Saint Hugues de Lincoln

Évêque de Lincoln

Fête : 17 novembre 12ᵉ siècle • saint

Résumé

Moine chartreux d'origine bourguignonne, Hugues devint évêque de Lincoln en 1186. Surnommé le 'Marteau des rois' pour sa fermeté face aux monarques Henri II et Richard Cœur de Lion, il se distingua par sa charité envers les lépreux et sa défense des libertés ecclésiastiques. Il mourut en 1200, laissant l'image d'un pasteur d'une pureté et d'un courage exemplaires.

Biographie

SAINT HUGUES, ÉVÊQUE DE LINCOLN

Trois choses sont nécessaires à un véritable chrétien : la charité dans le cœur, la vérité dans la bouche et la chasteté dans le corps. Maxime du Saint.

Saint Hugues était d'une famille illustre de Bourgogne. Ayant perdu sa mère à l'âge de huit ans, il fut mis par son père, qui était un homme de guerre, mais rempli de la crainte de Dieu, dans une maison de chanoines réguliers pour y passer sa vie dans la pureté et l'innocence. Un bon vieillard que l'on chargea de sa conduite lui faisait souvent cette sainte leçon : « Considérez, mon fils, que je vous élève pour Jésus-Christ, et que les disciples d'un tel maître doivent renoncer à toutes les choses de la terre ».

Son père le suivit dans cette maison ; pour lui, il y fit un si grand progrès dans la vertu et dans les sciences, qu'après son noviciat et sa profession, on l'éleva bientôt aux Ordres sacrés. Ensuite, on lui donna l'administration d'une paroisse, charge dont il s'acquitta si dignement, qu'on ne pouvait assez admirer sa prudence et sa sainteté. Mais Notre-Seigneur, qui le voulait dans une vie plus austère, lui inspira de se faire Chartreux. Dans un voyage qu'il fit à la Grande-Chartreuse, le silence, le recueillement et l'oraison continue de ces excellents religieux le remplirent d'une onction toute céleste. Ses confrères s'opposèrent à cette résolution ; mais il surmonta vigoureusement tous ces obstacles, et il fut enfin admis dans ce vénérable monastère. Il y sentit d'abord de si violentes tentations de la chair, que le démon lui suscitait pour le dégoûter de son entreprise, que d'autres moins constants et moins généreux que lui y auraient succombé ; mais il en fut victorieux par l'humilité, la patience, l'austérité de vie, la prière assidue et la protection de la sainte Vierge, à laquelle il était extrêmement dévot. Ainsi il conserva sa pureté virginale comme un des plus précieux et des plus riches ornements que l'on puisse posséder sur la terre.

Lorsqu'il eut reçu l'ordre de la prêtrise, il n'oublia rien pour correspondre à la sainteté de ce divin caractère. Sa dévotion croissait toujours, et il dompta plus que jamais sa chair et ses passions par les jeûnes, les disciplines, le cilice et l'usage seul de pain et d'eau pour sa nourriture. Dix ans après son entrée en religion, sa prudence et sa douceur le firent choisir pour procureur du couvent ; et il s'acquitta si parfaitement de cet emploi, qu'Henri II, roi d'Angleterre, étant informé de son mérite, le demanda pour venir achever d'établir la maison de Witham, dans le comté de Somerset, qu'il avait donnée à son Ordre. La pauvreté y était extrême, mais le saint prieur et ses religieux, animés par sa parole et par son exemple, la souffrirent avec une patience invincible. Enfin, le roi ayant une extrême affection pour lui, lui donna toutes les choses nécessaires pour l'achèvement des bâtiments et pour la subsistance de la communauté. Ce prince en faisait une telle estime, qu'il ne pouvait rien lui refuser, sur quoi il disait de fort bonne grâce : « Que cet étranger a de pouvoir sur moi ! En vérité, il serait redoutable s'il était entré dans mon royaume avec de grandes forces, puisque par sa seule parole il emporte tout ce qu'il veut ».

