Bienheureux Jean le Bon de Mantoue
Ermite de Saint-Augustin
Résumé
Né à Mantoue, Jean le Bon mena une jeunesse dissipée avant qu'une maladie ne le conduise à une conversion radicale. Devenu ermite près de Césène, il fonda une congrégation sous la règle de Saint-Augustin, se distinguant par des austérités extrêmes et de nombreux miracles. Il mourut à 98 ans après avoir prédit la gloire future de ses reliques.
Biographie
LE BIENHEUREUX JEAN LE BON DE MANTOUE
DE L'ORDRE DES ERMITES DE SAINT-AUGUSTIN
C'est par la pénitence que l'on acquiert cette miséricorde sans laquelle personne ne peut espérer de pardon.
Nous allons admirer, dans la personne du bienheureux Jean le Bon, une des plus belles lumières qui aient paru dans la célèbre Congrégation des Ermites de Saint-Augustin. Ce grand serviteur de Dieu était de la ville de Mantoue. Son père se nommait Jean, et sa mère Bonne, ce qui lui fit donner, suivant le désir de ses parents, le nom de Jean le Bon. Quand son père mourut, il abandonna pour quelque temps les bons conseils qu'il en avait reçus. Il quitta même sa mère et sa patrie pour aller voyager en Italie, par un esprit de curiosité qui l'engagea insensiblement dans plusieurs désordres; les mauvaises compagnies dans lesquelles il se trouva dans ses voyages l'attirèrent dans des débauches où son naturel ne le portait pas. Sa mère, apprenant la vie déréglée que menait ce fils qu'elle aimait tendrement, en conçut une extrême douleur; et, se souvenant que les larmes et les prières de sainte Monique avaient autrefois été assez puissantes auprès de Dieu pour obtenir la conversion de saint Augustin, elle se servit aussi de ce même moyen pour faire revenir son fils de ses égarements; de sorte que Dieu, ayant égard aux larmes qu'elle versait nuit et jour, et aux ferventes prières qu'elle faisait pour cet effet, envoya une maladie salutaire à ce jeune homme dans le temps même qu'il était dans les plus grands divertissements de sa jeunesse.
L'état d'infirmité où il se vit réduit le privant par nécessité de l'usage de tous les plaisirs qu'il estimait tant, lui fit reconnaître la vanité de la vie des sens; il comprit que cette maladie était un coup de Dieu qui le punissait de son infidélité et de l'abus qu'il faisait du bon naturel dont il l'avait favorisé, et il ne douta point que le mal qu'il lui envoyait ne fût pour le disposer à un grand bien; de sorte que, sans différer davantage, il renonça de bon cœur à tous les plaisirs et à toutes les vanités de ce monde, et promit en même temps à Dieu, par un vœu très-sérieux, qu'il quitterait le siècle et qu'il se retirerait dans un cloître, s'il plaisait à sa divine bonté de le faire revenir de cette maladie.
Le saint jeune homme recouvra une parfaite santé; et, reconnaissant de la grâce qu'il venait de recevoir, il voulut exécuter, sans délai, la promesse qu'il avait faite. Il alla trouver, pour cet effet, l'évêque de Mantoue, le fit dépositaire de son secret, lui découvrit les saintes ardeurs dont il sentait son cœur enflammé, lui fit une confession générale; et, enfin, après avoir distribué tous ses biens aux pauvres, conformément aux conseils de l'Évangile, il quitta son propre pays et tous ses parents, puis il se retira, du consentement du même prélat que nous venons de citer, dans un ermitage assez près de Césène, ville de Romagne, en Italie. Il trouva heureusement en ce lieu une grotte très-retirée dans le désert, laquelle était fort convenable à son dessein, qui était de s'éloigner entièrement du commerce du monde pour vaquer en liberté à la pénitence et à l'oraison; il se renferma donc dans cette solitude et commença à y expier tous les vices de sa jeunesse par les jeûnes, les veilles, les austérités corporelles, l'exercice de la prière vocale et mentale, et par une infinité d'autres pratiques qui paraissaient plutôt tenir de la cruauté que de la vertu de pénitence.
