Saint Cagnoald (Chagnoald)

Moine de Luxeuil et sixième évêque de Laon

Fête : 6 septembre 7ᵉ siècle • saint

Résumé

Issu d'une illustre famille franque, Cagnoald fut le disciple privilégié de saint Colomban à Luxeuil avant de devenir évêque de Laon au VIIe siècle. Il participa activement à l'expansion du monachisme colombanien, notamment en aidant sa sœur sainte Fare à fonder Faremoutiers. Reconnu pour sa douceur et sa charité, il est célèbre pour avoir miraculeusement commandé à un ours de respecter ses récoltes.

Biographie

SAINT CAGNOALD OU CHAGNOALD,

MOINE DE LUXEUIL ET SIXIÈME ÉVÊQUE DE LAON

Dieu aime beaucoup l'âme qui s'est donnée tout entière à lui, et qui n'est attachée qu'à lui seule. Saint Macaire.

Saint Cagnoald descendait d'une illustre famille, d'origine franque, qui s'était fixée d'abord en Bourgogne, puis dans la Brie. Son père Cagnéric, ou Agnéric, était un puissant seigneur, conseiller et commensal de Théodebert, roi d'Austrasie. Sa mère Leudegonde se distinguait par une grande sagesse et une piété vraiment chrétienne. Son frère Burgondofaron, ou plus simplement Faron, après avoir occupé des emplois importants à la cour, se sépara de son épouse, qui prit le voile, et fut promu à l'évêché de Meaux, où ses grandes vertus l'ont fait mettre au rang des Saints. Sa sœur Burgondofare, ou simplement Fare, se consacra aussi à Dieu, et fonda le monastère d'Eboriac, appelé de son nom Faremoutier, dont elle fut la première abbesse : l'Église l'honore aussi comme Sainte. D'autre part, saint Agile était son cousin germain, comme fils de son oncle Agnoald.

Il était difficile que Cagnoald, enveloppé, pour ainsi dire, de cette atmosphère de sainteté, ne fût pas de bonne heure initié à la pratique des vertus. Aussi prit-il dès sa jeunesse le goût des choses saintes. L'école naissante de Luxeuil jetait déjà un grand éclat : Cagnéric résolut d'y envoyer son fils, dès qu'il fut en âge de commencer son éducation. Là, le disciple de Colomban trouva une foule de jeunes gens des plus nobles familles : Achaire, Ragnachaire, Donat, Agile, son parent, et beaucoup d'autres avec lesquels il rivalisa d'efforts dans la vertu et dans la science.

Il paraît que Cagnoald sut se distinguer dans cette troupe d'élite, car saint Colomban se prit pour lui d'une amitié particulière. On lit dans la Vie de saint Faron, qu'il l'appelait l'enfant dévoué à Dieu. Aussi voulut-il qu'il fût élevé au sacerdoce : honneur assez rare alors au sein des monastères. Il l'attacha même à sa personne en qualité de ministre. C'était le nom qu'on donnait aux religieux spécialement chargés de servir l'abbé, et de l'accompagner dans ses excursions. Cet office procura à Cagnoald l'insigne honneur de voir Colomban de plus près, d'être, en quelque sorte, le confident de tous ses secrets, et le témoin obligé des faveurs dont le ciel le comblait. On présume que ce fut peu après 590 que Cagnoald entra à Luxeuil, c'est-à-dire au moment même de la fondation du monastère.

Quand saint Colomban, vers l'an 610, fut obligé de fuir devant la colère du roi Thierry, Cagnoald ne put l'accompagner ; car défense avait été faite au saint abbé d'emmener avec lui d'autres religieux que ceux qui étaient Irlandais ou Bretons d'origine. Les satellites du prince furent obligés d'user de violence pour empêcher les disciples désolés de suivre leur maître ; et, longtemps après le départ de Colomban, aucun moine ne pouvait encore impunément sortir du monastère, tant était grande la haine dont Thierry poursuivait le noble exilé ! Ce ne fut qu'à la prière de saint Agile, et grâce à un miracle, que cette sévère défense fut levée. Cagnoald se hâta de saisir l'occasion pour rejoindre son maître.

