Saint Anselme de Cantorbéry

Archevêque de Cantorbéry et Docteur de l'Église

Fête : 21 avril 11ᵉ siècle • saint

Résumé

Né à Aoste, Anselme devint abbé du Bec en Normandie avant d'être nommé archevêque de Cantorbéry. Il lutta fermement contre les rois d'Angleterre pour l'indépendance de l'Église et les investitures ecclésiastiques. Grand métaphysicien et théologien, il est considéré comme le père de la scolastique et fut proclamé Docteur de l'Église.

Biographie

SAINT ANSELME, ARCHEVÊQUE DE CANTORBÉRY,

ET DOCTEUR DE L'ÉGLISE

En apprenant de la bouche du roi d'Angleterre lui-même sa nomination à l'évêché de Cantorbéry, il lui dit : « Sire, vous atteler sous le même joug un taureau et un agneau ». P. Cahier.

Anselme eut pour père Gondulphe, noble seigneur de la vallée d'Aoste, appartenant, croit-on, à la famille de Gislebert, d'où sortit, plus tard, la célèbre comtesse Mathilde ; et pour mère, Ermemberge ou Ermengarde, probablement alliée aux marquis de Turin et au premier prince de la maison de Savoie. Il subsiste à Gressan des restes remarquables du principal manoir des parents d'Anselme, entre autres une haute tour carrée appelée encore aujourd'hui la *Tour de Saint-Anselme*. Ils possédaient aussi dans la ville même d'Aoste, au faubourg de Saint-Ours (aujourd'hui rue Bouvernier), une maison où naquit notre Saint, vers l'an 1034. Cette maison fut reconstruite en 1505 : une de ses chambres s'appelle encore *chambre de Saint-Anselme*.

Ayant appris de sa pieuse mère la vertu, et de maîtres habiles les sciences qu'on enseignait dans les écoles des monastères, il résolut, à l'âge de quinze ans, d'embrasser la vie monastique ; mais l'Abbé, auquel il s'adressa, ne voulut point l'admettre, parce que Gondulphe refusait son consentement.

Privé de cet abri du cloître et des conseils de sa mère qui mourut à cette époque, Anselme ne sut pas résister aux tentations de la jeunesse ; il s'abandonna à la dissipation et aux plaisirs. Ce fut peut-être la cause de l'aversion que son père conçut contre lui. Gondulphe était un seigneur hautain et violent ; il alla jusqu'à maltraiter son fils. Celui-ci n'ayant pu le fléchir par aucun moyen, quitte en secret, avec un serviteur fidèle, la maison paternelle et passe en Bourgogne où il reprend ses études avec ardeur. Il avait alors vingt-deux ans. Trois ans après, il alla en Normandie, où saint Guillaume d'Ivrée, son parent, venait de construire ces églises et ces couvents que nous admirons encore, et où Lanfranc, italien comme lui, enseignait avec une telle réputation qu'il rendit alors l'école du Bec la plus célèbre de l'Europe. Anselme se fit son disciple et devint son ami. À la mort de son père, hésitant sur le genre de vie qu'il devait embrasser, il ouvrit son âme à Lanfranc et lui exposa les deux partis entre lesquels il balançait : entrer dans un monastère, où l'on trouve la voie sûre de l'obéissance ; ou bien rester dans le monde, pour y faire des bonnes œuvres avec son riche patrimoine. Lanfranc, n'osant décider une question si délicate, alla avec son

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fils spirituel, consulter Maurille, archevêque de Rouen, prélat renommé pour sa prudence et sa sainteté, non-seulement en Normandie et en France, mais encore en Italie, où il avait été abbé de Sainte-Marie, de Florence. Maurille conseilla la vie monastique comme la moins périlleuse.

Anselme, suivant cet avis, reçut le saint habit au monastère du Bec, où Lanfranc était prieur ; Herluin, qui avait fondé cette maison religieuse à ses propres dépens, en était abbé. Notre Saint avait alors vingt-sept ans, et il s'appliqua si bien à imiter les plus parfaits religieux, que, trois ans après sa profession, il fut élu prieur en la place de Lanfranc, qui était devenu abbé du monastère de Saint-Étienne, à Caen ; et, quelques années après, l'abbé Herluin étant mort, saint Anselme fut encore mis à sa place, malgré ses résistances.

Étant Abbé, il gouverna ses religieux avec une prudence et une sainteté admirables ; comme ce monastère possédait de grands biens en Angleterre, Anselme y fit plusieurs voyages : il les entreprenait d'autant plus volontiers, que son cher maître Lanfranc était alors archevêque de Cantorbéry. Le Saint fut reçu dans cette île avec toute sorte de respect et de vénération ; les personnes les plus considérables recherchèrent son amitié ; Guillaume le Conquérant, lui-même, si redoutable et si inaccessible aux Anglais, s'humanisait avec l'Abbé du Bec et semblait être tout autre en sa présence.

Guillaume le Roux succéda, sur le trône d'Angleterre, à son père Guillaume le Conquérant, en 1087. C'était un prince « qui craignait Dieu fort peu et les hommes pas du tout ». Il exerça toutes sortes de tyrannies. Il usurpait les biens ecclésiastiques, il s'appropriait les revenus des sièges vacants ; et, afin d'en jouir plus longtemps, il ne voulait pas qu'on élût de nouveaux évêques à la place des défunts.

