Le Bienheureux Jean Grandé (le Pécheur)

Surnommé le Pécheur

Fête : 3 juin 16ᵉ siècle • bienheureux

Résumé

Né en Andalousie en 1546, Jean Grandé consacra sa vie au service des pauvres, des prisonniers et des malades, d'abord comme ermite puis au sein de l'Ordre de Saint-Jean-de-Dieu. Surnommé 'le Pécheur' par humilité, il fonda un hôpital à Xérès et mourut en soignant les pestiférés en 1600. Il fut béatifié par Pie IX en 1853.

Biographie

LE B. JEAN GRANDÉ, SURNOMMÉ LE PÉCHEUR

Habet semper unde det, cui plenus est pactu charitatis. Celui qui a le cœur plein de charité a toujours quelque chose à donner. Saint Augustin, sup. Paul. xxxvi.

Le bienheureux Grandé naquit à Carmona, petite ville de l'Andalousie à quelques lieues de Séville (6 mars 1546). Ses parents vivaient dans l'aisance et servaient Dieu de tout leur cœur. Dès son enfance il donna des signes d'une piété angélique. Confié aux soins d'un prêtre du voisinage, son bonheur était de servir la messe et d'assister assidûment aux offices, et le soir, quand tout le monde était retiré, il allumait les cierges qui étaient à l'autel de la sainte Vierge, et prosterné devant l'image de sa mère, il passait de longues heures en prières. Le sacristain s'en aperçut et blâma sa prodigalité. L'enfant lui fit remarquer, avec une modeste ingénuité et tout en demandant pardon de sa faute, que les cierges ne se consumaient nullement. Le sacristain en fit l'expérience et d'autres avec lui, et l'on reconnut que ce qu'avait dit le pieux enfant était véritable.

Chaque fois que l'occasion lui en était donnée, il mortifiait durement ses sens, se frappant à défaut d'autre discipline avec un trousseau de clefs qui lui faisait de cruelles blessures. Pour que son secret ne fût pas découvert, il suppliait le Seigneur de le guérir, et sa prière était toujours à l'instant même exaucée. Chaque dimanche il s'approchait de la sainte table, récitait ensuite son rosaire et s'en allait servir les malades dans les hôpitaux. Il mettait tant de douceur, de bonne grâce et d'affabilité dans cet office de charité que chaque malade voulait l'avoir près de lui.

À quinze ans il perdit son père ; sa mère ne tarda pas à se remarier et envoya son fils chez un marchand de toiles de Séville, qui était de ses parents. Le Bienheureux resta quatre ans dans cette maison sur laquelle il attira les bénédictions du ciel. Ses dimanches furent comme toujours consacrés au service des malades dans les hôpitaux. Il affectionnait celui de Sainte-Croix dont la fondation était due à un ermite nommé Pierre le Pêcheur. Ce fut dans les conversations de ce saint homme qu'il puisa les premiers germes de sa vocation. Rappelé à Carmona et mis à la tête d’un établissement par ses parents, le commerce lui semblait une affaire si délicate et si dangereuse qu’il s’en dégoûta bien vite et prit la résolution de l’abandonner pour se soustraire aux périls que faisait courir à l’âme une semblable carrière. Sans cesse il demandait à la sainte Vierge de l’éclairer et de lui faire connaître le parti qu’il devait prendre. Une nuit cette bonne mère lui apparut et lui présentant un habit de drap grossier, elle lui dit : Jean, revêt-toi de cette robe pour entrer au service de mon fils, c’est ainsi que tu me plairas. Jean se réveilla plein de joie, et après avoir lutté quelque temps contre les craintes que lui inspirait le démon, il quitta tout pour embrasser la vie érémitique. Il avait vingt-deux ans (1568).

Il abandonna Carmona et se dirigea vers l’ermitage de Sainte-Eulalie : en y entrant, il voulut se revêtir de l’habit que lui avait montré la sainte Vierge, mais il eut auparavant à lutter contre le démon qui tenta de le détourner d’une vie si austère. L’amour du Sauveur l’emporta dans le cœur du Bienheureux ; il laissa les livrées du monde et se recouvrit des livrées de la pénitence. En récompense la sainte Vierge lui apparut, et lui dit : Ne crains rien, Jean, mon divin fils et moi nous sommes là, nous ne t’abandonnerons jamais dans tes tribulations. Le Bienheureux, content et ravi, voulut faire plus encore qu’il ne venait de faire, afin d’anéantir pour jamais la tentation ; il prit la résolution de marcher désormais les jambes et les pieds nus et de ne porter jamais de chapeau. Parmi diverses tentations, il eut particulièrement à combattre les suggestions du respect humain et de l’amour-propre : c’est ce qui le détermina, afin d’en triompher plus sûrement, à ajouter à son nom de Jean Grandé celui de Peccador, c’est-à-dire Pêcheur, nom qu’en effet on finit par lui donner généralement, et sous lequel il est encore aujourd’hui connu et vénéré dans toute l’Andalousie et principalement dans le diocèse de Séville.

