Saint Philippe d'Héraclée
Évêque et Martyre
Résumé
Évêque d'Héraclée, Philippe refusa de livrer les livres saints aux autorités romaines. Après sept mois de captivité et de nombreux tourments sous les gouverneurs Bassus et Justin, il fut brûlé vif à Andrinople avec le diacre Hermès et le prêtre Sévère. Leurs corps, jetés dans l'Hèbre, furent récupérés par les fidèles.
Biographie
SAINT PHILIPPE, ÉVÊQUE D'HÉRACLÉE,
ET SES COMPAGNONS, MARTYRS À ANDRINOPLE, EN ROUMÉLIE
SAINT PHILIPPE, ÉVÊQUE D'HÉRACLÉE, ET SES COMPAGNONS, MARTYRS. 523
Lorsqu'il fut assis sur son tribunal, il leur dit : « Lequel d'entre vous est le docteur des chrétiens ? » — « C'est moi », répondit Philippe. — « Vous ne pouvez ignorer que l'empereur a défendu vos assemblées. Livrez-moi les vases d'or dont vous vous servez, ainsi que les livres que vous lisez ». — « Nous remettrons entre vos mains les vases et le trésor de l'église ; car c'est par la charité, et non par des métaux précieux, que l'on honore notre Dieu ; mais, quant à nos livres saints, vous n'avez pas droit de me les demander, et il ne m'est pas permis de vous les livrer ».
Le gouverneur fit appeler les bourreaux ; et Muccapor, le plus cruel d'entre eux, eut ordre de tourmenter le saint évêque, qui souffrit sans se plaindre et sans faire paraître la moindre faiblesse. Sur ces entrefaites, Hermès représenta à Bassus qu'il cherchait inutilement à détruire les livres où la vraie religion était contenue, et que, quand même il en viendrait à bout, jamais il n'anéantirait la parole de Dieu. Son zèle irrita le juge, qui le fit battre de verges. Hermès se rendit ensuite, avec Publius, dans le lieu où l'on gardait les livres saints et les vases sacrés. S'étant aperçu que Publius détournait quelques vases pour se les approprier, il lui fit des reproches. Le ministre infidèle du gouverneur donna un soufflet à Hermès, et il le frappa avec tant de violence, que son visage fut tout en sang. Bassus condamna hautement cette action et ordonna de panser la plaie d'Hermès. Il distribua les vases et les livres à ses officiers. Ensuite, pour faire sa cour aux idolâtres et pour effrayer les chrétiens, il fit conduire Philippe et les autres prisonniers sur la place publique par une troupe de soldats, et commanda qu'on fît découvrir le toit de l'église. En même temps, les soldats brûlèrent les livres saints. Les flammes montèrent si haut que les spectateurs en furent effrayés.
Philippe, étant informé de ce qui se passait, prit occasion du feu matériel pour parler des supplices dont Dieu menace les pécheurs. Il représenta au peuple que leurs idoles et leurs temples avaient été souvent brûlés, et dans l'énumération qu'il en fit, il commença par le temple d'Hercule, protecteur de la ville. Pendant son discours, on vit paraître Caliphronius, prêtre païen, avec ses ministres. Il venait avec tout ce qui était nécessaire pour offrir un sacrifice. Il fut immédiatement suivi du gouverneur, qu'environnait une grande multitude de peuples. Quelques-uns étaient touchés de compassion à la vue des souffrances des chrétiens. D'autres, parmi lesquels se distinguaient les Juifs, poussaient contre eux des cris confus et les chargeaient d'imprécations. Bassus pressa le saint évêque de sacrifier aux dieux, aux empereurs et à la fortune de la ville ; puis, lui montrant une statue d'Hercule, qui était d'un beau travail, il lui demanda si un tel dieu n'était pas digne de la plus grande vénération. Philippe ne lui répondit qu'en lui montrant l'absurdité d'un pareil culte et en lui faisant sentir combien il était contraire à la raison d'adorer un vil métal et l'ouvrage d'un statuaire, qui était peut-être souillé des vices les plus honteux.
« Pour vous », dit Bassus en adressant la parole à Hermès, « je suis persuadé que vous sacrifierez ». — « Non », répondit Hermès, « je ne sacrifierai pas ; je suis chrétien ». — « Si nous pouvons persuader Philippe », dit Bassus, « vous suivrez au moins son exemple ». — « Vous ne le persuaderez pas ; et en supposant même qu'il vous obéisse, je ne l'imiterai pas ».
