Bienheureuse Ide, Comtesse de Boulogne
Comtesse de Boulogne
Résumé
Descendante de Charlemagne et mère de Godefroi de Bouillon, Ide fut une comtesse exemplaire par sa piété et sa charité. Après son veuvage, elle consacra sa fortune à la fondation de monastères et au rétablissement d'églises en Boulonnais. Elle mourut en 1113 après avoir prédit la date de son trépas.
Biographie
LA BIENHEUREUSE IDE, COMTESSE DE BOULOGNE
Si les œuvres extérieures sont nécessaires à l'édification, n'exhibons pas que la sainteté consiste beaucoup plus dans les dispositions intérieures.
Comment. sur le Ps. xxiv, 14.
Elle descendait de Charlemagne, de Louis le Débonnaire, de Lothaire Ier et de Louis II, tous quatre empereurs d'Occident, par Ermengarde, fille du dernier. Son père se nommait Godefroi, et fut surnommé le Grand et le Hardi, pour la grandeur de son courage. Il était duc de l'une et l'autre Lorraine. D'autres disent duc de Brabant et comte des Ardennes et de Bouillon, ce qui revient au même. Sa mère se nommait Dode, et était, comme Godefroi, du sang de Charlemagne. Ide reçut, par leurs soins, une éducation toute sainte : elle méprisa de bonne heure ce que le monde estime, et mit toute son affection à bien servir Dieu et à se rendre agréable à Jésus-Christ.
A l'âge de dix-sept ans, elle épousa, par la volonté de ses parents, Eustache II, comte de Boulogne-sur-Mer et de Lens, en Artois, qui descendait de Charlemagne, par Charles le Chauve. Elle en eut trois fils, qui ne l'ont pas rendue moins glorieuse que la noblesse de ses parents et de son mari. Le premier fut Eustache III, qui hérita du comté de Boulogne. Le second fut Godefroi de Bouillon, si renommé dans l'histoire des Croisades, qui eut le bonheur de conquérir la Terre-Sainte sur les Sarrasins, et fut roi de Jérusalem. Le troisième fut Baudoin, qui succéda à Godefroi au royaume de Jérusalem. Ide eut aussi plusieurs filles, dont une épousa l'empereur Henri IV.
Ide voulut élever elle-même tous ses enfants, afin de leur inspirer, avec le lait, la haine du vice et l'amour de la vertu ; elle eut un soin mer-
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veilleux de les élever dans la crainte de Dieu, et de les former à tous les exercices qui étaient convenables à leur condition et aux grands desseins que la divine Providence avait sur eux, et qui ne lui étaient pas inconnus. Sa douceur et sa charité la rendirent aimable à tous ses sujets ; les pauvres étaient les mieux venus en son palais, et elle n'épargnait rien pour les assister dans leurs misères. Elle secouait avec un égal soin les malades, les veuves et les orphelins. Son occupation la plus agréable était de faire des parures pour les autels, et des ornements sacrés pour les ministres de Jésus-Christ. Elle travailla aussi beaucoup, avec son mari, au rétablissement des églises de ses États. Elle répara l'église de Notre-Dame de Boulogne, si célèbre par la dévotion envers la Sainte Vierge. Sa vie se passait dans les jeûnes, dans les veilles et dans les prières ; et toutes ces vertus étaient soutenues d'une profonde humilité qui, lui donnant de bas sentiments d'elle-même, la rendait très-agréable à Dieu.
Elle avait, pour la conduire dans les exercices d'une vie si parfaite, un directeur éclairé, le grand saint Anselme, alors religieux du Bec, en Normandie, et depuis archevêque de Cantorbéry, en Angleterre, l'un des plus grands hommes de son temps. On lit, parmi les œuvres de ce saint Prélat, plusieurs lettres qu'il a écrit à notre pieuse comtesse ; il l'appelle sa sœur bien-aimée, et sa très-chère fille en Jésus-Christ, et il l'a plus d'une fois, comme nous l'apprend le biographe de ce saint Prélat, visitée à Boulogne, pour l'enflammer de plus en plus du désir des choses célestes.
