Sainte Delphine de Signe

du Tiers Ordre de Saint-François

Fête : 26 novembre 14ᵉ siècle • sainte

Résumé

Noble provençale mariée à Saint Elzéar de Sabran, Delphine de Signe vécut avec lui dans une virginité perpétuelle et une grande piété. Après son veuvage, elle embrassa la pauvreté absolue, vendant ses biens pour les pauvres et vivant d'aumônes entre l'Italie et la Provence. Elle finit ses jours à Apt dans le recueillement et l'austérité du Tiers Ordre franciscain.

Biographie

Sainte DELPHINE DE SIGNE, DU TIERS ORDRE DE SAINT-FRANÇOIS (1360).

Fille de Guillaume de Signe, seigneur de Puimichel et autres fiefs en Provence, et de Delphine de Barras, elle perdit son père et sa mère à l'âge de sept ans (1291), et demeura sous la tutelle de ses oncles et sous la conduite de sa tante Cécile de Puget, abbesse de Sainte-Catherine de Sorbs (diocèse de Riez).

Elle se plut tellement aux pratiques du monastère, qu'elle paraissait destinée à ne plus en sortir. Mais les grâces de sa figure, l'illustration et l'opulence de sa maison, la firent remarquer de Charles II, roi de Naples et comte de Provence, qui voulut la fiancer à Elzéar de Sabran.

Peu disposée d'abord à se prêter à ce projet, elle se décida, dit-on, à suivre à cet égard la volonté de ses parents, dans la conviction que l'état de mariage n'était pas incompatible avec celui de continence. Les deux époux reçurent, en 1299, la bénédiction nuptiale.

On rapporte qu'après le festin des noces, Delphine prit son mari en particulier et lui déclara son intention bien arrêtée de demeurer vierge, ce à quoi le jeune baron promit de ne point s'opposer : ils vécurent donc comme frère et sœur, et, pour ne point faiblir dans leur résolution, ils appelèrent à leur secours la prière, le jeûne et les mortifications.

Elzéar, que des affaires appelèrent en Italie, resta quatre ans séparé de Delphine, puis, après qu'il fut revenu passer une année en Provence avec elle, ils se rendirent l'un et l'autre à Naples ; la jeune comtesse quitta avec regret sa retraite d'Ansouis ; les entretiens frivoles de la cour lui parurent devoir être expiés par un redoublement de privations et d'austérités.

Lorsque son mari la conduisit dans le comté d'Arian, elle parvint à étouffer toutes les dissensions qui y divisaient les gentilshommes et les bourgeois. Elle obtint bientôt la confiance des personnes de son sexe et de sa condition qui voulaient se donner à Dieu. Sancie, qui depuis fut reine de Naples, s'associa à Delphine pour de bonnes œuvres ; unies par leurs goûts et leur amitié, elles visitaient ensemble les pauvres, les hôpitaux, et s'encourageaient mutuellement dans les voies de la perfection.

À l'occasion du deuil que prit la cour à la mort de Charles II, en 1309, Delphine représenta aux dames de la reine, d'une manière si énergique, la fragilité des choses humaines, que la plupart résolurent de commencer incontinent une vie plus chrétienne.

Vers 1321, Elzéar ayant suivi le roi de Naples à Avignon, laissa son épouse dans cette ville, et continua sa route vers Paris, où il était envoyé pour une négociation et où il mourut (1325). Delphine, qui lui survécut trente-cinq ans, quitta dès lors définitivement la cour pour se retirer à Cabrières, près d'Ansouis.

Étant allée en Sicile, pour remplir de pieux desseins, elle y prononça, dans une chapelle de village, le vœu de pauvreté perpétuelle. C'est à Palerme qu'on la vit, pour la première fois, faisant la quête, demandant son pain de porte en porte, et donnant aux pauvres ce qu'elle avait de reste ; elle en fit autant à Naples, où elle ne vécut que d'aumônes, au grand étonnement du roi et de la reine.

Arrivée en Provence, elle ne voulut plus loger dans ses châteaux ni même jouir du produit de ses rentes. La vente qu'elle fit faire de ses biens produisit des sommes considérables, avec lesquelles elle dota et maria un grand nombre de filles orphelines, répara et orna plusieurs églises et soulagea bien des familles. Les couvents ne furent point oubliés : sept cents florins d'or furent donnés au seul monastère de Sainte-Croix d'Apt.