L'ordre de Thierry avait été que Colomban fût reconduit en Irlande ; mais le ciel s'opposa à l'exécution de ce projet. L'abbé de Luxeuil songea alors à se rendre chez Théodebert, roi d'Austrasie, et son chemin était par la Brie. Or, le seigneur Cagnéric demeurait à Pipisnium, près de Meaux. Colomban vint l'y voir, et en fut reçu avec les honneurs dus à sa sainteté. Il paraît qu'il y passa quelque temps ; Cagnéric voulut même renvoyer les gardes que Clotaire lui avait donnés pour le conduire à Metz : dans l'espoir, dit l'historien, de le retenir plus longtemps, afin de profiter lui-même, et de faire profiter toute sa famille des exemples et des leçons de l'homme de Dieu. Ce fut alors que Colomban bénit Burgondofare, encore enfant, et la consacra à Dieu. On peut sans invraisemblance supposer que Cagnoald se réunit là à son maître si regretté, et accompagna saint Eustaire dans le voyage qu'il y fit. Nous lisons, en effet, dans la Vie de saint Eustaire, que ce Saint alla deux fois chez Cagnéric ; ce qui permet de conjecturer que ce fut là qu'il rejoignit Colomban. En tous cas, nous voyons Cagnoald suivre saint Colomban à Brégentz, partageant ses fatigues, spécialement dévoué à son service, et imitant les vertus dont il contemple en lui un si parfait modèle. Il fut témoin du prodige par lequel Dieu vint en aide à la détresse de la pieuse colonie ; il mangea de ces oiseaux miraculeux dont la saveur, au rapport de saint Eustaire, surpassait ce qu'il y a de plus délicat sur la table des rois. Bien plus, il devint lui-même l'instrument de la puissance divine, dans une circonstance que le moine Jonas raconte en ces termes :

« Dans le temps où Colomban, retiré dans la solitude, sous un rocher, consumait son corps par des jeûnes, et n'avait pas d'autre nourriture que des fruits sauvages, un ours vint porter le ravage dans la forêt, et se mit à dévorer et à abattre tous les fruits sur son passage. Quand approcha l'heure du repas, Colomban envoya son ministre Cagnoald chercher la provision ordinaire. Celui-ci obéit ; mais, voyant les ravages causés par l'ours, il revint en diligence en informer son père. Colomban lui ordonne de retourner, et de faire la part de l'ours et la sienne. Cagnoald, sans hésiter, retourne, prend une baguette, trace une ligne de démarcation, et commande à l'ours, au nom de l'homme de Dieu, de respecter ces limites. Chose prodigieuse : continue l'historien, l'animal, obéissant, n'osa pas enfreindre la défense, et se contenta de la part qui lui était assignée, tant que le saint abbé resta dans ce lieu ».

En 612, lorsque Thierry battit près de Tolbiac son frère Théodebert, Cagnoald était encore avec saint Colomban, comme le témoigne le trait suivant raconté par le même historien : « Dans ce temps-là, l'homme de Dieu habitait le désert, et se contentait du service d'un seul ministre. À l'heure où s'engageait le combat de Tolbiac, le Saint lisait assis sur un tronc d'arbre ; tout à coup, le sommeil le prit, et il vit ce qui se passait entre les deux rois. S'étant aussitôt éveillé, il appelle son ministre, lui raconte le sanglant combat qui se livre entre les princes, et déplore en soupirant la quantité de sang qui doit s'y répandre. Le ministre lui dit, dans un accès de hardiesse : « O mon père ! appuyez le roi Théodebert de vos prières, afin qu'il triomphe de notre ennemi commun Thierry ». Colomban répondit : « Le conseil que vous me donnez est aussi insensé qu'irréligieux. Ce n'est point ainsi que l'entend le Seigneur, qui nous ordonne de prier pour nos ennemis. C'est au juste Juge à décider entre les deux rois ». Cagnoald, s'étant informé plus tard du jour et de l'heure de la bataille de Tolbiac, constata l'exactitude de la révélation faite à Colomban ».