Le courage et la fidélité avec lesquels il persévérait dans ce genre de vie étonna les puissances de l'enfer; le démon, pour arrêter s'il pouvait de si grands progrès dans la vertu, lui livra deux attaques particulières que notre Saint surmonta courageusement. La première fut sur la gourmandise, ou plutôt sur la friandise, lui représentant les morceaux délicats dont il s'était rassasié, et les festins délicieux dans lesquels il s'était autrefois trouvé; le bienheureux Jean évita ce premier piège en ramassant tout un plat de feuilles de ronces sauvages fort amères au goût et même un peu épineuses, qu'il mangea toutes crues pour son repas sans aucun assaisonnement, avec une ferme résolution de réitérer ce remède si la tentation revenait; mais ce moyen fut si efficace, que l'ennemi ne le tenta plus de ce côté-là.
Il fut néanmoins attaqué d'une autre manière: le malin esprit lui représentant avec des couleurs extrêmement vives l'image d'une créature qu'il avait autrefois admirée, et excitant en lui des étincelles d'un feu déshonnête qu'il lui faisait ressentir parmi les épines de son cilice et au milieu de la froideur de son abstinence; le saint Pénitent, dont le cœur était à Dieu, pour surmonter cet assaut, s'enfonça avec un courage héroïque des pointes de roseaux très-aiguës au bout des doigts, entre la chair et les ongles; la douleur qu'il en ressentit fut si vive et si pénétrante qu'il tomba en défaillance et demeura l'espace de trois jours à demi mort. Ce moyen, qu'une prudence commune aurait condamné, fut néanmoins tellement approuvé de Dieu, qu'il lui fit connaître qu'il serait exempt le reste de ses jours de semblables tentations: il reçut même miraculeusement la guérison parfaite de toutes les plaies qu'il s'était faites au bout de tous les doigts de ses deux mains.
Quoique le serviteur de Dieu travaillât ainsi à surmonter, avec un courage incroyable, les attaques de l'enfer dans le secret de la retraite d'une profonde forêt, on ne laissa pas néanmoins, Dieu le permettant ainsi, de le découvrir enfin et de reconnaître son insigne mérite; ce qui lui attira des disciples en si grand nombre, qu'il fut obligé de bâtir de petites cellules et des oratoires particuliers, et ensuite une église, du consentement de l'Ordinaire, en l'honneur de la sainte Vierge; et la chose arriva à un tel point que, le nombre des pénitents augmentant de jour en jour, le bienheureux Jean fut contraint de construire, en divers lieux, plusieurs monastères pour recevoir tous ceux qui se présentaient. Ces pieux ermites n'avaient pas d'abord de règle particulière, et ils se contentaient d'observer quelques règlements que le Bienheureux leur donnait de vive voix; mais étant enfin résolu de se conformer avec ses religieux à quelqu'une des règles anciennes déjà établies et reçues dans l'Église, il choisit celle des Ermites de Saint-Augustin: et pour que la chose fût mieux reçue et plus authentique, il envoya demander l'agrément du souverain Pontife qui était alors Innocent III, lequel, étant bien informé du mérite et de la sainteté des intentions du vénérable Jean, lui accorda volontiers ce qu'il demandait, lui permettant ainsi qu'à ses disciples de vivre, de prononcer des vœux et de dresser des constitutions et des lois conformément à la Règle de Saint-Augustin.
Ce saint personnage conduisit cet ouvrage avec une prudence admirable; et, voyant les bénédictions que Dieu donnait à sa Congrégation, et que tous ses religieux vivaient dans une parfaite obéissance, il trouva moyen, par un effet d'humilité, de se démettre de la charge de général qu'il occupait, et de la donner à un autre, afin de vivre lui-même dans un état plus caché, et d'avoir plus de loisirs pour vaquer en liberté aux exercices de la contemplation et de la mortification, qui sont les deux principaux articles de la vie des solitaires. En effet, quand il eut obtenu de n'être plus prieur général, il recommença à mener un genre de vie plus austère et plus régulier que celui qu'il avait tenu jusqu'alors, et il ne soutint pas moins efficacement par son seul exemple l'ouvrage qu'il avait commencé, que lorsqu'il faisait ses exhortations et donnait des lois par écrit et de vive voix, étant général.