Ce fut ainsi qu'après la mort de Lanfranc, l'Église de Cantorbéry resta cinq ans sans pasteur. Guillaume jura même, par ce qu'il y a de plus sacré, que ce siège ne serait point rempli tant qu'il vivrait. Il avait osé dire : « L'archevêque de Cantorbéry, c'est moi ! » Mais il fut aussitôt frappé de la main de Dieu : il tomba gravement malade à Gloucester, et, en quelques jours, il fut réduit à l'extrémité. Il rentra alors en lui-même ; Anselme, étant venu le voir, le décida à faire une confession générale de ses fautes. Ce prince promit solennellement de réparer tous les maux qu'il avait faits, de gouverner désormais ses États selon les lois, de punir l'injustice, et de rendre la liberté aux églises. Il commença par nommer Anselme à l'archevêché de Cantorbéry. Tout le monde approuva ce choix. Le Saint seul s'y opposa, alléguant son grand âge, le mauvais état de sa santé, son incapacité pour les affaires ecclésiastiques et civiles. Le roi le conjura avec larmes de se rendre à ses vœux et à ceux de la nation : « Vous voulez donc, lui dit-il, me perdre dans l'autre monde ? mon salut est entre vos mains : je suis convaincu que Dieu ne me fera point miséricorde, si le siège de Cantorbéry n'est pas rempli avant ma mort ». Les évêques, et tous ceux qui étaient présents, joignirent leurs instances à celles du roi : « Votre refus, disent-ils à Anselme, nous scandalise ; si vous y persistez, vous serez responsable devant Dieu de tous les maux qui tomberont sur l'Église et sur le peuple d'Angleterre ». Puis ils font apporter la crosse, le roi la met dans les mains d'Anselme, on l'oblige de la garder ; il crie en vain : « Mais tout ce que vous faites est nul ! » On le saisit, on le conduit à l'église, où l'on chante le Te Deum solennel en actions de grâces.

C'était le 6 mars 1098. Cependant, comme Anselme l'avait prédit, à peine

le roi fut-il guéri de sa maladie, qu'il devint plus tyran que jamais : sa férocité ressemblait à de la frénésie. Il continua néanmoins, encore quelque temps, ses témoignages de respect envers Anselme, qu'il investit de tout le temporel de l'Église de Cantorbéry, et qui fut sacré le 4 décembre 1093. Guillaume tint cour plénière le jour de Noël. Anselme s'y rendit et y fut reçu avec de grandes marques d'honneur : mais ce furent là les dernières démonstrations de bienveillance du roi.

Ayant formé le projet de dépouiller son frère Robert du duché de Normandie, il eut besoin de nouveaux subsides pour cette guerre aussi difficile qu'injuste. Notre Saint offrit cinq cents livres d'argent, somme considérable pour ce temps. Le roi agréa d'abord cette offre, mais quelques-uns de ses flatteurs lui persuadèrent que c'était une somme trop modique. Il demanda donc encore à Anselme, au moins cinq cents autres livres. Le Saint répondit qu'il ne pouvait prélever une somme aussi considérable sur le patrimoine des pauvres. Il parla, quelque temps après, au roi, avec une généreuse liberté, l'exhortant à donner des supérieurs aux abbayes vacantes, et à permettre aux évêques de tenir des conciles, comme cela s'était toujours pratiqué, afin de remédier aux désordres qui se multipliaient de jour en jour.

Quand Guillaume fut de retour de son expédition de Normandie, où il avait dépensé beaucoup d'argent sans succès (1094), Anselme vint lui demander la permission d'aller lui-même recevoir le Pallium, insigne de sa dignité métropolitaine, des mains du pape Urbain II, qui, lui aussi, sur un plus grand théâtre, défendait les libertés de l'Église contre l'empereur d'Allemagne et l'antipape Guibert. Le roi, extrêmement irrité, lui dit qu'il ne reconnaissait à personne le droit de reconnaître pour légitime un Pape, avant qu'il ne l'eût reconnu lui-même, que c'était un attentat contre sa couronne ; puis, ne sachant que répondre aux raisons que l'Archevêque lui exposa avec douceur, il lui dit avec colère « qu'il ne pouvait en même temps garder fidélité à son roi et obéissance au Saint-Siège ». Anselme répliqua qu'il avait toujours cru cela possible ; mais que si une assemblée des évêques et des grands du royaume décidait le contraire, il sortirait d'Angleterre. Le roi le prit au mot. L'assemblée eut lieu à Rockingham en 1094 ; les évêques, dont la plupart avaient acheté leurs sièges à prix d'argent, et étaient esclaves de la faveur royale, n'osèrent ni se prononcer sur la question, ni juger leur supérieur. Mais ils promirent au roi de ne plus considérer Anselme comme leur archevêque et de ne plus lui obéir comme à leur primat. Il n'en fut pas de même des barons : ils firent au roi une réponse mémorable : « Anselme est notre archevêque : c'est à lui de gouverner l'Église et la religion dans ce royaume. Ainsi, comme chrétiens, nous ne pouvons, ni ne voulons nous soustraire à son autorité, d'autant plus que nous ne voyons en lui aucune faute pour laquelle vous deviez le traiter ainsi ». Quant au peuple, il accueillit les évêques courtisans par des huées, les appelant lâches, traîtres, Judas.

Le roi était dans un embarras qui le couvrait de confusion et excitait vivement sa fureur si inflammable. Pour s'en tirer, il eut recours à l'inconséquence, à la ruse, à des moyens indignes d'un prince. Il envoie secrètement deux de ses chapelains, Gérard et Guillaume, à Rome, chargés de reconnaître Urbain II pour pape légitime, s'il l'était réellement, et d'obtenir de lui le Pallium, que le roi devait remettre lui-même à l'archevêque de Cantorbéry. Ils ne nommeraient pas Anselme. Guillaume espérait qu'au retour de ses envoyés, Anselme étant absent, on pourrait, dans une nou-

