Saint Eptade d'Autun
Solitaire à Cervon, Prêtre et Confesseur
Résumé
Né à Autun au Ve siècle, Eptade renonça à une brillante carrière et au mariage pour se consacrer à Dieu après une guérison miraculeuse. Il refusa l'évêché d'Auxerre pour vivre en ermite à Cervon, se dévouant corps et âme au rachat des captifs et au soulagement des pauvres. Sa charité immense et ses miracles marquèrent profondément le Morvan et l'Autunois.
Biographie
SAINT EPTADE D'AUTUN, SOLITAIRE À CERVON,
AU DIOCÈSE DE NEVERS
*Vivius charitatis quam sit nobilissima, quantis praeconis honoranda, quantis laudibus praedicanda, nulla potest exprimi lingua.*
Quelle est la langue qui nous dira combien la charité est noble, combien elle mérite d'être célébrée par des hymnes et des louanges !
S. Bonaventure, Sermons.
Eptade naquit à Autun vers la dernière moitié du cinquième siècle, de parents distingués par la noblesse, l'opulence héréditaire, les dignités, et surtout par la vertu. Il passa les premières années de sa vie à la campagne, dans un château que l'histoire appelle *castrum Maternense* ou *Elobremense*. Marnay, près de Lormes, actuellement du diocèse de Nevers. — Le jeune enfant, fidèle aux traditions, aux bons exemples de sa famille et aux inspirations de la grâce, montrait une piété extraordinairement précoce et se plaisait, dans un âge où la légèreté domine, à vivre en face des vérités éternelles. Aussi, dès l'âge de douze ans, se déroba-t-il par une fuite secrète à une famille chérie dont il faisait les délices, pour aller mettre son enfance sous la direction d'un maître habile dans les sciences humaines et plus encore dans la science de Dieu. Où trouva-t-il ce précieux trésor ? Sans doute parmi les religieux gardiens des reliques de saint Symphorien, dans le cloître élevé récemment par saint Euphrone, la plus célèbre et peut-être la seule grande école que le pays éduen offrit alors aux âmes avides de lumières et de vertus. C'est là, dans le recueillement et sous la discipline de la vie religieuse, qu'il reçut cette éducation solide qui fait des volontés fortes, des cœurs larges et généreux, des esprits éclairés ; qui produit les grands caractères, les grands hommes, les grands saints. Plein d'admiration pour saint Symphorien, il eut toujours pour lui un culte spécial, nous pourrions même dire remarquablement sympathique, et le choisit de bonne heure pour modèle. Souvent il allait prier sur le tombeau du jeune martyr de son âge et y puiser ces nobles inspirations de charité évangélique, de sacrifice, de dévouement que nous verrons bientôt dominer toute sa conduite, diriger tous ses actes. Au lieu d'effeuiller comme tant d'autres, avec une légèreté déplorable, avec une sorte d'insouciance, cette fleur de la vie qu'on appelle la jeunesse, il ne cessa de cultiver son esprit par des études sérieuses et de nourrir son cœur de la piété chrétienne. Aussi fit-il dans les lettres profanes, dans les saintes lettres et dans la vertu, des progrès d'une si étonnante rapidité qu'à quinze ans il avait déjà non seulement atteint mais devancé tous ses condisciples. L'angélique enfant enrichi des dons de la nature et de la grâce, paré de la double couronne du talent et de la piété, joignait à la simplicité et aux charmes naïfs du premier âge, une sagesse extraordinaire qu'on appelait divine : *Illustrabatur divina sapientia*.
Après une adolescence si pieuse, si pure, si bien remplie et formée par une éducation éminemment sérieuse et profondément chrétienne, il ne se laissa point prendre aux séductions fallacieuses de l'âge des passions. À vingt ans, il était un jeune homme accompli, et jamais avec tant de beauté on ne vit tant de vertus, tant de qualités de l'esprit et du cœur. Tout le monde l'admirait, tout le monde l'aimait : il semblait être le favori de la terre et du ciel.
