Bienheureux Louis Alleman
75° Archevêque d'Arles et Cardinal du titre de Sainte-Cécile
Résumé
Louis Alleman fut un illustre prélat du XVe siècle, archevêque d'Arles et cardinal, impliqué au premier plan dans le concile de Bâle. Après avoir soutenu l'élection de l'antipape Félix V, il fit amende honorable, travailla à la fin du schisme et finit sa vie dans une profonde pénitence et charité envers les pauvres. Sa sainteté fut confirmée par de nombreux miracles sur son tombeau à Arles.
Biographie
LE BIENHEUREUX LOUIS ALLEMAN,
75° ARCHEVÊQUE D'ARLES ET CARDINAL DU TITRE DE SAINTE-CÉCILE
LE BIENHEUREUX LOUIS ALLEMAN, ARCHEVÊQUE D'ARLES. 155
régularité, par son amour pour l'étude et par son assiduité au chœur. Bientôt son rare mérite et sa haute piété attirèrent sur lui tous les regards, et le firent nommer primicier de l'église de Valence.
Mais tant de lumières et de vertus, jointes à un zèle dévorant pour le salut des âmes, demandaient un champ plus vaste et devaient être employées d'une manière plus active et plus profitable à l'Église de Dieu. François de Conzié, son oncle, archevêque d'Arles et légat d'Avignon, ayant donné au pape Martin V les plus amples détails sur le mérite et le savoir de son neveu, et la renommée publiant d'ailleurs à son sujet des choses admirables, le souverain Pontife l'éleva au siège épiscopal de Maguelone, transféré quelque temps après à Montpellier. L'université de cette ville lui dut la confirmation de ses privilèges qu'il obtint du pape Martin V, en 1422. Depuis sa promotion à l'épiscopat, Louis ne put presque jamais résider dans son diocèse ; il l'administra par des vicaires généraux qu'il délégua à cet effet, le 8 mars 1419. Martin V l'avait attaché à sa personne avec le titre de vice-camerlingue de l'Église romaine, pendant un voyage que fit outre-mer François de Conzié qui occupait cette dignité. Il passa donc à peu près tout ce temps à Florence, à la cour du Pape qui l'employait aux affaires les plus délicates, et lui confiait les négociations qui réclamaient une grande prudence et un esprit délié.
Il serait difficile de rencontrer dans l'histoire un homme qui se soit élevé avec autant de rapidité que Louis Alleman aux honneurs de l'Église. L'archevêché d'Arles étant venu à vaquer en 1422, par la démission de Jean de Brogni, nommé à l'évêché de Genève, la voix du clergé et du peuple appela Louis Alleman à remplir ce siège. Martin V se hâta de satisfaire des vœux si analogues à son propre désir, et qu'il regardait comme l'expression de la volonté de la Providence.
On avait arrêté dans le concile de Constance qu'il s'en tiendrait un autre à Pavie, cinq ans après. Plusieurs prélats de France et d'Allemagne se rendirent dans cette ville, pour cet effet, au commencement de l'année 1423. Mais la peste s'y étant déclarée, le Pape résolut de transférer le concile à Sienne. Il députa Louis Alleman vers cette république, tant pour faire trouver bon le dessein de cette translation aux principaux de la ville que pour veiller à la sûreté et aux provisions de ceux qui viendraient au concile. L'ouverture s'en fit le 8 novembre de la même année, et l'assemblée finit au mois de février de l'année suivante (1424). La ville de Bâle en Suisse fut désignée pour le lieu où s'assemblerait le concile dans sept ans.
Les emplois éminents confiés à l'archevêque d'Arles mirent de plus en plus en évidence son érudition, la profondeur de sa doctrine, aussi bien que la sainteté de sa vie qu'il maintint toujours irréprochable, selon la recommandation que fait l'apôtre saint Paul à tous les évêques dans la personne de son cher Timothée. Aussi le souverain Pontife voulut-il lui donner encore la marque la plus éclatante de son estime en le créant cardinal, sous le titre de Sainte-Cécile, le 24 mai 1426. Louis d'Anjou III, roi de Naples et de Sicile, comte de Provence, avait conçu pour Louis Alleman une grande vénération ; et comme il ne désirait rien tant que de trouver l'occasion de lui en donner des preuves, il ratifia toutes les concessions qui avaient été faites à la métropole d'Arles par les autres princes ses prédécesseurs, et confirma les privilèges, immunités et franchises que les archevêques de cette Église possédaient dans la Provence.
