Saint Amé de Grenoble

Moine de Luxeuil, Abbé de Remiremont

Fête : 13 septembre 7ᵉ siècle • saint

Résumé

Noble originaire de Grenoble, Saint Amé fut moine à Agaune puis à Luxeuil avant de fonder avec Saint Romaric le double monastère de Remiremont. Grand prédicateur et thaumaturge, il finit ses jours dans une austère solitude érémitique. Ses reliques furent solennellement reconnues par le pape Léon IX au XIe siècle.

Biographie

SAINT AMÉ DE GRENOBLE, MOINE DE LUXEUIL,

ABBÉ DE REMIREMONT, AU DIOCÈSE DE SAINT-DIÉ.

Dirige l'activité de votre âme vers tout ce qui perfectionne la vie. Saint Jérôme.

Saint Amé naquit dans un des faubourgs de Grenoble, de parents nobles et qui tiraient leur origine des anciens Romains. Son père, nommé Héliodore, qui était très-attaché à la religion chrétienne, le mit de bonne heure au monastère d'Agaune, appelé depuis Saint-Maurice, en Valais, pour y être instruit dans les lettres humaines et formé dans les vertus chrétiennes et évangéliques. Il y fit en peu de temps de grands progrès ; et comme l'amour divin s'embrasa de plus en plus au fond de son cœur, il voulut, de pensionnaire et d'étudiant, devenir religieux : ce qu'on n'eut pas de peine à lui accorder.

A l'âge de trente ans, se sentant attiré de Dieu à une vie entièrement solitaire et séparée du commerce du monde, il sortit secrètement du monastère et se retira dans le creux d'un rocher sur une montagne voisine, espérant y vivre inconnu au monde et connu de Dieu seul. Cependant son abbé envoya des religieux pour le chercher ; ils le trouvèrent au bout de trois jours qu'il avait passés dans une abstinence perpétuelle. Ils le pressèrent de retourner au couvent pour y continuer ses exercices religieux ; mais le Saint les supplia de trouver bon qu'il demeurât dans cette grotte et d'avoir seulement la bonté de lui envoyer, tous les trois jours, un morceau de pain d'orge et un peu d'eau pour faire tous ses repas. L'abbé, informé de son désir, l'eut pour très-agréable, parce que le Saint-Esprit en était l'auteur, et désigna un religieux, nommé Bérin, pour lui rendre cet office de charité.

Le démon, ne pouvant souffrir une pénitence si extraordinaire, lui apparut un jour, et, ayant répandu l'eau qu'on lui avait apportée, il emporta aussi son pain, afin qu'il n'eût rien pour se nourrir ; mais le Saint ne fit autre chose que d'en louer Dieu : « Je vous rends grâces », dit-il, « mon Seigneur Jésus-Christ, de ce que vous voulez bien que je prolonge mon jeûne, et qu'au lieu de trois jours, il en dure six ; car je sais que le démon ne m'a enlevé mon pain que par une très-sage disposition de votre divine Providence ». Les religieux, lui faisant bâtir une cellule, le bois qu'on y voulait employer se trouva trop court ; mais il n'eut pas plus tôt élevé son cœur à Dieu, que ce bois s'allongea miraculeusement, même plus qu'il n'était nécessaire, et il ne voulut point qu'on coupât le superflu, quoique la symétrie de l'ouvrage en fût gâtée, parce que c'était, disait-il, un don de Dieu. Au bout d'un an, ayant compassion des peines qu'il donnait à son charitable pourvoyeur, il frappa le rocher de son bâton et en fit sourdre une fontaine.

43 SEPTEMBRE.

Il laboura autour de son ermitage, et sema de l'orge pour sa subsistance; il se fit faire un petit moulin à bras pour moudre lui-même la farine qui lui était nécessaire pour vivre : ainsi il ne fut plus à charge à personne. Lorsqu'il était occupé à moudre, il mettait ses pieds nus sur de petits cailloux pointus, afin de se mortifier en toutes choses et de surmonter, par la douleur, les tentations de la chair. Un énorme quartier de roche, se détachant du sommet de la montagne, menaçait d'ensevelir sa cellule sous ses ruines; il lui défendit, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de passer outre, et à l'instant même elle s'arrêta sur le penchant, au-dessus de cette petite cellule: elle est demeurée longtemps en cet état.