Alors ses nombreux amis, ses voisins et ses parents dont il faisait la gloire et la joie, le pressèrent de songer à une alliance et se mirent tous à chercher l'épouse digne de s'unir à lui et d'entrer dans sa famille. On ne tarda pas à trouver un parti convenable : déjà même le jour des noces était fixé. Mais la Providence avait des vues bien différentes de celles des hommes. Tout à coup Eptade fut saisi d'une fièvre violente. Le mal arriva rapidement à une effrayante intensité, et tous les remèdes humains paraissaient impuissants, lorsqu'un jour, frappé de la sainteté de quelques vierges consacrées à Dieu qui étaient venues le visiter sur son lit de douleur, le malade fit vœu de se consacrer comme elles au divin Époux des âmes pour se dévouer au soulagement des misères humaines, si la santé lui était rendue. Bientôt il fut guéri, et nous allons voir comment il tint parole. Issu d'une noble et opulente famille, formé par d'excellentes études, enrichi de toutes les connaissances que procure l'éducation libérale la plus soignée, Eptade voyait s'ouvrir devant lui une brillante carrière. Déjà même, à ce que l'on croit, il avait été jugé digne d'exercer à Autun l'important emploi de monétaire. Mais renonçant à toutes les affaires comme à toutes les pompes du siècle, il n'ouvrit dès lors son âme qu'à des pensées célestes, ne s'occupa plus que de bonnes œuvres et employa sa fortune à soulager les pauvres. Bien plus, se faisant pauvre lui-même et embrassant l'humilité et la croix de Jésus-Christ, au lieu du linge fin il porta sur sa peau un rude cilice, vécut de pain d'orge joint à quelques légumes assaisonnés d'un peu de sel ou de vinaigre ; et encore ne prenait-il cette chétive nourriture qu'après le coucher du soleil. Souvent même on le vit passer deux, trois et jusqu'à quatre jours sans manger. Riche, il se privait pour donner davantage aux nécessiteux ; innocent, il faisait pénitence pour les autres. On le voyait rester de longues heures prosterné devant Dieu et mêler aux saints gémissements de la prière d'abondantes larmes qui baignaient ses joues amaigries.
Une vie si extraordinaire dans ce jeune homme si riche, si distingué, attirait l'attention générale. Bientôt on afflua de toutes parts auprès de lui pour recueillir de sa bouche quelques paroles d'édification, consulter sa haute sagesse qu'on regardait presque comme inspirée, implorer son assistance, demander son secours dans les besoins spirituels et corporels. Les jeunes gens le vénéraient comme le meilleur des pères, les vieillards le chérissaient comme le fils le plus tendre, le plus aimant ; tous avaient pour lui une affection mêlée de respect. Nul ne pouvait résister à l'ascendant doux et fort qu'exerçaient son aménité, sa douceur, sa parole insinuante.
Flavichon, évêque d'Autun, aimait avec une tendresse paternelle le pieux jeune homme ; et pour se préparer sans doute en lui un digne successeur, il voulut l'élever aux ordres. Mais ni les vœux du peuple, ni les sollicitations du pontife ne purent vaincre les résistances d'Eptade ; car son humilité était plus grande encore que son mérite. Le pontife fut obligé de céder, au moins pour le moment, devant un refus si persistant et si ferme. Il paraît toutefois que plus tard, probablement sous Pragmace, successeur de Flavichon, des instances nouvelles parvinrent à triompher de la crainte opiniâtre qu'avait inspirée à notre Saint la conscience de son indignité, à la vue de la hauteur où était placé le sacerdoce. Plusieurs anciens manuscrits ou martyrologes lui donnent en effet le titre de prêtre d'Autun, de prêtre et confesseur.
Élevé au sacerdoce après l'avoir longtemps refusé, Eptade fut bientôt appelé à une dignité plus éminente encore, à l'épiscopat. Clovis, instruit non-seulement par la renommée, mais encore par ses propres yeux de tout le bien que faisait l'immense charité de l'homme de Dieu, pensa aussitôt à lui, dès que le grand siège d'Auxerre fut devenu vacant par la mort du saint évêque Censure (502). Mais comme l'illustre citoyen d'Autun n'était pas son sujet, il le demanda lui-même à Gondebaud dans une entrevue sur les bords de la Cure, où les deux princes signèrent enfin la paix après une guerre acharnée. Le roi des Burgondes, comprenant toute la perte qu'allaient faire ses États, eut cédé, dit l'histoire, avec moins de peine une province ou une armée entière : il fut même presque tenté de faire un refus au roi des Francs. Cependant, pour ne pas rompre avec son puissant vainqueur, il consentit enfin, mais non sans peine, au sacrifice exigé et accorda Eptade.
