Bienheureux Jean de Jésus-Marie
Général des Carmes Déchaussés, Théologien et Mystique
Résumé
Né en Espagne en 1564, Jean de Jésus-Marie fut un éminent théologien et mystique, élu Général de l'Ordre des Carmes Déchaussés. Admiré par les plus grands cardinaux de Rome et loué par Bossuet, il laissa une œuvre littéraire immense avant de mourir en 1615 à Frascati, où son corps est resté incorruptible.
Biographie
GÉNÉRAL DES CARMES DÉCHAUSSÉS (1615).
Le bienheureux Jean de Jésus-Marie, un des plus grands personnages de son siècle, naquit en Espagne l'an 1564, et eut pour lieu de sa naissance, le même qu'eut saint Dominique, savoir, Calamegua, au diocèse d'Osma. Il fut appelé Jean de son nom de baptême, et de son nom de religion ou de naissance spirituelle, Jésus, Marie, les deux noms qui sont la source de notre bonheur; et ainsi il fut nommé Jean de Jésus-Marie. On dit qu'une de ses tantes le vit en esprit, alors qu'il n'avait que cinq ans, comme déjà vêtu de l'habit de Carme déchaussé, et tenu pour Saint à Rome même. Cette prophétie a été accomplie longtemps après, car sa vie, sa renommée, ses livres et sa mort, qui ont été autant de prodiges, donnent assez de preuves de sa célébrité et de sa sainteté.
L'histoire, trop avare de détails sur ses premières années, sur ses études, sur les vertus de sa jeunesse, sur le lieu de son éducation, sur les maîtres qui le formèrent, nous force à être sobres nous-même sur cette période de sa vie. Nous savons seulement qu'il fit profession en l'année 1583, et que l'exécution de sa vocation à la vie religieuse fut un acte des plus héroïques : il eut à fouler aux pieds toutes les considérations d'une haute naissance, d'une grande fortune, les regrets d'une mère veuve, et la désolation de deux sœurs orphelines.
Destiné à vaquer à la science scolastique, il y devint un maître distingué. Il suivait l'exemple des grands Saints, qui attendaient plutôt du secours d'en haut les connaissances qu'ils désiraient avoir, que de l'étude, de la pénétration de l'esprit et de l'étendue de la mémoire ; c'est-à-dire qu'il ne cherchait la science qu'au pied du crucifix ; et tel était son respect pour l'Écriture sainte, qu'il la lisait toujours à genoux et la tête nue. Aussi s'éleva-t-il à une immense hauteur au-dessus de son siècle dans les choses les plus sublimes. Il était regardé à Rome comme l'oracle de son temps, et l'admiration qui s'attachait à son nom et à ses vertus était telle, que les cardinaux Ptolomée, Gallicus, Camésis, Sfondrate et Bellarmin, l'honorèrent d'une estime et même d'une vénération toute particulière. Ce dernier surtout, le docte Bellarmin, trouvant en lui, dit un de ses biographes, un autre lui-même par sa science et sa piété, l'aimait et le chérissait avec la plus vive tendresse.
29 MAI.
Saint François de Sales et Bossuet en ont fait l'un et l'autre un grand éloge. Voici comment en parle l'illustre évêque de Meaux ; ayant à le citer dans son livre *Mystici in tuto*, pars prima, caput XV, t. x, il dit : *Quem in locum sanctæ matris, Joannes a Jesu Maria summus theologus, summusque mysticus, et in contemplativo ordine Carmelitarum discalceatorum ad summum honorem erectus, hæc habet, etc.*
La vie de ce saint religieux fut un miroir de toute perfection : il était doux et humble de cœur comme son divin Maître, charitable pour les autres, austère pour lui seul et patient envers tous ; adonné à l'oraison et à la contemplation, il y avait fait les progrès les plus étonnants ; plein de compassion pour les pécheurs, brûlant de zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, il se consumait en prédications et en direction : il fut élu général de tout son Ordre après avoir passé par tous les grades. La multitude et la grandeur de ses connaissances est assez attestée par tout ce qu'on va lire. Dans l'*Histoire générale des Carmes déchaussés*, traduite de l'espagnol par le révérend Père Gabriel de la Croix, il est dit (page 454, tome II), « que si la santé de son corps avait égalé celle de son esprit, il aurait très-assurément uni en sa seule personne l'angélique saint Thomas et l'éloquent saint Grégoire de Nazianze. On peut juger de tout ceci, dit cet historien, par les ouvrages qu'il a laissés, et où il est aisé de remarquer tout ensemble et la gravité de son éloquence et la profondeur de sa doctrine dans ses commentaires sur l'Écriture sainte, et dans ses traités spirituels, qui sont d'une grande perfection ». Voici la liste et les titres de ces divers ouvrages : *Un Commentaire sur le livre de Job* ; — un sur le *Cantique des cantiques* ; — un sur les *Lamentations de Jérémie* ; — une *Paraphrase historique, allégorique et topologique des Psaumes* ; — la *Theologia mystica* ; — la *Disciplina monastica* ; — *Instructio magistri novitiorum* ; — *Disciplina claustralis* ; — *Liber de prudentia justorum* ; — *Stimulus compunctionis* ; — *Schola Jesu Christi* ; — *Schola de oratione et contemplatione* ; — *Epistola Christi ad hominem* ; — *Ars amandi Deum* ; — *Ars gubernandi* ; — *Ars concionandi* ; — *Vita virginis Teresiae* ; — *Ars vivendi spiritualiter* ; — *Ars bene moriendi*. Tous ces ouvrages forment un énorme volume in-folio renfermant trois tomes, imprimé à Cologne en 1650, intitulé : *Opera omnia*, etc., R. P. Joannis a Jesse Maria.
Toutefois, une vie si occupée, si laborieuse et si mortifiée, avec une santé si frêle, ne pouvait se prolonger longtemps : il succomba, sous le poids de la fatigue, à l'âge de cinquante et un ans ; c'était le 28 mai de l'année 1615.
Sa mort fut belle et sainte comme sa vie, ou plutôt elle ne fut qu'un doux repos et le sommeil d'un Bienheureux. Il rendit son âme à Dieu à Frascati, petite ville aux environs de Rome. Sa précieuse dépouille fut déposée dans l'église de Saint-Sylvestre, où elle est l'objet de la plus grande vénération. Son corps est demeuré incorruptible jusqu'à ce jour : plusieurs miracles se sont opérés sur son tombeau. Enfin, son nom est toujours environné de gloire et de splendeur dans tout son Ordre comme dans toute l'Église.
*Cf. Esprit des Saints*, par M. l'abbé Grimes.
Événements marquants
- Naissance en 1564 à Calamegua
- Profession religieuse en 1583
- Élection comme Général de l'Ordre des Carmes Déchaussés
- Mort à Frascati en 1615
- Incorruptibilité du corps constatée après sa mort
Miracles
- Vision prophétique de sa tante le voyant Carme et Saint à l'âge de cinq ans
- Incorruptibilité du corps après la mort
- Plusieurs miracles opérés sur son tombeau
Citations
Quem in locum sanctæ matris, Joannes a Jesu Maria summus theologus, summusque mysticus, et in contemplativo ordre Carmelitarum discalceatorum ad summum honorem erectus, hæc habet