Saint Hilaire de Poitiers

Évêque de Poitiers et Docteur de l'Église

Fête : 26 juin 4ᵉ siècle • sainte

Résumé

Évêque de Poitiers et grand défenseur de la foi contre l'arianisme, saint Hilaire mourut en 368. Ses reliques, perdues suite aux invasions barbares, furent retrouvées par saint Fridolin grâce à une vision et avec le soutien de Clovis après la victoire de Vouillé. Après avoir été transférées au Puy pour échapper aux Normands, une partie de ses restes fut restituée à Poitiers au XIXe siècle.

Biographie

LA FÊTE DE LA TRANSLATION DES RELIQUES DE S. HILAIRE, ÉVÊQUE DE POITIERS (368).

Après la mort de saint Hilaire, la ville de Poitiers fut indécise sur le lieu où son corps devait reposer. Les uns voulaient que ce fût dans un oratoire qu'il avait élevé lui-même près de sa demeure ; d'autres préféraient la basilique de Saint-Jean et de Saint-Paul, en dehors des murs, bâtie par le saint Docteur sur la sépulture de sa famille. Ce dernier sentiment l'emporta comme plus conforme à ses dernières volontés. Les vénérables dépouilles furent donc portées dans l'église suburbicaire, et renfermées dans un tombeau de marbre. De nombreux miracles éclatèrent à cette occasion. Ceci se passait vers le milieu de janvier 368.

Le respect que les populations avaient eu pour le saint Évêque de son vivant ne fit que s'accroître par les prodiges dont il plut à Dieu d'environner son tombeau. Aussi on peut dire que son culte commença dès le jour de sa mort, et il rendit bientôt célèbre au loin la petite église qui lui devait son existence et sa gloire.

Mais les malheurs des temps vinrent troubler cette dévotion filiale. Le Ve siècle vit la Gaule inondée par les expéditions militaires des Vandales et des Goths qui réduisirent en cendres les cités les plus florissantes et condamnèrent les campagnes à une longue et ruineuse stérilité. Poitiers tomba aussi entre leurs mains ; trois fois dans ce même siècle la cité vit renverser ses murailles, abattre ses monuments, et l'église qui protégeait les restes de saint Hilaire, réduite des premières à un état complet de ruines, ensevelit sous ses décombres, avec une foule d'objets précieux, le saint dépôt qu'y avait honoré depuis plus de cent ans la piété publique. L'impossibilité d'aborder ce trésor perdu fit cesser les pèlerinages ; on en oublia même à tel point qu'après un siècle presque entier pendant lequel la ville fut plusieurs fois reprise et envahie, on s'accoutuma à voir sans intérêt ces ruines qui ne se relevaient pas, et que de continuelles alarmes ne permettaient même pas d'interroger.

Bien ménagea cependant un événement qui, en affermissant la monarchie française aux mains d'un roi puissant, devait redresser les murs sacrés et ranimer la mémoire du saint Confesseur.

Clovis, résolu de chasser Alaric de l'Aquitaine et avec lui les Wisigoths sur lesquels régnait le conquérant, vint camper à quelques lieues de Poitiers et se prépara, en observant l'armée ennemie, à livrer une bataille décisive. Dans cette circonstance, le vigilant Docteur sembla revivre pour combattre encore l'arianisme que professaient les Wisigoths, car au milieu de la nuit un globe de feu s'éleva des ruines de son église, et alla s'éteindre à sept lieues de là au-dessus de la tente de

26 JUIN.

Clovis. Ce prodige, qui se manifestait à la veille d'une bataille qu'on regardait comme la dernière, sembla un présage de la victoire ; et, en effet, on eût dit que saint Hilaire, le plus illustre ennemi des Ariens de son temps, continuait de les poursuivre sur un territoire qu'il leur avait interdit. Quoiqu'il en soit, l'événement confirma ces espérances. Dès le lendemain, Alaric était vaincu et tué par l'époux de sainte Clotilde, et les plaines de Vouillé, ou Voulon, ensevelissaient la fortune des Wisigoths.

