Sainte Claire d'Assise

Vierge et Abbesse, Institutrice des Pauvres Dames

Fête : 12 aout 13ᵉ siècle • sainte

Résumé

Noble d'Assise, Claire renonce à sa fortune en 1212 pour suivre l'idéal de pauvreté de saint François. Fondatrice des Pauvres Dames (Clarisses), elle dirige le monastère de Saint-Damien pendant quarante-deux ans dans une austérité héroïque. Elle est célèbre pour avoir repoussé les Sarrasins en exposant le Saint-Sacrement.

Biographie

SAINTE CLAIRE D'ASSISE, VIERGE ET ABBESSE,

INSTITUTRICE DES PAUVRES DAMES DE L'ORDRE DE SAINT-FRANÇOIS.

Une âme solide et vraiment pénétrée de la grandeur de ses destinées, est bien éloignée de mettre son bonheur à satisfaire sa sensibilité.

Esprit de sainte Claire d'Assise.

Claire naquit à Assise, dans les États de l'Église, comme le séraphique Père saint François, d'une famille noble et riche, dont presque tous les garçons avaient fait profession des armes. Son père se nommait Favorino Scifi. On montre encore aujourd'hui les ruines imposantes de Sasso-Rosso, château qu'il possédait sur la pente méridionale du mont Subasio. Sa mère, de l'antique maison de Fiumi, se nommait Hortolana. C'était une dame très-pieuse qui entreprit par dévotion les pèlerinages de Jérusalem, de Saint-Michel au mont Gargan et de Saint-Pierre de Rome, et, après la mort de son mari, entra dans l'Ordre que sa fille avait fondé, où elle vécut et mourut en odeur de sainteté. Un jour qu'elle faisait ses prières devant un crucifix pour mériter l'assistance du ciel dans ses couches, elle entendit une voix qui lui disait : « Ne craignez rien, Hortolana ; vous mettrez heureusement au jour une lumière qui éclairera tout le monde ». Cette voix fut cause qu'elle fit donner à sa fille, au baptême, le nom de Claire. Elle en eut encore deux autres, Agnès et Béatrix, que nous verrons bientôt, à l'exemple de leur aînée, renoncer à toutes les choses de la terre pour se faire pauvres disciples de saint François.

L'enfance de Claire fut parfaitement innocente ; la grâce la prévint tellement, qu'on ne vit rien en elle de la pétulance ordinaire à cet âge. Elle était modeste, tranquille, docile, véridique en ses paroles, obéissante et

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toujours prête à prier Dieu et à s'acquitter des dévotions que sa mère lui prescrivait. Lorsque la raison se fut développée, elle fit bientôt paraître qu'elle suivrait toujours le parti de la vertu : le jeûne, l'aumône et l'oraison étaient ses plus chers exercices ; devenue plus grande, elle fut obligée, pour contenter ses parents, de s'habiller comme les personnes de son rang ; mais elle portait sous ses habits un petit cilice pour crucifier sa chair virginale. Ses parents firent de vains efforts pour l'engager dans le mariage. Elle ne voulut point d'autre époux que Jésus-Christ. Avide d'entendre saint François d'Assise, elle put se procurer ce bonheur et en fut ravie. Elle désira même avoir une entrevue avec lui. L'ayant obtenue, elle vint le voir dans son petit couvent de la Portioncule, et lui découvrit les sentiments que Dieu imprimait dans son cœur. Le Saint la confirma dans le dessein de garder inviolablement sa pureté virginale et de quitter tous les biens de la terre pour n'avoir plus d'autre héritage que Jésus-Christ. Comme Claire lui rendit ensuite d'autres visites, il la forma de plus en plus selon son esprit de pénitence et de pauvreté, et lui fit concevoir la résolution de faire pour son sexe ce que lui-même avait fait pour les hommes. Ainsi, l'an 1212, le jour des Rameaux, qui tombait au 19 mars, où l'on célèbre ordinairement la fête de saint Joseph, elle parut le matin dans l'église cathédrale d'Assise, avec ce qu'elle avait de joyaux et d'habits précieux ; elle se rendit le soir dans la petite église de la Portioncule, où, ayant été reçue avec une très-grande joie par le saint patriarche et par ses religieux, qui avaient tous un cierge à la main, elle se dépouilla de tous ses ornements de vanité, donna ses cheveux à couper, et fut revêtue d'un sac et d'une corde, comme des véritables livrées d'un Dieu pauvre, souffrant et humilié. Après une action si généreuse, le Saint, qui ne la pouvait pas retirer dans son couvent, et qui, d'ailleurs, n'avait pas encore de maison où il la put loger en particulier, la conduisit chez les Bénédictines de Saint-Paul.

