Sainte Salaberge
Veuve et Abbesse
Résumé
Noble dame du VIIe siècle guérie de la cécité par saint Eustase, Salaberge fut contrainte à deux mariages avant de se consacrer à Dieu. Elle fonda à Laon un vaste monastère comptant sept églises et trois cents religieuses pratiquant la louange perpétuelle. Elle mourut en 654 après avoir transmis sa charge d'abbesse à sa fille sainte Anstrude.
Biographie
SAINTE SALABERGE, VEUVE,
ABBESSE DU MONASTÈRE DE SAINT-JEAN-BAPTISTE DE LAON
La véritable obéissance s'attache toujours à ne pas suivre sa propre volonté, mais bien à accomplir avec respect celle d'autrui.
Saint Eusèbe de Césarée
Sainte Salaberge naquit au commencement du VIIe siècle, dans la terre d'Orney, diocèse de Langres, de parents nobles et vertueux. Saint Eustase, à son retour de Bavière, reçut chez eux l'hospitalité et donna à leurs enfants sa bénédiction. La jeune Salaberge était alors aveugle et affligée d'une perte de sang. Le Saint, après un jeûne de trois jours et beaucoup de prières, la guérit de ses infirmités, en mettant sur ses yeux de l'huile bénite. Par reconnaissance, Salaberge avait promis au Saint de consacrer au Seigneur sa virginité; mais ses parents avaient d'autres vues; et, contre son inclination, ils la marièrent à Richramme, noble seigneur, qu'elle perdit deux mois après. Rendue à sa liberté, la jeune veuve en profita pour vivre dans la retraite et s'adonner davantage aux pratiques de la piété. Elle forma même le dessein d'entrer dans le monastère de Remiremont, mais son père, soutenu par le roi Dagobert, la contraignit d'épouser en secondes noces
le comte Bason, appelé aussi Blandin. Salaberge se soumit, espérant que le Seigneur, connaissant le fond de son cœur, la soutiendrait par sa grâce et la récompenserait de sa déférence envers l'autorité paternelle. Ce mariage fut très-heureux ; les deux époux vivaient dans une parfaite union et dans la pratique des vertus chrétiennes, s'excitant l'un l'autre à servir leur Maître, faisant d'abondantes aumônes, et exerçant l'hospitalité avec la plus grande générosité. Cependant il manquait quelque chose au bonheur temporel de Salaberge. Après plusieurs années de mariage, elle restait sans postérité. Dans le désir d'en obtenir et de procurer ainsi à son Dieu de nouveaux adorateurs, elle alla se prosterner devant le tombeau de saint Remi ; là, comme la mère de Samuel, elle versa d'abondantes larmes et redoubla ses prières et ses supplications. Ce ne fut pas en vain. Dieu exauça ses vœux, et elle devint successivement mère de cinq enfants : Sartrude, Ébane, Anstrude, Eustase et Baudoin.
Pleine de reconnaissance envers le Seigneur, Salaberge, par le conseil de saint Walbert, abbé de Luxeuil, désira établir à Laon un nouveau monastère. L'évêque Attole y donna son consentement ; et, à un jour convenu, il alla au-devant d'elle accompagné de son clergé et de tout le peuple : il la reçut en chantant des hymnes et des psaumes. Un ancien tableau représentant cette entrée solennelle de Salaberge et de sa communauté se voit encore aujourd'hui dans la cathédrale de Laon.
Salaberge employa une partie de son patrimoine à construire un vaste monastère. On y compta jusqu'à sept églises. La première et la principale était sous l'invocation de la sainte Vierge ; la seconde était dédiée à saint Michel et à tous les anges ; la troisième, à saint Jean-Baptiste et à tous les patriarches et prophètes ; la quatrième, à saint Pierre et à tous les Apôtres ; la cinquième était bâtie en l'honneur de la Sainte-Croix ; la sixième avait pour patron saint Épvre, évêque de Toul ; la septième enfin était sous l'invocation de sainte Marie-Madeleine. Une de ces trois dernières, construite à l'entrée de la maison, était probablement destinée à des religieux, qui, sous la conduite du prêtre Itaie, vivaient séparés des religieuses. Dans ce monastère, trois cents filles se succédant jour et nuit les unes aux autres chantaient sans interruption les louanges du Seigneur : c'est ce qu'on appelait *Laus perennis*.