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velle assemblée, le déposer, et donner à un courtisan et le Pallium et l'archevêché de Cantorbéry. Un historien appelle cela de l'escamotage; mais le Pape ne se laissa pas tromper: il envoya bien le Pallium, mais avec un légat, Vaulthier, évêque d'Albano. Celui-ci, il est vrai, alla directement voir le roi, et n'eut aucun rapport avec Anselme; Guillaume crut qu'il obtiendrait tout ce qu'il voudrait, et beaucoup se plaignaient que le Saint-Siège semblait abandonner son défenseur; mais lorsque le roi pria Vaulthier de déposer Anselme, promettant au Pape un tribut annuel, et un privilège considérable que l'histoire ne précise pas, le légat répondit que ce n'était point là sa mission, étant venu, au contraire, pour réconcilier le roi et l'archevêque de Cantorbéry. Guillaume fut obligé de dissimuler son ressentiment et de se prêter à cette réconciliation publique. Anselme fut mandé devant le roi, qui déclara devant le légat et toute sa cour, qu'il lui rendait paix et faveur. La constance de notre Saint fut admirable en cette circonstance: on osa lui demander, pour le roi, au moins une somme d'argent égale aux frais du voyage de Rome, qu'on lui avait épargnés. Il la refusa; et quand on l'invita à rétracter ce qu'il avait dit dans l'Assemblée de Rockingham, il répondit: « Je n'ai rien à y changer ». On le pria de recevoir le Pallium de la main du roi: il dit que le Pallium étant l'insigne de son autorité ecclésiastique, il le prendrait lui-même sur l'autel de sa cathédrale, sans autre intermédiaire, comme s'il le recevait des mains du Pape; et c'est ce qui eut lieu; après quoi, le Saint célébra la messe avec toute la pompe pontificale, entouré des évêques, et au milieu d'un peuple heureux de voir son pasteur victorieux en tant de combats. Anselme écrivit au Pape pour le remercier du Pallium: il se plaint, dans cette lettre, du fardeau de l'épiscopat dont on l'a chargé, et regrette vivement la solitude.

On vit bientôt que le roi n'avait pas été sincère dans sa réconciliation avec Anselme. Sa malveillance éclata à la première occasion; le Saint crut que, dans une position aussi difficile que la sienne, il avait besoin des conseils et de l'appui du souverain Pontife. Il demanda donc au roi la permission d'aller à Rome; ils eurent à ce sujet de longs pourparlers, soit en personne, soit par des envoyés. « Je ne le crois pas, disait le roi, coupable de tels péchés, ni si nécessiteux de conseils, qu'il doive recourir au Pape. S'il ose faire ce voyage, je me saisirai de son archevêché ». Il demanda même que l'Archevêque prêtât serment de ne plus jamais en parler au Pape. Anselme répondit qu'il ne ferait jamais ce serment; qu'un chrétien ne pouvait, sans apostasie, renoncer à tout appel au vicaire de Jésus-Christ, au chef de l'Église.

Guillaume lui fit dire enfin qu'il lui permettait de partir; mais il lui défendait de rien emporter qui appartient au roi. Notre Saint vint le remercier d'une permission accordée de si mauvaise grâce, et alors se passa une scène qui peint bien le cœur sans rancune de l'Archevêque, le respect qu'il inspirait, et le prestige que sa présence exerçait toujours. « Je viens, dit-il au roi, vous remercier et vous assurer que je vous conserve toute mon affection. Maintenant donc que je vais partir, et qu'il pourrait se faire que je ne vous revisse plus, je vous recommande à Dieu, et, comme votre archevêque, comme votre père, je désirerais, avant de vous quitter, vous donner ma bénédiction, si toutefois cela vous plaît ». — « Mais sans doute », dit le roi. Alors Anselme se leva, fit le signe de la croix sur la personne du roi, tandis que celui-ci baissait la tête et s'inclinait profondément et avec beaucoup de respect. Le lendemain, Anselme dit adieu à son peuple, dans un discours touchant, et ayant pris sur l'autel de la cathédrale le bâton et

le sac de pèlerin, il partit : une foule nombreuse l'accompagna très-loin, en pleurant. À Douvres, un messager du roi fouilla lui-même les bagages de l'illustre voyageur, et n'ayant rien trouvé, il dit qu'il pouvait s'embarquer. C'était le 10 octobre 1097. Dès qu'on fut en mer, il s'éleva une violente tempête, que le Saint apaisa aussitôt par ses prières. Il débarqua au port de Wissant. Sa marche fut dès lors triomphale : ses glorieuses luttes étaient connues. On le reçut partout comme un athlète de l'Église, un illustre vainqueur, un docteur, un saint. Il se rend d'abord à l'abbaye de Saint-Bertin, où il passe quelques jours. Il consacra l'église du monastère de Saint-Omer, il prêche, il administra le sacrement de confirmation, que tous voulaient recevoir de ses mains. Après ce repos, il reprend sa route. Un jour qu'il traverse la Bourgogne, en chevauchant paisiblement, il voit venir à lui le duc de la contrée, commandant des hommes armés ; ce duc, croyant que le primat d'Angleterre emportait à Rome de grandes richesses, venait dans l'intention de le détrousser ; mais, à la vue de ce vieillard vénérable, de ce noble visage, il sentit naître tout à coup dans son cœur l'amour et le respect, comme s'il s'était trouvé en présence d'un ange. Anselme lui dit : « Seigneur, si tu le permets, je t'embrasserai ». — « C'est une grâce que vous me ferez, révérend Père, répondit le seigneur ; en retour de cette faveur, je me mets à votre service et me félicite grandement de votre arrivée sur mes terres et de votre heureuse rencontre ». En effet, il le fit escorter par un de ses vassaux. Anselme, ayant passé quelque temps avec l'abbé Hugues, au monastère de Cluny, se rend à Lyon, où l'archevêque, qui se nommait aussi Hugues, le reçoit avec de grandes démonstrations de joie et de respect. Il y prolonge son séjour à cause d'une grave maladie, qui fait un instant désespéré de sa vie. Urbain II, à qui il avait écrit, lui ayant répondu pour le presser de venir, il se met en marche, quoique sa santé soit à peine rétablie, le 16 mars 1098. En Savoie, le souverain de ce pays, Amédée II, son parent, le comble d'honneur et de vénération. Anselme l'exhorte à persévérer dans son attachement à l'Église et au Saint-Siège. Quoiqu'il voyage en simple moine, et qu'il ne loge que dans les monastères, souvent le peuple, averti de son passage, vient lui demander sa bénédiction.

