Sainte Énimie (Enémie)
Vierge et Abbesse
Résumé
Fille du roi Clotaire II, Énimie fut frappée par la lèpre pour préserver sa virginité face à un mariage imposé. Guérie miraculeusement par les eaux de la fontaine de Burle en Gévaudan, elle y fonda un monastère après avoir triomphé d'un dragon. Elle vécut en sainte abbesse et ses reliques opérèrent de nombreux miracles à Mende et au Puy.
Biographie
SAINTE ÉNIMIE OU ÉNÉMIE,
VIERGE ET ABBRESSE AU DIOCÈSE DE MENDE
VIIe siècle.
Le premier de tous les bonheurs doit être la pureté de notre âme. Saint Basile le Grand.
Sainte Enimie était fille de Clotaire II, roi de France. On rapporte que, dans ses premières années, lorsqu'on commençait à lui apprendre à lire,
SAINTE ÉNIMIE OU ÉNÉMIE, VIERGE ET ABBESSE.
Dieu lui inspira ce passage des saintes Écritures : « Heureuse la nation qui a son Dieu pour maître ; heureux le peuple qu'il s'est choisi pour son héritage ! » Il paraît que ces paroles se gravèrent dès lors profondément dans sa mémoire et qu'elle les répétait souvent sans trop les comprendre encore. Dieu voulut sans doute montrer par là aux hommes quels desseins de grâce et de bénédictions il avait formés sur cette bienheureuse enfant.
En effet, elle ne tarda pas à porter des fruits de consolation. À mesure que sa raison se développa, on la vit embrasser tout ce qui regarde le service de Dieu avec une ardeur toujours croissante. L'amour des pauvres fut une de ses premières vertus : elle en était sans cesse environnée, et aucun ne se retirait les mains vides, parce que les parents de la jeune Sainte lui fournissaient avec plaisir de quoi satisfaire sa pieuse inclination. Mais il ne lui suffisait pas de distribuer d'abondantes aumônes ; il lui fallait en outre laver les pieds aux pauvres de Jésus-Christ, les visiter dans leur humble demeure, faire leur lit et panser leurs plaies, même les plus dégoûtantes. Les beaux habits et les pierres précieuses, dont les gens de la cour aiment à se parer, n'étaient pour elle d'aucun prix ; elle se contentait et osait se contenter de la tenue la plus simple. Elle s'exerçait de jour en jour à mépriser le monde et ses vains attraits ; et fuyant la foule plus ou moins brillante des courtisans, elle allait fréquemment au pied des autels épancher son cœur virginal dans le sein de celui qu'elle savait être le meilleur des époux.
La noblesse de sa naissance et toutes les belles qualités qui brillaient en elle, la firent bientôt demander en mariage ; ce à quoi ses parents consentirent et voulurent même la contraindre. Les préparatifs étaient déjà faits, et la cérémonie allait avoir lieu. La nuit d'auparavant, la jeune vierge, se voyant sans ressources du côté des hommes, se retira dans ses appartements et se mit à prier Dieu de tout son cœur, de ne pas permettre qu'elle eût un autre époux que lui-même. Ses vœux furent exaucés. Au moment où on venait la chercher pour la cérémonie, on la trouva toute couverte de lèpre. À cette nouvelle, ses parents et ses amis furent saisis de douleur ; mais, de son côté, elle rendait de ferventes actions de grâces à Dieu, au fond de son cœur, pour la faveur insigne qu'il venait de lui accorder. On s'empressa de lui essayer tous les remèdes de l'art pour obtenir sa guérison, mais ils furent tous inutiles. Dieu seul pouvait faire disparaître une maladie dont il était directement l'auteur.
Sainte Énièmie avait passé quelques années dans cet état de souffrance et d'humiliation, réjouissant Dieu et édifiant tout le monde par sa patience à toute épreuve, lorsqu'un Ange lui apparut et lui dit : « Dieu veut enfin vous rendre votre santé première. Vous la retrouverez en allant vous laver dans la fontaine de Burle, en Gévaudan ». Le lendemain de cette vision, elle en fit part à ses parents, qui en furent grandement réjouis et s'empressèrent de lui fournir l'argent nécessaire pour le voyage, ainsi qu'un cortège bien composé pour l'accompagner.