Le roi des Francs, enchanté de la précieuse acquisition qu'il venait de faire dans la personne d'Eptade, se hâta de le présenter à l'église d'Auxerre. L'élection ne balança point ; car outre que le vœu du monarque pouvait être regardé comme un ordre, elle allait au-devant de tous les désirs. Le clergé, la noblesse, le peuple de la ville, le peuple de la campagne, applaudissant au choix royal, le ratifièrent avec bonheur et entraînement, par l'acclamation la plus unanime, la plus spontanée (l'an 500). Il ne fallait plus que le consentement d'Eptade, car tout s'était fait à son insu. On pensait peut-être le mettre par là dans l'impossibilité de refuser ; mais on avait compté sans son humilité qui cette fois devait être intraitable. Il accueillit la nouvelle de son élection avec le refus le plus énergique. « Non », s'écria-t-il d'une voix haute et ferme, « non, je ne serai point évêque. Quoi ! un misérable pécheur comme moi accepterait une si éminente dignité, prendrait sur lui l'accablant fardeau d'une telle charge ! jamais ». Et aussitôt, quittant sa cellule, il courut se cacher dans la solitude au milieu des montagnes et au sein des profondes forêts du Morvan, afin de se dérober aux sollicitations du roi et aux instances des envoyés d'Auxerre. Jamais ambitieux ne fit autant pour arriver aux honneurs que lui pour y échapper. La crainte de l'épiscopat l'avait fait fuir loin de la ville et du monde : il n'y revint plus désormais que sur l'appel de la charité ou de la piété, et se fixa définitivement avec quelques disciples dans un lieu désert nommé Cervon (*Cervidunum*, montagne des cerfs), non loin de Corbigny, passant les nuits et les jours dans le jeûne, la sainte psalmodie, l'oraison, et suppliant le Seigneur de vouloir bien réaliser pour toujours en sa faveur les paroles du Prophète : « Voilà que j'ai pris la fuite pour m'éloigner des hommes et que j'ai demeuré dans la solitude ».
Sa prière fut exaucée. Clovis, voyant que rien n'était capable de le tirer de sa lointaine et profonde retraite, fut obligé de céder. Toutefois il ne se rendit pas à discrétion : on capitula. Le roi s'engageait par serment à ne plus lui parler de l'épiscopat ; Eptade de son côté promettait de prier pour le monarque et pour son peuple, de s'occuper comme auparavant du soin et du rachat des captifs romains, bourguignons ou autres, de quelque race qu'ils fussent, et d'être le distributeur des aumônes royales aux prisonniers, aux veuves, aux orphelins, à tous les nécessiteux. Les bonnes œuvres de Clovis devaient passer par ses mains. Eptade s'empressa d'exercer ses fonctions devenues dès lors en quelque sorte officielles, car le roi lui envoya une somme considérable qu'il mettait à la disposition de sa charité. Il ne fallut rien moins que cette promesse solennelle pour rassurer son humilité si fortement effrayée et pour l'engager à sortir au moins de temps en temps de sa pieuse solitude. Au reste les conditions que Clovis lui avait imposées, loin de lui coûter, allaient au-devant de ses vœux. Ce fut un bonheur pour lui de pouvoir reprendre en toute liberté les œuvres de miséricorde qui avaient toujours été et qui furent toujours depuis l'occupation de sa vie. Toutefois il ne quittait sa chère cellule que quand le zèle ou la charité le demandaient. Aussi y rentrait-il le plus tôt possible, pour reposer son âme au milieu de ses frères dans un calme pieux, et la retremper dans la prière avant de voler de nouveau au secours de quelque misère.
C'est alors que pour le bien spirituel de tant de malheureux dont il était la providence visible, Eptade s'inclina humblement sous le fardeau de l'admirable dignité du sacerdoce. Unissant l'apostolat de la foi à l'apostolat de la charité, en même temps qu'il secouait toutes les misères et nourrissait les corps du pain matériel, il nourrissait les âmes de la parole divine, les régénérait, les fortifiait par la vertu des sacrements.