Arrivé à Rome, il fut très-bien reçu et beaucoup honoré du pape Urbain, qui lui donna tant d'éloges, en présence des cardinaux et d'autres seigneurs romains, qu'il en était tout confus et n'osait lever les yeux ; il ne pouvait croire que le Pape parlait de lui. Sur l'ordre du souverain Pontife, il fit publiquement, avec modestie, le récit de ce qui s'était passé. Urbain lui promit sa protection et écrivit fortement au roi d'Angleterre, pour l'engager à rétablir l'archevêque de Cantorbéry dans tous les droits dont avaient joui ses prédécesseurs. Le Saint, d'après l'avis du Pape, écrivit aussi au roi pour essayer de le fléchir. Comme l'air de Rome était contraire à la santé d'Anselme, il ne resta que dix jours en cette ville, dans le palais des Papes. Il se retira, avec l'agrément d'Urbain II, chez les religieux du Saint-Sauveur, dans la province de Capoue, dont l'abbé Jean, ancien moine du Bec, était son ami. Jean conduisit Anselme dans un domaine que le monastère possédait, dans les hautes montagnes des Apennins, et nommé Scavia. Là, notre Saint eut un air frais et pur et la solitude ; il y reprit toutes les pratiques de la vie monastique et y acheva son traité : *Pourquoi Dieu s'est fait homme*.

Il fit à la prière d'un moine, jaillir une source miraculeuse qui existe encore aujourd'hui, et à laquelle on attribue des effets surnaturels. Épris de cette agréable retraite, et voyant, par les réponses de Guillaume, qu'il ne

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cesserait jamais de le persécuter, l'archevêque de Cantorbéry pria le Pape d'accepter sa démission; mais celui-ci lui ordonna de conserver son siège, et lui fit comprendre qu'un chef courageux, dans l'armée du Christ, ne doit pas abandonner son poste, quelque difficile et périlleux qu'il soit. Il lui promit, du reste, de le défendre publiquement contre le roi d'Angleterre, dans le concile de Bari.

« Cette assemblée, qui devait travailler à la réunion des Grecs avec l'église romaine, se composait de cent vingt-trois évêques: elle eut lieu au mois d'octobre 1098. Le Pape y mena Anselme avec lui. Les Grecs cherchèrent à prouver, par l'Évangile, que le Saint-Esprit ne procède que du Père. Le Pape leur répondit par plusieurs raisons, en partie tirées du *Traité de l'Incarnation*, qu'Anselme lui avait autrefois envoyé; puis, tout à coup, il s'écria: « Anselme, archevêque des Anglais, notre père et notre maître, où êtes-vous? c'est maintenant qu'il faut employer toute votre science, toute votre éloquence. Venez, apparaissez au milieu de nous, montez dans cette chaire et défendez notre mère, la sainte Église, contre les attaques des Grecs: venez à notre aide, envoyé de Dieu ». Anselme se lève, tous les yeux se tournent vers cet évêque inconnu qui s'était jusque-là tenu dans l'ombre: le Pape continua de faire son éloge et son histoire, parlant de ses écrits, de sa sainteté, de ses luttes pour la foi; et quoique Anselme se déclarât prêt à réfuter les Grecs à l'instant, comme il était tard, on remit la discussion. Le lendemain, Anselme étant monté en chaire, prononça le beau discours qui est devenu depuis un traité sous le titre : *De la Procession du Saint-Esprit* contre les Grecs. Ce fut la clôture de cette question. On entama ensuite l'affaire du roi d'Angleterre; on prouva si bien qu'il avait commis des crimes si énormes, et qu'il était incorrigible, que l'indignation fut universelle dans le Concile: tous les Pères, même les Grecs, prièrent le Pape de lancer contre Guillaume l'excommunication. Mais saint Anselme, se jetant aux genoux d'Urbain, le supplia, avec larmes, de différer cette sentence, ce qui lui fut accordé: tout le monde admira son extrême douceur et sa grande bonté.

De retour à Rome, le Pape y célébra un autre Concile, après Pâques de l'année 1099, retenant toujours avec lui l'archevêque de Cantorbéry, et lui faisant tant d'honneurs qu'aux assemblées, aux processions, aux stations et partout ailleurs, il était toujours le second après lui; on avait tant de vénération pour Anselme que, non-seulement les catholiques, mais les infidèles, l'appelaient ordinairement le *Saint Homme*. Plusieurs même, après avoir baisé les pieds du Pape, voulaient rendre un pareil respect à l'Archevêque; mais, tout confus de ces honneurs, il se cachait où il pouvait, afin de les éviter. Aux décrets du Concile de Rome de l'an 1099, on en ajouta un portant la peine de l'excommunication contre les laïques qui s'arrogeraient le droit de donner l'investiture des abbayes et des évêchés, et contre les personnes qui les recevraient d'eux. Cette formule générale, sans avoir rien d'odieux, ni de personnel, comprenait le roi Guillaume et tous les ennemis d'Anselme. Ayant donc obtenu la répression des abus (seule justice qu'il demandait), il reprit le chemin de la France. Pour mieux pratiquer l'obéissance, il avait supplié le Pape de lui nommer quelqu'un à qui il se soumettrait, dans toutes ses actions, comme un moine à son abbé. Le Pape avait désigné pour cet office, Eadmer, compagnon intime de notre Saint, son disciple et son biographe. Anselme ne faisait rien sans ses ordres. Arrivé à Lyon, il y fut reçu avec de grands honneurs par l'archevêque Hugues, qui le fit célébrer pontificalement les saints offices dans sa cathédrale, et exercer