Elle eut à parcourir un trajet de plus de cent cinquante lieues, et on ne peut plus pénible vers la fin, à cause des montagnes qui se trouvent dans le Gévaudan et dans les contrées voisines. Enfin, lorsqu'elle fut parvenue aux frontières du pays que l'Ange lui avait désigné, elle s'informa du lieu où pouvait être la fontaine mystérieuse qui devait la guérir. Une dame à qui elle s'adressa, lui répondit : « J'ignore complètement s'il y a une fontaine du nom que vous lui donnez. Tout ce que je puis vous dire,
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c'est qu'à quelque distance d'ici, il y a une source dont les eaux ont une vertu très-efficace. Il peut se faire que vous y trouviez la guérison qui vous a été promise ». Cette personne voulait lui parler du bourg de Bagnols-les-Bains, où il y a encore des eaux thermales assez fréquentées. D'après les renseignements, la source qu'il y avait ne lui avait pas été désignée sous le nom de Fontaine-de-Burle ; elle craignait avec raison que ce ne fût point la source où Dieu l'envoyait. C'est pourquoi, après être arrivée à Bagnols-les-Bains, et tandis que ses compagnons se délassaient dans les douceurs du sommeil des fatigues d'un long et rude voyage, elle passa la nuit en prières pour connaître la volonté du ciel. Alors un ange lui apparut de nouveau et lui dit : « Les eaux de Bagnols ne sont pas celles qu'il faut ; vous ne devez pas être purifiée dans des bains de ce genre. Dieu veut vous guérir par sa propre vertu, au moyen d'une eau froide ordinaire ; il vous faut aller un peu plus loin ». Elle s'empressa d'obéir à ce second ordre du ciel. Puis, après avoir fait encore six à sept lieues du plus mauvais chemin qu'on puisse voir, et comme elle se trouvait déjà sur le plateau qui domine la vallée où coule la Fontaine-de-Burle, elle entendit prononcer ce mot par des bergers. Elle s'approcha de ces hommes rustiques et prit l'un d'entre eux pour lui servir de guide.
Lorsqu'elle fut arrivée auprès de la fontaine, elle se mit d'abord à genoux pour implorer le secours du Tout-Puissant. Ensuite, après une longue et fervente prière, elle se plongea avec une foi vive dans les eaux salutaires, tandis que, au même moment, l'énorme rocher qui s'élevait en forme de voûte au-dessus de la source, ouvrit ses nombreuses fentes et laissa échapper une eau abondante qui vint arroser la servante du Seigneur. Ce prodige ne tarda pas à être suivi d'un plus grand. Bientôt sainte Enimie se sentit et se trouva complètement guérie, ses membres étant devenus aussi purs et aussi nets que ceux d'un petit enfant, et sa peau ayant recouvré la blancheur du lait et de la neige. Dire quelle fut sa joie et celle de ses compagnons, quelles actions de grâces ils rendirent tous au Seigneur d'une commune voix, serait chose impossible.
Après cela, elle songea à reprendre le chemin de la capitale, et déjà elle se trouvait à une certaine distance du lieu où la santé venait de lui être rendue, lorsqu'elle se vit de nouveau saisie de la lèpre. Elle crut sans doute que Dieu ne voulait que mettre sa foi et sa patience à l'épreuve ; c'est pourquoi elle retourna vers la fontaine mystérieuse, s'y plongea de nouveau avec confiance et y retrouva la santé comme la première fois. Elle en rendit de nouvelles actions de grâces à la bonté divine ; puis elle se remit en route pour regagner Paris. Mais elle ne devait plus y retourner. Dieu la voulait dans cette solitude lointaine ; et c'est ce qu'il chercha à lui faire entendre en la frappant une troisième fois de la lèpre. En effet, à cette vue, elle comprit ce que le Seigneur attendait d'elle et s'offrit généreusement à faire sa très-sainte volonté. D'un autre côté, toujours pleine de confiance, elle alla se plonger encore dans les eaux de la fontaine, et cette fois la santé lui fut rendue pour toujours. Alors, se tournant vers ceux qui l'avaient accompagnée, elle leur dit : « Le Dieu qui m'a guérie veut évidemment que je le serve en ces lieux. Je ne puis résister à sa volonté sainte, et je me sens le courage de m'y conformer. Quant à vous, que je remercie du fond de mon cœur pour tous les soins que vous avez bien voulu me donner durant mes longues épreuves, il vous est permis de reprendre le chemin de la patrie. Cependant, si quelques-uns d'entre vous voulaient rester avec moi, j'en bénirais Dieu, les traitant désormais, non plus comme des serviteurs et des
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servantes, mais comme des frères et des sœurs ». Un langage si digne fut loin d'être sans effet. Tous les compagnons de sainte Enimie, à peu d'exceptions près, lui répondirent : « Nous voulons être exilés et souffrir avec vous en cette contrée, afin de pouvoir régner un jour avec vous dans le ciel ».
