Judith de Béthulie

Veuve, libératrice du peuple d'Israël

Fête : 27 septembre -7ᵉ siècle • personnage biblique

Résumé

Veuve pieuse de Béthulie, Judith sauve son peuple du siège des Assyriens en s'introduisant dans le camp ennemi. Profitant de l'ivresse du général Holopherne, elle le décapite, provoquant la déroute de son armée. Elle vécut jusqu'à 105 ans, honorée comme la libératrice d'Israël.

Biographie

XXVII JOUR DE SEPTEMBRE

MARTYROLOGE ROMAIN.

A Édes, en Cilicie, le triomphe des saints martyrs Côme et Damien, frères, qui, durant la persécution de Dioclétien, après avoir souffert, avec un courage surhumain, les chaînes, les prisons, la mer, les feux, les gibets, la lapidation et les flèches, eurent la tête tranchée. On marque aussi, comme compagnons de leur martyre, Anthime, Léonce et Euprèpe, leurs frères. Vers 286. — A Rome, sainte Épicharie, femme de race sénatoriale, qui, après avoir été déchirée à coups de verges plombées, fut décapitée durant la même persécution. IIIe s. — A Todi, saint Fidouce et saint Terence, martyrisés sous le même Dioclétien. IIIe s. — A Cordoue, les saints martyrs Adolphe et Jean, frères, couronnés pour Jésus-Christ durant la persécution des Arabes. Vers 852. — A Semond (Sedunum), dans la Gaule-Lyonnaise, saint FLORENTIN, martyr, décapité avec saint HILAIRE, après avoir eu la langue coupée. IIIe s. — A Djebel, en Phénicie, saint MARC, évêque, qui est aussi appelé Jean par saint Luc. IVe s. — A Milan, saint Caius, évêque, disciple de l'apôtre saint Barnabé, qui, après avoir beaucoup souffert durant la persécution de Néron, mourut en paix.

27 SEPTEMBRE.

— A Ravenne, saint Adérit, évêque et confesseur. IIe s. — A Paris, saint Vincent de Paul, prêtre et fondateur de la Congrégation de la Mission et des Filles de la Charité, homme apostolique et père des pauvres. On célèbre sa fête le 19 juillet. 1660. — Dans la même ville, saint ELZÉAR, comte. 1325. — En Hainaut, sainte HILTRUDE ou HELTRUDE, vierge. 785.

## MARTYROLOGE DE FRANCE, REVU ET AUGMENTÉ.

Au diocèse d'Avignon, saint Elzéar ou Augias, comte d'Arian et confesseur, cité au martyrologe romain de ce jour. 1325. — Aux diocèses de Lyon et de Chartres, mémoire des saints martyrs Florentin et Hilaire ou Hiller, cités au martyrologe romain d'aujourd'hui. IIIe s. — Au diocèse de Paris, les saints martyrs Côme et Damien, cités aujourd'hui au martyrologe romain. Vers 286. — Au diocèse de Cambrai, sainte Hiltrude ou Heltrude, vierge, citée à ce jour au même martyrologe. 785. — Au diocèse de Paris, saint CÉRAUNE ou CÉRAN (Ceraunus, Cerannus), vingt-cinquième archevêque de ce siège et confesseur. Vers 621. — Au diocèse de Vannes, saint Gingurien, frère convers du monastère bénédictin de Saint-Giléas de Rhoys (S. Gildasius Buqensis), appelé au ciel par l'archange saint Michel qui l'honora de son apparition. XIe s. — A Chaumont (Haute-Marne), au diocèse de Langres, le vénérable Père Honoré, capucin. Il naquit à Paris le 7 janvier 1567, et s'appelait, avant d'entrer en religion, Charles Bochart de Champagny ; son père, Jean Bochart, était conseiller d'État. Élevé à Paris, au collège de Clermont, dirigé par les Jésuites, Charles Bochart reçut l'habit de Saint-François, le 15 septembre 1587, au couvent de Saint-Honoré de la même ville : il fit profession après un an de noviciat. L'humilité formait la base de toutes ses vertus : elle suggéra au Père Honoré la pensée de demander à n'occuper aucune charge dans son Ordre ; mais il fut successivement nommé directeur des novices à Verdun, à Nancy, à Orléans. A la prière du cardinal de Lorraine, il fut envoyé à Rome pour demander l'organisation en Lorraine d'une province de l'Ordre et il réussit dans cette négociation. En 1592, il fut élu provincial, et put dès lors avoir des relations avec beaucoup de villes. Celles qu'il eut avec Chaumont remonte à 1598 ; il y fonda, cette année-là, un couvent de Capucins qui a subsisté jusqu'à la Révolution. C'est là qu'il mourut et qu'il fut enseveli. De nombreux miracles, entre lesquels on remarqua la résurrection de plusieurs enfants, firent travailler à sa canonisation. En 1637, Sébastien Zamet, évêque de Langres, envoya les pièces du procès à Rome ; Louis XIII et son épouse écrivirent au pape Urbain VIII à ce sujet en 1637 et en 1639. Une châsse de l'église Saint-Jean-Baptiste de Chaumont contient de ses reliques. Le culte dont cette ville honora sa mémoire subsiste encore en partie ; avant la Révolution on fêtait l'anniversaire de sa mort au bruit du canon, et en allumant, sur la place des Capucins, un feu de joie dont l'hôpital faisait les frais. 1634. — Au diocèse de Dijon, saint Aphrodite, compagnon du martyre des saints Florentin et Hilaire, cités au martyrologe romain de ce jour. IIIe s.

