Clément d'Alexandrie

Docteur de l'Église

Fête : 4 decembre 3ᵉ siècle • contesté

Résumé

Érudit et philosophe converti, Clément d'Alexandrie dirigea la célèbre école catéchétique d'Alexandrie à la suite de Pantène. Grand voyageur et auteur prolifique, il chercha à concilier la philosophie grecque avec la foi chrétienne. Bien que qualifié de Docteur de l'Église, son titre de saint a été retiré du martyrologe romain par Benoît XIV.

Biographie

CLÉMENT D'ALEXANDRIE, DOCTEUR DE L'ÉGLISE (216).

Clément d'Alexandrie a été qualifié de Saint ; mais ce titre lui est depuis longtemps contesté. Il se trouvait autrefois dans le martyrologe romain, où il avait passé de celui d'Usuard ; mais il en a été retranché ; et Benoît XIV, dans sa lettre à Jean V, roi de Portugal, justifie ce retranchement. L'abbé Bergier, qui, dans son Dictionnaire de Théologie, a consacré un savant article à ce docteur de l'Église, ne le nomme que Clément d'Alexandrie.

Titus-Flavius Clemens, que quelques auteurs font Athénien de naissance, commença ses études

4 DÉCEMBRE.

dans la Grèce ; il les continua en Italie, dans l'Asie Mineure, l'Assyrie et la Palestine, et les acheva en Égypte. Un désir incroyable d'apprendre lui fit ainsi parcourir les différentes parties du monde. Il eut, entre autres, cinq maîtres célèbres : un dans la Grèce, qui était de la secte ionique, deux dans la Calabre, et deux en Orient. Quoiqu'il fût très-versé dans la philosophie de Platon, il donnait la préférence aux principes des Stoïciens ; mais il ne voulait tenir à aucune secte particulière ; il choisissait ce qu'il y avait de meilleur partout où il se trouvait. Un des maîtres qu'il eut en Palestine était juif d'extraction ; il paraît même qu'il était chrétien. Le dernier qu'il écouta, et qu'il met lui-même au-dessus de tous les autres, fut le célèbre Pantène, qui était à la tête de l'école des catéchèses d'Alexandrie.

Clément, dont les études avaient pour objet la recherche de la vérité, découvrit les erreurs de l'idolâtrie et vit briller à ses yeux la lumière de la foi. Quelque versé qu'il fût dans les différentes branches de la littérature profane, il vit qu'il lui manquait la plus essentielle des connaissances, celle de laquelle dépend le bonheur de l'homme et qui ne peut se trouver que dans la vraie religion. Il se mit donc à étudier la théologie, science qui, selon lui, n'a d'autre but qu'une vie perfectionnée par toutes les vertus. Il nous apprend que quelques-uns des successeurs immédiats des Apôtres, qui avaient conservé la vraie tradition de la bienheureuse doctrine enseignée par saint Pierre, par saint Jacques, par saint Jean et par saint Paul, vivaient encore de son temps. « Ils sèment », disait-il, « dans nos cœurs la divine semence qu'ils ont reçue des Apôtres, leurs prédécesseurs ».

Pantène ayant été envoyé dans les Indes par l'évêque Démétrius, en 189, Clément lui succéda dans la place de catéchiste d'Alexandrie, qu'il remplit avec un grand succès. On compte, parmi ses principaux disciples, Origène et saint Alexandre, depuis l'évêque de Jérusalem et martyr. Sa méthode était d'instruire d'abord ceux qui venaient l'écouter, de ce qu'il y avait de bon dans la philosophie païenne, afin de les conduire par degrés à la connaissance du christianisme. Pour le leur faire aimer et leur inspirer le désir de l'embrasser, il insistait sur certains points de morale que découvrent les lumières naturelles et qui se trouvent semés dans les écrits des philosophes. Il fut ordonné prêtre vers le commencement du règne de Sévère ; car Eusèbe lui donne ce titre en 195.

La persécution qu'excita cet empereur, en 202, l'obligea d'abandonner son école. Il se retira dans la Cappadoce. Nous le voyons à Jérusalem peu de temps après, et nous apprenons par une lettre de saint Alexandre, évêque de cette ville, qu'il y prêcha avec beaucoup de zèle et de succès. De Jérusalem, il se rendit à Antioche. Dans tous les lieux par lesquels il passait, il encourageait les disciples de Jésus-Christ et tâchait d'en augmenter le nombre. D'Antioche, il revint à Alexandrie.

