Saint Benoît (Patriarche des moines d'Occident)

Premier Abbé du Mont-Cassin, Patriarche des moines d'Occident

Fête : 21 mars 6ᵉ siècle • saint

Résumé

Né à Norcia vers 480, saint Benoît abandonna ses études à Rome pour la solitude de Sublac. Fondateur de l'abbaye du Mont-Cassin et auteur d'une Règle célèbre pour sa discrétion, il organisa la vie monastique en Occident. Il mourut en 543, laissant un héritage spirituel et culturel immense à travers l'ordre bénédictin.

Biographie

SAINT BENOÎT, PREMIER ABBÉ DU MONT-CASSIN,

PATRIARCHE DES MOINES D'OCCIDENT.

Les montagnes... Là-haut, Dieu a pris sa demeure; des églises se sont élevées. La foi s'emparant des montagnes en a fait des ostensiers d'où rayonne le Saint-Sacrement. Si cela tombe, d'autres choses tomberont.

*Parf. de Rome, ch. 23.*

Berthaire, très-saint abbé du Mont-Cassin, et très-illustre martyr de Jésus-Christ, considérant le temps auquel saint Benoît vint au monde, fait une remarque approuvée par le cardinal Baronius et par d'autres savants auteurs; à savoir, que ce grand Saint y parut comme une lumière au milieu des ténèbres, ou comme un médecin envoyé de Dieu pour guérir les plaies de l'humanité à cette époque; car alors il n'y avait point de roi ni de prince souverain sur la terre, qui ne fût athée, idolâtre, ou hérétique, tant le siècle était corrompu.

Il naquit vers l'an 480, au pays des Sabins, que l'on appelle aujourd'hui l'Ombrie ou le duché de Spolète, et dans la ville de Norcia; quelques-uns ont écrit qu'il était, par son père Eutrope, de l'ancienne famille des Anicius, qui a donné à Rome un grand nombre de consuls et d'empereurs, et par sa mère Abondance, le dernier rejeton des seigneurs de Norcia. Saint Grégoire, pape, qui est le premier auteur de sa vie, assure que le nom de Benoît lui fut imposé pour marquer mystérieusement les bénédictions célestes dont il devait être comblé.

Il fit paraître dès son enfance de fortes inclinations pour la vertu; et, dans un âge qui semble avoir la légèreté pour partage, il témoignait déjà une grande maturité dans ses actions, méprisant toutes les choses de la terre et ne respirant que celles du ciel. On l'envoya à sept ans étudier à Rome, et il y fit en sept autres années qu'il y demeura, un progrès notable: il donnait sujet d'espérer, s'il continuait ses études, qu'il deviendrait un des plus habiles hommes de son temps; mais, craignant que le mauvais exemple d'une jeunesse débauchée dont cette ville était remplie, ne fît quelque impression sur son cœur, il résolut, à quatorze ans, de s'en retirer secrètement: il aimait mieux demeurer moins savant et devenir plus vertueux, que de se rendre parfait dans les sciences humaines et devenir vicieux.

À la suite de cette résolution, il abandonna Rome et tout ce qu'il avait de parents et d'amis, et, par une sage folie et une savante ignorance, pour me servir des termes de saint Grégoire, il alla chercher dans les déserts, et hors du commerce du monde, un genre de vie en laquelle il put servir Dieu avec plus de ferveur et moins de péril. Sa nourrice, qui se nommait Cyrille, et qui l'aimait tendrement, le suivit: et ce fut à son occasion, qu'étant arrivé à un village appelé Afide, il fit le premier de ses miracles, dont la connaissance soit venue jusqu'à nous; cette femme ayant cassé par hasard un vase de terre qu'elle avait emprunté à quelques pauvres gens de l'en-

droit, le Saint en rejoignit les morceaux, et le rétablit par sa prière au même état qu'il était auparavant; en mémoire de ce miracle, les habitants l'attachèrent à la porte de leur église, où il est demeuré jusqu'à l'irruption des Lombards. On regarda bientôt Benoît comme un Saint dans tout le voisinage: ce lui fut un motif extrêmement puissant pour s'en retirer. Il se déroba donc secrètement à ceux qui avaient été témoins du prodige, et à sa nourrice même, et s'en alla en un lieu distant de Rome de quarante milles, appelé Sublac, où il y avait des moines qui vivaient dans une très-sainte austérité. Sainte Hildegarde assure, dans ses révélations, qu'il y fut conduit par deux anges, qui l'avaient aussi tiré de Rome. Comme il gravissait une montagne pour trouver le lieu qu'il souhaitait, Dieu permit qu'il fût aperçu par un de ces solitaires, nommé Romain; celui-ci admirant sa ferveur, offrit de l'assister et de coopérer à son pieux dessein en tout ce qui lui serait possible. Benoît ayant accepté cette offre, Romain lui donna premièrement un habit religieux, puis il le conduisit dans une caverne extrêmement secrète et presque inaccessible, que la nature avait taillée dans l'enfoncement d'un rocher, et que l'on appelle maintenant la Sainte Grotte. C'était en l'an 494.

Ce fut là que ce grand Saint, couvert d'un cilice et séparé de tous les hommes, commença cette terrible pénitence, dont la pensée est capable d'étonner les plus hardis. Romain l'y nourrit pendant trois ans, lui descendant de temps en temps, dans une corbeille, un morceau de pain, qui faisait toute sa subsistance. Il ne rompait pas pour cela son silence, mais il l'appelait avec une sonnette attachée à la corde de la corbeille. L'ennemi commun des hommes, ne pouvant supporter ni l'austérité de l'un ni la charité de l'autre, cassa un jour cette sonnette. Mais sa malice ne les empêcha pas de continuer toujours leur saint commerce, jusqu'à ce qu'il plût à Dieu de découvrir au monde la sainteté de son serviteur, et de l'y faire paraître pour le salut d'une infinité de personnes. Voici comment la chose arriva.

Un saint prêtre, curé, si l'on en croit la tradition, d'un bourg appelé Monte-Preclaro, distant de quatre milles de cette grotte, s'était fait apprêter à dîner pour le jour de Pâques; Notre-Seigneur lui apparut en songe, et lui dit: « Mon serviteur meurt de faim dans une caverne, et tu te prépares des mets délicieux ». À cette voix, il se lève, et prenant ce que l'on avait disposé pour sa table, il se met en chemin pour chercher le saint inconnu. Il marcha longtemps entre les montagnes et les rochers sans savoir où il allait ni où il devait aller; mais la main de Dieu le conduisant, il arriva enfin dans la grotte de Benoît. Il y trouva le Saint, se mit en prières avec lui, et, après l'oraison, l'invita à prendre la nourriture que Notre-Seigneur lui envoyait, parce que c'était ce jour-là la fête de sa Résurrection, en laquelle l'Église a coutume de rompre le jeûne. Saint Benoît connaissant que Dieu l'avait envoyé, acquiesça à sa prière: ils mangèrent ensemble de ce qu'il avait apporté, et après un entretien plein de lumière et d'onction, sur les moyens de plaire à Dieu et d'arriver à la perfection, ils se séparèrent, le prêtre retournant à son église et le Saint demeurant dans sa grotte,

plein de reconnaissance envers son divin bienfaiteur. Quelque temps après, des bergers l'aperçurent de loin, et en eurent même de la frayeur, d'abord parce qu'il était couvert de peaux de bêtes, ensuite parce qu'ils ne pouvaient s'imaginer qu'un homme comme les autres pût faire sa demeure ordinaire dans ces rochers. Mais s'étant approchés, ils reconnurent, de leurs propres yeux et par les instructions salutaires qu'il leur donna, que c'était effectivement un homme, et plusieurs en furent si touchés, que de grossiers qu'ils étaient, ils devinrent des hommes de grâce et des personnes spirituelles, comme le remarque saint Grégoire. C'est ainsi que cet admirable Solitaire fut découvert peu à peu, et dans la suite plusieurs personnes du voisinage le venaient visiter, et, lui apportant ce qui était nécessaire pour son vivre, ils recevaient de lui un aliment bien plus excellent, c'est-à-dire la parole de Dieu.

De si heureux commencements ayant jeté la terreur dans l'esprit de Satan, il résolut d'étouffer dans son berceau cette sainteté naissante. Pour en venir à bout, il prit la figure d'un merle, et, sous cette figure, il vint voltiger autour de lui, et il en approcha même de si près, que le saint jeune homme l'eût aisément pris de la main; mais comme ce brave soldat de Jésus-Christ était déjà bien expérimenté dans la milice spirituelle, se doutant de ce que c'était, il forma sur lui le signe de la croix: ce qui fit aussitôt évanouir ce prestige. Cependant il sentit au même instant une si furieuse tentation de la chair, qu'il était sur le point d'y succomber, et que, dans le trouble où il était, il commençait presque à délibérer s'il ne laisserait point sa solitude. Mais l'esprit de la grâce fut plus fort en lui que cette tentation, et lui donna sur-le-champ l'adresse et le courage de se dépouiller et de se jeter nu dans un champ d'épines et de ronces, au milieu desquelles il se roula si longtemps, que, par une infinité d'écorchures et de plaies, il fit sortir le sang de tous les endroits de son corps; ainsi, par la douleur sensible et par ces ruisseaux de sang, il éteignit l'ardeur que la concupiscence avait allumée dans ses membres. Depuis, le séraphique saint François, visitant par dévotion la grotte de saint Benoît, embrassa et baisa par dévotion ces ronces et ces épines, et, faisant dessus le signe de la croix, il les changea en des roses qui ont depuis servi à donner la santé à quantité de malades. La victoire de notre Saint fut si parfaite, qu'il fut doué, à partir de ce jour, d'une pureté angélique, et que le démon n'eut plus le pouvoir de le tenter sur cette matière.

