Le Vénérable Jean d'Avila

Prédicateur et Directeur d'âmes

Fête : 10 mai 16ᵉ siècle • vénérable

Résumé

Prêtre espagnol du XVIe siècle, Jean d'Avila fut un prédicateur infatigable en Andalousie et le directeur spirituel de grands saints comme Thérèse d'Avila. Malgré une épreuve devant l'Inquisition, il consacra sa vie à la pauvreté évangélique et à la propagation de l'amour divin. Il laissa d'importants écrits spirituels avant de s'éteindre en 1569.

Biographie

LE VÉNÉRABLE JEAN D'AVILA (1569)

Le vénérable Jean d'Avila, qu'on peut appeler le père d'un si grand nombre de Saints qui parurent en Espagne dans le XVIe siècle, naquit au diocèse de Tolède. Il fut envoyé à Salamanque, à l'âge de quatorze ans, pour y étudier le droit. On le vit dès son enfance se porter avec la plus grande ferveur à tous les exercices de piété. Il embrassa de bonne heure l'état ecclésiastique, pour lequel il s'était toujours senti beaucoup d'inclination. Son principal but fut de travailler de toutes ses forces à allumer dans les cœurs le feu sacré de l'amour divin.

Ses parents, l'ayant rappelé chez eux, ne furent pas moins surpris qu'édifiés de l'ardeur avec laquelle il pratiquait tout ce que la perfection a de plus héroïque, et comme ils craignaient Dieu, ils se gardèrent bien de résister aux impressions de l'Esprit-Saint qui agissait dans l'âme de leur fils. Ils lui permirent de suivre son attrait pour la mortification. Jean sut profiter de cette permission. Il recherchait, mais toutefois sans affectation, la nourriture la plus simple et la plus grossière. Il couchait sur des fagots de sarment, portait le cilice, et prenait souvent la discipline. Aux mortifications du corps il joignait celles de l'esprit. Il mourait tous les jours à lui-même par la pratique d'un renoncement absolu, d'une humilité profonde et d'une obéissance entière. Il consacrait à la prière tous ses moments libres, et s'approchait fréquemment des sacrements, et surtout de celui de l'Eucharistie, pour lequel il avait la dévotion la plus tendre. Sa coutume était de ne recevoir la sainte communion qu'après s'y être préparé longtemps par les actes des vertus qui sont les plus propres à purifier le cœur et à l'embraser d'amour pour Jésus-Christ.

Envoyé à Alcala pour y continuer ses études, il se distingua en l'université de cette ville, autant par sa piété que par ses progrès dans les sciences. Le célèbre Dominique Soto, dominicain, sous lequel il prit des leçons, conçut pour lui une tendre affection et une haute estime ; il déclara même plus d'une fois que son disciple était destiné à être un jour un grand homme ; ce qui fut confirmé par l'événement. Pierre Guerreca, depuis archevêque de Grenade, était l'un des principaux admirateurs de Jean d'Avila, et il se lia avec lui d'une amitié qui ne fit que s'accroître de jour en jour.

Ce fut vers ce temps-là que Jean perdit son père et sa mère : il ne pensa plus qu'à se disposer à recevoir les saints ordres. Le jour qu'il célébra sa première messe, il habilla douze pauvres, leur donna à dîner, et les servit de ses propres mains. Ayant appris qu'un jeune prêtre venait de mourir après sa première messe : « C'en est assez », dit-il, « pour avoir un compte rigoureux à rendre au tribunal de Jésus-Christ ».

De retour dans sa patrie, il vendit son patrimoine, et en distribua le prix aux pauvres, afin d'imiter les Apôtres auxquels Jésus-Christ avait recommandé le détachement de toutes les choses de ce monde. Il entra ensuite dans le ministère de la prédication ; se proposant sans cesse l'exemple de saint Paul, qu'il avait pris pour patron et pour modèle, il se prépara aux fonctions sublimes de l'apostolat. Non-seulement par l'étude des dogmes de la religion et des règles de la morale chrétienne, mais encore par la pratique de l'humilité, de la charité et de l'abnégation. Sa maxime était que la science ne sert qu'autant qu'elle est jointe à une piété solide. Un jeune ecclésiastique l'ayant un jour consulté sur les moyens de prêcher avec fruit, il répondit qu'il n'en savait point de meilleur que d'aimer beaucoup Jésus-Christ. Son exemple était une preuve de la sagesse et de la vérité de sa réponse.