Il comptait si peu sur les mortifications et sur les pénitences qu'il avait pratiquées jusqu'alors dans la solitude, qu'il s'obligea de nouveau par vœu de faire tous les ans trois Carêmes pendant tout le reste de sa vie. Le premier était celui auquel l'Église oblige les fidèles avant Pâques: il l'observait avec une rigueur si extrême, que le jour des Cendres il prenait trois onces de pain seulement, lesquelles il partageait en petits morceaux, et chacun de ces petits morceaux faisait son repas de chaque jour: puis, lorsque le Jeudi Saint était arrivé, il multipliait si abondamment le reste, qu'il y en avait suffisamment pour donner un repas à un grand nombre de religieux qu'il assemblait en ce temps pour célébrer avec eux la fête de Pâques.
Le second Carême qu'il faisait était depuis l'octave de Pâques jusqu'à la Pentecôte: pendant l'espace de ce temps, il n'usait point d'autre nourriture que de celle qu'il pouvait recevoir de la sainte communion qu'il prenait pour lors tous les matins; car, pour les autres temps, il se contentait d'entendre la sainte messe et de communier les dimanches et les fêtes. Il faisait son troisième Carême immédiatement avant les fêtes de Noël, et alors il ne prenait pour son repas de chaque jour que trois fèves; pendant tout le reste du temps, il jeûnait exactement au pain et à l'eau le lundi, le mercredi et le vendredi de chaque semaine. Il ne mangeait jamais de chair, pas même étant malade, quoique cela fût permis dans ce temps-là.
S'il était si rigoureux dans le vivre, il ne l'était pas moins dans le vêtir: on peut dire qu'il ne portait quelques vêtements que pour ne pas paraître nu; il ne se servait, dans son ermitage, que d'une simple tunique tissée de paille, laquelle, néanmoins, est devenue depuis un admirable instrument de guérison pour un grand nombre de malades qui sont venus se la faire appliquer après sa mort: Dieu faisant connaître par là combien il avait eu pour agréable les austérités de son Serviteur. Son histoire dit aussi qu'il avait trois lits dans sa cellule: l'un était de troncs d'arbres fort mal ajustés et plus propres à faire souffrir le martyre à un corps qu'à lui servir d'un lieu de repos; aussi son intention était-elle de ne s'en servir que pour se causer une grande fatigue et une extrême douleur. Le second de ses lits était une fosse qui était plus profonde d'un côté que de l'autre; il descendait à certaines heures du jour dans cette espèce de sépulcre et s'y couchait, mettant sa tête du côté qui était le plus profond pour y être en plus grande souffrance, et il ne quittait la posture qu'il y prenait qu'après avoir récité dévotement deux cents fois l'Oraison dominicale; enfin, son troisième lit était un ais tout simple sur lequel il se reposait, n'ayant qu'un morceau de bois pour son chevet. C'est ainsi que l'esprit de pénitence faisait trouver à ce grand Serviteur de Dieu de belles inventions pour ne donner aucun repos à sa chair et pour porter continuellement la mortification de Jésus-Christ sur son corps.
