Le Bienheureux Pierre Armengol
Religieux de la Merci
Résumé
Ancien chef de bandits converti, Pierre Armengol devint religieux de l'Ordre de la Merci. Il se livra comme otage en Afrique pour racheter des enfants chrétiens et survécut miraculeusement à six jours de pendaison grâce à la protection de la Vierge Marie. Il finit ses jours en odeur de sainteté dans un couvent solitaire.
Biographie
LE BIENHEUREUX PIERRE ARMENGOL
La patience, c'est le martyre.
Saint Bonav., Serm. III de sancta Andrea.
Pierre Armengol appartenait à une famille noble et craignant Dieu. Son père, don Arnaldo Armengol de Moncada, était de la famille des comtes d'Urgel, alliée à celle des rois de Castille. Sa jeunesse ne fit pas présager que plus tard il deviendrait un Saint, car il se fit bandit et chef de bandits. Les desseins de Dieu sont impénétrables, car on voit, en 1238, ce voleur de grands chemins se faire moine et entrer à Barcelone dans un couvent de la Merci. Comprenant la nécessité de réparer sa vie passée, il se livra à de rudes et austères pénitences et traita son corps en ennemi.
La longue persévérance de Pierre dans le bien, son obéissance ponctuelle, son humilité profonde, sa piété exemplaire et sa rigoureuse pénitence, inspirèrent à ses supérieurs tant de confiance en lui, qu'ils le donnèrent pour compagnon à d'autres religieux de l'Ordre chargés d'aller parmi les infidèles traiter de la rédemption des captifs. Il fit ses premiers essais dans les royaumes de Grenade et de Murcie, qui gémissaient alors sous la tyrannie des Maures. Le Bienheureux montra, en ces négociations délicates, tant de charité, de prudence et de zèle que ses confrères, les esclaves, et les infidèles eux-mêmes, conçurent pour lui une haute estime.
Les succès qui avaient couronné les premiers travaux du saint religieux déterminèrent le général de l'Ordre à lui confier une Rédemption et à l'envoyer à Alger. Il s'y rendit, et Dieu bénit tellement ses efforts qu'en moins de deux mois il racheta trois cent quarante-six captifs, qu'il fit partir aussitôt pour l'Espagne, sous la conduite de quatre de ses confrères. Quant à lui, il resta parmi les Maures avec le vénérable Guillaume, son compagnon, parce qu'il voulait aller à Bougie, ville des états d'Alger, pour y délivrer quelques-uns de ses frères qui y étaient restés en étage, et briser les fers de cent dix-neuf chrétiens qui, par les cruels traitements qu'ils éprouvaient, étaient en danger d'apostasier. Pierre fit en effet ce voyage, et procura la
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liberté à tous. Heureux d'avoir pu réussir dans sa pieuse entreprise, il ne songeait qu'à retourner en Europe, et il était près de s'embarquer, lorsqu'on l'avertit que dix-huit enfants chrétiens se trouvaient très-exposés à perdre en même temps la foi et les mœurs, si on les laissait davantage entre les mains de patrons impies et corrompus qui, par leurs cruautés envers ces malheureux enfants, les avaient presque réduits à apostasier et à devenir les victimes de leurs débauches. À cette triste nouvelle, le cœur charitable du saint religieux est ému de compassion : il court au lieu où se trouvaient ces jeunes esclaves ; il les exhorte à résister courageusement à toutes les tentatives de séduction qu'on emploierait pour les perdre ; il les embrasse avec tendresse, et finit par leur promettre de leur procurer la liberté aux dépens de la sienne, et de sa vie même, s'il le fallait, pourvu qu'ils conservent fidèlement la foi qu'ils avaient reçue au baptême. En ayant obtenu d'eux l'assurance, il se rend chez les patrons, et traite avec eux de la rançon des enfants, moyennant la somme de mille ducats ; mais comme il n'avait plus d'argent, il propose de rester en étage, et même esclave, jusqu'au moment où le religieux qui allait conduire les autres chrétiens reviendrait et rapporterait la somme convenue. Sa proposition ayant été agréée, les enfants sont rendus à la liberté et embarqués pour l'Espagne avec leurs compatriotes.
