes chrétiens. Aujourd'hui l'Église nous propose un prince, que nous pouvons appeler la perle des souverains, la gloire de la couronne de France, le modèle de tous les princes chrétiens, et, pour tout dire en trois mots, un monarque véritablement selon le cœur de Dieu, selon le cœur de l'Église et selon le cœur du peuple.

C'est l'incomparable Saint Louis, le quarantième roi de France, en comptant depuis le commencement de la monarchie, et le neuvième de la troisième race dont Hugues-Capet a été la tige. Il eut pour père le roi Louis VIII, fils de Philippe-Auguste, et pour mère la princesse Blanche, à qui nos historiens attribuent la gloire d'avoir été fille, nièce, femme, sœur, mère et tante de rois. Et, de fait, elle était fille d'Alphonse IX, roi de Castille, qui remporta sur les Maures la célèbre victoire de Navas-Tolosa, où plus de deux cent mille infidèles demeurèrent sur la place ; nièce de Richard et de Jean, rois d'Angleterre ; femme de Louis VIII, roi de France ; sœur d'Henri, roi de Castille ; mère du Saint dont nous écrivons la vie, et de Charles, roi de Naples et de Sicile, et tante, par ses sœurs Urraça et Bérengère, de Sanchez, roi de Portugal, et de saint Ferdinand III, roi de Léon. Saint Louis naquit du bienheureux mariage de ce prince et de cette princesse, le 25 avril 1213, pendant qu'on faisait par toute la chrétienté les processions solennelles du jour de Saint-Marc, du vivant même de Philippe-Auguste, son aïeul, qui venait de gagner la célèbre bataille de Bouvines, et huit ans avant que son père arrivât à la couronne. Le château de Poissy, sur la Seine, à cinq lieues au-dessous de Paris, fut le lieu de sa naissance, et il naquit à l'endroit même où, d'après la tradition, était autrefois le grand autel de l'abbaye, qui n'existe plus. Il fut depuis baptisé à la paroisse de ce lieu ; voilà pourquoi ce saint Roi témoignait une affection particulière pour la ville de Poissy ; écrivant à ses plus familiers, il signait ordinairement Louis de Poissy ou seigneur de Poissy. Enfin, étant un jour en cette ville, il dit à ceux qui étaient auprès de Sa Majesté, que c'était là le lieu où il avait reçu le plus grand honneur et le bien le plus considérable de sa vie, parce que la grâce du baptême, qui nous fait enfants de Dieu et héritiers de son royaume, est infiniment au-dessus de tous les avantages de ce monde. Le roi Philippe le Bel, son fils, y a depuis fondé et fait bâtir le monastère des religieuses de Saint-Dominique.

L'enfance de ce grand prince fut un miroir d'honnêteté et de sagesse. Son père, qui joignait une éminente sainteté et un zèle ardent pour la religion, à cette bienfaisance martiale qui lui a fait donner le surnom de Lion, prit un soin particulier de son éducation. Il lui donna de bons précepteurs et un sage gouverneur : Matthieu II de Montmorency, premier baron chrétien ; Guillaume des Barres, comte de Rochefort, surnommé l'Achille français ; Clément de Metz, maréchal de France, qui lui inspirèrent les sentiments que doit avoir un roi très-chrétien et un fils aîné de l'Église. Blanche, sa mère, n'épargna rien non plus pour en faire un grand roi et un grand Saint : surtout depuis la mort de Philippe, son aîné, et pour lui imprimer plus fortement la haine du péché et l'amour de la vertu, elle lui disait souvent ces belles paroles : « Mon fils, j'aimerais beaucoup mieux vous voir dans le tombeau, que souillé d'un seul péché mortel ». La mort ayant enlevé son père, âgé seulement de quarante ans, à son retour de la guerre contre les Albigeois, dans la ville de Montpellier, en l'année 1226, qui n'était que la quatrième de son règne, notre Saint, âgé seulement de douze ans, monta sur le trône de ses ancêtres, sous la tutelle de la reine Blanche, sa mère. Ce fut le 30 novembre ; le lendemain, premier dimanche de l'Avent, il fut sacré et couronné à Reims, par Jacques de Bazoches, évêque de Soissons, le siège archiépiscopal de Reims étant alors vacant.

Sa minorité fut traversée de plusieurs guerres intestines par l'ambition et la jalousie des princes, qui ne pouvaient supporter que la reine eût la régence et le gouvernement absolu du royaume, et qui voulaient profiter du bas-âge du roi pour avancer leurs affaires ; mais Dieu dissipa toutes leurs factions par une protection visible sur la personne sacrée de ce jeune monarque. Car, premièrement, Raymond, comte de Toulouse, l'un des princes conjurés et grand fauteur des hérétiques albigeois, ayant commencé des actes d'hostilité dans le Languedoc et autour de Toulouse, où le roi Louis VIII l'avait contraint de se renfermer, fut tellement pressé par Robert de Beaujeu, général de l'armée royale, qu'il se vit contraint de demander la paix et de recevoir telles conditions qu'il plut au roi de lui imposer.

Le traité en fut signé à Paris au mois d'avril 1228, et il portait : 1° que le comte rembourserait au roi cinq mille marcs d'argent pour les frais de la guerre ; 2° qu'il lui abandonnerait dès lors toutes les terres qu'il avait au-delà du Rhône ; 3° qu'il ne protégerait plus les hérétiques dans son

comté, et que lui-même abjurerait publiquement l'hérésie, comme, en effet, il en fit abjuration à genoux devant le grand autel de Notre-Dame, la tête, les bras et les pieds nus ; 4° qu'il donnerait sa fille Jeanne en mariage à Alphonse, frère du roi, et qu'en faveur de cette union, il céderait à ce prince son comté de Toulouse, ne s'en réservant que l'usufruit ; 5° que, cette comtesse venant à mourir sans enfants, ce même comté serait réuni à la couronne pour n'en être jamais démembré ; 6° qu'il paierait tous les ans une somme pour indemniser des ecclésiastiques qu'il avait ruinés, et qu'il ferait démolir les murs de trente villes de son État qui avaient eu part à sa rébellion. Ainsi, cette grande guerre contre les Albigeois, à laquelle il semblait que Philippe-Auguste n'avait osé toucher, et que le roi Louis VIII n'avait fait qu'effleurer, fut heureusement terminée en moins d'un an par la prudence de la reine régente.

Les autres seigneurs conjurés, parmi lesquels se distinguait Pierre Mauclerc, plus irrités par ce succès qu'auparavant, résolurent de se saisir de la personne du roi, pour tirer ensuite par force de lui tout ce qu'il leur plairait. C'est à un rendez-vous de chasse, à quelques lieues de Paris, entre Étampes et Corbeil, que le coup devait avoir lieu, et tout était préparé à cet effet, quand Thibaud, comte de Champagne, ayant l'innocente connaissance de la nouvelle félonie de Pierre Mauclerc, arriva à la tête de ses cents chevaliers, mit en fuite les conspirateurs, mena le petit-fils de Philippe-Auguste à Montlhéry, et se jeta avec lui dans une forteresse dont une haute tour se voit encore aujourd'hui ; elle date de l'an 1005, et s'élève sur une colline imposante, dominant une forêt toute semée de roches de granit. Thibaud File-Étoupe, forestier du roi Robert, la bâtit ; on l'aperçoit de sept lieues de distance. Philippe Ier devint possesseur de cette forteresse au mariage de Louis le Gros.

La reine régente, ayant appris le danger qu'avait couru le roi, était partie en grande hâte de Paris, et peu d'heures après arrivait à Montlhéry : ni la force de ce château, ni la valeur des chevaliers qui avaient empêché son fils de tomber entre les mains de Pierre Mauclerc et de Hugues de Lusignan, ne purent rassurer son amour maternel ; elle descendit avec lui dans les profondeurs d'un immense souterrain, à l'extrémité duquel une porte s'ouvrait sur la campagne, bien loin des murailles crénelées.

Si parmi les grands vassaux et les hauts barons, Blanche de Castille et le jeune Louis IX comptaient des ennemis que l'ambition de ces hommes puissants leur avait suscités, dans la bourgeoisie et dans le peuple de Paris il n'en était pas de même ; là, la pieuse et vaillante régente et le royal adolescent étaient aimés et adorés. Aussi, à la première nouvelle de l'odieuse tentative des comtes de Bretagne et de Poitou, la population entière de la grande ville se leva : grands et petits, riches et pauvres, nobles et artisans, sortirent ensemble de l'enceinte fortifiée, bâtie par Philippe-Auguste, pour aller à Montlhéry chercher son petit-fils, et le ramener dans la capitale. Jamais plus touchant enthousiasme pour la monarchie n'avait encore éclaté en France. L'élan des Parisiens fut ressenti spontanément dans les campagnes ; entre Paris et Montlhéry, pas une petite ville, pas un bourg, pas un village, pas un hameau, pas une ferme où il restait un habitant ; tout demeurait vide : jeunes hommes, vieillards, femmes et enfants avaient voulu courir au-devant du jeune roi. Dans cette armée populaire et improvisée, la faux et la fourche se voyaient à côté des piques, des hallebardes et des lances, et les bannières des églises auprès des guidons et des étendards des hommes d'armes.

Les princes conjurés se jetèrent ensuite sur la Champagne, où ils firent de grands dégâts. Le roi les y suivit à la tête de son armée avec un courage intrépide, et les effraya tellement par sa seule présence, que, n'osant plus combattre contre lui, quoiqu'ils fussent beaucoup plus forts, ils se retirèrent en divers lieux. Cette retraite fut cause de leur séparation, et leur séparation de leur réduction ; car, ne se voyant plus assez forts pour résister à la puissance royale, ils furent ravis de faire leur paix à des conditions honorables.

Il n'y eut que Pierre, duc de Bretagne, qui, se flattant de l'alliance et de la protection du roi d'Angleterre, eut la hardiesse de continuer la guerre contre le roi, et de faire toujours des actes d'hostilité contre ses sujets. Le roi, quoique ce fût en hiver et qu'il fût un froid très-rigoureux, marcha néanmoins, contre ce rebelle, avant qu'un secours étranger lui fût arrivé. Il alla d'abord droit à Angers, que Louis VIII, son père, avait arraché des mains des Anglais et donnée à ce perfide : elle lui ouvrit aussitôt ses portes, avec presque toutes les autres villes de l'Angoumois. Bellesme, que l'on estimait imprenable, supporta quelques attaques ; mais elle ne put résister au courage de notre jeune guerrier. Enfin, tout secours manquant au duc, il fut forcé de demander une trêve, et, après trois ans de troubles et d'agitations personnelles, il n'eut point d'autre moyen de conserver son rang, que d'implorer la clémence du roi, de lui demander pardon, de se reconnaître son vassal et de lui faire hommage de son duché. Sa révolte si peu excusable, surtout pour un homme qui s'était rendu très-habile en philosophie et en théologie dans l'université de Paris, et d'autres actions encore de cette nature, furent cause qu'on l'appela ordinairement Mauclerc, qui signifie mauvais clerc ou mauvais docteur.

La minorité du roi s'étant passée dans ces troubles, qui ne servirent qu'à faire paraître sa prudence, sa valeur, sa bonté et ses autres vertus royales, il prit lui-même, au commencement de sa vingtième année, suivant la coutume du temps, la conduite de son royaume, sans jamais néanmoins exclure des affaires la reine sa mère, qui les avait si sagement gouvernées durant son bas-âge. Il épousa, le 27 mai 1235, Marguerite, fille aînée de Raymond Bérenger, comte de Provence et de Forcalquier, et de Béatrix de Savoie, son épouse. C'était une princesse que la grâce et la nature avaient douée de toutes sortes de perfections. Elle était parente du roi à un degré prohibé ; mais le Pape accorda dispense de cet empêchement : le mariage fut célébré à Sens, dans l'église Notre-Dame, par Anselme de Saint-Médard, évêque et comte de Noyon, en présence de Gaucher Cornu, archevêque de cette ville, qui donna aux mariés la bénédiction nuptiale, et couronna aussi la reine avec une magnificence digne du rang où elle était élevée. Sa dot n'était que de dix mille livres ; mais elle valait elle seule un monde entier, et Louis crut avoir trouvé un grand trésor en trouvant une épouse de son mérite. Elle avait les mêmes inclinations que lui pour la piété et pour le secours des malheureux. Jamais elle ne se mêlait d'aucune affaire, si elle n'y était appelée, ou qu'il ne s'agit du soulagement des pauvres et du pardon des criminels. Elle suivait le roi partout, et elle eut même le courage d'aller avec lui à son premier voyage d'outre-mer, comme nous le dirons par la suite. Enfin, après son décès, elle se retira au monastère de Sainte-Claire, qu'elle avait fondé au bourg de Saint-Marcel-lès-Paris, où, après une sainte vie, elle mourut très-chrétiennement, âgée d'environ soixante-dix ans, le 20 décembre de l'année 1265 ; et son corps, précédé et suivi des pauvres, qui l'appelaient leur mère, fut porté à Saint-Denis.