Cependant des bandes bourguignonnes partent pour l'Italie, ravagent une province et ramènent de leurs courses de nombreux prisonniers. À cette nouvelle, Eptade accourt. Les sauvages guerriers, subjugués par sa parole, renvoient tous ces malheureux qui bientôt purent revoir leur patrie désolée et consoler par leur retour tant de familles en pleurs. Peu de temps après, le Saint eut une nouvelle occasion d'exercer son infatigable charité. Par les ordres du roi de Bourgogne, une place forte du Limousin, nommée Idonum, est emportée d'assaut, toute la population qu'elle contenait, réduite en esclavage et emmenée captive. Eptade apprend cet épouvantable malheur. Aussitôt tombant à genoux la face contre terre, il se met en prières et répand d'abondantes larmes devant Dieu ; puis se relevant plein d'une force divine, il écrit à Sigismond, fils et successeur de Gondebaud. Il exige au nom de Dieu le renvoi de tous les captifs de condition libre. Le roi s'étonne d'abord de cette sainte audace, mais il n'ose résister. La demande d'Eptade lui semble être un ordre du ciel : il obéit, et trois mille de ces pauvres gens de tout âge et de tout sexe, naguère plongés dans la plus extrême douleur, maintenant rendus à la liberté et protégés par une escorte convenable, retournent joyeux dans leur pays en bénissant Dieu et leur admirable libérateur (346).
La grande guerre qui se termina à la gloire de Clovis, par la défaite et la mort d'Alaric, roi des Visigoths, fournit aussi à notre Saint l'occasion d'exercer sa charité. Les Francs, après leur victoire, avaient emmené une multitude innombrable de captifs, et partout on trouvait de ces malheureux enlevés à leur patrie, seuls au milieu de leurs ennemis vainqueurs, sans secours, sans consolations, privés de la liberté, privés même de l'espérance. Mais Eptade était là : il fut leur providence. Allant de ville en ville, de province en province, il paya la rançon du plus grand nombre d'entre eux, brisa leurs fers et les rendit aux lieux qui les avaient vus naître.
Dieu voulut honorer par des miracles une si haute vertu qui était déjà elle-même un prodige. — Une jeune fille possédée du démon avait d'affreux transports de fureur. Impossible de la contenir : elle brisait tous les liens. On eut recours à Eptade. Le Saint se rendit auprès d'elle, et pendant qu'il était en prière, le malin esprit s'écria tout à coup par la bouche de l'énergumène : « Un de vos amis vient d'être assassiné pendant la nuit dans la forêt voisine ». L'homme de Dieu, après avoir délivré la pauvre fille, se rendit dans le lieu indiqué où il trouva en effet le cadavre de son ami, le fit transporter au cimetière et lui donna une pieuse sépulture accompagnée de beaucoup de prières et de beaucoup de larmes. — Comme il revenait un jour du monastère de Saint-Pourçain, on lui présenta une jeune personne qui était muette. Il bénit de l'huile, lui en versa quelques gouttes dans la bouche et la renvoya guérie. — Une autre fois, un prêtre nommé Paul, brûlé par une fièvre ardente, eut aussi recours à Eptade, se mit à genoux devant lui et le supplia avec un accent lamentable de vouloir bien le guérir. Le Saint, touché de compassion, éleva aussitôt vers le ciel ses yeux et son cœur, et par la vertu du même Esprit qui avait autrefois éteint les flammes autour des trois jeunes Hébreux jetés dans la fournaise ardente, il éteignit le feu intérieur dont le pauvre malade était consumé. — Quelque temps après, un vénérable archiprêtre, père de ce même Paul dont nous venons de parler, fut atteint comme son fils d'une grave maladie. Aussitôt il envoya un de ses amis à Eptade. Celui-ci se contenta de lui écrire, et la simple application de cette lettre sur le corps du patient suffit pour opérer la guérison. Plusieurs autres personnes furent dans la suite guéries de la même manière.
Notre Saint célébrait toutes les fêtes de l'Église avec une piété égale au zèle et à la charité que nous lui connaissons ; mais il y avait pourtant deux solennités qui semblaient lui être chères entre toutes les autres : c'étaient Noël et la fête de saint Symphorien. Chaque fois que la révolution de l'année ramenait le jour anniversaire de la naissance du Sauveur, il partait de la chapelle de son petit monastère, au milieu de la nuit, avec tous ses religieux et une troupe joyeuse de captifs qu'il venait de racheter et de recueillir dans sa maison où il en avait sans cesse. Tous portant des flambeaux à la main et chantant des cantiques sacrés se rendaient à une autre église éloignée d'environ deux lieues. Les clercs de cette église venaient avec les mêmes cérémonies, avec les mêmes chants au-devant de la troupe pieuse. Puis, quand les deux processions réunies étaient entrées dans le temple, on chantait Matines et on célébrait la sainte Messe avec une grande pompe, au milieu d'un nombreux clergé entouré des captifs rendus à la liberté et de la multitude du peuple fidèle. Après la célébration des saints mystères, Eptade réunissait toute l'assemblée dans une fraternelle agape où elle rompait avec joie le jeûne de la sainte vigile.