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les fonctions épiscopales par tout son diocèse. Ce fut pendant ce séjour que Anselme composa son livre de la Conception de la Sainte Vierge et du péché originel. Urbain étant mort au mois de juillet de la même année, il écrivit à Pascal II, son successeur, afin de l'instruire de son affaire. Toutes les contrées voisines de Lyon étaient d'autant plus avides de la présence du Saint, que la grâce des miracles l'accompagnait. À Vienne, deux seigneurs malades furent guéris en mangeant des miettes de sa table : un autre obtint la même grâce en assistant à la messe qu'Anselme célébrait à Saint-Étienne ; sur le chemin de Cluny, sa bénédiction délivra une jeune fille que possédait le démon : en revenant, il s'unit aux prières que faisait le peuple de Mâcon, pendant une sécheresse désastreuse, et il obtint une pluie abondante. À la Chaise-Dieu, il éteignit, par le signe de la croix, un incendie qui menaçait de dévorer le monastère, et n'y causa pas le moindre dommage. Cependant, un jour, le saint abbé Hugues raconta à Anselme, que, la nuit précédente, il avait vu le roi Guillaume traduit devant le tribunal de Dieu, accusé, jugé et condamné au supplice éternel. Deux autres personnes eurent une vision analogue. Ce malheureux prince avait, en effet, été tué à la chasse, le 2 août 1100, sans avoir eu le temps de se réconcilier avec Dieu. Deux moines, partis exprès d'Angleterre, en apportèrent la nouvelle à Anselme, qui versa d'abondantes larmes sur cette mort impénitente : les sanglots étouffaient sa parole : « Que ne suis-je mort moi-même », dit-il, « plutôt que d'apprendre une pareille fin, sans signe de pénitence ». Henri Ier, successeur de Guillaume, lui ayant écrit que toute l'Angleterre soupirait après le bonheur de le revoir, le saint Archevêque partit sans délai et arriva à Douvres le 23 septembre 1100.

Henri Ier s'était hâté de s'emparer du trône d'Angleterre, avant son frère aîné, Robert, duc de Normandie, qui combattait les infidèles dans la Terre-Sainte ; pour s'y consolider, il promit un règne plein de sagesse et de modération ; il donna à ses barons une charte, qui est regardée comme l'origine des libertés anglaises ; il favorisa les Saxons jusque-là déshérités, opprimés par les rois normands ; il rendit à l'Église son indépendance : pour le même motif, il reçut Anselme avec beaucoup de vénération et de cordialité. Mais il s'éleva tout de suite entre eux un grave démêlé, qui les mit dans un embarras réciproque : Henri invita Anselme à lui prêter hommage selon l'usage et à recevoir de sa main royale l'investiture de son archevêché. Notre Saint, qui était chargé par le Saint-Siège de faire exécuter les décrets du dernier concile de Rome, ne pouvait les violer lui-même ; il fit connaître au roi ces décrets défendant aux laïques de donner l'investiture des évêchés et abbayes. Le roi ne voulut point recevoir cette loi, contraire, disait-il, aux droits de sa couronne ; il n'osa pourtant se prononcer définitivement sur cette question, dans un moment où son autorité n'était pas encore affermie, et l'on convint de consulter le Pape. Cependant Robert, revenu de la Terre-Sainte, débarqua en Angleterre pour faire valoir ses droits : plusieurs seigneurs se rangèrent à son parti, quoiqu'ils eussent juré à Henri une inviolable fidélité. En danger de perdre sa couronne, Henri déclara qu'il ne voulait plus se fier qu'à Anselme ; il lui protesta qu'il lui abandonnerait désormais, entièrement et sans aucune entrave, le soin de l'Église et de la religion dans tout le royaume, et que lui, le roi, obéirait constamment et fidèlement aux décrets et aux ordres du souverain Pontife. Anselme se dévoua tout entier à Henri : il se multipliait, malgré son grand âge, haranguait les troupes, rappelait aux barons déserteurs la fidélité qu'ils avaient jurée, les menaçait de l'excommunication. Il empêcha ainsi l'effusion du sang. Quand les

deux armées furent en présence, les deux frères eurent des conférences où ils se réconcilièrent et s'embrassèrent publiquement. Il n'entre pas dans notre sujet de raconter comment les clauses du traité, signé alors par les deux frères, furent loyalement observées par Robert et déloyalement violées par Henri ; d'où suivit une nouvelle guerre. Henri ne tint pas mieux sa parole envers Anselme qu'à l'égard de son frère. Le danger passé, il continua de s'arroger le droit de donner l'investiture des bénéfices. Anselme, de son côté, continua de rester fidèle aux lois de l'Église, et refusa constamment de sacrer les évêques nommés par le roi, d'une façon anti-canonique. Henri envoya à Rome des messagers qui conjurèrent le Pape, au nom de ses propres intérêts, et pour rétablir la paix, de tempérer la rigueur des décrets de ses prédécesseurs contre les investitures : ils exposèrent qu'il n'y avait pas d'autres moyens de calmer la colère du roi : « Plutôt la mort », répondit le Saint-Père, « que de plier devant les menaces, pour déroger aux décrets de mes prédécesseurs ». Il écrivit en même temps deux lettres : l'une au roi, l'autre à l'archevêque ; il approuvait la conduite de ce dernier et l'exhortait à la continuer. Le roi en serait sans doute venu à des extrémités contre Anselme, sans l'opinion publique, qui se déclarait en sa faveur. Il ne vit pas d'autres moyens de s'en débarrasser que de l'inviter à aller à Rome, pour consulter lui-même le Pape sur cette matière. Le Saint, malgré son grand âge, s'embarqua le 27 avril 1103. Le roi fit partir en même temps un autre ambassadeur pour Rome. Tout ce qu'Henri obtint par là du pape Pascal, ce fut la peine d'excommunication portée contre tous ceux qui recevraient de lui l'investiture des dignités ecclésiastiques.

Lorsque sa présence ne fut plus nécessaire à Rome, Anselme se mit en route pour l'Angleterre ; mais à Lyon il reçut du monarque anglais défense de rentrer dans ses États, tant qu'il n'aurait pas pris la résolution de se conformer à ses volontés. Les débats continuèrent ; il y eut un échange de correspondances qu'on lira avec le plus vif intérêt, mais qu'il serait trop long de rapporter ici. Notre Saint dut être bien consolé par les soins d'Hugues, archevêque de Lyon ; par les lettres de la bonne reine sainte Mathilde, épouse du roi d'Angleterre ; et par celles de Philippe-Auguste et de son fils Louis le Gros. Enfin, le Pape excommunia les conseillers d'Henri, qui, craignant pour lui-même les foudres de l'Église, finit par se réconcilier avec Anselme : le roi renonçait à l'investiture ecclésiastique ; de son côté, Anselme consentait à prêter hommage au roi pour les fiefs que son archevêché avait reçus de Guillaume le Conquérant. On convint des préliminaires dans la petite ville d'Aigle. La réconciliation eut lieu au monastère du Bec, où le roi, qui était alors en Normandie, vint trouver Anselme, malade, le 15 août 1106. L'archevêque de Cantorbéry retourna aussitôt en Angleterre, où il fut reçu comme en triomphe par la princesse Mathilde et par tous les Ordres du royaume. Depuis ce moment, le roi et l'archevêque vécurent dans la plus parfaite intelligence : Anselme administra même le royaume en l'absence d'Henri.