Quoique le bienheureux Jean le Bon vécût dans une parfaite innocence et qu'il ne donnât aucune prise sur lui à son ennemi, le démon, néanmoins, qui ne pouvait supporter qu'avec peine qu'il observât une aussi grande fidélité à ses exercices et qu'il persévérât comme il faisait jour et nuit dans les pratiques de la plus haute contemplation, lui livra de grands combats: tantôt il lui apparaissait sous des figures horribles pour l'effrayer et le distraire dans le doux repos de son oraison, tantôt il lui livrait une guerre ouverte en le frappant durement; quelquefois, il le menaçait de lui livrer des combats le reste de ses jours; d'autres fois, il suscitait contre lui les calomnies les plus atroces pour lui faire perdre sa réputation et diminuer la confiance que les peuples avaient en lui. Ce monstre infernal l'attaquait plus communément lorsqu'il était sur le rude lit de bois dont nous avons parlé, et, ne pouvant supporter les douleurs volontaires que le Saint souffrait étant couché dessus, il l'en retira un jour après l'avoir auparavant bien tourmenté et le jeta si rudement sur le carreau de sa chambre, qu'il en fut grièvement blessé. Nous serions trop long à donner ici le récit de tant de différents combats; il suffirait de dire qu'il demeura toujours vainqueur de son ennemi, soit en usant du signe de la croix, soit en faisant des actes intérieurs d'une parfaite confiance en Dieu, soit en continuant avec une fidélité incomparable les exercices de la prière et de la mortification qui déplaisait le plus à l'ennemi, soit en se disculpant avec une tranquillité et une modestie angéliques devant son évêque, de toutes les impostures et calomnies les plus noires qu'on suscitait contre sa personne: de sorte que toutes les adversités qui lui arrivaient, tant du côté des hommes que de la part de l'enfer, ne servirent jamais qu'à augmenter sa patience et ses victoires, et à relever devant Dieu et devant le monde son insigne mérite.
Nous ne nous arrêterons pas ici à découvrir en détail les communications intérieures qu'il recevait de la part du ciel, nous dirons seulement qu'elles étaient proportionnées aux travaux qu'il souffrait, et que, si les démons l'attaquaient visiblement sous des formes corporelles, Jésus-Christ, d'autre part, sous les ordres duquel il soutenait ses combats, lui apparaissait aussi souvent visiblement sous forme humaine, pour le fortifier et le consoler dans ses travaux. Ces grâces et ces insignes faveurs lui étaient communiquées spécialement lorsqu'il méditait les mystères de la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ses visions extérieures étaient toujours accompagnées d'une grande abondance de consolations intérieures et de lumières extraordinaires; c'était dans ce doux commerce qu'il apprenait les choses futures qu'il ne pouvait savoir par des connaissances naturelles: ce qui lui faisait prédire plusieurs événements en déterminant des circonstances si particulières, qu'elles causaient l'admiration et un grand étonnement à tous ceux qui en avaient connaissance. Un malade, étant abandonné de tous les médecins comme devant mourir, le Saint prédit, contre toute apparence, qu'il reviendrait bientôt à une parfaite santé: ce qui arriva, en effet, peu de temps après. Il déclara encore qu'un certain religieux abandonnerait son état et quitterait l'habit de religion, mais, néanmoins, qu'il se reconnaîtrait si bien dans la suite, qu'il ferait une très-heureuse fin, et que l'on rendrait même de grands honneurs à son corps après son trépas: ce qui arriva comme il l'avait prédit.
Il puisait encore dans le saint exercice de la contemplation la solution d'une infinité de difficultés très-épineuses, dont il eût été difficile de pénétrer le fond par des sciences humaines. C'est pour cela que, quoiqu'il n'eût jamais beaucoup étudié et qu'il n'eût qu'une légère teinture des lettres humaines, il ne laissa pas de résoudre fort nettement une question des plus délicates du droit canon, touchant le mariage, en présence de deux fameux avocats très-expérimentés, lesquels furent extrêmement surpris d'entendre de la bouche du Saint l'explication de leur difficulté, et de voir même qu'il leur citait le lieu du droit où se trouvait la solution qu'il leur donnait.