Après ce triomphe, il devint de soldat capitaine, et de novice grand maître en l'école de la vertu. En effet, il commença dès lors à en faire leçon, soit de vive voix, soit par ses bons exemples, à plusieurs qui se vinrent ranger sous sa discipline. L'abbé d'un monastère voisin était décédé, les religieux jetèrent aussitôt les yeux sur lui et l'élurent en sa place; mais comme ils étaient tombés dans un grand relâchement et qu'ils ne pouvaient supporter la force de ses remontrances, ils se repentirent bientôt de leur choix, et allèrent jusqu'à cet excès de fureur de conspirer ensemble sa mort et de mettre du poison dans un verre qu'ils lui présentèrent. Ils ne purent néanmoins lui nuire, parce que Dieu, qui révèle quand il lui plaît les pensées les plus secrètes des hommes, fit connaître à son serviteur le péril où il était, comme si une pierre fût tombée dedans. La conspiration étant ainsi découverte, le Saint leur dit sans se troubler: « Dieu vous pardonne, mes frères! ne vous avais-je pas bien dit que vos mœurs ne s'accordaient nullement avec les miennes? Cherchez un autre abbé qui vous gouverne

à votre guise; pour moi, je ne demeurerai pas davantage avec vous ».

Saint Benoît laissa donc ce lieu où il ne produisait aucun fruit, et se retira dans sa première solitude; n’ayant plus que le corps sur la terre, il menait une vie plus angélique qu'humaine, s'absorbant dans la contemplation des perfections divines, et s'étudiant à en former dans lui-même une image et une vive ressemblance. Mais la charité qui consumait son cœur ne pouvant cacher ses flammes, plusieurs personnes, désireuses de l'imiter, vinrent en ce désert; bientôt, au lieu d'un monastère qu'il avait laissé, il en fonda douze; dans chacun il mit d'abord douze religieux avec un supérieur pour les conduire. Et, pour lui, comme le surintendant de tous, il veillait sur eux et allait de l'un à l'autre pour les assister dans leurs besoins. Ces monastères étaient dans la province de Valeria, peu éloignés les uns des autres; celui de Sainte-Scholastique, où le Saint faisait sa résidence, et celui de la Sainte-Grotte sont les seuls qui subsistent aujourd'hui. Il n’y a plus

à la place des autres que des ruines et quelques cellules. Il ne fut pas seulement recherché de ceux qui voulaient quitter le monde et s'enrôler sous la bannière de la croix: il le fut aussi de plusieurs seigneurs, qui, par une estime singulière pour sa personne, lui amenèrent leurs enfants, afin qu'il les formât de sa main à la pratique de la vertu, et qu'ils apprissent les sciences humaines sous les maîtres qu'il leur donnerait: Équipe lui amena son fils Maur, âgé de douze ans, et Tertulle, patrice, lui amena son fils Placide, âgé seulement de sept ans. Cela peut donner sujet de croire ce que quelques auteurs ont écrit: notre Saint, d'après eux, fit un voyage à Rome pendant la fondation de ces douze premiers couvents, et y opéra tant de miracles pendant deux ans, qu'il gagna l'estime et l'affection de tout le sénat et des personnes les plus considérables de la ville. Il est vrai que saint Grégoire ne parle point de ce voyage: mais il a pu l'omettre, soit pour abréger, soit pour d'autres raisons que nous ne pouvons pas savoir. Il a déjà été parlé, dans la vie de saint Maur, du miracle insigne que le saint Abbé lui fit faire, pour retirer le petit Placide d'un lac où il allait se noyer; saint Maur marcha sur les eaux à pied sec et comme sur la terre ferme. Saint Grégoire en marque encore d'autres qui ont précédé sa sortie de la solitude de Sublac.

Dans l'un de ses monastères, il y avait un religieux qui ne pouvait demeurer à l'oraison; mais aussitôt que les frères se prosternaient pour la faire, il sortait de l'oratoire pour donner une entière liberté à ses pensées. Le supérieur lui en fit souvent la correction; mais comme c'était sans succès, il le mena à saint Benoît, afin que l'autorité d'un si grand homme gagnât sur lui ce que ses remontrances ne pouvaient obtenir. Ce pauvre Frère promit bien d'être plus fervent à l'avenir; mais sa résolution ne dura que deux jours: de sorte que le supérieur fut obligé de donner avis au Saint que le scandale continuait. Il vint lui-même y apporter remède et amena saint Maur en sa compagnie; s'étant mis en oraison avec les frères, il vit un enfant noir qui tirait le religieux par la robe: « Apercevez-vous », dit-il au supérieur et à saint Maur, « celui qui débauche ce Frère? » Ils répondirent que non: « Prions donc Notre-Seigneur », ajouta-t-il, « qu'il vous découvre ce secret ». Au bout de deux jours, saint Maur le vit, et saint Benoît ayant suivi ce vagabond, qui était sorti, selon sa coutume, il prit une baguette et en frappa le coupable; ce qui le délivra entièrement de cette tentation du démon. Entre les douze maisons qu'il avait fait bâtir, il y en avait trois sur les rochers qui n'avaient point d'eau. Les religieux, qui avaient une peine extrême pour en venir chercher en bas dans le lac, parce que la descente était difficile et dangereuse, le prièrent d'y pouvoir ou de changer leur demeure; il leur promit de les contenter, et, ayant fait une prière fervente, il fit sourdre du roc une fontaine dont les eaux coulent encore abondamment jusque dans la plaine. Un de ses novices, goth de nation, travaillant auprès du lac, pour en défricher les bords, donna un si grand coup dans le bois, que le fer de son instrument, se détachant du manche, sauta dans l'eau sans qu'il y eût moyen de l'en retirer. Le Saint y vint, prit le manche de la main de son novice, le mit dans le lac, et aussitôt le fer remonta de lui-même, et, nageant sur l'eau, vint se remettre dans son manche. Le Saint rendit l'instrument au novice, et l'ayant consolé, lui commanda de continuer son travail.

Ces prodiges et une infinité d'autres faisaient voler de tous côtés la réputation de ce nouvel Élisée; mais le démon, qu'un si heureux progrès mettait dans une rage extrême, entreprit de troubler son repos par le moyen d'un envieux. C'était un ecclésiastique, nommé Florent, qui demeu-

rait auprès du principal des douze monastères: de celui où saint Benoît faisait ordinairement sa résidence. Cet homme, véritablement indigne de son Ordre et de son caractère, attaqua premièrement le Saint par des médisances secrètes: « Il n'était pas si saint qu'il se faisait; ce n'était en réalité qu'un hypocrite et un fourbe, qui, sous de belles apparences de vertu, machinait quelque mauvais dessein ». Mais voyant qu'il n'avançait en rien contre sa réputation par tous ses mauvais discours, il tâcha de lui enlever la vie par un pain empoisonné, qu'il lui envoya comme une marque d'amitié et de bienveillance, de même que l'on envoyait encore, au siècle dernier, du pain bénit. Le Saint l'en remercia fort civilement, quoiqu'il n'ignorât pas la qualité de ce pain. Mais un corbeau, qu'il nourrissait de sa main, ayant volé vers lui, le Saint lui ordonna de prendre le pain et de le porter en un lieu écarté de la vue des hommes; l'animal ne l'osait faire par la crainte du poison, jusqu'à ce que le saint Abbé l'eût assuré qu'il n'en recevrait nul dommage, parce qu'il ne lui commandait pas de le manger, mais seulement de le porter en un lieu inconnu, où il ne put nuire à personne. Ce n'est pas tout: ce malheureux homme s'avisa d'une autre malice encore plus noire que les précédentes: il gagna sept filles de mauvaise vie et les fit entrer secrètement dans le jardin du monastère, pour y danser sans pudeur et y faire mille insolences à la vue des cellules des religieux. N'ayant pu nuire au saint Abbé, ni en sa réputation par la médisance, ni en sa vie par le poison, il voulait du moins l'affliger dans ses enfants par le scandale qu'il leur donnerait; c'était le toucher à la prunelle de ses yeux. Aussi le saint Père, qui ne s'était point ému ni pour les calomnies de son persécuteur, ni pour l'attentat qu'il avait commis contre sa personne, en le voulant faire mourir, quitta à ce coup la partie, et, cédant à l'orage, il se retira de ce monastère avec quelques-uns de ses disciples. Mais que peut la malice de l'homme contre la sagesse de Dieu? Les calomnies s'étaient dissipées, et l'attentat, ayant été découvert, n'avait point eu d'effet; de même, la victoire que Florent prétendait avoir remportée par la fuite du Saint, ne fut pas de longue durée; comme il se divertissait sur une galerie de son logis, elle s'écroula sous ses pieds et l'écrasa dans sa chute, le reste de la maison subsistant en son entier, tel qu'il était auparavant. À ce propos, nous ne voulons pas omettre un acte de la parfaite charité de saint Benoît: voyant que son disciple Maur paraissait joyeux en lui apprenant la mort de Florent, et en lui mandant qu'il pouvait bien revenir en assurance, puisque son ennemi n'était plus au monde, il l'en reprit aigrement et lui imposa une sévère pénitence. À cette occasion, Pierre Diacre, d'après saint Grégoire, s'écria que ce grand homme a été rempli de l'esprit de tous les Saints, puisqu'il fait voir l'esprit de Moïse, en tirant de l'eau d'un rocher; l'esprit d'Élie, en se faisant obéir par un corbeau; l'esprit d'Élisée, en faisant nager le fer sur les eaux; l'esprit de saint Pierre, en donnant à Maur, son disciple, le pouvoir de marcher sur un grand lac comme sur la terre ferme, et l'esprit de David, en pardonnant si généreusement à celui qui cherchait à le perdre et en pleurant amèrement sa mort.