Toutes les menaces étant inutiles, le gouverneur envoya les confesseurs en prison. Pendant qu'on les y conduisait, la populace animée poussait Philippe avec insolence, et on le fit même tomber plusieurs fois dans la boue. Mais il se relevait tranquillement et sans témoigner la moindre émotion. Tous les spectateurs admiraient sa patience. Les martyrs entrèrent dans la prison en chantant des psaumes, en action de grâces de ce qu'ils souffraient pour Jésus-Christ. Quelques jours après, ils eurent la permission de se retirer dans la maison d'un nommé Pancrace, qui était voisine de la prison. Les chrétiens et les nouveaux convertis s'y rendaient en foule pour entendre la parole de Dieu. Mais on les priva bientôt de cette consolation. On remit les martyrs en prison. Comme ils avaient une issue secrète sur le théâtre qui était contigu, ils en profitèrent pour l'instruction des frères; ils sortaient pendant la nuit, et les chrétiens venaient les visiter.
Sur ces entrefaites, le temps du gouvernement de Bassus expira, et Justin fut nommé pour le remplacer. Ce changement causa beaucoup d'affliction aux chrétiens. Si Bassus les avait persécutés, il s'était au moins rendu quelquefois aux représentations qu'on lui avait faites; mais Justin était d'un caractère violent et cruel.
Zoïle, magistrat de la ville, ayant fait venir Philippe, Justin lui intima les ordres de l'empereur et le pressa de sacrifier. —« Je ne puis vous obéir », répondit Philippe, « parce que je suis chrétien. Au reste, votre commission se borne à nous punir de notre refus, et vous n'avez aucun droit sur notre volonté ». — « Vous ignorez sans doute », dit Justin, « quels tourments vous attendent? » — « Vous pouvez me tourmenter, mais vous ne me vaincrez pas; rien ne sera capable de me faire sacrifier ».
Justin ayant ordonné aux soldats de le lier par les pieds, on le traîna dans les rues de la ville. Son corps ne fut bientôt plus qu'une plaie. Les chrétiens le prirent dans leurs bras pour le reporter dans sa prison. On fit aussi paraître devant Justin le prêtre Sévère, qui s'était d'abord caché, mais qui, par une inspiration de l'Esprit-Saint, s'était livré lui-même aux idolâtres. Après l'interrogatoire, on le mit en prison. Hermès fut également interrogé et traité de la même manière que Philippe.
Les trois martyrs souffrirent pendant sept mois les horreurs d'un cachot obscur et malsain. On les en tira ensuite pour les conduire à Andrinople. On les enferma dans une maison à la campagne, jusqu'à l'arrivée du gouverneur. Justin, dès le lendemain de son arrivée, tint sa cour aux Thermes. Il envoya chercher Philippe et le fit battre de verges si cruellement, que tout son corps en fut déchiré et qu'on lui voyait même les entrailles. Les bourreaux et Justin lui-même furent étonnés de son courage. On le renvoya en prison. Hermès parut ensuite et déclara qu'il était chrétien dès l'enfance. Les officiers de la cour demandèrent grâce pour lui, parce qu'ils le connaissaient et qu'ayant été décurion ou principal magistrat d'Héraclée, il les avait obligés tous en différentes occasions. On le reconduisit aussi en prison. Les saints martyrs remercièrent Jésus-Christ de ce qu'ils avaient déjà commencé à se montrer dignes de lui. Philippe, quoique d'une complexion faible et délicate, ne se ressentit point de ses tourments.