Après la mort du comte Eustache, son mari, Ide, ayant la libre disposition de ses biens, les vendit en partie et en employa l'argent à bâtir des monastères. Elle fonda celui de Saint-Villemer ou Wulmer à Boulogne, dans la Ville-Haute, pour des religieux de Saint-Augustin ; celui du Wast, appelé dans la suite Vasconvilliers, à deux milles de la ville, pour les religieux de Cluny, que saint Hugues, abbé de Cluny, lui envoya ; et celui de Notre-Dame de la Capelle, près de Calais. Elle rétablit aussi celui de Samer, qui était entièrement ruiné, et fit des donations considérables aux monastères de Saint-Bertin, de Bouillon et d'Aflighem, dans les Pays-Bas, où elle demeura quelque temps après le décès de son mari. Il semble, dans les lettres qui restent de ses fondations, que l'humilité et la charité combattent ensemble à qui l'emportera ; et l'on ne peut rien voir de plus édifiant que les termes dans lesquels les actes en sont conçus. L'on y remarque aussi une sainte émulation entre tous ceux qui composaient la famille de Boulogne, pour donner à ces églises quelques portions de leurs héritages.
La piété de la sainte Comtesse n'en demeura pas là ; elle enrichit aussi plusieurs de ces maisons de très-précieuses reliques : une partie lui fut envoyée de la Terre-Sainte, par Godefroi de Bouillon, son fils, et une autre partie lui fut donnée en Angleterre, surtout onze cheveux de la Sainte Vierge ; elle en fit présent à l'abbaye de la Capelle. Ce fut indubitablement par le secours de ses prières que le même Godefroi se rendit maître de Jérusalem, et qu'il fit ces grandes actions qui forment la plus grande partie de l'histoire des croisades. En effet, pendant que la Sainte priait pour son fils dans l'église de Saint-Villemer, elle eut révélation qu'à l'heure même il montait à l'assaut de cette ville, et l'emportait de vive force. Guillaume, archevêque de Tyr, témoigne que Dieu lui avait fait connaître l'avenir de ses enfants, lorsqu'ils étaient encore tout petits ; le comte Eustache, son mari, étant entré dans sa chambre lorsqu'ils étaient cachés sous les plis de sa robe, et lui ayant demandé ce que c'était, elle lui dit, en les faisant sortir : ce sont trois princes, dont l'un sera roi, l'autre duc et l'autre comte.
13 AVRIL.
Enfin, après avoir passé sa vie dans une suite continue de bonnes actions, Ide fut appelée pour en recevoir de Dieu la récompense : elle mourut l'année, le mois et le jour qu'elle l'avait prédit ; à savoir : le dimanche 13 avril de l'an 1113. Elle était âgée de plus de soixante-dix ans. Il y eut contestation à qui aurait son corps. Les religieux de Samer prétendaient qu'il leur appartenait, parce que son mari était enseveli chez eux. Ceux de Saint-Villemer avaient aussi des raisons pour le demander. Mais ils ne l'eurent ni les uns ni les autres : il fut donné, pour vérifier ce que cette sainte Princesse avait dit peu de temps avant sa mort aux religieux du Wast, que le dimanche suivant elle serait portée vive ou morte dans leur église. Les pauvres, les veuves, les orphelins et généralement tous ses sujets, qui avaient eu en elle une mère plutôt qu'une maîtresse, pleurèrent amèrement sa perte, et accompagnèrent son convoi avec les signes de la plus sincère douleur ; cela fit mieux son éloge que toutes les oraisons funèbres dont on honore souvent, avec plus de flatterie que de vérité, la sépulture des grands.