## MARTYROLOGES DES ORDRES RELIGIEUX.

**Martyrologe de la Congrégation de Saint-Sylvestre.** — A Cingoli, dans la Marche d'Ancône, saint Boufflin, évêque et confesseur, qui, issu de l'illustre famille d'Auxima, donna son nom à la discipline monastique, et fut appelé malgré lui à gouverner l'église de Foligno, où il fut établi sur le siège de cette ville par la volonté du Pape ; puis, par facilité, il se démit de plein gré de cette charge, afin de vaquer plus librement aux choses saintes. Vers 1115.

**Martyrologe des trois Ordres de Saint-François.** — A Paris, le décès de saint Elzéar, confesseur, comte d'Arian, du Tiers Ordre de notre Père saint François, qui, gardant fidèlement la virginité avec Delphine, son épouse, s'en alla plein de mérites, vers le Seigneur, et, illustre pendant sa vie et après sa mort, fut mis au rang des Saints par le souverain pontife Urbain V. 1325.

**Martyrologe de l'Ordre des Frères Mineurs.** — De même que ci-dessus, en ajoutant : Son corps, sous le pontificat de Jean XXII, fut transporté à Apt, en Provence, et déposé honorablement dans l'église de Saint-François, des Frères Mineurs.

Ce dernier fait, disant que ses reliques se conservent dans l'église Saint-François de Milan : c'est la chapelle de Saint-Bonaventure (chapelle actuelle de la Conception) qui possède ce précieux trésor ; ces reliques ont été visitées et authentiquées le 14 septembre 1571 par saint Charles Borromée, archevêque de Milan. — Barontos, Notes au martyrologe romain ; Acta Sanctorum, 27 septembre.

JUDITH DE BÉTHULIE, VEUVE, LIBÉRATRICE DU PEUPLE D'ISRAËL. 429

## ADDITIONS FAITES D'APRÈS LES BOLLANDISTES ET AUTRES HAGIOGRAPHES.

Chez les Juifs et les Éthiopiens, mémoire de JUDITH DE BÉTHULIE, veuve, libératrice du peuple Hébreu. VIIe s. av. J.-C. — Chez les Grecs, saint Zénas ou Zénon, l'un des soixante-douze disciples du Christ, évêque de Diospolis ou Lydda, aujourd'hui Ludd ou Loddo, en Syrie (pachalik de Damas). Il est mentionné dans l'Épître de saint Paul à Tite de la manière suivante : « Lorsque je vous aurai envoyé Archippe ou Tychique, ayez soin de venir me trouver promptement à Nicopolis (aujourd'hui Prévesa-Vecchia, à l'entrée du golfe d'Ambracie, en Épire), parce que j'ai résolu d'y passer l'hiver. Faites-vous précéder de Zénas, docteur de la Loi, et d'Apollos, et ayez soin qu'il ne leur manque rien ». Ces paroles de l'Apôtre nous montrent assez que Zénas s'employait avec aide, comme le savant docteur Apollos, aux travaux apostoliques. Le bienheureux Pierre le plaça sur le siège épiscopal de Diospolis, et, disent les Menées grecques, « il enseignait à son peuple la divinité de Jésus-Christ. Après avoir supporté beaucoup de peines pour l'adhésion des Églises et la destruction des idoles, après avoir opéré plusieurs prodiges et un grand nombre de guérisons miraculeuses, il alla jouir de la gloire du Seigneur ». Vers 70. — A Césarée de Cappadoce (Cæsarea Eusebiei), aujourd'hui Kaisarieh, sur l'Halys (Cappadoce), saint Ilétiathère ou Éleuthère, martyr, cité par le martyrologe de saint Jérôme. IIe s. — Au diocèse de Sora, ville d'Italie, dans l'ancien royaume de Naples (Terre-de-Labour), saint Bédat, confesseur. Ses reliques furent découvertes en 1631, à Calvi, par Jérôme Jounelins, évêque de Sora, qui en fit une translation solennelle. Vers le IVe s. — En Égypte, saint Baule, martyr. — En Arménie, sainte Galeone, vierge et martyre. Vers 310. — En Éthiopie, saint Saïnec, abbé. — En Irlande, sainte Lupite, vierge. — A Wiborg, ville de Russie (Finlande), saint Kétil, confesseur. IXe siècle. — En Grèce, saint Ignace de Bathyriac, abbé. Vers 999.

## JUDITH DE BÉTHULIE, VEUVE,

## LIBÉRATRICE DU PEUPLE D'ISRAËL

VIIe siècle avant Jésus-Christ.

La femme elle-même connaît cet enthousiasme belliqueux qui l'enlève aux habitudes de son sexe et arme sa faiblesse de toute l'intrépidité d'un mâle courage.

Mgr Darboy : Éloge de Judith.

