Saint Marcellin et Saint Pierre

Martyrs

Fête : 2 juin 4ᵉ siècle • saints

Résumé

Marcellin, prêtre, et Pierre, exorciste, furent martyrisés à Rome sous Dioclétien vers 304. Après avoir converti leur geôlier Artème et sa famille par la guérison miraculeuse de sa fille possédée, ils furent décapités secrètement dans un bois. Leurs reliques furent plus tard transférées en Allemagne par Eginhard au IXe siècle.

Biographie

SAINT MARCELLIN ET SAINT PIERRE, MARTYRS

Martyrum certamen, celeste certamen est, certamen lui, certamen spirituale, praemium Christi. La lutte des martyrs est une lutte céleste, lutte divine, lutte spirituelle, le combat du Christ. S. Cyprien, Sp. IX, ad mari. et confese.

Saint Marcellin était prêtre de l'Église de Rome, et saint Pierre en était exorciste. Ils vivaient, l'un et l'autre, sur la fin du IIIe siècle et au commencement du IVe. La vertu éminente de saint Marcellin et la sainteté de son exorciste brillaient avec trop d'éclat dans cette capitale, pour y être à l'abri de la persécution de Dioclétien, alors que le sang des martyrs ruisselait de tous côtés. La puissance que Dieu avait donnée au saint exorciste sur les démons avait irrité l'enfer, qui ne tarda pas à exciter les païens contre lui. Sa haute réputation, son zèle, ses miracles le firent déférer au préfet Sérénus, comme le plus grand ennemi des dieux. Il fut arrêté et jeté dans un cachot, après avoir été plusieurs fois déchiré à coups de fouets.

La joie que ce généreux Martyr fit paraître dans les tourments, son air doux, modeste et riant, sa tranquillité, sa patience, étonnèrent tous les païens. On l'entendait, jour et nuit, chanter les louanges de Dieu dans son affreuse prison, quoiqu'il fût chargé de fers, et que tout son corps ne fût qu'une plaie. Il s'aperçut un jour que le géolier, nommé Artème, ne descendait jamais dans le cachot que les larmes aux yeux ; la tristesse peinte sur son front montrait que son cœur était dans l'amertume. Notre Saint prit la liberté de lui demander la cause de son affliction. Je pleure, lui répond le géolier, le malheur d'une fille que j'ai et que j'aime avec tendresse, sans que je puisse apporter aucun soulagement à ses maux. Il y a quelques années qu'elle est possédée d'un cruel démon qui la tourmente horriblement, et je viens de la laisser dans un de ces affreux accidents.

Si c'est la seule chose qui vous afflige, répond le Saint, il sera aisé de vous consoler. — Et comment ? repart Artème. — En délivrant votre fille, dit l'exorciste. — Je le comprends, répliqua Artème, mais quel homme, ou quel Dieu peut faire cette merveille ? — Moi, dit saint Pierre, par la toute-puissance de Jésus-Christ, seul vrai Dieu, qui est aussi le seul que j'adore et que je sers. Le géolier écouta avec pitié cette réponse. Si cela est, reprend Artème, tu es bien sot de ne pas te servir de la puissance de ton Maître pour te délivrer de tes chaînes. — Je connais trop les avantages et le prix de ce cachot et de ces fers, répond le saint exorciste, pour vouloir en être délivré ; et mon divin Sauveur m'aime trop, pour vouloir me priver d'une si précieuse couronne : les souffrances sont la fortune des chrétiens. — Si tu veux, dit Artème,

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en l'interrompant, que je croie à ton Dieu et à sa toute-puissance, brise tes chaînes, ouvre toi-même ta prison ; et, passant à travers le corps de garde qui est à la porte, viens me trouver ce soir dans ma chambre. En disant ceci par moquerie, il lui tourne le dos et se retire dans sa maison.