Mais cette vénération qu'il portait au Saint s'augmenta encore par une grâce extraordinaire dont il se reconnut redevable à ses mérites ; car comme il revenait de France, il s'éleva sur mer une si furieuse tempête, que son vaisseau et toute sa flotte étaient à deux doigts du naufrage. Chacun se mit en prières et fit des vœux à Dieu et aux Saints pour être sauvé. Enfin, la mer ne s'apaisant point, il implora le secours de Hugues, et à l'heure même l'orage cessa, les flots se calmèrent, et tous ses vaisseaux arrivèrent heureusement au port sans perdre un seul homme. On dit que dans le fort du péril ce prince fit vœu de donner un évêché à Hugues, s'il avait le bonheur d'en sortir ; et il est certain que depuis il avait tant d'affection pour lui, qu'il n'y avait personne dans son royaume qui eût tant de crédit dans son esprit.

Plusieurs personnes de mérite, touchées de sa sainteté, se firent ses disciples en prenant l'habit des Chartreux à Witham. Il y fut attaqué de nouveau par de violentes tentations contre la pureté ; mais, après beaucoup de prières et de larmes, il en fut délivré par l'apparition de Basile, ancien prieur de la Grande-Chartreuse, qui l'avait reçu en religion, et à qui il eut recours après sa mort, ne doutant point qu'il ne fût un des plus glorieux citoyens du ciel. Il employait le temps qui lui restait des fonctions de sa charge à lire les saintes Écritures et les livres de piété ; il disait que cette lecture était absolument nécessaire aux religieux, et principalement aux solitaires, et qu'elle leur servait de délices pendant le calme, de soutien dans les combats, de nourriture dans la faim, et de remède dans les langueurs spirituelles.

Pendant qu'il jouissait ainsi des douceurs de la vie contemplative, il fut unanimement élu évêque de Lincoln, dont le siège était vacant depuis plusieurs années. Il fit son possible pour se défendre de cet honneur, et allégua pour cela des nullités prétendues dans son élection ; mais le roi, le clergé et le peuple souhaitant ardemment qu'elle eût son effet, et son général y ayant donné son consentement, il fut forcé malgré lui d'y condescendre. Il fut sacré par Baudoin, archevêque de Cantorbéry, le 21 septembre 1186. La première chose qu'il fit, en se voyant sur le siège épiscopal, fut d'appeler auprès de lui des hommes sages, savants et craignant Dieu, pour prendre leur avis dans le gouvernement de son Église. Il ne confiait la conduite des âmes qu'aux personnages qu'il savait aimer la pureté et avoir de la douceur ; il rejetait les autres, quelque doctes et habiles qu'ils pussent être. Il ne conférait aussi les bénéfices qu'à ceux dont il avait éprouvé la vertu ; en quoi il se rendait si exact, que le roi, son bienfaiteur, lui ayant écrit pour le prier de donner une prébende à un homme dont il voulait reconnaître les services, il s'en excusa honnêtement, disant à ce sujet ces excellentes paroles : « Les bénéfices ne sont pas pour les courtisans, mais pour les ecclésiastiques. Le roi a le moyen de récompenser ceux qui sont à son service ; et il ne doit pas, pour les enrichir, priver les serviteurs du Roi des Rois des biens qui leur sont destinés ».

Hugues s'offensa de ce procédé comme d'un acte d'ingratitude et s'en plaignit à lui-même ; mais le Saint lui donna de si puissantes raisons pour justifier ce qu'il avait fait, qu'il en demeura parfaitement satisfait.

Il travaillait de tout son pouvoir à faire régner la paix et la charité parmi ses ouailles, et voulait pour cela que ses officiers eussent beaucoup de douceur pour ceux sur lesquels ils avaient de l'autorité. Il disait ordinairement que trois choses étaient nécessaires à un véritable chrétien : la charité dans le cœur, la vérité dans la bouche et la chasteté dans le corps, et que sans cela c'est à faux que l'on porte un titre si glorieux. Ses prédications étaient si puissantes, qu'elles ont converti beaucoup de pécheurs que l'on tenait pour incorrigibles. Sa charité pour les pauvres était sans bornes, il se dépouillait de tout pour le leur donner. Les malades trouvaient en lui un consolateur plein de tendresse ; il les visitait assidûment et les secouait spirituellement et corporellement de toutes les manières qui lui étaient possibles. Il ne refusait pas même son assistance aux lépreux, et souvent il les baisait comme les figures de Jésus-Christ dans sa Passion. Guillaume, chancelier de Lincoln, lui dit un jour en riant, que saint Martin baisait les lépreux et les guérissait en les baisant, mais que lui les baisait et ne les guérissait pas. « Il est vrai », répliqua-t-il, « mais si le baiser de saint Martin guérissait le corps des lépreux, le baiser des lépreux guérit mon âme ».