Delphine ne se réserva, de tant de richesses, que quarante-cinq onces d'or, encore voulut-elle les partager entre ses domestiques par un motif de justice et de charité ; après quoi elle se vit obligée de les congédier, les priant de ne plus l'appeler que du nom de Servante de Jésus-Christ, qu'elle préférait à tous les autres.

Ayant fait ensuite quelque séjour à Apt, elle vint à Cabrières et s'y logea dans une chétive maison qui tombait presque en ruines ; mais son beau-frère, Guillaume de Sabran, l'obligea d'accepter une chambre dans le vieux château, n'ayant pu la faire consentir à prendre ailleurs un logement plus commode ; elle y vécut dans un parfait recueillement, vêtue d'une robe de bure gris, ceinte d'une corde, voilée, cachant ses mains sous les plis de ses larges manches, couchant sur la paille, observant le silence le plus absolu, et ne demandant sa nourriture qu'à l'aide d'une sonnette qu'elle agitait pour appeler sa servante Barthélémie qui avait désiré de ne pas se séparer d'elle et de l'imiter dans sa dévotion.

Delphine passa à Apt les quinze dernières années de sa vie ; la maison qu'elle y habitait et qui subsistait encore en 1820, touchait à l'ancien pont qui aboutissait devant l'église des Cordeliers et tenait à l'enclos de leur couvent. Elle avait choisi ce lieu comme étant à portée du tombeau de son époux.

Elle mourut à Apt le 26 novembre 1360, à l'âge de soixante-seize ans. Deux heures après, son corps fut porté, revêtu de l'habit de Saint-François, dans l'église de Sainte-Catherine, pour y être exposé à la vénération publique; le lendemain il fut transféré en pompe à l'église des Cordeliers, où Philippe de Cabassole prononça son oraison funèbre : elle fut inhumée à côté de son époux, dans le même tombeau.

En 1363, à la requête du peuple d'Apt, de la noblesse de Provence et des États du pays, relative à la canonisation de Delphine, Urbain V nomma des commissaires pour instruire sur les lieux la procédure préalable. Ceux-ci séjournèrent à Apt du 13 mai 1363 au 5 juillet suivant, et tinrent leurs séances publiques dans l'église des Frères Mineurs. Ils allèrent ensuite à Avignon pour y présenter au Pontife le résultat de leurs perquisitions. Mais Urbain V étant mort en 1370, avant que cette affaire fût terminée, les troubles qui survinrent dans le pays empêchèrent de la poursuivre.

En 1410, le corps de la Sainte, ayant été exhumé, fut placé dans un coffre de bois revêtu de lames d'argent sur lesquelles étaient représentés les douze plus grands miracles de la comtesse. Cette châsse ayant été dépouillée de ses ornements lors du siège d'Apt par des Adrets, les reliques furent mises dans un coffre doré, où elles restèrent jusqu'en 1642, époque à laquelle il paraît qu'on commença de faire l'office de la Sainte, et où son chef fut séparé du reste de son corps, par ordre de l'évêque Modeste de Villeneuve, pour être enfermé dans un buste semblable à celui de saint Elzéar.

En 1669, il fut décidé que les châsses des deux Saints seraient scellées avec des bandes de fer, pour éviter que les reliques n'en fussent distraites. Le clergé constitutionnel les transféra, en 1791, de l'église des Cordeliers, qui allait être vendue, dans la cathédrale où elles reposent encore aujourd'hui.

Barjavet, Dictionnaire biographique du département de Vaucluse.

Événements marquants

  • Mariage avec Elzéar de Sabran en 1299
  • Vœu de virginité perpétuelle dans le mariage
  • Séjour à la cour de Naples auprès de la reine Sancie
  • Vœu de pauvreté perpétuelle en Sicile après son veuvage
  • Vente de ses biens et vie d'aumône à Naples et en Provence
  • Retraite finale à Apt dans la pauvreté absolue

Miracles

  • Douze miracles représentés sur sa châsse d'argent (non détaillés individuellement)

Citations

Servante de Jésus-Christ

— Nom qu'elle demandait à ses domestiques d'utiliser

Date de fête

26 novembre

Époque

14ᵉ siècle

Décès

26 novembre 1360 (naturelle)

Patron(ne) de

Autres formes du nom

  • Delphine de Sabran (fr)
  • Servante de Jésus-Christ (fr)

Prénoms dérivés

Delphine

Famille

  • Guillaume de Signe (père)
  • Delphine de Barras (mère)
  • Cécile de Puget (tante)
  • Elzéar de Sabran (époux)
  • Guillaume de Sabran (beau-frère)