Elle fit plusieurs miracles pendant sa vie. En Flandre, elle rendit la santé à une femme hydropique et paralytique, qu'elle rencontra à la porte d'une église dédiée à sainte Walburga. En Angleterre, elle guérit un boiteux en lui donnant l'aumône. Elle rendit jusqu'à trois fois l'ouïe et la parole à une jeune fille que Dieu châtiait, par ces infirmités, de ses rechutes continues dans le péché. Enfin, grand nombre de malades recouvrèrent la santé, soit par ses prières, soit par l'imposition de ses mains. Il s'est fait aussi plusieurs miracles à son tombeau ; on rapporte que trois démoniaques y furent délivrés, et que plusieurs personnes, ayant la fièvre, y reçurent la guérison : entre autres la princesse Mathilde, sa petite fille, héritière du comté de Boulogne, laquelle épousa, depuis, Etienne de Blois, et fut, par ce moyen, reine d'Angleterre.
On peint la bienheureuse Ide environnée de ses trois fils qui sont en effet sa plus belle couronne. On pourrait la représenter aussi avec une église conventuelle sur la main, comme ayant fondé plusieurs monastères.
Il y avait autrefois à Boulogne une chapelle dédiée à la Sainte Vierge sous le titre de Mère de Douleur, où la pieuse Comtesse aimait à faire sa prière. C'est là, dit-on, qu'elle fut ravie en extase et qu'elle assista, comme si elle eût été présente, à l'entrée triomphale de son fils Godefroi de Bouillon dans Jérusalem. On y vit pendant longtemps une pierre gravée qui rappelait ce fait prodigieux. Enfin, quelques parties de l'église Saint-Vaast sont encore debout : ce sont le portail, dont la construction remonte à l'époque même de la Bienheureuse, et la nef du milieu qui sert d'église paroissiale.
## CULTE ET RELIQUES.
Les reliques de la bienheureuse Ide sont restées dans l'église du prieuré de Saint-Vaast jusqu'en 1609, époque où elles ont été transportées à Paris, chez les religieuses Bénédictines de l'Adoration perpétuelle du très-saint Sacrement, rue Cassette. À la Révolution française, elles ont été conservées par une des religieuses de ce couvent, qui les a gardées dans la retraite où elle a trouvé un asile, pendant ces mauvais jours. Sous l'Empire, la Congrégation des Bénédictines de l'Adoration perpétuelle se reforma à Bayeux. C'est là que les reliques de la bienheureuse Ide sont maintenant (depuis 1808).
Lors de la première translation, en 1669, on renvoya de Paris à Saint-Vaast une côte qui y est encore.
La bienheureuse Ide était honorée, dans l'ancien diocèse de Boulogne, par un office semi-double du commun, avec légende propre, le 13 avril. Depuis l'adoption du rit romain dans le diocèse d'Arras, elle jouit, avec l'approbation du Saint-Siège, d'un office semi-double du même commun, avec légende propre, le 14 avril ; et le diocèse de Bayeux, qui possède ses reliques, a aussi une fête
semi-double de même composition, dans le nouveau Propre des Saints, depuis l'adoption de la Liturgie romaine.
La vie de la bienheureuse Ide a été écrite peu d'années après sa mort par un religieux du prieuré de Saint-Vaust ; c'est de là que nous avons tiré ce récit.
Événements marquants
- Mariage à 17 ans avec Eustache II
- Éducation de ses trois fils (dont Godefroi de Bouillon)
- Veuvage et fondation de nombreux monastères
- Correspondance spirituelle avec Saint Anselme
- Vision de la prise de Jérusalem par son fils
Miracles
- Guérison d'une femme hydropique et paralytique en Flandre
- Guérison d'un boiteux en Angleterre
- Restauration de l'ouïe et de la parole d'une jeune fille
- Révélation de la prise de Jérusalem à l'instant même de l'assaut
Citations
Ce sont trois princes, dont l'un sera roi, l'autre duc et l'autre comte.