Mais ce que Dieu voulait de lui, ce n’était pas seulement une vie pénitente, c’était une vie consacrée au service des pauvres malades. Un jour, il rencontra sur son chemin deux infirmes, et écoutant l’inspiration qui le poussait, il se rendit avec eux à Marcena et se mit à quêter pour les assister. Il éprouva une telle joie et un tel contentement de cette action qu’il comprit que le soulagement des pauvres et des malades était la mission à laquelle le Seigneur le destinait.

Mais Dieu, qui voulait ouvrir une plus vaste carrière aux vertus de son serviteur, permit que de nouvelles angoisses et de nouveaux doutes sur sa vocation vinssent porter le trouble dans son âme. Il pensait à se retirer de-rechef dans quelque profonde solitude, lorsqu’une nuit il connut dans une vision que Xérès était le lieu où le Seigneur l’appelait. Il se souvint alors qu’étant encore à Carmona, sa patrie, il avait entendu le même avertissement d’aller servir Dieu à Xérès. Toutes ses incertitudes s’évanouirent, et sans plus tarder, traversant l’Andalousie, cotoyant le Guadalquivir, il se dirigea vers le détroit de Gibraltar, et bientôt il arriva devant la ville tant désirée. Xérès-de-la-Frontière est une belle et admirable cité située en Andalousie, dans le diocèse de Séville, à deux lieues seulement du port Sainte-Marie. Comme Grenade l’avait déjà été pour saint Jean de Dieu, celle-ci fut choisie de Dieu pour servir de champ fortuné à la charité prodigieuse et héroïque de notre Bienheureux. Quand il fut arrivé, il se confessa, communia, puis consulta son confesseur pour savoir ce qu’il lui fallait faire pour obéir au ciel ; le ministre du Seigneur lui conseilla de s’occuper des prisonniers dont personne ne prenait soin. Nous voyons pendant trois ans

3 JUIN.

le bienheureux Jean de Grandé quêter pour ces infortunés, leur distribuer tout ce qu'il obtient de la charité publique, se réservant à peine le nécessaire, et les soigner avec un admirable dévouement chaque fois qu'ils sont malades. Les administrateurs, touchés de sa conduite, lui donnèrent un logement dans l'intérieur de la prison où il ne recueillit guère de consolation de la part des hommes auxquels il se dévouait avec une si grande abnégation. Lassé des ingratitudes et des mauvais traitements dont il était l'objet, plus fatigué encore de l'inutilité de ses soins du côté de l'âme des prisonniers, il consulta Notre-Seigneur afin de savoir ce qu'il devait faire. Jésus lui apparut et l'invita à se rendre à l'hôpital pour y soigner les malades. Jean Grandé obéit, mais le démon furieux lui suscita de rudes épreuves; il répandit contre lui dans le public des calomnies, le fit accuser d'hypocrisie et de friponnerie, puis quand il vit qu'il ne gagnait rien, il excita contre lui les administrateurs de l'hôpital qui le chassèrent ignominieusement au bout de deux ans, sous prétexte qu'il se mêlait de ce qui ne le regardait pas. En réalité, le zèle et la douceur de Jean étaient la censure perpétuelle de la conduite des administrateurs et des serviteurs de l'hôpital, qui n'ignoraient pas tout ce qu'il y avait de blâmable dans la manière dont ils dispensaient le bien des pauvres et dont ils traitaient les malades.

