Saint Bavon, Comte d'Hesbaye

Ermite et Confesseur, Patron de Gand et de Haarlem

Fête : 1er octobre 7ᵉ siècle • saint

Résumé

Noble comte d'Hesbaye au caractère violent, Bavon se convertit après la mort de son épouse sous l'influence de saint Amand. Il distribua ses richesses et embrassa une vie d'ermite d'une austérité extrême, vivant d'abord dans un arbre puis comme reclus à Gand. Il est aujourd'hui le saint patron des villes de Gand et de Haarlem.

Biographie

SAINT BAVON, COMTE D'HESBAYE,

ERMITE ET CONFESSEUR, PATRON DE GAND ET DE HAARLEM

Vers 654. — Pape : Saint Eugène Ier. — Roi d'Austrasie : Sigebert II. — Roi de Neustrie et de Bourgogne : Clovis II.

Non quia magnus eras, te gloria magna hantum Sed contempta decus gloria magna facit.

Ce n'est point la grandeur de ta naissance qui fait aujourd'hui ta gloire : elle te vient, au contraire, de ce que tu l'as méprisée. Saint Livio, Épitaphe de saint Bavon.

Cet illustre pénitent, l'une des gloires de la religieuse Belgique, accompagna quelque temps dans ses missions l'apôtre saint Amand, dont Dieu s'était servi pour l'œuvre de sa conversion. Leurs rapports mutuels méritent d'être rappelés pour l'édification des âmes chrétiennes.

Saint Bavon naquit de parents illustres qu'il paraît avoir perdu de bonne heure. Peut-être cette circonstance l'empêcha-t-elle de recevoir une éducation de famille qui aurait pu adoucir la sauvage rudesse de son caractère et modérer l'impétuosité de ses penchants. Dès ses premières années il se signala tristement par tous les excès auxquels une ardente nature, viciée dans sa direction, peut emporter un jeune homme qui n'a d'autre règle que sa volonté et ses caprices. Allié par son père Agilulfe, comte d'Hesbaye, et sa mère, la noble Adeltrude, aux plus illustres familles d'Austrasie, et en particulier à la maison des Pépin, Bavon demanda et obtint du comte Odilon la main de sa fille, dont les chastes attraits avaient subjugué son cœur. Cette alliance était une grande faveur du ciel accordée à Bavon : il serait difficile de dire s'il y correspondit d'abord. Tout porte à croire que le terrible leude ne reçut que plus tard le premier coup de la bouche d'une enfant, dont la naissance avait encore resserré les liens qui l'unissaient à sa vertueuse compagne. Aglétrude, innocente petite fille, croissait en âge et en piété sous les yeux de ses parents et appelait par ses supplications les miséricordes de Dieu sur son père, devenu par ses emportements l'effroi de toute la contrée. Ces deux âmes, qui n'avaient d'autre force que leurs prières, commencèrent à fléchir cet homme que rien sur la terre n'aurait su maîtriser.

Tel était Bavon ; son âme, déjà ébranlée par les vertus de son épouse et de sa fille, aspirait à rentrer dans la bonne voie, quand il se sentit frappé au cœur à une époque où saint Amand était de retour dans ces contrées après une de ses missions. Sa pieuse compagne, comme une fleur moissonnée avant le temps, commence tout à coup à languir, à perdre ses forces, et bientôt elle descend au tombeau. La douleur de Bavon ne saurait s'exprimer. Les larmes, les sanglots, les rugissements qu'il poussait dans sa

SAINT BAYON, COMTE D'HESBAYE, ERMITE ET CONVESSEUR.

tristesse, brisaient les cœurs les plus durs. C'était l'heure de la grâce : il y fut fidèle cette fois.

En ces jours de deuil, le nom d'Amand retentit à son oreille. Aussitôt Bavon sent s'éveiller en lui des désirs qui l'agitent et le pressent. Il quitte son château, trop longtemps témoin de ses violences, et se dirige vers le monastère de Gand. Là, tout en larmes, il se jette aux pieds d'Amand, puis, faisant l'humble aveu de ses crimes, il demande la pénitence. « Saint pontife », s'écrie-t-il, « pour le salut de mon âme, donnez-moi de sages conseils. Je veux les suivre ; je veux corriger ma vie tout entière et la purifier. Je m'abandonne à vous, saint pontife ; ayez pitié de moi, sauvez-moi ». Saint Amand, au comble du bonheur, relève Bavon, le reçoit avec charité comme une brebis qui rentre au bercail, et mêlant les larmes de la joie à celles du repentir, il lui déclare qu'il est prêt à se sacrifier lui-même, s'il le fallait, pour le sauver.

Après ces premiers transports et ces épanchements mutuels du cœur, le saint missionnaire adresse à Bavon de salutaires avertissements. Il lui représente le profond dégoût que l'âme chrétienne doit avoir pour un monde plongé dans la malice ; où les vertus sont méprisées, les passions et les vices honorés. Il lui remet devant les yeux les douceurs ineffables de la cité céleste, où les justes béniront le Seigneur durant l'éternité et où tous ceux qui ont été saintement unis sur la terre se retrouveront auprès du trône de Dieu. Amand lui disait encore les efforts du démon pour détourner les hommes du salut, et les délicieuses consolations que Dieu répand dans le cœur de ceux qui se dévouent à son service.

Bavon écoutait ces paroles du saint évêque : elles tombaient sur son cœur comme une rosée douce et féconde, qui allait produire des fruits abondants. En ce moment tous les souvenirs de sa vie passée se représentent à sa mémoire ; il se rappelle les vertus de son épouse, qu'il reverra dans le séjour de bonheur promis au repentir comme à l'innocence ; il se rappelle les douces caresses et les prières de la petite Agitétrude, l'image vivante de sa mère ; puis après, reportant de nouveau sa pensée sur les crimes de sa jeunesse, il laisse un libre cours aux sanglots qui s'échappent de sa poitrine et aux larmes dont son visage est inondé. Mais Amand adoucit sa douleur et lui répète sans cesse que le Seigneur est bon, plein de miséricorde, et qu'il ne veut point la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive.

Bavon avait déchargé son cœur du pesant fardeau de ses iniquités ; il commençait à goûter les douceurs de la paix dans une conscience purifiée. Après plusieurs jours passés auprès de saint Amand, il retourna dans son château. Arrivé au milieu des siens, cet homme, jusqu'alors la terreur du pays, et dont ses serviteurs eux-mêmes n'approchaient qu'en tremblant, se met à distribuer ses biens aux pauvres, aux infirmes, aux malheureux de toute condition. Sa parole, autrefois dure et hautaine, est devenue douce et pleine de bonté ; ses manières respirent la bienveillance et la plus affectueuse charité. L'humilité de ses sentiments, la sagesse de sa conduite, édifient tous ceux qui le voient, et chacun répète, en bénissant Dieu, que la grâce a touché Bavon et qu'il est devenu un homme nouveau.

Ayant partagé ses richesses aux pauvres et aux églises de la contrée, Bavon acheva de mettre ordre à ses affaires temporelles. Puis il revint auprès de saint Amand, portant l'olivier de la paix, en fuyant, comme la colombe, ce monde qu'il n'avait que trop longtemps habité. Amand, aussi prudent dans la conduite des âmes qu'il était zélé pour l'honneur et le ser-

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vice de Dieu, reçut avec bonté l'humble pénitent qui lui demandait la tonsure, afin de s'établir, par ce choix libre de sa volonté, dans l'heureuse nécessité de mieux vivre désormais. Il rappelle à Bavon qu'il est libre de rester dans le monde pour y mener une vie chrétienne, mais qu'une fois admis dans la milice cléricale ou monastique, il ne pourra plus rompre cet engagement, malgré les tentations par lesquelles le démon ne manquera point de l'assaillir. Rien ne put ébranler la résolution du noble Bavon.

