Saint Walbert

Troisième abbé de Luxeuil

Fête : 2 mai 7ᵉ siècle • saint

Résumé

Ancien noble et militaire sicambre, Walbert devint le troisième abbé de Luxeuil au VIIe siècle. Sous son gouvernement de quarante ans, l'abbaye connut un rayonnement prodigieux, obtenant l'exemption pontificale et fondant de nombreux monastères à travers la Gaule. Il finit ses jours en 665, laissant le souvenir d'un administrateur sage et d'un protecteur miraculeux de la région.

Biographie

SAINT WALBERT, TROISIÈME ABBÉ DE LUXEUIL

Dieu veut que par votre vie vous fermiez la bouche aux ignorants et aux insensés. I Pet., II, 15.

Saint Walbert succéda à saint Eustase, qui lui-même avait succédé à saint Colomban, le fondateur de la célèbre maison de Luxeuil : il avait été son compagnon et son élève. Né de race sicambre, d'une famille noble et très-riche, il s'était fait remarquer par sa bonne conduite à la guerre avant de s'enrôler dans la milice du missionnaire irlandais. Mais l'attrait du cloître l'emporta sur la passion belliqueuse du Franc. Quand son parti fut pris, il vint à Luxeuil, et y apporta non seulement la donation de tous ses vastes domaines, mais aussi l'habit militaire, dont il ne voulut se dépouiller que dans le monastère même. Il offrit en même temps les armes qui lui avaient conquis une si belle renommée et qu'il suspendit à la voûte de l'église, où on les conserva pendant le cours des siècles, comme un monument de la plus noble victoire qu'il soit donné à l'homme de remporter ici-bas. Il avait obtenu la liberté de vivre seul dans le creux d'un rocher, près d'une source d'eau vive, au milieu des bois, à trois milles de l'abbaye. Ce fut là que, à la mort d'Eustase, premier successeur de Colomban, et sur le refus de Gall, les moines de Luxeuil allèrent chercher Walbert pour en faire leur troisième abbé. Il les gouverna quarante ans avec éclat et succès. Son nom est resté, dans les contrées environnantes, le plus populaire de tous ceux qui ont honoré la grande abbaye séquanaise. Il y maintint la discipline et le zèle des fortes études, tout en augmentant les domaines de la communauté, par ses propres donations d'abord, puis par celles que la bonne renommée de la maison attirait de toutes parts.

A l'indépendance temporelle ainsi assurée vint s'adjoindre une sorte d'indépendance spirituelle, vivement recherchée dès lors par tous les grands monastères, et qu'ils s'empressaient de solliciter soit des Papes, soit des conciles provinciaux. Il s'agissait de les mettre à l'abri, par un privilège solennel, des abus d'autorité et des vexations que l'évêque diocésain, à la faveur de sa juridiction spirituelle, pouvait leur faire subir, soit en allant loger chez eux malgré eux, avec un nombreux cortège, soit en leur faisant payer fort cher le saint Chrême et l'ordination de leurs frères, soit surtout en gênant la liberté de leurs élections intérieures. Lérins avait obtenu ce privilège du concile d'Arles, en 451, et Agaune du concile de Châlon, en 579. Luxeuil ne pouvait manquer de faire valoir les mêmes droits et les mêmes besoins.

Sous l'abbatiat de Walbert, et sur la prière faite au nom du roi mineur Clovis II, le pape Jean IV accorda le privilège de l'exemption de l'autorité épiscopale « au monastère de Saint-Pierre, fondé », dit le diplôme pontifical, « par le vénérable Colomban, Ecossais, venu comme étranger, mais tout fervent de zèle et de sainteté, dans le royaume des Francs... Si, ce qu'à Dieu ne plaise, les moines dudit monastère s'attiedissent dans l'amour de Dieu et l'observance des instituts de leurs Pères, qu'ils soient corrigés par l'abbé, c'est-à-dire par le Père du monastère ; et si c'est lui-même qui tombe dans la torpeur et le mépris de la règle paternelle, le Saint-Siège y pourvoira ».

Six cents moines formaient, sous la crosse de Walbert, la garnison permanente de cette citadelle monastique, d'où sortaient journellement des missionnaires isolés ou réunis en bandes pour aller fonder au loin de nouvelles colonies religieuses. Il vint un moment où la multitude des religieux qui se pressaient en foule pour y entrer sembla embarrasser l'abbé Walbert, et où il chercha les moyens de les placer ailleurs et au loin. Car sous lui, plus encore que sous ses prédécesseurs, la fécondité de Luxeuil devint prodigieuse. « C'est surtout à son époque que l'on vit », nous dit un contemporain, « pulluler à travers les Gaules, dans les châteaux et dans les villes, au sein des campagnes comme dans les déserts, des armées de moines et des essaims de religieuses qui portaient partout la gloire et les lois de Benoît et de Colomban. »

Ce serait une rude tâche que de vouloir retracer le tableau fidèle de cette colonisation monastique de la Gaule franque, dont Luxeuil fut le foyer pendant tout le VIIe siècle.