Les réjouissances de ce mariage furent suivies d'une guerre dangereuse de la part de Hugues de Lusignan, comte de la Marche, qui, pour n'être pas obligé de prêter foi et hommage à Alphonse, frère du roi, à qui sa Majesté avait donné le comté de Poitou, eut la témérité de lever les armes contre son souverain. Il y était principalement poussé par sa femme, veuve de Jean sans Terre, père de Henri III, roi d'Angleterre, qui ne voulait point reconnaître d'autre princesse au-dessus d'elle, que la reine-mère et la reine, épouse du roi. L'insolence du comte alla même jusqu'au point d'investir le roi et toute sa cour dans Poitiers, lorsqu'il y alla pour en donner la possession à son frère. Louis, qui n'avait pas alors d'armée, fut contraint de se retirer de ses mains par adresse; mais il fit bientôt voir qu'il n'avait pas moins de justice que de piété, et que, s'il savait pardonner à ceux qui imploraient sa clémence et se soumettaient à sa juste domination, il savait aussi écraser les superbes et humilier l'audace des rebelles. En effet, s'étant mis à la tête de ses troupes, il prit, en peu de temps, les villes et les châteaux les mieux fortifiés du comté, et, sachant que le roi d'Angleterre venait avec une puissante armée au secours du félon, il alla au-devant de lui, lui livra bataille à Taillebourg, le mit en complète déroute, lui tua une partie de ses gens, et fit jusqu'à quatre mille prisonniers. Ce fut dans cette occasion, qu'assisté seulement de huit cavaliers, il passa le pont de la Charente au travers d'une nuée de dards, de flèches et de lances, pour aller attaquer le gros des ennemis, et qu'il soutint longtemps, presque lui seul, le choc d'un millier de gens d'armes, jusqu'à ce que ses troupes, animées par son exemple, eussent passé le même pont, et se fussent jetées, comme des lions, sur les Anglais et sur les rebelles, pour le tirer du danger. Le carnage eût été sans mesure, sans la clémence invincible de Louis, qui voulut qu'on fît quartier à ceux qui mettraient bas les armes. Les Anglais s'enfuirent après cette défaite, et le comte de la Marche, privé de tout secours, demeura à la merci de son vainqueur. Il ne méritait point qu'on lui fît grâce, non plus que la reine et comtesse sa femme, laquelle, durant cette guerre, avait plusieurs fois suborné des gens, tantôt pour empoisonner le roi, tantôt pour le poignarder; mais ce bon prince eut égard aux grands services que ce seigneur avait rendus à la France, et lui accorda le pardon qu'il fut forcé de lui demander, se contentant de lui retrancher une partie de son comté, ainsi qu'une pension de dix mille livres que ses premières actions lui avaient méritées, lorsqu'il se conduisait en bon Français. Ce saint roi fit encore voir la force de son esprit et la grandeur de son courage, soit dans les démêlés entre les Papes et les empereurs, où on tâcha de l'engager; mais où il n'intervint que pour rétablir l'accord; soit dans les guerres entre le comte de Provence, son beau-père, et le comte de Toulouse, beau-père du prince Alphonse, son frère, qu'il termina heureusement, sans souffrir que l'un des partis empiétât sur l'autre, soit dans le piège que l'empereur Frédéric lui tendit pour se saisir, à ce que l'on croit, de sa personne, pendant une conférence qu'ils devaient avoir ensemble à Vaucouleurs: il rendit ce piège inutile, en se trouvant au lieu assigné, avec des forces qui étonnèrent et firent fuir ce prince perfide; soit enfin lorsque les évêques de France, qui se rendaient à Rome pour un concile, furent emprisonnés par l'ordre du même empereur: saint Louis le contraignit, par ses menaces, de les renvoyer libres et de réparer l'injure qu'il leur avait faite.

Comme ses premiers soins étaient de rendre à Dieu le service et l'honneur qu'il lui devait, cette divine Bonté l'assistait dans tous ses besoins, le conseillait dans toutes ses entreprises, le protégeait contre tous ses ennemis et donnait une heureuse issue à tout ce qu'il traitait. Dieu lui donna un grand nombre d'enfants mâles dont la postérité a régné si longtemps. L'aîné fut nommé Louis ; il naquit le 15 février 1244, dix ans après le mariage du roi. Nous avons dit, dans la vie de saint Thibault, abbé des Vaux-des-Cernay, comment la reine, qui était stérile, fut rendue féconde par les prières de ce saint abbé. Philippe le Hardi était le second, et il devint le premier par la mort de ce jeune prince ; il a, depuis, succédé à son père, et ses enfants ont été rois, jusqu'à Henri III. Jean Tristan fut le troisième ; on lui donna ce nom, parce qu'il naquit à Damiette, en Orient, durant l'emprisonnement du roi, son père, et l'affliction de la reine, sa mère ; il mourut avant eux sans avoir d'enfants. Le quatrième fut Pierre, comte de Chartres, de Blois et d'Alençon, qui n'eut point non plus de lignée. Le cinquième fut Robert de Bourbon, dont les enfants, après neuf générations, sont ensuite montés sur le trône pour le bonheur de la France et de toute la chrétienté. Outre ces garçons, saint Louis eut aussi cinq filles, lesquelles, excepté l'aînée, qui mourut en bas-âge, épousèrent toutes des souverains. Au reste, il ne ressemblait pas à la plupart des autres princes, qui négligent l'éducation de leurs enfants et s'en reposent entièrement sur les soins des gouverneurs qu'ils leur donnent, sans même examiner s'ils s'acquittent de leurs devoirs, et s'ils s'étudient à imprimer de bonne heure, dans leur âme, la haine du vice et l'amour de la vertu. Il prenait la peine de les instruire lui-même et de les porter au mépris des plaisirs et des vanités du monde et à l'amour de leur souverain Créateur : ce qu'il faisait ordinairement le soir, après Complies, dans sa chambre, où il les faisait venir pour recevoir de sa bouche ses excellentes leçons. Il les menait avec lui au sermon ; il leur enseignait à réciter tous les jours le petit Office de Notre-Dame ; il les obligeait d'assister tous les jours de fête aux grandes messes et aux divins offices chantés en musique ; il voulait qu'ils s'accoutumassent, dès l'enfance, à la mortification et à la pénitence, et, dans cette vue, il ne souffrait pas que les vendredis ils portassent sur leurs têtes aucun ornement, parce que c'est en ce jour que Notre-Seigneur a été couronné d'épines. Enfin, nous avons encore les instructions qu'il écrivit de sa main, à sa fille Isabelle, lorsqu'elle fut reine de Navarre ; elles sont si saintes et si remplies de l'esprit de Jésus-Christ, qu'il n'y a point de directeur, quelque éclairé qu'il soit, qui en puisse donner de plus excellentes.

S'il savait si bien gouverner ses enfants, il était encore plus admirable dans le gouvernement de son État. On ne vit jamais tant de paix et de prospérité en France que durant son règne. Toutes les autres nations, à l'Orient, à l'Occident, au Midi et au Septentrion, étaient dans le trouble ; mais les Français, qu'il gouvernait, jouissaient d'une heureuse tranquillité qu'il leur procurait par sa sagesse. Il eut soin de bannir de son État, par de saintes lois, tous les dérèglements qu'il y put reconnaître. Le premier fut le blasphème et les jurements impies et exécratoires. Il fit, contre ce crime, des ordonnances trop sévères, que le pape Clément IV lui fit modifier. Pour lui, il n'avait point d'autre jugement que de dire : *Par mon nom* ; mais un religieux de Saint-François l'ayant averti qu'il n'appartenait qu'à Dieu de jurer de cette sorte, il cessa aussitôt de le faire et se contenta de dire *oui* et *non*, selon la doctrine du Fils de Dieu dans l'Évangile. Les autres dérèglements qu'il s'efforça d'exterminer furent les duels, les jeux de hasard, la fréquentation des lieux de débauche, le luxe des femmes et les chicanes dans les procès. Il est le premier qui ait défendu les duels en France : car, avant lui, les rois les toléraient, et quelquefois même les ordonnaient pour connaître le droit des parties : ce qui était un moyen aussi trompeur que contraire aux lois de la justice et de l'humanité. Les habitants n'osaient se trouver dans les cabarets de l'endroit : cette commodité publique n'était permise qu'aux passants et à ceux qui n'avaient point de domicile. Les charges de judicature n'étant pas encore vénales, il en pourvoyait les personnes d'une sagesse et d'une probité connue : ce qu'il ne faisait qu'après avoir pris l'avis des plus vertueux et des plus habiles de son royaume.

Lorsqu'il envoyait des baillis, des juges et des officiers dans les provinces, pour y rendre pour un temps la justice, il leur défendait d'y acquérir du bien et d'y établir leurs enfants, de peur qu'ils ne prissent occasion de commettre des injustices. Il voulait qu'en quittant leurs charges ils rendissent un compte exact de leur administration, et qu'ils satisfissent aux plaintes des villes et des provinces où ils avaient été commissaires. Il députait souvent, au-dessus d'eux, des juges extraordinaires pour examiner leur conduite et pour revoir leurs jugements, à l'exemple de Dieu, qui assure qu'il jugera les justices. S'il se trouvait qu'ils eussent mal agi dans leurs offices, il s'en imposait lui-même une sévère pénitence, comme s'il eût été coupable de leurs excès, et il les en punissait aussi très rigoureusement, les obligeant surtout de restituer ce qu'ils avaient pris au peuple, et de dédommager ceux qu'ils avaient condamnés injustement ou dont ils avaient trop prolongé les affaires. Au contraire, lorsqu'il apprenait que ces officiers s'étaient dignement acquittés de leur devoir, il les en récompensait avec magnificence, soit par de bons appointements, soit en les élevant à des emplois plus honorables. Dans ses propres affaires, il était le premier à se condamner, et il se faisait même l'avocat de ceux qui lui disputaient quelque droit. Ses oreilles étaient toujours prêtes à recevoir les plaintes et à écouter les causes de ses sujets, sans que personne osât les empêcher d'approcher de lui. Dans ses promenades mêmes, soit dans son jardin de Paris, soit au bois de Vincennes, il se mettait à l'ombre d'un arbre pour juger, sans forme de procès, leurs différends. Souvent il les accommodait à l'amiable, d'autres fois il les terminait par un arrêt décisif ; mais c'était toujours avec tant d'équité, que nul ne pouvait trouver à redire à ses sentences. Jamais la noblesse ni les grandes richesses ne l'empêchaient d'être impartial ; il se sentait, au contraire, plus incliné à favoriser les personnes médiocres et qui n'avaient point d'autre appui que les moyens de leurs causes. Nous avons, dans son histoire, des exemples si illustres de la protection qu'il a donnée aux pauvres contre la tyrannie et la violence des grands, et de la rigueur avec laquelle il a puni l'injustice de ceux-ci, qu'il n'y a rien de comparable dans celles des juges les plus sévères de l'antiquité. Il avait aussi une adresse merveilleuse pour découvrir la vérité que l'on tâchait d'obscurcir par de fausses lettres ou en subornant de faux témoins. Un grand seigneur ne pouvant obtenir d'une pauvre veuve qu'elle lui vendît son héritage, qu'il voulait enfermer dans son parc, supposa un contrat de vente, en vertu duquel il s'en mit en possession comme d'un bien qu'il avait légitimement acquis. La veuve eut recours au roi, qui, touché de ses plaintes, manda aussitôt ce seigneur, pour qu'il se défendît de l'accusation que l'on faisait contre lui. Il y vint avec deux témoins, qu'il corrompit à force d'argent, pour déposer que le contrat était véritable et qu'il n'y était intervenu aucune fraude. Le roi, les ayant entendus, vit bien qu'ils parlaient contre leur conscience, et qu'on les avait séduits. Pour en découvrir la vérité, il les interrogea séparément, et obtint ainsi successivement de chacun d'eux l'aveu de la fausseté du contrat que le seigneur avait fait faire. Ils déclarèrent aussi toutes les circonstances de cette action, et la quantité d'argent qu'ils avaient reçue. Louis, connaissant par ce moyen l'iniquité du gentilhomme et de ses malheureux complices, les renvoya par-devant les juges ordinaires, pour recevoir leur châtiment, et remit la veuve dépouillée dans la jouissance paisible de son héritage.