Saint Amand, l'embrassant alors comme un fils bien-aimé, le conduit dans l'église du monastère. Là, prosterné devant l'autel, le pénitent dépose tout ce qui lui reste de ses insignes de guerrier et reçoit, avec un bonheur que ses larmes trahissent, l'humble tonsure des clercs. Dès ce moment il se soumet à la discipline religieuse sous la direction de Florbert, l'un des disciples de saint Amand. Quelquefois aussi il demande au saint missionnaire de l'accompagner dans ses voyages, afin de s'instruire de plus en plus dans sa compagnie et d'expier par toutes sortes de fatigues et de privations les désordres de sa vie passée. Or, telle était la ferveur de Bavon, qu'elle ne lui laissait échapper aucune occasion de témoigner la vivacité de son repentir. Un jour, il rencontre un de ses anciens serviteurs qu'il avait quelques années auparavant maltraité, frappé et fait mettre en prison. À sa vue la douleur le saisit : il s'approche de cet homme et se jetant à ses pieds : « Je t'en conjure », s'écrie-t-il, les larmes aux yeux, « oublie le mal que je t'ai fait et traite-moi comme je t'ai traité moi-même. Frappe mon corps de verges ; dépouille-moi de ma chevelure comme un larron, et conduis-moi dans la prison, les pieds et les poings liés ». L'ancien serviteur de Bavon, surpris et confus, refuse d'exécuter cet ordre. Il n'oserait porter la main sur un homme autrefois son maître et qui lui apparaît aujourd'hui avec toutes les marques d'un pénitent public. Mais Bavon le presse, le sollicite, le conjure, et fait tant d'instances qu'enfin il y consent. Le vassal lie donc les terribles mains de ce comte d'Hesbaye ; il lui coupe les cheveux, lui met des entraves aux pieds et aux poings, et le conduit en cet état dans une prison. Bavon bénissait Dieu de pouvoir lui donner cette satisfaction ainsi qu'aux hommes qu'il avait si souvent scandalisés et outragés par ses violences. Il resta quelque temps dans ce lieu, répandant des larmes en abondance, puis il retourna dans son monastère.

Cependant Bavon continue de se livrer aux plus effrayantes macérations. Couché sur la dure et le corps couvert d'un cilice, il ne prend pour nourriture qu'un pain d'orge détrempé dans l'eau à laquelle il mêle souvent ses larmes. Ses pieds sont dans des entraves semblables à celles des criminels renfermés dans les cachots ; et comme si ces mortifications eussent été insuffisantes, il demande bientôt à mener la vie des reclus dans une étroite demeure. Cette prière, dictée par le repentir d'une âme généreuse, fut accueillie. Il sortit donc de la ville de Gand, et s'étant retiré dans un bois appelé Beila, il se renferma dans le creux d'un vieil orme qu'il trouva assez spacieux pour lui servir de cellule. Il se crut mieux logé dans cette maison que la nature lui avait préparée, que dans les palais les plus beaux et sous les lambris dorés. Sa pauvreté, qui était extrême, lui semblait plus abondante que l'abondance même des princes et des souverains. Il n'y vivait presque que d'oraisons et de louanges de Dieu qu'il répétait continuellement jour et nuit ; sa nourriture corporelle était très-modique : elle se composait de fruits, d'herbes et de racines sauvages. Il fut enfin découvert

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en ce lieu, et ce fut assez pour y attirer une infinité de personnes qui y accoururent, les unes pour écouter ses instructions, celles-ci pour lui demander le secours de ses prières, celles-là, enfin, pour admirer sa manière de vivre, semblable à celle de saint Jean-Baptiste et des premiers habitants des déserts.

Comme il se vit trop inquiété par cette multitude de personnes de toutes sortes d'états et de conditions, il s'enfuit la nuit dans une forêt extrêmement épaisse, appelée Medmedung. Ayant éclairci un petit endroit en coupant les ronces et les épines qui y étaient, il se bâtit une pauvre cellule de branches d'arbres, de cailloux et de boue. Il y demeura quelque temps sans être connu de personne, n'ayant plus de conversation qu'avec Dieu et avec les Saints. Oh ! qu'il avait de joie d'être ainsi séparé de tout ce qui pouvait attacher son cœur et l'empêcher de s'élever à tous moments vers le ciel ! Des noix et des pommes sauvages, qu'il cueillait sur les arbres, faisaient son aliment ; et, si la soif le pressait, il l'apaisait par l'eau d'un ruisseau qui coulait auprès de son ermitage. Mais, quoiqu'il fût si bien caché, il ne laissa pas néanmoins d'être encore découvert ; et comme il n'était qu'à deux lieues de Gand, il vit aussitôt la foule se faire un chemin au travers des broussailles, pour avoir le bonheur de le venir voir. Ce concours prodigieux lui fit croire que sa solitude, qui le rendait singulier et le faisait remarquer entre les clercs et les moines, lui pourrait être plus nuisible que la vie de communauté ; aussi, ayant appris que saint Amand, qui continuait toujours de travailler à l'avancement de la religion dans la ville de Gand, avait assemblé des religieux sous la conduite du vénérable abbé Florbert, il demanda d'y être admis. La joie de son entrée fut mutuelle ; autant il eut de consolation d'être reçu dans cette maison de prière et de mortification, autant les religieux qui l'avaient souhaité eurent-ils d'allégresse de voir parmi eux un homme que sa naissance, sa vertu et sa vie toute miraculeuse rendaient déjà si célèbre dans tout le pays. Comme on lui bâtissait une cellule, le charretier qui menait des pierres et du bois, tomba de sa voiture et eut les jambes écrasées. Le Saint pria pour lui avec tant d'instance, qu'il le guérit ; ce qui confirma merveilleusement tout le peuple, non seulement dans l'estime de sa sainteté, mais aussi dans la croyance en la résurrection des morts et en tous les autres points de notre religion.

Après quelques années de pénitence dans cette cellule, Bavon fut inspiré d'entreprendre une nouvelle encore plus rude et plus longue que toutes celles qu'il avait faites jusqu'alors ; il se pratiqua donc à lui-même une caverne si basse et si étroite, que, faute de hauteur, il ne pouvait être tout à fait debout, et, faute d'étendue, il ne pouvait être ni couché, ni assis, mais seulement courbé ; l'évêque saint Amand et l'abbé Florbert approuvèrent sa dévotion et le conduisirent même solennellement dans ce lieu, accompagnés du clergé et du peuple qui chantaient des psaumes et des hymnes. Bavon entra dans cette horrible prison avec une joie et une consolation qui ne peuvent s'exprimer. Son abstinence y fut extrême : il ne mangeait qu'un peu de pain sans goût et sans levain, et ne buvait qu'un peu d'eau. Son sommeil était très-court, et, durant son sommeil même, son âme, accoutumée à la contemplation, ne laissait pas de s'unir intimement à son Seigneur. Sa vie n'était qu'une prière et un amour de Dieu continuels. Au reste, on ne peut se faire une idée du bien qu'il fit à tout ce pays. Il y avait sans cesse du monde autour de sa grotte : il réconciliait les per-

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sonnes animées l'une contre l'autre, accommodait les procès, convertissait les pêcheurs, instruisait les ignorants, embrasait les fidèles du feu de l'amour divin. Si ses paroles n'étaient pas assez fortes pour gagner quelques endurcis, ou pour détourner les fléaux de la justice de Dieu, il redoublait ses abstinences et pratiquait des austérités inouïes. En un mot, il ne s'intéressait pas moins au bien spirituel des villes, des diocèses, des particuliers, que s'il en eût été chargé de Dieu, et s'il en eût dû rendre compte au tribunal de sa justice.

Le démon, ne pouvant souffrir les grandes victoires que cet admirable soldat de Jésus-Christ remportait sur lui, usa de toutes sortes de ruses et d'artifices pour l'intimider, le remplir d'effroi et lui faire abandonner sa solitude. Quelquefois il ébranlait ce frêle bâtiment par des vents et des tempêtes épouvantables ; d'autrefois il l'environnait de feu et de flammes ; quelquefois aussi il faisait paraître tout autour de lui une infinité de dragons, de lions, d'ours, de loups et d'autres bêtes sauvages. Mais Bavon se moquait de ces spectres, et, s'appuyant sur le secours de son Dieu, il défiait tout l'enfer de l'arracher et de le faire sortir de sa prison volontaire. Un jour, après un rude combat, il s'endormit un peu de lassitude, et pendant son sommeil, un ange lui apparut sous la forme d'une colombe, et remplit son âme et ses sens de tant de délices, qu'il croyait déjà être dans le ciel. Il ne pensa plus depuis qu'à quitter la terre pour aller jouir du bonheur de la vue de Dieu. Il fut encore assuré de sa béatitude par une croix de lumière qui descendit sur sa tête en présence d'une grande multitude de peuple, accouru pour recevoir ses instructions.