L'homme de Dieu partageait tout son temps entre la prière et les fonctions du ministère. Les travaux les plus pénibles, les dangers les plus pressants n'avaient que des charmes pour lui, lorsqu'il s'agissait de travailler à la conversion des pécheurs ; il semblait même que les obstacles donnaient à son zèle un nouveau degré de force et d'activité. Ses discours, auxquels l'amour divin communiquait une onction admirable, touchaient les cœurs les plus endurcis. Il se fit un crime de rechercher plutôt les applaudissements des hommes que l'accroissement de la gloire de Dieu. Il ne montait jamais en chaire qu'il n'eût imploré le secours divin, afin d'attirer les bénédictions célestes et sur lui et sur les auditeurs. On eût dit que le Saint-Esprit lui-même parlait par sa bouche, tant ses discours étaient remplis de ces traits de feu qui convertissent et changent les cœurs. Il retirait du vice ceux qui y étaient plongés, et confirmait dans le bien ceux qui ne s'étaient point écartés des voies de la justice. Les personnes qui ne pouvaient l'entendre n'étaient pas pour cela privées de ses instructions ; il leur écrivait des lettres pour leur indiquer les moyens à prendre pour se sanctifier.

Nous avons un recueil des lettres du vénérable Jean d'Avila, lesquelles ont été traduites en plusieurs langues : elles ne peuvent être l'ouvrage que d'un homme brûlant de charité et fort versé dans la connaissance des voies du salut. La facilité avec laquelle elles sont écrites annonce un homme parfaitement instruit des principes de la morale, et doué du talent de rendre ses idées avec méthode et clarté. On sent que le cœur les a dictées. La vertu y est peinte avec des couleurs si aimables, le vice y est représenté sous des traits si hideux, qu'on ne peut s'empêcher de chérir l'une et de détester l'autre. Enfin, on y trouve les règles de conduite appropriées à toutes les circonstances, des instructions aussi sages que solides pour les divers états de la vie, et des motifs puissants de consolation pour toutes les épreuves où le chrétien peut se trouver.

Jean d'Avila récitait son office et disait la messe avec une ferveur angélique. Il ne montait à l'autel qu'après s'être longtemps préparé à la célébration de l'auguste sacrifice ; il donnait aussi beaucoup de temps à son action de grâces. Outre cela, il faisait encore quatre heures de méditation par jour : deux le matin, et deux le soir. Il se couchait à onze heures et se levait à trois. Sur la fin de sa vie, les infirmités l'ayant rendu incapable d'exercer les fonctions du ministère, il consacrait presque tout son temps à la prière. Il fut toujours pauvre dans ses habits et dans sa nourriture, et ne voulut jamais avoir de domestiques. Il ne cessait de recommander aux autres l'amour de la pauvreté. La pratique de cette vertu, disait-il, fait mourir plusieurs passions et nous rend semblables à Jésus-Christ, qui est né, qui a vécu et qui est mort dans la pauvreté. Il portait le détachement du monde à un tel point qu'il a eu depuis bien peu d'imitateurs. Un seigneur, lui ayant un jour montré ses jardins et ses bâtiments, où toutes les beautés de la nature et de l'art se trouvaient réunies, fut fort étonné de voir que Jean ne contemplait tout cela qu'avec indifférence ; il lui en demanda la raison. « J'avoue », répondit le saint homme, « qu'il n'y a rien là qui me satisfasse, parce que mon cœur n'y prend aucun plaisir ». Effectivement, son cœur était si parfaitement rempli de Dieu et de l'amour des biens invisibles, qu'il avait du dégoût pour tout ce qui ne se rapportait pas directement à une fin si noble.

Ce saint prêtre prêcha avec le plus grand succès à Séville, à Cordoue, à Grenade et dans toute l'Andalousie. Par ses instructions, il porta à la vertu la plus éminente plusieurs personnes de l'un et de l'autre sexe, entre autres saint Jean de Dieu, saint François de Borgia, sainte Thérèse, Louis de Grenade, la comtesse de Faria et la marquise de Pliégo. Il avait un talent singulier pour la direction des âmes. Il inculquait d'abord la nécessité de connaître Dieu et de se connaître soi-même, cette double connaissance étant la base et le fondement de la perfection chrétienne. Mais si l'on veut savoir jusqu'à quel point il était versé dans la vie intérieure, on n'a qu'à lire le traité qu'il composa sur ces paroles du psaume XLIV : *Ecce, filia, et audi, et inclina aurem tuam*... Voici quelle fut l'occasion de cet ouvrage :

