Philippe de Gheldres

Reine de Sicile, Duchesse de Lorraine, Religieuse Clarisse

Fête : 26 fevrier 15ᵉ siècle • vénérable

Résumé

Duchesse de Lorraine et reine de Sicile, Philippe de Gheldres gouverna ses États avec sagesse avant de se retirer chez les Clarisses de Pont-à-Mousson en 1519. Modèle de piété et d'humilité, elle vécut vingt-sept ans dans la pénitence monastique. Elle mourut en 1547 après avoir prédit l'heure de son trépas.

Biographie

PHILIPPE DE GHELDRES, REINE DE SICILE,

DUCHESSE DE LORRAINE, PUIS RELIGIEUSE AU COUVENT DES CLARISSES DE PONT-À-MOUSSON

La femme de René II, vainqueur de Charles le Téméraire, et mère d'Antoine, vainqueur des Rustauds, naquit, en 1462, d'Adolphe, duc de Gheldres, et de Catherine de Bourbon, sœur de la duchesse de Bourgogne. Orpheline presque dès le berceau, elle trouva dans Catherine, l'une de ses tantes paternelles, une mère véritable, aussi affectueuse et vigilante que celle dont la mort l'avait séparée. Chrétienne sérieuse et libre du lien conjugal, Catherine mit toute son attention à élever sa jeune pupille dans les principes de la plus solide vertu, et à répandre dans son âme la semence d'une piété solide et parfaitement éclairée. Philippe répondit aux soins de sa mère adoptive : son cœur naturellement porté au bien s'ouvrit avec délices aux sentiments les plus nobles et les plus généreux. On put admirer en elle la ferveur et la modestie, qui se peignaient sur son visage, quand elle se livrait aux douceurs de la prière, une retenue continuelle dans ses paroles, un fonds de pudeur capable d'inspirer l'amour de la vertu à ceux mêmes qui se seraient moins sentis disposés à la pratiquer. Son esprit était pénétrant autant que vif, son jugement solide, son cœur droit, sincère, bienfaisant, ce qui, dans le temps qu'elle gouverna la Lorraine, après la mort du duc, son époux, lui fit décerner, par ses sujets, le titre si doux de Bonne Mère.

Bientôt initiée aux mystères les plus profonds de la religion chrétienne, l'obligation d'imiter les humiliations et les souffrances de l'Homme-Dieu lui parut d'une nécessité tellement indispensable, qu'animée de l'esprit de la croix et bien qu'encore adolescente, elle résolut de jeûner le vendredi de chaque semaine, sans aucune exception. En vain la princesse, sa tante, lui faisait observer qu'en raison de son âge, cette austère pratique pourrait compromettre sa santé et la réduire à un état de langueur qui ne lui permettrait plus de s'acquitter de ses devoirs essentiels : « Hélas ! ma chère tante », lui répliquait-elle, « puis-je trop m'astreindre à marcher sur les traces d'un Dieu qui a tant souffert dès le berceau ? Ne suis-je pas pécheresse, dès ma naissance, et toute ma vie, qui appartient au souverain Maître qui m'a rachetée, ne doit-elle pas lui être consacrée par les souffrances ? »

Elle eut aussi, dès le même temps, une dévotion singulière à la très-sainte Vierge. Elle ne manquait pas de l'honorer par des actes particuliers de piété, le jour du samedi, qui lui est spécialement consacré. Marie ne tarda pas à lui donner une marque sensible de sa protection. Philippe, saisie d'une maladie douloureuse dont on appréhendait que les suites ne lui fissent perdre la vue, n'eut d'autre recours qu'à l'intercession de sa céleste Protectrice, qui lui obtint prompte et parfaite guérison.

Le duc de Bourbon, comte de Beaujeu, son oncle maternel, désirant l'avoir auprès de lui, la demanda à Catherine de Gheldres, qui la lui confia.

Arrivée à Paris, Philippe fut admirée de toute la cour de France, où se trouvait son parent. Ce fut là que René de Lorraine la vit, la connut, sut l'apprécier, et que, autant par inclination qu'à l'insinuation de Madame de Beaujeu, il la demanda et l'obtint pour épouse, après que son premier mariage avec Jeanne d'Harcourt eut été canoniquement invalidé. On a prouvé, par documents d'une incontestable authenticité, que toutes les formalités de temps, d'examen, de dispenses avaient été rigoureusement observées, et que jamais le mariage de Philippe de Gheldres avec René le Victorieux ne fut un seul moment entaché d'irrégularité.