Les monarques assyriens sont cités dans l'Écriture pour leur orgueil. L'un d'entre eux, connu dans l'histoire sous le nom de Saosduschin, qui régnait à Babylone peu de temps avant la captivité des Juifs, voulut soumettre à son pouvoir tous les peuples de l'Asie et briser leurs temples et leurs autels pour se faire proclamer dieu. Il commit l'exécution de ses desseins à Holopherne, général en chef de ses troupes. Celui-ci partit avec une armée formidable ; la terreur marchait devant lui. Dans leur consternation, les villes placées sur son passage le recevaient avec des couronnes et au son des instruments, comme pour se réjouir de ses victoires ; mais la résistance ne l'arrêtait pas, et les soumissions le trouvaient inflexible : il traîna à travers vingt provinces le pillage et l'incendie. Les Israélites essayèrent de se défendre ; ils se rendirent maîtres des hauteurs qui commandaient les défilés par où Jérusalem était abordable ; puis ils recoururent aux exercices de religion qui pouvaient fléchir le ciel et appeler sur eux le bienfait d'une protection efficace. Étonné et furieux, Holopherne

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demanda quel était donc ce peuple qui osait l'attendre les armes à la main. Achior, chef des Ammonites déjà rangés sous les lois du conquérant, répondit que les Israélites seraient facilement vaincus s'ils avaient trahi leur Dieu, mais que, s'ils lui étaient demeurés fidèles, on ne les attaquerait pas sans devenir l'opprobre de toute la terre. Ces paroles, qui rattachaient les événements de la guerre à une force tout autre que la valeur et le génie d'Holopherne, blessèrent vivement sa fierté : il méditait de les punir, et, afin de mieux marquer la confiance qu'il plaçait en ses armes, il donna ordre de mener Achior vers Béthulie (aujourd'hui Safet), dans la tribu de Zabulon, où les Israélites s'étaient renfermés, et promit de l'y retrouver un jour et de lui faire expier la franchise de son langage.

Les Béthuliens, dans une sortie, tombèrent sur les gens d'Holopherne, qui prirent la fuite après avoir attaché Achior à un arbre. On brisa les liens du malheureux prince ; il fit connaître ce qui s'était passé et comment il avait encouru l'indignation de l'ennemi. Ce fut un grand deuil dans Béthulie quand on apprit les cruelles espérances d'Holopherne, et surtout quand on le vit, le lendemain, marcher avec toutes ses troupes contre la ville. Puis, au lieu de combattre, il résolut de forcer les habitants à se rendre ou à périr de soif : il coupa un aqueduc qui leur conduisait les eaux du voisinage ; car Béthulie était sur une hauteur, et pour s'abreuver elle avait seulement quelques fontaines qui jaillissaient au pied de ses murs. Bientôt même cette dernière ressource lui manqua : l'ennemi fit une garde sévère autour des fontaines. Alors les assiégés, hommes, femmes et enfants, réduits à toute extrémité, prièrent Ozias, qui avait organisé et qui encourageait la résistance, de se rendre à discrétion. En voyant toute cette multitude en pleurs, Ozias se leva, et, le visage trempé de ses larmes, il dit : « Frères, ayez bon courage ; attendons encore cinq jours la miséricorde du Seigneur. Si, ces cinq jours écoulés, il ne nous arrive pas de secours, nous ferons ce que vous avez proposé ».

Ces paroles d'Ozias furent rapportées à Judith, fille de Mérari, de la tribu de Siméon. Judith était veuve depuis trois ans et demi. Son mari, qui s'appelait Manassé, mourut frappé du soleil pendant qu'il surveillait les ouvriers employés à sa moisson ; il laissa toutes ses richesses, qui étaient fort grandes, ses serviteurs et ses troupeaux, à Judith, dont la beauté surpassait encore l'opulence. Femme d'un noble cœur, ses fidèles affections s'endormirent avec la cendre de celui qui les avait reçues d'abord ; elle ne connut, dans son veuvage, d'autres joies que les joies de la religion. Elle s'était fait en sa maison une chambre secrète, où elle vivait retirée avec sa servante ; elle portait un cilice grossier, signe de son inconsolable douleur ; elle jeûnait presque tous les jours. Cette conduite, inspirée par des sentiments pieux, lui avait concilié l'estime universelle ; les paroles défavorables ne vinrent jamais ternir l'éclat de sa réputation, ce bel et frêle ornement des jeunes veuves. Telle était Judith de Béthulie.

Quand donc elle eut appris que ses concitoyens étaient décidés à se rendre dans cinq jours, elle envoya chercher les anciens du peuple et leur dit : « Qu'est-ce que cette résolution prise par Ozias de livrer la ville aux Assyriens si dans cinq jours vous n'êtes pas secourus ? Et qui êtes-vous pour tenter le Seigneur ? C'est là le moyen, non pas d'attirer sa compassion, mais plutôt d'exciter sa colère et d'allumer sa fureur. Vous avez prescrit un terme à la pitié de Dieu et vous lui avez fixé un jour, à votre gré. Mais parce que le Seigneur est patient, faisons pénitence de cette faute même, et implorons son indulgence en versant des larmes... Croyons que ces fléaux,

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dont Dieu nous punit comme ses serviteurs, sont envoyés pour nous corriger, et non pour nous perdre ».

