Saint Agile (Aile)
Premier abbé de Rebais
Résumé
Fils de nobles bourguignons, saint Agile fut confié dès l'enfance à saint Colomban à Luxeuil. Après une mission d'évangélisation en Bavière, il devint en 636 le premier abbé du monastère de Rebais, fondé par saint Ouen. Il y brilla par son humilité, sa charité envers les pauvres et de nombreux miracles jusqu'à sa mort vers 650.
Biographie
SAINT AGILE OU AILE, PREMIER ABBÉ DE REBAIS,
AU DIOCÈSE DE MEAUX
Ce n'est pas un grand mérite d'être humble dans une position infime, mais c'est une grande et rare vertu d'être humble au milieu des honneurs.
Saint Bernard.
Saint Agile, que nous appelons vulgairement saint Aile, eut pour père Agnoald, un des principaux seigneurs de la cour de Childebert II, roi d'Austrasie et de Bourgogne; sa mère s'appelait Deutérie, et était aussi d'une naissance distinguée et de la première noblesse de Bourgogne: l'un et l'autre étaient d'accord pour mener une vie très-chrétienne, qui servait de modèle de perfection à tous ceux qui les connaissaient. Ils s'exerçaient avec une grande exactitude à la pratique de toutes les œuvres de piété et de charité envers le prochain, soutenant de leurs biens et de leur autorité les pauvres veuves et les orphelins, faisant de grandes aumônes, recevant chez eux les pèlerins et les voyageurs, et se rendant les protecteurs des affligés; ces exemples contribuèrent merveilleusement à inspirer de bons désirs et à donner une sainte éducation au petit Agile. Ses parents eussent bien souhaité le conserver dans leur famille pour leur propre satisfaction; mais saint Colomban, qui était venu d'Irlande en France, étant venu loger chez Agnoald, père de notre Saint, et ayant reconnu les rares qualités et les saintes inclinations de son fils, alors âgé de sept ans, fit connaître à son père qu'il devait consacrer son fils au service de Dieu. Les pieux parents, obéissant à ces conseils, prièrent saint Colomban de donner sa bénédiction à leur enfant, et ils le conduisirent bientôt au monastère de ce saint abbé, à Luxeuil, en Bourgogne.
Agnoald, faisant ainsi un sacrifice à Dieu de son fils, voulut aussi faire des présents dignes de sa libéralité au monastère de saint Colomban. Il donna des livres, des meubles et d'autres biens convenables pour augmenter la facilité de recevoir un plus grand nombre de religieux. Le jeune Aile fut
SAINT AGILE OU AILE, PREMIER ABBÉ DE REBAIS.
confié aux soins de saint Eustase, personnage également pieux et savant, qui élevait dans le même monastère plusieurs autres enfants nobles, auxquels il apprenait les premiers principes de la vie chrétienne et de la solide piété, en même temps qu'il leur enseignait les lettres humaines. Eustase réussissait si heureusement dans cet office, qu'il est sorti de son école plusieurs saints prélats qui ont illustré dans la suite plusieurs Églises de France.
Sous un si bon maître, le petit Agile fit dans la science et dans la vertu des progrès remarquables. Quoiqu'il ne négligeât pas les auteurs qu'il était à propos de consulter et de lire pour se perfectionner dans les sciences humaines, il préférait néanmoins à toutes choses l'étude des saintes Écritures; il se mortifiait par des jeûnes et des veilles continues; il était très-assidu à la prière et le plus humble et le plus obéissant de tous ses confrères, se regardant toujours comme le dernier de tous. Il pratiquait ces vertus avec tant de fidélité et d'une manière si judicieuse, qu'il s'attira l'estime et la bienveillance, non-seulement de tous ceux qui vivaient avec lui, mais encore des courtisans du prince, qui étaient les moins capables d'approuver de telles pratiques de vertus.
Agnoald, père de saint Aile, étant mort, le monastère de Saint-Colomban perdit en sa personne un puissant protecteur; peu de temps après, la reine Brunehaut, veuve de Sigebert et mère de Childebert, livra une rude persécution à saint Colomban, qu'elle ne pouvait souffrir, à cause de la fermeté avec laquelle il défendait aux femmes l'entrée de son monastère, sans acception de personne; elle le fit même chasser de Luxeuil par son petit-fils Thierry, roi de Bourgogne, avec ordre de s'en retourner en Irlande. Saint Eustase, successeur de saint Colomban, montrant la même constance, Brunehaut le persécuta aussi; elle fit publier, sous le nom du roi, son petit-fils, une défense à tous les religieux de Saint-Colomban de sortir de l'enceinte de leur maison.
