Saint Wulmer (Wilmer)
Fondateur de l'abbaye de Samer
Résumé
Originaire de Morinie, Saint Wulmer fut d'abord un humble religieux à Hautmont avant de devenir prêtre et de se retirer dans la solitude des forêts de Flandre. Fondateur de l'abbaye de Samer et du monastère de Wierre-aux-Bois, il fut un modèle d'humilité et de charité, refusant les honneurs et les richesses. Il mourut en 710, laissant derrière lui une œuvre monastique majeure dans le Boulonnais.
Biographie
SAINT WULMER OU WILMER,
FONDATEUR DE L'ABBAYE DE SAMER, AU DIOCÈSE D'ARRAS
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s'appliqua d'abord à lui faire pratiquer les vertus les plus difficiles : l'humilité de Jésus-Christ, le mépris de soi-même, et le renoncement à sa propre volonté. Il avait bien compris qu'à l'ombre du cloître il n'était plus question de rang ou de condition, que là il n'y avait plus de pauvre ni de riche, de serf ni de suzerain ; parce qu'entre l'âme de l'esclave et celle de l'homme libre, il n'y a point de différence devant Dieu. Aussi, soumis et obéissants à ceux qui devaient le guider dans la voie du salut, pratiquait-il avec bonheur les conseils les plus sublimes de la perfection évangélique.
Son supérieur lui donna la conduite des bœufs et lui confia le soin d'aller chercher tout le bois nécessaire pour les besoins du monastère. Wulmer s'acquitta de ces pénibles fonctions avec tant de joie et de ferveur, que toute la communauté en fut extrêmement édifiée.
Son zèle alla plus loin encore ; car, se levant la nuit et entrant doucement dans la grande chambre du dortoir, il enlevait les chaussures des frères, pour les nettoyer. L'abbé, à qui ceux-ci donnèrent connaissance du fait, fut fort édifié de tant de simplicité de cœur et de charité. Voulant en connaître l'auteur, il veilla lui-même secrètement, et parvint à le découvrir. Wulmer, en effet, s'étant approché de la cellule de son supérieur, pour lui rendre furtivement le même service, fut aussitôt saisi par la main, et reçut l'ordre de déclarer à l'instant qui il était. Interdit et confus à cette demande, mais pressé par l'obéissance qu'il devait à son supérieur, le serviteur de Dieu répondit à regret qu'il était ce jeune homme venu des bords de la mer, et à qui il avait donné depuis quelque temps le saint habit de la religion. L'abbé, heureux de voir tant de modestie dans un si jeune religieux, lui dit : « Allez, mon fils, faites ce que vous souhaitez ». C'était l'autoriser à continuer son humble et pieux exercice. Toutefois, pour ne pas offenser sa modestie, il ne révéla cette action qu'après le départ de Wulmer.
Telles étaient donc chaque jour les occupations par lesquelles l'athlète du Christ s'exerçait à la pratique des vertus chrétiennes, dans l'abbaye de Hautmont. Mais le ciel, qui avait sur lui des vues plus grandes, et qui voulait le réserver pour la conduite des âmes et la fondation d'un nouveau monastère, ne permit pas qu'il restât plus longtemps chargé de ces humbles fonctions. L'Esprit-Saint, qui s'était fait de cet homme un temple choisi, lui inspira la pensée de se livrer à l'étude des lettres, afin de le mettre à même de rendre de plus grands services à l'Église de Dieu. Wulmer, docile à l'inspiration de la grâce, se fit initier par les frères à cette étude, dont il ignorait même les premiers principes. Sans se relâcher en rien de son exactitude à accomplir les autres travaux qui lui étaient imposés, il donnait à ce nouveau genre d'occupation tout le soin dont il était capable.
Un jour cependant, selon son habitude, conduisant son chariot dans la forêt voisine, il marchait devant ses bœufs, tenant en main ses tablettes et étudiant avec ardeur. La méditation profonde dans laquelle il était plongé l'absorbait tellement, que son chariot s'arrêta sans qu'il s'en aperçût. Après avoir ainsi cheminé seul quelque temps, il tourna instinctivement la tête, et vit ce qui lui était arrivé. Alors, comprenant l'avertissement qui lui venait d'en haut, il retourne sur ses pas, ramène son attelage, et s'occupe uniquement du labeur qui lui était confié. L'abbé, ayant appris le fait, et reconnaissant l'impossibilité d'allier ensemble le travail des mains et celui de l'esprit, donna à un autre le soin d'aller chercher le bois, et ordonna à Wulmer de s'appliquer exclusivement à l'étude des lettres. Les progrès
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rapides qu'il fit en peu de temps, ainsi que les bons exemples qu'il donnait à la communauté, par son humilité et sa douceur, engagèrent l'abbé à l'élever à la dignité sacerdotale.