Le monastère de Saint-Hilaire, qui s'était élevé près de son tombeau, n'avait pas été entraîné dans la perte de l'église, ou bien il s'était relevé de ses ruines mêmes et n'avait pas cessé d'exister, quoique de fréquentes vicissitudes fussent venues troubler sa paix. Lors du grand événement que nous venons de rappeler, saint Fridolin en était abbé et avait singulièrement contribué par ses soins au rétablissement de la demeure monastique. Mais un bonheur lui manquait encore : ses vœux ardents, qui aspiraient à découvrir les restes sacrés qu'il vénérait dans son cœur, n'étaient point exaucés. Les événements dont il venait d'être témoin, et aussi sans doute cette sorte d'intuition que Dieu donne aux Saints des grandes choses qu'il prépare pour sa gloire, commencèrent à ramener ses espérances, et il s'en entretenait une nuit devant le Seigneur lorsqu'il reçut de saint Hilaire lui-même, dans une vision, l'indication précise du lieu où ses reliques étaient ensevelies, et de celui où il voulait qu'on les gardât à l'avenir. D'après cette manifestation formelle et l'ordre de relever les ruines du saint lieu, Fridolin s'en était allé, avec l'évêque de Poitiers Adelphius, solliciter de Clovis un secours que le prince leur accorda. Par suite de ces royales générosités qui payaient ainsi la protection singulière prêtée par l'illustre docteur au premier protecteur de l'Église en France, on vit s'élever rapidement et s'embellir bientôt le nouvel édifice. Toutefois, cette entreprise toute princière ne fut pas seulement l'œuvre de la royale munificence : celle-ci n'aurait pu suffire à des frais aussi considérables. Adelphius y suppléa de ses propres ressources ; et, quand le temple fut achevé, on procéda à une Translation solennelle, qui se fit au jour indiqué d'avance avec un immense concours du clergé et du peuple. L'évêque ayant accompli le saint Sacrifice, pénétra avec saint Fridolin dans la crypte enfin retrouvée où si longtemps s'était caché à tous les regards le corps vénéré du saint Pontife. Cette crypte avait été reformée avant la cérémonie : au moment où elle fut ouverte, on en vit rejaillir une éclatante lumière, et une odeur suave s'en échappa. C'est au milieu de ces marques consolantes de l'assistance divine que les précieux ossements furent retirés de la crypte et déposés dans le lieu plus digne qui leur avait été préparé.

Cette Translation ne fut donc, à proprement parler, qu'une élévation du corps qu'on changea de place sans le transporter d'un édifice dans un autre ; car on n'avait pas voulu toucher au saint dépôt aussitôt après l'avoir retrouvé sous les décombres. Il n'avait été alors que recouvert avec soin ; l'église nouvelle, plus vaste et plus magnifique, avait été construite sur le même emplacement ; la cérémonie que nous racontons ne dut plus consister, comme nous venons de le voir, qu'en une sorte d'inauguration de ces restes vénérés. Les auteurs de la vie de notre Saint rapportent un grand nombre de miracles opérés dans ce religieux trajet. Dès ce jour, les concours des fidèles se portèrent de toutes parts vers l'église, et chaque année on y renouvela par une fête solennelle le souvenir de ce fait mémorable.

On ne sait combien de temps le corps saint demeura sans injures des barbares dans la paix de sa nouvelle et plus digne sépulture ; ce qui est certain, c'est que Poitiers le possédait encore en 828. Mais déjà les Normands s'étaient rendu maîtres de la ville jusqu'à trois fois après le règne de Charlemagne, et, dans une de ces expéditions, l'église de Saint-Hilaire ayant été brûlée, les reliques se ressentirent de ces violences : elles ne furent arrachées qu'à grand peine à une complète destruction. Ce fut sans doute pour les soustraire à de nouveaux dangers dont on était menacé tous les jours, qu'on les transporta, vers le commencement du Xe siècle, dans la ville du Puy en Velay, où elles furent retrouvées en 1655. C'était après un oubli de six ou sept cents ans, qu'il faut attribuer, comme tant d'autres de ce genre, aux événements des époques intermédiaires. Sur la demande du chapitre de Saint-Hilaire de Poitiers, Mgr Henri de Manpas du Tour, évêque de Poitiers, ayant reconnu l'authenticité de ces reliques, voulut bien en céder une portion à notre célèbre collégiale : ce sont en partie celles qu'elle possède encore aujourd'hui. De cette autre Translation le Chapitre faisait une fête le 25 novembre de chaque année.

Enfin, en 1823, Mgr de Bouillé, évêque de Poitiers, obtint de Mgr de Donald, évêque du Puy, qui fut ensuite cardinal évêque de Lyon, une nouvelle portion du chef de notre glorieux Docteur, qui est conservée dans le trésor de la cathédrale, et qui reste exposée chaque année dans le sanctuaire pendant toute l'octave de sa fête.

Extrait des Vies des Saints de l'Église de Poitiers, par M. Labbe Aubur, chanoine de la cathédrale de Poitiers et historiographe du diocèse.

Événements marquants

  • Mort et premier ensevelissement dans la basilique Saint-Jean et Saint-Paul (368)
  • Destruction de l'église par les Vandales et les Goths au Ve siècle
  • Apparition d'un globe de feu au-dessus de la tente de Clovis avant la bataille de Vouillé
  • Vision de saint Fridolin indiquant l'emplacement des reliques
  • Translation solennelle et élévation du corps sous le règne de Clovis
  • Transfert des reliques au Puy-en-Velay au Xe siècle pour fuir les Normands
  • Redécouverte des reliques au Puy en 1655
  • Restitution d'une partie des reliques à Poitiers en 1823

Miracles

  • Globe de feu s'élevant des ruines pour guider Clovis
  • Lumière éclatante et odeur suave lors de l'ouverture de la crypte
  • Nombreux miracles lors de la translation solennelle