Malgré ses occupations pastorales, administratives, politiques ; malgré l'état de langueur dans lequel il passa les trois dernières années de sa vie, notre Saint poursuivit ses recherches théologiques, qu'il n'avait jamais interrompus. Il eut, dans ses souffrances, assez de force pour mettre la dernière main à un de ses ouvrages les plus remarquables : le Traité de la Concorde de la prescience, de la prédestination, et de la grâce avec le libre arbitre. Ce fut le chant du cygne : il règne dans ce traité, pour éclairer le nœud si obscur où l'action divine se mêle à l'action humaine de nos actes, comme

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une lueur du ciel, car le docteur était déjà sur le seuil de l'éternité ; nulle part il n'emploie des expressions plus claires, une suite d'idées plus logique.

Six mois avant sa mort, il tomba dans une faiblesse extrême : il se faisait porter tous les jours à l'église pour entendre la messe, qu'il ne pouvait plus célébrer. La veille de sa mort, il dit qu'il était prêt à paraître devant Dieu, mais qu'il regrettait de n'avoir pas le temps d'écrire sur l'origine de l'âme, question sur laquelle il avait longtemps médité. On le pria de donner sa bénédiction au royaume d'Angleterre et à la famille royale : ses sentiments patriotiques se réveillèrent alors et communiquèrent à sa main défaillante toute la force qu'elle eût eu en sa santé ; il donna cette bénédiction, qui fut reçue au milieu des pleurs et des sanglots. C'était le mardi de la semaine sainte ; la nuit s'avançait : tandis que les moines du couvent chantaient Matines et Laudes, un de ceux qui le veillaient eut la pensée de lui lire la Passion de Jésus-Christ, selon saint Jean ; quand il fut arrivé à ces mots du Sauveur : « Puisque vous avez été ferme avec moi dans la lutte et dans les tentations, voici que je vais vous préparer le royaume que mon Père m'a préparé à moi-même, pour que vous mangiez et buviez avec moi, dans mon royaume ! », Anselme sourit et leva les yeux au ciel ; sa respiration devenait plus lente ; il se fit mettre sur la cendre. Il reçut avec un amour de séraphin le saint Viatique. Quand on voulut lui donner l'Extrême-Onction, on s'aperçut qu'il n'y avait que quelques gouttes d'huile sacrée, à peine suffisantes pour les onctions prescrites par le rituel ; mais elle s'accrut par miracle. Le saint Archevêque rendit sa belle âme à Dieu, le 21 avril 1109, dans la soixante-seizième année de son âge ; il fut enterré dans la cathédrale de Cantorbéry ; il s'opéra plusieurs miracles par son intercession. Le pape Clément XI, en 1720, donna à saint Anselme le titre de Docteur de l'Église, avec l'office et le rite propre, tel qu'on l'observe le jour de sa fête, le 21 avril.

Saint Anselme s'est rendu célèbre par sa grande dévotion envers Marie. On lui attribue l'établissement en Occident de la fête de l'Immaculée-Conception qui s'est longtemps appelée la Fête aux Normands. Aussi représente-t-on souvent Marie avec l'enfant Jésus dans ses bras, apparaissant à saint Anselme, soit que réellement il ait été favorisé de cette apparition, soit qu'on veuille uniquement par là rappeler sa tendre dévotion à Marie. — Une gravure célèbre, dite des patrons de Sienne, le représente avec un lièvre fort effrayé, blotti dans sa manche. Ceci se réfère au fait cynégétique que voici : Saint Anselme chevauchait un jour à travers le plat pays d'Angleterre, lorsque tout à coup un lièvre ardemment poursuivi par une meute vint s'embarrasser dans les jambes de son cheval et le faire se cabrer, puis il ne bougea plus. Les chasseurs n'étaient pas loin ; arrivés sur le théâtre de l'incident, ils se mirent à rire de la position de l'Évêque : « Mes amis », leur dit-il, « ceci est plus sérieux que vous ne pensez : cela vous représente l'état de l'âme au sortir de ce monde : les démons, comme autant de chiens dévorants se mettent à sa poursuite ; priez Dieu que chacune des vôtres trouve une protection à l'heure redoutable ». Il dit et rendit le lièvre à ses bois. Ayant rencontré, une autre fois, un enfant qui tenait un oiseau attaché par un fil, il obtint la liberté du volatile et profita de la circonstance pour faire une réflexion très-appropriée sur la force des mauvaises habitudes, qui sont pour l'âme ce qu'est un fil pour l'oiseau : une chaîne presqu'impossible à rompre. Cet homme vraiment saint disait encore : « J'aimerais mieux aller en enfer sans péché qu'en paradis avec un péché ! » Quelle connaissance des

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perfections de Dieu et de la laideur de l'offense contre les perfections infinies! Ces divers traits peuvent servir à caractériser saint Anselme dans les arts.

## ÉCRITS DE SAINT ANSELME ET D'EADMER, SON BIOGRAPHE.

1° Le *Monologue*, ainsi intitulé parce que le Saint y parle seul, composé avant l'an 1108. C'est un traité qui contient les preuves métaphysiques de l'existence et de la nature de Dieu.

2° Le *Prologion*, ainsi intitulé parce que l'auteur s'y entretient ou avec lui-même, ou avec Dieu, de l'existence et des attributs de l'Être suprême. Les méditations connues sous le nom de *Manuel de saint Augustin* sont principalement tirées de cet ouvrage. Gounilon, moine de Marmoutier, l'ayant critiqué, saint Anselme fit une réponse solide.

