Saint Vite (Guy)

Martyr

Fête : 15 juin 4ᵉ siècle • saint

Résumé

Jeune noble sicilien converti secrètement, Vite subit la persécution de son père païen et des autorités impériales. Accompagné de son gouverneur Modeste et de sa nourrice Crescence, il accomplit de nombreux miracles avant d'être martyrisé sous Dioclétien vers 303. Ses reliques, transportées de Rome à Saint-Denis puis en Saxe, firent l'objet d'un culte immense au Moyen Âge.

Biographie

SAINTS VITE, MODESTE & CRESCENCE, MARTYRS

Vers 303. — Pape : Saint Marcellin. — Empereurs : Dioclétien et Maximien.

Ipsa mors martyrum prænium vita est. Les martyrs trouvent dans leur mort la récompense de leur vie. S. Ambr., Orat. de fide resurr.

Vite, appelé aussi Vit ou Guy, était d'une illustre famille de Sicile, et fils d'un seigneur nommé Hylas, que ses emplois et ses richesses faisaient beaucoup honorer dans le pays. Cet homme était païen et extrêmement adonné au culte des faux dieux; mais Vite eut le bonheur d'avoir pour gouverneur un chrétien nommé Modeste, et pour nourrice une femme chrétienne, nommée Crescence, qui l'élevèrent dans une juste aversion des idoles, et dans un amour sincère et ardent pour Jésus-Christ. Il fut baptisé à l'insu de son père; et, comme il était prévenu d'une grâce extraordinaire, il brilla parmi les infidèles par des actions héroïques et par le zèle avec lequel il gagnait des âmes à Dieu; il reçut aussi le don des miracles; et, par ses prières, les aveugles recouvraient la vue, les malades la santé, et les possédés étaient délivrés de la tyrannie du démon.

Vite n'avait encore que douze ans lorsque Valérien vint en Sicile, de la part de l'empereur Dioclétien, moins comme préfet et gouverneur que comme persécuteur des chrétiens et bourreau. Parmi ceux qu'on lui dénonça fut Vite, qui, tout petit qu'il était, ne laissait pas d'être considéré par les idolâtres comme le plus fort et le plus dangereux de leurs ennemis. Valérien fit venir Hylas, son père, et lui dit qu'ayant appris que son fils était de la secte des chrétiens, il avait droit de le faire arrêter et de le punir selon les lois impériales; mais qu'en sa considération il voulait bien surseoir cette poursuite, dans l'espérance que son père le remettrait en son devoir; Hylas devait donc employer toute son autorité paternelle, et même quelque chose de plus, pour lui faire quitter le culte de Jésus-Christ et l'amener au culte des dieux, qui était la religion de l'empire. Hylas promit de le faire; et, en effet, étant retourné chez lui, il employa toutes sortes de moyens pour gagner, ou, pour mieux dire, pour séduire ce bienheureux enfant. Il l'embrassa, lui baigna les joues de ses larmes, lui remontra que, s'il ne se rendait aux volontés de l'empereur, il allait perdre en un instant, non-seulement tous les grands biens qu'il lui avait acquis et dont il était l'unique héritier, mais aussi l'honneur et la vie; qu'il allait diffamer sa famille et

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laisser son père dans une amertume et un chagrin qui le conduiraient bientôt au tombeau; enfin, il tâcha de lui inspirer du mépris pour une religion dans laquelle on adorait un crucifié, un homme mort ignominieusement sur un gibet; mais tous ces artifices ne firent point d'impression sur le cœur invincible de Vite; au contraire, comme il était fort bien instruit de la sainteté de nos mystères et de l'extravagance du culte des dieux, il en parla divinement à son père, et lui donna de puissantes raisons pour l'obliger à suivre son exemple; lui protestant, au reste, que ni promesses, ni menaces, ni pertes de biens, ni tourments, quelque cruels qu'ils pussent être, ni la mort même, ne pourraient jamais le séparer de la charité de Jésus-Christ.