La captivité volontaire du serviteur de Dieu à Bougie lui fournit des occasions fréquentes d'exercer la charité dont son cœur était embrasé. Il ne se contenta pas d'exhorter les esclaves chrétiens à la fidélité envers Dieu, il instruisit aussi plusieurs Maures des vérités de la religion ; et en ayant converti quelques-uns, il leur procura la grâce du baptême. La chose ne put être si secrète que les zélés sectateurs de Mahomet n'en fussent avertis ; il n'en fallut pas davantage pour faire arrêter le saint religieux, et le faire jeter dans une noire prison, où l'on devait le laisser mourir de faim. Mais les Turcs qui lui avaient vendu les jeunes esclaves, voyant qu'il ne les payait pas, parce que l'argent, qu'il leur avait promis, éprouvait quelque retard à arriver, l'accusèrent d'être un espion envoyé par les rois chrétiens pour connaître l'état du pays, et le firent condamner à être pendu.
Cette injuste sentence reçut aussitôt son exécution. On conduisit Pierre hors de la ville, et il fut attaché à une potence. Le bourreau le secoua longtemps et ne le quitta que lorsqu'il le crut expiré. Les patrons dont il était le débiteur demandèrent que son cadavre restât suspendu et qu'il servît de pâture aux oiseaux de proie. Il y était effectivement depuis six jours, lorsque le P. Guillaume Florentin, son compagnon, arriva d'Espagne à Bougie, apportant avec lui l'argent pour la rançon. Quelle fut sa douleur, lorsqu'il apprit que le Saint avait été condamné à mort et exécuté ! Il se rend au lieu du supplice en versant des larmes abondantes ; mais, ô prodige ! Pierre, que l'on jugeait mort depuis longtemps, lui adresse ces paroles : « Cher frère, ne pleurez pas ; je vis, soutenu par la sainte Vierge qui m'a assisté tous ces jours-ci ». Le P. Guillaume, rempli d'une joie difficile à décrire, détache du gibet le bienheureux Martyr, en présence de toute la ville, qui était accourue pour voir cette merveille, et de plusieurs matelots espagnols montant le navire qui venait d'amener ce père. Le divan, au lieu de laisser remettre l'argent de la rançon aux barbares patrons qui l'avaient exigé avec tant de rigueur, en acheta vingt-six esclaves, qui furent remis au Saint et à son compagnon, et tous ensemble partirent aussitôt pour l'Espagne.
Depuis ce temps, le serviteur de Dieu eut le cou de côté, et le visage d'une pâleur très-grande ; le Seigneur, sans doute, le permettant ainsi pour
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prouver la vérité du miracle. Plein de reconnaissance envers la sainte Vierge, à laquelle il devait sa conservation, il voulut se retirer en un couvent solitaire qui lui était dédié sous le titre de Notre-Dame des Prés. Il y passa dix années dans l'exercice continu de la prière et de la pénitence. Du pain et de l'eau faisaient sa seule nourriture. La réputation de sa sainteté et le bruit du miracle dont il avait été l'objet attirèrent bientôt dans sa solitude un grand nombre de personnes qui venaient le voir et réclamer son secours : il les recevait avec bonté, les soulageait et les guérissait de leurs infirmités. On le voyait parfois ravi en extase et goûter dès ici-bas ces consolations sensibles que Dieu réserve aux plus fidèles de ses amis. Lorsqu'il rappelait son martyre, il avait coutume de dire ces paroles à ses frères : « Croyez-moi ; je pense n'avoir vécu que le peu de jours heureux que j'ai passés au gibet, parce que alors je me croyais mort au monde ». Favorisé du don de prophétie, il prédit plusieurs événements qui eurent lieu comme il les avait annoncés. Il prédit aussi sa mort quelques jours avant qu'elle arrivât. Une grave maladie l'ayant réduit à l'extrémité, il reçut les Sacrements de l'Église, et rendit ensuite son âme à son Créateur, en disant ces paroles : « Je plairai au Seigneur dans la terre des vivants ». Le 27 avril 1304 fut le jour de son bienheureux trépas. Plusieurs miracles opérés par son intercession, en prouvant sa sainteté, contribuèrent à lui faire rendre un culte public. Ce culte fut approuvé par le pape Innocent XI le 28 mars 1686, et Benoît XIV a inséré le nom de saint Pierre Armengol dans le Martyrologe romain.