Sainte Odile et son mari saint Bodon (*Leudvinus-Bodo*), renoncèrent au monde, distribuèrent leurs biens aux pauvres et aux maisons religieuses et vinrent se mettre à Laon sous la direction de sainte Salaberge. Bodon n'y resta que peu de temps, ayant été bientôt après choisi pour être évêque de Toul.
Sainte Salaberge fut toujours pour ses filles un modèle de vertus. La charité, la prudence, et une grande confiance en Dieu la dirigeaient dans le gouvernement de sa communauté. Elle savait allier une modeste gaîté au recueillement et à la plus tendre piété. C'est ce qui la faisait particulièrement chérir de ses sœurs et rendait très-agréable son commerce avec toutes les personnes qui avaient avec elle quelques rapports. La taciturnité et la tristesse n'ont rien de commun avec la vraie dévotion.
L'évêque de Soissons, saint Ansery, visitait quelquefois la sainte abbesse et la consolait dans ses peines. Il lui apparut après sa mort et lui montra la place que le juste Appréciateur des mérites lui réservait dans le ciel.
Mais avant de l'appeler aux récompenses éternelles, le Seigneur voulut perfectionner sa vertu en l'exerçant à la patience. Pendant deux années
VIES DES SAINTS. — TOME XI. 21
22 SEPTEMBRE)
entières, il l'éprouva par de cruelles maladies qui ne lui laissaient pas un moment de calme et de repos. Cet état de souffrances continues ne lui faisait rien retrancher de ses austérités, de ses veilles et de ses prières. Enfin, sentant que le moment de sa mort était proche, elle appela toutes ses sœurs autour de son lit, leur recommanda la fidélité à la règle, le silence et le recueillement ainsi que la plus grande charité les unes à l'égard des autres. Du consentement de toutes ses sœurs, elle leur donna pour abbesse sa fille Anstrude, âgée de vingt ans, et passa à une meilleure vie, l'an de Jésus-Christ 654. Elle fut ensevelie dans son abbaye, où son corps fut conservé dans une chasse de cuivre et d'argent, avec celui de sainte Anstrude, l'une de ses filles. Le monastère de sainte Salaberge a subi depuis sa mort bien des vicissitudes.
Les troubles qui suivirent celle de sainte Anstrude, plus encore l'abus par lequel plusieurs reines de la seconde race de nos rois, comme Otgive, épouse de Charles le Simple, et Gerberge, épouse de Louis d'Outre-Mer, s'attribuèrent la possession de l'abbaye ; enfin les malheurs qu'éprouva la ville de Laon au commencement du XIIe siècle, firent notablement déchoir cette importante maison. Le désordre parut irrémédiable ; et Barthélemy, évêque de Laon, appuyé de l'autorité du Pape et du roi, obligea les religieuses à se retirer à Crandelain, dans une dépendance de la maison ; puis il appela à leur place des religieux bénédictins qui, au milieu de bien des vicissitudes, possédaient cet antique monastère, qui prit alors le nom de Saint-Jean de Laon. La congrégation de Saint-Maur y fut introduite en 1648 ; elle y avait ouvert dans le dernier siècle des cours publics et tenait un collège pour l'instruction de la jeunesse.
Acte Sanctorum ; Dom Lelong ; Notes fournies par M. Lequeux, vicaire général de Paris ; Histoire du diocèse de Toul et de celui de Nancy, par M. l'abbé Guillaume.
Événements marquants
- Guérison de la cécité par Saint Eustase
- Premier mariage avec Richramme (veuve après deux mois)
- Second mariage forcé avec le comte Bason (Blandin)
- Pèlerinage au tombeau de saint Remi pour obtenir une postérité
- Fondation du monastère de Saint-Jean-Baptiste à Laon
- Gouvernement de la communauté avec 300 religieuses (Laus perennis)
- Maladie de deux ans avant sa mort
Miracles
- Guérison de la cécité et d'une perte de sang par l'onction d'huile de saint Eustase
- Obtention miraculeuse de cinq enfants après des années de stérilité suite à une prière à saint Remi
- Apparition post-mortem de saint Ansery lui montrant sa place au ciel
Citations
La véritable obéissance s'attache toujours à ne pas suivre sa propre volonté, mais bien à accomplir avec respect celle d'autrui.