Saint Eustase et ses religieux députèrent Aile auprès du roi Thierry, pour tâcher d'adoucir son esprit, et de lui faire changer de sentiment; mais il fut arrêté par des soldats qui gardaient le monastère pour empêcher la sortie d'aucun religieux; l'un d'eux l'ayant voulu frapper de son épée, le bras et la main de ce téméraire demeurèrent perclus, et il ne put même faire un pas, ni bouger de sa place jusqu'à ce que le Saint eut prié pour lui; ce soldat fut converti par ce miracle et devint un bon religieux dans le monastère de Luxeuil. Le prince, instruit de cette merveille, fit à Aile le meilleur accueil, et confirma la règle qui défendait l'entrée du monastère aux femmes. Notre Saint revint même chargé de présents que ce prince et la reine son épouse lui firent pour l'église de Luxeuil. Cinq ou six ans après (617), saint Aile et l'abbé Eustase furent choisis par une assemblée d'évêques pour porter les lumières de l'Évangile au-delà des Vosges et du Jura, et jusqu'en Bavière. Ils y convertirent beaucoup d'infidèles. Saint Aile soutenait ses prédications par des œuvres miraculeuses qui ne contribuaient pas peu à confirmer les nouveaux convertis dans leur foi.
Entre autres merveilles, il chassa un esprit immonde du corps d'un possédé, qui se plaignait ouvertement de voir détruit l'empire qu'il exerçait depuis si longtemps sur les peuples de ce pays. Il prédit à un père de famille que deux de ses enfants, qu'il bénit, seraient élevés à de hautes dignités dans le siècle, et qu'ils deviendraient ensuite de grands serviteurs de Dieu. Il rendit aussi la vue à une jeune fille qui l'avait perdue. Notre Saint, étant lui-même tombé dans une fièvre très-ardente qui l'obligea de s'arrêter en
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chemin et d'interrompre ses travaux, Eustase, son abbé, qui avait pour lui une estime et une amitié singulières, et qui connaissait son pouvoir auprès de Dieu, l'engagea à demander lui-même sa santé à Celui qui, seul, pourrait le guérir en un moment. Saint Aile, suivant le désir de son supérieur, pria, et reçut aussitôt une parfaite guérison.
De retour à Luxeuil, saint Aile continua d'édifier cette abbaye jusqu'à ce que Dieu l'appelât au gouvernement de Rebais. C'était un monastère nouvellement bâti, dans le diocèse de Meaux, par saint Ouen, qui n'était encore que laïque et référendaire ou chancelier de France. Saint Faron lui ayant fait connaître quel était le mérite et la capacité de saint Aile pour bien gouverner, il fit tout ce qu'il put pour le retirer du monastère de Luxeuil et le faire venir à Rebais. Cette affaire était d'autant plus difficile, que les peuples des diocèses de Besançon, de Langres, de Metz et de Toul, ne pouvaient se résoudre à être privés des prédications, des bons conseils et des miracles de cet homme apostolique. Saint Ouen fit intervenir l'autorité royale pour obtenir ce qu'il désirait, n'ayant d'autre vue en cela que la gloire de Dieu. Saint Aile fut donc obligé de quitter le monastère de Luxeuil; il se rendit, suivant les ordres de son prince et les désirs de saint Ouen, à Rebais, où il fit achever de bâtir, avec beaucoup d'économie et de prudence, le monastère que l'on avait déjà commencé; et, après que saint Faron, saint Amand et quelques autres évêques eurent fait solennellement la dédicace de l'église, les prélats, dans une assemblée tenue à Clichy, établirent saint Aile premier abbé de ce lieu (636).
