Saint Germain de Granfeld et Saint Randoald

Martyrs

Fête : 21 fevrier 7ᵉ siècle • saints

Résumé

Germain, fils de sénateur devenu abbé de Granfeld, et son disciple Randoald furent martyrisés en 670. Ils s'opposèrent à la violence du duc Boniface qui persécutait les habitants de leur vallée. Ils furent percés de lances par des soldats alors qu'ils tentaient de protéger leur communauté.

Biographie

S. GERMAIN DE GRANFELD, ET S. RANDOALD

OU RANDAUD, MARTYRS

618-670. — Pape : Vitalien. — Rois d'Austrasie : Sigebert II et Childéric II.

Trois choses sont nécessaires à des religieux : vivre comme s'ils étaient sourds, muets et aveugles. Cassien. Lib. IV de Const. Iestii.

Germain, fils d'un riche sénateur de Trèves, fut élevé sous les yeux de Modoald, évêque de la même ville. Sa jeune âme, comme si elle n'eût fait que suivre

21 FÉVRIER.

sa pente naturelle, tendait par instinct à se détacher de la terre. À peine eut-il atteint l'âge de dix-sept ans, qu'il distribua aux pauvres tous les biens dont il pouvait disposer, pour aller vivre sous la conduite de saint Arnould, évêque de Metz, qui s'était fait ermite à Romberg, près de Remiremont, en Lorraine. Le maître, charmé de l'innocence et de la ferveur de son disciple, s'intéressa particulièrement à sa perfection. Germain, qui goûtait de plus en plus combien le joug du Seigneur est doux, engagea Numérien, son frère, à embrasser le même genre de vie. Après cette espèce de noviciat, ils se retirèrent tous les deux dans le monastère que saint Romaric venait de fonder à Remiremont, par le conseil de saint Arnould, son ami. La règle qu'on y suivait était celle de Luxeuil ou de saint Colomban. Profondément humble, il recherchait partout la dernière place ; les emplois les plus vils étaient ceux de son choix. On le voyait, lui le fils d'un seigneur, élevé dans le luxe, aller à la forêt et rapporter du bois sur ses épaules.

Cependant son désir de la perfection était si grand qu'il cherchait partout le moyen de le satisfaire. Ayant entendu dire que Luxeuil brillait entre tous les monastères des Gaules, par le nombre et la ferveur de ses membres, il espéra y trouver plus de facilité pour atteindre son but, et résolut de s'y rendre. En effet, l'abbaye de saint Colomban était alors à son plus haut point de splendeur : sous le bienheureux Walbert, six cents, d'autres disent neuf cents moines, louaient et servaient Dieu d'un seul cœur et d'une seule voix. Plusieurs religieux de Remiremont, tendrement attachés à Germain, voulurent le suivre, et tous ensemble passèrent à Luxeuil. L'histoire ne mentionne que saint Chuane et Numérien, frère du Saint. Saint Walbert vit avec allégresse cette nouvelle troupe d'élus augmenter la multitude de ses disciples ; aucun des nouveaux venus ne démentit les espérances qu'il avait fait concevoir. Germain, en particulier, et son jeune frère, déployèrent un nouveau zèle dans les exercices de la pénitence. Leur obéissance et leur mortification étaient exemplaires, et telle était l'estime qu'ils avaient su inspirer, que, Walbert ayant proposé d'élever Germain au sacerdoce, d'une voix unanime toute la communauté applaudit au choix. Mais cette dignité ne fit que l'affermir davantage dans la sainte humilité.

Cependant saint Walbert pensait à répandre au dehors l'abondance des grâces dont son abbaye était le foyer. Sur ces entrefaites, un riche seigneur, le duc Gondoin, qui songeait précisément à fonder un monastère, instruit des intentions du Saint, lui envoya dire de venir le trouver, qu'il mettrait à sa disposition un lieu convenable pour l'exécution de son dessein. Walbert se rendit, en effet, chez le duc, qu'il confirma dans son projet. L'endroit que Gondoin destinait au futur établissement était une vallée agréable et fertile, que le Saint, à cause de son étendue, nomma Grande-Vallée. Une rivière poissonneuse l'arrosait, mais l'entrée en était difficile, à cause des rochers qui l'obstruaient. Walbert agréa ce choix.

Rentré à Luxeuil, il chercha parmi ses compagnons un homme capable de faire prospérer le nouveau monastère, et n'en trouva pas de plus convenable que Germain, qui, depuis treize ans, embaumait la solitude de l'odeur de ses vertus, et ne se distinguait pas moins par sa science que par sa sainteté. Par obéissance, l'humble moine accepta la charge qui lui était imposée. Et telle était l'idée qu'avait Walbert de la haute capacité de Germain, qu'il le chargea en même temps de la conduite de deux autres abbayes, éga-

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lement filles de Luxeuil, Saint-Ursanne et Saint-Paul-en-l’Ile. Il s’appliqua avec zèle à ses fonctions, et fit fleurir la discipline monastique au sein des trois établissements qui lui étaient confiés, sans toutefois négliger leurs intérêts temporels. On cite, en particulier, les travaux qu’il fit exécuter pour rendre plus facile l’entrée de Granfeld, et la basilique dédiée à saint Maurice, qu’il y fit construire. Il dota aussi d’une vaste église le monastère de Saint-Ursanne.