L'heure de son décès approchant, il souhaita d'être assisté, dans ce dernier moment, par un saint prêtre nommé Domlin, curé de Turnhout. Ce prêtre était fort éloigné, et le garçon qui assistait notre Saint ne savait pas le chemin de son presbytère ; il se mit néanmoins en état d'y aller ; un ange s'étant joint à lui, le conduisit sûrement, et le ramena avec ce vénérable ecclésiastique, dont saint Bavon souhaitait la présence. Peu de temps après, une troupe d'esprits bienheureux descendit dans sa cellule pour recevoir son âme et la porter dans le séjour de la béatitude. « Adieu », dit-il alors aux assistants, « adieu, sainte compagnie de serviteurs de Dieu ; Jésus-Christ est lui-même présent. Mon âme, sors de ta prison et va au-devant de lui ». Disant ces mots, il expira. C'était le 4e octobre, vers 654. Les religieux étaient tous baignés de larmes ; mais ils furent consolés lorsqu'ils apprirent que cette âme bienheureuse était apparue à sainte Gertrude, afin de la prier d'envoyer des linceuls pour ensevelir son corps. Son convoi fut environné non-seulement de prêtres et de religieux, mais aussi de seigneurs et de nobles, et surtout d'un nombre infini de pauvres, de veuves, d'orphelins et de misérables, qui ne pleuraient pas moins amèrement sa mort que s'ils eussent perdu leur père et leur mère.

On représente saint Bavon : 1er retiré dans le creux d'un arbre qui lui sert de cellule ; 2e portant, comme marque de sa noblesse, soit une armure, soit un riche costume, et une épée nue à la main ; 3e ayant sur le poing gauche un faucon, en signe de seigneurie ; 4e coiffé d'une toque panachée, vêtu d'un long manteau de prince, et tenant parfois un livre à la main, pour indiquer les méditations auxquelles il se livra dans sa retraite ; 5e guérissant, comme nous l'avons dit, un homme qui avait eu les jambes brisées par son chariot ; 6e portant une église sur la main, comme fondateur (du moins par l'intermédiaire de ses disciples) de l'abbaye de Saint-Pierre de Gand, qui plus tard prit le nom de Saint-Bavon ; 7e avec le bour-

don et le bâton de l'ermite ; 8e ayant parfois entre les bras une grosse pierre qu'il transporte dans son ermitage pour s'en servir comme d'oreiller. Cette pierre se conserva longtemps à Mendonck (Flandre orientale), en mémoire du Saint. On invoque saint Bavon contre la coqueluche : il est patron de Gand et de Haarlem.

## CULTE ET RELIQUES.

Soixante gentilshommes, touchés de l'exemple que leur avait laissé saint Bavon, se consacrèrent aux austérités de la pénitence. Ils firent bâtir à Gand l'église de son nom, laquelle fut d'abord desservie par des chanoines, puis par des religieux de Saint-Benoît. Le pape Paul III anéantit le monastère en 1537, à la prière de l'empereur Charles-Quint. Ce prince, ayant fait construire une citadelle en cet endroit, transféra le chapitre, trois ans après, dans l'église de Saint-Jean, qui, depuis ce temps-là, possède les reliques et porte le nom de Saint-Bavon. Cette église devint cathédrale, lorsqu'en 1559 Paul IV érigea un évêché à Gand, par la demande que lui en fit Philippe II, roi d'Espagne. Saint Bavon est patron de cette ville, il l'est aussi de l'église de Haarlem (Hollande Septentrionale), où l'on garde avec respect une partie assez considérable de ses reliques.

Vies des Saints de Cambrai et d'Arras, par M. l'abbé Destombes ; Godescard ; Caractéristiques des Saints, par le Père Cahier ; Acta Sanctorum, 1er octobre ; Mabillon ; Vie du Saint, par Thierry, abbé de Saint-Trond ; Lecomte, ad annum 649 ; Pagi, Crit. in Baron., ad annum 631 ; Acta Sanctorum Belgii ; Sanderus, Rec. Gandae.

## LA SOLENNITÉ DU SAINT ROSAIRE

Pontificat de Clément XII (1730-1740).

Saint Dominique convertit cent mille Albigeois en leur faisant connaître et aimer les mystères adorables du saint Rosaire. Insistons sur l'exemple de ce grand ouvrier des gloires temporelles de la Reine des Anges, et nous travaillerons avec fruit à la conversion de ces Albigeois du XIXe siècle qui blasphèment tout ce qu'ils ignorent et se dépravent dans les choses qu'ils n'étudient qu'au profit de leurs abjectes passions.

M. l'abbé Combeint, Instructions.

En action de grâce de la victoire remportée à Lépante, ville forte et port de la Grèce moderne, par les chrétiens, le premier dimanche d'octobre (7 de ce mois), de l'année 1571, le saint pape Pie V (1565-1572) institua une fête annuelle sous le titre de Sainte-Marie de la Victoire. Deux ans après, Grégoire XIII (1572-1585) changea ce titre en celui de Notre-Dame du Rosaire, et approuva un office propre de la fête pour toutes les églises où il y avait un autel dédié sous l'invocation de Sainte-Marie du Rosaire. Clément X (1670-1676) étendit la fête à toutes les églises de la domination espagnole. L'armée de l'empereur Charles VI ayant défait les Turcs près de Temeswar (Hongrie), le jour de la fête de Notre-Dame des Neiges, l'an 1716, et ces infidèles ayant levé le siège de Corfou (l'ancienne Corcyre, chef-lieu d'une des Iles Ioniennes), le jour de l'Octave de l'Assomption de la même année, Clément XII (1730-1740) rendit universel l'office de la fête du Rosaire.

1er OCTOBRE.

Nous avons déjà parlé, dans la vie de saint Dominique de Gusman, de l'établissement du saint Rosaire, qui reconnaît ce bienheureux Patriarche pour son instituteur ; mais, comme c'est en ce temps que l'Église en fait mémoire dans son martyrologe, qu'on en célèbre la solennité dans toutes les églises de l'Ordre des Frères Prêcheurs et dans beaucoup d'autres, qui participent à la même dévotion, nous avons cru qu'il était nécessaire d'en faire ici un discours à part, en faveur de ceux qui composent cette grande Confrérie. Nous remarquons donc qu'il y a trois choses à distinguer dans le Rosaire : sa matière, sa forme et l'union sacrée et religieuse des fidèles qui s'obligent à le réciter, ce que nous appelons Congrégation ou Confrérie.

Pour sa matière, elle consiste dans les prières les plus saintes et les plus augustes qui puissent jamais sortir de la bouche d'un chrétien, à savoir : le Symbole de la foi, composé par les Apôtres au temps de leur séparation, par les lumières et le mouvement du Saint-Esprit ; l'Oraison dominicale, enseignée par Jésus-Christ même à ses disciples, lorsqu'ils lui demandèrent de quelle manière ils devaient prier ; et la Salutation angélique, qui est le salut que l'ange Gabriel apporta du ciel à la glorieuse Vierge, pour lui déclarer qu'elle allait être la Mère de Dieu, avec les bénédictions que sainte Élisabeth, sa cousine, lui donna, lorsqu'elle reçut sa visite, et une supplique que l'Église y ajoute, pour implorer son intercession auprès de Dieu, tant durant notre vie qu'à l'heure de notre mort.