Ce ne fut pas là le seul bien que Dieu tira de la malice du prêtre Florent: car saint Benoît s'étant absenté, comme nous avons dit, avec quelques-uns de ses enfants, Dieu lui fit connaître qu'il voulait se servir de lui pour la conversion de plusieurs âmes, qu'il le favorisait en tout ce qu'il entreprendrait, et rendrait son nom et sa congrégation célèbres par tout le monde. Le Saint bénit Dieu d'une disposition si favorable et quitta avec joie les rochers de Sublac, sanctifiés par ses pénitences et par tant

d'œuvres miraculeuses qu'il y avait opérées, pour se rendre où le ciel l'appelait. C'était au Mont-Cassin, situé dans le royaume de Naples, à douze lieues et demie de Sublac, et à dix-huit lieues de Rome. Deux anges, en forme de jeunes hommes, l'y conduisirent et le mirent en possession du lieu qui, d'évêché qu'il était, fut changé en une célèbre abbaye, chef d'une infinité de monastères de l'Ordre fondé par ce glorieux Patriarche. Il y avait encore, sur cette montagne et aux environs, comme en plusieurs autres provinces d'Italie, quelques restes du paganisme, entre autres un temple d'Apollon, où cette idole était honorée comme un Dieu par les paysans de la contrée. La première chose que fit saint Benoît, après une retraite et un jeûne de quarante jours pour se disposer aux fonctions de l'apostolat, fut de renverser l'autel, de mettre l'idole en pièces, et de brûler le bocage voisin, qui servait aux superstitions du paganisme; ayant ainsi purgé le temple, il le changea en un oratoire auquel il donna le nom de Saint-Martin, et en bâtit un autre à l'honneur de saint Jean-Baptiste, au même endroit où l'idole d'Apollon était auparavant. Il travailla ensuite, par des prédications ferventes, à la conversion du peuple d'alentour, et non content de le faire par lui-même, il dressa ses religieux à un si saint ministère; et ainsi, tant par leur moyen que par ses grands miracles et sa vie toute céleste, qui soutenait admirablement sa parole, il fit partout un changement considérable; en fort peu de temps, le pays fut débarrassé des superstitions et des vices que Satan y avait semés, et que les prélats y avaient laissé croître par leur négligence. Telle fut l'origine du célèbre monastère du Mont-Cassin, dont le grand saint Benoît jeta les premiers fondements en l'année 529, à la quarante-huitième année de son âge, la troisième de Justinien, sous le pontificat de Félix IV, Athalaric étant roi des Goths en Italie.

Le démon, épouvanté de tant de glorieuses victoires, renouvela ses premières persécutions contre le Saint. Ce n'était pas de nuit ni en songe qu'il lui apparaissait: il l'obsédait continuellement sous des figures horribles, jetant le feu par les yeux, par la bouche et par les narines, et lui disant en fureur: « Benoît! Benoît! » et comme le Saint ne faisait pas semblant de le voir ni de l'entendre, afin de lui témoigner plus de mépris, cet ennemi ajoutait: « Maudit sois-tu, et non béni! qu'es-tu venu faire en ces quartiers? Qu'as-tu à démêler avec moi? Pourquoi prends-tu plaisir à me persécuter? » Tous ces efforts étant inutiles, il entreprit de traverser la construction du nouveau monastère que le Saint commençait à bâtir. Un jour, que les frères voulaient lever une pierre pour la mettre en œuvre, il se mit dessus et la rendit si pesante qu'il était tout à fait impossible de la remuer. On en avertit le Saint: il vint sur le lieu, fit le signe de la croix sur la pierre, et la bénédiction eut tant de force, que cette pierre passa tout d'un coup de cette pesanteur extrême à une légèreté extraordinaire, qui fit qu'on la leva sans nulle difficulté. On la garde encore à présent au Mont-Cassin, en mémoire du miracle. Aussitôt après, on creusa, par l'ordre du Saint, au même endroit d'où on l'avait tirée, et l'on y trouva une petite idole de cuivre. Les religieux la portèrent dans la cuisine sans nul dessein; mais il y parut aussitôt un si grand feu, qu'il semblait vouloir consumer tous les offices; chacun se mit en devoir de l'éteindre en y jetant de l'eau, mais le Saint, étant descendu au bruit qu'il entendit, leur fit voir que la flamme n'était qu'imaginaire, et que ce n'était qu'un prestige qui avait trompé leur vue. Une autre fois, que les religieux travaillaient par obéissance à élever une muraille, le démon vint dans sa cellule, et lui dit effrontément qu'il allait vi-

siter ses travailleurs. Le bon Père conçut bien ce qu'il voulait dire, et envoya sur-le-champ vers les frères pour les avertir d'être sur leurs gardes. À peine eurent-ils reçu cet avis, qu'un pan de la muraille tomba et écrasa sous ses ruines un petit novice, enfant de race patricienne. Cet accident affligea infiniment ses confrères; ils allèrent trouver leur saint Abbé, et lui exposèrent avec des soupirs le malheur de ce jeune homme. Il commanda qu'on lui apportât le corps du défunt, mais il était si brisé qu'il fallut le porter dans un sac. Il fit une oraison pour lui avec une ferveur extraordinaire, et, à peine l'eût-il achevée, que le mort ressuscita et revint au même état dans lequel il était avant cet accident. Le Saint, pour triompher plus parfaitement de l'ennemi, lui ordonna de retourner au travail et de rétablir, avec les autres, la muraille sous laquelle il avait été écrasé. Ainsi, tous les artifices du démon ne purent l'empêcher de bâtir cette maison, qui devait être la demeure de tant de Saints, et le chef de cet Ordre qui allait bientôt se propager dans tout le monde.

La conduite de saint Benoît était d'autant plus admirable et salutaire, qu'il voyait les pensées les plus secrètes de ses religieux et les fautes qu'ils commettaient en son absence. Deux d'entre eux, étant sortis avec sa permission, entrèrent chez une femme pieuse, où, contre l'obéissance, ils se laissèrent aller à prendre un repas. Au retour, le Saint leur demanda s'ils n'avaient point mangé quelque part; ils assurèrent que non, craignant la réprimande qu'ils méritaient; mais le Saint leur marqua si distinctement où ils avaient mangé, ce qui leur avait été servi à table, et combien de fois ils avaient bu, que, reconnaissant que l'esprit de Dieu les avait découverts, ils se jetèrent à ses pieds et lui demandèrent pardon, tant de leur transgression que de leur mensonge. Il se contenta de la honte qu'ils reçurent de l'une et de l'autre faute, persuadé que ce don surnaturel les rendrait désormais plus circonspects et plus zélés pour l'observance. Il découvrit de même à un séculier, qui avait coutume de le venir voir à jeun pour recevoir sa bénédiction, qu'il avait mangé en chemin par complaisance pour celui qui lui tenait compagnie; vérité qui tira les larmes des yeux de cet homme de bien, et lui fit admirer l'esprit prophétique dont le saint Patriarche était rempli.

Mais cet esprit prophétique parut avec bien plus d'éclat dans la rencontre qu'il eut avec Totila, roi des Goths. Ce prince, qui ravageait toute l'Italie, ayant entendu dire que Benoît était un grand Prophète, à qui rien ne pouvait être caché, voulut s'en assurer par sa propre expérience; il s'avança vers son monastère, et lui manda de venir en personne au-devant de lui. Avant d'en approcher, pour mieux éprouver le Saint, il fit vêtir un de ses écuyers comme un roi, le fit accompagner de ses gardes et des premiers officiers de sa cour, et lui commanda de marcher devant lui en cet équipage, afin de voir si Benoît s'y laisserait tromper. L'écuyer obéit, alla jusque dans l'enceinte du monastère et jusqu'au lieu où était le Saint; mais ce grand homme ne s'émut point pour tout le tumulte de ces barbares, et, dès qu'il crut que l'écuyer le pouvait entendre, il s'écria: « Quittez, mon fils, quittez ces ornements royaux: ils ne vous appartiennent pas ». À ces paroles, cet écuyer, qui faisait auparavant le fier, et tous ceux de sa suite, se prosternèrent contre terre, et, n'osant approcher du Saint, ni lui parler, ils s'en retournèrent dire à Totila ce qu'ils avaient vu et entendu. Totila vint lui-même, et, ayant aperçu saint Benoît qui était assis sur une escabelle, il se jeta aussi par terre sans oser avancer plus près. Le Saint lui cria deux ou trois fois de se lever; mais il fallut qu'il le vînt relever lui-

même. Ensuite, il lui parla avec plus de force et de liberté que jamais le prophète Nathan n'avait parlé à David, puisque, sans user de paraboles ni craindre de choquer un roi qui faisait trembler toute l'Italie, il le reprit de ses crimes, et lui prédit les dernières aventures de sa vie: « Vous faites beaucoup de mal », lui dit-il: « vous en avez beaucoup fait; il est temps que vous mettiez fin à vos iniquités; vous entrerez dans Rome, vous passerez la mer, vous régnerez neuf ans, et au dixième vous mourrez ». À cet oracle, Totila fut frappé d'une nouvelle crainte: il se recommanda instamment aux prières du Saint et se retira. Depuis ce temps-là, il ne fut pas si cruel qu'il l'avait été auparavant. Il prit Rome, passa en Sicile, et, au bout de dix ans, par un juste jugement de Dieu, il perdit le royaume et la vie.

Saint Grégoire rapporte encore plusieurs autres prophéties faites par Benoît. Saint Sabin, évêque de Canosa, qui le visitait tous les ans, lui disant que Rome périrait par la cruauté de Totila, il l'assura que non, mais qu'elle périrait par des foudres, des tempêtes, des débordements d'eau et des tremblements de terre; ce que l'événement a justifié. Un clerc de l'église d'Aquin était possédé du démon; il fut amené à Benoît par Constance, son évêque, qui n'avait pu obtenir sa délivrance au sépulcre de plusieurs Martyrs auxquels il s'était déjà adressé; le Saint pria pour lui et le délivra; mais, en même temps il l'avertit de ne jamais manger de chair, et de ne pas se faire promouvoir aux Ordres sacrés; le menaçant, s'il entreprenait d'y monter, d'être le jour même encore saisi du démon. Le clerc se soumit longtemps à cet avis; mais, après plusieurs années, fâché de voir que les moindres clercs passaient devant lui, et regardant le commandement du Saint comme une chose que le temps avait abolie, il eut la témérité de prendre un Ordre sacré; et en même temps, le démon entra dans son corps, et le tourmenta sans relâche jusqu'à ce qu'il lui eût ôté la vie. Théoprobe, un des religieux de Benoît, personnage de grand mérite, entra un jour dans sa cellule, et le trouva pleurant amèrement. Il attendit longtemps sans voir la fin de ses larmes; enfin il lui demanda quel sujet il avait de tant pleurer. « Je pleure », répondit-il, « parce que Dieu vient de me faire connaître que ce monastère et toutes ses dépendances seront ruinés et détruits par les barbares, et à peine ai-je pu obtenir que les âmes fussent sauvées ». C'est ce que l'on a vu, depuis, dans l'irruption des Lombards: car l'abbaye du Mont-Cassin fut ruinée, mais personne ne tomba entre les mains de ces infidèles. Un personnage de haute condition ayant envoyé au Saint, par son valet, deux flacons de vin, ce valet en cacha un en chemin, et se contenta de présenter l'autre. Le Saint le reçut fort humainement et avec action de grâces; mais, comme le valet prenait congé, il l'avertit de ne pas boire du flacon qu'il avait caché, sans voir auparavant ce qu'il y avait dedans. Ce pauvre garçon fut fort étonné; mais il le fut bien davantage, lorsque regardant son flacon dérobé, il en vit sortir un serpent. Ce miracle fit tant d'impression sur son esprit, qu'il demanda l'habit des convers, et eut le bonheur d'en faire profession dans l'Ordre. Saint Grégoire l'appelle *Exhilaratus noster*, notre frère Exhilaratus; ce qui montre qu'il était lui-même de l'Ordre de saint Benoît.