Lorsque cette résolution de Claire fut divulguée, chacun en parla selon son caprice. Les uns l'attribuaient à une légèreté de jeunesse, car elle n'avait encore que dix-huit ans ; les autres à une ferveur indiscrète et à une dévotion mal réglée. Ses proches surtout en furent extrêmement irrités, et ils n'épargnèrent rien pour lui persuader de revenir au logis de son père et d'accepter une alliance avantageuse dont on lui avait déjà fait la proposition. Ils voulurent user de violence et la tirer par force de l'asile sacré où elle s'était réfugiée ; mais, pour leur ôter toute espérance de la revoir jamais dans le monde, elle leur fit voir ses cheveux coupés et s'attacha si fort aux ornements de l'autel, qu'on ne pouvait pas sans sacrilège et profanation l'en arracher. Ils cessèrent donc de la tourmenter, après plusieurs jours de poursuites, et saint François, qui veillait toujours à sa sanctification, la fit passer du monastère de Saint-Paul, où il l'avait mise, dans celui de Saint-Ange de Panso, aussi de l'Ordre de Saint-Benoît, qui était hors de la ville. Ce fut là que cette chère amante de Jésus, prosternée aux pieds de son Époux, le pria instamment de lui donner pour compagne celle qu'il lui avait donnée pour sœur, savoir, la petite Agnès de Sciffi. Sa prière fut exaucée, et, seize jours seulement après cette retraite, cette chère sœur sortit secrètement de la maison de ses parents et vint se rendre auprès de Claire, pour pratiquer avec elle les exercices de la pénitence et de la mortification, dont elle donnait de si rares exemples. Si la fuite de l'aînée avait si fort irrité leurs parents, celle de la cadette les offensa encore davantage. Ils viennent au nombre de douze au monastère de Saint-Ange, et, comme Agnès refuse de les suivre, ils l'accablent de coups de pieds et de poings, la

traînent par les cheveux et l'enlèvent de force, comme un lion ou un loup enlève une brebis après l'avoir saisie au milieu du bercail. Tout ce que peut faire cette innocente vierge, c'est de crier à sa sœur qu'elle ait pitié d'elle et qu'elle ne souffre pas un enlèvement si injuste. Claire se met en oraison, et aussitôt, par un grand miracle de la divine Providence, la petite Agnès, qu'on avait déjà emportée assez loin, devient si pesante et si immobile, que ces douze hommes ne peuvent la lever de terre ni la remuer. De rage, Monalde, son oncle, veut la tuer ; mais il est saisi à l'heure même d'une si grande douleur au bras, qu'il ne peut presque plus se soutenir. Enfin, lorsqu'ils sont tous dans la confusion, Claire arrive et les oblige par ses remontrances de lui rendre sa chère sœur : elle la ramène donc au monastère, et, peu de temps après, elle reçoit l'habit des mains de saint François, quoi qu'elle n'ait que quatorze ans. Il mit ensuite les deux sœurs dans une petite maison qui était contiguë à l'église de Saint-Damien.

Ce fut donc là proprement que commença l'Ordre des religieuses de Saint-François, comme celui des religieux avait commencé dans l'église de la Portioncule. Les deux sœurs eurent bientôt un grand nombre de compagnes ; car, l'odeur de la sainteté de la vierge Claire se répandant partout, beaucoup de femmes et de filles voulurent l'avoir pour leur mère. Les principales, outre Hortolana, sa mère, et Béatrix, sa dernière sœur, furent les vénérables dames Pacifique, Aimée, Christine, Agnès, Françoise, Bienvenue, Balbine, Benolte, une autre Balbine, Philippe, Cécile et Luce, toutes excellentes religieuses et que Dieu a rendues illustres par des miracles, comme il est écrit au martyrologe des Saints de cet Ordre. Claire fut d'abord établie leur supérieure par saint François, entre les mains duquel elles promirent toutes obéissance ; mais lorsqu'elle vit leur nombre augmenter, elle voulut se démettre de cette charge, aimant mieux servir Dieu dans l'humilité et la soumission, que commander à des filles qu'elle croyait plus vertueuses qu'elle ; mais le Saint, qui connaissait combien sa nouvelle plante profiterait par la culture d'une si sainte abbesse, la confirma pour toute sa vie dans son office : la communauté applaudit à cette mesure ; car, bien qu'elle fût remplie d'excellents sujets qui ont même été employés à de nouveaux établissements, nulle néanmoins n'était si capable de gouverner que Claire, qui possédait éminemment l'esprit du bienheureux patriarche. Aussi, bien loin de s'enorgueillir de sa prélature, elle ne s'en servit que pour s'humilier davantage. Elle était la première à pratiquer les exercices de mortification et de pénitence. Les emplois les plus bas étaient ceux qui lui semblaient les plus agréables. Elle donnait elle-même à laver à ses sœurs, et souvent, lorsqu'elles étaient à table, elle demeurait debout et les servait. Elle lavait aussi les pieds des filles de service qui venaient du dehors, et les baisait avec respect et humilité. Rien n'est si dégoûtant ni si contraire à la délicatesse des jeunes filles que les ministères qu'il faut rendre aux malades dans les infirmeries ; mais elle ne croyait pas que sa dignité de supérieure l'en dût exempter, et si elle députait quelques sœurs pour en avoir la charge, c'est à condition que souvent elles lui laissassent faire ce qui était plus difficile et dont les autres auraient eu plus d'aversion.