Cet humble serviteur de Dieu, se voyant élevé au-dessus des autres, se regarda comme le dernier de la maison, à qui on aurait seulement donné charge de pourvoir à tout: il nourrissait son troupeau autant par la sainteté de sa conduite, que par l'éloquence et l'onction de ses pieuses exhortations; il devint un exemple parfait de toutes les vertus, et augmenta ses jeûnes, ses veilles, ses mortifications et ses oraisons. Il était très-libéral envers les pauvres, et recevait avec beaucoup de charité les pèlerins et les étrangers. Une fois, entre autres, ayant aperçu sur le soir, à la porte de son monastère, un pauvre tout ulcéré, qui priait qu'on lui donnât le logement, il lui ouvrit et ordonna qu'on allât lui préparer à manger; le pauvre ayant dit qu'il ne pouvait marcher aisément, le charitable abbé le prit sur ses épaules et le porta au lieu destiné pour le recevoir; mais il fut bien étonné de remarquer que ce fardeau, qui devait être naturellement lourd, était devenu sans pesanteur. Il continua ses œuvres de charité envers cet inconnu; il prit un bassin, de l'eau et des linges pour lui laver les pieds et essuyer ses plaies; mais il arriva une autre merveille: son hôte disparut en un instant, et cela donna lieu de croire que ce pauvre n'était pas du nombre de ceux qui paraissent ordinairement sur la terre. Un autre jour, comme il avait fait donner à des pèlerins un peu de vin qui restait seulement pour offrir à la messe, tous en ayant bu autant qu'ils souhaitaient, le vase demeura plein jusqu'à par-dessus les bords; saint Aile pria les assistants de ne publier cette merveille qu'après sa mort. L'esprit infernal ne pouvant supporter les charités et les aumônes de ce saint Abbé, lui apparut sous la figure d'un horrible dragon, qui le menaçait; mais le Saint, ayant confiance en Dieu, triompha facilement de ses menaces par le seul signe de la croix: par ce même signe, auquel il joignit la prière, il sut dissiper une furieuse tempête, accompagnée de tonnerre et d'éclairs qui menaçaient des ouvriers qui faisaient la moisson; saint Aile, les religieux qui l'accompagnaient et les moissonneurs, ne reçurent aucune goutte d'eau, quoique des
SAINT GAUZLIN, TRENTE-QUATRIÈME ÉVÊQUE DE TOUL ET CONFESSEUR. 353
torrents de pluie tombassent sur toutes les terres qui environnaient les champs où ils étaient.
Tant de merveilles et une si grande sainteté, attirèrent un grand nombre de personnes nobles, de la cour et des autres endroits du pays, qui embrassèrent l'état religieux, sous la sage conduite de l'abbé de Rebais. Saint Philibert, premier abbé de Jumièges, en Normandie, fut un des plus célèbres disciples de saint Aile. Enfin, après avoir ainsi travaillé pour la gloire de son Dieu, et avoir formé à son service un grand nombre de saints personnages qui ont depuis soutenu la gloire de l'état monastique, étant fort âgé, et n'ayant plus de désirs que pour le ciel, il pria Dieu de le retirer de ce monde; sa prière ne fut pas longtemps sans être exaucée, car, peu de temps après, ce vénérable abbé mourut le 30 du mois d'août, vers l'an 650, âgé d'environ soixante-sept ans. Plusieurs malades, qui implorèrent son assistance, reçurent subitement la santé dans le temps qu'on se disposait à le mettre en terre. Un religieux du monastère, qui était travaillé d'une fièvre très-violente, reçut une parfaite guérison en touchant un linge qui était sur son cercueil. Un autre religieux, qui souffrait d'un mal de dents fort douloureux, fut aussi sur-le-champ délivré de cette incommodité, en faisant toucher sa tête au tombeau du Saint.
Saint Agile ou saint Aile est en grande vénération à Rebais et dans tous les environs. À un kilomètre de la ville existe une chapelle, où les pèlerins se rendent le vendredi de chaque semaine. Cette chapelle vient d'être reconstruite par les soins de M. l'abbé Remy, fondateur de l'Orphelinat agricole de Saint-Aile. Le chœur de l'église paroissiale de Rebais servait d'oratoire à saint Aile; c'est là qu'il a été inhumé, et on possède encore la pierre qui recouvrait son tombeau. Il ne reste des reliques de saint Aile qu'un os du bras; elles ont été détruites pendant la Révolution. Une procession solennelle, où l'on porte les châsses, a lieu le lundi de la Pentecôte.
Il ne reste plus rien de l'ancien monastère de Rebais: le marteau révolutionnaire a tout détruit. On voit cependant encore quelques ruines insignifiantes sur l'emplacement de l'abbaye.
Mabillon; Légendaire de Marinie; Notes locales fournies par M. Cottin, curé-doyen de Rebais.
Événements marquants
- Entrée au monastère de Luxeuil à l'âge de sept ans
- Ambassade auprès du roi Thierry pour défendre le monastère
- Mission d'évangélisation en Bavière avec saint Eustase (617)
- Nomination comme premier abbé de Rebais (636)
- Mort à l'âge d'environ soixante-sept ans
Miracles
- Guérison du bras d'un soldat perclus
- Exorcisme d'un possédé en Bavière
- Restitution de la vue à une jeune fille
- Auto-guérison d'une fièvre ardente par la prière
- Disparition d'un pauvre ulcéré porté sur ses épaules (poids miraculeux)
- Multiplication du vin pour des pèlerins
- Dissipation d'une tempête par le signe de la croix
- Guérisons posthumes par contact avec son cercueil ou son tombeau
Citations
Ce n'est pas un grand mérite d'être humble dans une position infime, mais c'est une grande et rare vertu d'être humble au milieu des honneurs.