Le Symbole comprend, en douze articles, les principaux mystères de notre foi, et même on peut dire qu'il les comprend tous, puisqu'en confessant la sainte Église catholique, qui est notre mère et notre maîtresse, il embrasse toute sa doctrine et s'attache inséparablement à toutes ses décisions. En le récitant, on fait un acte excellent de foi et de soumission à toutes les vérités révélées ; on adore le Père éternel, comme principe de notre création ; on adore son fils, comme auteur de notre rédemption ; on adore le Saint-Esprit, comme source de notre sanctification. On se porte à ces trois personnes divines dans l'unité de leur essence par un mouvement de pur amour ; on se remplit des mystères de Jésus-Christ naissant, souffrant et glorieux ; on se propose les fins dernières, qui sont la mort, le jugement, la récompense des bons et le châtiment des impies ; on anime son espérance par la considération des secours que les justes se rendent les uns aux autres dans l'union de charité qui est entre eux, et par la vue des remèdes que Dieu a mis dans son Église pour la rémission des péchés. Enfin, on se console des misères de la vie présente par l'attente de la résurrection et d'une vie bienheureuse qui ne finira jamais.

L'Oraison dominicale est la plus excellente et la plus parfaite des oraisons vocales. C'est l'abrégé de toutes les autres, comme Jésus-Christ, selon le prophète Isaïe, est la parole abrégée du Père éternel. Elle contient avec un ordre merveilleux tout ce que l'on peut légitimement demander, soit de spirituel ou de temporel, et tant pour l'exemption du mal que pour l'avancement au bien. Elle s'étend aux bienfaits de la nature, de la grâce et de la gloire, et à ce qui regarde l'honneur de notre Père céleste, notre propre intérêt et celui de notre prochain. Elle renferme des actes éminents de toutes les vertus, comme de la foi, de l'humilité, du détachement des choses temporelles, du désir ardent des biens éternels, de la confiance en Dieu, de la résignation à sa volonté et aux ordres de sa Providence, du

pardon des injures et de la charité envers le prochain. Elle a une force et une vertu merveilleuse, puisque le Père éternel n'a garde de rejeter une prière que son Fils même nous met à la bouche, et dont il est l'auteur et le maître. Enfin, c'est l'unique prière nécessaire à tous les chrétiens, et le modèle par lequel nous devons régler tout ce que nous devons demander.

La Salutation angélique, avec tout ce qui l'accompagne, est le plus rare et le plus éclatant éloge que nous puissions offrir à la glorieuse Vierge Marie. Elle nous découvre ses grandeurs, elle nous explique ses perfections et ses vertus, elle nous représente son crédit infini auprès de Dieu, elle nous rend témoignage de ses bontés et de ses miséricordes envers nous ; elle nous donne l'assurance de nous approcher de son trône et d'implorer son secours, elle nous excite à l'amour et à la confiance envers elle. En un mot, elle nous la fait considérer, non-seulement comme Mère de Dieu, mais aussi comme notre mère et comme la plus tendre et la plus aimable de toutes les mères.

Pour la forme du Rosaire, elle consiste dans l'ordre et la disposition de ces différentes prières. Et, premièrement, après avoir fait le signe de la croix pour se munir contre les tentations du démon, pour implorer le secours de la très-sainte Trinité, pour rapporter cette action à sa plus grande gloire et pour réveiller dans son cœur la mémoire de la passion et de la mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ, on récite le Symbole des Apôtres, comme on le fait au commencement de l'office divin, afin de se disposer à l'oraison par un acte de foi, suivant la doctrine de saint Paul et de saint Jacques, qui disent que celui qui s'approche de Dieu doit croire, et que, pour obtenir ce que l'on demande, il faut le demander avec foi. Ensuite on dit un Pater noster et trois Ave Maria, pour honorer les rapports de la sainte Vierge aux trois Personnes divines : au Père, dont elle est la fille bien-aimée ; au Fils, dont elle a mérité d'être la Mère, et au Saint-Esprit, qui l'a choisie pour la première et la plus excellente de toutes ses Épouses. Enfin (ce qui fait proprement le corps du Rosaire), on dit quinze dizaines d'Ave Maria, en commençant chaque dizaine par un Pater noster, en mémoire des cinq mystères joyeux, des cinq mystères douloureux et des cinq mystères glorieux de Notre-Dame. Les cinq mystères joyeux sont : son annonciation et la conception du Verbe divin dans ses chastes entrailles ; sa visitation et l'influence de grâce que fit son Fils sur saint Jean-Baptiste, l'un et l'autre étant encore dans le sein de leurs mères ; son enfantement et la naissance de Jésus-Christ dans l'étable de Bethléem ; sa purification, et l'offrande qu'elle fit du Sauveur du monde au temple ; son voyage à Jérusalem, et le bonheur qu'elle eut d'y trouver son divin Enfant, âgé de douze ans, après l'avoir perdu. Les cinq mystères douloureux sont : la prière et l'agonie de Notre-Seigneur dans le jardin des Oliviers ; sa cruelle flagellation après avoir été pris, lié, couvert de soufflets et honteusement dépouillé ; son couronnement d'épines et l'opprobre qu'il reçut quand il fut présenté au peuple dans un état si ignominieux : ses accablements sous le fardeau de la croix, lorsqu'on le traîna au Calvaire, chargé de cet instrument de son supplice ; son crucifiement entre deux larrons, suivi de sa mort et de sa sépulture. Les cinq mystères glorieux sont : la résurrection du Sauveur, et la gloire inestimable dans laquelle il se fit voir à cet instant à sa très-sainte Mère, pour essuyer ses larmes et lui faire part de son bonheur ; son ascension dans le ciel, et les transports amoureux de cette divine Mère, pour l'y accompagner d'esprit et de cœur, jusqu'à ce qu'elle pût lui être

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réunie effectivement par sa propre glorification ; l'envoi du Saint-Esprit, et la nouvelle plénitude de grâces dont cette auguste Reine fut comblée dans ce grand et ineffable mystère ; l'assomption de la même Vierge en corps et en âme dans le ciel ; enfin la consommation de sa gloire, par la triple couronne de grandeur, de puissance et de bonté qu'elle reçut des mains de son Créateur.

Il faut donc remarquer que, pour dire parfaitement le Rosaire, ce n'est pas assez de réciter avec dévotion les quinze dizaines qui le composent, mais il est nécessaire de s'appliquer à la méditation, ou au moins au souvenir et à la vénération des Mystères en l'honneur desquels on les récite : ce qui se fait en plusieurs manières différentes dont on trouvera la forme dans les traités qui ont été imprimés sur ce sujet. D'ailleurs, il faut savoir qu'on peut diviser le rosaire en trois parties, et en réciter chacune séparément. La première, en l'honneur des cinq mystères qui ont fait la joie de la sainte Vierge ; la seconde, en mémoire des cinq mystères qui ont rempli son cœur d'amertume et de douleur ; la troisième, en souvenir des cinq mystères qui ont commencé ou achevé sa gloire et sa béatitude ; et alors, il faudra commencer chaque partie par le Symbole des Apôtres, un Pater noster et trois Ave Maria, et c'est ce que nous appelons le petit chapelet des cinq dizaines.

Cette sainte méthode de prier est sans doute une invention de la charité industrieuse de saint Dominique. Il est vrai que l'usage de répéter plusieurs fois l'Oraison dominicale et la Salutation angélique, et même de se servir de grains enfilés pour en marquer le nombre, est beaucoup plus ancien et que nous en avons des exemples dans les premiers siècles de l'Église. On dit de saint Barthélemy, qu'il priait cent fois le jour et cent fois la nuit ; ce que de bons auteurs entendent de la récitation du Pater noster et de l'Ave Maria. Pallade, dans son Histoire lausioque, chap. XXIII, et après lui, Cassiodore, Sozomène et Nicéphore, rapportent que saint Paul, abbé de Mont-Phermé, en Lybie, qui vivait au temps de saint Antoine le Grand, faisait par jour trois cents prières, qui étaient apparemment des Pater et des Ave, et qu'il les comptait par de petites pierres qu'il tirait pour cela de son sein. Polydore Virgile, dans son livre de l'Invention des choses, assure que Pierre l'Ermite, voulant disposer les peuples à la guerre sainte, sous le pape Urbain II, leur enseignait le Psautier laïque, composé de plusieurs Pater et de cent cinquante Ave Maria, de même que le Psautier ecclésiastique est composé de cent cinquante psaumes, et qu'il avait appris cette pratique des solitaires de la Palestine, parmi lesquels il était depuis longtemps en usage. Le bienheureux Alain de la Roche, de l'Ordre de Saint-Dominique, dans son Traité du Rosaire, rapporte que, dès le temps du vénérable Bède, qui florissait en l'année 700 de notre salut, on faisait des images ayant des chapelets à la main. Ce fut par la vertu d'un chapelet de cinquante Ave Maria, que le pape Léon IV, qui en fit porter à tous ses soldats, chassa, en 854, les Sarrasins des portes de Rome et de toute l'Italie. Nous lisons encore dans Surius, au 7 avril, que saint Albert, religieux de Crespin, faisait tous les jours cent cinquante génuflexions, récitant à chacune la Salutation angélique. On a trouvé dans le tombeau de sainte Gertrude de Nivelle et dans celui de saint Norbert, des grains enfilés, qui paraissaient être de précieux restes des chapelets dont ils se servaient pour marquer le nombre des oraisons qu'ils s'étaient prescrites. Mais bien qu'on puisse recueillir de ces histoires, que, dans les siècles qui ont devancé saint Dominique, il y a eu des ébauches de l'admirable dévotion du saint Rosaire,