Quand, prosterné sur les dalles du sanctuaire, le front incliné sous la main du pontife consécrateur, Wulmer se releva prêtre pour l'éternité, il sentit tout le poids du fardeau que cette dignité faisait peser sur lui. Le grand honneur et le profond respect que sa sainteté lui attirait de la part des frères, effrayait son humilité. Dès ce moment, une résolution sublime fut prise par Wulmer. Le silence du cloître, l'abnégation de la vie cénobitique, ne suffisait plus à son âme. Consacré désormais au service de Jésus crucifié, il sentait le besoin de se retremper dans une vie plus dure et plus solitaire. C'est pourquoi il pria fortement son abbé de lui permettre de se retirer dans quelque affreuse solitude, pour ne penser qu'à Dieu seul et y vivre inconnu de tous. Sa vertu et son mérite lui firent obtenir facilement ce qu'il souhaitait avec tant d'ardeur. Aussi, après s'être prosterné aux pieds de son supérieur pour recevoir sa bénédiction, il partit emportant les regrets de tous les religieux.
Le Seigneur, dans ses desseins merveilleux pour l'accroissement de son Église et la civilisation des peuples, inspirait aux hommes de ce temps le désir de fonder partout de nombreux monastères. Les immenses forêts qui couvraient alors la surface de la France furent ainsi peu à peu défrichées : l'abbaye devint partout un centre de population, quand elle ne donna pas naissance à une cité, à une capitale. Saint Wulmer, guidé par l'Esprit de Dieu, se dirigea alors vers les contrées boisées de la Flandre, n'emportant avec lui que les objets nécessaires au saint sacrifice, et une hache pour se frayer une route dans l'épaisseur des bois. Dès qu'il fut arrivé dans ces forêts, il se cacha dans le creux d'un chêne, où il jeûna trois jours et trois nuits, aspirant en longs désirs l'éternelle félicité, et dévoilant à Dieu les dernières craintes de son âme.
Mais le Seigneur, qui n'abandonne jamais les siens dans le besoin, prit soin de ce noble reclus, de cet illustre pénitent. Apparaissant en songe à un homme de qualité qui vivait près de là, il lui dit : « Vous vous préparez des mets délicieux et des vins exquis, pendant que mon serviteur Wulmer meurt de faim, dans le creux d'un arbre où il s'est caché ». Celui-ci fut extrêmement surpris d'entendre un tel langage ; il en eut une frayeur si grande, qu'il communiqua sa vision à son épouse. Cette dame, dont la vertu était plus grande encore que la noblesse, l'engagea fortement à ne pas différer d'obéir à la voix qui lui avait parlé. Elle-même mit avec joie la main à l'œuvre, et prépara sur-le-champ quelque nourriture pour le serviteur de Dieu. Puis, elle pressa son mari de partir, pour aller soulager cet illustre solitaire ; mais, ne connaissant ni la forêt ni la retraite de celui que la voix mystérieuse lui avait annoncé, ce seigneur était dans un grand embarras. Montez sur votre coursier, lui dit la noble et pieuse dame, et celui qui a parlé vous conduira.
Alors, persuadé par les conseils de son épouse, il sortit de sa demeure et se confia à la Providence. Après avoir traversé la plaine, sa monture, se dirigeant vers la forêt voisine, s'avança jusqu'au plus épais du bois. Là, il entendit une voix qui chantait les louanges de Dieu. « Est-ce vous », s'écria-t-il, « qui êtes le serviteur de Jésus-Christ ? Est-ce vous que le Seigneur m'a ordonné de chercher ? » Surpris de se voir découvert, Wulmer
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répondit : « Vous me demandez si je suis le serviteur de Jésus-Christ ? Hélas ! que puis-je vous répondre ? Je suis un criminel, qui fait pénitence de ses fautes, et un pauvre inconnu, qui est bien éloigné de la qualité glorieuse que vous lui donnez ». Ce noble chevalier attendri lui exposa alors le motif de sa démarche, le priant de descendre pour prendre la nourriture que le ciel lui envoyait. Le Saint se rendit à ses désirs.