Ozias et les anciens du peuple répondirent : « Tout ce que vous avez dit est juste, et vos paroles sont sans reproche. Priez donc pour nous, parce que vous êtes une femme sainte et craignant Dieu ». Alors Judith reprit : « Comme vous reconnaissez que ce que j'ai pu dire vient de Dieu, éprouvez de même si ce que j'ai résolu de faire vient de lui, et priez afin qu'il affermisse mon projet. Vous demeurerez cette nuit à la porte de la ville, je sortirai avec ma servante. Priez cependant, afin, comme vous l'avez dit, que Dieu jette un regard sur son peuple dans ces cinq jours. Je ne veux pas qu'on m'interroge sur mon dessein ; jusqu'à l'heure où je viendrai vous l'apprendre, qu'on ne fasse autre chose que prier pour moi le Seigneur notre Dieu » — « Allez en paix », lui dit Ozias, « et que le Seigneur soit avec vous pour tirer vengeance de nos ennemis ». Et il se retira, suivi des anciens du peuple.

Judith rentra dans le secret de sa maison, et là, revêtue d'un cilice, des cendres sur la tête, prosternée devant Dieu, elle s'écria, en rappelant la vengeance que Siméon, son aïeul, avait tirée autrefois de l'outrage fait à Dina : « Seigneur, Dieu de mon père Siméon, qui l'avez armé du glaive pour punir les étrangers, profanateurs impurs de la gloire d'une vierge ; qui avez livré leurs femmes comme un butin, leurs filles à la captivité, et leurs dépouilles en partage à vos serviteurs animés de zèle pour vous ; Seigneur mon Dieu, assistez, je vous prie, une veuve désolée. Vous avez opéré les merveilles anciennes et résolu celles qui les ont suivies, et il ne s'est fait que ce que vous avez voulu. Toutes vos voies sont aplanies, et vos jugements sont fondés sur votre Providence. Regardez le camp assyrien, comme vous avez regardé autrefois le camp des Égyptiens lorsqu'ils poursuivaient en armes vos serviteurs, et qu'ils se fiaient à leurs chars, à leur cavalerie, et à la multitude de leurs guerriers. Vous avez jeté un regard sur leur camp, et les ténèbres les lassèrent, l'abîme retint leurs pieds et les eaux les couvrirent. Seigneur, ainsi périssent ceux-ci, qui s'appuient sur leur nombre, qui tirent gloire de leurs chars, de leurs javelots, de leurs boucliers, de leurs flèches et de leurs lances, et qui ne savent pas que vous êtes notre Dieu, vous qui, dès l'origine des siècles, dissipez les guerres, et qui avez nom le Seigneur. Levez votre bras, comme vous l'avez déjà fait, et brisez leurs forces par votre force. Tombent sous votre colère ceux qui se promettent de violer votre sanctuaire, de souiller le tabernacle de votre nom et d'abattre de leur glaive la majesté de votre autel ! » Puis, indiquant la ruse qu'elle méditait d'employer contre Holopherne, Judith ajouta : « Faites, Seigneur, que la tête de ce superbe tombe sous sa propre épée. Qu'en me voyant il se prenne par ses propres yeux comme dans un piège, et frappez-le du charme de mes paroles. Mettez-moi dans le cœur de la constance pour le mépriser et de la force pour le vaincre. Qu'il périsse de la main d'une femme ; ce sera la gloire de votre nom. Car votre puissance, Seigneur, n'est pas dans le nombre des soldats, votre bon plaisir ne dépend point de la force des chevaux, et les superbes ne vous ont jamais plu ; mais vous avez toujours agréé la prière de ceux qui sont humbles et doux. Dieu des cieux, créateur des eaux, maître de toute créature, entendez celle qui vous invoque dans sa faiblesse et qui se confie en votre miséricorde. Seigneur, souvenez-vous de votre alliance, mettez les paroles sur mes lèvres, fortifiez la résolution de mon cœur, afin que votre maison garde sa sainteté non souillée, et que tous les peuples reconnaissent que vous êtes le vrai Dieu et qu'il n'y en a point d'autre que vous ».

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Après avoir ainsi préparé son âme, Judith se leva du lieu où elle était prosternée. Elle descendit dans sa maison et quitta les lugubres habits de son veuvage; elle prit des parfums précieux pour oindre son corps, et orna sa tête d'une riche coiffure; des bracelets, des pendants d'oreille et d'autres joyaux lui donnaient un air de splendeur: c'était la parure qu'elle avait portée aux jours de son ancienne félicité. Un éclat de surnaturelle beauté relevait cet ajustement; car Dieu, qui voyait le cœur de sa servante, et que la vertu seule, et non une vaine complaisance, réglait ses actions, ajouta même à la grâce de ses traits, afin qu'elle parût aux yeux de tous avec un lustre incomparable. Dieu, sans doute, favorisait ainsi les desseins de l'héroïne qui voulait protéger le peuple contre les insultes des ennemis et arracher ses concitoyens à l'oppression et au danger de l'idolâtrie.