il est certain que c'est à lui, après la sainte Vierge, que les fidèles doivent l'excellente disposition dans laquelle on le leur propose présentement. C'est ainsi qu'en parlent les papes Léon X, Pie V, Grégoire XIII et Sixte V, dans leurs bulles, où ils relèvent merveilleusement cette manière de prier, à cause de sa facilité pour toutes sortes de personnes, et qu'elle applique l'esprit aux principaux mystères de notre religion. Ce qui porta ce saint Patriarche à prêcher avec tant de zèle cette nouvelle méthode d'oraison, c'est qu'il remarqua que le progrès extraordinaire que les hérésies faisaient de son temps, tant en France qu'en Espagne, venait de ce que les fidèles étaient dans une ignorance grossière des principes de notre foi, et que la plupart, ne sachant pas lire, n'avaient aucun usage de l'oraison. Il voulut donc remédier à ce désordre, en leur enseignant une manière de prier qui fût indépendante de la lecture et qui leur insinuât doucement et sans peine ce que nous croyons de Jésus-Christ et de sa sainte Mère.

Il faudrait de gros volumes pour rapporter les merveilles qui se sont faites par la récitation du Rosaire. Des pécheurs endurcis, et dont le salut était presque désespéré, ont été convertis ; des hérétiques opiniâtres et malicieux ont été éclairés ; des villes, des provinces et des royaumes entiers ont été heureusement changés, soit par la réformation des mœurs, soit par l'abjuration des erreurs où ils se trouvaient engagés. Des morts ont recouvré la vie, des aveugles la vue, des sourds l'ouïe, des muets la parole, des boiteux et des paralytiques l'usage de leurs membres, et toutes sortes de malades, une santé qu'ils ne pouvaient attendre des remèdes ordinaires de la médecine. Des tempêtes ont été apaisées, des embrasements éteints, des séditions étouffées dans leurs plus grandes fureurs, des batailles importantes gagnées, et la paix rétablie en des temps où l'on n'osait plus l'espérer. Par le moyen du Rosaire, tantôt on a obtenu de la pluie pour faire fructifier les semences de la terre, tantôt on a arrêté les trop grandes inondations qui menaçaient les campagnes d'une désolation universelle. Des femmes se sont servies utilement de cette dévotion soit pour avoir des enfants, soit pour changer l'humeur farouche et impraticable de leur mari, soit pour attirer sur leur famille les bénédictions célestes, sans lesquelles elles étaient entièrement ruinées. Ceux qui y ont eu recours, ou dans leurs procès, ou dans les poursuites rigoureuses et impitoyables de leurs créanciers, ou dans les misères d'une longue captivité, en ont reçu des assistances prodigieuses et toutes surnaturelles. Plusieurs âmes ont été tirées des flammes du purgatoire, et quelques-unes même, en revenant dans leurs corps, ont évité celles de l'enfer par son efficacité et sa vertu. On ne peut compter les fruits de sainteté qu'elle a produits, non-seulement en Europe, mais aussi dans les Indes et l'Amérique ; enfin, l'Église et tout le monde chrétien pourraient dire de cette dévotion ce que Salomon disait de la Sagesse : *Venerunt mihi omnia bona pariter cum illa* : « Toutes sortes de biens me sont venus avec elle ».

C'est ce qui a porté les souverains Pontifes à accorder de grandes indulgences, ou plénières, ou limitées à ceux qui réciteraient pieusement le Rosaire, comme on peut le voir dans les feuilles ou rituels imprimés sur ce sujet. Mais il faut observer que le nom de *Rosaire* ne fut pas donné d'abord à cette méthode : on l'appela d'abord le *Psautier de Notre-Dame*, parce qu'on y répète cent cinquante fois la Salutation angélique, par conformité aux cent cinquante psaumes qui composent le Psautier de David : car pour le *Pater* et les trois *Ave Maria* que l'on dit immédiatement après le Symbole des Apôtres, et avant les quinze dizaines, ils ne sont pas pro-

1er OCTOBRE.

prement du Rosaire ni de l'institution de saint Dominique, mais on les y a ajoutées sur le modèle du chapelet des sept Pater et des Ave Maria, où on les met au commencement. On l'appela aussi la Cinquantaine sacrée, parce qu'on divise ordinairement le Rosaire en trois cinquantaines, de même que le Psautier, et qu'on les récite séparément, comme nous l'avons déjà remarqué. Enfin, on lui a donné le nom de Rosaire, qui signifie un parterre ou un champ couvert de roses, parce qu'en effet les Oraisons dominicales et les Salutations angéliques que l'on y répète sont comme autant de roses d'une beauté et d'une odeur sans pareilles qui réjouissent admirablement le cœur de Dieu.

Il nous reste à parler de la Confrérie ou Congrégation du Rosaire, érigée pour ceux qui se veulent obliger à le réciter. On tient pour assuré que saint Dominique ne l'a établie que par l'ordre et les instructions de la sainte Vierge, lorsqu'il cherchait le moyen de réduire les Albigeois et d'exterminer les hérésies qui souillaient toute la face du monde chrétien. Elle fut dès lors un puissant préservatif qui maintint la religion des fidèles et qui les empêcha de tomber dans ces erreurs, et elle servit aussi à la conversion d'une infinité d'hérétiques. Ayant été publiée de tous côtés par ce glorieux patriarche et par ses enfants, et confirmée par un grand nombre de miracles, elle produisit des fruits merveilleux, non-seulement en France et en Espagne, où elle avait commencé, mais aussi en Italie, en Allemagne, en Russie, en Moscovie, et jusqu'aux îles de la mer Égée. Presque tout le monde s'y enrôla et apprit dans cette sainte congrégation à méditer nos mystères et à honorer Jésus et Marie. Après la mort de ce grand homme et des premiers héritiers de son zèle, cette excellente dévotion se ralentit, partie par la négligence des chrétiens, partie par l'artifice du démon, qui n'épargna rien pour la détruire et pour en abolir la mémoire ; mais, en 1460, le bienheureux Alain de la Roche, après diverses apparitions et commandements, tant de la sainte Vierge que de son père saint Dominique, la rétablit, ou, pour mieux dire, la ressuscita. Il parcourut pour cela pendant quinze ans la France, l'Angleterre, la Flandre et les pays septentrionaux, et il le fit avec tant de succès que plus de cent mille personnes entrèrent dans cette sainte Congrégation, et s'obligèrent à réciter leur Rosaire. Depuis ce temps-là les souverains Pontifes lui ont donné des éloges et accordé des faveurs et des privilèges très-particuliers. Les indulgences et les participations dont elle jouit sont si considérables, qu'elles devraient suffire pour y attirer tout le monde. On peut les voir dans la Bulle de Sixte V : *Dum ineffabilia*, datée de l'an 1586, où ce pape rapporte et confirme toutes les grâces que ses prédécesseurs lui avaient conférées ; et il ne fait point difficulté d'appeler les fidèles qui y ont donné leur nom, non pas les serviteurs ou les amis de la sainte Vierge, mais ses confrères et ses consœurs : *Confratres et consorores*. Elle s'est divisée en deux branches principales, dont la première est la Confrérie du Rosaire ordinaire, qui oblige à dire toutes les semaines les quinze dizaines, à se confesser et communier le premier dimanche de chaque mois ; et, s'il se peut faire, à assister à la procession solennelle qui se fait dans les lieux où la Confrérie est établie. La seconde est la Confrérie du Rosaire perpétuel, qui est une sainte union de plusieurs personnes qui s'accordent ensemble pour ne pas laisser passer une seule heure ni un seul moment dans toute l'année où quelqu'un d'eux ne récite cette excellente prière. Au reste, ces obligations ne sont pas sous peine de péché, mais demeurent toujours facultatives : seulement les confrères perdent, en ne s'en acquittant pas, les indulgences qui y sont

LA SOLENNITÉ DU SAINT ROSAIRE. 613

attachées, et qui sont néanmoins des trésors plus considérables que tous les biens que l'on peut posséder sur la terre.