3° Le *Traité de la Foi, de la Trinité et de l'Incarnation*, composé en 1093 ou 1094. C'est une réfutation des erreurs avancées par Rescelin, qui, étant venu à Compiègne, au diocèse de Soissons, en fut fait chanoine, et chargé des leçons publiques. Ce Rescelin, qui était plus versé dans la dialectique que dans la théologie, perdit la foi en voulant soumettre la profondeur de nos mystères aux faibles lumières de sa raison.

4° Le *Traité de la procession du Saint-Esprit contre les Grecs*, composé vers l'an 1100. Il est divisé en vingt-neuf chapitres, sans compter le prologue et l'épilogue.

5° Le *Livre de la Chute du Diable*, en forme de dialogue, fut écrit par saint Anselme lorsqu'il était prieur du Bec. Il y est traité de la nature et de l'origine du mal.

6° Les deux livres intitulés : *Pourquoi Dieu s'est-il fait homme ?* Cet ouvrage est écrit en forme de dialogue.

7° Le *Traité de la conception virginale et du péché originel*, composé à la prière du moine Boson, comme le précédent.

8° Les *Traités de la Vérité, de la Volonté et du Libre arbitre*. La liberté de l'homme est solidement établie dans le troisième.

9° Le *Traité de la Concorde, de la Prescience et de la Prédestination*. Il y est prouvé :

1° que la prescience de Dieu ne nuit point au libre arbitre de l'homme ; 2° que la prédestination ne répugne point à la liberté ; 3° que la liberté est compatible avec l'efficacité de la grâce.

10° Le *Traité du Pain azyme et du Pain levé*, où l'on trouve la réfutation de ce que les Grecs objectaient aux Latins.

11° Le *Traité des Clercs concubinaires*, où il est décidé, conformément aux anciens canons, que les prêtres dont l'incontinence est devenue publique doivent être privés pour toujours des fonctions de leur Ordre.

12° Le *Traité des mariages entre parents*, que saint Anselme dit être défendus jusqu'au sixième degré.

13° Le *Traité du Grammairien*, qui est une introduction à la dialectique ou à l'art de raisonner juste.

14° Le *Livre de la volonté de Dieu*. Le saint docteur distingue en Dieu diverses sortes de volontés sous divers rapports.

Les traités dont nous venons de parler composent la première partie des ouvrages de saint Anselme ; viennent ensuite les ouvrages parénétiques ou exhortatoires, moraux et ascétiques, dont voici le détail.

1° Des *Homélies*, qui sont au nombre de seize.

2° Une *Exhortation au mépris des choses temporelles*.

3° Un *Avertissement à un moribond effrayé à la vue de ses péchés*.

4° Un *Poème du mépris du monde*. Il n'est point de saint Anselme, mais de Roger de Caen, moine du Bec. Voir Mabillon, Annal. I. 65, n. 41.

5° Des *Méditations* au nombre de vingt et une. On croit qu'elles ne sont pas toutes de saint Anselme. Le but de ces méditations est d'exciter les lecteurs à aimer et à craindre Dieu, et de les aider à se bien connaître eux-mêmes.

6° Des *Oraisons* ou prières, au nombre de soixante-quatorze. On y remarque un grand esprit de piété et de componction.

7° Des *Hymnes* en l'honneur de la Sainte Vierge pour toutes les heures du jour et de la nuit, et un *Psautier*, composé de trois parties, et chaque partie de plusieurs strophes, chacune de quatre vers lambiques. Plusieurs auteurs doutent que ce psautier soit de saint Anselme.

La troisième partie des œuvres de saint Anselme contient ses lettres, divisées en quatre livres. Dans le premier livre sont celles qu'il écrivit avant d'être abbé ; dans le troisième et le quatrième, celles qu'il écrivit étant archevêque de Cantorbéry. Ces lettres sont au nombre de 426 dans l'édition du P. Gerberon. Le P. d'Achéry, Spicil. t. IX, Baluze, Misc. t. IV et V, et Ussérius, in Epist. Hibern., en ont publié plusieurs que le P. Gerberon n'avait pas connues.

On a faussement attribué à saint Anselme l'*Eucidarium*, le *Discours sur la conception de la sainte Vierge*, un *Commentaire sur les épîtres de saint Paul*, les *Actes des martyrs*

SAINT MAXIMIEN, PATRIARCHE DE CONSTANTINOPLE. 577

d'Irlande, le *Dialogue sur la Passion*, le *Traité de la mesure de la Croix*, le *Traité de la stabilité*, etc.

On remarque dans les écrits de saint Anselme une connaissance profonde de la philosophie, de la métaphysique et de la théologie. La précision et la clarté s'y trouvent réunies à l'élévation des pensées et à la solidité des raisonnements. Quoique saint Anselme eût beaucoup lu les Pères, et surtout saint Augustin, il fait rarement usage de leur autorité. Il établit presque toujours les vérités révélées par les preuves que fournit la raison, ce qui l'a fait regarder comme le père de la théologie scolastique. Son but en cela était de montrer qu'on peut par des raisonnements fondés sur les lumières naturelles, rendre croyables les vérités que Dieu a révélées. Quant à ses ouvrages ascétiques, ils sont instructifs, édifiants, pleins d'onction et d'une certaine tendresse d'amour pour Dieu, qui échauffe les cœurs les plus insensibles. Un style simple, naturel, clair et concis fait le principal mérite de ses lettres. On juge, par les vers qui nous restent de lui, qu'il n'avait pas le génie poétique dans le plus haut degré.

Les œuvres de saint Anselme ont été imprimées plusieurs fois. Une bonne édition est celle que P. Gerberon, bénéficiaire de la congrégation de Saint-Maur, donna à Paris en 1675, in-fol. Elle reparut dans la même ville en 1721, chez Montalant. C'est cette dernière qu'a reproduit M. Migne dans les t. CLVIII et CLIX de la Patrologie. D. Joseph Saenz, plus connu sous le nom de cardinal d'Aguirre, a donné la théologie de saint Anselme, c'est-à-dire un commentaire sur les ouvrages dogmatiques de ce Père, qui fut imprimé à Salamanque en 1679, 1681, 1685, 3 vol. in-fol. Il fut réimprimé à Rome en 1680, 1689 et 1690, avec des additions et des corrections. Cf. D. Ceillier, t. XIV, 4e éd.