Sa piété s'étendait aussi jusqu'à ensevelir et enterrer les morts ; et il en enterrait même de très-infects dont nul autre n'osait approcher. Et un jour qu'il apprit qu'un de ceux qui l'avaient persécuté était décédé, il lui rendit ce devoir de miséricorde, disant à ses gens qui l'en voulaient détourner, sous prétexte qu'on lui dresserait des embûches en chemin, que lorsqu'on lui aurait lié les pieds et les mains, il aurait un juste sujet de s'en exempter.

Il fit surtout paraître une vigueur épiscopale pour la défense de la justice et le soutien des immunités ecclésiastiques. Il excommunia le grand-maître des forêts royales, pour les vexations que lui et ses gardes faisaient au peuple et à ses vassaux, et ne voulut jamais lui lever l'excommunication qu'il n'eût reconnu sa faute et demandé l'absolution dans les formes. Alors il le réconcilia à l'Église, et depuis, il fut un des plus zélés protecteurs des privilèges et des droits ecclésiastiques. Il ne souffrait pas que son official condamnât les coupables à des amendes pécuniaires, de peur que l'intérêt et l'avarice n'eussent la principale part à ces sentences ; mais il voulait qu'il leur imposât les peines ordonnées par les Canons. Il était alors d'usage que le clergé fît présent au roi tous les ans d'un manteau précieux. On l'achetait avec les sommes qu'on levait sur le peuple, et les clercs partageaient entre eux l'argent qui restait. Hugues abolit cet usage, après avoir obtenu du roi qu'il renoncerait au présent.

Richard, qui avait succédé à Henri, voulant faire la guerre au roi de France, assembla les évêques et les grands du royaume, pour leur demander une levée de deniers. Le Saint, sachant la pauvreté du peuple et le peu de nécessité de cette guerre, s'y opposa généreusement et protesta que, quand tous les autres y consentiraient, lui seul n'y consentirait jamais. Le roi fut fort offensé de cette action et envoya des soldats pour l'outrager et pour piller les biens de son évêché ; mais l'excommunication qu'il fulmina contre eux, s'ils touchaient à la moindre chose qui appartient à l'Église, les intimida tellement dans la crainte d'être saisis du démon, qu'ils se retirèrent sans rien faire. Lui-même vint trouver le roi en Normandie, l'obligea de l'embrasser, de lui envoyer la paix pendant la messe avant de le baiser, et de l'honorer au-dessus de tous les évêques qui étaient à sa cour. Ensuite, ayant pris le roi en particulier, il lui demanda avec une grande douceur en quel état était sa conscience : « Car », dit-il, « puisque vous êtes un de mes domestiques, je dois rendre compte de votre âme au terrible jugement de Dieu ». — « Elle va assez bien », lui répondit le roi, « excepté que je me sens toujours fort animé contre les ennemis de mon État ». — « Qu'est-ce donc que j'apprends ? » ajouta le saint Pasteur, « n'est-ce pas vous qui opprimez les pauvres, qui affligez les innocents, qui ne vous faites point scrupule de mettre des impositions insupportables sur votre peuple ? Et ne court-il pas un bruit que vous vous êtes engagé à des affections illicites au préjudice de la foi conjugale ? Ces choses vous paraissent-elles de petits péchés ? »

Ces paroles du saint évêque, ou plutôt du Saint-Esprit qui parlait par sa bouche, étonnèrent extrêmement le roi. Il avoua une partie de ses fautes, il en demanda pardon, et promit de s'en corriger ; depuis, il disait que si tous les évêques ressemblaient à celui de Lincoln, ils se rendraient redoutables aux plus grands monarques. Cela fit qu'on appela saint Hugues, le Marteau des rois. Quelques-uns de ses amis le pressèrent un jour d'accorder à ce prince quelque chose qui était véritablement contraire au droit de son église, mais de fort peu d'importance : « Nos prédécesseurs », dit-il, « ont relevé l'honneur et accru les libertés de l'Église ; ne serait-ce pas un grand sujet de honte pour nous, si, au lieu de les accroître, nous les laissions s'affaiblir et diminuer par notre lâcheté ? »

Ce courage admirable venait de la confiance qu'il avait en Dieu. Elle était si grande, qu'il s'accusait comme d'un péché considérable d'avoir été touché de crainte dans des occasions qui eussent fait trembler tous les autres. On l'a vu demeurer ferme au milieu des épées nues, et ne laissait pas de reprendre, de menacer et d'excommunier ceux qui avaient la témérité de l'attaquer : ce qui leur faisait tomber les armes des mains ou attirait sur eux de terribles châtiments de Dieu.