Jean ne proféra aucune plainte et se remit à quêter pour les pauvres infirmes auxquels il trouvait moyen de faire passer ses aumônes. Cependant, tout en se résignant, il souffrait de ne pouvoir suivre sa vocation. Vint à Xérès un nouveau gouverneur qui le prit en haine et proféra des menaces contre lui; mais la nuit suivante il fut pris d'un mal subit qui le réduisit à l'extrémité. Malgré lui on fit venir le bienheureux Jean Grandé qui, voulant rendre le bien pour le mal, lui prédit sa guérison qui arriva effectivement dans le temps et de la façon annoncée. Par reconnaissance le gouverneur rendit au Bienheureux un témoignage public d'estime; à partir de ce moment, plusieurs personnes voulurent l'assister dans ses desseins. Deux habitants de Xérès lui donnèrent une maison qu'il fit arranger pour y recevoir des malades et les y soigner; des compagnons s'adjoignirent à lui et il s'agrégea à l'Ordre de Saint-Jean-de-Dieu. Dès ce moment la maison prit un aspect de régularité qui excitait l'admiration de ceux qui en étaient témoins (1574).

Le Bienheureux se levait à quatre heures du matin et faisait oraison avec ses religieux, puis avec eux il visitait les malades, faisait les lits et nettoyait les salles. Il avait pour chacun un mot de consolation et d'encouragement. Cette besogne terminée, il se rendait à la porte de l'hôpital où il recevait les pauvres et leur distribuait des aumônes après leur avoir lavé les pieds. Ensuite il allait aux prisons pour y visiter les détenus et leur donner les secours qui étaient en son pouvoir. Il n'avait gardé aucun souvenir de ce qu'ils lui avaient fait souffrir autrefois. A son retour il ramassait dans les rues de la ville les enfants qu'il rencontrait, et après leur avoir donné quelques friandises qu'il avait mis en réserve pour eux, il leur faisait le catéchisme. S'il apprenait qu'il y avait dans la ville quelque malade, il s'empressait d'aller le visiter. Quand il apprenait qu'une fille courait quelque danger, il se hâtait de lui amasser une petite dot et de la marier. Il n'y avait pas de bonnes œuvres que n'embrassât son zèle infatigable. Dieu l'en récompensa par une protection miraculeuse, car en 1579 une famine affreuse s'étant abattue sur l'Espagne, le pain ne lui manqua jamais pour donner aux pauvres qui affluaient chaque jour devant la porte de sa maison. Dans l'octave de Noël de cette année tout lui manquait. Sa confiance en Dieu

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n'en fut pas ébranlée, il mit un peu de pain et de viande en présence d'une image de la sainte Vierge, et les provisions se multiplièrent au point qu'il fit des distributions extraordinaires, quoiqu'il ne possédât rien.

Le démon ne voyait pas sans envie la conduite du serviteur de Dieu. Un jour il prend la figure d'un mendiant, et quand le Saint passe, il lui reproche son hypocrisie; le Saint l'écoute tranquillement, puis se penchant à son oreille, il lui dit quelques mots qui lui font pousser des cris affreux et le mettent en fuite. Une autre fois il prend la figure d'un ouvrier, et s'introduisant dans la maison de notre Saint, il excite tellement par ses mensonges un religieux, que celui-ci prend la résolution de tuer le Bienheureux. Le démon lui fournit un poignard. Jean Grandé, sachant tout par révélation, vient au-devant du religieux, lui raconte tout ce que le prétendu ouvrier vient de lui dire, lui parle de son dessein à lui et lui reproche de n'avoir pas su reconnaître le démon. Le coupable, couvert de honte, se jette aux pieds du Bienheureux qui le relève avec bonté, l'embrasse et l'engage à être plus circonspect à l'avenir. Le démon, ne pouvant se défaire de lui, profitait de toutes les occasions pour le faire insulter par des jeunes gens dont il pervertissait l'esprit.

L'archevêque de Séville, voulant remédier aux désordres qui régnaient dans les hôpitaux de sa ville épiscopale, en confia le soin au bienheureux Jean Grandé malgré ses refus. Ce fut l'occasion d'une tempête effroyable contre lui. On l'accusa d'intrigue, on l'accusa d'avoir ruiné les familles qui vivaient de l'administration des hôpitaux; il ne pouvait plus sortir sans être insulté. Jésus-Christ, pour le consoler, lui apparut et lui promit sa justification; en effet, les hommes les plus acharnés contre lui moururent subitement, mais cela n'arrêta pas les détracteurs et les calomniateurs. Il s'en plaignit à Jésus-Christ qui lui répondit: J'ai été attaché à la croix par mes propres amis, par ceux mêmes que je venais racheter de mon sang, et tu t'étonnes de souffrir pour moi de si petites persécutions? Le Bienheureux baissa la tête, se résigna et se vengea par des bienfaits; il rendit miraculeusement la santé à plusieurs fous, à un malade que des dames lui reprochaient amèrement de mal soigner, à un notaire dont l'attestation lui était nécessaire pour accomplir les dernières volontés d'un mourant. Il vit dans une extase la défaite de la flotte que Philippe envoyait contre l'Angleterre: il annonça à une dame la délivrance de son mari prisonnier des Anglais. Il prédit à un de ses amis la réussite prochaine d'un mariage qu'il croyait bien éloigné et sa prochaine nomination à la place de receveur.