Cependant Judith sortit accompagnée d'une servante. Pour ne pas être forcée de se nourrir de viandes défendues durant les jours qu'elle passerait au milieu des ennemis, Judith fit emporter par sa servante quelques provisions, de l'huile, de la farine, des figues, du pain, et un vase où il y avait du vin. En arrivant à la porte de la ville, elle trouva Ozias et les anciens du peuple qui l'attendaient. A son aspect, ils demeurèrent frappés d'étonnement, et ils ne pouvaient assez admirer tout ce qu'il y avait de noble et de beau dans sa personne. Ils ne lui firent aucune demande; ils la laissèrent passer en disant seulement ces mots: « Que le Dieu de nos pères vous donne sa grâce et qu'il affermisse par sa force les résolutions de votre cœur, afin que Jérusalem se glorifie en vous et que votre nom soit parmi les saints et les justes ». Et tous ceux qui étaient présents appuyèrent ce vœu patriotique par des cris redoublés.

Judith franchit les portes, la prière sur les lèvres et toujours suivie de sa servante. Au point du jour, comme elle descendait de la montagne, les gardes avancées des Assyriens vinrent à sa rencontre, et, la saisissant, ils lui dirent: « D'où viens-tu et où vas-tu? » Elle répondit: « Je suis une fille des Hébreux. Je m'enfuis de leur compagnie, prévoyant qu'ils vous seront livrés en proie parce qu'ils vous ont méprisés et qu'ils n'ont pas voulu se rendre de plein gré pour trouver grâce devant vous. C'est pourquoi j'ai dit en moi-même: J'irai me présenter au prince Holopherne, afin de lui découvrir leurs secrets et de lui donner un moyen de les prendre sans qu'un seul homme de son armée périsse ». Les soldats contemplaient avec ravissement la jeune transfuge, en qui la grâce des paroles et des manières l'emportait encore sur l'éclat des ornements. Ils la conduisirent donc à la tente d'Holopherne. Elle entra: le général fut ébloui et vaincu, et les officiers disaient: « Qui mépriserait le peuple hébreu, lequel a de si belles femmes? Et n'avons-nous pas raison de lui faire la guerre pour les avoir? » Holopherne était assis sous un pavillon de pourpre, brodé d'or et relevé d'émeraudes et de pierres précieuses. Judith jeta un regard sur le capitaine assyrien, et se prosterna jusqu'à terre en signe de respect; puis les gens d'Holopherne la relevèrent au commandement de leur maître. Celui-ci lui demanda la cause de sa fuite. Judith lui répondit avec artifice: « La sagesse de votre esprit est célèbre parmi toutes les nations; tout le monde publie que vous êtes le meilleur et le plus puissant homme du royaume, et on ne parle dans toutes les provinces que de votre capacité. On sait ce qu'a dit Achior et de quelle manière vous l'avez fait traiter... Parce que les enfants d'Israël savent qu'ils ont offensé leur Dieu, ils tremblent devant vous. De plus, la famine les désole, et ils sont à demi morts de soif; même ils se décident à tuer leurs animaux pour en boire le sang, et à faire servir à leur usage le froment,

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vin et l'huile, objets consacrés au Seigneur et qu'ils ne doivent pas toucher de la main, bien loin de pouvoir les consommer. Puis donc qu'ils font ces choses, il est sûr qu'ils périront. Dans cette conviction, votre servante les a quittés, et Dieu m'envoie pour manifester ces secrets ; car votre servante est fidèle à son Dieu, même ici. Je sortirai donc, je prierai le Seigneur ; il me dira l'heure, de sa vengeance, et je viendrai vous l'annoncer. Je vous conduirai au milieu de Jérusalem ; tout le peuple d'Israël sera devant vous comme un troupeau sans pasteur, pas une voix n'aboiera contre vous. Ces choses me sont connues par la permission de Dieu, qui m'a envoyée vous les dire ».

Le discours de Judith plut extrêmement à Holopherne qui donna ordre à ses serviteurs de conduire la transfuge dans la chambre de ses trésors ; il voulut aussi qu'elle reçût de sa table ce qu'elle désirerait. Judith fit observer que, les lois religieuses de son pays ne lui permettant pas d'user indistinctement de toutes sortes de viandes, elle avait apporté les provisions nécessaires. « Si ce que vous avez apporté ne suffit pas », dit Holopherne, « que ferons-nous ? » — « J'en jure par ma vie, seigneur », répliqua Judith, « avant que votre servante ait consommé ce qu'elle a de vivres, Dieu exécutera par ma main ce que j'ai pensé ». Puis elle demanda qu'on lui permît de sortir la nuit pour aller faire sa prière hors du camp. Le prince y consentit, et il fut enjoint aux gardes de la laisser entrer et sortir à son gré. Elle allait donc, durant les nuits, dans la vallée de Béthulie, et, après des ablutions religieuses, elle retournait à sa tente, en priant Dieu de l'aider à affranchir son peuple. Elle restait à jeun tout le jour et prenait seulement sa nourriture vers le soir.

Enfin, le quatrième jour, Holopherne fit un grand festin auquel il appela Judith. « Qui suis-je », répondit-elle à l'envoyé, « pour refuser mon seigneur ? » Et, feignant de prendre l'invitation pour un simple témoignage de bienveillance, elle ajouta gracieusement : « Je ferai tout ce qui lui paraîtra le meilleur ; les choses qui lui plairont me seront toujours un grand bien ». Elle prit donc tous ses ornements, et, ainsi parée, elle entra. Le cœur d'Holopherne fut ébranlé ; il dit à Judith : « Buvez maintenant, et mangez avec joie, car vous avez trouvé grâce devant moi ». Et elle répondit : « Je boirai, seigneur, parce que mon âme reçoit aujourd'hui la plus grande gloire qu'elle ait jamais eue ». Effectivement elle usa des nourritures que sa servante avait préparées. Holopherne en était si heureux, qu'il prit du vin plus qu'il n'en avait jamais pris dans sa vie.