Il conserva toujours dans les plus grandes affaires l'esprit d'un véritable religieux. Il ne parlait des choses d'État que quand il était obligé d'en parler pour pacifier les troubles et pour réconcilier les rois et les seigneurs ensemble ; hors de ces occasions il n'en parlait plus et ne voulait pas que les religieux s'en entretiennent. Il était si recueilli en lui-même, que dans ses voyages il fallait que quelqu'un allât devant lui pour empêcher qu'il se détournât. Il faisait tous les ans plusieurs jours de retraite au monastère de Witham, afin de remplir son âme des biens spirituels qu'il devait distribuer à son peuple. En quelque lieu qu'il fût, il avait soin de réciter les heures de l'office divin aux temps marqués par l'Église, sans qu'on pût jamais les lui faire avancer ni reculer.

Son humilité était si parfaite, qu'il ne se distinguait jamais, par l'habit, des Pères de son Ordre, et qu'il n'avait aucune marque d'évêque que l'anneau qu'il portait au doigt. Il fit toute sa vie de grandes instances auprès des Papes pour être déchargé de son évêché, mais ce fut inutilement ; au contraire, ils lui commirent souvent les plus grandes affaires de l'Angleterre pour les juger et les décider ; ce qu'il fit toujours avec un jugement merveilleux. D'ailleurs, en faisant bâtir une église à Lincoln, il prenait plaisir à porter lui-même les matériaux pour cet édifice ; et Dieu montra par un miracle que cette action lui était agréable, la hotte dont il s'était servi ayant guéri un boiteux qui se la fit mettre sur le dos. Comme sa dévotion envers le Saint-Sacrement de l'autel était admirable, Notre-Seigneur l'y a souvent consolé de sa présence sensible, lui apparaissant à la messe sous la figure d'un enfant d'un incomparable beauté ; ce que d'autres personnes dévotes virent aussi en même temps. Sa foi pour la vérité de ce mystère était si parfaite, qu'il ne voulut pas voir du sang miraculeux qui avait coulé de la sainte Hostie sur le corporal, disant qu'il n'avait pas besoin de miracle pour être persuadé que Notre-Seigneur est réellement au Saint-Sacrement.

17 NOVEMBRE.

Enfin il tomba malade à Londres d'une fièvre aiguë qui l'avertit que sa mort n'était pas éloignée. On lui demanda s'il ne voulait pas faire un testament ; mais tout le testament, qu'il voulut faire, fut de distribuer aux pauvres, avant son décès, le peu qui lui restait d'argent et de meubles. Il reçut l'Extrême-Onction le jour de Saint-Matthieu, qui avait été celui de son sacre. L'archevêque de Cantorbéry, qui l'avait persécuté injustement, vint le voir dans sa maladie et lui en demanda pardon. Il eut une joie extrême de cet acte d'humilité, et, d'un visage riant, il lui dit : « Je vous le pardonne de bon cœur. Sachez néanmoins que je n'ai point de regret de vous avoir repris, mais plutôt de ne l'avoir pas fait assez souvent; car votre négligence et votre attachement aux choses du monde portaient un grand préjudice aux âmes que Dieu a mises sous votre conduite. »

Un peu avant sa mort il prédit les grands maux qui arriveraient à tous les Ordres d'Angleterre. Le 17 novembre, à l'heure de Complies, il fit répandre sur le plancher de sa chambre de la cendre bénite, se fit coucher dessus, et pendant le cantique de Siméon, il rendit son esprit à Dieu dans une tranquillité merveilleuse, en 1200, dans la soixantième année de son âge.

Son corps fut embaumé et transporté solennellement de Londres à Lincoln. Les rois d'Angleterre et d'Écosse accoururent à cette cérémonie, avec un grand nombre d'archevêques, d'évêques, d'abbés et de comtes. Il se fit depuis tant de miracles à son tombeau, que le pape Honoré III fit le décret de sa canonisation. Le 6 octobre 1280, son corps fut trouvé sans aucune corruption, et ses habits tout entiers ; et l'on vit une huile miraculeuse couler de sa tête et de son cercueil pour la guérison des malades. Ensuite on en fit la translation dans des reliquaires convenables en présence du roi et de la reine d'Angleterre et du roi de Navarre.