La solennité de Saint-Symphorien n'était sans doute pas à ses yeux plus grande et plus auguste que celle de Noël ; mais elle paraissait avoir pour lui un intérêt plus vif encore, un charme plus sensible, celui d'une fête de famille. Outre sa bien-aimée solitude de Cervon, près de Corbigny, il y avait un autre lieu bien cher aussi à son cœur : c'était l'abbaye qui possédait le corps de saint Symphorien. Là il avait probablement formé ses jeunes années dans la science et dans la vertu ; et toujours il aima à y aller souvent raviver et réjouir sa vieillesse, activer de plus en plus le feu sacré des bonnes œuvres qui le dévorait. Chaque année, la fête du saint martyr le vit prosterné sur les dalles de la basilique et devant les restes éloquents de celui qu'il avait choisi pour patron, pour modèle. Alors sans doute il croyait entendre son admirable compatriote qui lui disait par une inspiration secrète : « Si Dieu ne te demande pas comme à moi de sacrifier ta vie sous le tranchant du glaive, sacrifie ton temps, sacrifie ta personne tout entière par un continuel dévouement à procurer le salut, à soulager les misères du prochain. Tu ne dois pas être le martyr de la foi, sois du moins le martyr, sois le héros du zèle et de la charité ».
Tous les ans, sans exception, on le voyait partir de son monastère éloigné de cinquante milles (plus de quinze lieues), avec trois de ses clercs et s'acheminer vers Autun, faisant en sorte d'arriver au but de son pèlerinage trois jours avant la grande fête où l'appelait sa piété, afin d'avoir plus de temps pour prier et satisfaire sa dévotion. Aussi les passait-il tout entiers le front prosterné jusqu'à terre devant le tombeau du martyr qu'il arrosait de ses larmes pendant la nuit ; et les clercs en venant pour chanter les Matines le trouvaient encore en prière. Au point du jour, il se retirait pour aller rendre ses hommages de vénération à tous les autres Saints dont les restes reposaient dans le fameux cimetière voisin de l'abbaye, et revenait passer la nuit suivante dans la basilique de Saint-Symphorien. Quand après la fête il s'en retournait avec ses disciples dans son monastère, des troupes de captifs rachetés par lui venaient à sa rencontre ; et la solennité se terminait dans la joie d'un modeste festin. Car sa piété était aussi douce, aussi aimable que solide et profonde ; et partout autour de lui la charité faisait sentir, sous des formes diverses, sa bénigne influence.
Cependant le territoire d'Autun venait de passer sous la domination des Francs, l'an 525 ; et c'est, à ce que l'on croit, vers cette époque que le serviteur de Dieu termina sa carrière. Voyons-le à ses derniers moments. Ayant ressenti tout à coup les premières atteintes de la maladie, il fut obligé de se mettre au lit. Le mal eut bientôt fait des progrès alarmants qui ne laissèrent point d'espérance, et le deuil devint général. Tout le monde voulait voir le saint malade ; tout le monde pleurait. On passait les jours, les nuits en prières pour obtenir du ciel, par une sainte violence, la prolongation d'une vie si précieuse, si secourable à tous les infortunés, si chère à tous. Mais tant de pieuses et vives instances devaient être inutiles : l'infatigable ouvrier, qui depuis si longtemps travaillait à la vigne du Seigneur, était arrivé à la fin de sa journée et appelé irrévocablement à recevoir la récompense. Le septième jour de la maladie, comme les religieux, ses frères ou plutôt ses fils bien-aimés, revenaient après Matines entourer son lit de douleur, il s'assoupit quelques instants du sommeil de l'extase et dit à son réveil : « Mes enfants, on vient me prendre pour aller au ciel. J'ai vu une troupe d'anges qui en descendaient portés sur un nuage blanc comme la neige et tout éclatant de lumière. Puis agitant leurs ailes, au moment de toucher la terre, ils se sont arrêtés ici près de moi et m'ont dit : « Viens avec nous et partons ensemble pour la céleste patrie ». À ces mots, ils se sont élevés de nouveau dans les airs pour aller se poser sur la basilique où réside le Sauveur Jésus. Alors, me faisant un signe d'appel, ils ont repris leur vol vers les cieux ». Le Saint voulut qu'à l'instant même on le transportât à l'église sur un grabat. C'est de là qu'entouré d'une foule pieuse et attendrie, accourue pour voir comment meurt le juste et répandant des larmes avec des prières, il alla recevoir le prix de tout le bien qui avait marqué chacun de ses pas sur la terre.