Il fit des choses tout à fait miraculeuses pendant le cours de sa vie, lesquelles sont autant de preuves convaincantes de son innocence et du pouvoir que Dieu lui avait donné sur les créatures. Un motif de pure charité envers un religieux de l'ermitage où il demeurait lui fit faire une action que nous ne devons pas omettre ici. Un jeune frère, ayant résolu par tentation de s'en retourner dans le siècle et d'abandonner sa vocation, le Saint, étant allé l'attendre au lieu où il devait passer pour s'en aller, le prit par la main et, le conduisant près d'un grand feu, il sauta dedans en sa présence, ayant les pieds nus; puis, s'étant promené longtemps sur les charbons ardents sans en être offensé en aucune manière, il dit à ce religieux, qu'il voyait tout surpris et comme extasié d'être témoin d'une telle merveille: « Mon frère, le sujet de votre étonnement cessera si vous comprenez que Dieu fait tant de grâces et de miséricorde à ceux qui, s'étant consacrés à lui, sont fidèles à persévérer dans leur vocation, que l'eau, le feu et toutes les autres créatures leur deviennent soumises et officieuses, perdant leurs qualités naturelles ou en acquérant de nouvelles en faveur de ces mêmes serviteurs de Dieu ». Et, pour une plus grande preuve de ce qu'il lui disait, il prit sur-le-champ, dans le feu, un tison tout allumé qu'il alla planter en terre par le bout qui brûlait, et, chose surprenante, Dieu, répondant à la foi de son serviteur, le bâton reverdit aussitôt et se trouva en peu de temps chargé de feuilles et de beaux fruits fort bons à manger. De si grandes merveilles ouvrirent les yeux du religieux qui était près de sortir; il déplora sa lâcheté, admira le pouvoir que Dieu donnait à ses serviteurs quand ils lui étaient fidèles, et enfin persévéra dans sa première vocation et fit une heureuse fin dans la religion.
La grande réputation qu'il s'acquit, autant par la sainteté de sa vie que par le nombre des prodiges qu'il opérait, lui attira tant de visites de toutes parts, qu'il résolut de se retirer en quelque lieu inconnu pour éviter la vaine gloire et être moins exposé aux louanges des hommes. Il partit donc secrètement un soir de son ermitage; mais, par une disposition de la divine Providence, après qu'il eut bien marché toute la nuit, le matin, croyant être bien loin et hors d'état d'être atteint par ceux qu'il savait devoir le poursuivre, il se trouva devant la porte de sa cellule, d'où il était sorti le soir: ce qui lui fit bientôt conclure que Dieu, qui avait ainsi réglé ses démarches, n'approuvait pas sa retraite ni qu'il fût éloigné de ce lieu-là, parce qu'il devait y soutenir ses frères dans l'austérité de la discipline religieuse par la force de son exemple, et assister et favoriser de ses bons secours ceux qui auraient recours à lui dans leurs disgrâces et dans leurs maladies.
A peine donc le saint ermite fut-il revenu en ce lieu, que Dieu fit encore plus clairement connaître que c'était la divine Sagesse qui l'y arrêtait; comme les parents d'un jeune démoniaque le voulaient mener au bienheureux Jean le Bon, afin qu'il le délivrât de la tyrannie de ce mauvais hôte, le démon ne voulut jamais se résoudre à aller où on désirait mener le malade, disant qu'il savait bien où on voulait le conduire, mais qu'il n'irait pas; les parents, néanmoins, ayant trouvé le moyen de transporter leur fils dans l'église du lieu où était le bon ermite, il n'y fut pas plus tôt arrivé, que le démon, sans attendre même la présence du Saint que l'on demandait, sortit aussitôt du corps du malade, au grand étonnement de l'assemblée, qui ne pouvait assez admirer, d'une part, le respect que le démon avait pour le saint religieux, et, d'autre part, le grand pouvoir que le serviteur de Dieu avait sur les puissances infernales.