On représente saint Hugues : 1° faisant cesser par ses prières un orage furieux ; 2° visité par Notre-Seigneur sous la figure d'un enfant, d'une incomparable beauté, pendant qu'il célèbre la messe ; 3° accompagné d'un cygne, qui est le symbole de la solitude et du silence.

Tiré de Surius.

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LA BIENHEUREUSE SALOMÉE, REINE DE GALICIE, VIERGE,

RELIGIEUSE CLARISSE (1201-1268).

Cette illustre princesse était fille de Lescon, duc de Cracovie et de Sandomir. Dès sa première enfance, toute radieuse de beauté, d'innocence et de candeur, elle était l'orgueil de sa famille et l'ornement de la cour de Pologne. À peine avait-elle trois ans, que le roi de Hongrie, André II, père de sainte Élisabeth, la demanda pour son plus jeune fils, le prince Colman, âgé de six ans. On les fiança, malgré leur jeunesse ; et Salomée devant être, selon l'usage du temps, élevée avec son futur époux, fut arrachée aux caresses de ses augustes parents et conduite à la cour de Hongrie.

La petite princesse ne tarda pas à faire l'admiration de sa nouvelle famille par sa beauté, la vivacité de son esprit, l'amabilité de son caractère et la sagesse qui assaisonnait tous ses discours. Entre autres choses, elle apprenait le latin avec une facilité étonnante, et l'activité de sa mémoire était telle, qu'il lui suffisait d'entendre lire ou chanter une seule fois l'Évangile à la messe pour le retenir et le traduire. Salomée était douce dans ses paroles, pleine d'une tendre compassion pour les malheureux ; elle aimait la solitude et le silence. La meilleure partie de son temps était pour Dieu et pour les pauvres ; le reste était consacré aux bonnes lectures. De bonne heure, elle fut inspirée de consacrer à Dieu sa virginité ; mais, voyant trop de difficultés à faire accepter son projet à ceux qui avaient autorité sur elle, elle se confia avec un entier abandon à l'amoureuse providence de Dieu, tout en lui recommandant avec larmes le pieux dessein que la grâce avait inspiré à son jeune cœur.

L'époque de ses noces arriva : Salomée avait alors treize ans. Les deux jeunes époux, dès le premier jour de leur union, firent ensemble le vœu de virginité perpétuelle ; et, pendant les douze années qu'ils vécurent ensemble, ils l'observèrent avec la plus scrupuleuse fidélité. Salomée interrompait souvent le repos de ses nuits pendant de longues heures qu'elle donnait à la prière. Dans ses douces communications avec Dieu, elle éprouvait de si vifs transports, qu'il lui arrivait parfois de tomber en défaillance ; et, le matin, on la trouvait étendue sans mouvement sur le parquet de son oratoire. Remplie chaque jour d'un plus profond mépris pour le monde, la Sainte ne songeait qu'à crucifier sa chair par des mortifications de tout genre. Ayant échangé la pourpre contre l'habit du Tiers Ordre, qu'elle reçut des mains de son confesseur le Père Adalbert, Frère Mineur, elle ne porta plus désormais que les livrées de la pauvreté et de la pénitence, sous lesquelles elle cachait un rude cilice. Un si éclatant mépris des vanités du siècle dans une princesse jeune et belle ne pouvait manquer d'être efficace. Une réforme générale s'introduisit à la cour ; les plus nobles dames renoncent à la pompe des parures et au luxe des divertissements, pour s'adonner aux pratiques de la piété et aux œuvres de miséricorde.

Devenue princesse souveraine par l'élection de son époux au trône de Galicie, la Bienheureuse ne changea rien à ses habitudes de simplicité et de piété. Elle profita au contraire de l'indépendance plus complète et des ressources plus abondantes que lui assurait sa position pour étendre et multiplier ses bonnes œuvres. Son noble époux, bien loin de s'opposer à ses intentions généreuses, les secondait de tout son pouvoir. Après douze années d'une union plus angélique qu'humaine avec Salomée, le jeune roi Colman alla recevoir de Dieu la récompense due à sa chasteté et à son courage. Il mourut en 1225, en combattant glorieusement contre les Tartares pour la défense de sa patrie et de sa foi.