De cette grande humilité naissait dans son cœur un ardent amour pour la sainte pauvreté. La succession de son père lui étant échue au commencement de sa conversion, elle n'en retint rien pour elle-même, ni pour son monastère, mais la fit distribuer tout entière aux pauvres. Non-seulement elle ne voulut point que sa maison possédât aucune rente et revenu, mais elle ne souffrait pas même qu'on y gardât de grandes provisions, se conten-

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tant de ce qui était nécessaire pour vivre chaque jour. Elle aimait mieux que les frères qui quêtaient pour son monastère, apportassent des morceaux de pain déjà sec que des pains entiers. Enfin, tout son dessein était de ressembler à Jésus-Christ pauvre, qui n'a jamais rien possédé sur la terre, et qui, né tout nu dans une pauvre étable, est mort tout nu sur le pauvre lit de la croix. Elle obtint du pape Innocent III, le privilège de la pauvreté, c'est-à-dire le droit de s'établir sur le seul fondement de la charité des fidèles, avec l'excellente qualité de pauvre, comme un titre d'honneur et de gloire : c'est pourquoi son Ordre est communément appelé l'Ordre des Pauvres-Dames. Et lorsque le pape Grégoire IX, jugeant qu'une si grande pauvreté était trop rigoureuse pour des femmes, voulut la mitiger en les dispensant du vœu qu'elles en avaient fait et en leur donnant des rentes, elle remercia Sa Sainteté de cette offre, et la pria instamment de ne rien changer aux premières dispositions de son établissement : ce qu'il lui accorda. Dieu a souvent justifié par des miracles cette conduite de sa servante, et fait voir qu'il veille au secours de ceux qui se confient en lui. Un jour, il n'y avait qu'un pain assez médiocre dans le monastère, et le temps du dîner étant arrivé, elle ordonna à la sœur dépensière d'en envoyer la moitié aux religieux qui les assistaient et de partager l'autre moitié en cinquante morceaux, pour autant de pauvres dames qui composaient alors sa communauté. La dépensière fit avec une obéissance aveugle ce qui lui était commandé, et, par une merveille surprenante, ces morceaux se grossirent tellement, qu'ils furent suffisants pour nourrir toutes les religieuses. Une autre fois, il n'y avait plus d'huile dans le monastère : Claire prit un baril, le lava, et envoya chercher le frère quêteur, afin qu'il l'allât faire remplir d'huile par aumône. Il vint aussitôt, mais, au lieu de le trouver vide, il le trouva tout plein. Cela lui fit croire que les bonnes dames s'étaient voulu moquer de lui, et il s'en plaignit ; mais il changea ses plaintes en admiration et en actions de grâces, lorsqu'on lui apprit qu'on avait mis le baril vide sur le tour, et que l'huile qu'il y avait vue était une huile miraculeuse.

Pour les austérités de notre Sainte, elle n'était vêtue que d'une vile tunique et d'un petit manteau de grosse étoffe ; elle marchait toujours les pieds nus, sans socques ni sandales, couchait sur la dure, jeûnait toute l'année, excepté le dimanche, et souvent au pain et à l'eau ; elle gardait un perpétuel silence hors les devoirs indispensables de la nécessité et de la charité : il est vrai que ces pratiques lui étaient communes avec ses sœurs. Mais quel rapport entre un corps délicat comme le sien et un vêtement de peau de porc, dont elle appliquait le côté velu et hérissé et les soies dures et piquantes sur sa chair, pour lui faire endurer un martyre continuel ! Elle se servait aussi d'un cilice fait de crin de cheval, qu'elle serrait encore plus étroitement avec une corde de semblable tissure, armée de treize nœuds. Son abstinence était si sévère, que ce qu'elle mangeait n'aurait pas été suffisant pour sa nourriture, si la vertu de Dieu ne l'eût soutenue. Pendant le grand Carême et celui de Saint-Martin, elle ne vivait que de pain et d'eau ; encore ne mangeait-elle point du tout les lundis, les mercredis et les vendredis. La terre nue, ou un tas de sarments de vigne, avec un morceau de bois pour oreiller, firent au commencement tout l'appareil de son lit ; depuis, se sentant trop faible, elle coucha sur un tapis de cuir et mit de la paille sous sa tête. Enfin, elle était tellement insatiable de peines et de souffrances, que saint François fut obligé de modérer cette ardeur et de la faire modérer par l'évêque d'Assise. Ils lui ordonnèrent donc de cou-