Mais au moment où tout prospérait au gré de ses vœux, le pieux protecteur de Granfeld mourait, et laissait pour successeur un homme animé de sentiments bien différents. Boniface sembla prendre à tâche de détruire tout ce que Gondoin avait fait. Il commença par exercer des vexations contre les habitants de la vallée, sujets du monastère, sous prétexte qu’ils avaient toujours été rebelles envers son prédécesseur. Ceux-ci eurent beau protester de leur innocence, la persécution n’en continua pas moins son cours. Germain prit en main la défense de ses sujets, il ne réussit qu’à s’attirer la haine de Boniface. Un arrêt de proscription fut lancé contre les habitants de la vallée : quel que fût leur âge ou leur ancienneté de possession, on les contraignit de partir pour l’exil. Ils résistèrent. Alors le cruel seigneur fait venir un corps d’Allemands, et paraît un jour subitement, à leur tête, à l’entrée de Granfeld.

De toutes parts, les Allemands se répandent, mettent le feu aux édifices, et en massacrent les habitants. La vallée entière est un théâtre de désolation. Le saint abbé, ému jusqu’au fond des entrailles, verse un torrent de larmes amères, et s’écrie, les yeux et les mains élevés vers le ciel : « Voyez, Seigneur, voyez ! et ne nous abandonnez pas ; car nous sommes livrés à de cruels ennemis ! » Comme il s’avançait pour rentrer au monastère avec Randoald, un de ses disciples qu’il avait appelé pour l’aider à soustraire aux profanations les reliques et les livres du monastère, il voit un groupe de soldats furieux s’élancer vers lui. Il cherche à les adoucir. « Mes enfants », leur dit-il, « ne souillez pas vos mains de si horribles forfaits : épargnez les serviteurs de Dieu ». Mais les soldats, insensibles à ses prières, commencent par lui arracher ses vêtements. Voyant bien que son heure approchait, il dit à Randoald : « Pardonons, mon frère, et gardons notre paix, car nous recueillerons aujourd’hui le fruit de nos travaux ». Lorsqu’il fut dépouillé de ses habits, il s’écria avec l’accent de la joie : « Je vous rends grâces, ô bon Pasteur ! de ce que vous ne m’avez pas jugé indigne de votre récompense ; daignez me recevoir avec mon frère dans la compagnie de vos Saints ». Aussitôt une voix du ciel répondit : « Venez, fidèle ministre, les cieux vous sont ouverts. Mes anges applaudissent à votre triomphe, et vont vous introduire dans la Jérusalem céleste ». En ce moment un soldat, plus furieux que les autres, le perce d’un coup de lance, et Randoald après lui. Ils expirent tous deux sur-le-champ. Leurs corps ne furent retrouvés que dans la nuit suivante ; un des moines parvint même à sauver des mains des soldats le cingulon de saint Germain, qui fut conservé comme une précieuse relique, et opéra dans la suite plus d’un miracle. Comme Granfeld était au pouvoir de l’ennemi, on fut obligé de transporter les deux corps à Saint-Ursanne, où la nouvelle de la mort de Germain remplit tous les cœurs de tristesse. Il fut enseveli avec honneur dans l’église qu’il y avait fait construire.

Ce martyre eut lieu la veille de la fête de la Chaire de saint Pierre, le 17 février 670. Germain était âgé d’environ cinquante ans. Il en avait passé

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treize à Luxeuil, et seize ou dix-huit à Granfeld. Son corps fut ramené de Saint-Ursanne, et inhumé dans l'église de son monastère ; il y resta jusqu'à l'an 1477, où il fut relevé avec celui de saint Randoald, et placé sous le maître-autel de la même église. Quand éclata la persécution calviniste, les reliques des deux martyrs furent transportées à Delemont ou Telsberg, au canton de Berne, où s'étaient établis des chanoines, successeurs des moines de Granfeld. De nombreux miracles perpétuèrent la mémoire de saint Germain. Les diocèses de Bâle et Strasbourg célèbrent la fête des saints martyrs Germain et Randoald sous le rite double, le 21 février.

Saints de Franche-Comté ; Saints d'Alsace, etc.

Événements marquants

  • Éducation à Trèves par l'évêque Modoald
  • Distribution des biens aux pauvres à 17 ans
  • Noviciat à Remiremont sous saint Arnould et saint Romaric
  • Séjour de 13 ans à l'abbaye de Luxeuil sous saint Walbert
  • Élévation au sacerdoce
  • Nomination comme premier abbé de Granfeld (Moutier-Grandval)
  • Défense des habitants de la vallée contre le duc Boniface
  • Massacre par des soldats allemands

Miracles

  • Voix céleste répondant à Germain avant sa mort
  • Miracles opérés par son cingulon (ceinture) après sa mort

Citations

Pardonnons, mon frère, et gardons notre paix, car nous recueillerons aujourd’hui le fruit de nos travaux.

— Paroles de S. Germain à S. Randoald