Le soir venu, tous les convives se retirèrent ; ils furent bientôt assoupis. Holopherne se coucha ; l'excès du vin l'accabla d'un profond sommeil ; ses gens avaient laissé Judith seule dans la tente de leur maître. Mais Judith, de son côté, avait donné ordre à sa servante de se tenir près de la porte, en dehors de la chambre, et d'y faire le guet. Elle-même se tenait devant le lit, priant avec larmes et en silence : « Fortifiez-moi », disait-elle, « Seigneur Dieu d'Israël ; jetez le regard sur l'œuvre de mes mains, et relevez, selon votre promesse, votre ville de Jérusalem, et que j'accomplisse ce que j'ai cru pouvoir faire avec votre assistance ». Après ces mots, elle s'approche de la colonne qui était au chevet du lit, détache le sabre qui y était suspendu, le tire du fourreau, et, prenant Holopherne par la chevelure : « Seigneur Dieu », dit-elle, « soutenez-moi en ce moment ». Elle frappe deux fois et sépare la tête du tronc, qu'elle laisse étendu à terre. Elle sort peu après, donne à sa servante la tête d'Holopherne, lui commandant de la cacher dans le sac où elles avaient apporté leurs provisions. Toutes deux

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s'en vont comme pour prier à l'ordinaire, traversent le camp, tournent le long de la vallée et arrivent aux portes de Béthulie.

Alors Judith cria de loin à ceux qui gardaient les murailles : « Ouvrez les portes, parce que Dieu est avec nous et qu'il a fait un prodige en Israël ». A ce cri, les gardes appelèrent les anciens du peuple. Tous accoururent vers Judith : on ne s'attendait pas qu'elle dût revenir. On alluma des flambeaux, on s'assembla autour d'elle. L'héroïne monta sur un lieu plus élevé, imposa silence et dit : « Louez le Seigneur notre Dieu, lequel n'a point abandonné ceux qui espéraient en lui. Il a fait, par sa servante, la miséricorde promise à la maison d'Israël, et, cette nuit, il a tué de ma main l'ennemi de son peuple ». Puis, montrant à l'assemblée le trophée de sa victoire, elle ajouta : « Voilà la tête d'Holopherne, général de l'armée des Assyriens, et voilà un rideau du pavillon où il dormait dans son ivresse et où le Seigneur notre Dieu l'a frappé par la main d'une femme. Le Dieu vivant m'est témoin que son ange m'a gardée à la sortie de la ville, à mon séjour dans le camp et à mon retour ici. Le Seigneur n'a pas permis que sa servante fût souillée d'aucun péché ; mais il m'a ramenée auprès de vous, heureuse de son triomphe, de mon salut et de votre délivrance. Louez-le parce qu'il est bon et que sa miséricorde s'étend à tous les siècles ».

Tous les habitants de Béthulie reconnurent le doigt de Dieu dans la mort d'Holopherne, et ils dirent à Judith : « Le Seigneur vous a bénie dans sa force, et par vous il a réduit nos ennemis à néant ». Et Ozias, prince du peuple, ajouta : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes de la terre. Béni soit le Seigneur, qui a créé le ciel et la terre, et qui vous a guidée pour abattre le chef de nos ennemis ! Il a fait votre nom si grand aujourd'hui, que votre louange ne sortira point de la bouche des hommes, qui se souviendront éternellement de la puissance divine ; car vous n'avez point épargné votre vie en face des périls et des angoisses de votre peuple, mais vous avez prévenu sa ruine devant Dieu ». Et tout le peuple applaudit à ces louanges si méritées.

Judith, poursuivant sa mission libératrice, dit au peuple : « Frères, écoutez-moi. Suspendez cette tête à nos murailles ; et, aussitôt que le soleil sera levé, que chacun prenne ses armes ; faites une bruyante sortie, non pour atteindre l'ennemi, mais comme pour l'attaquer. Alors nécessairement les gardes avancées courront éveiller leur général pour la bataille ; et, lorsque les chefs, se rendant à la tente d'Holopherne, n'y trouveront qu'un corps sans tête et noyé dans le sang, la frayeur les saisira. Quand donc vous les verrez fuir, allez hardiment après eux, car le Seigneur les brisera sous vos pieds ». En effet, au lever du jour on suspendit aux murs la tête d'Holopherne ; chacun prit ses armes ; tous sortirent avec tumulte et en jetant de grands cris. A ce spectacle, les sentinelles assyriennes courent à la tente du général ; ses serviteurs tâchent de l'éveiller en faisant quelque bruit, car nul n'osait ni frapper à la porte ni entrer dans la chambre d'Holopherne. Mais les principaux chefs arrivent et disent à ses gens : « Entrez et éveillez-le, car ces rats sont sortis de leurs trous et ils osent nous défier au combat ». Un serviteur entre donc ; il frappe des mains, prête l'oreille, et, n'entendant pas de bruit, il s'approche ; il voit le cadavre d'Holopherne étendu par terre, sans tête, tout couvert de sang. Il jette un grand cri en versant des larmes, court à la tente de Judith, et, ne trouvant plus la transfuge, il sort et s'écrie : « Une seule femme du peuple hébreu a mis la confusion dans la maison de Nabuchodonosor ; car voilà Holopherne étendu à terre, ce n'est plus qu'un tronc sans tête ». A ces mots, les chefs

JUDITH DE BÉTHULIE, VEUVE, LIBÉRATRICE DU PEUPLE D'ISRAËL. 435

de l'armée assyrienne déchirent leurs vêtements; la crainte les glace, le trouble les saisit; tout le camp retentit d'effroyables clameurs.