Après que Wulmer eut pris sa réfection, le gentilhomme, cédant aux inspirations de l'Esprit-Saint, lui dit : « Puisque vous faites profession d'être le serviteur de Dieu, travaillez donc aux intérêts de sa gloire. Venez sur mes terres instruire mes nombreux vassaux ; je vous donnerai une partie de mon héritage, où vous pourrez bâtir une cellule et conquérir des âmes à Jésus-Christ ». Le saint fit d'abord de grandes difficultés, pour quitter sa chère solitude. Cependant il céda aux instances du pieux gentilhomme, et lui dit : « Retournez en votre demeure, et demain venez me prendre, je ferai tout ce que vous désirez ».
Le jour suivant, selon sa promesse, Wulmer suivit son généreux bienfaiteur, et reçut de cet homme fidèle un emplacement convenable pour la construction d'une église. Ses bons exemples, ses prédications continuelles, firent la plus grande impression sur les habitants de ce pays. Le succès en fut tel, que le chevalier lui confia son propre fils, pour l'instruire et l'élever dans les choses qui regardent le service de Dieu. Bien plus, voyant qu'il opérait les plus grands prodiges de conversion, dans toute l'étendue de son domaine, il lui donna tous les biens qu'il possédait, exemple qui fut bientôt suivi par deux de ses frères et quelques autres seigneurs du même pays.
Mais là n'était pas le terme que le Seigneur avait fixé à la carrière de son serviteur. Il est des peuples auxquels le divin Pasteur des âmes dispense ses grâces avec plus de largesses, ses bienfaits avec plus d'abondance. La plus grande partie des bénédictions que le ciel semait sur les pas d'un si grand saint devait revenir de droit à la Morinie, qui lui avait donné naissance. Aussi l'Esprit de Dieu, qui dispose toutes choses pour la plus grande gloire de l'Église, inspira-t-il à Wulmer la résolution de se soustraire encore au commerce des hommes et de s'enfoncer de nouveau dans les bois les plus solitaires.
S'apercevant qu'on le respectait et qu'on le considérait beaucoup, à cause des nombreux miracles que Dieu opérait par son ministère, il songea de nouveau à la retraite. « Wulmer, Wulmer », se disait-il, « toi qui te fais gloire d'être disciple de Jésus-Christ, ne t'attache point à ce monde, ni à la vaine estime des hommes. Le Maître te dit qu'il a vécu inconnu au monde, car il est écrit : Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne l'a point connu ».
Aussi, fuyant les louanges et les honneurs dont il était entouré, il vint se cacher dans cette vaste étendue de forêts, qui couvrait toute la contrée actuellement comprise entre Desvres et Tingry, et qui, alors, faisait partie des possessions territoriales de ses pères.
Heureux dans cette retraite, qui pour lui était le vestibule du ciel, heureux d'être mort pour le monde et d'ouvrir son âme aux contemplations de la solitude et aux visions de la cité sainte, Wulmer vivait dans le calme et le repos du cœur. Sa prière continuelle, ses jeûnes assidus, les mortifications sans nombre qu'il pratiquait, montaient sans cesse, comme un encens d'agréable odeur, vers le trône de l'Agneau. Mais Dieu, qui le destinait à de plus grandes choses, ne le laissa pas longtemps livré à lui-même.