L'administration de Walbert n'était pas moins sage au dedans que féconde au dehors. Il conseillait l'étude à ses religieux comme le plus puissant moyen d'oublier le monde. On faisait donc marcher, à Luxeuil, le travail de l'intelligence de pair avec le travail des mains : les religieux y lisaient les Pères grecs et latins. On avait eu soin de leur ménager une vaste bibliothèque, et, afin de l'augmenter, ces bons frères, encouragés par saint Walbert, copiaient assidûment. « La fonction de copiste », dit Cassiodore, « donne le secret de prêcher de la main, de parler des doigts, d'annoncer le salut aux hommes en gardant le silence ; et il est très-vrai que Satan est percé d'autant de coups qu'un copiste transcrit de paroles du Seigneur ». Nous ne parlerons pas ici de l'école de laïques, qui se tenait en dehors du monastère

2 MAI.

sans y porter le moindre dérangement; si saint Walbert n'en fut pas le fondateur, il est certain du moins qu'il contribua à son développement, soit en y attirant par son mérite et sa réputation un plus grand nombre d'élèves, soit en multipliant les objets de l'enseignement : on y apprenait les différents sens de la Bible, avec d'autres branches de la science ecclésiastique, le chant, la musique et tout ce que l'on comprend sous le nom d'arts libéraux et d'humanités.

Il n'est pas possible de considérer l'œuvre de saint Walbert sans reconnaître en lui l'homme de Dieu, le bras de la Providence, le prodige de son siècle. Aussi, pendant les quarante années qu'il gouverna le monastère de Luxeuil, nous voyons cette maison environnée d'une considération universelle.

Au milieu de toutes les sollicitudes du dedans et du dehors, Walbert savait encore trouver du temps pour ses amis.

Les liens d'une pieuse amitié l'unissaient en particulier à saint Miget, évêque de Besançon, et cette union leur était si douce à tous deux, qu'ils voulurent la prolonger au-delà du tombeau. Dans ce but, ils convinrent entre eux que celui qui survivrait rendrait à son ami les derniers devoirs, et il est permis de penser que ces termes n'indiquaient pas seulement la déposition du mort au lieu de sa sépulture, mais encore ce deuil que l'Esprit-Saint recommande de faire dans l'amertume de son âme, et principalement les prières et les sacrifices, qui consolent le défunt au jour de son départ.

Ce fut saint Miget qui demeura chargé de ce soin, tout à la fois si doux et si plein d'amertume. Walbert touchait à la quarantième année de son gouvernement : cette année fut pour lui la dernière; soutenu par la présence de l'évêque, et plus encore par le souvenir de ses propres œuvres, il rendit doucement le dernier soupir, le sixième jour de mai 665. A la nouvelle de sa mort, les populations environnantes accoururent de toutes parts. Elles venaient mêler leurs larmes à celles de tous les religieux du monastère, et respirer encore, sur le tombeau du Saint, la bonne odeur des vertus dont il avait été le modèle. Ce tombeau, magnifiquement travaillé aux frais de saint Miget, fut déposé dans l'église de Saint-Martin. C'était un gage d'amour et de protection. En effet, plusieurs auteurs ont remarqué que, durant nombre d'années que son corps reposa dans ce lieu, les ennemis de la foi furent impuissants à pénétrer dans la ville, et qu'après le transport de ce précieux dépôt, on assista à la scène de désolation causée par les Sarrasins, sous le gouvernement de l'abbé Mellin.

Quoi qu'il en soit de cette conjecture, il est certain que de nombreux miracles s'opérèrent dans la suite, par la vertu des reliques de saint Walbert. Adson, qui les raconte, nous dit en général que l'œil fut rendu aux aveugles, le pied aux boiteux, la santé aux malades, la vigueur aux infirmes, la consolation aux cœurs affligés. Il signale ensuite plusieurs prodiges en particulier. Ainsi, lors de l'invasion des Normands, en 888, la chasse du saint Abbé, qui, déjà, n'était plus à l'église de Luxeuil, fut transportée au village de Herly, dont les Barbares s'étaient emparés : aussitôt ces mêmes Barbares, entraînés comme par une force secrète, abandonnent le pays, et un jeune libertin, qui s'avise d'insulter les moines, est subitement frappé d'idiotisme. Dans une autre bourgade, qui pourrait bien être la ville de Provins, se trouvait un personnage assez considérable qui en revendiquait la possession au préjudice du monastère : on y transféra également les saintes reliques, et, quelques jours après, ce téméraire expiait sa faute par une chute mortelle. En Alsace, où les religieux passèrent chargés de leur trésor, la guérison de