L'application de saint Louis à la conduite de sa famille et de son État ne l'empêchait pas de pratiquer tous les exercices d'un parfait chrétien. Comme il savait que la chasteté se perd aisément dans les délices, que l'humilité est en grand danger au milieu des louanges et des honneurs du monde, et que la véritable dévotion ne s'accorde guère avec les inquiétudes que les richesses immenses apportent avec elles, il prenait les seuls plaisirs que la nécessité et la bienséance l'obligeaient de prendre. La flatterie n'était jamais bienvenue auprès de lui. Il s'humiliait autant qu'il lui était possible dans l'état de grandeur et d'autorité où Dieu l'avait mis. Ses trésors étaient plus aux pauvres qu'à lui, et il n'avait point de plus grande satisfaction que de s'en dépouiller pour en enrichir les malheureux. Sa coutume était de jeûner exactement tous les vendredis de l'année, ainsi que l'Avent de Notre-Seigneur, depuis la Toussaint jusqu'à Noël, et toutes les veilles des fêtes de la Vierge ; quant aux jeûnes commandés par l'Église, il ne s'en dispensait, dans ses maladies, que par obéissance à ses confesseurs. Les vendredis d'Avent et de Carême il ne mangeait ni fruits, ni chair, ni poisson ; mais seulement du pain et des légumes. Il y avait aussi des jours qu'il jeûnait au pain et à l'eau, comme la veille de Noël, le Vendredi Saint et les vigiles de Notre-Dame. Il dormait fort peu, afin d'avoir le temps de s'occuper à la prière et à la contemplation des vérités divines. Le cilice était son habit ordinaire, et, lorsque son confesseur lui défendait de le porter, il suppléait à cette mortification par une aumône particulière de quarante sous par jour, qui était, en ce temps-là, une somme considérable et suffisante pour nourrir quarante personnes. Il allait quelquefois les pieds nus dans ses souliers, sans néanmoins qu'on pût s'en apercevoir, parce qu'il s'était fait faire des chausses coupées, qui lui facilitaient cette austérité. Bien qu'il veillât perpétuellement sur lui-même, pour ne laisser échapper aucune action contraire à la perfection, toutefois il marchait toujours dans une sainte frayeur devant la majesté de Dieu et ne se regardait que comme la plus vile de toutes les créatures.

Il ne manquait pas, tous les samedis, d'assembler une troupe de pauvres dans un lieu secret, où il leur lavait, essuyait et haïssait humblement les pieds. Il leur lavait aussi les mains, et ne les renvoyait point sans leur faire une grosse aumône. Il en traitait ordinairement cent vingt, dans son palais, à dîner et à souper, et souvent il les servait lui-même, de ses mains royales, les faisant manger avant de se mettre à table. Aux vigiles et aux jours de fêtes, il en grossissait le nombre jusqu'à deux cents, et se faisait aussi leur échanson et leur maître d'hôtel. Il ne prenait point de repas qu'il n'eût encore trois pauvres vieillards à ses côtés, auxquels il présentait ce qu'il y avait de meilleur sur sa table, et quelquefois il faisait revenir les mets qu'ils avaient mangé, s'estimant bien heureux de se nourrir des restes des pauvres. Il ne portait point d'habits précieux et relevés d'or et de broderies, mais il se contentait des habits les plus communs, surtout après son retour de la Terre Sainte, excepté dans les occasions de cérémonie, où il savait soutenir l'éclat de sa couronne par une magnificence digne de la grandeur du premier monarque du monde. Il disait tous les jours, de grand matin, les Heures de Notre-Dame, et assistait saintement à la messe. Pour les jours de fête, il se trouvait de bonne heure à Matines, dans l'église, et les entendait tout au long avec un grand respect et une dévotion capable d'en inspirer à tous ses courtisans. Enfin, sa piété était si pure et si parfaite, qu'elle pouvait faire honte aux religieux les plus austères et aux ermites les plus retirés du monde.

Que dirons-nous de son zèle pour la ruine de l'hérésie et du libertinage, et pour l'établissement de la foi et de la discipline chrétienne dans toute l'étendue de ses États? Il fit, à cet effet, des règlements très-sévères; le même motif lui donna beaucoup d'affection pour les religieux de Saint-Dominique et de Saint-François, qu'il regardait comme des instruments sacrés dont la divine Providence voulait se servir pour le salut d'une infinité d'âmes rachetées du sang de Jésus-Christ. Il les invitait même quelquefois à dîner avec lui, surtout saint Thomas d'Aquin et saint Bonaventure, deux des plus excellentes lumières de l'Église, dont les pieux et savants entretiens lui donnaient une joie et une consolation merveilleuses. Il fonda de tous côtés des collégiales, des paroisses, des monastères, des chapelles, des hôpitaux, des maladreries et d'autres lieux de dévotion et de charité.

La religion de ce grand prince parut encore d'une manière admirable dans le zèle qu'il déploya pour faire venir dans son royaume la couronne d'épines de Notre-Seigneur. Il l'envoya chercher à Constantinople par le frère Jacques et le P. André de Lonjumeau, de l'Ordre de Saint-Dominique, et la fit conduire jusqu'à Venise, parce qu'elle avait été engagée aux Vénitiens pour un prêt d'argent fort considérable. Ensuite il la racheta de leurs mains, en leur payant le prix de l'engagement.

À cette époque, l'esprit catholique était si fervent en France, que dans tout le royaume il y eut une grande et nationale joie quand on y apprit que la couronne d'épines du Sauveur était devenue une propriété française.

Ayant reçu des avis officiels, Louis IX, dans les premiers jours d'août 1239, partit de Vincennes avec les reines Blanche et Marguerite; les comtes d'Artois, de Poitiers et d'Anjou, ses frères; l'archevêque de Sens; Bernard, évêque du Puy, plusieurs autres prélats et une foule de princes et de hauts barons.

A Villeneuve-l'Archevêque, à cinq lieues de Sens, ce noble et brillant cortège rencontra les religieux et leur nombreuse suite; car les populations, sachant ce qu'avec eux ils apportaient en France, s'étaient empressées de les suivre, avec la résolution de ne retourner au pays que lorsqu'elles auraient vu et adoré les sacrés vestiges de la passion de l'Homme-Dieu.

C'était le 10 août, fête de saint Laurent. Le P. André et le frère Jacques présentèrent au monarque, à la reine son épouse, à la reine sa mère et au fils de France qui les accompagnait, la triple caisse couverte des sceaux des seigneurs français et du doge de Venise, Jacques Tiepolo.

Tout fut fait avec ordre et dans un grand recueillement. D'abord on examina et on reconnut les sceaux; puis on les rompit. L'ouverture de la caisse de cèdre étant terminée, on en sortit la chasse d'argent avec le même cérémonial; le couvercle de cette chasse fut levé, puis enfin un prélat agenouillé en tira le vase d'or renfermant la sainte couronne. À cet instant, roi, reines, princes, chevaliers, archevêques, évêques, prêtres, moines, soldats, bourgeois, peuple, se prosternèrent fondant en larmes, et osant à peine lever la tête pour regarder cette branche d'épines que les bourreaux de Jérusalem avaient tordue pour en faire une couronne dérisoire à leur divine victime.

Oh! comme ce diadème de moquerie est devenu un diadème de gloire, et comme tout ce qui est grand, comme tout ce qui est fort, comme tout ce qui est humble, comme tout ce qui est petit, comme tout ce qui est heureux, comme tout ce qui est dans les larmes, le vénère aujourd'hui!

La journée et la nuit se passèrent en prières et en cantiques de joie; et ce ne fut que le lendemain que le pieux fils de Blanche de Castille, ainsi que ses trois frères, Robert, Alphonse et Charles, tête nue, les pieds déchaussés et vêtus d'une simple tunique de laine blanche, portèrent la couronne de Jésus de Nazareth, roi des Juifs, jusque dans le sanctuaire de la métropole de Sens, où Louis IX avait pris pour épouse Marguerite de Provence. Toutes ces cérémonies étaient belles et produisaient un grand effet. Elles furent closes par la journée du 20 août. Ce jour-là, la sainte couronne fut offerte à la vénération des Parisiens, dans l'église Notre-Dame. Tous les moines, tous les religieux du royal monastère de Saint-Denis, des deux abbayes de Saint-Germain, allèrent au-devant de la couronne d'épines jusqu'à l'entrée du bois de Vincennes; et c'était un saisissant et magnifique spectacle que toute cette foule chrétienne suivant les croix et les bannières flottantes des communautés, des couvents et des paroisses de la grande ville; s'enfonçant sous les ombrages des chênes séculaires, pour s'aller prosterner devant une relique si sainte et qui rappelait la grande immolation du Golgotha.

Dans cette multitude empressée brillaient toutes les illustrations des camps, toutes les grandeurs des palais, toutes les gloires du sanctuaire.

À l'entrée du faubourg Saint-Antoine, par les soins des officiers du roi, on avait dressé une vaste estrade couverte de tentures de soie et or, à laquelle on arrivait en foulant les plus riches tapis de la couronne, étendus sur le sol. La chasse d'argent fut montée sur l'estrade par plusieurs évêques en chape et la mitre au front. Un des prélats découvrit alors le diadème de la Passion et le montra à l'immense multitude. Soudain l'immense multitude, comme un seul homme, tomba prosternée en poussant des cris d'allégresse qui durent monter jusqu'au ciel et être entendus de celui qui y règne; car ils partaient de cœurs sincères et croyants.

Louis IX et ses trois frères, toujours pieds nus et le front découvert, renfermèrent le vase d'or dans le reliquaire d'argent et le portèrent sur le maître autel de Notre-Dame. Après la cérémonie d'actions de grâces, la précieuse relique fut déposée dans la chapelle de Saint-Nicolas, bâtie par Louis le Gros.

Dans les siècles de foi et de piété, les grands personnages avaient toujours dans leur demeure, ou dans les environs de leur résidence, une chapelle qualifiée de sainte. Dans le voisinage de l'enclos du palais de la Cité, les ducs de France, les comtes de Paris eurent la chapelle de Saint-Barthélemy, qui, pendant quelque temps, porta le nom de Saint-Magloire; et, en outre, les chapelles de Saint-Georges, de Saint-Michel et de Saint-Nicolas, que Louis VII fit bâtir et qu'il mit sous l'invocation de Notre-Dame de l'Étoile.

Louis IX ne trouva rien, parmi les chapelles alors existantes, qui fut digne de recevoir dans son enceinte la couronne rougie du sang du Rédempteur; et il chargea Pierre de Montereau d'édifier pour elle ce magnifique reliquaire de pierre, que nous admirons encore aujourd'hui, monument aussi délicatement sculpté que ces chasses d'or et d'argent que l'on voyait jadis dans les trésors de nos vieilles églises.

Saint Louis avait élevé la Sainte-Chapelle pour que les choses les plus sacrées y fussent à jamais religieusement conservées. Là il avait fait déposer sur le velours et garder dans des coffrets de vermeil la couronne qui avait déchiré le front de l'Homme-Dieu, le roseau qui lui avait servi de sceptre et le fer de lance qui lui avait percé le côté.

Lors des saturnales de 1793, comme on le sait, on jetait au vent les reliques, pour avoir l'or des reliquaires ; sous les voûtes bâties par Pierre de Montereau, on avait porté tous les papiers du greffe ; et nous avons vu tous les jugements de la justice humaine, des dossiers poudreux, entassés là où avaient jadis brillé les ornements sacrés de l'Église.