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Pendant que, retiré dans une cabane qu'il s'était bâtie, il se livrait à ces pieux exercices de pénitence, il arriva qu'un jour son frère, allant à la chasse, le rencontra sans le reconnaître ; mais, étonné de voir un si vénérable solitaire, établi dans son domaine, sans qu'il l'eût appris, il lui demanda qui il était, d'où il venait, qui lui avait permis d'habiter les terres de sa seigneurie. A ces questions le Saint répondit, non sans quelque émotion, qu'il était un pauvre pécheur qui se cachait pour faire pénitence, et qu'il le priait, au nom de Dieu, dont il était le ministre, de vouloir bien le garder dans son domaine. « Seigneur », lui dit-il, « priant Dieu pour les hommes, je me nourris des herbes qui croissent dans vos bois, j'étanche ma soif aux ruisseaux qui y coulent, et n'ai point d'autre lit que la terre : ayez donc la bonté de me laisser où le ciel m'a conduit ». Wulmer, que cette réponse ne satisfaisait pas, le pressa plus vivement de lui dire qui il était. « Puisque vous attachez tant d'importance », lui dit le solitaire, « à savoir qui je suis, il faut céder à vos instances et à la violence que vous me faites ; sachez donc que je suis né en ces lieux, que je m'appelle Wulmer ». Wulmer interdit se jeta dans ses bras, et l'engagea à retourner avec lui dans la demeure de ses ancêtres. Mais le solitaire fut inflexible, et, malgré tout le bonheur qu'il aurait eu à revoir une mère inconsolable depuis son départ, il refusa d'accéder à sa demande.
Wulmer, de retour, apprit à la noble châtelaine l'arrivée de Wulmer dans ses bois et l'entretien qu'il avait eu avec lui. Aussitôt celle-ci, transportée d'une joie indicible, lui ordonna de porter à son frère toutes les choses dont il pouvait avoir besoin. Wulmer partit sur-le-champ, mais ne trouva plus le solitaire dans l'endroit où il l'avait laissé. Alors il se mit à parcourir la forêt, en faisant tout retentir du nom de Wulmer, qui vint avec bonté à la rencontre de son frère.
Après avoir pris avec lui quelque nourriture, le grand saint saisit cette occasion de l'entretenir de l'obligation indispensable qu'il avait de travailler au grand ouvrage de son salut. Il lui parla de la soumission respectueuse qu'il devait avoir pour la loi de Dieu, et le toucha tellement que Wulmer sortit de cette entrevue tout pénétré des vérités que son bienheureux frère venait de lui dévoiler. Souvent il revint goûter cette nourriture spirituelle de la parole sainte, que le serviteur de Dieu dispensait avec tant de suavité. D'autres, à son exemple, voulurent être instruits dans la foi de Jésus-Christ, et se rendirent auprès de Wulmer. Mais le Saint, qui avait besoin d'un temps spécial pour se livrer à la prière et à la contemplation, résolut de régler les moments où il pourrait, sans trop quitter sa solitude, leur prêcher les sublimes préceptes du saint Évangile ; et, pour épargner à ses auditeurs l'embarras de le chercher dans la forêt, il attacha à un arbre voisin une tablette et un maillet de bois. « Quand vous voudrez », leur dit-il, « que je vienne auprès de vous, frappez sur cette tablette : à ce signal connu, je me rendrai à vos pieux désirs ».
Cependant, de tous côtés, riches et pauvres, seigneurs et vassaux, se pressent autour de sa cellule ; tous veulent apprendre à devenir les imitateurs de sa vie et les copies fidèles de sa pénitence. Pour satisfaire au saint empressement avec lequel plusieurs d'entre eux aspiraient à devenir les compagnons de ses travaux dans le service de Dieu, le saint bâtit quelques cellules, où il pourrait s'exercer avec eux à la pratique des vertus monastiques ; et, après avoir éprouvé leur vocation, il les revêtit de l'habit religieux.
Sous la conduite d'un tel maître, ils devinrent en peu de temps de
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dignes serviteurs de Jésus-Christ; et bientôt il les envoya prêcher partout dans les domaines et les dépendances du château de son père. Leurs discours étaient si animés, leurs paroles si pleines d'éloquence et de foi, et en même temps si bien soutenues par la sainteté de leur vie, que les habitants abandonnèrent le sentier de l'erreur; et, guidés par la lumière céleste, s'avancèrent avec plus d'assurance dans la voie droite du salut.
Par suite de ces prédications, la foule de ceux qui désiraient se placer sous la direction de Wulmer s'accrut de jour en jour, à tel point que la chapelle et les cellules qu'il avait bâties n'étaient plus suffisantes pour les contenir. Le pieux abbé forma le dessein de construire un monastère plus vaste et plus en rapport avec le nombre de ses religieux. Il mit aussitôt la main à l'œuvre, et plaça sous le patronage de la Reine des anges et des apôtres Pierre et Paul la nouvelle abbaye que la munificence des peuples lui permit d'achever en peu de temps.