Dès ce moment, Salomée résolut de se consacrer à Dieu dans la vie religieuse. Pour se préparer à la grande action qu'elle projetait, elle fit deux parts de ses immenses richesses : l'une fut distribuée à ceux qui avaient le plus souffert des malheurs de la guerre ; l'autre fut consacrée à réparer et à orner les églises ruinées par les Tartares, et à construire des couvents de Franciscains et de Clarisses. Près de quinze ans s'écoulèrent en ces saintes occupations. Enfin, la pieuse princesse ayant mis la dernière main aux grandes œuvres qu'elle avait entreprises, entra, en 1240, au couvent de Zavichost, où la Règle de Sainte-Claire était observée dans toute sa pureté. Elle y reçut le voile des mains du bienheureux Prandotha, évêque de Cracovie. Plus tard, le monastère de Zavichost étant continuellement menacé par les incursions des Tartares, la bienheureuse princesse le quitta, et vint s'établir avec sa communauté à Scalen, près de Cracovie, où le duc Boleslas, son frère, lui avait fait bâtir un monastère.

En revêtant l'habit religieux, Salomée ne se réserva rien de tout ce qu'elle avait possédé jusqu'alors. De plus, elle demanda comme une grâce la cellule la plus incommode et la plus pauvre du monastère, afin que sa demeure fût en tout conforme à la vie qu'elle désirait mener. Dans cette retraite que son cœur avait choisie, sa ferveur ne connut plus de bornes, et ses austérités effrayaient les plus courageuses. Jour et nuit, elle portait sous ses vêtements divers instruments de pénitence ; ses jeûnes étaient continuels, et elle s'interdit pour toujours l'usage du vin, bien que la Règle ne le défendît pas. Son lit n'était qu'une natte jetée sur de simples ais, et la durée de son sommeil ne dépassait jamais trois ou quatre heures. La Bienheureuse passa vingt-huit années dans la pratique de l'humilité la plus profonde, de la pauvreté la plus absolue, de l'obéissance la plus entière, attendant patiemment qu'il plût à Dieu de la retirer de ce monde, ce qui arriva le samedi 17 novembre 1268. Salomée avait vécu soixante-sept ans, dont vingt-huit s'étaient écoulés dans la vie religieuse.

Le corps de la Sainte fut, selon ses désirs, enseveli dans l'église des Frères Mineurs de Cracovie, auprès des restes du roi Colman. Le pape Clément X, informé de la haute sainteté de la bienheureuse Salomée et des grands et nombreux miracles opérés par son intercession, autorisa solennellement le culte que les Polonais lui rendaient depuis quatre siècles, et permit à tout l'Ordre de Saint-François de célébrer sa fête, sous le rit double, au jour anniversaire de sa mort.

Extrait des Annales franciscaines.

18 NOVEMBRE.

Événements marquants

  • Entrée chez les chanoines réguliers à l'âge de huit ans
  • Profession religieuse à la Grande-Chartreuse
  • Nomination comme procureur du couvent
  • Fondation de la maison de Witham en Angleterre à la demande d'Henri II
  • Sacre comme évêque de Lincoln le 21 septembre 1186
  • Opposition aux rois Henri II et Richard Cœur de Lion pour la défense de l'Église
  • Mort à Londres sur de la cendre bénite en 1200

Miracles

  • Apaisement instantané d'une tempête en mer après invocation par Henri II
  • Guérison d'un boiteux par le contact de sa hotte de chantier
  • Vision de l'Enfant Jésus pendant la célébration de la messe
  • Incorruptibilité du corps et huile miraculeuse s'écoulant du cercueil en 1280

Citations

Trois choses sont nécessaires à un véritable chrétien : la charité dans le cœur, la vérité dans la bouche et la chasteté dans le corps.

— Maxime du Saint citée dans le texte

Si le baiser de saint Martin guérissait le corps des lépreux, le baiser des lépreux guérit mon âme.

— Réponse à Guillaume, chancelier de Lincoln

Date de fête

17 novembre

Époque

12ᵉ siècle

Décès

17 novembre 1200 (naturelle)

Patron(ne) de

Invoqué(e) pour

protection contre les tempêtes, guérison des boiteux, guérison des malades (huile miraculeuse)

Autres formes du nom

  • Hugues de Lincoln (fr)
  • Marteau des rois (fr)

Prénoms dérivés

Hugues, Hugo

Famille

  • Inconnu (père (homme de guerre))
  • Inconnue (mère (décédée quand il avait huit ans))