Aujourd'hui, nous devons le dire, on a, par amour de l'art, en attendant que ce soit par amour de Dieu, restauré le monument de la piété de Louis IX, et nous allons revoir cette chapelle aussi belle, aussi brillante que du temps du saint roi. Puissent les murs repeints et redorés du royal oratoire revoir un jour une foi pareille à celle qui s'y manifestait au XIIIe siècle !

Louis IX obtint encore de Baudouin II, empereur de Constantinople, quantité d'autres reliques d'une valeur inestimable, savoir : les langes de l'enfant Jésus, une grande partie de sa croix, la chaîne de fer dont il a été lié, le fer de la lance dont son côté a été percé, le roseau et la robe de pourpre que les soldats lui donnèrent pour sceptre et pour manteau royal, l'éponge avec laquelle on lui présenta du fiel et du vinaigre, le linge dont il se ceignit pour laver les pieds de ses Apôtres, un linceul et une partie du suaire dont il fut enseveli, et quelques autres reliques des Saints spécifiés dans l'acte authentique de cet empereur, donné à Saint-Germain en Laye, au mois de juin 1247. Ainsi, par la sage prévoyance de notre incomparable monarque, la Grèce fut dépouillée et la France fut enrichie, et nous reçûmes, avec ces saintes dépouilles, un gage assuré de la bienveillance et de la protection perpétuelle de Dieu envers ce royaume.

Il est temps de parler du plus mémorable endroit de la vie de saint Louis, qui est son voyage en Orient pour délivrer les saints lieux de la puissance tyrannique des Sarrasins et des autres Barbares. Il avait eu, dès sa jeunesse, beaucoup d'inclination pour cette expédition, qu'il estimait très-digne d'un roi très-chrétien et du fils aîné de l'Église ; mais les grandes affaires de son État l'avaient toujours empêché de l'exécuter. Enfin, en l'année 1245, à Pontoise, il tomba si gravement malade, d'une fièvre continue et d'une dysenterie, qu'on désespérait tout à fait de sa santé. Il fut même tenu près d'un jour pour mort, n'ayant plus aucun sentiment ni mouvement sensible. Dans cette extrémité, tous les Français, qui l'aimaient comme leur père, levèrent instamment les mains vers le ciel. On porta aussi en procession, à Saint-Denis, les chasses précieuses du même saint Denis, de saint Rustique et de saint Éleuthère, patrons de Paris, et on fit de tous côtés des vœux pour la guérison d'un si bon prince ; enfin, étant revenu de cette longue léthargie, il fit vœu d'aller lui-même en Palestine pour secourir les chrétiens opprimés par les infidèles. Ce vœu fut suivi de sa convalescence. Ainsi il ne douta point que ce ne fût la volonté de Dieu qu'il quittât pendant quelque temps son royaume, pour passer avec une armée dans la Terre Sainte. Il fut encore engagé à faire ce voyage par les fâcheuses nouvelles qui vinrent d'Orient, que Barbakan, roi des Greffiens ou Korasmiens, nations Persiques, ayant été chassé de ses États par le grand khan de Tartarie, s'était réfugié vers le sultan d'Égypte, et qu'avec ses troupes il avait repris Jérusalem, saccagé la Palestine et réduit les affaires des chrétiens dans un plus mauvais état qu'elles n'avaient jamais été. D'ailleurs, le pape Innocent IV, qui était venu à Lyon, tant pour éviter les persécutions de l'empereur Frédéric Barberousse que pour célébrer un concile général, afin de remédier aux maux dont l'Église était accablée, exhorta fortement le roi à cet acte héroïque de la piété et de la générosité chrétienne. Enfin, plusieurs prodiges, et surtout des croix de lumière qui parurent en divers lieux, firent voir que ce dessein d'une nouvelle croisade venait de Dieu.

Cependant la reine-mère et l'évêque de Paris, considérant les dangers de cette croisade et le peu de succès des précédentes, et surtout les grands biens que la présence du roi causait en France, firent ce qu'ils purent pour l'en détourner, et lui remontrèrent que son vœu ne devait pas l'inquiéter, parce que, lorsqu'il l'avait fait, étant accablé de maladie et n'ayant pas l'esprit suffisamment libre, il n'était pas en état de contracter une obligation si importante et si difficile. Mais ce saint roi, à qui Dieu avait donné une force et une constance inébranlables lorsqu'il était question de son service, ne put se rendre à leurs sollicitations ; et, pour leur ôter tout moyen de le presser davantage, ayant rendu sa croix à l'évêque, il lui dit : « Vous ne sauriez douter maintenant, mon père, que je ne sois dans un plein usage de ma raison, jouissant, par la grâce de Jésus-Christ, d'une parfaite santé : c'est donc en cette disposition que je renouvelle le vœu que j'ai fait d'aller moi-même en Palestine, et que je vous demande la croix : rendez-la-moi comme je vous l'ai consignée ; car, si mon premier vœu avait quelques défauts qui pussent faire douter de sa validité, ce second n'en a point, et il m'oblige indispensablement de faire ce que j'ai promis ». Ces paroles fermèrent la bouche à ceux qui étaient le plus opposés à la croisade. Les princes et les plus grands seigneurs de France se croisèrent avec le roi : entre autres, Robert, comte d'Artois ; Alphonse, comte de Poitiers, et Charles, comte d'Anjou, ses frères ; les archevêques de Reims et de Bourges, et les évêques de Laon, de Beauvais et d'Orléans ; Blanche, mère du roi, fut laissée régente. Marguerite, sa femme, voulut l'accompagner, malgré les dangers et les incommodités inévitables d'un si long voyage. Ses trois belles-sœurs, femmes de ses trois frères, imitèrent le courage de cette grande reine. Les Français firent serment de garder la fidélité aux enfants du roi, s'il lui arrivait malheur hors de France. Enfin, Sa Majesté prit le chemin de Lyon, où elle rendit visite, pour la seconde fois, au pape Innocent IV, et reçut sa bénédiction apostolique. De là, elle alla à Aigues-Mortes, où était la flotte et le rendez-vous de toute son armée. Le 23 août de l'année 1248, ce grand roi s'embarqua avec toute sa suite, et avec Eudes, évêque de Tusculum (Frescati), que le Pape fit son légat en cette expédition. La navigation fut heureuse jusqu'à l'île de Chypre où il aborda le 20 septembre. Il fut reçu à Limisso avec tout l'honneur et la magnificence possibles par le roi Henri, fils d'Amaury, et petit-fils de Guy de Lusignan, qui avait fait par son ordre des magasins incroyables de blés, de vins, d'armes et d'engins de batterie. S'il n'eût consulté que son zèle, il fût parti aussitôt pour gagner l'Égypte ; mais il se vit contraint de demeurer tout l'hiver dans cette île, d'abord à cause de la peste qui se mit dans son camp et emporta plus de la sixième partie de ses troupes, ensuite parce que son frère Alphonse, retardé par la mort du comte de Toulouse, son beau-père, n'était pas encore arrivé avec le reste de son armée. Cependant, il ne perdit pas de temps ; car, premièrement, par l'exemple de son courage, il porta le roi de Chypre à prendre la croix et à entreprendre le reste du voyage avec lui. Secondement, il éteignit, par sa prudence, les querelles des deux archevêques de l'île, qui l'avaient toute brouillée par leurs factions et les entreprises qu'ils faisaient l'un sur l'autre.

Ainsi, à Chypre comme en France, sous la tente comme sous le chêne de Vincennes, le petit-fils de Philippe-Auguste se montrait comme un ange de paix et de conciliation. Tant de sagesse et de vertus unies à tant d'habileté et de courage, tant de gloire, en un mot, devait porter ses reflets au loin.

Enfin, il eut la consolation de recevoir les ambassadeurs d'un prince Tartare, nommé Ecaithaï, qui, ayant vaincu depuis peu les Persans, et s'étant fait disciple de Jésus-Christ et enfant de l'Église par le Baptême, lui envoya offrir de joindre son armée avec les siennes pour éteindre la puissance de l'Égyptien et délivrer les saints lieux de la domination tyrannique des infidèles. La suscription de la lettre que ces députés présentèrent, portait : « Au grand roi de plusieurs provinces, l'invincible défenseur du monde, le glaive des chrétiens, le protecteur de l'Évangile, Louis, mon fils, roi de France ». Le roi leur fit tout l'accueil que méritait une ambassade si solennelle, sans néanmoins se trop fier à leur parole, ni leur laisser voir trop clair dans ce qui se passait à sa cour.

Quelques-uns de nos historiens ont écrit que leurs promesses n'étaient pas sincères. D'autres en ont eu une opinion toute contraire. Quoi qu'il en soit, il est certain que saint Louis ne reçut dans la suite aucun secours de ce côté-là. Pendant qu'il hivernait dans l'île de Chypre, les princes Sarrasins, avertis de son armement, quittèrent pour la plupart leurs dissensions particulières pour s'unir contre lui, et le chef des assassins, nommé le Vieux de la Montagne, envoya plusieurs des siens pour le tuer ; mais ils furent tous découverts et justement condamnés à mort. Enfin, le vendredi 13 mai 1249, avant la Pentecôte, il remonta sur mer avec dix-huit cents vaisseaux tant grands que petits. De ce grand nombre il y en eut, dès le départ, plus de la moitié qui s'écartèrent par la tempête ; de sorte que le roi, faisant la revue à la pointe de Limisso, ne trouva avec lui que sept cents chevaliers, de deux mille huit cents dont son armée était composée. Il continua néanmoins la navigation, et en chemin, le duc de Bourgogne, Guillaume de Salisbury et Guillaume de Ville-Hardouin, prince d'Achaïe, se joignirent à lui. Avec ce renfort, il vogua vers Damiette, où il trouva les Sarrasins rangés en grand nombre sur le port. Tout semblait favoriser leurs armes : la difficulté que nous avions d'aborder, l'éminence du lieu où ils étaient et d'où il leur était aisé de tirer une grêle de traits sur les nôtres, et une tour qui était derrière eux, d'où ils pouvaient encore notablement incommoder les vaisseaux qui auraient la hardiesse d'approcher. Mais la valeur de saint Louis rendit tous ces avantages inutiles. Il fit donner le signal du combat par le son des cors et des trompettes, et, en même temps, celui qui portait la bannière de Saint-Denis ayant sauté à terre, saint Louis se jeta dans l'eau jusqu'aux aisselles, le coutelas à la main, et l'écu pendu au cou. Les siens le suivirent aussitôt, sans que les traits des Sarrasins puissent les empêcher de monter sur le rivage : de sorte qu'il eut le moyen d'en former un bataillon serré pour soutenir le choc des infidèles. Six mille cavaliers vinrent en même temps fondre sur les Français ; mais ils furent repoussés avec tant de vigueur, et un si grand carnage, qu'ils ne voulurent plus revenir à la charge. Ils mirent donc le feu à Damiette en plusieurs endroits, massacrèrent tous les Francs qui se trouvaient dans leurs murs, et, se chargeant de ce qu'ils y trouvèrent de plus précieux, ils s'enfuirent honteusement, laissant la ville ouverte et exposée aux armes de notre saint Monarque. Une si grande lâcheté passa au commencement pour un pur stratagème ; mais la vérité ayant été reconnue, Sa Majesté ordonna une procession avec la croix et des flambeaux ardents pour entrer solennellement dans cette première conquête. Il y assista les pieds et la tête nus avec le légat du Pape, le patriarche de Jérusalem, et les autres prélats et seigneurs qui étaient à sa suite. La mosquée fut purifiée et bénite, et on en fit une église pour célébrer les saints mystères, après l'avoir dédiée à la sainte Vierge. Après une si heureuse victoire, qui n'avait presque point coûté de sang, saint Louis mit en délibération s'il se mettrait aussitôt en campagne pour poursuivre les infidèles. L'avis de son conseil fut qu'il fallait attendre les vaisseaux que la tempête avait dissipés, et Alphonse, comte de Poitiers, son frère, qui venait de France avec l'arrière-garde. Ce n'était guère là le sentiment du roi, qui croyait qu'il fallait donner sur les ennemis pendant qu'ils étaient dans l'épouvante; mais il ne voulut rien entreprendre contre le jugement de tant de vieux capitaines. Cependant, l'abondance du pays et la paresse de nos soldats introduisirent bientôt la dissolution et la débauche dans l'armée. Les soldats et même plusieurs des seigneurs s'abandonnèrent aux crimes et aux abominations des barbares qu'ils venaient exterminer. Ils dissipaient, par des jeux et des festins continuels, ce qui devait servir à les faire subsister dans un pays si éloigné. Saint Louis fit ce qu'il put, par ses remontrances et par ses lois, pour empêcher ces désordres; mais ce fut inutilement. Il tira même pour cela son armée de la ville, l'établit dans un camp vaste et bien gardé, dont les tentes furent dressées sur les deux rives du Nil et dans l'île de Maalé (le Delta); mais la débauche les y suivit. Il ne faut pas s'étonner, après cela, si la justice de Dieu châtia ces libertins par plusieurs défaites dont nous allons parler.