L'évêque diocésain, qui était celui de Sion, ne pouvait se rassasier des aimables entretiens de cet excellent solitaire, et il quittait souvent son palais et sa cathédrale pour venir passer quelques moments précieux avec lui. Il lui offrit un jour une somme considérable d'argent, tant pour ses besoins que pour la distribuer à ceux qu'il connaissait être dans la nécessité: le Saint la refusa constamment; il protesta qu'ayant renoncé aux biens de la terre, il n'était plus dans le dessein de s'en charger. L'évêque, ne voulant pas remporter son aumône, la mit sous l'autel, où le Saint, qui était déjà prêtre, avait coutume de dire la messe; mais ce grand serviteur de Dieu s'en étant aperçu après son départ, et ne voulant rien avoir qui fût un sujet de tentation, prit l'argent, le jeta dans le fond de la vallée, disant: « Le Seigneur est mon héritage; je n'ai nul besoin de ces deniers ». Il n'était vêtu que de peaux de mouton, et en Carême il s'abstenait encore de pain, et se contentait de cinq noix, qu'il ne mangeait même souvent qu'après trois jours d'abstinence continuelle.

Saint Eustase, abbé de Luxeuil, si célèbre par ses grandes actions, florissait en ce temps-là, et répandait par toute la France la lumière de sa sainteté. En passant par Saint-Maurice, pour aller en Italie, il rendit visite à saint Amé et lia avec lui une amitié très étroite. A son retour, il le supplia de quitter sa solitude, dans laquelle il s'était assez longtemps exercé aux vertus privées, et de venir dans son abbaye, où il pourrait travailler utilement au salut du prochain. Amé se rendit à ses avis, et passa au monastère de Luxeuil. C'était un firmament tout rempli d'étoiles brillantes qui rendaient une lumière merveilleuse; mais on peut dire qu'Amé les éclipsa toutes et les fit disparaître par la splendeur de ses vertus. Sa douceur, son affabilité, sa prudence, son humilité et sa patience, le faisaient chérir de tous les frères; il avait aussi une sagesse et une éloquence célestes, et parlait divinement des mystères de notre foi. Ces rares qualités firent qu'on l'envoya prêcher les vérités de l'Évangile en Austrasie, où la plupart des peuples vivaient dans une très-grande ignorance. Ce fut dans ce voyage qu'il gagna entièrement à Dieu saint Romaric, seigneur riche et puissant, et qu'il le décida à quitter toutes choses pour embrasser la vie religieuse. Ses biens servirent à fonder un monastère; saint Amé y mit une communauté de saintes filles, dont il établit sainte Macteffède abbesse. Il guérit un estropié qui n'avait nul usage de ses pieds et de ses mains, et il chassa le démon du corps d'une religieuse, qui avait été possédée pour avoir mangé une pomme sans permission.

Amé partagea ses religieuses en sept chœurs qui se relevaient continuellement l'un l'autre pour chanter les louanges de Dieu, de sorte qu'il n'y avait point de temps, ni jour ni nuit, où l'on n'entendit, dans cet édifiant monastère, le chant des psaumes et des hymnes sacrées, et où les religieuses n'adorassent la souveraine majesté de leur Créateur. Peu après, Romaric

fonda à côté un monastère d'hommes, qui prit et donna à la contrée le nom de son fondateur, Romberg ou Remiremont. Saint Amé fut préposé à ce dernier, et en même temps chargé de la direction spirituelle de celui des religieuses. Pour se soustraire le plus possible aux distractions que pouvait lui causer le soin de ses monastères, notre Saint avait établi sa demeure au versant de la montagne, dans une grotte formée par une saillie de rocher, et si basse et si étroite, qu'il n'y avait que juste l'espace nécessaire pour qu'il pût y entrer. C'est là qu'est aujourd'hui l'église paroissiale de Saint-Amé (Vosges). Un religieux descendait par une corde, du haut du rocher, le morceau de pain et le vase d'eau qui composaient sa nourriture. On l'en prévenait par le son d'une clochette. Il ne sortait de là que les dimanches et les fêtes, pour venir distribuer à ses chères filles et à ses religieux le pain de la parole de Dieu. Ses conseils étaient donnés avec tant de douceur, que nul ne pouvait s'exempter d'y obéir. Les sœurs ayant mis un jour un essaim de mouches à miel dans une autre ruche que celle qu'il leur avait marquée, elles s'envolèrent toutes et n'y purent demeurer ; mais lorsque, les ayant reprises, elles les eurent mises dans la ruche qu'il leur avait désignée, elles y demeurèrent et travaillèrent avec activité à faire leur miel.

Un an avant son décès, il prédit le temps qu'il mourrait, et s'étant fait faire un lit de cendres pour y achever la pénitence qu'il avait commencée dès son enfance, il fit devant tous les Frères une humble confession de toutes ses fautes, couvert d'un cilice et humilié dans la poussière. Sa vie était un martyre continuel, et lors même qu'il se couchait, au lieu de trouver du repos, il ne trouvait qu'une continuation ou plutôt une augmentation de peines et de tourments ; mais il se réjouissait de ses souffrances, parce qu'il savait qu'elles dureraient peu et que la récompense en serait éternelle. Il devint si maigre et si décharné, que les os lui perçaient la peau, et qu'il ne paraissait plus que comme un squelette. Étant près de mourir, il se fit lire la célèbre Épître de saint Léon le Grand à saint Flavien, archevêque de Constantinople, et, pendant qu'on la lisait, il dit : « Je le crois ainsi, ô Trinité ineffable : je confesse toutes ces vérités, ô Dieu tout-puissant ; j'ai ce sentiment de vous, ô Jésus-Christ, fils du Dieu vivant ; je pense ainsi de votre divinité, ô Saint-Esprit, Dieu éternel. Enfin, je crois et je confesse un seul Dieu subsistant en la trinité des Personnes, et trois Personnes subsistantes dans l'unité d'une seule nature divine ».