Sur ces entrefaites, Géadwalla, roi de Wessex, en Angleterre, traversait la Morinie, pour se rendre auprès du souverain Pontife et recevoir de sa main le sacrement de baptême. Ayant appris le rare mérite et la sainteté de Wulmer, il voulut le voir, et recueillir de sa bouche quelques instructions propres à le guider dans la voie du salut et à le fortifier dans une aussi pénible et aussi glorieuse entreprise.
Wulmer répondit à l'honneur que lui faisait ce monarque, d'une manière si grave, si noble et si digne de la religion, que ce prince lui offrit d'immenses trésors pour achever son monastère. Mais le saint abbé les refusa, montrant autant de modestie et de générosité, que le monarque avait déployé de libéralité et de magnificence. Cependant, sur les instances réitérées du royal néophyte, il accepta trente sous d'or, qui devaient être employés à la décoration de sa basilique. Le prince prit alors congé de l'homme de Dieu; et, arrivé heureusement à Rome, il fut baptisé, la veille de Pâques, dans l'église de Saint-Pierre (688).
Au milieu de toutes ces nouvelles institutions, Wulmer voulait encore donner à Dieu des servantes fidèles et affectionnées à son service, et une retraite aux saintes filles qui, abandonnant la vie du siècle, voulaient se consacrer entièrement au service du Seigneur. C'est pourquoi il éleva, dans un village appelé Wileria (Wierre-aux-Bois), un monastère de femmes, dont il confia le soin à sa nièce Bertane ou Heremberthe. En choisissant la fille de son frère, Wulmer ne se laissa point déterminer par des considérations de parenté: il ne fit que rendre justice à la piété et à la vertu. La suite montra qu'il ne s'était pas trompé, car Heremberthe se conduisit avec tant de sagesse, qu'elle devint le parfait modèle de ses sœurs, et mérita, après sa mort, d'être glorifiée éternellement dans le ciel.
Ranimant leur foi et leur courage par l'exemple de ses vertus et par ses vives exhortations, le saint contribua beaucoup au salut de ces pieuses filles. Si quelquefois les aliments venaient à leur manquer, il les rassurait, les engageant à se fier en la providence du Dieu tout-puissant. « Ne vous embarrassez pas, mes enfants », leur disait-il, « ne vous embarrassez pas des choses de ce monde; tournez toujours votre cœur du côté de Dieu: c'est un Père de miséricorde qui ne vous abandonnera jamais ». Et ces paroles répandaient les plus douces consolations dans ces cœurs craintifs, encore préoccupés des choses de la terre. Mais Dieu, veillant sur ces sanctuaires de bonheur et de paix, soutenait les efforts de son serviteur. Aussi, avant la fin des persuasives exhortations de Wulmer, le Seigneur suscitait-il souvent des âmes charitables, qui venaient apporter à la communauté des
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pains et des présents. Alors tout le monastère retentissait d'actions de grâces, et la semence céleste germait avec plus de fruit dans les cœurs.
La paternelle bonté du bienheureux Wulmer ne s'étendait pas seulement sur ses enfants ; tous ceux qui l'approchaient, même ses ennemis, en ressentirent plus d'une fois l'influence. Un voleur, ayant dérobé un cheval aux frères, erra toute la nuit sans pouvoir retrouver sa demeure ; et, après avoir parcouru toute la campagne voisine, il se retrouva le matin devant la porte de l'abbaye. Deux religieux, qui sortaient alors pour se rendre à leurs travaux habituels, le saisirent aussitôt et prièrent le saint de le retenir en prison. Mais celui-ci n'en voulut rien faire, et se contenta de prêcher au malfaiteur la parole de Dieu. Puis il le renvoya, sans chercher à le punir d'aucune autre manière.
Ainsi se passaient, dans la pratique de toutes les vertus, les jours du bienheureux serviteur de Jésus-Christ. Ses exhortations devenaient de jour en jour plus vives et plus pressantes. « Qu'elle est petite la porte », disait-il souvent à ses religieux, « qu'elle est étroite la voie qui conduit à la vie, et combien peu la trouvent ! Vous, sur le chemin du ciel et éloignés de la vie du monde, vous avez des actions de grâces immenses à rendre à la Providence ». C'était surtout par ses exemples que le saint abbé les guidait dans le chemin de la vertu. Simple dans son intérieur, ardent à la prière et à tous les exercices de la communauté, toujours occupé de bonnes œuvres, il mettait en pratique ces paroles du Psalmiste : « Je bénirai en tout temps le Seigneur, sa louange sera toujours dans ma bouche ».