Lorsqu'on sut dans tous les rangs qu'Holopherne avait la tête tranchée, il y eut une consternation générale. Incertains, sans conseil et sans courage, tous obéissaient à la seule frayeur et ne songeaient qu'à chercher leur salut dans la fuite. Silencieux, la tête penchée, abandonnant tout, ils se hâtaient d'échapper aux Hébreux, dont on entendait la bruyante approche, et ils prenaient en désordre les chemins de la campagne et les sentiers des collines. Les Béthuliens descendaient en foule, sonnant de la trompette et poussant de grands cris. Ils marchaient avec ensemble et en bon ordre, et parce que les troupes assyriennes fuyaient éparses et au hasard, ils en firent un horrible carnage. Après les avoir repoussés au loin, ils revinrent à Béthulie, ramenant de nombreux troupeaux et rapportant d'immenses richesses; de leur côté, ceux qui étaient restés dans la ville descendirent au camp pour le piller: le butin fut prodigieux. Ozias avait en même temps fait savoir à toutes les villes et à toutes les provinces la déroute complète des ennemis; les jeunes gens les plus braves prirent les armes et poursuivirent les fuyards, dont un grand nombre fut passé au fil de l'épée. Ainsi s'arrêta cette inondation devant l'audace d'une simple femme: Dieu oppose aux vagues puissantes de la mer un grain de sable où toute leur fureur vient s'abattre et mourir; il envoie dans les airs pleins de tempêtes un vent léger qui disperse les nuages et ramène la sérénité dans les cieux.

Après la victoire, les Juifs vinrent de toutes parts à Jérusalem pour rendre à Dieu des actions de grâces. On se réjouissait à la vue des saints lieux heureusement préservés des profanations de l'ennemi. Toutes les richesses qu'on trouva dans la tente d'Holopherne, l'or, l'argent, les étoffes et les pierreries, furent données à Judith; elle en fit une offrande au Seigneur et les plaça dans le temple comme un monument qui devait rappeler à la postérité la mémoire d'un illustre bienfait de Dieu.

Judith continua d'habiter Béthulie, jouissant de l'estime et de la vénération de tout le peuple. Elle resta fidèle à son ancien deuil et reprit ses habitudes de pénitence et de religion. Elle rendit la liberté à la généreuse esclave qui l'avait suivie au camp des Assyriens. Sa gloire augmentait avec les années, et lorsqu'elle paraissait en public, aux jours de fête, on l'accueillait avec des respects unanimes. Elle mourut fort avancée en âge (elle avait cent cinq ans), et fut enterrée à Béthulie, dans le sépulcre de son mari; toute la nation la pleura durant sept jours.

Le nom de Judith a fréquemment inspiré l'art chrétien; il serait long de décrire et de louer les œuvres qui reproduisent les plus grandes scènes de cette illustre vie. L'histoire de Judith est peinte en miniature sur un manuscrit du Vatican qu'on fait remonter au IXe siècle. Elle est représentée dans une verrière de la Sainte-Chapelle de Paris; quelques traits y manquent aujourd'hui, mais on la voyait tout entière autrefois. On connaît une peinture sur bois, du XVe siècle, qui montre Judith sortant de la tente d'Holopherne et emportant la tête du général assyrien. C'est précisément cette scène tragique qui a été choisie avec prédilection par les grands artistes: Michel-Ange, avec toute sa verve et sa forte imagination, a pris le moment où l'héroïne, ayant posé sur un plat la tête d'Holopherne recouverte d'un linge, en charge sa servante; puis, se figurant que l'ennemi respire encore, jette avec effroi un dernier regard sur le cadavre pour s'assurer qu'il ne vit plus. Dans Raphaël, Judith est d'un caractère sublime; elle se tient debout, appuyée sur son épée et foulant aux pieds la tête d'Holopherne. Dans le

27 SEPTEMBRE.

Dominiquin, elle montre la tête qu'elle vient de trancher; dans le Guide, elle élève le regard vers le ciel avec un admirable sentiment; dans Carle Maratte, elle tient la tête coupée et regarde couler le sang; sa figure est superbe de mouvement et d'expression. Rubens a reproduit deux fois ce sujet dans des compositions pleines d'énergie et magnifiques de couleur. Enfin de nos jours, M. Horace Vernet, dont le talent est si connu, a peint Judith dans une œuvre remarquable: Judith regarde sa victime avec un courage mêlé d'effroi, et s'apprête à lever le sabre qui doit abattre la tête d'Holopherne. Cette belle page de l'art contemporain orne, en ce moment, le musée du Luxembourg.