Nous sommes obligé de passer sous silence plusieurs autres belles actions pour n'être pas trop étendus dans cet abrégé, et pour revenir à la fin qui a heureusement couronné la fidélité et les travaux de ce grand serviteur de Jésus-Christ. Ayant donc rempli dignement la mesure des bonnes œuvres que Dieu attendait de lui pour lui faire part de sa gloire, il fut averti par un ange de s'en aller à Mantoue, qui était le lieu de sa naissance, où Dieu voulait que son corps fût inhumé et reçût de grands honneurs. Le Saint obéit, et, comme le pouvoir et la faculté de faire des miracles le suivaient partout, il se trouva encore obligé d'opérer avant son trépas, une merveille que nous ne devons pas omettre. Une femme ayant perdu son fils unique en qui elle mettait toute sa confiance et toute sa consolation, ne parlait de rien moins que de mourir, et disait qu'elle voulait absolument être enterrée avec son fils qui était décédé, ne pouvant survivre à une telle perte; ses amis lui persuadèrent d'avoir recours au bienheureux Jean le Bon à qui rien n'était difficile, pour le prier de rendre la vie à son fils; elle accepta le conseil, et, pleine de confiance en Dieu et d'estime pour le saint Ermite, elle porta le corps de son enfant mort à sa cellule, le conjurant par toutes sortes de prières de lui obtenir de Dieu la consolation de recevoir en vie ce fils qui lui était si cher. Le Saint, dont la charité n'avait point de bornes, se mit en prières, et, quand il eut passé trois jours entiers auprès du défunt pour lui obtenir du ciel la vie dont il avait été privé, Dieu, exauçant enfin les prières du Saint, rendit la vie au mort, au grand étonnement de toute la ville de Mantoue, qui fut témoin de cette merveille; mais enfin, celui qui venait d'obtenir si facilement la vie à un étranger, ne respirant rien tant que de mourir pour aller jouir en liberté de la présence de son Dieu, accepta avec grande joie de sortir de ce monde; de sorte qu'après avoir averti ses frères du jour de son décès, il les exhorta à bien observer leurs vœux et à ne jamais s'éloigner des pratiques de la mortification et de la pénitence: « Ne recherchez point ici-bas d'autre joie », leur dit-il, « que celle qu'une bonne conscience reçoit des bonnes œuvres que l'on fait; n'oubliez jamais d'imiter les exemples de notre Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ qui est notre Maître commun; ce sera par ce moyen que toutes choses vous réussiront en cette vie, et que vous mériterez la gloire en l'autre ».
Un peu avant sa mort, un religieux prit la liberté de lui demander ce que son corps deviendrait après son décès; il lui répondit que les hommes le traiteraient avec grand respect, et que Dieu ferait voir beaucoup de merveilles autour de lui pendant plusieurs années; qu'on oublierait, néanmoins, pendant un temps, toutes ces choses, mais qu'il plairait à la divine Providence de le mettre en une si grande réputation, qu'il serait respecté de toute la terre: ce que l'événement a fait voir véritable. Enfin, le dernier instant de son départ de ce monde étant arrivé, une troupe d'anges environna son lit, et on entendit une voix qui le convia à venir jouir des délices éternelles en la compagnie de ses frères qui l'avaient précédé dans la gloire, et, au même moment, il rendit sa belle âme à Dieu. Ce fut le 23 octobre de l'an de grâce 1222, étant âgé de quatre-vingt-dix-huit ans.
Son corps fut inhumé avec beaucoup d'honneurs, comme il l'avait prédit, et, dix-huit mois après avoir été mis en terre, on le trouva tout entier lorsqu'on le leva pour lui donner une sépulture encore plus honorable que la première.
On le représente tenant un lis dans une main et une tête de mort dans l'autre, pour marquer les luttes qu'il eut à soutenir contre l'impureté après sa conversion, et la pensée de la mort qui était l'objet de ses méditations assidues.
Nous avons composé cette vie sur les mémoires qui se trouvent dans l'Histoire des hommes illustres de l'Ordre des Ermites de Saint-Augustin.
Événements marquants
- Jeunesse dissipée et voyages en Italie
- Conversion suite à une maladie salutaire
- Retraite dans un ermitage près de Césène
- Fondation d'une congrégation d'ermites
- Adoption de la règle de Saint-Augustin avec l'accord d'Innocent III
- Démission de sa charge de Prieur général pour retourner à la solitude
- Retour à Mantoue avant sa mort
Miracles
- Guérison miraculeuse de ses doigts après s'être enfoncé des roseaux
- Multiplication du pain le Jeudi Saint
- Marche sur des charbons ardents sans brûlure
- Bâton de tison qui reverdit et donne des fruits
- Résurrection d'un enfant à Mantoue
- Incorruptibilité du corps dix-huit mois après le décès
Citations
Ne recherchez point ici-bas d'autre joie que celle qu'une bonne conscience reçoit des bonnes œuvres que l'on fait.