La victoire ayant livré tous les États de Théodebert à Thierry, Colomban fut obligé de partir pour l'Italie. Ce fut alors que Cagnoald se sépara de lui, sans doute par ses conseils : Colomban prévoyait peut-être les desseins de la Providence sur son fidèle ministre. Rentré à Luxeuil avec saint Eustaire, Cagnoald y reprit les exercices de la vie cénobitique. L'histoire se tait de nouveau sur lui, jusqu'au jour où sa sœur Burgondofare, réalisant la prédiction de saint Colomban, songea à jeter les fondements de son monastère d'Eboriac. Pour s'aider dans cette grande entreprise, elle demanda à saint Eustaire deux de ses moines, et celui-ci lui envoya son propre frère Cagnoald, et un autre religieux d'une grande vertu, Walbert, qui se condérènt puissamment Burgondofare dans son entreprise. Ils établirent à Eboriac la Règle de Saint-Colomban, et le merveilleux succès qui signala le début de ce monastère prouve quelle bénédiction Dieu attache aux travaux de ses Saints.

Cagnoald était encore occupé à cette œuvre, quand le siège de Laon étant venu à vaquer par la mort de Richebert, il fut désigné pour le remplir. Ce fut en vain que, par humilité, il s'efforça de détourner cette charge de ses épaules. Les instances unanimes du peuple et du clergé triomphèrent de sa résistance. Lecointe et Cl. Robert rapportent cet événement à l'an 619 ; les frères Sainte-Marthe, à l'an 623. Cette dernière date nous paraît plus vraisemblable, à cause de l'âge de Burgondofare, qui, étant encore enfant en 610, quand saint Colomban la bénit, devait cependant être parvenue au moins à l'âge de vingt ans, quand elle fonda son monastère.

On ne sait rien des actes qui signalèrent l'épiscopat de saint Cagnoald. Seulement, nous le voyons, en 625, assister au concile de Reims, dont il signe les décrets, en compagnie de trente-neuf pontifes, entre autres de saint Donat, évêque de Besançon, qui avait été élevé avec lui à Luxeuil ; de saint Sulpice, évêque de Bourges ; de Pallade, évêque d'Auxerre ; de saint Anséric, évêque de Soissons ; de saint Bertrand, évêque de Cambrai ; de Hadouin, évêque du Mans; de saint Arnoul, évêque de Metz, etc. Les canons dressés en ce concile sont au nombre de vingt-cinq.

De plus, nous savons qu'il remplit ses fonctions de manière à s'attirer l'estime universelle. Sa vie toute apostolique, sa prudence consommée, sa douceur, sa piété, sa charité, surtout envers les pauvres et les malades, lui concilièrent l'affection et la vénération de tout son peuple.

Le 22 novembre 631, nous le voyons encore souscrire, en compagnie de plusieurs évêques et d'autres personnages importants, l'acte par lequel saint Eloi, encore laïque, dote le monastère qu'il a fondé à Solignac, près de Limoges, sous la Règle de Saint-Colomban.

On croit que saint Cagnoald mourut le 23 août de l'année suivante, 632, comme semble l'indiquer une lettre de saint Paul, évêque de Verdun, à saint Didier, évêque de Cahors, où on lit ces mots : « Vous saurez que Chainoald vient de payer son tribut à l'humanité, frappé de mort subite ». Cependant, comme il n'est pas certain que cette lettre ait été écrite en 632, quelques auteurs ont cru pouvoir reculer la mort de saint Cagnoald à 633. D. Lelong la rapporte à l'an 638. Les auteurs du Gallia christiana la placent même en 640. Nous laissons à la critique ce point à éclaircir. Quant au genre de sa mort, il paraît que ce fut l'apoplexie. Il en fut frappé au milieu de ses frères, les moines de l'abbaye de Saint-Vincent, monastère illustre fondé par la reine Brunehaut, vers l'an 585. C'était là que le Saint vivait, adonné à tous les exercices de la vie monastique, suivant l'usage des saints évêques de cette époque.

On le représente en groupe avec saint Faron, évêque de Meaux, et sainte Fare, sa sœur. On voit quelquefois un ours près de lui : nous avons donné dans sa vie la raison de cette caractéristique.