Valérien fut averti du mauvais succès d'Hylas auprès de Vite; apprenant, d'ailleurs, que cet enfant continuait de faire des prodiges qui propageaient le christianisme, il le fit arrêter et commanda qu'on l'amenât devant son tribunal. Il lui demanda pourquoi, n'étant encore qu'un enfant, il résistait aux volontés de son père et ne se soumettait pas aux lois des empereurs, et s'il ne savait pas bien que lui, Valérien, avait ordre de châtier rudement ces sortes d'opiniâtres et même de les faire mourir. L'enfant répondit « qu'il ne désobéissait aux empereurs et à son père que pour obéir à Dieu, qui était son souverain seigneur et son premier père; quant aux châtiments, il les endurerait très-volontiers pour ne pas adorer des démons, qui sont les ennemis jurés des hommes ». Hylas, qui était présent, jeta des cris de douleur et dit « qu'il était bien malheureux d'avoir un fils assez insensé pour se perdre lui-même par son opiniâtreté ». Mais Vite répondit que « bien loin de se perdre, il travaillait à son salut en restant fidèle à celui qui, lui ayant donné la vie, lui donnerait aussi la gloire immortelle ». Le préfet, perdant patience, commanda qu'on lui donnait des coups de bâton; ce qui fut exécuté, mais sans que le martyr perdît rien de son courage et de sa résolution. Le préfet ajouta : « Qu'on le dépouille et qu'on le fouette comme il le mérite ! » Les bourreaux se mirent en état d'obéir; mais leurs bras perdirent leur force et devinrent desséchés; il en arriva de même à la main de Valérien, qu'il avait étendue pour prononcer cette sentence. Alors ce juge s'écria que « cet enfant était un magicien et qu'il savait user de sortilèges »; mais le Saint répondit « qu'il n'était point magicien, et qu'il n'avait jamais appris d'autre sortilège que de louer et bénir Jésus-Christ, qui est le maître tout-puissant de toutes les créatures ». Il guérit ensuite ses propres persécuteurs, pour faire voir que l'esprit de Jésus-Christ est un esprit de simplicité et de douceur, et que ses véritables disciples n'ont que de l'amour pour tous leurs ennemis.

Valérien, touché de ce miracle, rendit Vite à son père, avec ordre de ne rien épargner pour lui faire changer de sentiment. Le père, s'imaginant que le meilleur moyen était de le plonger dans les délices, tâcha d'amollir son cœur par mille caresses; le nourrit plus délicatement qu'à l'ordinaire; l'environna de fêtes, de danses, le confia à de jeunes servantes chargées de le corrompre. Mais le saint enfant, au milieu de tous ces pièges, ne faisait autre chose que gémir et soupirer; et, ayant perpétuellement les yeux baignés de larmes et le cœur élevé vers le ciel, il disait à Dieu : « Seigneur, ne méprisez pas et n'abandonnez pas un cœur contrit et humilié ». On lui disposa aussi une chambre magnifique, et dont l'ameublement était relevé de broderies d'or et de pierres précieuses, et on l'obligea d'y loger; mais à peine y eut-il fait sa prière, qu'une lumière céleste et un parfum délicieux la remplit et qu'il y parut douze pierres d'une couleur et d'un éclat merveilleux. Les domestiques furent témoins de ce prodige, et ils s'écrièrent

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d'admiration, que, dans leurs temples mêmes, il ne s'était jamais rien vu de semblable. Hylas accourut pour voir ce qui se passait dans la chambre de son fils, et il y vit douze anges d'une splendeur et d'une beauté indicibles; mais à peine les eut-il vus qu'il se trouva aveugle et qu'il sentit une douleur insupportable aux yeux. Il alla sur-le-champ chercher un remède dans le temple de Jupiter; mais ce fut sans aucun résultat; il lui fallut s'humilier devant son fils, et le prier de lui rendre la vue, que sa curiosité et son incrédulité lui avaient ôtée. Vite connut bien qu'un si grand bienfait ne le convertirait pas; néanmoins, pour faire voir la puissance infinie de Jésus-Christ et pour gagner une partie des assistants à la foi, il lui mit la main sur les yeux, et, ayant fait cette prière : « Seigneur, qui avez donné la vue à un homme qui était aveugle de naissance, donnez-la aussi à mon père, afin que vos ennemis soient confondus, et que ceux qui confessent votre nom soient comblés de joie », il le guérit parfaitement, apaisant toutes ses douleurs et lui rendant la faculté de voir.