Son humilité était si profonde, qu'il se jugea indigne d'être enterré dans l'enceinte de l'église ; il ordonna de mettre son corps à la porte de la basilique de la Mère de Dieu, avec une épitaphe qu'il dicta lui-même, où il priait tous les passants, qui auraient obtenu dans ce temple l'effet de leurs prières, de ne pas oublier d'intercéder pour le repos de son âme, parce qu'il reconnaissait que ses pénitences avaient été très-légères pour l'énormité de ses fautes. C'est ainsi que ce grand homme parlait de quelques péchés vénériels qu'il avait commis par fragilité pendant sa vie. Enfin il mourut au milieu de ses frères, et révéla, après sa mort, le bonheur dont son âme jouissait dans le ciel.

On le peint : 1° jetant de l'argent dans une rivière ; 2° arrêtant par sa prière la chute d'un rocher que le diable, dit-on, voulait précipiter sur lui ; 3° faisant sortir une source d'un rocher.

74. 43 SEPTEMBRE.

[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]

Saint Amé fut enterré hors de l'église du monastère, comme son humilité le lui avait fait désirer. Mais au bout d'un an, il révéla à un de ses disciples que la volonté de Dieu était que son précieux corps fût transféré dans l'église de la Sainte-Vierge. Il le fut en effet ; et il se fit à son tombeau au concours continu de pèlerins qui reçurent souvent le soulagement dans leurs maladies, et plusieurs autres choses qu'ils demandaient à Dieu par l'intercession de son serviteur.

Vers l'an 910 ses reliques en furent tirées, avec celles des saints Romaric et Adolphe, par Drogon, évêque de Toul, qui les transféra dans le nouveau monastère construit au pied de la montagne, sur l'autre rive de la Moselle. Dans le siècle suivant, en 1051, le pape saint Léon, neuvième du nom, à la prière d'Oda, abbesse de Remirement, délégua Hugues le Grand, archevêque de Besançon, et Udon, primicier de l'Église de Toul, pour constater les vertus et les miracles des saints Amé, Romaric et Adolphe, et de sainte Gébétrude. L'enquête achevée, les reliques des Saints furent solennellement relevées et placées dans la même église, en un lieu plus convenable. Ensuite, les deux délégués firent confirmer par le Pape les miracles dont ils avaient constaté l'authenticité, et en firent insérer la mémoire dans l'office de ces Saints. Léon consacra lui-même le maître-autel de l'église. On faisait mémoire au monastère de Remiremont des diverses translations de ces Saints, les 15 février, 17 mars, 20 août et 13 novembre.

Le premier monastère bâti par le Saint au sommet du Saint-Mont fut renversé par les Huns, et rétabli par l'empereur Louis III, au-delà de la Moselle, au pied de la montagne ; il devint le noyau de la ville de Remiremont. Plus tard, les religieuses prirent le nom et l'habit de chanoinesse, sous la Règle de Saint-Benoît. L'abbesse seule faisait des vœux solennels ; les autres religieuses pouvaient rentrer dans le siècle, et même se marier. L'établissement a subsisté jusqu'à la Révolution.

Acta Sanctorum ; Mabillon ; Surius ; Vie des Saints de Franche-Comté ; Histoire du diocèse de Toul et de celui de Nancy, par M. l'abbé Guillaume.

Événements marquants

  • Éducation au monastère d'Agaune
  • Retraite solitaire dans une grotte près d'Agaune pendant un an
  • Entrée au monastère de Luxeuil sous Saint Eustase
  • Prédication en Austrasie et conversion de Saint Romaric
  • Fondation et direction des monastères de Remiremont
  • Vie érémitique finale dans une grotte étroite au versant de la montagne

Miracles

  • Allongement miraculeux d'une pièce de bois pour sa cellule
  • Source jaillissant du rocher frappé par son bâton
  • Arrêt d'un quartier de roche menaçant sa cellule
  • Guérison d'un estropié
  • Exorcisme d'une religieuse ayant mangé une pomme sans permission
  • Obéissance miraculeuse d'un essaim d'abeilles

Citations

Le Seigneur est mon héritage; je n'ai nul besoin de ces deniers

— Texte source (en jetant l'argent de l'évêque)