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cher sur une paillasse et de ne point passer de jour sans manger. Mais son repas des lundis, des mercredis et des vendredis, en Carême, se composait d'une once et demie de pain et d'une gorgée d'eau, qui servaient plutôt à irriter sa faim et sa soif qu'à les apaiser.

Comme elle était entièrement morte au monde, et qu'elle avait le cœur parfaitement pur, rien ne l'empêchait de vaquer à l'oraison et de s'occuper en tous temps et en tous lieux des grandeurs et des bontés de son Dieu. Son ordinaire était de passer plusieurs heures en prières après Complies, avec ses sœurs, devant le Saint-Sacrement, où elle répandait beaucoup de pleurs et excitait les autres à gémir et à soupirer par l'exemple de sa ferveur. Lorsqu'elles se retiraient pour aller prendre un peu de repos, elle demeurait encore constamment au chœur, pour y entendre, comme furtivement, dans la solitude, les mouvements secrets de l'Esprit de Dieu. Là, toute baignée dans ses larmes et prosternée contre terre, tantôt elle détestait ses offenses, tantôt elle implorait la divine miséricorde pour son peuple, tantôt elle déplorait les douleurs de Jésus-Christ, son bien-aimé. Une nuit, l'ange des ténèbres lui apparut sous la figure d'un petit enfant tout noir et lui dit : « Si tu ne mets fin à tes larmes, tu perdras bientôt la vue ». Et elle lui répondit sur-le-champ : « Celui-là verra bien clair qui aura l'honneur de voir Dieu ». Ce qui obligea ce monstre de se retirer avec confusion. Il revint néanmoins après Matines, et ajouta qu'à force de pleurs elle se rendrait malade. Mais elle le repoussa encore vigoureusement, lui disant que celui qui sert Dieu ne craint aucune incommodité. On ne saurait décrire les faveurs qu'elle recevait dans ce saint exercice. Un jour, sœur Bienvenue, une de ses religieuses, aperçut durant ce temps un globe de feu qui se reposait sur sa tête et qui la rendait admirablement belle et lumineuse. Une autre fois, sœur Françoise vit sur ses genoux un enfant parfaitement beau, lui faisant de très-aimables caresses. Malade, une nuit de Noël, il lui fut impossible de se lever pour aller à Matines ; cependant elle se mit en prières ; dans son pauvre lit, elle entendit distinctement tout l'office qui fut chanté par les religieux de saint François, dans l'église de Notre-Dame de la Portioncule, fort éloignée de son monastère ; et, ce qui est plus merveilleux, elle eut le bonheur de voir l'Enfant Jésus couché dans sa crèche. Lorsqu'elle sortait de ses communications avec Dieu, ses paroles étaient toutes de feu, et elles répandaient une certaine onction qui gagnait et emportait les cœurs de tous ceux qui avaient le bonheur de l'entendre.

D'ailleurs, elle avait tant de crédit auprès de Dieu, qu'elle obtenait aisément tout ce qu'elle lui demandait. Il n'en faut point d'autre preuve que ce qui arriva à l'égard de l'armée des Sarrasins que l'empereur Frédéric II, dans ses démêlés avec le Saint-Siège, envoya dépeupler le duché de Spolète, et qui vint pour assiéger la ville d'Assise et pour piller le couvent de Saint-Damien. Tout était à craindre, pour des femmes sans défense, de la part de Barbares sans pudeur ni religion. Dans un si grand sujet de terreur et d'effroi, elles coururent toutes à sainte Claire, qui était malade à l'infirmerie, comme les poussins courent sous les ailes de leur mère lorsqu'ils aperçoivent le milan qui vient fondre sur eux. Elle leur dit de ne rien craindre, et, dans la confiance dont elle était remplie, elle se traîna le mieux qu'elle put, soutenue sur leurs bras, à la porte du couvent, où elle fit mettre devant elle le très-saint Sacrement renfermé dans un ciboire d'argent et dans une boîte d'ivoire. Là, se prosternant devant son souverain Seigneur, elle lui dit les larmes aux yeux : « Souffrirez-vous, mon Dieu, que vos servantes faibles et sans défense, que j'ai nourries du lait de votre amour,

VIES DES SAINTS. — TOME IX.