Pendant la mission que fit saint Benoît, il convertit tous les idolâtres d'un bourg proche du Mont-Cassin. En ce même lieu on bâtit un monastère de religieuses dont il se réserva la conduite; un jour, ayant envoyé un de ses disciples pour leur faire une exhortation, ces saintes femmes le pressèrent si fort d'agréer quelques mouchoirs, qu'il les prit et les cacha dans son sein. Étant de retour, le saint Patriarche lui fit une réprimande terrible: « Comment est-ce », lui dit-il, « mon frère, que vous avez laissé

entrer l'iniquité dans votre sein? » Il fut fort surpris de ce reproche, ne se souvenant plus de ce qu'il avait fait. Mais le Saint ajouta: « N'étais-je pas présent quand vous avez reçu des mouchoirs de ces servantes de Dieu, et que vous les avez cachés dans votre sein, pour les posséder contre l'esprit de pauvreté et d'obéissance? » Ces paroles furent un coup de tonnerre pour ce pauvre religieux: il se prosterna aux pieds de son abbé, et, lui demandant pénitence, il rejeta bien loin ces mouchoirs que la complaisance ou l'avarice lui avait fait accepter. Si le Saint voyait si clairement les choses futures et les choses éloignées, il lisait aussi très-distinctement ce qui était caché dans le secret du cœur. Témoin ce jeune religieux, fils d'un homme de condition, à qui saint Grégoire donne la qualité de défenseur: comme il tenait un soir le chandelier pendant que le Saint prenait sa réfection, il fut attaqué d'une pensée d'orgueil, et se dit en lui-même: Suis-je de naissance à servir cet homme, à lui tenir la chandelle et à demeurer debout comme un valet pendant qu'il est à table et qu'il mange? Mais le Saint, pénétrant par l'esprit de Dieu ce qu'il roulait dans son imagination, lui dit: « À quoi pensez-vous, mon frère? faites le signe de la croix sur votre cœur: ne voyez-vous pas que c'est le prince des orgueilleux qui vous suggère ces belles idées de grandeur et qui vous tente? » Il lui commanda aussi de donner la chandelle à un autre et de demeurer le reste du souper en repos, et on sut depuis de lui-même ce qui avait obligé le Saint à lui faire une leçon si humiliante.

Voici encore d'autres merveilles de cet homme incomparable. La famine étant un jour extrêmement grande dans tout le pays, il n'y avait plus ni farine, ni blé dans le monastère, excepté cinq pains que l'on allait servir pour les derniers au réfectoire: les religieux en témoignaient de l'inquiétude, craignant que cette disette ne les réduisît aux dernières extrémités. Mais le Saint, après les avoir doucement repris de leur peu de foi, les consola et leur assura que, si ce jour-là ils étaient dans la nécessité, le lendemain ils auraient du pain en abondance. En effet, le lendemain on trouva deux cents mesures de farine sans qu'on pût savoir qui les y avait apportées. Ce que nous allons raconter est encore plus surprenant. Un homme riche et pieux le pria d'envoyer quelques-uns de ses religieux pour bâtir un monastère en un de ses héritages de Terracine, en Italie. Le Saint y en envoya, avec un abbé et un prieur pour les présider, leur promettant de s'y trouver lui-même à certain jour, pour leur marquer les endroits où il faudrait bâtir l'oratoire, le réfectoire, la chambre à recevoir les hôtes, et les autres offices du couvent. La nuit, avant le jour désigné, il apparut en songe à l'abbé et au prieur séparément, et leur marqua avec beaucoup de prudence toutes les places où ils devaient construire ces offices. Le lendemain, ils se communiquèrent leurs visions, qui étaient entièrement conformes; cependant, voyant que le Saint n'était pas venu à jour nommé, ils le vinrent retrouver et lui dirent que, comme il avait manqué à sa parole, ils avaient été obligés de venir recevoir ses ordres. Mais le Saint leur repartit: « Comment, mes frères, pouvez-vous dire cela en vérité? n'ai-je pas satisfait à ma promesse? ne vous ai-je pas apparu à l'un et à l'autre pendant votre sommeil, et ne vous ai-je pas marqué distinctement tout le plan de l'édifice? » Ensuite il leur recommanda de s'en retourner et de bâtir le couvent de la manière qu'il le leur avait désigné: ce qu'ils firent, admirant l'esprit de leur saint Père, qui, quoique encore engagé dans un corps, semblait avoir la même vertu que les esprits qui sont entièrement séparés de la matière.

Ses menaces n'étaient pas moins terribles que sa parole était efficace. Dans un couvent de filles de sa dépendance, il y avait deux religieuses de

grande naissance, qui maltraitaient souvent de paroles le religieux qu'il leur avait destiné pour avoir soin de leur temporel. Comme il en fut averti, il leur manda de corriger leur langue, ou qu'autrement il les excommunierait; ce qu'il dit néanmoins, non pas en fulminant effectivement l'anathème contre elles, mais seulement en les menaçant. Cependant elles ne se corrigèrent point, et Dieu, voulant les punir de leur insolence, elles moururent toutes deux peu de jours après. On les enterra dans l'église, et on fit, selon la coutume, des prières pour elles, sans avoir égard à cette excommunication, qui ne passa que pour comminatoire. Mais chose étrange! chaque fois que le diacre disait à l'ordinaire: « Que ceux qui sont excommuniés sortent d'ici », leur nourrice, qui apportait souvent des oblations pour leur soulagement, les voyait se lever de leur tombeau et sortir de l'église. Ceci étant arrivé plusieurs fois, elle se souvint de l'excommunication dont le saint Abbé les avait menacées, et lui donna avis de ce qui se passait. Alors il prit une offrande, la bénit, et ordonna de la présenter à Dieu pour elles; et, depuis cette action, elles demeurèrent en repos dans leur sépulcre. Une chose presque semblable arriva à un novice qui aimait extrêmement ses parents: étant sorti pour leur rendre visite, sans avoir pris la bénédiction du saint Abbé, il mourut le jour même où il arriva chez eux. On l'enterra; mais comme si la terre eût eu quelque horreur de le contenir, elle le rejeta jusqu'à trois fois. Ses parents, extrêmement confus et troublés, eurent recours au bienheureux Patriarche, le suppliant, avec larmes, de donner sa bénédiction au défunt. Il en eut pitié, et leur donna, de sa propre main, une hostie consacrée (c'est ainsi que le rapporte saint Grégoire), avec ordre de la mettre sur l'estomac du mort. Ce remède fut tout-puissant, et la terre le reçut depuis en paix. Cette pratique d'enfermer le corps de Notre-Seigneur avec les morts a, depuis, été abolie au troisième Concile de Carthage, et en celui de Toul.

Un autre religieux, qui ne connaissait pas assez le bonheur de sa profession, demanda instamment au Saint de retourner dans le monde: il lui refusa longtemps une demande si injuste; mais comme ce malheureux, pour emporter par force ce qu'il ne pouvait obtenir par prière, vivait fort licencieusement et avec scandale dans le cloître, il fut enfin obligé de le chasser comme incorrigible. Un bannissement si honteux ne laissa pas d'être fort agréable à ce pauvre aveugle; mais à peine fut-il hors du monastère, qu'il vit venir à lui un dragon furieux, la gueule ouverte pour le dévorer. Il appela aussitôt, avec un grand cri, les frères au secours: ils vinrent à lui et ne virent rien; mais le trouvant tout épouvanté et tout palpitant de peur, ils le ramenèrent au couvent. Il promit d'être plus fidèle à sa vocation: ce qu'il accomplit depuis, se sentant infiniment obligé au Saint de lui avoir fait voir le dragon infernal qui le voulait engloutir.

Nous ne voulons pas oublier ce que saint Grégoire assure avoir appris de quelques anciens, qui avaient été disciples de ce grand serviteur de Dieu: il guérit, par ses prières, un jeune garçon couvert de lèpre; il rendit aussi la santé à un homme que son ennemi avait empoisonné. Mais ce qui suit paraîtra bien plus remarquable: un pauvre malheureux, mais homme de bien, le vint trouver et lui exposa qu'il était dans une grande peine, parce qu'il devait une somme considérable, et qu'il n'avait pas de quoi la payer. Le Saint lui dit qu'il n'avait pas alors cette somme, mais qu'il revint deux jours après, et que Dieu pourvoirait à son besoin. Il revint, et le Saint, ayant fait sa prière, trouva sur le coffre du monastère l'argent qu'il lui fallait, et quelque chose de plus, sans que personne l'y eût mis; il ne s'en réserva rien,

mais fit donner le tout à ce pauvre, tant pour payer sa dette que pour aider ensuite à sa subsistance. Sa charité ne parut pas moins en une autre occasion: c'était un temps de famine et de cherté extrême; un sous-diacre, nommé Agapet, vint au monastère et demanda instamment de l'huile: il n'y en avait plus que fort peu dans le fond d'une bouteille de verre. Le Saint dit au cellérier de la lui donner, étant bien persuadé que ce qu'on donnait sur la terre, on se le réservait dans le ciel. Mais le cellérier, craignant que la communauté n'en souffrît, négligea son commandement, et ne voulut pas même en faire partage avec celui qui en demandait. Cette désobéissance ayant été rapportée au serviteur de Dieu, il entra dans une sainte colère; et afin qu'il n'y eût rien dans son couvent contre l'obéissance, il fit jeter la bouteille par la fenêtre. Il y avait au bas un précipice et des rochers; néanmoins, l'huile ne se répandit point, et la bouteille n'en reçut aucun dommage. Le Saint l'envoya retirer, et la donna saine et entière au sous-diacre. Ce miracle fut suivi d'un second: après qu'il eut fait une sévère réprimande en plein chapitre à cet officier superbe et désobéissant, un muid qui était vide parut aussitôt plein d'une huile excellente, ce qui remplit toute la communauté d'admiration, et fit bien voir que celui qui fait l'aumône prête à usure à un Dieu tout-puissant.