Artème, entrant chez lui : Je viens, dit-il à Candide, sa femme, de laisser dans le cachot un jeune chrétien, à qui les tourments et la prison ont fait tourner l'esprit. Sa folie est assez plaisante : il s'imagine que, par la vertu de son Dieu Jésus-Christ, il délivrera Pauline notre fille. — J'admire, dit Candide, que vous traitiez cela de folie ; que coûte-t-il d'en faire l'épreuve ? — La folie, reprit Artème, c'est que lui ayant demandé pour preuve de la toute-puissance de son Dieu, qu'il me vînt trouver ce soir dans ma chambre, il me l'a promis, quoique j'aie doublé et ses chaînes et sa garde. — S'il tient sa parole, reprit Candide, c'est bien une marque qu'il n'y a de vrai Dieu que le sien. — Tu es aussi folle que lui, repart Artème : quand Jupiter avec tous nos dieux viendraient pour le tirer de son cachot, ils ne sauraient en venir à bout. L'entretien continuait, lorsque saint Pierre parut à la porte de la chambre, habillé de blanc et tenant un crucifix à la main. Sa présence interdit Artème et Candide, qui, revenus de leur étonnement, se jettent à ses pieds, et, fondant en larmes, s'écrient : Il n'y a de vrai Dieu que le Dieu des chrétiens. En même temps Pauline se met à genoux devant le Saint ; et le démon dont elle était possédée ne pouvant soutenir la présence du saint exorciste, la quitta en criant : Ô Pierre ! la vertu de Jésus-Christ qui est en toi me chasse d'ici, et me contraint de sortir du corps de cette fille.

Le prodige était trop éclatant pour ne pas faire grand bruit. La maison fut bientôt pleine des voisins et des parents, qui, témoins d'un fait si merveilleux, demandèrent tous le baptême. Saint Pierre, rempli de la plus douce consolation à la vue de tant de conversions, alla chercher le prêtre Marcellin qui, leur ayant expliqué les principaux mystères de la foi, et les voyant dans la meilleure disposition, leur donna le Baptême. Artème, très-saillant de joie de se voir chrétien, entre dans la prison, et fait sortir tous ceux qui y étaient retenus pour la cause de Jésus-Christ.

La maladie du préfet Sérénus donna tout le loisir à saint Marcellin et à saint Pierre d'instruire, pendant près de cinquante jours, ces nouveaux chrétiens, et de les préparer au martyre. Sérénus ne fut pas plus tôt remis qu'il fit appeler Artème, et lui ordonna de lui amener les prisonniers. Seigneur, répond le geôlier, les prisons sont vides. Pierre, exorciste des chrétiens, a brisé les fers de ceux que vous teniez dans les cachots, et a ouvert la porte de la prison par la toute-puissance de Jésus-Christ. A ce miracle nous avons tous reçu la foi et le saint Baptême, et il n'y a que le saint prêtre Marcellin, Pierre son exorciste et moi qui soyons restés pour recevoir vos ordres.

Sérénus, irrité jusqu'à la fureur contre Artème, le fit déchirer à coups de fouets armés de plomb avec tant de cruauté qu'il ne put y survivre sans miracle. Faisant ensuite venir saint Marcellin et saint Pierre : Attendez-vous à n'être pas traités avec moins de sévérité, leur dit-il, après l'attentat que vous avez commis, à moins que, renonçant à votre Jésus-Christ, vous n'offriez de l'encens à nos idoles. A Dieu ne plaise, répond saint Marcellin, que nous commettions jamais une telle impiété : il n'y a qu'un seul Dieu, et c'est le comble de la folie et de l'impiété d'en reconnaître plusieurs. C'est par la toute-puissance de ce Dieu que les fers de vos prisonniers se sont brisés, et que les portes de vos prisons se sont ouvertes ; ne nous faites pas

un crime de cette merveille, mais reconnaissez plutôt par là qu'il n'y a point d'autre Dieu que le Dieu des chrétiens.

Sérénus ne put pas retenir plus longtemps sa colère ; il fit battre cruellement saint Marcellin, et, le voyant tout meurtri, il ordonna qu'on le liât dans un sombre cachot, étendu sur des verres cassés, sans eau et sans nourriture. Saint Pierre fut enfermé dans une autre prison, les entraves aux pieds, et tout le corps dans la torture. Mais la main du Seigneur, qui avait mis en liberté les saints confesseurs, délivra la nuit même nos saints Martyrs. Un ange, étant entré dans le cachot où était saint Marcellin, brisa ses liens, lui ordonna de se revêtir de ses habits, et le mena dans le cachot où était saint Pierre ; et l'ayant aussi délivré et guéri, il les conduisit tous deux dans la maison où les nouveaux chrétiens assemblés étaient en prières. Ils y restèrent quelques jours pour les confirmer dans la foi, et pour les préparer au martyre.