## CATALOGUE DES INDULGENCES

## ACCORDÉES PAR LES SOUVERAINS PONTIFES AUX MEMBRES DE LA CONFRÉRIE

## DU SAINT ROSAIRE.

Sa Sainteté le pape Pie IX, par son décret *Urbis et Orbis*, du 12 mai 1851, confirme chacune des indulgences déjà accordées par ses glorieux prédécesseurs, soit aux personnes associées à la confrérie du saint Rosaire, soit à tous ceux qui le récitent ; il en accorde bénignement d'autres, qui sont notées sous chaque titre du présent catalogue avec la citation du décret mentionné, et de la déclaration y relative, émanée de la Sacrée Congrégation des Indulgences, le 2 août de la même année 1851.

I. Le jour de l'entrée dans la confrérie. — Les fidèles qui, sincèrement contrits, confessés et communiés, entrent dans la confrérie, obtiennent l'indulgence plénière. (Chap. II. Sum. Indulg. SS. Rosar., nos 2 et 3.) — Si, étant sincèrement contrits et confessés, ils communient ce même jour dans l'église ou dans la chapelle de la confrérie, en récitant la troisième partie du Rosaire et en priant selon l'usage, ils gagneront l'indulgence plénière. (Chap. II, n° 1.)

II. Le premier dimanche de chaque mois. — Les associés qui, étant contrits et confessés, communient dans l'église de la confrérie en priant pour l'exaltation de la sainte Église, gagneront l'indulgence plénière. (Chap. IX, n° 1.) — Si, étant contrits, confessés et communiés, ils visitent dévotement la chapelle du Rosaire, ils gagneront l'indulgence plénière. (Chap. VI, n° 2.) — L'indulgence plénière est également accordée à ceux qui, étant contrits, confessés et communiés, assisteront à la procession. (Chap. V, nos 3 et 5 ; chap. VI, n° 6.) — Il y a encore plusieurs autres indulgences partielles. (Chap. V, nos 1 et 2, et chap. VII, n° 5.)

III. A l'occasion des fêtes de la sainte Vierge. — Les associés qui, étant sincèrement contrits et confessés, ou ayant l'intention de se confesser, visiteront la chapelle du Rosaire, depuis les premières Vêpres jusqu'au coucher du soleil, gagneront l'indulgence plénière. (Chap. VI, n° 1.) — Si outre cela, ils communient et prient selon l'usage, ils gagneront aussi l'indulgence plénière. (Chap. VI, nos 2 et 3.) — Ils gagneront aussi l'indulgence plénière si, étant contrits et confessés, ou ayant l'intention de se confesser, ils accompagneront la procession. (Chap. V, n° 4.) — A l'occasion de quelques fêtes particulières de la bienheureuse Vierge, on augmente les indulgences. A la fête de l'Annonciation, les associés à la confrérie qui, étant confessés et communiés, diront le Rosaire, gagneront l'indulgence plénière. (Chap. IV, n° 4.) — A la fête de l'Assomption, si, étant contrits, confessés et communiés, ils visitent l'église de la confrérie en priant selon l'usage, ils gagneront, à chaque visite, l'indulgence plénière. (Chap. VI, n° 9.) — L'indulgence plénière perpétuelle, applicable aux âmes du purgatoire, est accordée à toutes les personnes associées à la confrérie qui, étant confessées et communiées, visiteront, depuis les premières Vêpres jusqu'au coucher du soleil du lendemain, quelque église, et y resteront quelque temps, en priant selon l'intention du souverain Pontife, à l'occasion des fêtes suivantes, savoir : la Conception, la Nativité, l'Annonciation, la Visitation, la Purification, la Présentation, l'Assomption de la sainte Vierge, outre deux vendredis de Carême seulement, au choix de chacun, ainsi que les jours de la Résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de l'Ascension et de la Pentecôte. (Decr. Urbis et Orbis, 12 mai 1851. Declar. S. C. Indulg., 2 août 1851.) — D'autres indulgences partielles sont accordées à ceux qui, à l'occasion des fêtes, réciteront le Rosaire. (Chap. IV, nos 1, 3, 4 et 6), et qui visiteront l'église. (Chap. VI, nos 8 et 9.)

IV. A la fête du saint Rosaire, premier dimanche d'octobre. — Toutes les indulgences des premiers dimanches de chaque mois. En outre, l'indulgence plénière est accordée aux associés de la confrérie qui, étant sincèrement contrits de leurs péchés se confesseront à un prêtre de l'Ordre des Prêcheurs, et communieront dans l'église du même Ordre. (Chap. IX, n° 3.) — L'indulgence plénière leur est accordée si, étant confessés et communiés, ils visitent la chapelle du Rosaire, depuis les premières Vêpres jusqu'au coucher du soleil. (Chap. VI, nos 4 et 7.) Cette indulgence est commune à tous les fidèles. (Chap. VI, n° 5.)

V. Aux fêtes des mystères du Rosaire. — Les associés qui, étant contrits de leurs péchés, confessés et communiés, visitent la chapelle du Rosaire, gagnent l'indulgence plénière. (Chap. VI,

4er OCTOBRE.

n° 6.) — D'autres indulgences partielles leur sont accordées s'ils récitent le Rosaire (chap. IV, nos 6 et 7), et d'autres s'ils visitent la chapelle. (Chap. VI, n° 8.)

VI. Aux jours des stations et autres de l'année. — Les associés, en visitant cinq autels, gagnent entièrement les mêmes indulgences, comme s'ils visitaient en pèlerinage toutes les stations de Rome. (Chap. III.) — Les jours de stations sont : la Circoncision, l'Épiphanie, les trois dimanches de la Septuagésime, Sexagésime et Quinquagésime ; depuis le mercredi des Cendres jusqu'au dimanche de Quasimodo, tous les jours ; la fête de saint Marc et les trois jours des Rogations ; l'Ascension, la veille et le jour de la Pentecôte jusqu'au samedi suivant, tous les jours ; les Quatre-Temps de septembre ; les dimanches de l'Avent et les Quatre-Temps de décembre ; la veille de Noël, le jour de Noël, trois stations pour les trois messes ; les trois fêtes qui suivent Noël. (Miss. Rom.) — Les associés qui, étant sincèrement contrits de leurs péchés, confessés et communiés, visiteront l'autel du Rosaire, gagnent l'indulgence plénière les jours suivants, savoir : le troisième dimanche d'avril (chap. VI, n° 4) ; les jours de la Fête-Dieu et du saint titulaire de l'église (chap. VII, n° 6) ; et ils gagnent l'indulgence plénière, les dimanches entre l'octave de la Nativité de la sainte Vierge, si, étant contrits et confessés, ils communient et prient selon l'usage. (Chap. IX, n° 2.)