Après le départ de ceux des compagnons de la Sainte qui retournèrent à Paris, et y apprirent au roi et à la reine la guérison miraculeuse de leur fille, et la résolution qu'elle avait prise d'obéir à la volonté de Dieu qui la désirait si loin d'eux, elle établit le mieux possible ceux qui n'avaient pas voulu la quitter sur les bords du Tarn et auprès de la fontaine de Burle ; puis, gravissant elle-même la montagne escarpée qui est au-dessus de cette source, vers le couchant, elle y choisit pour le lieu de sa retraite une grotte assez profonde, ne gardant avec elle qu'une jeune fille dont elle était la marraine et à qui elle avait fait donner son propre nom.
Il est facile de comprendre quel fut, dans ce solitaire et pénible séjour, le genre de vie de notre sainte princesse, ce qu'elle eut à souffrir de l'intempérie des saisons et du manque de toutes choses, mais aussi dans quels rapports intimes elle dut s'établir entre son Dieu, par ses fréquentes et longues oraisons.
Aussi, dans quelques années, le Seigneur voulut-il faire connaître au monde combien cette innocente victime de son amour était agréable à ses yeux, en lui donnant la vertu d'opérer des prodiges. Le bruit de sa sainteté s'étant répandu au loin dans les environs, on accourut de toutes parts vers son humble demeure, non-seulement pour contempler ses vertus, mais encore pour obtenir, par son intercession, des grâces extraordinaires. Les anciens auteurs de sa vie nous apprennent qu'elle rendit la santé à un nombre infini de malades de toutes sortes, et nous racontent en détail la guérison d'un lépreux et d'un homme estropié d'un bras depuis son enfance, et la résurrection du fils unique d'une veuve qui s'était noyé dans les eaux du Tarn.
D'un autre côté, parmi les personnes qui allèrent la visiter, il y en eut plusieurs qui, touchées par ses saintes instructions, attirées par l'odeur de ses vertus et éclairées par la lumière d'en haut, lui demandèrent à servir Dieu comme elle et auprès d'elle. Son zèle pour le salut des âmes et pour la gloire de Dieu lui fit vaincre son humilité et accéder à d'instantes prières. Elle se mit donc à bâtir un monastère auprès de la source où Dieu l'avait guérie de la lèpre. Sa sainte entreprise fut grandement éprouvée. L'esprit malin, furieux de voir s'élever un nouvel asile à l'innocence et à la vertu, se montra sur les lieux sous la forme d'un énorme dragon, renversant, chaque samedi, à l'entrée de la nuit, les constructions que les ouvriers avaient faites durant la semaine.
Sur ces entrefaites, elle reçut la visite de saint Ilère, évêque de Mende. Ce pieux prélat qui, après avoir été élevé à la dignité épiscopale, l'honorait par toute sorte de vertus, sous l'humble habit d'un religieux, était venu à son tour auprès de la Sainte, non pas tant pour s'assurer de la vérité des rapports qu'on lui avait faits sur son compte, que pour s'édifier avec elle et lui recommander les divers besoins de son troupeau. De son côté, sainte Enimie, le recevant comme un messager céleste, s'empressa de lui ouvrir son âme et ne manqua pas de lui faire connaître ce qu'elle avait à souffrir de la part du démon. L'homme de Dieu la consola, lui promit de l'aider auprès de Dieu par ses prières, et dans le temps qu'il passa en cet endroit, il l'honora de fréquentes visites.
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Or, un jour qu'il était allé la voir, et pendant qu'il se trouvait auprès d'elle, le dragon infernal, dont nous avons déjà parlé, s'avança vers le monastère pour continuer son œuvre de destruction. À cette vue, la Sainte, effrayée et fondant en larmes, implore le secours de son père spirituel. Le saint prélat, fort des armes de sa foi, sort de la maison et se dirige sans crainte vers le monstre menaçant. Chemin faisant, il rencontre sous ses pas deux morceaux de bois, les dispose en forme de croix et oppose ce signe de l'instrument de la Rédemption à l'ennemi de notre salut. Il n'en faut pas davantage pour lui donner la victoire : à la vue de la croix, le dragon revient sur ses pas et va se cacher dans des gorges profondes d'où on ne le voit plus sortir.