Dès que l'armée fut assemblée, notre saint Monarque marcha sur le Grand-Caire, alors capitale de l'Égypte et le siège de ses souverains. Le soudan Negmeddin venait de mourir, ne laissant qu'un fils qui était absent; mais Sécédin (ou Fakr-Eddin) prit la régence du royaume, et amassa de fortes troupes pour disputer tous les passages aux Français. Le premier qu'il disputa fut celui du Rexi, qui est un bras du Nil, où on tenta inutilement de jeter un pont de bateaux; mais on trouva enfin un gué, par lequel toute notre armée étant passée, se jeta avec furie sur les Sarrasins.

Le combat fut d'autant plus grand que les infidèles étaient six contre un, et que, se battant chez eux, ils avaient des avantages et des commodités que nous n'avions pas. On ne peut exprimer la vaillance que notre saint Roi fit paraître en cette journée. On le voyait couvert d'une armure dorée et le cimeterre à la main briller comme un éclair et frapper comme un tonnerre. « Et vous promets », dit le sire de Joinville, témoin oculaire, « que oncques si bel homme armé ne vit ». Il surpassait tous les autres par sa taille gigantesque, et, comme si sa force lui eût été divinement redoublée, il donnait tant de coups d'épée et de massue, qu'il écartait ou renversait tous ceux qui approchaient de lui. Il semblait qu'il fût en même temps en trois ou quatre endroits différents, tant il était prompt et ardent à secourir les siens. Six cavaliers ennemis l'ayant enveloppé, comme il allait dégager un de ses capitaines que l'on emmenait prisonnier, il se défendit si courageusement, qu'il en coucha quelques-uns par terre et échappa adroitement aux autres. Ses actions prodigieuses soutinrent et rehaussèrent le courage des chrétiens, et il n'y en eut pas un qui ne sentit, par son exemple, sa vigueur se renouveler, malgré l'excessive chaleur, la lassitude et l'assaut des ennemis. Enfin, Sécédin ayant été tué, les infidèles s'enfuirent en désordre, et laissèrent leur camp aux nôtres, qui couchèrent dedans et recueillirent leurs dépouilles. Une victoire si éclatante ne laissa pas de nous coûter du sang; Robert, frère du roi, et trois cents chevaliers du Temple, poursuivirent les ennemis à travers la ville de Mansourah, qu'ils trouvèrent ouverte. Comme ils voulaient revenir triomphants par la même ville, ils y furent enfermés et assommés à coups de traits, de pierres et de tuiles. Peu de temps après, les Sarrasins ayant élu un autre général, nommé Bibars-Bendocdar, qui était un homme de grande expérience, il présenta une seconde bataille aux Français. Elle fut plus dans les formes que la première, mais elle ne nous fut pas moins favorable; car, lorsque l'honneur du combat eut été disputé durant trois heures, les infidèles tournèrent le dos, et les chrétiens, les poursuivant, en firent une horrible boucherie, tant que le soleil les éclaira. Ce fut en cette occasion qu'Alphonse, comte de Poitiers et frère du roi, étant dans un extrême danger, ce généreux monarque courut avec tant de valeur à son secours, qu'il le délivra heureusement des mains de ceux qui l'environnaient.

Les Français, tout glorieux de ces deux défaites, au lieu de lever les yeux au ciel, d'où leur était venu ce secours, attribuèrent la cause de leur bonheur à la force de leurs épées, et se replongèrent plus que jamais dans le vice. Le bon roi, ne pouvant souffrir leur vanité ni leur débauche, leur disait souvent : « Reconnaissons, seigneurs, que tant de biens nous viennent de Dieu, rendons-lui-en grâces, prions-le qu'il nous les conserve; et, si nous souhaitons cette faveur, conservons-nous-mêmes sa grâce et notre innocence, sans laquelle tous nos progrès ne feraient qu'avancer notre ruine ». Tous promettaient de n'y pas manquer; mais presque tous y manquaient continuellement. Aussi, la prospérité ne dura pas longtemps, et elle se changea bientôt en une très-grande adversité. Car l'infection des corps morts, tant des nôtres que des ennemis, ayant allumé une peste furieuse dans notre camp, une grande partie de l'armée en fut consumée; et, comme le roi se vit trop faible, avec le peu de gens qui lui restait, pour résister aux forces des Sarrasins dont le nombre grossissait toujours, principalement depuis l'arrivée du Soudan, il fut contraint de reprendre le chemin de Damiette. Ce fut dans cette retraite, qu'ayant fait marcher son avant-garde et son corps d'armée devant, il se mit à son arrière-garde pour la soutenir par sa présence et par son courage contre les efforts des Sarrasins. En effet, il fit en cette occasion, tout malade et languissant qu'il était, des traits de bravoure qui n'ont presque point d'exemple; mais Dieu, voulant consommer sa sainteté par une patience héroïque et plus glorieuse que tous ses exploits de guerre, permit qu'il fût fait prisonnier par les infidèles, avec Alphonse et Charles, ses deux frères, et quantité d'autres seigneurs, que leur langueur avait mis hors d'état de se sauver. Saint Louis eut pour prison la maison de Fakr-Eddin-Ben-Lokman, secrétaire du sultan ; il fut confié à la garde de Sablin. Il fut d'abord assez bien traité, parce que le Soudan, craignant de perdre une rançon considérable par sa mort, prit un soin particulier de le faire guérir; mais, depuis qu'il fut en santé, on lui fit souffrir les traitements les plus barbares, et ce tyran le menaça même de le faire mettre aux bernicles, espèce de torture semblable au chevalet, pour disloquer et déboîter tous les os, s'il n'acceptait pas ses propositions.

La constance de Louis parut admirablement dans un revers si surprenant. Bien loin de s'affliger des peines qu'il endurait, il en avait et en témoignait de la joie: les menaces du Sarrasin ne l'ébranlaient point, et il n'était pas moins calme dans sa prison et chargé de fers, que s'il eût été sur son trône, au milieu des hommages de ses sujets. Une force si extraordinaire surprit le Soudan: il lui proposa de le mettre en liberté avec tout son monde, s'il voulait lui rendre Damiette, et lui donner cinq cent mille livres. Le roi ne voulut jamais mettre sa personne à prix d'or et d'argent; aussi n'avait-elle point de prix; mais il convint de ces conditions pour la délivrance de ses frères et des autres prisonniers chrétiens. Le Soudan, encore plus étonné de sa franchise, lui remit cent mille livres de cette somme, n'en demandant plus que quatre cent mille. Pendant cette négociation, la reine, qui était à Damiette, accoucha d'un fils qui fut appelé Tristan, pour être né durant la captivité de son père. D'ailleurs les émirs, qui étaient les principaux officiers d'Égypte, étant mécontents de leur Soudan, parce qu'il les avait éloignés de sa cour pour élever de nouvelles créatures, suscitèrent contre lui les Mamelucks, qui l'assassinèrent à coups de dague. Un de ses assassins vint en même temps trouver le roi, les mains toutes sanglantes, pour lui dire qu'il avait tué son ennemi : mais ce grand prince, à qui un crime si exécrable ne pouvait donner que de l'horreur, tourna le visage de l'autre côté, sans vouloir même le regarder. Il y avait sujet de craindre que les émirs ne se tinssent pas aux conditions que le défunt lui avait accordées; néanmoins sa patience, sa modestie, son courage et la sainteté de toutes ses actions firent une telle impression sur leurs esprits, tout barbares et cruels qu'ils étaient, que même ils délibérèrent longtemps entre eux s'ils ne l'éliraient point pour leur Soudan. N'en ayant pas pu tomber d'accord, ils lui accordèrent une trêve pour dix ans, jurant d'observer ce traité par les plus terribles serments qui fussent dans leur loi. Ils le voulurent obliger de faire des serments semblables selon sa loi, comme de renier Jésus-Christ s'il ne tenait pas sa parole; mais, bien qu'il eût tout à fait envie de la tenir et qu'on lui dit que, dans cette résolution, il pouvait faire ce serment, il avait tant d'horreur de ces mots : « renier la foi, et renier Jésus-Christ », qu'il ne voulut jamais y consentir. Alphonse, son frère, fut laissé en otage, et lui, avec tous les seigneurs, s'achemina vers Damiette, d'où il envoya aux émirs deux cent mille livres, et de là il se rendit à Acre. La reine l'y attendait avec son trésor, dont il fit tenir, selon qu'il en était convenu, les autres deux cent mille livres, et retira son frère. Il se montra si religieux à garder sa parole, qu'un de ses trésoriers lui ayant rapporté que les émirs s'étaient trompés de dix mille livres dans le paiement, il les leur renvoya sur-le-champ, quoique, de leur part, ils eussent manqué en beaucoup de choses, soit en faisant mourir les chrétiens malades de Damiette, soit en ne renvoyant pas tous les prisonniers.

Au reste, au milieu de tant d'afflictions capables d'ébranler les âmes les plus constantes, le saint roi ne se laissa jamais emporter par aucun mouvement d'impatience; mais il bénissait continuellement Dieu, et ne le remerciait pas moins de ces croix et de ces adversités que des plus grandes prospérités. Son dessein était de revenir aussitôt en France avec la reine, ses enfants et les princes; mais, voyant que les Sarrasins avaient rompu la trêve et violé leurs serments, il ne voulut pas encore abandonner l'Orient, de peur de laisser les chrétiens exposés à la rage des infidèles. Il demeura donc quelque temps à Acre, où ses exercices ordinaires étaient de consoler les chrétiens du pays, de leur fournir libéralement tout ce qui leur manquait, de racheter ceux qui étaient prisonniers entre les mains des Mahométans, de faire rebâtir les temples, de recueillir les reliques des martyrs, et, à l'exemple de Jésus-Christ son Maître, de prêcher efficacement la vraie foi, non pas par des sermons étudiés, mais par des actions énergiques. Notre-Seigneur bénit admirablement son zèle et ses travaux; car il fit grand nombre de conversions, et fut la joie et la consolation de tout l'Orient. Il devint aussi, par ce moyen, plus glorieux et plus éclatant qu'il n'avait été avant sa défaite et sa prison, et il s'acquit une si haute estime parmi tous les princes d'Orient, qu'on ne parlait partout que de ses vertus royales et de ses actions héroïques. Il reçut à cette époque les ambassadeurs de l'empereur d'Allemagne, qui faisaient semblant d'être venus pour négocier sa délivrance ; mais il ne se fia pas à eux, parce qu'on soupçonnait leur maître de s'entendre avec les Sarrasins. Le sultan de Damas lui envoya aussi des députés pour entrer en ligne avec lui contre les émirs d'Égypte ; mais cela n'eut point d'autre effet que d'obliger ces émirs de tenir le traité qu'ils avaient fait avec les chrétiens, et de réparer les dommages qu'ils avaient causés en y contrevenant. Le prince des Bédouins ou assassins, qui était redouté de tous les autres princes, sous le nom du Vieux de la Montagne, parce qu'il avait sous lui des soldats dévoués au massacre de ceux qu'il leur marquait, fut contraint d'honorer sa vertu et de révérer sa puissance ; il lui envoya de riches présents, avec sa chemise et son anneau, le priant de le laisser en repos, et de ne le point venir inquiéter dans les châteaux qu'il avait sur les montagnes autour du Tyr.