Dona Sancha Carilla, fille de D. Louis Fernandez de Cordoue, seigneur de Guadalcazar, laquelle joignait de grandes vertus à une rare beauté, était sur le point d'aller à la cour et de s'y attacher à la reine en qualité de dame d'honneur. Déjà tout était prêt pour son voyage, mais elle voulut, avant de partir, se confesser à Jean d'Avila. A son retour de l'église, on ne la reconnut plus, tant était grand le changement qui s'était fait en elle. Tous les avantages du monde ne furent plus à ses yeux que des vanités indignes de fixer un cœur chrétien ; elle y renonça, et prit le parti de rester dans la maison paternelle, où elle mena jusqu'à sa mort la vie la plus édifiante. Ce fut pour son instruction que notre saint prêtre composa le traité dont nous avons parlé plus haut. Il indiquait les moyens qu'elle devait employer pour vaincre ses passions, et surtout celle de l'orgueil ; pour mortifier ses sens et sa volonté, et pour allumer dans son cœur le feu sacré de l'amour divin. Il lui recommandait de méditer souvent sur la passion de Jésus-Christ et sur l'excès d'amour qui a porté ce divin Sauveur à souffrir pour nous.

On voit, par tous les écrits de Jean d'Avila, qu'il avait une dévotion très-tendre envers Jésus crucifié. La même chose est attestée par tous les auteurs qui parlent de lui. Ce fut en méditant la passion du Sauveur qu'il se perfectionna dans la pratique de toutes les vertus ; ce fut par ce moyen qu'il alluma en lui ce désir ardent de souffrir pour Jésus-Christ ; et voilà aussi pourquoi il exhorte si fortement les hommes à rendre grâces au Seigneur, lorsqu'il leur fournit l'occasion de souffrir quelque chose pour son saint nom. « Le bon usage qu'on fait des épreuves », disait-il, « fortifie l'âme et la rend capable de souffrir encore davantage ».

Dieu permit que son serviteur devînt pour un temps la victime de l'envie. Quoiqu'il n'eût jamais prêché que la morale de l'Évangile, on ne laisse pas de l'accuser d'un rigorisme outré qui lui faisait exclure les riches du royaume du ciel. L'accusation était dénuée de toute vraisemblance : il fut cependant arrêté à Séville et mis dans les prisons de l'Inquisition. Il souffrit les mauvais traitements de ses persécuteurs avec une patience et une douceur admirables ; et lorsque son innocence eut été reconnue, il porta l'héroïsme jusqu'à remercier ceux qui avaient voulu le perdre.

Il fut affligé de diverses infirmités à l'âge de cinquante ans. Au milieu des douleurs aiguës qu'il ressentait, on l'entendait répéter souvent cette prière : « Seigneur, augmentez mes souffrances, mais accordez-moi la patience ». Enfin, après avoir souffert durant dix-sept ans au-delà de ce qu'on peut imaginer, il mourut le 10 mai 1569.

Le vénérable Jean d'Avila fut un homme puissant en œuvres et en paroles, un prodige de pénitence, la gloire du sacerdoce. Il mérita par sa doctrine, par son zèle et par ses autres vertus, d'être l'édification, le soutien et l'oracle de l'Église. C'était un génie universel, un directeur éclairé, un prédicateur célèbre, un homme révéré de toute l'Espagne, connu de l'univers chrétien, un homme enfin dont la réputation était parvenue à tel point que les princes se soumettaient à ses décisions, et que les savants lui demandaient le secours de leurs lumières. Nous finirons son portrait, en disant que sainte Thérèse le regardait comme son protecteur, le consultait comme son maître et le suivait comme son guide et son modèle.

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9 MARS

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MARTYROLOGE ROMAIN.

A Rome, sainte FRANÇOISE, veuve, célèbre par la noblesse de sa race, la sainteté de sa vie et le don des miracles qu'elle possédait. 1440. — A Sébaste, en Arménie, la naissance au ciel de quarante bienheureux soldats cappadociens, qui, du temps de l'empereur Licinius, sous le président Agricolalis, après avoir enduré les chaînes et les prisons les plus affreuses, après avoir eu la face meurtrie à coups de pierres, furent condamnés, au plus froid de l'hiver, à passer la nuit exposés tout nus à l'air sur un étang glacé, où leurs corps, durcis par la gelée, se rompaient partout, et qui consommèrent enfin leur martyre par le supplice du brisement des jambes. Parmi eux les plus considérables étaient Cyrion et Candide ; saint Basile et d'autres Pères ont célébré la gloire de tous ces martyres dans leurs écrits ; leur fête se solennise le jour suivant. 320. — A Nysse, le trépas de saint GREGORRE, évêque, frère du bienheureux Basile le Grand, très-célèbre par sa sainteté et son grand savoir, qui fut chassé de sa ville, sous l'empereur Valens, prince arien, pour la défense de la foi catholique. 396. — A Barcelone, en Espagne, saint PACIEN, évêque, renommé pour la sainteté de sa vie et la puissance de sa parole, qui, sous l'empereur Théodose, termina ses jours, parvenu à la plus extrême vieillesse. 390. — En Moravie, les saints évêques CYRILLE et MÉTHODE, qui amenèrent beaucoup de nations de ces pays avec leurs rois à la foi de Jésus-Christ. IXe s. — A Bologne, sainte CATHERINE, vierge, de l'Ordre de Sainte-Claire, illustre par la sainteté de sa vie, dont le corps est révéré avec grand honneur en la même ville. 1463.