Ce miracle n'empêcha pas ce père dénaturé, qui craignait de perdre sa fortune en irritant l'esprit du préfet, de tourmenter son fils et de former le dessein de le faire mourir. Mais un ange apparut à Modeste, gouverneur de Vite, et lui ordonna, de la part de Dieu, de le prendre avec lui et de l'emmener en Italie; ils montèrent donc sur mer, accompagnés de Crescence, et arrivèrent, sous la conduite de cet esprit bienheureux, au royaume de Naples, au bord du fleuve Silaro. Un aigle les y nourrit quelque temps, pendant lequel ils s'occupèrent à louer Dieu et à le remercier de l'abondance de ses grâces; mais comme Vite fit de grands miracles, et que les possédés publièrent partout sa venue, il fut bientôt reconnu, et on s'empressa de le venir voir et de lui amener des malades pour être guéris.

Il arriva en ce temps-là que le fils de Dioclétien, ce grand persécuteur des chrétiens, fut possédé d'un démon qui le tourmentait cruellement. Ce prince employa toutes sortes de superstitions pour sa délivrance; mais le démon répondit toujours insolemment qu'il ne sortirait pas avant que Vite, qui était en Lucanie, vînt le chasser. L'empereur fit donc chercher Vite de tous côtés; on le trouva enfin, on l'amena à Rome avec Modeste et Crescence, et on le fit entrer dans le palais. Dioclétien lui demanda s'il pouvait guérir le jeune prince. Il lui répondit : « Qu'il ne le pouvait pas, mais que Jésus-Christ, qui est un Dieu tout-puissant, le pouvait par son moyen ». Dioclétien le supplia d'employer tout ce qu'il avait de crédit auprès de ce Dieu. Vite s'approcha du possédé, et, lui mettant les mains sur la tête, il parla au démon, au nom de Jésus-Christ, avec une force et une autorité si grandes, qu'il le contraignit de sortir: cela se fit avec un bruit horrible, et beaucoup d'idolâtres, qui avaient insulté les saints Martyrs, furent frappés de mort.

Dioclétien, loin de reconnaître la puissance de Jésus-Christ qui venait de délivrer son fils, n'épargna rien pour corrompre le jeune Vite et le détacher du christianisme. Il lui offrit pour cela sa faveur et son amitié, un logement dans son palais, une place à sa table, une grande partie de ses trésors et même une portion de son empire. Mais l'admirable Serviteur de Dieu lui répondit généreusement : « que ce qu'il lui offrait n'était rien en comparaison de ce qu'il lui voulait ôter; que Jésus-Christ était un trésor incomparable qu'il ne quitterait pas pour tous les empires du monde; que, le possédant lui seul, il possédait toutes choses, et qu'ainsi il n'avait pas à délibérer sur ses propositions ». L'empereur lui dit qu'il parlait en enfant; mais que, s'il méprisait ses faveurs, il lui ferait souffrir des tourments si

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terribles et si inouïs, qu'il y succomberait enfin. « Je parle en serviteur du vrai Dieu », répondit Vite; « mais sachez que les supplices ne me font point peur, et que je les attends au contraire avec impatience, pour endurer quelque chose pour mon Maître ». Sur cette réponse, cet empereur ingrat et infidèle commanda que Vite, avec les deux personnages qui l'accompagnaient, fussent jetés dans un cachot et chargés chacun d'une chaîne du poids de quatre-vingts livres, sans qu'il fût permis à personne de les visiter ni de leur donner aucun soulagement. Cet ordre fut exécuté; mais les saints Martyrs, qui étaient dépouillés du secours des hommes, furent visités par les anges et par Jésus-Christ même, qui remplit leur prison d'une lumière et d'une odeur toutes célestes; puis il anima saint Vite en lui disant : « Courage, Vite, mon fils, persévère constamment dans la fidélité à mon service; je serai avec toi jusqu'à la fin de tes combats ».