Douze enfants furent les fruits de cette union que le Seigneur avait bénie. L'orpheline pieuse fut mère attentive et vigilante, et l'attachement exemplaire de ses fils à la religion catholique, fut l'un des précieux résultats de ses conseils et de ses leçons. Mais si occupée qu'elle fût du soin de sa famille domestique, elle n'oubliait pas sa famille lorraine; elle traitait ses sujets comme ses propres enfants; on lui vit partager, à leur égard, toute la sollicitude de son royal époux, surtout dans les temps de calamités publiques, comme l'affreuse peste de 1505, et, après la mort de René, la famine de 1516. Elle fit construire, à Lunéville, un couvent pour des religieuses hospitalières de Sainte-Élisabeth, puis un second, du même Ordre, à Nancy, pour y fonder, dans la capitale des États de Lorraine, un asile pour les malades et une école de vertu pour les filles destinées à les soulager. Cependant la divine Providence n'épargna pas l'adversité à la princesse qui la représentait si admirablement au milieu des populations de ses duchés. Devenue veuve, elle se vit successivement enlever une partie de la fortune de son époux, son héritage patrimonial, suite malheureuse de la perte de son mari. Mais si son âme fut brisée, surtout par la mort du héros qu'elle avait tant et si chrétiennement aimé, elle n'en fut point découragée; elle ne s'en éleva vers Dieu qu'avec plus de confiance et d'abandon. Elle redoubla de soins, autant pour l'administration des États de Lorraine, dont René II l'avait instituée régente, que pour celle de sa famille et de sa maison.

Cédant au désir de la noblesse et du tiers-état, Philippe fit proclamer la majorité d'Antoine, héritier présomptif de la couronne ducale, et reconnaître ce prince comme souverain des duchés. Mais le jeune duc, novice dans l'art de gouverner, pria sa mère de l'aider de son expérience et de ses conseils, ce que cette noble dame ne crut pas devoir lui refuser. La veuve de René continua de prendre part aux affaires publiques, et les Lorrains, qui l'idolâtraient, se faisaient un bonheur de lui marquer en toute rencontre leur déférence et leur respect. Philippe passa ainsi onze années depuis la mort de René le Victorieux, et néanmoins se préparant, en silence, à l'accomplissement d'un projet héroïque, auquel ses obligations de mère et de régente l'avaient contrainte de surseoir. Quand elle crut le moment arrivé, c'est-à-dire au commencement de 1519, sous prétexte de promenade et de changement d'air, la reine-duchesse se rendit au couvent de Sainte-Claire, à Pont-à-Mousson. Ayant demandé à l'abbesse un entretien, en présence de la communauté réunie, elle lui déclara son intention de renoncer au monde et de s'enfermer dans son monastère, pour y vaquer plus librement aux exercices de la vie spirituelle. « Ma Mère », dit Philippe à l'abbesse, qui était alors Jeanne, de l'illustre maison d'Apremont, « depuis la mort du roi, mon époux, j'ai compris que le Seigneur demandait de moi les derniers jours de ma vie. Je les lui aurais consacrés sans hésiter un moment, si les nécessités de ma famille et de l'État n'eussent prévalu au

26 FÉVRIER.

désir de ma sanctification. Mais à présent que ces motifs ne subsistent plus, que mes engagements cessent, je viens vous supplier de me donner asile dans votre maison et de m'y recevoir au nombre de vos filles, pour y pleurer avec elles les fautes de ma jeunesse, et y prévenir, par la pénitence, les châtiments de la justice divine que j'ai mérités. Que mon âge, que ma condition, que ma fortune ne m'excluent pas de la grâce que je sollicite, puisque je viens de les sacrifier à Jésus-Christ, qui ne dédaigne pas les victimes tardives, lorsqu'elles lui sont offertes par amour ».