Dès lors il fut permis à sainte Enimie de mettre la dernière main à son monastère, pour l'achèvement duquel saint Ilère lui accorda des secours abondants. Lorsque l'édifice fut terminé, ce même prélat alla en consacrer l'église, qu'il plaça sous le vocable de la sainte Vierge. Il fit encore la même cérémonie dans un autre sanctuaire, élevé non loin du premier et dédié au Prince des Apôtres. En même temps, il donna le voile à la sainte Princesse, ainsi qu'à ses compagnes, et l'établit leur mère et leur abbesse.
Dieu vint immédiatement en aide à ce nouvel essaim de chastes vierges, par les largesses qu'elles reçurent de la part de plusieurs personnes nobles et puissantes de la contrée. Clotaire II, père de sainte Enimie, et Dagobert Ier, son frère, lui constituèrent également certains revenus fixes et lui fournirent d'ailleurs de quoi acheter plusieurs propriétés voisines. C'est ainsi que Dieu a toujours pris soin de ces âmes confiantes qui abandonnent toutes choses pour se consacrer uniquement à son service.
Enfin, après avoir fait passer sainte Enimie par toute sorte d'épreuves, pour purifier sa vertu et augmenter ses mérites, et après que ses filles spirituelles se furent suffisamment pénétrées de son esprit, le Seigneur, enviant en quelque sorte à la terre ce vase d'innocence et de pureté, daigna lui faire connaître assez longtemps à l'avance le moment où elle aurait le bonheur de quitter ce misérable monde, pour aller dans le bienheureux séjour marcher avec ses semblables à la suite de l'Agneau sans tache. Elle garda cependant pour elle seule cette communication céleste, se contentant de se préparer de son mieux à être en état de paraître devant son divin Époux.
Ce ne fut que peu de temps avant sa mort, que, réunissant ses bons amis et ses pieuses compagnes, elle leur dit : « Mes très-chers frères, et vous, mes sœurs bien-aimées, j'ai besoin de vous faire part de la joie que j'éprouve ; le Seigneur veut enfin me retirer du milieu des misères de ce monde. Je suis à la veille de ma mort. Je rends grâces à ce Dieu de bonté de ce qu'il daigne m'appeler au festin délicieux de son éternité ; je le remercie pour la grande affliction qu'il a jadis fait subir à mon corps, dans mon jeune âge, pour la manière dont il m'a délivrée de la lèpre, et de ce qu'il m'a retenue dans ces lieux pour me préserver des dangers des vains et fragiles honneurs de ce monde. Je vous engage à persévérer vous-mêmes dans vos généreuses et saintes résolutions ; je n'ose pas vous dire : Imitez mes exemples ; car, quoique j'aie eu l'honneur et le bonheur d'être votre mère, je n'ai jamais été et je ne suis encore que quelque chose de bien petit et de bien misérable. Je ne puis que vous exhorter à combattre jusqu'à la fin, afin qu'il vous soit donné un jour de recevoir des mains de votre Époux éternel la palme de la virginité, de la patience et de toutes les autres
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vertus qui vous conviennent. C'est aujourd'hui enfin que je quitte cette vie si courte et si fragile, pour passer dans cette région où l'on ne meurt jamais, pour aller contempler ce divin Roi que j'ai recherché, que j'ai désiré de tout mon cœur; pour l'amour duquel j'ai méprisé, comme un vil néant, les honneurs de la cour et les dignités que ma naissance aurait pu me valoir. Mais, je vous en supplie, ne vous affligez pas trop de mon départ d'au milieu de vous. Au lieu de verser des larmes, vous devez au contraire vous réjouir de ce que votre mère vous précède: là-haut je m'intéresserai à votre salut, auprès de notre commun Maître, beaucoup plus que je ne puis le faire ici-bas. J'ai encore à vous dire que ma mort sera bientôt suivie de celle de ma très-chère filleule, qui porte le même nom que moi. J'ai demandé pour moi et pour elle cette grâce à Notre-Seigneur Jésus-Christ, et il me l'a accordée. Vous aurez soin d'ensevelir son corps dans le même lieu que le mien et de placer son sépulcre au-dessus du mien; car telle est la volonté de Dieu ».
Bientôt après ces touchants adieux, l'heure suprême arriva pour la bienheureuse servante de Dieu. Elle se fit administrer les derniers sacrements, et tandis que, parmi ses filles spirituelles qui l'entouraient, les unes récitaient des psaumes, et les autres fondaient en larmes, elle rendit sa belle âme, que les anges s'empressèrent d'aller présenter à son divin Époux.