Comme le P. Gerberon, et après lui M. Migne, a donné dans son édition des œuvres de saint Anselme les ouvrages du moins d'Eadmer, nous en dirons ici quelque chose. Eadmer était Anglais de naissance. Il fut d'abord moine du Bec, puis de Cantorbéry. Il devint l'ami et le confident de saint Anselme, qu'il accompagna dans son exil. On lui offrit l'évêché de Saint-André, en Essex. Les uns disent qu'il le refusa, les autres prétendent qu'il l'accepta. S'il est vrai qu'il ait été évêque, il faut qu'il ait abdiqué l'épiscopat, car il mourut prieur de Cantorbéry en 1137. Il ne faut pas le confondre avec Eadmer ou Kalmer, prieur de Saint-Athan, mort en 980, auquel on attribue des lettres, des homélies, et cinq livres d'exercices spirituels. (Voir Fabricius, Biblioth. latin., t. II, p. 214.) Celui dont nous parlons a composé : 1° *Vie de saint Anselme*, divisée en deux livres. On la trouve dans les éditions des œuvres de saint Anselme, ainsi que dans Surius et Bollandus ; 2° *Histoire des nouveautés*, c'est-à-dire de ce qui s'est passé de plus considérable dans l'Église britannique depuis l'an 1066 jusqu'à l'an 1122 ; elle est divisée en six livres. Gerberon a publié cette histoire avec les notes de Jean Selden, qui en porte le jugement suivant : « In sermone (Eadmeri) nitore ejusmodi reperitur, ut si veteres rerum nostratium scriptores ad unum omnes diliguntius evolveris, hujus fuerit incomparabilis. Stylumque ejus mabilem, gravem, et historico, ut ita dicam, dignum pro se fere, vocabula etiam fere ubique plura. Ceteri quos novimus comitant, sive priores sive recentiores, barbarie, squalore et sordium congerie pro Eadmero plerumque deturpantur. Etiam Malheobaricussem hic noster stylo saltem aequat, in ceteris autem longo plane intervallo superat ». 3° *Livre de l'excellence de la Sainte Vierge* ; 4° *Traité des quatre vertus* (la justice, la prudence, la force, la tempérance) qui ont été dans Marie ; 5° *Traité de la béatitude*, composé d'après ce qu'Eadmer avait entendu dire à saint Anselme sur l'état des bienheureux dans le ciel ; 6° *Traité des similitudes*. Le fond en est aussi de saint Anselme. Il fut rédigé par un de ses disciples qu'on croit être Eadmer ; 7° *Vies de plusieurs saints d'Angleterre*. Il y a encore d'autres ouvrages d'Eadmer qui n'ont point été imprimés. (Voir Wharton, *Prof. in.* t. II, *Angl. sacr.*) Les écrits d'Eadmer sont estimés pour l'ordre et l'exactitude ; le style en est facile et naturel.

Nous avons composé ce court récit avec l'*Histoire de la vie et du siècle de saint Anselme*, par le chanoine J. Coust-Monchet, professeur de théologie à Pignerol. (1 vol. in-8°, 1889, chez Casterman.)

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## SAINT MAXIMIEN, PATRIARCHE DE CONSTANTINOPLE (434).

Maximien était né à Rome d'une famille riche et puissante ; mais il quitta sa ville natale et se rendit à Constantinople, où son affabilité et son amour de la vertu lui gagnèrent l'affection de tout le monde. Le patriarche Sisionius lui conféra la prêtrise, et après la condamnation de Nestorius, il se vit forcé de succéder au patriarcat. Il était déjà cassé de vieillesse et de mortifications ; de plus, il n'était ni savant, ni éloquent. Mais sa profonde piété, son esprit doux et paisible, sa sainteté, en un mot, le firent juger digne et capable de finir les disputes : ce qui a toujours été le plus essentiel parmi les Grecs. Le pape saint Célestin, dans la lettre par laquelle il confirme son élection ; saint Cyrille d'Alexandrie, le concile d'Éphèse, tous ont fait l'éloge de saint Maximien. Il ne siégea que deux ans et cinq mois. Il mourut subitement le 12 avril 434. Les Grecs font sa fête le 21 avril.

VIES DES SAINTS. — TOME IV. 37

22 AVRIL.

Événements marquants

  • Naissance à Aoste vers 1034
  • Entrée au monastère du Bec à 27 ans
  • Élection comme Prieur du Bec (1063)
  • Élection comme Abbé du Bec (1078)
  • Nomination à l'archevêché de Cantorbéry (1093)
  • Conflit avec Guillaume le Roux sur les investitures
  • Exil à Rome et Lyon (1097-1100)
  • Participation au concile de Bari (1098)
  • Second exil sous Henri Ier (1103-1106)
  • Proclamation comme Docteur de l'Église en 1720

Miracles

  • Apaisement d'une tempête en mer par la prière
  • Jaillissement d'une source miraculeuse à Scavia
  • Guérisons de malades par des miettes de sa table
  • Extinction d'un incendie à la Chaise-Dieu par le signe de la croix
  • Multiplication de l'huile sainte lors de son extrême-onction

Citations

Sire, vous atteler sous le même joug un taureau et un agneau

— Paroles adressées au roi d'Angleterre lors de sa nomination

J'aimerais mieux aller en enfer sans péché qu'en paradis avec un péché !

— Apophtegme du saint

Date de fête

21 avril

Époque

11ᵉ siècle

Décès

21 avril 1109 (naturelle)

Invoqué(e) pour

études théologiques, liberté de l'Église

Autres formes du nom

  • Anselmus (la)

Prénoms dérivés

Anselme

Famille

  • Gondulphe (père)
  • Ermemberge (ou Ermengarde) (mère)
  • Saint Guillaume d'Ivrée (parent)
  • Amédée II de Savoie (parent)