Un soldat goth et arien tourmentant cruellement un paysan, tout le recours de ce malheureux fut de lui dire qu'il avait donné toute sa richesse à saint Benoît, et que, pour l'avoir, il fallait nécessairement l'aller trouver. Le goth accepta volontiers sa proposition, et, lui ayant lié les bras avec de fortes courroies, il le contraignit de marcher en cet état devant son cheval, et de le mener au Mont-Cassin. Ils trouvèrent le Saint seul, assis et lisant dans un lieu public du monastère. À peine le goth l'aperçut-il que, dans sa fierté ordinaire, il commença à crier comme un furieux: « Debout, debout! rends ce que tu as à celui-ci ». Le Saint, sans s'émouvoir ni quitter son livre, leva les yeux pour le regarder, et, au même instant, les courroies dont le paysan était lié se rompirent, et le barbare, effrayé, fut obligé de se jeter contre terre et de demander miséricorde. Le Saint, sans interrompre sa lecture, ordonna aux frères de lui donner à manger, et ensuite, l'ayant fait revenir, il lui fit une sévère réprimande, et l'avertit qu'il était temps de mettre fin à ses violences. Par ce moyen, le paysan se trouva délivré du danger qui le menaçait. Le serviteur de Dieu ne fit pas un moindre miracle en faveur d'un autre paysan: cet homme ayant perdu son fils, apporte le corps du défunt au Mont-Cassin, afin de lui en demander la résurrection. Ce n'était pas la première qu'il eût obtenue de Dieu; néanmoins, touché d'un sentiment profond d'humilité, il dit, les larmes aux yeux, aux religieux avec lesquels il venait de travailler aux champs: « Retirons-nous, je vous prie, mes frères, retirons-nous; ces actions que l'on nous demande appartiennent aux Apôtres, et non pas à de faibles créatures comme nous ». Mais le paysan, sans avoir égard à ses excuses, ni à la tristesse qu'il témoignait de ce qu'on lui demandait un prodige de cette importance, le presse vivement, et jure, avec fermeté, qu'il ne le quittera point qu'il n'ait ressuscité son fils; Benoît est enfin contraint de se rendre. Il se coucha donc premièrement sur le mort; puis, s'étant retiré, il lève les mains au ciel, et dit: « Seigneur, n'ayez point égard à mes péchés, mais regardez la foi de cet homme, qui demande que vous ressuscitez son fils, et rendez à ce corps l'âme et la vie que vous lui avez ôtés ». Ces paroles furent suivies du miracle: le mort commence à remuer, et le Saint, l'ayant pris par la main, le rend sain et sauf à son père. À ce propos, saint Grégoire remarque que quelquefois il faisait ces mer-

veilles par autorité, comme dans la délivrance du paysan, et d'autres fois par prières et par larmes, comme dans la guérison que nous venons de rapporter.

Nous ne voulons point reprendre ici ce qui se passa dans son dernier entretien avec sa chère sœur sainte Scholastique, ni comment il vit son âme s'envoler au ciel en forme de colombe, puisque nous en avons suffisamment parlé dans la vie de cette Sainte. Mais nous ne pouvons nous dispenser d'écrire ce qui lui arriva le jour du décès de saint Germain, évêque de Capoue. Ce jour-là, un saint diacre, nommé Servant, abbé d'un ancien monastère d'Italie, l'était venu voir, pour s'entretenir avec lui, selon sa coutume, des affaires de l'éternité. La nuit ayant interrompu leur entretien, Servant se retira dans une chambre au-dessous de celle du Saint, qui était au haut d'une tour, et les disciples de l'un et de l'autre logèrent à côté. Benoît veillait en oraison, se tenant debout à sa fenêtre pour mieux contempler les merveilles du ciel. Au milieu de sa prière, il vit tout à coup une lumière admirable, qui chassa toutes les ténèbres de la nuit, et qui fit un jour incomparablement plus beau que ne sont ceux que fait le soleil en plein été dans un temps parfaitement serein; et, au même instant, tout le monde lui fut représenté comme recueilli dans un seul rayon de soleil. Cette merveille remplissait déjà tout son esprit, il en survint une autre qui augmenta son admiration; il vit l'âme de ce saint évêque de Capoue, que des anges élevaient au ciel dans un globe ou une sphère de feu. Il voulut faire part à l'abbé Servant d'une vision si charmante, et qui ne devait pas peu contribuer à l'honneur du saint défunt. Pour cela, il l'appela trois fois par son nom; mais lorsqu'il monta, la lumière commençait à se dissiper: il n'en put voir que les restes. Il en marqua, néanmoins, le jour et l'heure, et on sut bientôt, par un messager envoyé exprès, que c'était justement le moment où saint Germain était décédé. Les réflexions admirables que fait saint Grégoire sur cette vision, et les termes dans lesquels il l'explique, ont fait croire à quelques auteurs, que selon ce grand docteur, et selon la vérité, saint Benoît, en cet instant, vit clairement l'essence divine, et en elle, toutes les créatures; de même que plusieurs théologiens, après saint Thomas, croient que Moïse l'a vue sur la montagne du Sinaï, et saint Paul dans son ravissement. C'est véritablement un privilège incomparable, et qui n'a point son pareil entre tous les privilèges d'ici-bas. Cependant, nous ne voulons pas plus l'assurer que le disputer à cet homme céleste, qui était destiné pour être le grand Patriarche d'un peuple parfaitement fidèle: nous voulons dire des religieux d'Occident.

Le temps auquel il composa sa règle n'est pas entièrement certain; sainte Hildegarde assure, dans ses Révélations, avoir appris de la Sainte Vierge, qu'il la composa étant encore à Sublac; néanmoins, il est fort probable qu'il y a retouché depuis ce temps-là, et qu'il y a ajouté plusieurs choses que l'expérience et la propagation merveilleuse de son Ordre lui ont fait juger être nécessaires; et il se peut faire que la lumière admirable qu'il reçut dans la vision dont nous venons de parler, ait beaucoup contribué à sa dernière perfection. Quoi qu'il en soit, on ne peut rien ajouter aux éloges que les Pères et les auteurs, qui ont vécu depuis, lui ont donnés. Saint Grégoire le Grand dit que la vie de saint Benoît étant toute sainte, il ne se peut faire que sa règle n'ait aussi été toute sainte, parce que ce grand homme n'a point prescrit d'autres lois que celles qu'il donnait déjà par ses exemples; il ajoute que cette règle doit être mise au rang de ses miracles, et qu'elle est surtout admirable par la sagesse et la discrétion qu'elle garde en toutes ses ordonnances. Divers conciles, tenus en France et en Allemagne, en ont

aussi parlé avec beaucoup d'honneur; et, pour tout dire, on l'appelait par excellence la Sainte Règle. Un autre saint Benoît, fondateur de l'abbaye d'Aniane, et depuis abbé d'Inden, près d'Aix-la-Chapelle, fit voir, par un excellent livre appelé la Concorde des Règles, qu'elle était entièrement conforme à celle des saints Pères qui avaient précédé notre Saint; et, depuis cette concorde, elle fut la règle de tout l'Ordre monastique en Europe, les monastères qui étaient plus anciens que saint Benoît s'y étant soumis. Il y a même de bons auteurs qui tiennent qu'elle était reçue partout avant ce temps-là, c'est-à-dire avant l'année 817; et que la Concorde que fit le saint abbé d'Inden, ne fut que pour en renouveler le zèle et l'observance, qui s'étaient extrêmement affaiblis, en plusieurs endroits, par la misère des guerres: ce que nous laissons à examiner aux savants critiques. Nous ajoutons seulement que cette règle s'étendit beaucoup dès le vivant du saint Patriarche; car on pense qu'il la porta lui-même à Rome, et qu'elle y trouva un grand nombre de disciples: il est constant qu'il l'envoya en Sicile par saint Placide, en France par saint Maur, et en Sardaigne par saint Raynère.

Il est temps d'en venir à son bienheureux décès. Dieu lui en avait révélé le temps plusieurs mois auparavant, et il l'avait déclaré à son disciple, saint Maur, avant de le faire partir pour la France. Six jours avant ce terme, ayant fait ouvrir le sépulcre où dormait sa sœur, sainte Scholastique, il fut saisi d'une fièvre qui le tourmenta extrêmement; elle ne l'empêcha pas, néanmoins, de se préparer à ce dernier passage avec toute l'ardeur et la piété que l'on peut imaginer dans un homme qui ne respirait plus que pour le ciel.

Au sixième jour, quelque faible qu'il fût, il se fit porter à l'oratoire consacré à saint Jean-Baptiste: là, soutenu sur les bras de ses disciples, il reçut le corps et le sang de son Sauveur; puis, se plaçant au bord de la fosse, mais au pied de l'autel, et les bras étendus vers le ciel, il mourut debout en prononçant une dernière prière. Ce fut le samedi saint, 21 mars, l'an de Notre-Seigneur 543: il était âgé de 62 ou 63 ans.