Dieu ne tarda pas à manifester sa sainteté: quand on ensevelit son corps, on trouva son visage tout rayonnant de lumière, pendant que tous ses autres membres semblaient n'avoir éprouvé aucune altération.
On lui donna un serpent pour attribut, parce qu'elle passe pour avoir délivré le Gévaudan de ces animaux dangereux.
## CULTE ET RELIQUES.
Quelque temps après la mort de sainte Éniimie, le roi Dagobert Ier, son frère, alla jusqu'en Gévaudan, pour en apporter avec lui les précieux restes de sa bienheureuse sœur. Le dessein de ce prince était de placer ce saint dépôt dans la basilique de Saint-Denis, près de Paris, qu'il avait grandement embellie, et où il avait réuni les reliques des Saints les plus illustres de son royaume. Mais la divine Providence n'avait pas jugé à propos qu'il en fût ainsi. Elle permit que Dagobert se trompât, en prenant pour le cercueil de sa sœur, celui de sa filleule: erreur qu'il est facile de comprendre, en se rappelant les dernières paroles de la Sainte à ses filles spirituelles.
Cependant le tombeau de sainte Éniimie, d'abord sans doute si fréquenté, finit par devenir inconnu aux fidèles de l'endroit: ce qui eut lieu certainement, parce qu'on l'avait caché, soit de peur que ses reliques ne fussent enlevées d'une manière ou de l'autre, comme cela faillit être exécuté par le roi Dagobert, soit pour le dérober à la profanation des Sarrasins, ou pour le mettre à l'abri des désastres d'une guerre quelconque.
Enfin, après un long espace de temps, Dieu daigna manifester à son peuple le plus précieux des trésors. Il se servit pour cela d'un saint religieux, nommé Jean. Ce vénérable personnage fut honoré de trois visions surnaturelles, où il lui fut révélé le lieu où reposait le corps de la Sainte, ainsi que les indices auxquels on pourrait le reconnaître.
Avant de rien entreprendre, on avertit le prélat qui gouvernait alors le diocèse, et on le pria de vouloir bien présider aux recherches. On convoqua aussi à cet effet les notabilités ecclésiastiques des environs.
C'était dans l'église même, construite par les soins de sainte Éniimie, qu'il s'agissait de faire des fouilles. Quand tout le monde se trouva réuni, on commença par chanter une antienne de l'office des vierges, après cela on se mit à creuser la terre, et bientôt on découvrit un petit caveau contenant un sépulcre que l'on s'empressa d'ouvrir. Il s'y trouva en effet le corps de la Sainte, et il s'en exhala une odeur si suave que tous les assistants croyaient éprouver un avant-goût des célestes douceurs. En même temps, les cierges des acolythes s'étant éteints d'eux-mêmes, leur lumière fut remplacée par un nuage lumineux, qui remplit toute l'église, et avec une telle intensité que chacun pouvait à peine apercevoir son voisin. Et quand, après un assez long intervalle,
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le nuage mystérieux disparut, les cierges se rallumèrent encore d'eux-mêmes. D'un autre côté, immédiatement après l'ouverture du saint tombeau, et aussitôt que l'on recommença à sentir la délicieuse odeur qui s'en exhalait, tous les malades que l'on avait amenés se trouvèrent parfaitement guéris. Tout cela se passa au milieu des chants d'actions de grâces et des cris d'allégresse de tout un peuple transporté de joie.
On transporta le corps de la Sainte du lieu où l'on venait de le découvrir, dans l'église d'un monastère construit récemment à la place du premier. Et là Dieu se plut à manifester la sainteté de sa servante par de nombreux et éclatants miracles.
Cette découverte et cette translation eurent lieu le dix-huitième jour du mois de janvier ou l'on ne sait de quelle année. On sait seulement que les reliques de la Sainte se trouvaient dans le susdit monastère en l'an 951.