## CULTE. — LIVRE DE JUDITH.

Pour honorer le courage de Judith, les Hébreux établirent une fête, nommée la Délivrance de Béthulie, qui se célébra longtemps dans la Judée. Autrefois l'Église d'Éthiopie faisait aussi mémoire de cette délivrance d'Israël. Ce culte a passé à la personne de Judith, et les chrétiens ont décerné les honneurs publics à son nom. On le trouve marqué dans le calendrier julien au 27 septembre, et dans celui d'Éthiopie au 4 août. En effet, le siège ayant été mis devant la ville par Holopherne au temps de la moisson et durant les grandes sécheresses de l'année, ce qui arrivait en Judée vers la fin de juin ou le commencement de juillet, le 4 août pourrait bien avoir été le jour de la victoire remportée sur les Assyriens, et de la délivrance de Béthulie. Pierre de Natolibus place Judith avec les deux Tobie, dans son Catalogue, au mois de septembre, immédiatement après les fêtes de l'Exaltation de la sainte Croix, de saint Cyprien et de sainte Euphémie. Il a eu égard à l'usage de l'Église qui lit l'histoire de Tobie dans ses offices de la troisième semaine, et celle de Judith dans ses offices de la quatrième semaine de septembre.

Nous avons dans nos livres ordinaires le Livre de Judith, divisé en seize chapitres; il suit immédiatement celui de Tobie et précède celui d'Esther. La véracité de cette histoire est un point que les rationalistes ont fort contesté dans ces derniers siècles; il n'entre pas dans notre cadre de suivre cette controverse. Disons seulement que les anciens Pères de l'Église n'en ont point jugé ainsi, et ont cru que l'histoire de Judith, quelque merveilleuse qu'elle fût, ne contenait rien que de véritable; ils n'ont eu garde de la regarder comme une fiction ou de la tourner en parabole. Ils ont regardé Judith, non comme une figure de la Judée, mais comme une vraie veuve, digne de respect et de vénération, et ils l'ont comptée entre les veuves de l'Ancien Testament qui devaient servir de modèle à celles du Nouveau. Mais quand même on voudrait supposer que le livre de Judith n'est qu'une parabole ou un récit fait à dessein de consoler les Juifs dans leur affliction et de leur donner un modèle de vertu dans la personne de Judith, on n'en pourrait rien conclure contre sa canonicité. Ce livre n'en serait pas moins divin et l'ouvrage de Saint-Esprit, puisqu'on voit, par un grand nombre de passages, soit de l'Ancien, soit du Nouveau Testament, que les paraboles sont mises au rang des divines Écritures. Au reste, l'autorité du livre de Judith est très-ancienne dans l'Église. On en a la preuve dans saint Clément Romain, Clément d'Alexandrie et Tertullien, qui ont relevé par de grands éloges la foi, la valeur et la sainteté de Judith; ce qu'ils n'ont fait, sans doute, que parce que ce livre jouissait déjà de leur temps d'une grande autorité.

L'auteur du livre de Judith nous est entièrement inconnu, et, quelque soin qu'il ait pris de bien circonstancier sa narration, il ne s'est déclaré par aucun endroit. Saint Jérôme semble avoir cru que Judith l'écrivait elle-même; mais il ne donne aucune raison de son sentiment. D'autres croient que ce fut le grand prêtre Eliadim, dont il est parlé dans ce livre, et qui eut une grande part à tout ce qui se passa dans la Judée, lorsque Holopherne vint assiéger Béthulie. Cette opinion est fondée sur le témoignage de Josèphe qui nous apprend que les prêtres juifs avaient soin de recueillir tout ce qui se passait de plus mémorable dans leur nation.

Le livre de Judith a été écrit en chaldéen et traduit en latin par saint Jérôme; il contient les faits qui se sont écoulés depuis la guerre entre Nabuchodonosor et Arphaxad, jusqu'après la mort de Judith.

Extrait des Femmes de la Bible, par Mgr Darboy, et complété, pour le culte, avec la Vie des Saints de l'Ancien Testament, par Bulliet, et, pour la bibliographie, avec l'Histoire des Auteurs sacrés et ecclésiastiques, par Dom Ceillier.

Événements marquants

  • Siège de Béthulie par Holopherne
  • Rencontre avec les anciens du peuple et Ozias
  • Infiltration du camp assyrien avec sa servante
  • Décapitation d'Holopherne durant son sommeil
  • Libération de Béthulie et déroute des Assyriens
  • Offrande du butin au temple de Jérusalem

Miracles

  • Éclat de surnaturelle beauté ajouté par Dieu pour séduire l'ennemi
  • Protection angélique durant son séjour dans le camp ennemi

Citations

Faites, Seigneur, que la tête de ce superbe tombe sous sa propre épée.

— Livre de Judith

Date de fête

27 septembre

Époque

-7ᵉ siècle

Décès

VIIe siècle avant Jésus-Christ (naturelle)

Catégories

Patron(ne) de

Invoqué(e) pour

libération des opprimés, modèle de veuvage chrétien

Prénoms dérivés

Judith

Famille

  • Mérari (père)
  • Manassé (époux)
  • Siméon (aïeul)