L'abbesse, tout interdite, demeura quelque temps sans répondre. Revenue enfin de sa stupéfaction, elle remercia la duchesse de la préférence dont elle honorait son monastère et la pria de considérer que l'austérité de la règle surpasserait ses forces. Elle lui représenta que sa présence à la cour ferait plus de bien que le genre de vie si obscure qu'elle voulait embrasser, que les pauvres perdraient trop à sa retraite... Que peut-être la délicatesse de sa constitution et ses infirmités trahissant son zèle, la forceraient de quitter l'habit dans le cours de l'épreuve ; qu'il valait beaucoup mieux ne point hasarder l'entreprise que de s'exposer à l'abandonner par l'impuissance de la suivre. La duchesse comprit les inquiétudes de la digne supérieure et se hâtant de les dissiper : « Ma mère », lui dit-elle, « ne vous imaginez pas que ma réception ouvre la porte au relâchement ; la grâce, qui me presse d'entrer dans les voies de la pénitence, me fortifie pour en remplir les devoirs. Si la discipline de votre Institut est rigide, le Dieu que je servirai sera le soutien de ma faiblesse ». L'abbesse et son chapitre ne purent tenir contre l'empressement de leur auguste postulante, et la reçurent quoique avec certaine appréhension. La princesse revint à Nancy, tout heureuse et remplie d'espoir. Elle y fit, en secret, ses derniers préparatifs, puis, dès les premiers jours de novembre 1519, elle reprit le chemin de Pont-à-Mousson, où déjà elle était arrivée, quand on sut à la cour de Lorraine qu'elle l'avait quittée, mais sans en deviner encore le motif. De cette ville, elle fit savoir à ses enfants qu'elle désirait les y voir réunis autour d'elle, la veille de la Conception de la sainte Vierge, à l'effet de traiter ensemble d'une affaire importante. Le désir d'une mère tendrement aimée fut un ordre pour des princes dociles et affectueux. Assemblés au jour précis, la reine de Sicile les reçut avec une tendresse plus vive que de coutume et les traita avec l'effusion d'un cœur vivement ému. Après le repas du soir elle leur dit : « Savez-vous, mes enfants, pourquoi je vous ai ici mandés ? C'est pour vous manifester que, Dieu aidant, je vais me rendre religieuse à Sainte-Claire ». À cette révélation inattendue, les princes éclatent en sanglots, versent d'abondantes larmes, et, dans les termes les plus tendres et les plus forts à la fois, conjurent leur mère chérie de ne pas les abandonner. Certes, ce fut une scène déchirante pour le cœur de cette vertueuse princesse ; mais la grâce lui donna la force de triompher de la nature, et son sacrifice fut consommé. Le lendemain, 8 décembre 1519, la duchesse de Lorraine, en présence de ses fils, des seigneurs et de sa cour, entra dans le monastère, y fit son année de probation suivant les Règles et l'Institut de Sainte-Claire, marchant nu-pieds, mangeant au réfectoire, jeûnant comme ses compagnes, servant à la cuisine, gardant exactement le silence et se soumettant à toutes les mortifications capitulaires.

Son noviciat terminé, et avant de prononcer ses vœux, Philippe appela de nouveau ses fils autour d'elle, et pour entrer dans l'esprit du détachement absolu des biens d'ici-bas, elle leur remit tout ce qui était en sa possession et jusqu'à ses vêtements séculiers. Elle leur fit connaître ses dispositions testamentaires et ne réserva de toute sa fortune, qu'une modique pension de laquelle elle voulut encore que toute la Communauté profitât autant qu'elle-même. Dégagée de toutes les préoccupations terrestres, l'illustre novice prononça les quatre vœux solennels de pauvreté, de chasteté, d'obéissance, et de perpétuelle clôture. Pendant vingt-sept ans entiers que Philippe de Gheldres vécut encore, elle fut, au milieu des religieuses ses compagnes, un modèle accompli de toutes les vertus chrétiennes et monastiques : « Je souffrirais la mort et que l'on m'arrachât les yeux et tous les membres », répétait-elle souvent, « plutôt que de consentir à ce que l'on fît aucune altération à notre Institut ».