Le roi ne se contenta pas de se rendre utile aux chrétiens dans Acre, il acheta de nouvelles troupes et rétablit son armée ; puis, s'étant remis en campagne, il entra dans la Palestine, où il visita les saints lieux de la province de Galilée, comme la montagne du Thabor et la ville de Nazareth. Il y fortifia quelques villes, entre autres Césarée de Philippe, que l'on appelait Bélinas, et Joppé, outre Tyr et Sidon, en Phénicie. Il avait envie de visiter aussi la sainte Cité, et les Sarrasins ne lui en eussent pas refusé l'entrée avec peu de gens, s'il la leur eût demandée ; mais son conseil le dissuada de le faire. Il fit de tous côtés des charités incroyables aux fidèles : l'on remarque qu'un jour en ayant trouvé à la campagne un grand nombre qui étaient morts dans un combat contre les Sarrasins, il descendit de cheval pour les enterrer, et commença lui-même à les porter dans la fosse, sur ses épaules, disant à ceux qui l'accompagnaient : « Aidez-moi, mes frères, à ensevelir les martyrs de Jésus-Christ ».

Il méditait encore de plus grandes choses, sans que les dangers qu'il courait et les difficultés qui se présentaient à tous moments pussent ralentir la ferveur de son zèle : mais, lorsqu'il se promettait un heureux succès de ses entreprises, la reine Blanche, sa mère, qu'il avait laissée régente du royaume, et qui l'avait gouverné durant son absence avec toute la sagesse et la fermeté que l'on eût pu attendre des plus grands princes, décéda à Melun, âgée de 65 ans, en 1252. Cette triste nouvelle lui fut annoncée dans la ville de Sidon, par le légat du Pape, accompagné de l'archevêque de Tyr, et de Geoffroy de Beaulieu, de l'Ordre de Saint-Dominique, son confesseur. Alors, il se mit à genoux devant l'autel de sa chapelle, où il était, et, joignant les mains, il dit avec abondance de larmes : « Je vous rends grâces, mon Seigneur et mon Dieu, de ce qu'il vous a plu me prêter ma très-honorée dame et mère jusqu'à maintenant. Je l'aimais assurément au-dessus de toutes les créatures mortelles, comme elle méritait bien que j'eusse pour elle cette affection et cette tendresse ; mais, puisque vous avez jugé à propos de la retirer à vous, que votre saint nom en soit loué et béni éternellement ! » Il récita pour elle, à l'heure même, tout l'office des morts, avec autant d'attention et de tranquillité d'esprit, que si c'eût été pour une personne indifférente, et il fit dire à son intention beaucoup de messes, surtout dans les maisons religieuses.

Cette perte ne l'empêcha pas de demeurer quelque temps dans la Terre Sainte, pour y achever les fortifications des villes qu'il avait entrepris de mettre en état de défense ; mais, ayant reçu des lettres qui lui donnaient avis que son royaume était en danger de la part des Allemands et des Anglais, s'il ne s'y rendait au plus tôt, il reprit le chemin de France, le 25 avril, jour de la Saint-Marc en 1254, avec la reine et ses enfants. Lorsqu'il monta dans son vaisseau, il fit dresser un autel et un tabernacle très-magnifiquement ornés, où, par la permission du légat apostolique, il fit mettre le Saint-Sacrement de l'autel. On y disait toutes les heures de l'office divin, et même toutes les prières de la messe, excepté le Canon : on y prenait aussi la sainte hostie, pour la porter en Viatique aux malades. Le troisième jour de l'embarquement, il s'éleva sur la mer une furieuse tempête, qui, jetant le vaisseau où était Sa Majesté contre une langue de terre, le mit en danger de s'ouvrir et de couler à fond. Chacun désespérait de sa vie ; mais le saint roi, s'étant prosterné devant le Saint-Sacrement et devant les reliques des Saints, fit tant, par ses prières et par ses larmes, qu'il sauva son navire de ce péril. Au reste, il fit, en cette occasion, une action de générosité incomparable : les mariniers lui conseillèrent de passer dans un autre navire, avec la reine et ses enfants, parce que le sable avait rompu trois toises de la quille du sien ; il refusa absolument de le faire, de peur de décourager les autres seigneurs qui étaient avec lui et de leur donner du dégoût du voyage. Enfin, il arriva le 19 juillet à Hyères, passa le Rhône à Beaucaire, traversa le Languedoc et arriva au château de Vincennes le 5 septembre. Le lendemain il fit son entrée solennelle dans Paris.

Tout le monde fit paraître des marques d'allégresse de son heureux retour. Le pape Clément IV l'en envoya féliciter, l'assurant dans son bref apostolique que, pendant son absence, il avait pris son royaume sous sa protection, ayant fait défense à tout chrétien, sous peine d'excommunication, de rien entreprendre sur ses terres. Henri III, roi d'Angleterre, vint aussi de Bordeaux à Paris, pour lui rendre ses respects et lui témoigner la part qu'il prenait à la joie publique et universelle de son heureuse arrivée dans ses États. Il avait encore d'autres desseins dont il vint aisément à bout par la souveraine bonté du Saint, qui ne lui voulut rien refuser, afin d'établir une paix stable et permanente entre les Français et les Anglais. Ce fut en cette occasion que, Louis offrant par honneur le pas à Henri, comme on l'offre toujours à ses hôtes dans sa propre maison, ce prince le refusa constamment, lui disant : « Non, grand roi, cet honneur vous appartient, vous êtes mon seigneur, et vous le serez toujours ».

Une des premières occupations de ce saint monarque, après son retour, fut de mettre la paix entre tous les princes et les grands seigneurs de l'Europe. Il réconcilia le comte de Bourgogne avec le comte de Châlons, son père ; il les reconcilia l'un et l'autre avec Thibaud, comte de Champagne et roi de Navarre. Il fit la paix entre les comtes de Bar et de Luxembourg. Il termina les contestations entre les enfants des deux lits de Marguerite, comtesse de Flandre. Enfin, il n'y avait point d'États ni de souverains qui ne voulussent l'avoir pour arbitre des différends qui leur survenaient avec leurs voisins. Les gens de son conseil lui remontraient quelquefois qu'il ferait mieux de laisser ces princes en guerre les uns contre les autres, parce qu'en s'affaiblissant d'argent et de soldats, ils lui donnaient lieu de profiter de leurs dissensions ; mais il les reprenait de cet avis comme d'un très-mauvais conseil, « parce que », disait-il, « si je laisse mes voisins en guerre pour tirer avantage de leur affaiblissement, outre que je manque à la charité chrétienne, ce qui me rend digne des fléaux de la colère de Dieu, j'encours encore le blâme des hommes, et je mérite que, oubliant leurs propres querelles, ils se joignent ensemble pour m'attaquer et m'enlever ce qui m'appartient ».

Jamais prince ne fut plus magnifique que lui pour la construction des églises, des monastères et des hôpitaux. Il fonda l'abbaye de Royaumont, au diocèse de Beauvais, pour des religieux de Cîteaux ; celle du Lys, au diocèse de Sens, pour les religieux du même Ordre, et celle de Longchamps, au diocèse de Paris, pour des religieuses de Sainte-Claire. Il acheva celle de Maubuisson, près de Pontoise, et accorda de fort beaux privilèges à celle de Saint-Antoine, un des faubourgs de Paris. Il établit les Chartreux, près de la même ville, dans le lieu nommé Vauvert, qui avait été le palais du roi Robert. Il contribua beaucoup au couvent des Jacobins et des Cordeliers, que les rois ses prédécesseurs y avaient déjà reçus. L'abbaye de Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers, et l'hôpital des Quinze-Vingts, le reconnaissent aussi pour leur fondateur. Il fonda la dernière pour y entretenir perpétuellement trois cents aveugles, en mémoire de trois cents chevaliers de sa suite, à qui les infidèles avaient cruellement crevé les yeux, lorsqu'il était dans la Terre-Sainte. Il fit faire aussi de grandes réparations à Saint-Denis, en France, y donna plusieurs chasses pour la conservation des saintes reliques, et releva la plupart des tombeaux des rois ses prédécesseurs. Mais, de toutes ses fondations, la plus remarquable est celle de la Sainte-Chapelle de Paris, qu'il dota de très-beaux revenus pour honorer, par un culte perpétuel, les reliques sacrées de notre rédemption, comme nous l'avons déjà remarqué. Nous ne parlons point du monastère des Amurées de l'Ordre de Saint-Dominique, près de Rouen, ni des Maisons-Dieu de Pontoise, de Compiègne, de Saumur, d'Orléans, de Reims, de Fontainebleau, de Villemande, de Saint-Denis et de Vernon, qui le reconnaissent pour leur fondateur. Sa charité n'avait point de bornes, et il en eût répandu les effets par toute la terre, si ses finances avaient pu égaler la grandeur du désir qu'il avait de faire du bien à tout le monde. Lorsqu'il savait que quelque province avait été affligée de la grêle et de la stérilité, et qu'elle souffrait de la disette, il y envoyait aussitôt des sommes considérables pour préserver les pauvres de la dernière nécessité. Il prenait aussi le soin d'un grand nombre de jeunes filles que l'indigence de leurs parents mettait dans l'impuissance de se marier ; car, de peur que cette misère ne les engageât à quelque action contraire à la pureté, il les dotait de son propre fonds et leur faisait trouver des partis conformes à leur condition.

Il ne se contentait pas d'employer ses deniers au soulagement des pauvres et des malades ; il les visitait lui-même et leur rendait les services les plus bas. La Bulle de sa canonisation en rapporte deux exemples. Ce saint Monarque, étant un jour dans l'abbaye de Royaumont, apprit qu'un religieux de ce monastère, nommé Léger, était tellement couvert de lèpre, qu'il en avait les yeux, le nez et les lèvres déjà tout consumés, de sorte qu'on ne voyait presque plus en lui aucune forme de visage. Il voulut le voir, et, ne prenant avec lui que l'abbé, il alla à sa cellule, qui était séparée de celles des autres frères. Il le trouva à table, mangeant avec beaucoup de peine le pauvre dîner qu'on lui avait apporté. Il se mit à genoux devant lui comme devant celui qui lui représentait Jésus-Christ couvert de nos péchés, et, prenant de ses mains royales les mets qui étaient dans son plat, il les lui porta lui-même à la bouche ; il envoya aussi chercher des mets qu'on lui préparait pour son dîner, et les lui servit avec une humilité et une dévotion tout à fait surprenantes : enfin, avant de quitter ce malade, qui faisait horreur à tous ceux qui le voyaient, il l'embrassa et le baisa, ne jugeant pas indigne d'un baiser de sa bouche celui qui était la figure de son Sauveur crucifié.

L'autre exemple se passa dans la Maison-Dieu de Compiègne : notre Saint y rencontra un homme affligé de la maladie que la Bulle appelle de Saint-Éloi ; il lui voulut absolument rendre les mêmes services qu'il avait rendus au précédent. Sa main fut incontinent couverte du pus qui coulait des plaies de ce malade ; mais il ne s'en étonna point, il se la fit laver sans s'émouvoir, et ne laissa pas de continuer ces offices admirables de charité.

Sa dévotion et sa clémence étaient incomparables. Ayant un jour été averti que des assassins avaient été envoyés pour lui ôter la vie, il les fit chercher avec grand soin et eut le bonheur de les découvrir. Il leur pardonna et les renvoya libres à leur maître. Les Annales d'Écosse disent que cette conspiration fut découverte par les seigneurs écossais qui avaient été donnés à saint Louis par leur roi Alexandre III, pour l'assister et le servir à la guerre sainte ; et qu'en reconnaissance de cette fidélité, saint Louis leur confia sa première garde, comme elle a été conservée longtemps aux soldats du même pays. Le capitaine des gardes écossais portait le titre de premier capitaine des gardes-du-corps du roi. Il arriva une autre fois qu'une pauvre femme, dont le procès, par quelque mésintelligence, ne se vidait pas aussi vite qu'elle le souhaitait, s'adressa elle-même à notre saint Monarque, et lui dit plusieurs injures, lui reprochant qu'il n'était pas digne de porter le sceptre et qu'il méritait au contraire d'être dépouillé de la pourpre et d'être honteusement chassé de ses États. Bien loin de concevoir de l'indignation contre elle, il la remercia, au contraire, de ce qu'elle lui découvrait si bien ses vérités. « Vous avez raison, ma mie », lui dit-il, « je suis indigne d'être roi, et si l'on me traitait selon mes mérites, on me chasserait non-seulement de la France, mais aussi de toute la terre ». Après quoi il lui fit faire une aumône considérable.