VII. Pour la récitation du Rosaire. — Les personnes associées à la confrérie, si elles récitent le Rosaire entier, gagneront toutes les indulgences accordées à ceux qui, en Espagne, récitent la couronne de la sainte Vierge. Parmi ces indulgences, il y a une indulgence plénière. (Chap. III, n° 11.) — S'ils le récitent pendant toute la semaine, outre lesdites indulgences, ils gagnent deux années d'indulgence pour chaque troisième partie (chap. III, n° 8), plus, sept années et sept quarantaines (ibid., n° 16), et s'ils sont contrits de leurs péchés et confessés, ils en obtiennent dix années et dix quarantaines (ibid., n° 6) ; enfin l'indulgence plénière applicable une fois dans la vie. (Chap. IX, n° 2.) — Les personnes associées à ladite confrérie et les autres fidèles qui, étant au moins sincèrement contrits de leurs péchés, récitent dévotement ensemble, soit chez eux, soit à l'église, dans les oratoires publics ou privés, la troisième partie du Rosaire, gagneront une indulgence de dix ans et d'autant de quarantaines perpétuelles, applicables aux âmes du purgatoire. (Decr. Urbis et Orbis, 12 mai 1851. Declar. S. C. Indulg., 2 août 1851.) — Tous les fidèles qui récitent le Rosaire entier, ou la troisième partie, gagneront cent jours d'indulgences pour chaque Pater et chaque Ave ; si, pendant un an, ils en récitent au moins la troisième partie, en se confessant et en communiant un jour à leur choix, ils gagneront l'indulgence plénière, pourvu que les chapelets soient bénits par les religieux de l'Ordre des Prêcheurs. (Bened. XIII, 13 avril 1726 ; bref Sanctissimus.) S'ils ont l'habitude de réciter la troisième partie du Rosaire au moins trois fois dans chaque semaine, et si, étant confessés et communiés, ils visitent quelque église ou oratoire public, en y priant pendant quelque temps selon l'intention du souverain Pontife, ils gagneront, le dernier dimanche de chaque mois, l'indulgence plénière perpétuelle, et applicable aux âmes du purgatoire. (Decr. Urbis et Orbis, 12 mai 1851. Declar. S. C. Indulg., 2 août 1851.) Ce sont précisément les indulgences déjà accordées à sainte Brigitte, ainsi qu'il résulte du catalogue de ces mêmes indulgences. (4 décembre 1714, in Bullar. Clem. XI.)

VIII. Pour la messe votive du saint Rosaire. — Les prêtres qui, jouissant de cette faculté, célèbrent la messe votive du saint Rosaire, et tous les religieux et religieuses de l'Ordre dominicain, ainsi que toutes les personnes associées à la confrérie du Rosaire, qui, étant contrits de leurs péchés et confessés, ou ayant l'intention de se confesser, entendront cette messe en priant selon l'usage, gagnent toutes les indulgences accordées à ceux qui récitent le Rosaire entier. (Chap. X, n° 6.) — En outre, une fois par mois, s'ils sont habitués à dire ou à entendre cette messe, étant confessés et communiés, ils gagnent toutes les indulgences accordées pour la procession du premier dimanche de chaque mois. (Chap. X, n° 7.)

IX. Pour différentes œuvres de piété. — Les associés qui assistent au Salve, après Complies, obtiennent cent jours d'indulgence. (Chap. VII, n° 4.) En outre, à l'occasion des fêtes de la sainte Vierge, des Apôtres et des Saints de l'Ordre des Dominicains, on ajoute trois ans et trois quarantaines. (Ibid.) Tous les samedis et toutes les fêtes de l'année, on ajoute encore quarante jours, et les samedis de Carême une année. (Ibid., nos 1 et 6.) — Une indulgence de trois ans et de trois quarantaines leur est accordée s'ils visitent les malades pendant plus de trois cents jours. Ils gagneront les mêmes indulgences s'ils accompagnent les morts à l'enterrement. En assistant aux services funèbres qui ont lieu chaque semaine, ils obtiennent huit années d'indulgence ; enfin, outre plusieurs autres indulgences particulières, ils gagnent généralement soixante jours d'indulgence pour chaque œuvre de charité et de piété. (Chap. VII, per tot.) — En visitant la chapelle du Rosaire, les associés à la confrérie gagnent chaque fois cent jours d'indulgence. (Chap. VI, n° 4.) S'ils font réciter par d'autres le Rosaire, il leur est accordé chaque fois une indulgence de cent quarante jours. (Chap. III, nos 1 et 4.) Si, étant contrits de leurs péchés, ils portent le Rosaire en l'honneur de la sainte Vierge, ils obtiennent une indulgence de cent ans et d'autant de

SAINT PIAT OU PIATON DE BÉNÉVENT, MARTYR. 615

quarantaines. (Chap. III, n° 3.) Enfin, une indulgence de cinq ans et de cinq quarantaines leur est accordée si, à la fin de chaque Ave Maria, ils prononcent le nom de Jésus (ibid.) et d'autres encore. (Chap. IV, n° 5.)

X. Pour les malades et autres légitimement empêchés. — L'indulgence plénière de la procession au premier dimanche de chaque mois peut être gagnée par les associés pendant qu'ils voyagent, qu'ils naviguent, ou qu'ils prêtent service, s'ils récitent le Rosaire en entier, et par les malades ou par ceux qui en sont légitimement empêchés, s'ils en récitent la troisième partie, pourvu qu'ils soient sincèrement contrits de leurs péchés et qu'ils aient la ferme intention de se confesser et de communier aux jours établis par l'Église. (Chap. XI.) — Ils peuvent aussi gagner l'indulgence plénière accordée pour la visite de la chapelle du Rosaire, à l'occasion de la fête de chacun des quinze mystères, pourvu qu'ils récitent le Rosaire, comme il a été dit ci-dessus. (Ibid.) — Les associés malades peuvent gagner l'indulgence plénière qui est accordée pour la communion faite le premier dimanche du mois dans l'église de la Confrérie, et pour la procession du même dimanche, si, étant confessés et communiés, ils récitent le Rosaire devant quelque pieuse image. (Chap. V, n° 2, chap. IX, n° 1.) — Il y a encore d'autres indulgences partielles pour les malades, etc. (Chap. VII, n° 4 et 5.)

XI. A l'heure de la mort. — Les associés qui réciteront le Rosaire pendant la semaine gagneront, à l'heure de la mort, l'indulgence plénière, que le prêtre applique au moyen de la formule appelée *absolution du Rosaire*. (Chap. IV, n° 2, et chap. X, n° 1, et post. chap. XII.) — Indulgence plénière à l'heure de la mort pour lesdits associés qui auront reçu les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie. (Chap. II, n° 1, et chap. X, n° 1.) — L'indulgence plénière leur est également accordée si, ayant récité le Rosaire au moins une fois, et étant sincèrement contrits de leurs péchés et confessés, ou ayant l'intention de se confesser, ils meurent en tenant dans les mains le chapelet bénit du Rosaire. (Chap. X, n° 2.) — Ils gagnent aussi l'indulgence plénière si, étant confessés et communiés, ils invoquent, à l'heure de la mort, de bouche et de cœur, le saint nom de Jésus, ou du moins de cœur, s'ils ne peuvent le prononcer de bouche. (Chap. X, n° 3.) — Indulgence plénière si, à l'heure de la mort, recevant les derniers Sacrements et professant la foi de la sainte Église romaine, ils récitent le *Salve Regina* et se recommandent à la bienheureuse Vierge. (Chap. X, n° 4.) — Enfin, ils gagnent l'indulgence plénière si, étant sincèrement contrits de leurs péchés, confessés et communiés, ils invoquent le saint nom de Jésus de cœur, s'ils ne peuvent l'invoquer de bouche, ou s'ils donnent quelque signe de contrition. (Chap. X, n° 5.)