La disette menaça de nouveau Xérès en 1599. Le Bienheureux se mit à implorer la sainte Vierge pour le peuple; il entra en extase et y resta deux jours. Pendant ce temps il tomba une pluie abondante, et quand le Saint revint à lui, on s'empressa de lui annoncer la nouvelle. « Je sais », dit-il, « je sais, Dieu m'a fait voir beaucoup d'eau et de grain, mais lui seul sait qui le mangera ». En effet, une peste terrible s'abattit sur l'Espagne, et Dieu fit savoir au Bienheureux qu'il en mourrait. Au commencement de l'an 1600, le fléau envahit Xérès. Le Bienheureux et ses religieux se multiplièrent pour soigner les pestiférés: la mort en emportait chaque jour jusqu'à trois cents. Le 26 mai, il se sentit atteint, et il expira le 3 juin après avoir reçu les Sacrements avec une grande ferveur: Jean était âgé de cinquante-quatre ans et trois mois. A cette nouvelle la consternation fut dans la ville. Personne, cependant, n'osa l'ensevelir, pas même ses religieux. Des portefaix creusèrent une fosse dans la cour de l'hôpital et y trainèrent son cadavre à l'aide d'un crochet. Quant la peste fut passée, les habitants donnèrent à leur bien-

3 JUIN.

faiteur une sépulture plus digne de lui, et de nombreux miracles attestèrent sa puissance. Il a été béatifié par Pie IX le 20 octobre 1853.

Jean Grandé était d'une taille médiocre, d'une corpulence assez forte; il avait les cheveux blonds; son visage rond et pâle respirait la bonté et la douceur.

Le Bienheureux opérait beaucoup de miracles au moyen d'un pain qui se multipliait entre ses mains et que les fidèles se procuraient comme un préservatif contre les maux de tout genre. On pourrait faire entrer le pain dans sa caractéristique. — Lorsque dans ses maladies il était empêché de recevoir la sainte communion, saint Augustin, auquel il avait une dévotion particulière, la lui apportait; — et lorsqu'il s'entendait donner des louanges, il s'écriait en gémissant : Ah ! mon frère, bénissez Dieu, l'auteur de tout bien. On pourrait encore, en s'appuyant du premier de ces traits, composer une communion du bienheureux Jean Grandé et faire sa devise des paroles que lui arrachait l'humilité.

Cf. Vie abrégée du bienheureux Jean Grandé, par un prêtre de l'Ordre de Saint-Jean-de-Dieu.

Événements marquants

  • Naissance à Carmona (1546)
  • Apprentissage chez un marchand de toiles à Séville à 15 ans
  • Vocation érémitique à l'ermitage de Sainte-Eulalie (1568)
  • Service des prisonniers et des malades à Xérès-de-la-Frontière
  • Agrégation à l'Ordre de Saint-Jean-de-Dieu (1574)
  • Réforme des hôpitaux de Séville sur demande de l'archevêque
  • Mort durant la peste à Xérès (1600)
  • Béatification par Pie IX (1853)

Miracles

  • Cierges qui ne se consument pas durant ses prières d'enfant
  • Guérisons instantanées de ses propres blessures de pénitence
  • Multiplication du pain et de la viande durant la famine de 1579
  • Guérison miraculeuse du gouverneur de Xérès
  • Vision de la défaite de l'Invincible Armada
  • Pluie obtenue après deux jours d'extase durant la disette de 1599

Citations

Jean, revêt-toi de cette robe pour entrer au service de mon fils, c’est ainsi que tu me plairas.

— Apparition de la sainte Vierge

Ah ! mon frère, bénissez Dieu, l'auteur de tout bien.

— Jean Grandé (paroles d'humilité)

Date de fête

3 juin

Époque

16ᵉ siècle

Décès

3 juin 1600 (naturelle)

Catégories

Invoqué(e) pour

protection contre la peste, guérison des maux de tout genre, assistance aux prisonniers

Autres formes du nom

  • Juan Grande (es)
  • Peccador (es)
  • Jean le Pécheur (fr)

Prénoms dérivés

Jean, Juan

Famille

  • Inconnu (père)
  • Inconnu (mère)