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MARTYROLOGE DE FRANCE, REVU ET AUGMENTÉ.

Au diocèse de Nevers, dédicace de Notre-Dame de la Charité-sur-Loire. — A Clermont, en Auvergne, saint Alexandru, confesseur. — A Toul, saint Vaudrice, abbé du monastère de Saint-Evre. — A Limeuil, en Périgord, la naissance au ciel de sainte ALVÈRE, vierge. — En Bretagne, saint Félix, restaurateur de la célèbre abbaye de Rhuys, né dans l'évêché de Quimper, vers la fin du Xe siècle. 1638 †. — A Marseille, commémoration de la résurrection de saint Lazare, premier évêque de cette ville, et de la translation de ses reliques, qui, apportées d'Antun à Marseille, y furent renfermées par l'évêque de Marseille dans une chasse d'argent et solennellement placées dans l'église cathédrale, le 9 mars de l'an 1731. On célèbre le même jour le souvenir d'une autre translation d'une relique insigne de saint Lazare faite solennellement par Charles-Fortuné de Maxenod, le 2 avril 1824 †.

## MARTYROLOGES DES ORDRES RELIGIEUX.

*Martyrologe de Saint-Basile.* — A Nysse, le décès de saint Grégoire, évêque.

*Martyrologes de Saint-Benoît, des Camaldules et de Vallombreuse.* — A Rome, sainte Françoise, veuve.

*Martyrologe des trois Ordres de Saint-François.* — A Bologne, sainte Catherine, vierge.

Charité. Cinq nefs conduisaient jusqu'au transept. Il ne reste plus maintenant de l'ancienne église que la région du chœur, avec ses chapelles rayonnant autour du sanctuaire, son déambulatoire et les chapelles abbatiales. C'est cette vaste et magnifique église qui devait recevoir sa consécration d'un Pape, comme l'avait annoncé avant de mourir saint Giraud, son fondateur. En effet, le pape Pascal II, qui parcourait la France pour l'intérêt de l'Église, la consacra le 10 mars de l'an 1106. De nombreux prodiges accompagnèrent cette dédicace : le Pontife consécrateur fut tout le premier délivré d'une fièvre maligne dont il souffrait depuis longtemps. Au moment où il étendait ses mains sur l'autel et y répandait le saint Chrême, sa figure devint rayonnante comme celle d'un Ange ; un messager céleste apparut dans les airs et l'assura que Notre-Seigneur et sa Mère étaient à ses côtés. — On avait négligé de préparer la mie de pain dont on se sert pour enlever l'huile dont sont imprégnées les mains du consécrateur. Tout à coup un homme pauvrement vêtu présenta un morceau de pain, en grand étonnement de tous. Il est à remarquer que ce fut le pain de la charité qui fut employé dans la consécration de l'église de la Charité, car celui qui l'offrait était un pauvre, d'après le procès-verbal rédigé sous la dictée du même sacristain Robert, qui assistait à la cérémonie. V. Mgr Croquier, *Hagiologie nivernaise*.

9 MARS.

Événements marquants

  • Études de droit à Salamanque à 14 ans
  • Études à l'université d'Alcala sous Dominique Soto
  • Vente de son patrimoine pour les pauvres après la mort de ses parents
  • Prédication en Andalousie (Séville, Cordoue, Grenade)
  • Emprisonnement par l'Inquisition à Séville
  • Rédaction du traité pour Dona Sancha Carilla
  • Mort après 17 ans d'infirmités

Citations

Aimer beaucoup Jésus-Christ.

— Réponse à un jeune ecclésiastique sur l'art de prêcher

Seigneur, augmentez mes souffrances, mais accordez-moi la patience.

— Prière durant ses infirmités