deux aveugles et de deux hommes perclus de tous leurs membres amena sur les confins du comté de Montbéliard une foule innombrable de curieux, sinon de gens dévots à l'égard de notre Saint. Chez les Varasques, deux nouvelles guérisons, plus éclatantes encore, achevèrent d'attacher au joug de la foi ces populations nouvellement converties par saint Eustase. Il n'y eut pas jusqu'aux objets dont saint Walbert s'était servi, auxquels Dieu ne voulût attacher une vertu surnaturelle : et nous en avons acquis la preuve certaine dans des temps plus rapprochés de nous. Un vase qui lui a appartenu, et qui nous a été transmis par une constante tradition, a été, dans plusieurs circonstances, le moyen dont Dieu s'est servi pour récompenser la piété des fidèles : « Ce vase, de simple racine », dit un historien du siècle dernier, « a été l'instrument d'une infinité de guérisons : les fébricitants s'empressent encore d'y boire, et d'imiter à ce sujet la pieuse antiquité, et, comme elle, ils y éprouvent le pouvoir du saint abbé de Luxeuil : j'en ai vu des effets qui tiennent du prodige ; j'en dois rendre ici un témoignage solennel ». C'est ainsi que les amis de Dieu sont honorés et glorifiés. Tandis que les os de l'impie, remplis des vices de sa jeunesse, dorment dans le tombeau, les dépouilles de ceux qui ont vécu saintement tressaillent, et leur corps inanimé prophétise encore.

Le nom de saint Walbert a toujours été en vénération dans la Bourgogne, dans la Suisse, et surtout dans le diocèse de Besançon. Aucun des Saints qui ont honoré le monastère de Luxeuil n'a obtenu, en Franche-Comté, un culte aussi populaire. Un grand nombre de paroisses l'invoquent encore aujourd'hui comme patron, et, pendant longtemps les populations accoururent à l'église de l'abbaye pour se prosterner devant sa châsse et invoquer, auprès de son tombeau, celui qu'on avait admiré pendant sa vie. Au dixième siècle, un savant moine de Luxeuil, Adson, écrivit le récit des miracles nombreux qui s'opérèrent par l'intercession du saint abbé.

Au douzième siècle, nous voyons un monastère placé sous le vocable de notre Saint. C'est le prieuré de Saint-Walbert-lez-Héricourt, qui dépendait de l'abbaye de Luxeuil. Mais un lieu encore plus rempli de son souvenir, c'est l'ermitage de saint Walbert, situé à une lieue de Luxeuil, dans un vallon qu'entoure une ceinture de bois et de rochers. C'est là qu'on voit encore la grotte, enfoncée dans le sol, où l'illustre solitaire vécut longtemps seul avec Dieu, après avoir renoncé au monde et à ses illusions. Là, tout parle de lui : son nom inscrit sur les murs, la statue où il est représenté dans l'attitude de la prière, et cette solitude où, délivré du tumulte du monde, il se promenait par la pensée, au milieu des splendeurs du paradis, jouissant ainsi dans le désert de la société des anges.

En 1570, une chapelle en l'honneur de saint Walbert fut élevée et consacrée dans ces lieux par les soins de Guillaume, sacristie de l'abbaye. Cet oratoire, qui appartient aujourd'hui au séminaire de Luxeuil, a été restauré en 1846. Il y a peu d'années, une fête populaire, qui se célébrait le lendemain du jour de Pâques, attirait encore à l'ermitage de saint Walbert les populations voisines. Les reliques de notre Saint ont été souvent transportées en Alsace, en Champagne, et jusqu'à dans la Picardie, dans les terres qu'il avait données à son monastère. Mais on les rapportait toujours à Luxeuil, où elles étaient conservées dans une châsse en vermeil, à l'exception

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tion de sa tête, renfermée dans un buste d'argent. Un de ses ossements est encore aujourd'hui déposé dans une chasse convenable, et exposé à la vénération des fidèles dans la chapelle du séminaire de Luxeuil. Son Éminence Mgr le cardinal Matthieu, archevêque de Besançon, en a constaté l'authenticité, le 17 février 1852. Le séminaire de Luxeuil possède aussi l'écuelle dont ce Saint se servait au monastère. C'est dans ce vase que buvaient les malades qui espéraient obtenir leur guérison par l'intercession du saint abbé.

Le nom de saint Walbert est inscrit au 2 mai dans plusieurs martyrologes, et dans quelques calendriers dressés dès la fin du vers siècle, du temps de Charlemagne. Tritbemius, Bucello, H. Menard, du Saussay, Wien, Moïanne et Chatelain, en font également mémoire. — Cf. Bailliot, 2 mai; Moines d'Occident, t. II; Saints de Franche-Comté, t. II.

Événements marquants

  • Carrière militaire chez les Francs
  • Entrée au monastère de Luxeuil et don de ses domaines
  • Vie érémitique dans le creux d'un rocher pendant plusieurs années
  • Élection comme troisième abbé de Luxeuil après le refus de Gall
  • Obtention du privilège d'exemption de l'autorité épiscopale auprès du pape Jean IV
  • Gouvernement de l'abbaye pendant quarante ans

Miracles

  • Retrait des envahisseurs normands à Herly en présence de sa châsse
  • Chute mortelle d'un usurpateur à Provins
  • Guérisons multiples (aveugles, perclus) en Alsace et chez les Varasques
  • Guérisons obtenues par l'usage de son écuelle en racine

Citations

Dieu veut que par votre vie vous fermiez la bouche aux ignorants et aux insensés.

— I Pet., II, 15 (en exergue)