Dioclétien ayant appris que le cachot était devenu pour les Martyrs un lieu de délices, les en fit tirer et fit jeter ensuite saint Vite dans un four embrasé où il avait fait mettre de la poix-résine et du plomb fondu. Mais le Saint ayant fait le signe de la croix et invoqué Celui qui conserva les trois enfants au milieu de la fournaise de Babylone, y demeura sans aucun mal et en sortit sans que la violence du feu eût grillé un seul de ses cheveux; il semblait, au contraire, qu'il eût acquis dans ce fourneau une nouvelle beauté; il dit à Dioclétien : « Est-il possible, misérable, que tu ne reconnaisses pas ton aveuglement, et que tant de prodiges ne te convainquent pas de la puissance souveraine et infinie du Dieu des chrétiens ? » Mais ce Pharaon, plus endurci que jamais, fit exposer le martyr à un lion terrible dont le rugissement seul épouvantait toute l'assemblée; le lion, au lieu de se jeter sur le Martyr et de le dévorer, vint doucement le flatter et lui lécher les pieds: ce qui fut cause de la conversion d'un grand nombre d'idolâtres.

L'empereur, attribuant ce nouveau miracle à l'art magique, dans lequel il se persuadait que les chrétiens étaient fort savants, fit étendre saint Vite avec saint Modeste et sainte Crescence, sur le chevalet, et, par la violence des supplices, leurs os furent déboîtés, leurs nerfs rompus, et leurs corps tellement déchirés qu'on voyait jusqu'à leurs entrailles. Le temps était fort beau et le ciel serein; mais saint Vite ayant fait sa prière au milieu de ses tourments, l'air se troubla en un instant, le tonnerre commença à gronder d'une manière épouvantable, et ce bruit, joint à une infinité d'éclairs, remplit tout l'amphithéâtre d'une horrible frayeur. La foudre tomba ensuite sur les temples des idoles, qui écrasèrent par leurs ruines beaucoup de païens. L'empereur même s'enfuit plein de confusion et de dépit de se voir vaincu par un jeune enfant.

Alors un ange descendit du ciel, détacha les Martyrs du chevalet, les rétablit en santé et les ramena miraculeusement de Rome au bord du fleuve Silaro, d'où Dioclétien les avait fait venir. Lorsqu'ils y furent arrivés, saint Vite fit sa prière à Dieu et lui demanda qu'après les avoir rendus, par sa grâce, victorieux de tant de tourments, il daignât retirer leurs âmes des dangers de ce monde, pour aller jouir de lui dans l'éternité. Sa prière fut exaucée, et une voix du ciel apprit aux saints Martyrs que le temps de leur récompense était venu. Ils en rendirent leurs actions de grâces à Dieu; et lorsque le même saint Vite eut supplié ceux qui étaient présents de les enterrer en ce lieu, et les eut assurés qu'on obtiendrait par son intercession et par celle de ses bienheureux associés, tout ce qu'on demanderait à Dieu pour son salut, ils envoyèrent leurs âmes au ciel chargées de mérites et de gloire; ce qui arriva le 15 juin de l'an 303, ou environ.

15 JUIN.

On représente saint Vite dans une chaudière pleine de résine, de poix ou de plomb fondu; il est souvent accompagné de sa nourrice, sainte Crescence, et de saint Modeste, son père nourricier, qui partagèrent avec lui ce supplice, mais ne moururent que sur le chevalet. — En Italie, on le trouve représenté çà et là tenant un chien en laisse, peut-être pour exprimer la fidélité touchante de ses gouverneurs qui se livrèrent au martyre pour sauver de l'apostasie leur nourrisson qu'un père idolâtre entourait de séductions sataniques. — Les Allemands ont coutume de peindre saint Vite avec un coq, peut-être à cause de leur usage d'invoquer ce jeune martyr contre le sommeil trop prolongé et la léthargie et pour obtenir de se réveiller exactement à une heure fixe. — Enfin on le trouve représenté ayant à ses côtés des lions et autres animaux farouches pour rappeler qu'il fut exposé aux bêtes.