Cependant arriva l'époque fixée pour le concile de Bâle. Martin V, par sa bulle du 1er février 1431, en confia la présidence à Julien Césarini, cardinal de Saint-Ange. Des historiens, en assez grand nombre, ont même prétendu que le cardinal d'Arles avait été adjoint par le Pape au cardinal de Saint-Ange en qualité de vice-président, et qu'on approuva universellement un choix aussi judicieux, parce que Julien et Louis étaient regardés comme les premiers hommes de l'Église, tant par leurs vertus que par leur habileté; mais ce fait ne paraît pas suffisamment prouvé. Ce concile, où devait se traiter les intérêts les plus importants de la religion, arracha Louis pour longtemps aux soins de son diocèse et aux œuvres qui, jusqu'alors, avaient absorbé tous ses moments et toutes ses pensées. Il joua le rôle principal dans ces débats qui eurent un grand et fâcheux retentissement dans l'Église. Peut-être même devons-nous avouer que sa présence et sa coopération furent une occasion de troubles déplorables, tandis qu'elles devaient être une source de paix pour les chrétiens. On sait que le concile de Bâle aboutit à la déposition du pape légitime Eugène IV et à l'intrusion sur le siège pontifical de l'antipape Félix V.
Cependant les princes chrétiens cherchaient à rétablir la paix en mettant fin au schisme par l'abdication de Félix, qu'ils travaillèrent à obtenir. Admirons ici la main de Dieu qui protége son Église ! Celui qui avait été l'occasion, il faut dire le principal fauteur de ces troubles par suite d'une erreur déplorable, ne tarda pas à ouvrir les yeux et à détester la part malheureusement trop active qu'il avait eue dans ces dissensions. Louis Alleman avait été l'auteur de la nomination de l'antipape Félix; mais en revanche nous savons, par le témoignage des écrivains les plus dignes de foi, qu'il fut aussi le premier à le prier de mettre fin au schisme par son abdication.
Louis annonçait par là des dispositions bien différentes de celles qu'il avait précédemment manifestées, et cette réparation commença à porter l'espoir dans tous les cœurs catholiques: elle avait déjà commencé en 1447, époque à laquelle Eugène IV étant mort, eut pour successeur Thomas de Sarzana, qui prit le nom de Nicolas V. Des négociations avaient été entamées à Lyon dès l'époque de cette élection; le cardinal Alleman employa toutes ses forces pour les faire réussir, et le 9 avril 1449, Félix déposa la tiare que le concile de Bâle avait mise sur sa tête. Nicolas V lui accorda de belles prérogatives qu'il alla ensevelir avec ses larmes dans sa solitude de Lipailles où il mourut dix-huit mois après. Louis, dès lors, voyant la vérité dans tout son jour, fut tellement pénétré de douleur d'avoir combattu le vicaire de Jésus-Christ, qu'à l'exemple de saint Pierre, au rapport de la plupart des historiens, il ne cessait de pleurer, d'implorer la miséricorde divine, et il ne demandait rien plus instamment au ciel que le don des larmes pour le reste de sa vie.