Ses attributs dans les arts, sont la corde et le gibet : une main, celle de la sainte Vierge, le soutient par les pieds.
AA. SS., sept.
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SAINT ANASTASE Ier, PAPE (401).
Anastase, romain d'origine, était fils de Maxime, et fut, après la mort de Sirice, ordonné évêque de Rome. Pendant qu'il gouvernait avec éclat, l'hérésie, accréditée sous le nom d'Origène, partie des régions de l'Orient, vint fondre sur l'Église comme une violente tempête, et menaça de troubler la pure doctrine et d'ébranler la vraie foi. Mais homme d'une très-riche pauvreté et d'une sollicitude apostolique, Anastase, ayant vu le monstre de l'erreur lever sa tête funeste, se hâta de lui porter un coup mortel ; il fit taire tous les sifflements de l'hydre. Les hérétiques eurent beau se cacher, il sut les faire sortir de leurs retraites obscures ; par ses lettres, il condamna en Occident ce qui avait été déjà condamné en Orient. Le zèle ne lui fit jamais défaut pour veiller à la garde de la foi de ses peuples. Aucune province de son empire spirituel, en quelque lieu de la terre qu'elle fût située, n'échappait à sa surveillance : ses lettres allaient partout prévenir les fausses doctrines, ou les anéantir.
Un concile de l'église d'Afrique lui envoya, ainsi qu'à Vénérius, évêque de Milan, un évêque en députation pour obtenir du secours en faveur de cette Église alors affligée d'une grave disette de ministres sacrés, et exposée à voir périr un grand nombre d'âmes au milieu de populations plongées dans la misère, parmi lesquelles on n'aurait pas trouvé même un diacre ou un homme lettré. Anastase écrivit à ces mêmes évêques d'Afrique, les exhortant avec la sollicitude et la sincérité d'une charité paternelle et fraternelle tout ensemble, à s'opposer ouvertement et avec vigueur aux pièges et aux fraudes perverses dont se servaient les Douatistes pour faire la guerre à l'Église catholique. Ce fut par l'autorité de ce Pontife que l'on décida que les évêques donatistes, et les clercs de tous ordres seraient reçus dans l'unité catholique, pour y exercer les offices ecclésiastiques selon qu'il paraîtrait expédient à ceux qui avaient intérêt pour leur salut à l'exercice ou à la suspension de leur ministère.
Il arrêta que nul homme d'outre-mer ne serait admis à l'honneur de la cléricature sans une lettre signée par cinq évêques. Il régla que la lecture des saints évangiles serait faite par les
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prêtres, non pas assis, mais debout et inclinés. Il construisit, dans la ville de Rome, la basilique Crescentienne, située dans la deuxième région, sur la voie Mamertine. En deux ordinations faites au mois de décembre, il créa huit prêtres, cinq diacres et des évêques pour divers diocèses; enfin il s'endormit en paix, et fut enseveli dans le cimetière de l'Orso Piteato, sous les empereurs Arcadius et Honorius. Saint Jérôme écrit que l'Église n'est pas longtemps le bonheur de le posséder, de peur que Rome, la tête du monde, ne tombât sous un si grand évêque : il fut ravi et transporté dans l'autre, afin qu'il n'entreprenne pas de s'opposer par ses prières à l'exécution d'une sentence irrévocable : car, peu de temps après sa mort, Rome fut prise par les Goths et saccagée.
Propre de Rome.
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Événements marquants
- Jeunesse comme chef de bandits
- Entrée au couvent de la Merci à Barcelone en 1238
- Missions de rachat de captifs à Grenade, Murcie et Alger
- Se livre comme otage à Bougie pour libérer 18 enfants chrétiens
- Condamné à la pendaison et survit miraculeusement six jours au gibet
- Retraite au couvent de Notre-Dame des Prés pendant dix ans
- Mort après une grave maladie en 1304
Miracles
- Survie après six jours de pendaison au gibet
- Guérison d'infirmités
- Don de prophétie
- Extases
Citations
Je pense n'avoir vécu que le peu de jours heureux que j'ai passés au gibet, parce que alors je me croyais mort au monde.
Je plairai au Seigneur dans la terre des vivants.