Saint Vite est le patron des comédiens et des danseurs, par allusion, sans doute, à l'affection connue en médecine sous le nom de *Danse de saint Gui*. — On l'invoque contre la chorée et le sommeil trop prolongé, peut-être parce qu'il souffrit le martyre *de bonne heure*, et étant encore enfant. — On l'invoque aussi, et nous avons dit pourquoi, pour les chiens et contre la rage.

## CULTE ET RELIQUES.

Les corps de nos saints Martyrs furent inhumés par les fidèles en un endroit nommé Mariano. Depuis, celui de saint Vite fut transporté à Rome, et de là il fut apporté à Saint-Denis, en France, par l'abbé Falcade, sous le règne de Pépin, père de Charlemagne. Mais, plusieurs années après, la foi ayant été portée en Saxe, et l'Ordre de Saint-Denis y ayant fondé un célèbre monastère, appelé la Nouvelle-Corbie, Warin, qui en était abbé, supplia Hilduin, abbé de Saint-Denis, de lui donner ce précieux trésor pour en enrichir son église; ce qu'il fit, du consentement du roi et empereur Louis le Débonnaire. Ainsi, l'an 836, les reliques de saint Vite furent transportées avec beaucoup de solennité à la Nouvelle-Corbie, qu'on appelle Corwey, en Saxe, sur le Weser, entre la Westphalie et le duché de Brunswick. Cette translation se fit avec une pompe si solennelle, qu'il ne s'était encore rien vu de semblable en ce genre. Ce ne fut qu'une procession de prêtres, de moines, de peuples en foule, depuis Saint-Denis jusqu'à Corwey, le long d'un chemin de près de cent cinquante lieues. Ses reliques faisaient beaucoup de miracles à Saint-Denis; mais celui qui a écrit l'histoire de cette translation, dit qu'elles en firent plus de quatre cents dans les vingt stations de ce voyage, et qu'elles apportèrent avec elles l'abondance et le bonheur en ce pays. Saint Venceslas, duc de Bohême, en obtint quelques onguents pour Prague, ville capitale de son État.

Les trois saints martyrs sont patrons de Ligoy-sur-Cauche, au diocèse d'Arras. Des reliques de saint Vite sont conservées à Saint-Paul et aux Ursulines d'Abbeville, au Carmel d'Amiens.

Ces actes sont tirés d'un ancien manuscrit que Surina nous a donné. Barontos parle aussi de saint Vite, de saint Modeste et de sainte Crescence, tant en ses Annales qu'en son Martyrologe.

## SAINT CONSTANTIN, ÉVÊQUE DE BEAUVAIS

SAINT CONSTANTIN, ÉVÊQUE DE BEAUVAIS.

biles ministres, à l'État des guerriers intrépides, et à l'Église des Pontifes, des prêtres, des religieux, souvent aussi remarquables par leurs vertus que par leur science. Au nombre de ses condisciples, nous voyons saint Philibert, le futur fondateur de Jumièges et saint Amalbert, avec lesquels il vécut dans une louable émulation de piété et d'étude.

Le Saint renonça, jeune encore, aux honneurs qui l'attendaient dans le monde. La reine Bathilde et saint Ouen, son ministre, lui voyant des dispositions pour la vie religieuse, contribuèrent beaucoup, par leurs conseils, à la résolution qu'il prit de se retirer dans un monastère. Philibert l'y avait déjà précédé, et guidait vers le ciel une sainte et nombreuse phalange de religieux. Jumièges, fondé et gouverné par ce pieux abbé, comptait neuf cents moines et quinze cents frères convers. Constantin alla augmenter le nombre de ces fidèles serviteurs de Jésus-Christ. Il ne se fut pas plus tôt consacré à Dieu dans l'abbaye de Jumièges, qu'il mit généreusement la main à l'œuvre de sa sanctification. En même temps qu'il ornait son esprit par l'étude des saintes Lettres, il se formait à l'humilité, à l'abnégation et à la patience. Pour empêcher son corps de devenir un instrument de péché, il le soumettait au jeûne et à de rudes pénitences. Il ne croyait pas déroger à la noblesse de son extraction, en travaillant de ses propres mains, comme le plus humble de ses frères.