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tombent entre les mains des infidèles? Je ne puis plus les garder, mais je vous les remets entre les mains, et je vous supplie de les protéger dans une extrémité si terrible et si pressante ». À peine eut-elle achevé ces mots, qu'elle entendit une petite voix, comme d'un enfant, qui lui répondit : « Je vous garderai toujours ». Alors, se sentant plus hardie, elle ajouta : « Permettez-moi, mon Seigneur, d'implorer aussi votre miséricorde et votre secours pour la ville d'Assise, qui nous nourrit de ses aumônes ». — « Elle souffrira plusieurs dommages », répondit le Sauveur, « mais j'empêcherai qu'elle soit prise ». — Après des réponses si avantageuses, la Sainte leva la tête et dit à ses filles : « Je vous donne ma parole, mes sœurs, que vous n'aurez point de mal ; seulement confiez-vous en Dieu ».

Les Sarrasins avaient déjà escaladé le monastère, et quelques-uns étaient entrés dans le cloître ; mais, à l'instant même où cette prière fut achevée, ils furent saisis d'une terreur panique, remontèrent précipitamment les mêmes murs et laissèrent les servantes de Dieu en paix, et, peu de temps après, ils levèrent le siège d'Assise et quittèrent entièrement l'Ombrie.

La même ville était une autre fois extrêmement pressée par Vital d'Averse, capitaine de l'armée impériale ; il avait juré de ne point s'en retourner qu'il ne l'eût emportée de force, ou qu'elle ne se fût rendue à discrétion. La Sainte, touchée de ce malheur, assembla toutes ses filles et leur remontra que ce serait une ingratitude à elles, si, après avoir reçu tant de charités des habitants d'Assise, elles n'employaient tout ce qu'elles avaient de crédit auprès de Dieu pour obtenir la délivrance de cette ville. Elle fit donc venir de la cendre, s'en couvrit la tête la première et en couvrit ensuite la tête à toutes les autres, puis, en cet état, elles pressèrent si efficacement la bonté de Dieu de regarder cette ville d'un œil de pitié et de miséricorde, que la nuit même toute l'armée de ce nouvel Holopherne fut mise en déroute, et, obligé lui-même de se retirer avec confusion, il mourut peu de temps après d'une mort violente, juste punition de son orgueil.

La dévotion de sainte Claire envers le très-saint Sacrement était admirable. Dans ses plus grandes maladies, elle se faisait mettre sur son séant, afin de travailler à des corporaux pour les paroisses des environs d'Assise. Elle faisait aussi des corporaliers de soie ou de pourpre, et, quoiqu'elle aimât souverainement la pauvreté, elle ne laissait pas d'employer les plus riches étoffes lorsqu'il était question de faire quelque ornement pour la célébration de ce grand mystère. Elle communiait toute baignée de larmes, n'ayant pas moins de respect pour son Dieu renfermé sous les voiles du Sacrement que pour lui-même tonnant dans les cieux et gouvernant tout le monde visible et invisible. Elle sentait aussi une tendresse extrême pour le mystère de la Passion et pour les plaies de son Sauveur crucifié, qu'elle contemplait avec une ardeur et un amour qui ne se peuvent exprimer. Un jour, elle fut tellement abîmée dans la considération des bontés de son Dieu mourant, qu'elle demeura en extase depuis le jeudi saint jusqu'à la nuit du samedi saint. Le démon, ne pouvant souffrir cette affection pour un mystère dont il a tant d'horreur, lui donna une fois un soufflet qui lui ensanglanta l'œil et lui rendit la joue toute livide ; mais la Sainte n'en fit que rire et eut une joie extrême de souffrir du démon même ce que son Sauveur a souffert de l'un de ses ministres dans la maison de Caïphe.