Au moment où le saint Patriarche décéda, un religieux, qui était dans le même monastère, et saint Maur, qui était à Font-Rouge, près d'Auxerre, en France, virent comme une grande rue, couverte de tapis précieux et bordée d'une infinité de flambeaux, qui s'étendait jusque dans le ciel, et un homme vénérable et tout éclatant qui leur dit: « C'est ici la voie par laquelle Benoît, le bien-aimé de Dieu, est monté dans le ciel ». Ainsi accomplit-il la promesse qu'il avait faite, de faire savoir à ses disciples absents le bienheureux moment où il irait jouir de la gloire. Benoît était d'une taille élevée et bien proportionnée, et dans son extérieur il avait une gravité mêlée de tant de douceur, qu'il obligeait tous ceux qui le regardaient à l'aimer et à le respecter. Son abstinence fut prodigieuse; les Carêmes, il ne mangeait que deux fois la semaine et se contentait alors de pain et d'eau. Benoît vécut vierge et mourut vierge. Il aimait extrêmement la solitude, et quoique son Ordre s'étendît de tous côtés, à peine trouve-t-on qu'il soit sorti deux fois du Mont-Cassin. C'est qu'il trouvait ses délices à faire oraison et à s'entretenir seul à seul

avec son Dieu. Son corps fut inhumé dans la chapelle de Saint-Jean-Baptiste, que lui-même avait fait bâtir et qu'il s'était destinée pour sépulture. Notre-Seigneur ne l'y a pas moins honoré après sa mort par des miracles, qu'il avait fait pendant sa vie. On en a fait des livres entiers, que l'on peut voir dans les grandes bibliothèques et dans les continuateurs de Bollandux.

Saint Grégoire peint en deux mots le caractère du glorieux patriarche des moines d'Occident: il dit de lui, en racontant son retour de Vicovaro à Sublac, qu'il demeurait avec lui-même. Ces paroles emportent avec elles l'idée de la plus grande, de la plus sublime perfection. Qu'est-ce, en effet, dans le langage des Saints, que de demeurer avec soi-même? C'est joindre la solitude de l'âme à celle du corps; c'est vider son cœur de tout attachement aux choses terrestres; c'est se concentrer dans la connaissance de Dieu et de soi-même. Un homme peut être seul, peut être renfermé dans un cloître, sans posséder le grand art de demeurer avec lui-même. Tels sont tous ceux qui, après s'être séparés du monde, laissent errer leur imagination sur mille objets qui d'abord les dissipent, puis captivent leur cœur, en y excitant une foule de désirs frivoles et souvent criminels. Il ne suffit donc pas de mettre un frein à sa langue et de contenir ses sens; il faut, pour être véritablement solitaire, imposer un silence absolu à toutes les facultés de son âme, et la posséder dans un recueillement continuel, n'arrêter ses pensées que sur Dieu et sur soi-même, purifier ses affections et les enflammer par la contemplation du souverain bien.

De toutes les vertus, il n'y en avait point dont saint Benoît inculquât plus fortement la pratique, que l'humilité; il en a marqué douze degrés dans sa règle: 1° s'exciter à une vive componction de cœur, craindre Dieu et ses jugements, marcher sans cesse humilié en la divine présence; 2° renoncer entièrement à sa volonté propre; 3° obéir promptement et sans réserve; 4° supporter patiemment les souffrances et les injures; 5° découvrir humblement ses plus secrètes pensées à son supérieur ou à son directeur; 6° être content et se réjouir dans les humiliations; se plaire à exercer les plus bas ministères, à porter des habits pauvres, etc.; à aimer la simplicité et la pauvreté; se regarder comme un mauvais serviteur dans tout ce qui est ordonné; 7° s'estimer le plus misérable, le dernier des hommes, le plus grand de tous les pécheurs; 8° éviter la singularité dans les paroles et dans les actions; 9° aimer et observer le silence; 10° se garder d'une vaine joie et d'un rire immodéré; 11° ne point parler d'une voix haute, et observer les règles de la modestie dans toutes ses paroles; 12° être humble dans toutes ses actions extérieures. Saint Benoît ajoute que, quand on aura passé par ces différents degrés d'humilité, on arrivera à cette charité parfaite qui bannit la crainte.

Nous ne rappellerons pas tous les attributs qui, dans les arts, caractérisent saint Benoît: nous mentionnerons ceux qui sont plus ou moins fondés sur l'histoire.

1° Les Ursins (Orsini) de Rome veulent que saint Benoît de Norcia soit de

leur sang: aussi rencontrera-t-on quelques images du fondateur des Bénédictins avec le blason des Orsini.

2° Le silence habituellement gardé a plusieurs fois été rendu, par les artistes du moyen âge, au moyen du doigt sévèrement appliqué sur la bouche. La vie de saint Benoît, en effet, fut très-retirée pendant trente années; il ne quitta le monastère que pour les affaires de son Ordre ou pour former sa sœur Scholastique à la perfection. Le silence et la vie monastique sont choses tellement liées entre elles que Cîteaux et Cluny avaient adopté un système de signes pour suppléer à la parole quand il était nécessaire de communiquer sa pensée hors des temps nécessaires où la conversation était permise.

3° Saint Benoît se roule dans un buisson pour chasser le souvenir d'une femme qu'il avait rencontrée à Rome. Les moines de Subiaco montrent encore un arbrisseau épineux dont toutes les feuilles sont marquées d'un petit serpent noir et qui serait le souvenir persistant de la victoire du saint jeune homme sur les assauts du démon.

4° On lui met à la main gauche soit un verre fêlé d'où s'échappe une liqueur, soit un calice d'où sort un serpent comme signe du breuvage empoisonné que lui avaient servi les moines indisciplinés de Vicovaro. Dans cette représentation, un nimbe couronne sa tête et la crosse abbatiale orne sa main droite.

5° Mais le signe principal auquel on reconnaît saint Benoît est sa croix ou médaille. Ce symbole fait allusion au signe de croix par lequel notre Saint échappa au poison qui lui avait été préparé. En la portant, on espérait mettre obstacle aux maléfices et trouver aide pour surmonter les tentations du démon. L'expérience montra que cet espoir était fondé: aussi la médaille de saint Benoît se répandit beaucoup parmi les fidèles. Mgr Gaume a, depuis quelques années, pour ainsi dire, renouvelé cette dévotion en France.

6° On place souvent près de lui un corbeau ou un merle.

7° Près de lui encore un crible brisé pour rappeler le premier miracle d'un homme qui en fit tant d'autres: la suture d'un vase de terre que sa nourrice avait brisé.

8° Dans plusieurs anciens tableaux, il apparaît avec de grandes verges à la main. Cet attribut désigne soit les pratiques de la pénitence, soit la correction ou discipline que devait nécessairement exercer le fondateur d'un grand Ordre monastique.

9° Totila, roi des Goths, tombe à ses pieds: le Saint lui prédit sa mort.

10° La clochette que le démon brise pour dégoûter saint Romain de lui apporter sa nourriture; la colombe qu'il vit s'élever au ciel au moment de la mort de sa sœur; l'escalier lumineux par lequel il fut vu s'en allant lui-même au ciel; le globe de feu qu'il aperçut au moment où l'âme de saint Germain de Capoue montait au ciel sont autant d'attributs sous lesquels on a peint et l'on peut encore peindre saint Benoît.

Il est le Patron du Mont-Cassin et de l'abbaye bénédictine de Seligenstadt, en Hesse-Darmstadt.

On invoque saint Benoît contre les maléfices, les inflammations, les érésipèles, le poison, la pierre et la gravelle. L'efficacité de la dévotion à saint Benoît, relativement à la maladie de la pierre, est fondée sur la guérison de saint Henri II, empereur d'Allemagne, qui était atteint de cette redoutable maladie. Le fait est non-seulement attesté par les historiens du dévot empereur; mais il est constaté par le célèbre rétable de Bâle.

[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES. — ABBAYE DU MONT-CASSIN.]

Le monastère du Mont-Cassin ayant été ruiné par les Lombards, en 583, les reliques de saint Benoît, ensevelies sous les décombres, y demeurèrent longtemps inconnues. Saint Aigulphe, religieux de l'abbaye de Fleury, appelée depuis Saint-Benoît-sur-Loire, ayant été envoyé au Mont-Cassin, vers l'an 650, par saint Monmoie, son abbé, eut le bonheur de les trouver dans les ruines et de les apporter en France, dans son monastère. Cette translation ayant été faite le 11 juillet, on en célébra la mémoire le même jour dans tous les monastères de France ; et, le 4 décembre, avait lieu une autre solennité, appelée de l'Illution, en mémoire d'une seconde translation que l'on fit des mêmes reliques, lorsqu'ayant été transférées à Orléans, par crainte des Normands, elles furent rapportées au monastère de Fleury.

Les religieux du Mont-Cassin, en Italie, prétendent, contre ceux de Fleury, en France, qu'ils sont en possession des bienheureuses dépouilles de leur saint Patriarche, et produisent en leur faveur une bulle du pape Urbain II, par laquelle il prononce anathème contre ceux qui nèrent que le corps de saint Benoît soit au Mont-Cassin ; mais comme les plus éclairés, et surtout le cardinal Baronius dans ses Annales, ont bien reconnu que cette bulle était supposée, et que, d'ailleurs, l'ancienne tradition, confirmée par une infinité de miracles, favorise entièrement les religieux de Fleury, nous sommes obligé de reconnaître avec eux que c'est la France, et non pas l'Italie, qui possède un si grand trésor. Cependant une petite portion des reliques de saint Benoît a dû être reportée au Mont-Cassin, à la suite des réclamations du bienheureux Carionan, oncle de Charlemagne et moine de ce monastère, réclamations appuyées par le pape saint Zacharie.

Mgr Bernier, évêque d'Orléans, ayant visité Fleury-sur-Loire, le 15 octobre 1803, trouva dans la chaise contenant les reliques de saint Benoît : 1° douze ossements, au nombre desquels étaient les deux fémurs et plusieurs fragments d'os ; 2° plusieurs bulles de divers papes, relatives à ces saintes reliques ; 3° un livre manuscrit, composé par le bénédictin Sandot, ayant pour objet de constater l'authenticité des reliques.

Les religieuses Bénédictines de l'Adoration perpétuelle, à Paris, obtinrent, le 3 août 1810, un fragment d'une des côtes de saint Benoît. En 1828, l'évêque d'Orléans eut l'intention d'envoyer à l'abbaye de Solesmes, au diocèse du Mans, où se réédifiait l'œuvre de saint Benoît, les reliques de Saint conservées à Fleury-sur-Loire ; mais la population ayant eu connaissance de ce projet, s'y opposa avec menaces. L'évêque recula devant cette espèce d'émeute, et se contenta d'envoyer à Solesmes une partie du crâne, prise par derrière. Cette insigne relique est conservée avec grand honneur dans l'église de l'abbaye. Les Trappistes ont obtenu, sous Mgr de Beauregard, de nombreux fragments des côtes de saint Benoît. Mgr Dupanloup a donné une côte entière à l'abbaye d'Emsielden, et une autre côte au monastère de la Pierre-qui-Vire.