Deux ans avant sa mort, en 1545, la religieuse princesse fit une maladie qui la conduisit aux portes du tombeau ; elle y échappa, mais pour ne plus que végéter jusqu'à l'Assomption de l'année suivante qu'elle en fut reprise avec un redoublement de violence. Dès lors elle ne fit plus que languir, sans rien perdre néanmoins de sa ferveur accoutumée. « Mes enfants », disait-elle aux sœurs qui la venaient visiter, « laissez-moi aller vers mon Dieu, mon bon époux... Pourquoi me retenez-vous tant ? Priez Dieu pour le salut de mon âme et laissez aller ce pauvre corps ». Le 24 février 1547, elle reçut le sacrement de l'Extrême-Onction avec une parfaite connaissance et une angélique piété. Le lendemain, vendredi, la mère supérieure s'étant approchée, lui dit : « Notre-Seigneur vous appelle de ce monde en une bien digne journée ; c'est en effet le vendredi qu'il a répandu son très-digne et très-précieux sang pour laver votre belle âme ». La vénérable duchesse répondit : « Je sais que c'est aujourd'hui vendredi ; mais je sais aussi que je ne mourrai pas en ce jour, car tout le bonheur dont j'ai joui dans ce monde m'est arrivé un samedi. J'épousai le feu bon roi René, un samedi, aussi je fis mon entrée au pays de Lorraine, un samedi ; je fis profession de religion le samedi, et le jour de samedi, je m'en irai au Paradis ». La chose arriva comme elle l'avait prédite. Le samedi 26 février 1547, mourut, âgée de quatre-vingt-cinq ans, Philippe de Gheldres, revêtue de l'habit religieux, ceinte de la corde et la tête couverte de son voile de profession.

Il est acquis à l'histoire que le Seigneur fit des révélations à son humble servante. Par exemple, en 1525, le jour où François Ier perdit la bataille de Pavie et fut fait prisonnier, la sœur Philippe, pour lors en oraison, se leva tout à coup, accourut vers les religieuses, et leur dit en poussant de profonds soupirs : « Mes filles, mettez-vous immédiatement en oraison et priez Dieu avec ardeur, il en est grande nécessité. La fleur de lis s'est abattue. Mon fils François (le prince de Lambescq) est mort, et le royaume de France est en grande désolation. Pourtant il faut le secourir par prière et oraison ». Vérification faite, l'événement fut constaté avoir eu lieu au moment même où la princesse était allée provoquer les prières de la Communauté. Les prodiges opérés à son tombeau et les faveurs obtenues par des personnes qui l'avaient invoquée avec confiance, ont établi, dans le peuple, la pieuse croyance que la vertueuse reine-duchesse, devenue par choix humble religieuse, jouit dans le ciel de la bienheureuse immortalité.

Cette notice est due à l'obligeance de M. l'abbé Guillaume, aumônier de la chapelle ducale de Nancy. — La dernière reproduction de la Vie de Philippe de Gheldres, mise en ordre et complétée par de nouveaux documents, date de 1859. Elle a été publiée en un volume in-12 de plus de 400 pages, mais l'édition est épuisée.

27 FÉVRIER.

Événements marquants

  • Naissance en 1462
  • Mariage avec René II de Lorraine
  • Régence des duchés de Lorraine après la mort de son époux
  • Entrée au couvent des Clarisses de Pont-à-Mousson en 1519
  • Profession religieuse solennelle en 1520
  • Mort à l'âge de 85 ans

Miracles

  • Guérison d'une maladie des yeux par l'intercession de la Vierge
  • Vision prophétique de la défaite de Pavie et de la mort de son fils en 1525
  • Prédiction exacte du jour de sa mort un samedi

Citations

Je sais que c'est aujourd'hui vendredi ; mais je sais aussi que je ne mourrai pas en ce jour, car tout le bonheur dont j'ai joui dans ce monde m'est arrivé un samedi.

— Texte hagiographique

Date de fête

26 fevrier

Époque

15ᵉ siècle

Décès

26 février 1547 (naturelle)

Invoqué(e) pour

protection des veuves, maladies de la vue

Autres formes du nom

  • Philippa de Gueldre (fr)
  • Sœur Philippe (fr)

Prénoms dérivés

Philippe, Philippine, Philippa

Famille

  • Adolphe, duc de Gheldres (père)
  • Catherine de Bourbon (mère)
  • Catherine de Gheldres (tante)
  • René II de Lorraine (époux)
  • Antoine de Lorraine (fils)
  • François, prince de Lambescq (fils)