## CULTE ET RELIQUES.
Parmi les martyrologes, les uns font mourir Eptade à Monthelon, près d'Autun, les autres à Cervon, près de Corbigny. Tout ce que l'on sait, c'est qu'il y avait dans ce lieu, au moins dès le Xe siècle, une église remontant à une époque inconnue et portant le nom du saint prêtre. Il est pareillement certain qu'on célébrait, le 15 avril, une fête pour rappeler la mémoire de la translation solennelle de ses reliques ; mais on n'a aucun détail sur cette translation. Quoi qu'il en soit,
SAINT OUEN, ARCHEVÊQUE DE ROUEN.
la sainteté d'Eptade était si bien reconnue, son nom si grand et si cher dans toute la contrée, le souvenir de son immense charité si vivant dans tous les cœurs que l'Église, d'accord avec la reconnaissance et la piété des fidèles, lui a toujours décerné les honneurs du culte public.
Outre le sanctuaire qui, à Monthelon, rappelait son nom et consacrait sa mémoire, on même peut-être marquait le lieu témoin des derniers moments de cette vie dévouée tout entière à l'amour de Dieu et aux œuvres de miséricorde, l'église de Viry-en-Charollais lui était aussi dédiée au IIe siècle. De plus, la communauté que le Saint avait créée dans sa solitude du Morvan tint à honneur de garder son vocable et de le reconnaître pour patron : elle s'appela toujours depuis Saint-Eptade de Cervon, et consacra ainsi le souvenir de la vénération religieuse dont il était l'objet. Le culte de saint Eptade ayant été substitué, selon toute apparence, au culte de Vulcain dans certains lieux où cette divinité était autrefois honorée, afin de détruire les restes de cette superstition idolâtrique, le saint prêtre fut invoqué comme un puissant médiateur contre la foudre et les orages. Pour la même raison, les forgerons se mirent sous son patronage. Dans le territoire de la paroisse de Quarré-les-Tombes, à trois lieues d'Avallon, il y avait encore, en 1490, une chapelle dédiée à saint Eptade que le peuple appelle saint Tata. Elle contenait des tombes de pierre qui attestent la dévotion des grands pour ce sanctuaire de notre Saint.
Pour rattacher davantage le monastère de Cervon à l'Église d'Autun dont le saint prêtre est une des gloires, Charles le Chauve, par une charte de l'an 843, le mit sous la dépendance de la cathédrale de Saint-Nazaire. Le monastère fut depuis sécularisé comme tant d'autres et changé en un Chapitre de dix chanoines ayant à leur tête un dignitaire décoré du titre d'abbé.
Tiré de Saint Symphorien et son culte, par M. l'abbé Dinot.
Événements marquants
- Naissance à Autun dans la seconde moitié du Ve siècle
- Fuite à l'âge de douze ans pour étudier les sciences sacrées
- Vœu de chasteté et de charité suite à une guérison miraculeuse d'une fièvre
- Refus de l'épiscopat d'Auxerre proposé par Clovis en 500
- Retraite dans la solitude de Cervon dans le Morvan
- Rachat massif de captifs romains et bourguignons
- Mort à Cervon ou Monthelon vers 525
Miracles
- Guérison d'une possédée qui révèle un meurtre à distance
- Guérison d'une jeune fille muette avec de l'huile bénite
- Guérison du prêtre Paul d'une fièvre ardente
- Guérison par l'application d'une lettre écrite de sa main
- Vision d'une troupe d'anges avant sa mort
Citations
Non, je ne serai point évêque. Quoi ! un misérable pécheur comme moi accepterait une si éminente dignité !
Mes enfants, on vient me prendre pour aller au ciel.