Elle fit de grands miracles par la vertu du signe de la croix. Surtout elle guérit par ce moyen un nommé Étienne, malade de fièvre chaude, que

saint François lui avait envoyé; et elle rendit la santé à plusieurs de ses filles affligées de diverses infirmités. Un jour, un enfant lui ayant été amené, dont l'œil était tout défiguré, elle le fit conduire à la bienheureuse Hortolana, sa mère, afin qu'elle fît elle-même ce signe salutaire sur son œil : cela fut si efficace, que l'enfant reçut la guérison en même temps. Comme elle était extrêmement affamée du pain de la parole de Dieu, elle écoutait avec joie les prédicateurs qui la distribuaient dans son Église; et ayant ouï dire que le Pape avait défendu aux religieux de son Ordre d'aller chez les religieuses sans sa permission, elle renvoya aussi ceux qui faisaient la quête, disant qu'il n'était pas raisonnable d'avoir des religieux qui apportassent le pain matériel et de n'en point avoir qui apportassent le pain spirituel, ce qui fit que Sa Sainteté révoqua aussitôt cette défense. Elle donnait des instructions admirables à ses filles : elle leur apprenait à mépriser les demandes importantes et les feintes nécessités du corps, à retenir leur langue et à garder soigneusement le silence intérieur et extérieur; à se détacher de l'affection de leurs parents, et à mettre leur inclination et leur amour en Jésus-Christ seul; à secouer toutes sortes de paresse et de négligence, et à faire continuellement succéder l'oraison au travail. Quelque sévère qu'elle fût à elle-même, et quelque soin qu'elle eût que sa règle fût inviolablement observée, elle était néanmoins pleine de compassion et de bonté pour ses sœurs, et elle avait un soin extrême de tous leurs besoins corporels. Aussi ne vit-on jamais de communauté plus unie que la sienne, ni de religieuses plus affectionnées à leur supérieure que ses filles l'étaient envers elle.

Enfin, il plut à Notre-Seigneur de contenter les désirs de son Épouse, qui demandait, avec une ardeur incroyable, de jouir de lui dans l'éternité bienheureuse. Il y avait déjà quarante-deux ans qu'elle était dans la pratique fidèle et assidue de tous les exercices de la religion, sans que plusieurs maladies violentes, qu'elle avait endurées durant vingt-huit ou trente ans, eussent arraché de sa bouche un mot de plainte et de murmure, ni eussent été capables de diminuer le feu de son zèle et de sa charité. Elle avait aussi prédit, il y avait deux ans, qu'elle ne mourrait point avant que le Seigneur ne fût venu la visiter avec ses disciples. Le temps donc de sa récompense étant arrivé, le pape Innocent IV, qui avait une estime extraordinaire pour sa vertu et qui l'aimait parfaitement en Jésus-Christ comme la plus fidèle Épouse que cet aimable Sauveur eût sur la terre, revint de Lyon à Pérouse avec le collège sacré des cardinaux. Il apprit, dans cette ville, que Claire était dangereusement malade, et qu'il y avait beaucoup d'apparence que sa fin était proche. Il se transporta au plus tôt à Assise, avec sa cour, et dans son couvent de Saint-Damien, accompagné de ses cardinaux, comme Notre-Seigneur de ses disciples, il lui donna sa bénédiction apostolique avec l'indulgence plénière de tous ses péchés, que cette âme déjà toute céleste lui demanda avec grande instance et reçut avec une très-profonde humilité. Elle avait reçu le même jour le saint Viatique des mains du provincial des Mineurs, et, lorsqu'on le lui avait administré, on avait vu, dans la sainte hostie, un enfant d'une beauté inestimable, avec un globe de feu au-dessus. Lorsque Sa Sainteté fut retirée, sainte Claire, toute baignée de larmes, les mains jointes et les yeux levés vers le ciel, dit à ses sœurs : « Rendez grâces à Dieu, mes chères filles, de ce que j'ai eu aujourd'hui un honneur que le ciel et la terre ne pourraient jamais payer, ayant été si heureuse que de recevoir mon Sauveur, et d'être visitée de son vicaire ». Sa sœur Agnès la pria de ne la point laisser sur la terre, mais de l'emmener avec elle dans le ciel. « Ton heure n'est pas encore venue », répondit-elle ; « mais réjouis-

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toi, car elle n'est pas éloignée, et, avant de mourir, tu recevras de ton Époux bien-aimé une grande consolation ». La chose arriva selon cette prédiction.