Nous avons dit que saint Louis avait fait, avant son départ pour la Terre Sainte, de sages ordonnances pour policer son royaume et en bannir tout désordre. À son retour, il en fit de nouvelles qui achevèrent ce grand ouvrage. Sa singulière modestie, soit pour sa table, soit pour ses habits, soit pour les livrées des gens de sa suite, était une condamnation visible du luxe des princes et des seigneurs ; mais il le condamnait et le défendait encore dans ses édits.

Comme les droits de régale et de patronage lui donnaient la nomination à plusieurs bénéfices, il prenait un soin très-exact de n'y nommer que des personnes sages, prudentes, vertueuses et capables de remplir les places sur lesquelles les flambeaux de l'Église devaient être élevés, les faisant, auparavant, examiner par des docteurs ou par des religieux de Saint-Dominique et de Saint-François, dont il connaissait singulièrement la piété et l'érudition. Mais, craignant de trop charger sa conscience par ces sortes de nominations, il ne voulut jamais augmenter ses droits en ce point ; il laissait aux prélats, aux chapitres et aux communautés les provisions et les élections qui leur appartenaient selon les Canons. Le pape Alexandre IV, voulant reconnaître, en quelque manière, les bienfaits que l'Église avait reçus de son zèle et de sa magnificence, lui envoya une Bulle, par laquelle il lui accordait la nomination aux prélatures de son royaume ; mais cette grâce, bien loin de lui être agréable, lui déplut extrêmement, et il la refusa avec une fermeté incroyable, disant qu'il serait embarrassé de rendre compte à Dieu de l'administration de son royaume, sans se mêler encore de celle de l'Église ; puis, de peur que ses successeurs ne voulussent se servir de la faveur qu'il refusait, il en brûla la Bulle, afin qu'elle ne demeurât point parmi les papiers de la couronne. Il ne pouvait souffrir la pluralité des bénéfices ; et, lorsqu'on le sollicitait de nommer quelqu'un à une prébende, il ne le faisait jamais sans être sûr qu'il n'en possédait point d'autre, ou qu'il résignerait celle qu'il possédait. Son respect envers le Pape et envers le Saint-Siège était extrême ; il se montra, en toutes sortes d'occasions, le protecteur de ses droits et son invincible défenseur.

Il y aurait une infinité de choses à dire touchant sa piété envers Notre-Seigneur, la sainte Vierge et les saints patrons de son royaume ; touchant ses prières, ses pénitences, sa délicatesse de conscience et sa dévotion en recevant le très-saint Sacrement de l'autel. Son zèle et sa religion augmentaient continuellement, et, bien loin de diminuer ses exercices spirituels, il en ajoutait sans cesse de nouveaux, et s'acquittait toujours des anciens avec une nouvelle ferveur. La réputation de sa sainteté devint si grande, que les religieux mêmes avaient recours à lui dans leurs peines, et le priaient de les instruire, de les réformer et de vider leurs différends domestiques. Ce bon roi ne se scandalisait nullement de voir en eux diverses imperfections, mais tâchait d'y remédier par sa sagesse, qui n'avait point d'égale dans toute l'étendue de ses États. Il y avait quelques seigneurs qui ne pouvaient goûter ses pratiques, et qui en faisaient même quelquefois des railleries ; mais Dieu a fait voir, dans ce grand prince, que la modestie chrétienne est infiniment plus puissante que l'arrogance et la fierté de l'esprit du monde, puisqu'il n'y a jamais eu d'autre roi que lui qui ait conservé son État avec tant de paix, qui ait été si influent sur les grands de son royaume et si redouté des princes ses voisins. On dit qu'un jour le comte de Gueldres, ayant envoyé un de ses officiers à Paris pour quelques affaires qui regardaient son service, lorsqu'il fut de retour, lui demanda s'il avait vu le roi. Cet officier, qui était un bouffon, voulant le faire rire aux dépens de notre saint Monarque, contrefit sa posture, qui était de pencher un peu la tête de côté, et dit : « Oui, je l'ai vu, ce bigot, et ce pauvre roi qui porte son chaperon sur l'épaule » ; mais son impudence ne fut pas sans châtiment : car, à l'heure même, il se trouva le cou de travers, la tête penchée et tournée : ce qui lui demeura tout le reste de sa vie. Nous n'avons pas dit de notre Saint qu'il refusa d'aller voir un bel enfant tout couvert de lumière, qui apparut dans la sainte hostie lorsqu'on levait le Saint-Sacrement de l'autel à la messe, disant que sa foi sur la présence de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie était ferme ; qu'elle n'avait pas besoin d'être fortifiée par la vue ; car nos meilleurs historiens conviennent que cette action est du grand Simon, comte de Montfort, et non pas de saint Louis, quoiqu'il la citât souvent et en parlât avec beaucoup d'estime et d'admiration.

Cependant, ce prince incomparable portait toujours dans l'esprit un cuisant regret du mauvais succès des armes françaises en Orient, et de l'oppression où il y avait laissé les chrétiens. Sa peine s'accrut encore lorsqu'il apprit que le nouveau soudan d'Égypte avait pris et ruiné la ville d'Antioche, et qu'il menaçait le reste de la Syrie et de la Palestine. Dans ce misérable état, les chrétiens de la Palestine imploraient continuellement le secours de ses armes, et leurs plaintes résonnaient plus fort dans son cœur qu'à ses oreilles. Il pensait toujours à une seconde croisade, et enfin il s'y résolut. Ses trois fils et un grand nombre de princes et de seigneurs se croisèrent avec lui, outre Richard, roi d'Angleterre, qui voulut l'accompagner, et assembla pour cela de fort belles troupes. Son conseil n'était pas d'avis de ce voyage ; mais l'amour de Dieu et le zèle de la religion l'emportèrent dans son esprit sur toutes les raisons de la politique. Son premier dessein était d'aller droit en Syrie, où on le demandait avec tant d'instance ; mais, parce que le roi de Tunis lui envoya promettre de se faire chrétien, s'il voulait descendre en Afrique ; que son frère, le roi de Sicile, souhaitait extrêmement que l'audace des Africains fût réprimée pour la conservation de ses côtes, et qu'enfin il y avait apparence que, le soudan d'Égypte ne tirant plus de forces des mahométans d'Afrique, il serait plus facile de le subjuguer, il se résolut à faire voile pour Tunis. À son départ, il donna le gouvernement de l'État à Matthieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis, à Simon de Clermont, sieur de Nesle, et, à leur défaut, à Philippe, évêque d'Évreux, et à Jean, comte de Ponthieu. Il fit aussi son testament, daté de Paris, au mois de février 1269, qui contient plusieurs legs pieux aux églises et aux monastères, avec des assignations de pension aux nouveaux baptisés qu'il avait fait venir d'outre-mer. On le trouvera tout entier dans Du Chesne, Ménart, Du Cange, qui ont rapporté ce qui concerne l'histoire de saint Louis.

Avant de s'éloigner du beau royaume de France, le pieux fils de Blanche de Castille alla faire un pèlerinage à Notre-Dame de Vauvert, et à d'autres lieux renommés alors pour leur sainteté ; ainsi le noble Fils de France voulait emporter du pays natal toute la confiance, toutes les espérances que l'on ne puise nulle part aussi abondamment qu'aux sources de la religion.

Le jour du départ étant venu, le roi manda près de lui ses trois fils, et quand ils furent entrés dans le pavillon royal, d'une voix émue il leur dit : « Vous voyez comment déjà vieux j'entreprends pour la seconde fois le voyage d'outre-mer ; comment je laisse votre mère avancée en âge, et mon royaume rempli de prospérités.

« Vous voyez comment, pour la cause du Christ, je n'épargne pas ma vieillesse, et comment j'ai résisté aux prières, à la désolation de tous ceux qui me sont chers et qui voulaient me retenir.

« Je sacrifie pour Dieu repos, richesses, honneurs, plaisirs ; et ce faisant, je ne remplis que mon devoir de roi chrétien... Je vous emmène avec moi, vous, mes chers fils, ainsi que votre sœur aînée ; j'aurais aussi pris avec nous, soldats de Jésus-Christ, mon quatrième fils, s'il avait été plus avancé en âge... »

Puis s'adressant à l'aîné de ses enfants, à Philippe, qui devait régner après lui, il ajouta : « J'ai voulu vous dire ces choses afin qu'après ma mort, et lorsque vous serez monté sur mon trône, vous n'épargniez rien pour le Christ et pour la défense de son Église. Fasse le ciel que jamais ni votre épouse, ni vos enfants, ni votre royaume, ne vous arrêtent dans la voie du salut ! J'ai voulu vous donner ce dernier exemple à vous et à vos frères, et j'espère que vous le suivrez, si les circonstances le demandent ».

Profondément émus de ce touchant discours, les trois fils de France tombèrent aux genoux de leur père, qui, étendant ses mains sur leurs jeunes têtes inclinées, les bénit tendrement au nom du Dieu pour lequel ils allaient tous combattre.

La flotte mit à la voile le 4 juillet 1270. Une grande tempête dispersa bientôt les vaisseaux et en mit plusieurs hors d'état de faire voile ; mais, s'étant presque tous radoubés et rejoints, ils abordèrent tous à Tunis. Saint Louis croyait entrer dans le port sans nulle difficulté, après les promesses avantageuses du roi de cette ville ; mais il éprouva la vérité du vieux proverbe : « La foi punique ». Ce barbare, traître et infidèle, qui l'avait lui-même appelé à son secours, s'opposa à sa descente ; il fallut le combattre sur mer et sur terre, pour avoir un lieu de sûreté. Dieu bénit ces commencements. On coula à fond une partie des vaisseaux ennemis, et on s'empara des autres. Il y avait, proche des ruines de l'ancienne Carthage, une île défendue par une forte tour, bâtie sur un rocher. Les Français l'assiégèrent, la prirent et y mirent une forte garnison. Le roi de Tunis leur fit, depuis, diverses attaques ; mais il fut toujours battu, surtout dans une sanglante rencontre, où il perdit dix mille des siens. Ainsi sa capitale fut sérieusement assiégée. Cependant, comme elle était forte et bien munie de gens de guerre, il était difficile de la prendre autrement que par la famine. Nos troupes, pour en venir à bout, firent de grands dégâts aux environs, et ruinèrent tous les endroits d'où on leur pouvait apporter des vivres. Ils lui causèrent, par ce moyen, beaucoup d'incommodités ; mais celles qu'elles-mêmes en reçurent, furent incomparablement plus grandes. La disette de vivres fut bientôt dans le camp, laquelle, jointe au mauvais air et aux chaleurs étouffantes du climat, y fit en même temps entrer la dysenterie, les fièvres chaudes, et mit presque tous les soldats hors de combat. Saint Louis eût bien désiré livrer bataille aux Africains ; mais ils se contentaient de quelques légères escarmouches et se retiraient aussitôt dans des lieux avantageux, où il était impossible de les assiéger. Enfin, le mal croissant, les chefs et les princes ne s'en purent préserver. Le légat du Pape en fut emporté ; Philippe, fils aîné du roi, en eut des attaques, outre une fièvre quarte qui le tourmentait, et son frère, Jean Tristan, en ressentit la violence par une mort assez prompte. Le roi, leur père, sensiblement touché de ces maux, fut aussi lui-même atteint d'un flux de sang et d'une fièvre chaude et pestilentielle, qui firent incontinent désespérer de sa vie.