Pour ratifier et compléter ce que nous avons dit, d'après les auteurs, dans la note de la page 573, nous allons donner ici les intéressants renseignements que nous a adressés, le 3 juin 1872, Dom Albéric M. Panella, prévôt de l'Ordre de Saint-Benoît, à Subiaco, sur la statue miraculeuse de saint Benoît et les deux monastères de Sainte-Scholastique et de la Sainte-Grotte de Subiaco :

« La statue en marbre qui représente saint Benoît à l'âge de quinze ans, est placée dans la grotte, qu'il a habitée l'espace de trois ans. Cette statue n'est pas à genoux (comme l'ont dit les voyageurs français), mais assise sur une pierre, dans l'attitude de la contemplation. Il est très vrai, comme vous le croyez, qu'il s'échappe de la grotte, et même quelquefois de la statue, une espèce de sueur ou de manne ; ce qui est regardé comme le présage de calamités imminentes. Je ne ferai que citer quelques dates récentes :

« 1853, le 29 et le 30 juin, sueur dans toute la grotte et sur toute la statue : disette, épidémie, surtout à Rome et dans sa banlieue ; tremblement de terre, guerre d'Orient ;

« 1858, suintement dans la grotte le jour de la Fête-Dieu : guerre de Lombardie l'année suivante ;

« 1859, les 5, 6 et 7 juillet, suintement dans la grotte, sueur sur la statue : batailles de Solferino et de Castelblardo ;

« 1860, du 13 novembre au 25 juin de l'année suivante, suintement dans la grotte sans interruption : les événements dont l'Italie fut le théâtre à cette époque sont suffisamment connus ;

« 1870, suintement dans la grotte AU MOIS DE MAI : Guerre entre la France et la Prusse, invasion de Rome ;

« 1871, du commencement de juin au 24 août, une goutte reste suspendue, sans jamais tomber, puis se retire. On a interprété cela comme l'annonce d'un nouveau fléau dont la miséricorde divine a suspendu l'effet.

« Cette liqueur se conserve et on en donne à quelques personnes : on obtient par son moyen des grâces extraordinaires.

« Les deux monastères de Sainte-Scholastique et de la Sainte-Grotte se trouvent dans les conditions suivantes : Avant tout, il faut savoir qu'en 1850 Pie IX a appelé de Gênes le père abbé

SAINT BENOIT, PREMIER ABBÉ DU MONT-CASSIN. 587

Cesaretto avec une colonie de jeunes religieux d'une réforme monastique, que ce père abbé avait faite depuis plusieurs années, afin qu'il peuplât ces monastères et y fit refleurir l'antique Observance de l'Illustre Congrégation du Mont-Cassin. La chose a réussi, non sans de grandes difficultés. Cette réforme s'est étendue dans toute l'Europe et même au dehors. En conséquence, le Saint-Père a permis que l'on rédigeât des constitutions propres, qui ont été définitivement approuvées, cette année 1872. Pie IX voyant ainsi renouvelée et rajeunie la Congrégation du Mont-Cassin, l'a distinguée de l'autre en l'appelant Congrégation du Mont-Cassin de l'étroite Observance.

« Le monastère de Sainte-Scholastique de Subiaco est devenu la résidence de l'abbé général de cette nouvelle Congrégation. La Sainte-Grotte est fréquentée par un grand nombre de pèlerins ».

Voici, sur l'abbaye du Mont-Cassin, une note intéressante écrite par M. de Montalembert :

« Le voyageur qui visite l'abbaye du Mont-Cassin, retrouve à chaque pas les souvenirs de saint Benoît et de sainte Scholastique, auxquels se joint celui d'Abondance, cette heureuse mère, qui précéda sa lignée bénite dans les cieux. L'on entre au monastère par une longue et sombre grotte faite de cailloux, dans laquelle, selon la tradition, Benoît aurait habité. Au dessus, on montre la cellule et la fenêtre d'où le pieux solitaire vit l'âme de sa bienheureuse sœur prendre son essor vers le ciel. Dans cette cellule, érigée en chapelle, un gracieux tableau représente cet épisode touchant de la vie de saint Abbé. L'apparition de la brillante basilique, et de son double parvis au sommet de cette solitude agreste de l'Apennin, est merveilleuse. En entrant dans le premier de ces parvis, on aperçoit aussitôt de chaque côté de l'escalier les statues colossales de saint Benoît et de sainte Scholastique...

« Au milieu de la première cour est un puits : suivant les traditions du cloître, c'est le symbole de cette eau vive de l'Écriture, qui requiert dans la vie éternelle. Un large et bel escalier conduit dans le second parvis, autour duquel la reconnaissance a placé les statues des bienfaiteurs de l'abbaye : là revivent Grégoire le Grand, Grégoire II, Zacharie, Victor III, Benoît XIII, Benoît XIV, Urbain V et Clément XI, à côté de Ferdinand IV, de Charles III de Bourbon, de Robert Guiscard, de Lothaire III et de l'Illustre Charlemagne...

« Mais entrons dans l'église ; son éclat et sa magnificence éblouissent les regards ; le marbre et l'or brillent partout dans son enceinte : des trois portes qui répondent aux trois nefs, l'une d'elles, commandée à Constantinople par Didier, en 1066, offre des sculptures remarquables : on y voit en lettres d'argent les noms des terres, châteaux et villages dépendant de l'abbaye. De riches chapelles, de nombreux tableaux, parmi lesquels on remarque dans la nef du milieu la Consécration de l'église, par le pape Alexandre II, fresque vantée, de Giordano ; la coupole de Coronzio ; le grand autel, orné de pierres précieuses, d'albâtre, de noir et de vert antique, de lapis-lazzuli et de brocatelle ; enfin, un superbe buffet d'orgues, concourent à l'ornement de ce magnifique temple ».

Saint Benoît est le père de cette immense famille bénédictine dont les influences ont été si grandes dans le monde religieux, social et littéraire. Avant lui, l'Ordre monastique existait déjà, non-seulement en Orient, où il avait jeté un vif éclat, mais même en Occident, depuis le XVe siècle. Dans le but de satisfaire d'une manière plus vaste et plus intelligente les aspirations à la vie cénobitique qui se manifestaient dans l'Église, saint Benoît composa une Règle et retint, des anciens instituts, la célébration commune des offices divins, un prône et une abstinence sévères ; le travail, divisé en opérations manuelles et en lectures : mais ces divers exercices furent tempérés par une discrétion et une sagesse qui ne tardèrent pas à faire recevoir la nouvelle Règle dans tous les monastères de l'Occident. Ce fut le moyen dont la Providence se servit pour sauver le christianisme et la civilisation, si gravement compromis par l'invasion des barbares et le renouvellement forcé des mœurs européennes, après ce grand événement. Les Bénédictins furent les apôtres des Anglo-Saxons, des Germains, des Slaves, des Scandinaves ; ils conservèrent le dépôt des lettres ; ils défrichèrent les forêts, bâtirent les villes, et on les vit simultanément assis sur la chaire de saint Pierre, sur les divers sièges de la chrétienté, dans le conseil des empereurs et des rois.

Voici, en abrégé, l'histoire des diverses branches de l'Institut de Saint-Benoît.

Saint Benoît fonda d'abord douze monastères dans la solitude de Subiaco, où il commença sa carrière. Plus tard il se rendit au Mont-Cassin, où il bâtit la célèbre abbaye qui doit être considérée comme le centre de tout l'Ordre.

La Sicile fut la première contrée où fut portée la Règle de Saint-Benoît. Ce grand patriarche y envoya saint Placide, vers l'an 534. Quelques années après, saint Maur fut désigné pour aller en France où il arriva en 543. Il bâtit sur la Loire le monastère de Glanfeuil, qui a pris son nom.

Le nouvel Institut se répandit rapidement, non-seulement dans les Gaules et en Italie, mais aussi en Espagne, dans toute l'Allemagne et le royaume du Nord.

Le relâchement, qui s'était glissé dans cette sainte institution, rendit une réforme nécessaire, au Xe siècle. Elle eut lieu dans tous les monastères de France et des autres pays soumis à Louis le Débonnaire, par le soin de cet empereur et le zèle de saint Benoît, abbé d'Aniane. Le concile d'Aix-la-Chapelle, en 817, proclama des articles d'observance qui donnèrent une nouvelle vie à ce vaste corps. Depuis cette époque, la vigueur interne de l'Ordre bénédictin a produit de nouvelles

21 MARS.

réformes, toutes les fois que le relâchement l'a rendu nécessaire. Les premières réformes prirent elles-mêmes le nom d'Ordres, principalement lorsqu'elles commencèrent dans quelque monastère nouveau qui produisait une filiation ; tels sont les Ordres de Cluny, des Camaldules, de Vallombreuse, de Grandmont, de Cîteaux, etc., quoique ces institutions ne soient elles-mêmes, à proprement parler, que des branches de l'Ordre de Saint-Benoît. Les réformes qui ont eu lieu par l'union de plusieurs monastères déjà existants, qui s'engageaient à garder les mêmes constitutions et observances, ont pris le nom de Congrégations, laissant l'appellation d'Ordre à tout l'ensemble de la famille bénédictine.

La première et la plus illustre des Réformes est l'Ordre de Cluny. Fondé en 910, il compta sous sa juridiction jusqu'à deux mille monastères ; mais à cause du relâchement, des guerres, des nationalités et de la commende, on vit, après trois siècles, cette vaste puissance réduite à de très-faibles proportions. Il subit une dernière réforme qui commença en 1612, par les soins de Dom Jacques d'Arbouze, grand prieur, et prit le nom d'Étroite observance de Cluny.

L'Ordre des Camaldules fut fondé, sous la Règle de Saint-Benoît, par saint Romuald, en 1012. Son principal siège est à l'abbaye de Camaldoli, en Toscane. Dom Paul Giustiniani commença une célèbre réforme de cette Congrégation sur le mont Corona, en 1518.

En 1036, l'Ordre de Vallombreuse fut fondé par saint Jean Gualbert. Il n'a pas eu de réforme.

En 1082, la Congrégation, connue sous le nom de Grandmontins, à cause de l'abbaye de Grandmont, près de Muret, fut fondée, sous la Règle de Saint-Benoît, par saint Étienne de Muret.