[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]

Saint Cagnoald fut inhumé dans l'abbaye de Saint-Vincent, sous la seconde arcade du chœur. Son corps resta en terre jusqu'au temps de l'abbé Hugues, lequel, ayant restauré le chœur de l'église, y découvrit ce précieux trésor en 1196. Il le fit lever de terre et le mit dans une chasse qui fut brisée par les Anglais.

Dans la première moitié du VIe siècle, l'abbé Simon de La Porte fit mettre le chef de saint Cagnoald dans un grand vase d'argent, et les autres ossements dans une chasse de bois, laquelle fut renouvelée en 1643, sous l'épiscopat de Philibert de Brichanteau, évêque de Laon. Lors de cette translation, Messieurs du chapitre obtinrent de conserver un fémur entier pour leur cathédrale.

En 1623, les religieux de Faremoutier demandèrent et obtinrent de l'abbé du monastère de Saint-Vincent quelques-unes de ses reliques.

Pendant la peste qui sévit dans la ville de Laon, en 1628, la dévotion du peuple envers saint Cagnoald se manifesta d'une manière extraordinaire; sa chasse, exposée à la cathédrale, était sans cesse entourée d'un grand nombre de fidèles. Au bout de huit jours, le fléau avait entièrement cessé ses ravages. Plusieurs fois les Laonnais avaient éprouvé les effets de la puissance de leur Saint auprès de Dieu : et, en cas d'épidémie, sa chasse était leur meilleure ressource.

Mais ce n'était pas sans des précautions extrêmes que les religieux de Saint-Vincent consentaient à se dessaisir momentanément de ce précieux dépôt. Il leur fallait une caution de la promesse, signée par les principaux de la ville et du clergé, que la chasse leur serait remise dans les délais convenus, intacte et entière, telle qu'elle leur avait été confiée; tant était grande alors la dévotion des peuples dans les restes mortels des amis de Dieu !

On conservait encore, à Saint-Vincent, l'annexe pastoral de saint Cagnoald, en argent doré, dans la vertu merveilleuse duquel les femmes enceintes avaient une grande confiance.

Toutes ces reliques ont disparu pendant la Révolution française; l'abbaye de Saint-Vincent a été en partie démolie par des acquéreurs des biens nationaux. Ce qui reste de ses anciens bâtiments, et les beaux jardins qui les entourent, a été acheté, en 1860, par les religieux de la Compagnie de Jésus, qui y ont établi leur noviciat de troisième année, pour ceux des leurs qui se disposent à prononcer les grands vœux. Leur séjour, dans cette ancienne et célèbre abbaye, servira à revivifier la foi dans une ville qui a perdu une partie de son lustre en perdant ses évêques.

Extrait de la Vie des Saints de Franche-Comté, et de Notes fournies par M. Henri Congnet, chanoine de Soissons.

Événements marquants

  • Entrée au monastère de Luxeuil vers 590
  • Élévation au sacerdoce et service auprès de saint Colomban
  • Exil et voyage avec Colomban en Austrasie et à Brégentz
  • Aide à la fondation du monastère d'Eboriac avec sa sœur sainte Fare
  • Élection à l'évêché de Laon vers 623
  • Participation au concile de Reims en 625
  • Signature de l'acte de dotation de Solignac en 631

Miracles

  • Commande à un ours de respecter une ligne de démarcation dans la forêt
  • Cessation de la peste à Laon en 1628 après l'exposition de sa châsse
  • Vision prophétique partagée avec Colomban sur la bataille de Tolbiac

Citations

L'enfant dévoué à Dieu

— Saint Colomban (cité dans la Vie de saint Faron)

Date de fête

6 septembre

Époque

7ᵉ siècle

Décès

23 août 632 (ou 633, 638, 640 selon les sources) (naturelle)

Catégories

Patron(ne) de

Invoqué(e) pour

protection contre la peste, femmes enceintes (via son annexe pastoral)

Autres formes du nom

  • Chagnoald (fr)
  • Chainoald (fr)

Prénoms dérivés

Cagnoald, Chagnoald

Famille

  • Cagnéric (ou Agnéric) (père)
  • Leudegonde (mère)
  • Saint Faron (Burgondofaron) (frère)
  • Sainte Fare (Burgondofare) (sœur)
  • Saint Agile (cousin germain)
  • Agnoald (oncle)