Les anciens ont donné de grands éloges à sa vertu et à son savoir, et ces éloges se trouvent bien justifiés par ce qui nous reste de ses écrits. Nous les ferons connaître en peu de mots.

Son *Exhortation aux Gentils* a pour objet de faire sentir l'absurdité de l'idolâtrie ; et cette absurdité devient singulièrement frappante par le précis historique que donne l'auteur de la mythologie païenne. Clément a inséré dans cet ouvrage plusieurs découvertes curieuses qu'il avait faites dans ses voyages, dont il se sert pour fortifier ses raisonnements et qui attachent agréablement le lecteur.

Il composa ensuite ses *Stramates* ou tapisseries, qui ne sont qu'un recueil de mélanges, divisé en huit livres, où il y a peu d'ordre. On ne peut, dit l'auteur lui-même, comparer cet ouvrage à un jardin où les arbres et les plantes sont rangés avec symétrie ; il ressemble plutôt à un amas d'arbres sauvages, venus d'eux-mêmes et qui sont épars et là. Il ajoute qu'il l'avait fait pour lui servir de répertoire dans sa vieillesse, lorsque la mémoire viendrait à lui manquer. On l'a accusé d'avoir trop suivi les dogmes des anciens philosophes et de ne s'être pas toujours exprimé avec assez d'exactitude. Mais on ne peut en général expliquer d'une manière favorable les endroits qui paraissent répréhensibles. Si le style de cet ouvrage est un peu dur, on en est dédommagé par l'érudition qui y règne et par l'abondance et la variété des matériaux qu'il renferme. Clément y traite avec solidité diverses questions qui ont pour objet la morale, la métaphysique, les hérésies qui avaient paru jusqu'alors, le paganisme et la théologie. Dans le sixième livre, il trace le caractère du véritable chrétien, auquel il donne le nom de *gnostique*. Il veut qu'il commande à ses passions, qu'il garde exactement les règles de la tempérance, et qu'il n'accorde à son corps que ce qui lui est nécessaire pour le soutenir. Le véritable gnostique, ajoute-t-il, doit aimer Dieu par-dessus toutes choses, et les créatures pour Dieu ; rien ne doit être capable de le séparer de l'amour de Dieu. Il supporte avec patience tous les accidents de cette vie et ne s'occupe que des moyens de s'unir au souverain bien : jamais il ne se laisse emporter par la colère ; il prie continuellement pour obtenir la rémission de ses péchés, avec la grâce de ne plus pécher à l'avenir et de pratiquer la vertu.

SAINT ANNON, ARCHEVÊQUE DE COLOGNE. 63

Dans le septième livre, Clément parle de la vertu de son gnostique. « Il s'applique », dit-il, « de toutes ses forces à honorer Dieu et à l'aimer ; à écouter, à imiter son Verbe qui s'est fait homme pour notre salut ; il est doux, honnête, affable, patient, charitable, sincère, fidèle, tempérant ; il méprise les biens de ce monde et est dans la disposition de tout souffrir pour Jésus-Christ ; il ne fait rien par ostentation, et ses actions n'ont d'autre motif que l'amour de la justice et de la bonté de Dieu. Enfin, c'est un homme entièrement saint et tout divin. Le gnostique prie en tous lieux, mais principalement en secret et dans le fond de son cœur ; il prie sans cesse, le matin en se levant, à midi, en voyage, lorsqu'il se repose, cherchant en tout à glorifier Dieu, à l'exemple des Séraphins dont il est parlé dans Isaïe ». Il distingue les véritables Gnostiques d'avec les hérétiques connus sous ce nom, et qui troublaient alors l'Église par leur abominable doctrine sur une perfection imaginaire. Pour prémunir les fidèles contre les erreurs et les extravagances des faux mystiques, il explique la nature et l'étendue de chaque vertu théologale, et montre surtout en quoi consiste l'amour pur. Il apprend à ne pas confondre la résignation avec l'indifférence ; il traite de l'activité, de la transformation et de l'union : mais de manière qu'il évite les extrêmes et qu'il fixe les bornes qui séparent la mysticité des illusions du fanatisme.