Elevé au sacerdoce, Constantin, accompagné de quelques religieux de Jumièges, sortit souvent de son abbaye pour aller évangéliser les populations voisines. Dans ses courses apostoliques, il n'oublia pas de visiter le Beauvaisis, où il possédait de riches domaines. Partout où il fit entendre sa voix, il se concilia le respect et l'admiration des peuples, et réveilla dans les cœurs l'amour de la loi de Dieu. Jamais il ne s'éloigna du diocèse de Beauvais sans laisser aux pauvres, aux églises et aux monastères, des marques de sa généreuse libéralité. La ville de Beauvais trouva bientôt l'occasion de montrer au zélé et charitable religieux, en même temps que sa reconnaissance, la haute estime qu'elle avait pour son savoir et ses vertus. Clément, son évêque, étant mort, elle eut Constantin pour son successeur, après le jeûne et les prières usitées alors en pareille circonstance.

Constantin, redoutant la responsabilité attachée à la dignité qui lui était offerte, opposa une vive résistance aux vœux des Beauvaisis. L'obéissance seule put avoir raison de son refus. Convaincu par ses supérieurs que son élévation était l'œuvre de Dieu, il consentit enfin à recevoir l'onction épiscopale. Suivant la jurisprudence ecclésiastique de cette époque, ayant fait agréger son élection par le roi, il fut sacré dans l'assemblée des évêques de la province.

Le nouvel évêque arriva au milieu de son troupeau avec la résolution de lui sacrifier ses biens, ses forces et sa vie même, s'il le fallait. Il se montra le débiteur de tous, réservant toutefois une plus large part, dans sa sollicitude, aux petits, aux ignorants et aux affligés. Son zèle, béni du Seigneur, contribua au retour d'un grand nombre de pécheurs et à la persévérance des justes. Persuadé que les prières et les mérites des âmes pieuses

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désarment le courroux du ciel et attirent sur les hommes les divines miséricordes, il fonda de nouveaux monastères, dota les anciens et travailla à maintenir dans tous une sage discipline. Les abbayes de Précis-sur-Oise et de Tussonval furent érigées par ses soins; celles de Saint-Lucien et de Saint-Denis virent leur prospérité augmentée et affermie par ses dons et par la constance qu'il mit à défendre leurs droits; tandis que, sous sa paternelle surveillance, les communautés de l'Oratoire et de Saint-Germer observaient leurs Règles avec une édifiante ponctualité.

Constantin jouit d'un grand crédit auprès des rois Thierry Ier, Clovis III et Childebert III. Il siégea plusieurs fois dans les solennelles assemblées de ces princes, et y défendit les intérêts de la religion et de l'Église avec une indépendance aussi ferme que respectueuse. Indifférent, pour lui-même, aux honneurs et aux biens de ce monde, il faisait tourner au profit des couvents et des pauvres l'ascendant que ses vertus lui donnaient sur le cœur des puissants de la terre. Il donna souvent des preuves de sa tendre dévotion envers les Saints, dont le culte est si propre à ramener et à soutenir la foi des chrétiens; on le vit honorer de sa présence la solennelle translation des reliques du bienheureux martyr Firmin, dans la cathédrale d'Amiens. Le nom de ce glorieux apôtre rappelait d'ailleurs des souvenirs trop chers à l'Église de Beauvais, pour que la reconnaissance ne fît pas un devoir à Constantin d'aller prendre part à une cérémonie destinée à en relever la gloire.