Le nouveau Pontife accueillit avec joie les précieuses larmes de Louis Alleman, et il ne tarda pas à lui rendre, comme un gage de sa bienveillance, toutes les dignités dont l'avait dépouillé Eugène IV, et le chargea même plus tard d'une légation en Allemagne, où il eut beaucoup à souffrir. Les trop longues dissensions qui avaient désolé l'Église étant ainsi heureusement terminées, le Pape ne laissa partir notre Bienheureux de Rome, où il était allé recevoir son absolution, qu'après lui avoir prodigué les marques de l'attachement le plus sincère et lui avoir accordé, pour son Église d'Arles, des indulgences précieuses et étendues. Louis se fit précéder, dans sa ville archiépiscopale, par la réputation de ses vertus et des austérités nouvelles auxquelles il se livrait pour effacer son péché de désobéissance. Lorsqu'il y fut fixé, il s'appliqua à donner à ses ouailles les plus héroïques exemples de la piété et de la charité chrétiennes. Tout le temps que ne réclamaient pas les pénibles fonctions de l'administration pastorale, il le consacrait à la visite des malades dans les hôpitaux ; il voulait voir leurs plaies les plus dégoûtantes et y appliquer lui-même le remède. Il bâtit des églises, agrandit sa cathédrale, embellit le palais épiscopal, fonda des hôpitaux et répara, par son zèle, tous les abus qui s'étaient introduits dans son diocèse pendant son absence. Au reste, notre Bienheureux n'avait jamais cessé, même pendant la tenue du concile de Bâle, de donner l'exemple des plus sublimes vertus. Toutes ses actions respiraient la piété qui l'animait, et les peuples avaient pour lui tant de vénération, qu'on allait en foule baiser les franges de sa robe. Sa piété, sa pénitence, son humilité, sa patience, sa majesté dans les cérémonies religieuses, son éloquence, son zèle pour le salut des âmes, ses aumônes abondantes, étaient la source de cette vénération qu'on avait pour lui. Pendant tout le temps qu'il présida le concile, ni l'étude, ni les fatigues, n'avaient pu le détourner de la pratique de la mortification.
Cet amour pour la pénitence suffirait seul pour établir un préjugé en faveur de la bonne foi qu'il mettait dans toutes ces discussions, et pour le distinguer de tous ces hommes qui ont troublé la paix de l'Église depuis son origine, et chez lesquels la corruption du cœur avait été inlafoi et tari la source de l'amour divin. Mais ce qui le justifierait encore plus amplement, si la sincérité de ses regrets ne le mettait pas assez à l'abri des reproches de la postérité, c'est l'ardeur, et on peut dire la ténacité avec laquelle il soutint toujours la discipline ecclésiastique ; mais surtout le zèle infatigable qu'il mit à défendre la plus glorieuse prérogative de Marie : son Immaculée Conception, et faire décider que l'on en célébrerait la fête dans toute l'Église. Une dévotion si tendre envers la Reine du ciel n'est certainement pas le caractère d'un homme sciemment et volontairement engagé dans le schisme ; mais on y trouve le titre le plus incontestable de Louis à notre admiration et la principale cause de son heureux retour à l'obéissance de l'Église.
Louis passa encore quelques années sur la terre, pendant lesquelles il continua à se faire l'imitateur du Christ et à se présenter lui-même pour modèle à son peuple. Toutes les vertus brillaient du plus vif éclat dans cet admirable prélat. Il embrassa cependant de préférence l'humilité et la patience comme celles qui étaient les plus propres à réparer l'exemple d'orgueil et d'opiniâtreté qu'il avait donné dans des jours malheureux qu'il eût voulu effacer de sa vie, mais dont il gardait le souvenir dans son cœur pour s'exciter au repentir et à la pénitence. Il s'adonnait aussi avec ardeur à l'oraison, et les écrivains qui ont parlé de lui rapportent qu'il se retirait quelquefois à l'abbaye d'Hautecombe, en Savoie, pour se livrer sans distraction à cet exercice. Déjà, pendant son séjour à Bâle, il se dérobait à ses nombreuses occupations pour venir dans cette solitude retremper son âme dans les exercices de la pénitence. Enfin, arrivé à sa cinquante-neuvième année, chargé de mérites bien plus que de jours, Louis Alleman alla offrir à son souverain Juge le double hommage de la sainteté et de la pénitence. Il mourut, le 16 septembre 1450, dans un monastère de Frères Mineurs, situé dans sa terre de Salonne, à quatre lieues de la ville d'Arles.