Ses religieuses ne l'abandonnèrent point, et ne se mettaient point en peine ni de manger, ni de dormir, pourvu qu'elles ne perdissent pas une parole d'une mère si chère et d'une si sainte amante du Sauveur. À l'exemple de saint François, elle dicta un testament, non pas pour léguer à ses filles des biens temporels dont elle était entièrement dépourvue, mais pour leur léguer la sainte pauvreté et le parfait dépouillement de toutes choses, qui est un plus grand trésor que tous les biens de ce monde. Frère Regnault s'étant approché de son lit pour lui faire une petite exhortation sur les avantages de la patience, elle lui dit, avec une force héroïque, que, depuis que Notre-Seigneur l'avait appelée à son service par le moyen de son ami saint François, nulle peine, par sa grâce, ne lui avait été fâcheuse, nulle pénitence difficile, et nulle maladie désagréable. Plusieurs cardinaux et plusieurs évêques la visitèrent en particulier ; et, ce qui est merveilleux, bien qu'il lui fût impossible de rien prendre, ce qui dura dix-sept jours, on vit toujours en elle une présence d'esprit et une vigueur extraordinaires : elle reçut ces prélats avec toute la piété et la dévotion que demandait l'honneur de leur visite, et elle exhortait même à la piété tous ceux qui l'approchaient, de même que si elle eût joui d'une parfaite santé.

Elle fut encore assistée, dans cette extrémité, par frère Junipère, frère Ange et frère Léon, trois excellents compagnons de saint François, lesquels, mêlant leurs flammes avec celles de la Sainte, en firent un brasier d'amour qui ne se peut exprimer. Enfin Claire, étant près de mourir, parla elle-même à son âme et lui dit : « Sors hardiment, mon âme, ne crains rien, tu as un bon guide et un bon sauf-conduit. Sors, dis-je, hardiment ; car celui qui t'a créée, qui t'a sanctifiée, et qui t'a aimée comme une mère aime sa fille, est lui-même disposé à te recevoir ». Puis adressant la parole à son Sauveur, elle lui dit : « Et vous, mon Seigneur et mon Dieu, qui m'avez donné l'être et la vie, soyez béni ». Au même instant Notre-Seigneur lui apparut, avec une compagnie bienheureuse de vierges couronnées de fleurs d'une beauté et d'une odeur sans pareilles ; l'une d'elles, dont la couronne était fermée, et rendait plus de lumière que le soleil (c'était la sainte Vierge), s'approcha d'elle pour l'embrasser. Les autres à l'envi étendirent sur son corps un tapis d'une étoffe inestimable, et, pendant cette action, dont elle fit part à ses sœurs, son âme toute pure s'envola dans le sein de la Divinité, pour y posséder éternellement son souverain bonheur. Ce fut l'an 1253, le onzième jour du mois d'août, qui est le lendemain de la fête de saint Laurent, bien que l'on ait remis la sienne au 12, où l'on fit son enterrement.

Le bruit de ce bienheureux décès étant divulgué, toute la ville d'Assise, pour ainsi dire, accourut au monastère de Saint-Damien afin d'y voir le corps qui avait logé une âme si sainte. Le Pape même, assisté des cardinaux, s'y transporta pour être présent à ses funérailles. Les religieux de l'Ordre de Saint-François vurent aussi appelés pour chanter l'office : ils commencèrent à entonner celui des morts ; mais le Pape les arrêta et leur dit qu'il fallait chanter l'office d'une sainte Vierge, comme la voulant canoniser avant qu'elle fut inhumée, et cela eût été fait si le cardinal d'Ostie n'eût fait observer à Sa Sainteté que dans une affaire de cette importance il fallait toujours prendre du temps pour la décider. Ce même cardinal fit l'oraison funèbre, où, après avoir montré la vanité de toutes les choses du monde,

il releva avec beaucoup de force et d'éloquence le mérite de cette Sainte.

Au reste, quoique sainte Claire ne soit point sortie durant sa vie de son monastère de Saint-Damien, son Ordre néanmoins s'est étendu dès son vivant en plusieurs endroits de l'Europe, et elle a envoyé quelques-unes de ses filles en divers lieux pour fonder de nouveaux monastères. Il s'est depuis multiplié jusqu'à l'infini, et s'est partagé en diverses branches, dont les unes se sont maintenues inviolablement dans l'ancienne observance, où l'on reprend par la réforme de sainte Colette, et retiennent le premier nom de Pauvres-Dames de Sainte-Claire ; d'autres, qui ont dégénéré de la grande pauvreté du premier institut, en prenant des rentes par la permission du pape Urbain IV, sont nommées Urbanistes : d'autres, qui ont ajouté aux unes ou aux autres quelques constitutions particulières, sont appelées ou Capucines, ou de la Conception, ou Annonciades, ou Récollettes, ou Cordelières. Il y a de tous ces Ordres ensemble près de quatre mille couvents et près de cent mille religieuses. Le nombre des saintes qu'ils ont données à l'Église ne peut se compter. Surtout l'on ne pouvait assez admirer l'austérité des religieuses de l'Ave Maria de Paris, qui vivaient dans un corps comme si elles n'en eussent point, et qui étaient sur la terre comme si elles eussent été déjà entièrement séparées de la terre. Cette communauté n'existe plus depuis la révolution, et la maison est devenue une caserne.