Enfin, vieux et plein de jours, le glorieux athlète du Christ allait recevoir la couronne que lui méritaient ses travaux. Dieu lui fit connaître que sa fin approchait. Alors, rassemblant ses disciples, il les exhorte à persévérer avec confiance dans le service du Seigneur. « Depuis longtemps », leur dit-il, « j'aspire à la mort, et maintenant je sens qu'elle est proche. Les jours de mon pèlerinage sont passés, je quitte enfin cette terre d'exil ; mais, prosterné au pied du trône de Dieu, je ne vous oublierai jamais ».
Dès que les religieuses de Wierre eurent appris cette nouvelle, elles désirèrent voir une dernière fois leur bienfaiteur et leur père. Mais, afin de ne s'occuper que des choses du ciel et d'abandonner à cet instant suprême toutes les affections terrestres, le saint abbé refusa de se rendre à leurs vœux et protesta que jamais aucune femme ne serait admise à le voir. La nuit suivante, le bienheureux Wulmer, rendant à Dieu d'innombrables actions de grâces, expira dans les bras de ses disciples (710).
La désolation fut grande dans les deux monastères. Tous pleuraient ce maître excellent, dont la parole éloquente les avait tirés du sentier de l'erreur, ce pasteur plein de bonté, qui avait dirigé leurs pas dans l'étroite voie du salut.
Bientôt, au milieu d'un immense concours de peuple, on célébra les funérailles du serviteur de Dieu. Le corps de Wulmer était placé, la face découverte, dans un cercueil autour duquel se pressait une foule avide de contempler encore une fois la douce sérénité de son visage. Mais, par un merveilleux décret de la volonté divine, les religieuses ne purent avoir cette consolation. Un épais nuage dérobait à leurs yeux le corps du bienheureux fondateur. Enfin, au milieu des psaumes et des cantiques, les Frères confièrent à la terre la dépouille mortelle du saint abbé ; et de nombreux miracles vinrent attester la gloire dont il jouissait dans le ciel.
Le monastère de Samer ne déchut en rien du haut degré de gloire auquel l'avait porté la pieuse sollicitude de saint Wulmer. La mémoire des
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paternelles exhortations du bienheureux abbé resta longtemps, avec le souvenir de ses vertus, gravée dans le cœur des pieux cénobites. Et comment auraient-ils pu oublier les instructions d'un homme dont les miracles, se continuant sous leurs yeux, étaient une prédication toujours nouvelle? C'était un paralytique qui recouvrait, au tombeau du Saint, l'usage de ses mouvements; c'était un enfant perclus, dont les membres retrouvaient leur agilité; un sourd-muet, dont la langue déliée chantait les louanges de Dieu, dont l'oreille, désormais accessible aux sons de la parole, écoutait avec ravissement, de la bouche des vieillards, le récit des actes de son bienfaiteur.
On le représente vivant dans le creux d'un arbre ou avec quelques disciples, dans un petit ermitage enfoncé dans une forêt profonde.
Il est patron de Samer, au diocèse d'Arras.
## CULTE ET RELIQUES. — ABBAYE DE SAMER.
La fête de saint Wulmer était célébrée avec la plus religieuse exactitude. Tous suspendaient, ce jour-là, leurs travaux et se rendaient en foule au sépulcre du saint fondateur, pour y déposer le tribut de leurs louanges et l'hommage de leurs prières. Ceux qui, par une coupable avarice, se livrèrent à des œuvres serviles, ressentirent plus d'une fois les justes effets de la colère de Dieu.
Cependant, les hommes du Nord, ces terribles pirates du moyen âge, s'abattaient sur notre pays. Saccageant les villes, pillant les monastères, rançonnant le pauvre peuple, ils ne laissaient rien debout sur leur passage. L'abbaye de Samer s'abîma dans la tourmente; le couvent de Wierre fut enseveli sous les cendres (881); les religieux de Samer, dispersés dans les bois, errants et fugitifs, périrent la plupart de faim et de fatigue.