Trois jours après, Justin le fit comparaître de nouveau devant son tribunal. Après l'avoir inutilement pressé d'obéir aux empereurs, il dit à Hermès qu'il espérait qu'il se montrerait plus sage, qu'il estimerait davantage les douceurs de la vie et qu'il ne refuserait pas plus longtemps de sacrifier. Hermès, pour toute réponse, se contenta de montrer l'extravagance et l'impiété de l'idolâtrie. Justin, transporté de fureur, s'écria : « Quoi, malheureux, tu parles comme si tu voulais me rendre chrétien! » Il délibéra ensuite avec son conseil, et prononça la sentence suivante : « Nous ordonnons que Philippe et Hermès, qui, pour avoir désobéi aux empereurs, se sont rendus indignes du nom de romains, soient brûlés afin de servir d'exemple aux autres ». Les deux Saints entendirent cette sentence avec joie. On fut obligé de porter Philippe au supplice, parce qu'il n'avait pas la force de marcher. Hermès le suivit, mais avec beaucoup de peine, parce qu'il avait aussi mal aux pieds. « Maître, » disait-il à Philippe, « hâtons-nous d'aller au Seigneur. Pourquoi nous inquiéter de nos pieds, puisque nous n'aurons plus d'occasions de nous en servir? » Puis, se tournant vers ceux qui le suivaient, il leur dit : « Le Seigneur m'a révélé que je dois souffrir. M'étant endormi, il y a quelques jours, il me sembla voir une colombe aussi blanche que la neige qui, entrant dans la chambre, vint se reposer sur ma tête; elle descendit ensuite sur ma poitrine et me présenta un mets d'un goût délicieux. Je reconnus que c'était le Seigneur qui m'appelait et qu'il daignait m'accorder la gloire du martyre.
Lorsqu'on fut arrivé au lieu du supplice, les bourreaux, selon la coutume, mirent Philippe dans une fosse et lui couvrirent de terre les pieds et les jambes jusqu'aux genoux. Ils lui lièrent ensuite les mains derrière le dos et les attachèrent à un pieu. On fit ensuite descendre Hermès dans une autre fosse. Comme il se soutenait à l'aide d'un bâton, à cause de la faiblesse de ses pieds, il dit avec une douce sécurité : « Malheureux démon, tu ne peux pas même souffrir que je sois ici ! » À peine eut-il prononcé ces paroles, qu'on lui couvrit les pieds de terre. Le feu n'étant point encore au bûcher, il appela un chrétien nommé Velogus, et lui dit : « Je vous conjure par Notre-Seigneur Jésus-Christ, de dire de ma part à Philippe, mon fils, de rendre tous les dépôts dont j'étais chargé, pour que l'on ne puisse me faire aucun reproche ; les lois civiles mêmes l'ordonnent. Dites-lui qu'il est jeune, qu'il doit travailler pour fournir à sa subsistance, comme je l'ai fait, et se bien conduire envers tout le monde ». On lui lia les mains derrière le dos quand il eut fini de parler, et on mit le feu au bûcher. Les saints martyrs ne cessèrent de louer Dieu qu'en cessant de vivre.
Leurs corps furent trouvés entiers. Philippe avait les bras étendus comme quelqu'un qui est en prières; Hermès avait le visage frais, et le feu n'y avait point laissé de traces. Justin ordonna de jeter leurs corps dans l'Hèbre ; mais quelques chrétiens d'Andrinople les retirèrent du fleuve et les cachèrent dans un lieu appelé Ogestiron, à deux milles de la ville. Le prêtre Sévère, qui était toujours en prison, apprit le martyre de Philippe et d'Hermès. Il se réjouit de leur triomphe et demanda la grâce de le partager, puisqu'il avait aussi confessé le nom de Jésus-Christ. Sa prière fut exaucée, et il souffrit le martyre trois jours après. Ils sont nommés dans les martyrologes sous le 22 octobre.
Un tableau de Murillo représente l'apothéose de saint Philippe d'Héraclée. Sur le devant, un religieux de l'Ordre de Saint-François montre à plusieurs personnes le Saint qui s'élève au ciel emporté par les anges. Une grande flamme s'élève au-dessus d'une ville pour indiquer que le Saint fut brûlé.
Tiré de leurs Actes sincères, publiés par Mabillon. — Cf. Tillamont.
22 OCTOBRE.
Événements marquants
- Refus de livrer les livres saints au gouverneur Bassus
- Destruction de l'église et brûlement des livres sacrés
- Emprisonnement prolongé de sept mois
- Transfert d'Héraclée à Andrinople
- Supplice de la flagellation sous le gouverneur Justin
- Martyre par le feu dans une fosse
Miracles
- Vision d'Hermès : une colombe blanche lui apportant un mets délicieux
- Corps trouvés entiers et intacts après le bûcher
Citations
C'est par la charité, et non par des métaux précieux, que l'on honore notre Dieu.
Maître, hâtons-nous d'aller au Seigneur. Pourquoi nous inquiéter de nos pieds, puisque nous n'aurons plus d'occasions de nous en servir ?