Cet accident, qui eût épouvanté tout autre prince, ne le troubla ni l'effraya nullement. Il adora la conduite de Dieu sur lui ; il le remercia de ces adversités, qu'il regardait comme des instruments de sa prédestination, et il s'abandonna entre ses mains pour toutes les dispositions de sa Providence. Dans le plus fort de sa maladie, il répétait souvent cette prière : « Faites-nous la grâce, Seigneur, de mépriser tellement les prospérités de ce monde, que nous n'en redoutions point les adversités ». Il disait encore : « Soyez, Seigneur, le sanctificateur et le gardien de votre peuple ». Il reçut le Viatique avec une piété et une ferveur admirables, le cœur tout embrasé d'amour et les yeux baignés de larmes. Le prêtre lui demanda s'il ne croyait pas avec fermeté que celui qu'il lui présentait était Jésus-Christ, fils du Dieu vivant : « Je le crois aussi fermement », répondit-il, « que si je le voyais de mes propres yeux et en la même forme qu'il avait lorsqu'il monta dans le ciel ». Après s'être ainsi muni des Sacrements de l'Église, il fit venir les principaux officiers de son armée, leur témoigna sa joie de mourir dans le service de son divin Maître, de les voir tous pleins de zèle pour la défense et la propagation de la religion chrétienne, et les exhorta à se comporter en véritables serviteurs de Jésus-Christ : « Puisque vous êtes ses soldats », leur dit-il, « non-seulement par le Baptême, mais aussi par la croix que vous avez prise avec tant de générosité, ne vivez pas comme ses ennemis, ne lui faites point la guerre par l'impiété, l'avarice, la gourmandise et l'impudicité, pendant que vous soutenez son nom par la force de vos armes ; ne soyez pas mahométans par vos mœurs, tandis que vous faites une profession si authentique d'être chrétiens, en exposant votre vie pour son Église ». Il parla ensuite à Philippe, son fils aîné, qui était l'héritier de sa couronne, et lui donna ces belles instructions, écrites de sa propre main :

« Je te recommande, avant toutes choses, mon cher fils, de t'appliquer de tout ton cœur à aimer Dieu ; car celui qui ne l'aime point ne peut être sauvé. Garde-toi de rien faire qui lui déplaise, de commettre aucun péché mortel, et souffre plutôt toutes sortes de peines et de misères que de tomber dans ce malheur. Si Dieu t'envoie des adversités, reçois-les avec humilité et endure-les avec patience, étant persuadé que tu les as bien méritées et qu'elles te seront avantageuses. S'il te remplit de prospérités, n'en tire pas sujet d'orgueil, mais reconnais la main secourable de ton Bienfaiteur et lui en rends de très-humbles actions de grâces : car ce serait une grande ingratitude de se servir des dons de Dieu pour lui faire la guerre. Confesse-toi souvent, et choisis pour cela des confesseurs sages et expérimentés, qui aient de la lumière et de la vigueur, pour te porter au bien et pour te détourner du mal. Comporte-toi tellement envers eux et envers les personnes de probité qui t'approchent, qu'ils aient la liberté de te reprendre. Entends dévotement le service divin, sans causer ni regarder de côté et d'autre. Prie Dieu de cœur et de bouche avec grande ferveur, surtout à la messe et après la messe et après la consécration. Sois pieux et humain envers les pauvres et les affligés, et favorise-les selon ton pouvoir. Si quelque chose te pèse sur le cœur, découvre-le aussitôt à ton confesseur ou à quelque autre conseiller fidèle, qui te sache donner de bons conseils ». Il l'exhorte ensuite à ne point souffrir auprès de lui les impies et les libertins, mais à se procurer toujours la compagnie des gens de bien ; à entendre volontiers les sermons des prédicateurs les plus zélés, tant en public qu'en particulier ; à gagner les indulgences accordées par l'Église ; à bannir de sa cour les railleurs et les médisants ; à garder inviolablement l'équité en toutes choses, sans jamais décliner ni à droite ni à gauche ; à restituer fidèlement les biens qu'il saurait ne lui pas appartenir, et, s'il en doutait, à éclaircir promptement ce doute pour ne rien avoir qui fût à autrui ; à conserver, autant qu'il pourrait, la paix et la charité entre ses sujets ; à défendre et protéger les biens de l'Église ; à chérir et assister les religieux et les prédicateurs de l'Évangile ; à distribuer saintement les bénéfices, sans en donner plusieurs à un seul ; à apaiser les différends de ses voisins ; à exterminer les hérésies ; à bien régler la dépense de sa maison ; enfin, à aimer tout ce qu'il saurait être droit et équitable, et à détester tout ce qu'il saurait être contraire aux règles de la piété et de la justice. Il termina cette admirable exhortation par ces mots : « Je te supplie aussi, mon cher fils, que, lorsque je serai décédé, tu me fasses assister par des messes, des oraisons et des aumônes par toute la France, et que tu me fasses part des bonnes actions que tu pratiqueras. Dans cette attente, je te donne toutes les bénédictions qu'un bon père peut donner à son fils, priant la sainte Trinité de te garder de tous les maux et de répandre sur toi la plénitude de ses grâces ».

Nous avons aussi d'autres instructions très-saintes et très-spirituelles qu'il donna à sa fille Isabelle, reine de Navarre ; on peut les voir dans les Notes sur Joinville, par Ménart. Il les avait écrites, aussi bien que les précédentes, lorsqu'il était en France ; mais il y a apparence qu'il les récita de bouche, au moins en partie, étant au lit de la mort. Enfin, il tomba en agonie, et, prononçant ces paroles du Roi-Prophète : « J'entrerai, Seigneur, en votre maison, et je bénirai votre nom » ; avec ces autres : « Mon Père, je remets mon esprit entre vos mains », il rendit son âme à Dieu, le 23 août de l'an 1270, âgé de cinquante-six ans, et la quarante-quatrième année de son règne.

La mort du roi fit tomber les armes des mains à toute son armée, et elle enfla tellement le cœur des barbares, qu'ils se tinrent tous assurés de remporter une entière et parfaite victoire. Mais Philippe, son fils, digne héritier de sa valeur aussi bien que de sa couronne, ce qui lui a fait donner le surnom de *Hardi*, releva le courage des siens, et, étant fortifié par la nouvelle armée du roi de Sicile, son oncle, qui arriva le jour même de la mort de saint Louis, il livra deux batailles aux infidèles, où il les défit complètement. Ainsi le roi de Tunis fut contraint de lui demander la paix ; Philippe la lui accorda, à condition de payer un tribut annuel à Charles, son oncle ; de le dédommager lui-même des frais de la guerre ; de laisser vivre les chrétiens en paix et dans le libre exercice de leur religion, aux lieux qu'ils habitaient en Afrique ; de souffrir que les Frères Prêcheurs, les Mineurs et les autres religieux y prêchassent partout la parole de Dieu ; de ne point empêcher ceux qui se convertiraient de recevoir le Baptême et de fréquenter les églises ; enfin, de ne rien exiger des marchands chrétiens qui viendraient apporter des marchandises en Afrique. On attribua cet heureux succès aux prières que saint Louis offrait dans le ciel, pour son armée, au pied du trône de Dieu.

Saint Louis fut un roi selon le cœur de Dieu, par l'innocence de sa vie, par la pureté de son amour et par l'ardeur de son zèle ; un roi selon le cœur de l'Église, par son respect pour ses ordonnances, par sa promptitude à la défendre contre ses ennemis et par son application continue à l'étendre et à l'amplifier ; un roi selon le cœur du peuple, par sa compassion et sa libéralité envers les pauvres et les misérables, par le soin qu'il prenait de l'entretenir en paix, de le préserver de toutes sortes d'incommodités et de maux, et par celui qu'il avait de son instruction et de son salut. La bulle de sa canonisation fait mention d'un grand nombre de miracles qu'il a faits après sa mort ; car, par son intercession, les aveugles ont été éclairés, les sourds ont recouvré l'ouïe, les boiteux ont commencé à marcher droit, les paralytiques, dont quelques-uns étaient tellement courbés, qu'ils touchaient presque la terre de leur front, et d'autres malades ont été guéris.

On représente quelquefois saint Louis soutenant une petite église pour rappeler la Sainte-Chapelle de Paris ; mais ce n'est pas la façon ordinaire de le représenter. — On le voit souvent représenté : 1° assis sur son trône, tenant un sceptre ; 2° tenant une discipline, comme associé au Tiers Ordre de Saint-François ; 3° tenant un sceptre et une main de justice, vêtu d'un manteau bleu à fleurs de lis, et la tête entourée d'un nimbe circulaire.

## CULTE ET RELIQUES.

Les reliques de saint Louis furent apportées de Tunis en France par Philippe III, son fils, à l'exception des entrailles qui furent envoyées à l'abbaye de Montréal, en Sicile, à la demande de Charles, roi de ce pays et frère du Saint, et déposées dans l'église qui est aujourd'hui cathédrale. Elles sont conservées dans une urne de marbre placée sous l'autel qui lui est dédié. L'archevêque de cette ville les a visitées et scellées de nouveau le 1er juillet 1843.

Le reste du corps fut déposé à l'abbaye de Saint-Denis. Dans tous les lieux où il passa, le peuple accourut en foule pour lui donner des marques de vénération. Le culte de saint Louis, déjà consacré par la voix du peuple, fut juridiquement examiné et approuvé par le pape Boniface VIII. Le pape Paul V, à la demande de Louis XIII, dit le Juste, ordonna que sa fête fût célébrée du rite double dans toute la France. Philippe le Bel fit donner une des côtes du saint roi à l'église de Paris, et son chef à la sainte chapelle de la même ville. Le roi Jean, un de ses descendants et de ses successeurs, donna la mâchoire supérieure de ce saint monarque au monastère royal des Dominicains de Passy (1351).

La belle chasse qui renfermait ses reliques fut enlevée de Saint-Denis le 11 novembre 1793, et ses ossements dispersés et profanés. Sa mâchoire inférieure, conservée à Saint-Denis, mais dans un reliquaire séparé, fut sauvée, et se garde encore à Notre-Dame de Paris, ainsi que la côte donnée par Philippe le Bel, une de ses chemises et sa discipline. L'église de Lamontjoie, au diocèse d'Agon, possède de très-insignes reliques de saint Louis. L'église de Poissy possède un reste de la pierre baptismale où fut baptisé saint Louis : nous disons un reste, car la majeure partie a été grattée par les Sables, pour se guérir de la Sèvre ou s'en prémunir.

On voit aujourd'hui, sur le sol de Tunis, à l'endroit même où le saint monarque avait rendu sa belle âme à Dieu, un monument que les Français élevèrent, en 1836, à la mémoire de saint Louis.

Nous nous sommes servi, pour revoir et compléter le Père Giry, de l'Histoire de saint Louis, par le vicomte Walsch; de Gode-scard; et de Notes locales dues à l'obligeance de M. Fourneaux, curé de Poissy.

Événements marquants

  • Naissance à Poissy le 25 avril 1213
  • Sacre et couronnement à Reims le 30 novembre 1226
  • Mariage avec Marguerite de Provence le 27 mai 1235
  • Bataille de Taillebourg contre les Anglais
  • Acquisition et réception de la Sainte Couronne d'épines en 1239
  • Première croisade et captivité en Égypte (1248-1254)
  • Seconde croisade et mort devant Tunis en 1270

Miracles

  • Guérisons d'aveugles, de sourds et de paralytiques après sa mort
  • Châtiment miraculeux d'un bouffon moqueur (cou de travers)

Citations

Mon fils, j'aimerais beaucoup mieux vous voir dans le tombeau, que souillé d'un seul péché mortel

— Blanche de Castille (citée dans le texte)

Faites-nous la grâce, Seigneur, de mépriser tellement les prospérités de ce monde, que nous n'en redoutions point les adversités

— Saint Louis (dernières paroles)

Date de fête

25 aout

Époque

13ᵉ siècle

Décès

25 août 1270 (naturelle)

Invoqué(e) pour

paix entre les princes, justice, protection des prisonniers

Autres formes du nom

  • Louis IX (fr)
  • Louis de Poissy (fr)
  • Seigneur de Poissy (fr)

Prénoms dérivés

Louis, Ludovic

Famille

  • Louis VIII (père)
  • Blanche de Castille (mère)
  • Philippe-Auguste (aïeul)
  • Marguerite de Provence (épouse)
  • Robert, comte d'Artois (frère)
  • Alphonse, comte de Poitiers (frère)
  • Charles, roi de Naples et de Sicile (frère)
  • Saint Ferdinand III (cousin)
  • Philippe le Hardi (fils)
  • Isabelle, reine de Navarre (fille)