Quelques années plus tard, ceux des Frères qui avaient échappé à tous ces désastres parvinrent à rétablir l'ancienne basilique. Le corps de saint Wulmer, qui avait été soustrait à la fureur de ces barbares, fut remis en possession de son ancien culte; mais ce précieux dépôt ne resta pas longtemps à Samer. Le comte de Flandres, Arnoul le Vieux, suzerain du Boulonnais, craignant avec raison une seconde invasion des Normands, le fit transporter à Gand, avec toutes les saintes reliques qui reposaient dans les villes maritimes de son domaine (944).
L'abbaye fut longtemps à reprendre son antique splendeur. Le malheur des temps, la difficulté d'entretenir des relations suivies avec les autres communautés, firent qu'à la fin du XIe siècle, l'état déplorable dans lequel elle était tombée inspira la plus grande compassion aux comtes de Boulogne.
Eustache III, frère de Godefroy de Bouillon, comprenant l'impuissance où il était de réformer le monastère de Samer, résolut de le mettre sous la direction et la dépendance de saint-Hugues, abbé de Cluny. Sous l'influence d'une telle réforme, la religion ne tarda pas à refleurir dans ces lieux, illustrés par les vertus héroïques de saint Wulmer.
Les biens que les comtes de Boulogne donnèrent à l'abbaye de Samer, furent immenses; et le Saint-Siège, voulant aussi favoriser la pieuse congrégation, accorda à son abbé la présidence sur tous les autres abbés de la Morinie, dans les synodes diocésains. Étienne, comte de Boulogne, roi d'Angleterre, lui accorda les plus grandes franchises et ajouta à ses possessions un grand nombre de villages, situés sur ses terres de France et même d'Angleterre.
Malgré toutes les adversités au milieu desquelles elle eut à passer durant les siècles qui suivirent, l'abbaye de Samer se conserva florissante et pure jusqu'à l'apparition de la réforme. C'est alors que Pierre Bisque, dernier abbé régulier de Saint-Wulmer aux Bois, céda en commende son abbaye à son frère, François, chancelier du roi, protonotaire apostolique et archidiacre de Chartres (1539).
Pendant le cours du XVIe siècle, outre la perte de leur liberté, les religieux de Saint-Wulmer eurent encore à déplorer un malheur irréparable. Les reliques de leur saint fondateur, restées à Gand, depuis 944, et quelques parties de ces ossements sacrés, que gardaient à Boulogne les chanoines réguliers de Saint-Augustin, furent livrées aux flammes et indignement profanées par les Calvinistes.
Cependant l'abbaye, dévorée par la commende, s'affaissait peu à peu sur elle-même. En vain, Mgr François de Perrechel, évêque de Boulogne, y introduisit-il la réforme de Saint-Maur, en 1658, le nombre des religieux continua de décroître, et l'on n'en comptait plus que sept à la fin du XVIIe siècle.
Les ordres monastiques, dépouillés de tous leurs moyens d'action, déconsidérés dans l'esprit des peuples, n'attendaient plus que le châtiment réservé aux serviteurs inutiles. La révolution française vint consommer les iniquités de la commende, en confisquant l'abbaye de Samer, ses revenus et ses dépendances. Depuis lors, l'église et les lieux claustraux ont été transformés en habitations particulières ; les ossements des abbés de Saint-Wulmer ont été jetés aux vents ; la riche bibliothèque fut dispersée, livrée au pillage.
Extrait du Légendaire de Morinie.
Événements marquants
- Religieux à l'abbaye de Hautmont
- Élévation à la dignité sacerdotale
- Retraite solitaire dans le creux d'un chêne
- Fondation de l'abbaye de Samer (Saint-Wulmer aux Bois)
- Rencontre avec le roi Géadwalla de Wessex en 688
- Fondation du monastère de femmes à Wierre-aux-Bois
- Mort en 710 dans les bras de ses disciples
Miracles
- Vision d'un gentilhomme pour nourrir le saint caché dans un chêne
- Un voleur de cheval incapable de trouver son chemin et ramené à l'abbaye
- Guérison d'un paralytique, d'un enfant perclus et d'un sourd-muet à son tombeau
- Nuage mystérieux dérobant son corps à la vue des religieuses lors des funérailles
Citations
Je bénirai en tout temps le Seigneur, sa louange sera toujours dans ma bouche