Le traité intitulé : Quel riche sera sauvé ? est une explication des paroles que Jésus-Christ adressa à un jeune homme riche dont parle l'Évangile. L'auteur y montre qu'il n'est point nécessaire, pour être sauvé, de renoncer aux richesses, pourvu qu'on en fasse un bon usage. Il y traite aussi de l'amour de Dieu et de prochain, ainsi que de la pénitence, dont il prouve l'efficacité par l'histoire de ce jeune voleur que saint Jean convertit.

Le Pédagogue de Clément, divisé en trois livres, est un excellent abrégé de morale, où l'on voit de quelle manière les bons chrétiens vivaient dans ces premiers temps. L'auteur fait voir dans le premier livre que Jésus-Christ est le Maître, le Conducteur, le Pasteur des hommes, qui tous ont besoin d'être instruits, et que la vie d'un chrétien doit être une suite non interrompue d'actions vertueuses. On trouve dans le second livre des règles de conduite par rapport à certains devoirs particuliers, comme l'abstinence, la mortification, l'humilité, la prière, l'aumône, la chasteté, tant dans l'éclat du mariage que dans celui de la virginité. Suivant la doctrine de Clément, il faut préférer une nourriture simple, ne fût-ce que par raison de santé ; un seul repas par jour doit suffire, deux tout au plus ; c'est-à-dire, outre le souper, un déjeuner de pain sec, sans boire. Il prouve, contre les Encratiques, que l'usage modéré du vin est permis, mais il le défend aux jeunes gens. Il s'élève avec force contre le luxe dans les meubles et la vaisselle. Il veut qu'on dorme peu, et jamais le jour ; qu'en commence la nuit par la prière, et qu'on ne soit plus au lit lorsque le jour paraît. Il prouve contre les païens, que toutes les actions impures sont des crimes aux yeux mêmes de la raison. Dans le troisième livre, il traite de la modestie et de plusieurs autres vertus. Il le conclut par exhorter ses lecteurs à écouter les divines leçons de Jésus-Christ, qu'il remercie de ce qu'il l'a fait membre de son Église. La prière qu'il lui adresse est également adressée au Père et au Saint-Esprit. Cet ouvrage renferme d'excellentes maximes pour arriver à la perfection chrétienne ; mais on ne pourrait le traduire qu'en adoucissant certaines expressions, par égard pour les mœurs actuelles.

Photius fait observer que le style de Clément est fleuri, élégant et sublime dans le Pédagogue et dans l'Exhortation aux Gentils, quoique sa diction ne soit point parfaitement pure. Nous avons fait remarquer que le style des Stromates avait quelque chose de plus dur que celui des autres ouvrages du saint docteur. Mais on admire dans tous une vaste érudition. Saint Jérôme appelle Clément d'Alexandrie le plus savant des écrivains ecclésiastiques. Théodoret dit qu'il surpassait tous les autres par l'étendue de ses connaissances. Saint Alexandre de Jérusalem et les anciens auteurs font de grands éloges de la sainteté de sa vie.

Clément mourut à Alexandrie, avant la fin du règne de Caracalla, qui fut assassiné en 217.

Godescard, édition Lefort, Lille.

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SAINT ANNON, ARCHEVÊQUE DE COLOGNE (1075).

Annon, issu d'une famille remarquable par sa piété, prit dans sa jeunesse le parti des armes. Un pieux chanoine de Bamberg (Bavière), son oncle, lui ayant parlé de la vanité des biens du monde, il y renonça et résolut de se consacrer à Dieu dans l'état ecclésiastique. Il commença ses