Notre Saint avait conservé, au milieu des honneurs de l'épiscopat, l'humilité et les habitudes d'un religieux. Il aimait beaucoup la vie solitaire à laquelle il ne se dérobait que pour l'accomplissement des devoirs de sa charge ou l'exercice de la charité. Souvent il allait s'enfermer et prier pour les besoins de son diocèse, dans une petite cellule du monastère de Saint-Lucien. Quelquefois aussi, il se plaisait à visiter l'abbaye de Jumièges, et à recueillir son âme dans ce pieux asile, témoin de ses premiers pas dans la vie religieuse. Pendant une meurtrière épidémie qui décima les membres de cette communauté, Constantin s'empressa de leur porter secours, se dévouant courageusement au service et au soulagement des malades, les soignant de ses propres mains, les consolant dans leurs souffrances et préparant leurs âmes à paraître devant Dieu. Avant de regagner son diocèse, prévoyant que l'heure de sa mort n'était pas éloignée, il exprima la volonté d'être inhumé au milieu de la bien-aimée famille de saint Philibert, et désigna lui-même le lieu de sa sépulture. Peu de temps après, il fit donation de son château de Bulles aux religieux de Saint-Lucien, déposa le fardeau de l'épiscopat et alla demander à cette même abbaye de Jumièges le repos et le calme nécessaires à l'âme prête à entreprendre le voyage de l'éternité.

La mort du Saint arriva vers l'an 700. Plusieurs miracles ayant eu lieu à son tombeau, son corps fut levé de terre et solennellement transféré dans l'église du monastère. Au IXe siècle, la crainte des Normands porta les religieux à le confier une seconde fois à la terre. Il fut exhumé dans la suite, placé dans un riche reliquaire, et exposé à la vénération publique. En l'an-

S. BERNARD DE MENTHON, FONDATEUR DES HOSPICES DU SAINT-BERNARD. 33

née 1667, un religieux de l'abbaye de Jumièges, le révérend Père Dom Césarée Robillard, s'exprimait en ces termes, au sujet du culte rendu au saint évêque : « Nous célébrons de temps immémorial, en ce monastère de Jumièges, la fête de la translation des saints Constantin et Pérégrin, confesseurs pontifes, et en faisons l'office double. Autrefois, on en faisait grande fête avec chapes, ainsi qu'on le voit par un Directoire manuscrit fort ancien, qui a, je pense, plus de six ou sept cents ans ».

Ce religieux ajoute que les reliques de ces deux Saints ont été conservées à Jumièges jusqu'à l'époque où l'abbaye fut pillée par les Huguenots.

Vie des Saints de Beauvais, par l'abbé Sabatier.

Événements marquants

  • Baptême secret à l'insu de son père Hylas
  • Arrestation par le préfet Valérien en Sicile à l'âge de 12 ans
  • Guérison miraculeuse de son père devenu aveugle
  • Fuite en Italie (Naples) guidé par un ange
  • Exorcisme du fils de l'empereur Dioclétien à Rome
  • Supplice du four embrasé et exposition aux lions
  • Martyre final sur le chevalet au bord du fleuve Silaro

Miracles

  • Guérison d'aveugles et de malades
  • Dessèchement des bras des bourreaux
  • Apparition de douze anges dans sa chambre
  • Guérison de la cécité de son père Hylas
  • Exorcisme du fils de Dioclétien
  • Survie indemne dans un four de plomb fondu
  • Lions venant lui lécher les pieds
  • Tempête miraculeuse détruisant les temples païens

Citations

Ipsa mors martyrum prænium vita est.

— S. Ambr., Orat. de fide resurr.

Date de fête

15 juin

Époque

4ᵉ siècle

Décès

15 juin 303 (environ) (martyre)

Catégories

Invoqué(e) pour

danse de Saint-Guy (chorée), sommeil trop prolongé, léthargie, rage, protection des chiens

Autres formes du nom

  • Vit (fr)
  • Guy (fr)
  • Vitus (la)

Prénoms dérivés

Vite, Guy, Vitus

Famille

  • Hylas (père)