On la représente ordinairement au pied du très-saint sacrement de l'autel ; quelquefois avec saint François d'Assise, ravis tous les deux en extase pendant qu'ils s'entretenaient ensemble ; en diverses circonstances devant un Pape, soit lorsqu'elle refuse la dispense de l'étroite pauvreté dont elle avait fait profession, soit lorsque, bénissant la table au réfectoire par ordre du souverain Pontife, il arriva que tous les pains se trouvèrent marqués d'une croix, soit quand le Pape voulut se charger de lui donner le viatique, et assister solennellement à ses obsèques avec les cardinaux.

[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]

Son corps fut inhumé à Assise, au couvent de Saint-Georges, que le pape Grégoire IX lui avait donné, et où celui de saint François avait aussi été transporté, afin qu'ils fussent plus en sûreté et moins exposés aux courses et aux insultes des ennemis.

Il s'y fit aussitôt un si grand nombre de miracles par l'intercession de la Sainte, que le pape Alexandre IV, successeur d'Innocent, ne fit point de difficulté de la canoniser deux ans seulement après son décès (1255).

Depuis 1260, ses dépouilles sacrées ont été transférées dans une église bâtie en son honneur, qui lui fut dédiée en 1266, en présence du pape Clément IV. Elles restèrent là, non pas exposées à la vénération des fidèles, mais inhumées.

Après cinq cents ans, c'est-à-dire le 23 août 1850, on résolut de tirer ce saint corps de l'obscurité du tombeau. On fit les fouilles nécessaires à cet effet : on le découvrit ; la tombe fut ouverte avec toute la pompe qui convenait à une si grande fête, et les ossements reconnus juridiquement. Ils étaient conservés entiers, et non pulvérisés, malgré l'humidité du caveau ; on les mit dans une chasse, à l'exception d'une côte, la plus rapprochée du cœur, destinée au souverain Pontife, et des fragments réservés pour les Clarisses de France (23 septembre 1850).

Plusieurs miracles furent opérés en cette occasion. Le réduit obscur où avaient reposé pendant des siècles les reliques de sainte Claire, fut changé en une église souterraine.

Le voile de sainte Claire est conservé en entier au couvent de Florence, et Dieu s'en sert encore pour opérer plusieurs miracles, particulièrement en faveur des enfants tombés en léthargie.

Nous avons sa vie dans Surina, écrite par un auteur de son temps, suivant l'ordre qu'il en avait reçu du pape Alexandre IV, après qu'il l'eut canonisée. Le Père Artus du Moustier, dans le martyrologe de Saint-François, rapporte une longue liste d'auteurs qui ont fait son éloge. — Cf. Godescard ; le Dictionnaire des Ordres religieux, par Hélynt ; le Dictionnaire encyclopédique de la théologie catholique, par Goschler ; et la Vie de sainte Claire, par l'abbé Demore, de Marseille, où l'on trouvera les renseignements les plus précis sur les plus récentes découvertes des reliques de la sainte abbesse.

13 AOÛT.

Événements marquants

  • Fuite de la maison paternelle le dimanche des Rameaux 1212
  • Réception de l'habit des mains de saint François à la Portioncule
  • Fondation de l'Ordre des Pauvres Dames à Saint-Damien
  • Obtention du privilège de la pauvreté auprès d'Innocent III
  • Délivrance d'Assise face aux Sarrasins par l'exposition du Saint-Sacrement
  • Canonisation en 1255 par Alexandre IV

Miracles

  • Multiplication d'un pain pour cinquante religieuses
  • Remplissage miraculeux d'un baril d'huile
  • Lourdeur miraculeuse d'Agnès pour empêcher son enlèvement
  • Guérison d'un enfant à l'œil défiguré par le signe de la croix
  • Audition à distance de l'office de Noël à la Portioncule

Citations

Celui-là verra bien clair qui aura l'honneur de voir Dieu

— Réponse au démon

Sors hardiment, mon âme, ne crains rien, tu as un bon guide et un bon sauf-conduit.

— Dernières paroles

Date de fête

12 aout

Époque

13ᵉ siècle

Décès

11 août 1253 (naturelle)

Catégories

Invoqué(e) pour

maladies des yeux, enfants en léthargie

Autres formes du nom

  • Claire de Sciffi (fr)
  • Chiara d'Assisi (it)

Prénoms dérivés

Claire, Chiara

Famille

  • Favorino Scifi (père)
  • Hortolana (mère)
  • Sainte Agnès de Sciffi (sœur)
  • Béatrix (sœur)
  • Monalde (oncle)