XII. Pour les morts. — L'autel du saint Rosaire est privilégié chaque fois que quelque prêtre de l'Ordre des Frères Prêcheurs seulement célébrera la messe des morts (si la rubrique du jour le permet) et même (si la rubrique du jour ne le permet pas) celle des vivants, avec l'application du sacrifice. (D. S. R. Congr., 31 juillet 1848, Manuale Decr. Rome, 1853, p. 286, n° 996, pour l'âme d'un associé à la Confrérie du Rosaire.) (Chap. XII, n° 1.) Ce privilège fut ensuite amplifié et étendu à tous les autels des églises des religieux dominicains, au bénéfice et à la délivrance des âmes de tous les fidèles qui souffrent dans le purgatoire. (Resed. XIII, Prof. Expani nobis, 22 septembre 1724.) — Les prêtres associés à la Confrérie du Rosaire jouissent du privilège de l'autel, comme les prêtres de l'Ordre dominicain, mais, quant à eux, ce privilège est restreint au seul autel du Rosaire ; et, comme il n'est pas personnel, mais local, il s'ensuit que l'église où n'existe pas cet autel ne jouit point de ce privilège (S. Congr. Indulg., 7 juin 1842.) — Toutes les indulgences accordées aux personnes associées à la Confrérie du Rosaire peuvent être appliquées, par manière de suffrage, pour le soulagement des âmes des fidèles trépassés. (Chap. XII, n° 3.)

Il y a quantité d'auteurs qui ont décrit les excellences du Rosaire, et rapporté, en détail, les miracles qui se sont faits par son moyen ; entre autres le bienheureux Alain de la Roche, le fameux docteur Martin Navarre d'Arphezéta, Thomas Dovius dans ses Annales, Justin de Micovie dans ses Discours sur les Litonies, et Bullet, dans son traité intitulé : L'Adoration chrétienne et la solide dévotion du Rosaire. 1754. — Cf. Année dominicaine, et Trésor des vivants et des morts.

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SAINT PIAT OU PIATON, DE BÉNÉVENT,

APÔTRE DE TOURNAI ET MARTYR (vers 287).

Saint Piat naquit à Bénévent, ville forte du royaume d'Italie, de parents riches et nobles. Ayant reçu le don de la foi et la connaissance de la vérité, il ne crut pas pouvoir en marquer mieux sa

1er OCTOBRE.

reconnaissance à Dieu, qu'en lui sacrifiant sa vie pour en obtenir de semblables grâces en faveur de ceux à qui il avait été inspiré d'aller porter la lumière de l'Évangile. Il quitta son pays dans cette vue, comme saint Lucien et plusieurs autres grands Saints, pour venir jusqu'aux extrémités des Gaules et s'acquitter d'une obligation que sa charité seule lui imposait ; accompagné de saint Chrysole ou Chrysseuil et de saint Eugène, il arriva à Tournai, ville forte de Belgique (Hainaut). On dit qu'il alla d'abord à Chartres pour y prêcher le saint Évangile ; mais que, trouvant les cœurs endurcis, il passa outre et se rendit à Tournai. En deux mois il convertit à la foi de Jésus-Christ trente mille païens, sans comprendre les femmes et les enfants. Le premier qui reçut le Baptême fut un nommé Irénée, qui donna sa maison pour servir d'église : notre Saint la dédia et la consacra à Dieu. C'est aujourd'hui l'église Notre-Dame de Tournai.

Comme saint Piat prêchait au milieu de la place, il aperçut les gardes de Riciovare, président et gouverneur de la Gaule, qui avaient ordre de se saisir de lui et de le faire mourir. Il en avertit les chrétiens qui l'écoutaient et se retira, accompagné de quelques disciples dévoués ; mais les bourreaux le poursuivirent et l'arrêtèrent, et, après avoir tué en sa présence et sur-le-champ ceux de sa suite, ils le mirent en prison. Parmi les tourments qu'ils lui firent endurer, il est constant qu'ils lui perrèrent les doigts, entre les ongles et la chair, avec de gros clous ardents. Puis, voyant sa constance inébranlable, ils lui coupèrent le sommet de la tête au milieu de la place publique de Tournai, où il tomba mort, le premier jour d'octobre de l'an 287.

Sa mort fut accompagnée de plusieurs miracles, dont le plus grand fut que le Martyr se dressa sur les pieds, recueillit avec ses mains le sommet de sa tête, sortit de Tournai et le porta jusqu'à Séclin (Nord), où il tomba par terre, mourut pour la seconde fois et fut enseveli par les chrétiens. C'est dans ce village, situé à deux lieues de Lille, vers le midi, et à quatre lieues de Tournai, que son corps fut trouvé, dans le VIIe siècle, par saint Éloi, évêque de Noyon, qui tira les clous dont nous avons parlé, les montra au peuple en témoignage du martyre de saint Piat, lui donna une nouvelle et honorable sépulture au même endroit, et dressa un magnifique mausolée sur son tombeau. Il n'y épargna point l'argent, l'or et les pierreries, comme le raconte saint Ouen. Il paraît aussi qu'on y éleva une église, dédiée sous le nom de Saint-Piat ; mais le corps du saint Martyr en fut enlevé, vers 881, pour être transporté à Saint-Omer, à cause des Normands, et ensuite à Chartres où l'on bâtit sous son invocation une église collégiale. Ce trésor, qui était entier, fut arraché de sa châsse par les révolutionnaires, en 1794, et enterré avec d'autres reliques dans un cimetière voisin ; on jeta par-dessus de la chaux vive. Il fut retrouvé en 1816, reconnu par ceux qui avaient été chargés de le mettre en terre, et placé honorablement dans l'église d'où on l'avait tiré, et qui est aujourd'hui l'église cathédrale de Chartres. Il existe, à trois lieues de Chartres, un village qui porte le nom de Saint-Piat (Eure-et-Loir, arrondissement de Chartres, canton de Maintenon), et dont l'église est sous l'invocation de ce Saint. On trouve au même diocèse un grand nombre d'églises ou chapelles placées sous le patronage de saint Piat. L'église cathédrale en particulier célèbre sa fête avec solennité. La ville de Tournai s'est aussi distinguée de tout temps par sa dévotion envers saint Piat. Outre l'église qui lui est dédiée, elle possédait une croix que l'on appelait la croix de saint Piat, et qui était placée dans le cimetière voisin. La veille de la fête du Saint, tout le clergé de la ville épiscopale se transportait en procession dans son église pour l'invoquer. Aujourd'hui encore, dans les différentes parties de la cathédrale, on rencontre son image, soit vis-à-vis du portail de la nef, soit au frontispice du jubé, dans le transept et sur les vitraux du chœur.

Mais c'est surtout au bourg de Séclin que le culte de saint Piat est célèbre depuis des siècles. Cousin, dans son Histoire de Tournai, dit que toutes les paroisses des décanats de Lille, au nombre de quatre-vingt-quatorze, y venaient chaque année en procession. Après avoir rempli leurs devoirs de religion, beaucoup de pèlerins allaient puiser de l'eau à la fontaine qui se trouve dans la crypte de l'église, auprès de l'ancien tombeau de saint Piat. La foi des Sêlois a été souvent récompensée par des guérisons miraculeuses, ou par d'autres faveurs du ciel.

On représente saint Piat : 1° subissant le supplice de l'enfoncement de clous ardents sous les ongles ; 2° décapité et portant sa tête entre ses mains.

On l'invoque contre les pluies et les intempéries de l'air.

Acta Sanctorum, 1er octobre. — Cf. Notice historique sur saint Piat, par M. Rétisson, avocat. Chartres, 1816, in-8°.

SAINTE DOMANE OU DOMAINE, RECLUSE A GASNY. 547

Événements marquants

  • Naissance de parents illustres en Hesbaye
  • Mariage avec la fille du comte Odilon
  • Conversion par saint Amand après la mort de son épouse
  • Distribution de ses biens aux pauvres
  • Réception de la tonsure cléricale
  • Vie d'ermite dans le creux d'un orme au bois de Beila
  • Retraite dans la forêt de Medmedung
  • Entrée au monastère de Gand sous l'abbé Florbert
  • Vie de reclus dans une caverne étroite
  • Mort le 4 octobre vers 654

Miracles

  • Guérison d'un charretier aux jambes écrasées
  • Apparition d'un ange sous forme de colombe
  • Croix de lumière descendant sur sa tête
  • Guidage d'un serviteur par un ange vers Turnhout

Citations

Non quia magnus eras, te gloria magna hantum / Sed contempta decus gloria magna facit.

— Saint Livio, Épitaphe de saint Bavon

Mon âme, sors de ta prison et va au-devant de lui

— Dernières paroles de Saint Bavon