4 DÉCEMBRE.

études à Bamberg, et fit de tels progrès dans les lettres sacrées et profanes, qu'il fut chargé de les enseigner dans la même ville. Ses vertus et son savoir le firent connaître à la cour de l'empereur Henri III, dit le Noir (1639-1656) ; ce prince le fit venir auprès de sa personne. On l'admirait pour son amour de la justice et du droit et pour la liberté avec laquelle il les défendait. Il possédait à un degré éminent toutes les qualités du cœur et de l'esprit, et tous les avantages que donne la nature : une taille élevée, une figure imposante, une parole éloquente et facile, une patience rare pour supporter les veilles et les jeûnes, une merveilleuse aptitude pour l'exécution des grandes et belles entreprises. Il fut élevé sur le siège archiépiscopal de Cologne après la mort d'Hermann II. Son sacre eut lieu avec une pompe extraordinaire, l'an 1655, le 11 mars. Les larmes qu'il répandit pendant la cérémonie justifiaient l'idée qu'en avait de son humilité et de sa piété. Henri III étant mort, l'impératrice Agnès le fit nommer régent et premier ministre pour gouverner pendant la minorité de Henri IV. Ce jeune prince, corrompu par les flatteurs et les compagnons de ses débauches, ne voulut bientôt plus souffrir les remontrances du saint archevêque ; il lui ôta même le gouvernement de l'État. Mais les injustices et les exactions de ceux auxquels il donnait sa confiance excitèrent un mécontentement général ; Annon fut rappelé, et il reprit l'administration des affaires.

Le soin de l'État ne lui faisait pas oublier ses devoirs d'évêque. Sans cesse il allait chercher au pied des autels les secours et les consolations dont il avait besoin ; il macérait son corps par un jeûne continu ; la plupart du temps il passait la nuit en prières ; il visitait ordinairement les églises pieds nus, suivi de quelques pieux compagnons, parfois simplement d'un enfant ; un dur cilice châtrait sa chair ; sa charité pour les pauvres était extrême ; chaque jour il recevait chez lui vingt-quatre indigents, leur lavait et baisait les pieds, et leur servait à manger. En outre, il bâtit un hôpital à Cologne. Les pauvres assiégeaient par troupes les portes de son palais et, lorsqu'il sortait, couraient après lui. Il secourait avec une affection particulière les enfants des pauvres, et redoublait ses aumônes à leur égard depuis Noël jusqu'à la Purification. Il donnait tout ce qu'il avait, ne voulant pas que la mort, quand elle viendrait, le trouvât possesseur d'aucune richesse. Il en arriva selon ce qu'il avait désiré, car, excepté son anneau pastoral et le reste du mobilier indispensable à un évêque, il se vit réduit à n'avoir pas un denier, et, dans sa dernière maladie, il fallut que la charité des étrangers vînt à son secours.

Il eut pour les églises et les maisons religieuses une munificence, dont toutes celles de son diocèse ressentirent les effets ; ici il faisait construire des édifices, là il donnait des domaines, là des revenus annuels, des meubles pour servir au culte, des reliques des Saints, etc. Il fonda à Cologne deux collèges de clercs, l'un sous le titre de la bienheureuse vierge Marie, l'autre sous celui de saint Georges, martyr. Il bâtit les trois monastères de Grafschaft, de Saalfed et de Siegberg, qu'il dota à la fois de bons revenus et d'excellentes règles ; il en réforma plusieurs. Il fit don à la ville de Dortmund (Westphalie) du corps du bienheureux martyr Reynold. Son éloquence était si pathétique, que souvent, lorsqu'il prêchait, l'assemblée pénétrée de compassion faisait résonner l'église de ses pleurs et de ses sanglots. Lorsqu'il rendait la justice, il ne consultait que l'équité, et résistait toujours aux injustes prétentions des grands et des puissants. Il rendit à Dieu sa sainte âme le 4 décembre 1675. Son corps fut déposé au monastère de Siegberg où il repose encore dans une châsse précieuse. Son tombeau a été illustré par des miracles.

Comme fondateur d'églises et de monastères, une petite réduction d'église qu'il porte sur la main est sa caractéristique ordinaire.

Propre de Cologne.

MARTYROLOGES. 65

Événements marquants

  • Études en Grèce, Italie, Asie Mineure, Assyrie, Palestine et Égypte
  • Conversion au christianisme après la recherche de la vérité
  • Succède à Pantène comme chef de l'école des catéchèses d'Alexandrie en 189
  • Ordination sacerdotale vers 195
  • Fuite en Cappadoce lors de la persécution de Sévère en 202
  • Prédication à Jérusalem et Antioche

Citations

La théologie est une science qui n'a d'autre but qu'une vie perfectionnée par toutes les vertus.

— Texte source

Le véritable gnostique doit aimer Dieu par-dessus toutes choses, et les créatures pour Dieu.

— Stromates, Livre VI