16 SEPTEMBRE.
[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]
Le jour même de ses funérailles, un prêtre de la ville d'Arles, atteint d'une fièvre depuis bien des années, en fut tout à coup délivré par l'intercession du bienheureux. Depuis ce moment, ce fut une affluence continue de malades, d'infirmes et de malheureux de tous les genres qui ne se retiraient qu'en publiant les faveurs qu'ils avaient obtenues par les mérites du bienheureux Alleman.
Aussitôt après sa mort, son corps fut transporté dans la principale église d'Arles. Dès lors, personne ne douta qu'il ne jouît de la gloire des bienheureux, et il fut proclamé saint par la voix universelle du peuple, qui doit être regardée comme la voix de Dieu toutes les fois que la sainteté qu'elle exalte a brillé si clairement à tous les yeux. Ses funérailles furent celles d'un père et d'un saint : on déplorait la perte irréparable que venait de faire le diocèse d'Arles, et l'on élevait vers lui les bras et le cœur pour implorer sa protection.
Il serait impossible d'énumérer la multitude qui assista à cette cérémonie ; on y vint de toute la province d'Arles, et, ce qui paraîtrait impossible si Suzius, auteur contemporain, ne l'attestait, vingt-trois villes furent représentées à la procession de ces funérailles par une multitude de prêtres, de religieux et même de députés du peuple qu'elles y envoyèrent. Ses précieux restes furent placés à la droite du maître-autel de l'église d'Arles, et dès lors une foule de fidèles venaient y demander les grâces d'en haut par la médiation de celui qu'ils regardaient comme revêtu d'un si grand pouvoir auprès de Dieu. Tous les auteurs, quelle que soit d'ailleurs leur opinion quant aux affaires de Rôle, attestent qu'il s'opéra un grand nombre de miracles sur son tombeau. On plaça au milieu du chœur une grande table sépulcrale de marbre blanc, où le cardinal est représenté en habits pontificaux, la croix archiépiscopale en main. On mit sur la place même de la sépulture, contre le mur, l'inscription suivante :
Omnia sunt hominum tenui pendentia filo, Et subito casu quae valuerunt ruunt.
L'odeur de sa sainteté se répandant tous les jours de plus en plus dans le monde chrétien, et les miracles que Dieu se plaisait à accorder à ceux qui l'invoquaient devenant de plus en plus évidents, Clément VII, par un bref du 9 avril 1527, lui accorda le titre de bienheureux ; condescendant aux instances et aux humbles prières des peuples, il permit aussi que ses cendres fussent vénérées sur les autels. En conséquence elles furent enfermées dans un riche buste en vermeil, détruit en 1792. On lui éleva aussitôt un autel dans la cathédrale d'Arles ; et, peu de temps après, les religieux d'Hautecombe, en Savoie, se souvenant des exemples de vertus qu'il avait donnés au milieu d'eux, lui érigèrent une chapelle dans cette belle église où il avait lui-même si souvent adressé au ciel les prières les plus ferventes. La métropole d'Arles avait obtenu, par un décret du 19 avril 1670, la permission de faire publiquement son office, et sa fête se célébrait le dimanche avant la fête de saint Michel, sous le rite double. L'office du bienheureux Alleman se fait encore aujourd'hui dans le diocèse de Montpellier, le 17 septembre.
Extrait de l'Histoire hagiologique du diocèse de Belley, par Mgr Dupéry, et de Notes locales. — Cf. Acta Sanctorum, 16 septembre.
Événements marquants
- Nomination comme primicier de l'église de Valence
- Évêque de Maguelone puis de Montpellier en 1419
- Nomination à l'archevêché d'Arles en 1422
- Création comme cardinal du titre de Sainte-Cécile le 24 mai 1426
- Présidence du concile de Bâle et implication dans le schisme de Félix V
- Soumission au pape Nicolas V et retrait dans la pénitence
- Mort à Salonne en 1450
Miracles
- Guérison instantanée d'un prêtre atteint de fièvre le jour des funérailles
- Nombreuses guérisons de malades et d'infirmes sur son tombeau
Citations
Omnia sunt hominum tenui pendentia filo, Et subito casu quae valuerunt ruunt.