Cependant Sérénus, ayant appris que Marcellin et Pierre s'étaient sauvés, déchargea toute sa fureur sur Artème. Il ordonna que ce geôlier, Candide, sa femme et Pauline, sa fille fussent conduits au temple de Jupiter, et que, s'ils refusaient de sacrifier aux dieux, ils fussent ensevelis tout vivants sous un tas de pierres qu'on ferait écrouler sur eux. Comme on les menait au supplice, saint Marcellin et saint Pierre, suivis de plusieurs autres chrétiens, vinrent au-devant des saints Martyrs, et les accompagnèrent en triomphe. Dieu récompensa bientôt leur zèle et leur ferveur. Ils furent eux-mêmes arrêtés, et sans délai condamnés à avoir la tête tranchée.

Pour éviter un soulèvement qu'on craignait, on ordonna qu'ils seraient exécutés à une lieue de Rome, dans un bois, qu'on appelait alors la Forêt Noire, et qui depuis, à cause de ces saints Martyrs, fut appelée la Forêt Blanche ; là ils reçurent la couronne du martyre, vers l'an 304. Leurs corps furent jetés dans une caverne, où ils demeurèrent cachés.

Quelque temps après, une dame respectable, nommée Lucille, connut par révélation ce qui était arrivé. Elle se fit accompagner par une autre dame de piété, qui se nommait Firmine, et ayant enlevé les corps des Martyrs, elle les enterra auprès de celui de saint Tiburce, dans les catacombes, sur la voie Lavicane. Le pape Damase assure qu'étant enfant il apprit toutes ces particularités de la bouche même de l'exécuteur. Il les inséra dans l'épitaphe latine qu'il mit sur le tombeau des Saints.

Anastase le Bibliothécaire rapporte, d'après d'anciens monuments, que Constantin le Grand bâtit en cet endroit une église sous l'invocation de deux Martyrs ; qu'il y fit enterrer sainte Hélène, sa mère, sous une tombe de porphyre, et qu'il y donna une patène d'or pur, pesant trente-cinq livres, avec quantité d'autres riches présents. Selon le même auteur, les papes Honorius Ier et Adrien Ier firent réparer l'église et le cimetière de saint Tiburce et des saints Pierre et Marcellin.

Au IXe siècle, les corps de nos deux saints Martyrs furent transportés

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en Allemagne. Voici quelle en fut l'occasion. Eginhard, favori et secrétaire de Charlemagne, s'était engagé par vœu, ainsi qu'Emma, sa femme, à garder une continence perpétuelle. Il se fit moine, et devint successivement abbé de Fontenelle et de Gand. Emma étant morte en 836, il en ressentit une vive douleur, comme on le voit par les lettres que lui écrivit Loup de Ferrières. En 827, il avait envoyé son secrétaire à Rome, afin d'obtenir du pape Grégoire IV des reliques des Martyrs, pour enrichir les monastères qu'il venait de fonder ou de réparer. Le souverain Pontife lui donna les corps de saint Marcellin et de saint Pierre, qu'il transféra à Strasbourg ; mais, peu après, il les déposa à Michlenstad, puis à Malinheim ou Selingestad. En 829, il y bâtit en l'honneur de ces Saints une église et un monastère dont il fut le premier abbé.

Saint Grégoire le Grand prêcha ses vingt homélies sur les Évangiles dans l'église de Saint-Marcellin et de Saint-Pierre, à Rome. C'est ce que l'on voit par quelques-unes de ces homélies mêmes, et ce qui est encore confirmé par le témoignage de Jean Diacre.

Cf. Vies des Saints, par l'abbé Duras.

Événements marquants

  • Arrestation de Pierre par le préfet Sérénus
  • Conversion du geôlier Artème et de sa famille après la guérison de Pauline
  • Baptême de nombreux païens par Marcellin
  • Libération miraculeuse des cachots par un ange
  • Décapitation dans la Forêt Noire (Forêt Blanche)

Miracles

  • Délivrance de Pauline possédée par un démon
  • Libération miraculeuse des fers et des prisons
  • Guérison des martyrs par un ange dans le cachot

Citations

Les souffrances sont la fortune des chrétiens.

— Saint Pierre (exorciste)