A cette époque, comme longtemps plus tard, les évêques de Mende, en leur qualité de souverains temporels du pays, tenaient annuellement, dans leur ville épiscopale, une assemblée composée de notables de la contrée, pour s'entendre avec eux sur la manière de bien administrer leur petit État; et, comme dans cet âge de foi l'on avait soin, avant tout, d'implorer le secours et les lumières d'en haut, il était prescrit aux ecclésiastiques et aux religieux d'apporter avec eux leurs plus précieuses reliques. Cela fut cause que le corps de sainte Éniimie fut plusieurs fois transporté à Mende, où il opéra un grand nombre de miracles. Il y guérit, entre autres malades, un aveugle, un paralytique et un estropié; et, la première fois qu'on l'y transporta, l'affluence fut si grande dans la chapelle de Sainte-Colombe où on l'avait déposée que, pour satisfaire la dévotion des fidèles, on fut obligé de la tirer de là et de la porter en pleine campagne, non loin de la ville et sous une tente richement parée.
L'an 1036, les habitants du Puy-en-Velay étant divisés par une guerre civile, Étienne de Mercœur, leur évêque, convoqua une assemblée dans sa ville épiscopale à l'effet d'aviser aux moyens de rétablir la paix, y invita les prélats voisins et les engagea à apporter avec eux les reliques de leurs Saints les plus renommés en fait de miracles. Raymond, évêque de Mende, s'y rendit avec la statue de saint Privat, patron de son diocèse, et avec quelques-unes seulement des reliques du même Saint, dont le corps n'avait pas encore été trouvé. Ce prélat prit aussi avec lui les reliques de sainte Éniimie, que les habitants du Puy reçurent avec une grande satisfaction, les plaçant dans leur insigne basilique de Notre-Dame. De son côté, la Reine des vierges, cédant en quelque sorte à sa sainte imitatrice les honneurs de la circonstance, lui permit d'opérer un grand nombre de prodiges. C'est sans doute par suite de ces merveilles que l'évêque du Puy voulut que les reliques de sainte Éniimie fussent transférées au lieu même où on allait tenir l'assemblée qui devait remédier aux misères de ce temps, et Dieu fit éclater encore davantage, en cet endroit, la puissance de sa bien-aimée servante.
Après que l'assemblée eut terminé ses opérations, et quand les religieux de Sainte-Éniimie eurent repris le corps de leur patronne, le lieu où ses reliques avaient été déposées conserva une espèce de vertu surnaturelle qui ne permettait à aucun être vivant de s'en approcher: ce qui fut cause que, pour faire respecter ce lieu, les habitants de l'endroit le firent entourer d'une muraille.
Entre autres guérisons opérées au Puy par l'intercession de sainte Éniimie, on cite celle de deux dames aveugles qui, si elles voulurent jouir de la grâce que la Sainte leur avait obtenue, furent obligées de la suivre jusqu'auprès de son tombeau, en Gévaudan, et d'y passer le reste de leur vie, la cécité les reprenant toutes les fois qu'elles essayaient de regagner leur patrie.
Le monastère primitif de Sainte-Éniimie fut, en 951, cédé par Étienne, évêque de Mende, aux religieux bénédictins de Saint-Chaffre, dans le diocèse du Puy, qui l'ont possédé et habité jusqu'à la révolution de 1789. On conserve encore les reliques de la Sainte dans l'église paroissiale du bourg qui porte son nom. En 1724, on avait aussi son voile, et on le portait en procession dans les calamités publiques. On célèbre sa fête, au diocèse de Mende, le 5 du mois d'octobre, sous le rit double. Les églises paroissiales des bourgs de Sainte-Éniimie et de Bagnols-les-Bains lui sont dédiées.
Cette biographie, qu'a bien voulu nous fournir M. l'abbé Charbonnel, a été extraite d'un manuscrit de la Bibliothèque impériale, qui remonte au XIXe siècle et contient trois vies de cette Sainte, l'histoire de l'invention de son corps et le récit de plusieurs miracles opérés par son intercession, conforme aux Procès-verbaux du diocèse de Mende, de 1039 et de 1898, ainsi qu'à la vie de la même sainte princesse, donnée par l'auteur de la Monarchie sainte, tome IV.
Événements marquants
- Fille du roi Clotaire II
- Frappée de la lèpre pour échapper à un mariage forcé
- Guérison miraculeuse à la fontaine de Burle
- Fondation d'un monastère au bord du Tarn
- Lutte contre un dragon avec l'aide de saint Ilère
- Mort annoncée par révélation divine
Miracles
- Apparition de la lèpre par intervention divine
- Triple guérison de la lèpre à la fontaine de Burle
- Victoire sur un dragon dévastateur
- Résurrection du fils d'une veuve noyé dans le Tarn
- Invention miraculeuse de son corps avec odeur suave et lumière
Citations
Heureuse la nation qui a son Dieu pour maître ; heureux le peuple qu'il s'est choisi pour son héritage !