En 1098, fut fondé l'Ordre de Cîteaux, qui est, après celui de Cluny, la plus importante fraction de la famille bénédictine. Il compte trois fondateurs : saint Robert, abbé de Molesmes, saint Albéric et saint Étienne. Cinquante ans après son établissement, cinq cents abbayes en étaient déjà issues, et après un siècle le nombre total dépassa dix-huit cents. On donne le nom de Filles de Cîteaux aux quatre abbayes de la Ferté, Pontigny, Clairvaux et Morimont, parce qu'elles sont les premières de la filiation de cette abbaye. Les principales réformes de l'Ordre de Cîteaux sont, en Espagne, la Congrégation de l'Observance, fondée en 1425, par Dom Martin de Vargas ; en Toscane et en Lombardie, la Congrégation dite de Saint-Bernard, fondée en 1497 ; la Congrégation des Feuillants, établie en France, en 1574, par Jean de la Barrière ; l'Étroite Observance de Cîteaux, qui doit son origine à Denys l'Argentier, abbé de Clairvaux, en 1615. Viennent ensuite trois réformes d'une extension trop minime pour être comptées parmi les Congrégations. Ce sont : Orval, réformé en 1605 par Bernard de Montgaillard ; la Trappe, en 1662, par le fameux abbé de Rancé ; Sept-Fonts, en 1663, par Eustache Beaufort. Depuis la suppression des Ordres monastiques en France par l'Assemblée constituante, le titre d'abbé général de Cîteaux est dévolu à l'abbé du monastère de Saint-Bernard aux Thermes, à Rome, et les divers monastères de la Trappe, établis en France depuis 1815, sont régis par l'abbé de la grande Trappe, près Mortagne. Inquel, en vertu d'un décret apostolique de 1835, prend le titre de vicaire général de l'abbé de Cîteaux.

En 1099, l'Ordre de Fontevraud fut fondé par le bienheureux Robert d'Arbrissel.

En 1102, l'abbaye de Tiron fut fondée, sous la Règle de Saint-Benoît, par le bienheureux Bernard.

En 1119, saint Guillaume de Verceil préparait sur le mont Vergilien, bientôt appelé Mont-Vierge, près de Naples, une nouvelle institution monastique qui devait accroître le nombre des Congrégations bénédictines.

En 1156, les Guillemites furent fondés, près de Sienne, par saint Guillaume de Malaval.

Les Humiliés furent fondés à Milan, au XIIIe siècle.

En 1231, Fabriano, dans la Marche d'Ancône, vit s'élever la Congrégation des Sylvestrins.

En 1254, l'Ordre des Célestins fut fondé, sous la Règle de Saint-Benoît, par saint Pierre de Morrone (Célestin V), dans le royaume de Naples.

En 1319, la Congrégation des Olivétains, ainsi appelée à cause de l'abbaye du Mont-Olivet, près de Sienne, et qui fut le berceau de cette nouvelle œuvre, fut fondée par saint Bernard Ptolomée.

Cette dernière Congrégation fut la seule que vit s'élever le XIVe siècle. L'Ordre de Saint-Benoît s'était affaibli, et, pour en sauver les débris, le meilleur moyen était de réformer l'Ordre entier ; c'est pourquoi, dans une célèbre constitution, appelée la Bulle bénédictine, le pape Benoît XII, en 1330, promulgua des règlements destinés à ramener l'Observance dans tous les monastères bénédictins. Cette bulle divise l'Ordre de Saint-Benoît en trente-sept provinces, et elle compte dans cette division des royaumes entiers pour provinces, comme l'Écosse, la Bohême, le Danemark, etc.

En 1408, Louis Barbo, pourvu à l'abbaye de Sainte-Justine de Padoue par le pape Grégoire XII, commença, l'année suivante, une réforme qui bientôt s'étendit dans toute l'Italie, jusque-là que l'abbaye du Mont-Cassin, en 1584, sollicita d'être elle-même unie à cette Congrégation. Par honneur pour le siège de saint Benoît, le souverain Pontife décréta que la réforme de Sainte-Justine prendrait le nom de Congrégation du Mont-Cassin, gardant toutefois, en second lieu, le titre de Sainte-Justine de Padoue. Présentement, les guerres qui ont dévasté l'Italie depuis un demi-siècle, ayant amené la suppression de l'abbaye de Sainte-Justine, ont porté la Congrégation du Mont-Cassin, déjà fort affaiblie elle-même, à retrancher de son titre le nom de cette même abbaye.

En 1418, on vit commencer, dans l'abbaye de Merick, une importante Congrégation qui réforma tous les monastères d'Autriche ; elle dut son origine à la piété de l'archiduc Albert V, d'Autriche.

En 1419, la Congrégation de Bursfeld, en Allemagne, fut fondée par Jean de Meden. Toutefois,

SAINT BENOIT, PREMIER ABBÉ DU MONT-CASSIX. 389

cette Congrégation fut impuissante à retenir dans son sein toutes les abbayes qui s'étaient montrées d'abord disposées à la prendre pour leur centre. Au XVIIe siècle, diverses fractions de ce corps se constituèrent elles-mêmes en Congrégation. Ainsi, en 1602, commença la Congrégation Helvétique, formée des neuf abbayes de Suisse, dont Saint-Gall était la principale, et Einsiedeln la seconde ; en 1686, le pape Innocent IX érigea les dix-neuf monastères de Bavière en Congrégation sous le titre des Saints Anges Gordiens. Quatre autres Congrégations allemandes se constituirent, savoir : celle de Saint-Pierre, de Salzbourg, formée de neuf abbayes ; celle de Souabe, dont le monastère principal était à Constance et qui comptait onze abbayes ; une autre de Souabe, différente de la précédente, et dont le chef-lieu était un monastère d'Augsbourg, composée de sept abbayes ; enfin celle d'Alsace et de Brisgau, qui en avait onze.

En Espagne, la Congrégation de Valladolid, dont le chef était le monastère de Saint-Benoît fondé en cette ville en 1391, ne commença qu'en 1490, et ne fut approuvée par Innocent VIII qu'en 1492. Cette réforme fut en plein exercice en 1493, quand Ferdinand V et Isabelle décrétèrent que tous les monastères bénédictins devaient y être incorporés. Les abbayes qui ne se sont point fondues dans cette Congrégation ont formé la Congrégation clausurale ou Tarragonaise.

En 1488, une réforme se préparait dans l'abbaye de Chezal-Benoît, au diocèse de Bourges. Elle ne fut composée que de cinq abbayes et se fondit, en 1634, dans la Congrégation de Saint-Maur.

En 1566, la Congrégation Portugaise, érigée par Pie V, comptait plus de vingt abbayes.

Vers 1569, la Congrégation de Saint-Vaast, établie par Dom Sarrazin, compta sept abbayes.

En 1580, se forma la Congrégation des Exempte, dont les principaux monastères furent Marmoutiers, la Trinité, de Vendôme, Saint-Benoît-sur-Loire, Rhodon, etc. L'abbaye de Saint-Denis s'y était jointe dans la suite, cette Congrégation changea son premier nom en celui de Congrégation de Saint-Denis. Les monastères qui la composaient se fondirent dans celle de Saint-Maur.

En 1600, la Congrégation dite de Saint-Vannes et de Saint-Hildolphe fut fondée par Dom Didier de la Cour. Elle a compté jusqu'à quarante monastères ; mais son plus grand honneur a été de donner naissance à la Congrégation de Saint-Maur (1618), qui a compté jusqu'à cent quatre-vingts monastères. On sait quels immenses services la Congrégation de Saint-Maur a rendus à la science historique, tant par ses recherches sur l'antiquité ecclésiastique que par ses labeurs sur nos origines nationales. Quelques-uns de ses membres tentèrent de la relever en 1817 ; mais le défaut d'une autorisation légale fit avorter l'entreprise.

En 1617, la Congrégation des Bénédictins anglais fut fondée par Dom Sigebert Buckley ; elle a pu former plusieurs maisons en Angleterre.

En 1618, la Congrégation des Pays-Bas commença par la réforme de la fameuse abbaye de Saint-Hubert, dans les Ardennes. Elle ne se composa que d'un petit nombre de monastères et a été détruite par la conquête, à la fin du siècle dernier.

Les Bénédictins, aux jours de la Chevalerie, produisirent de vaillants Ordres militaires, comme ceux du Temple (1146), de Calatrava (1158), d'Alcantara (1177), d'Avis (1204), du Christ, en Portugal (1319), de Montesa (1316), des Saints-Maurice-et-Lazare (1572), de Saint-Étienne, en Toscane (1561), etc.

Tel est le tableau abrégé des principales Congrégations de l'Ordre de Saint-Benoît, jusqu'à l'époque des destructions violentes qui les ont anéanties.

Depuis cette époque néfaste, plusieurs Congrégations se sont élevées, dont quelques-unes ont été érigées par Grégoire XVI. La première fut fondée par le roi Louis Ier de Bavière, dans ses États, dans le but d'y propager l'instruction religieuse. Elle compte plusieurs monastères dont le principal est Saint-Étienne d'Augsbourg. La seconde a été érigée par lettres apostoliques du 1er septembre 1837, sous le titre de Congrégation de France, succédant aux Congrégations de Cluny, Saint-Vannes et Saint-Maur. Le siège de cette Congrégation, dont la première origine date de 1833, est au monastère de Solesmes, diocèse du Mans, qui a été érigé en abbaye, avec droit de filiation. La troisième a été rétablie canoniquement, en 1872, sous le titre de Congrégation des Célestins de l'Ordre de Saint-Benoît. Le siège de cette Congrégation, établi d'abord au monastère de Notre-Dame de la Duchère, au diocèse de Nantes, a été transféré au faubourg de Taillebourg, à Saint-Jean d'Angély (diocèse de la Rochelle).

Outre ces fondations, il y a aussi celle des Bénédictins du Sacré-Cœur de Jésus et du Cœur Immaculé de Marie, en 1850, par le R. Père Mourd, au monastère de la Pierre-qui-Vire, dans le diocèse de Sens. Tout récemment, la Congrégation des Olivétains vient d'être rétablie dans le diocèse d'Auch. Une Congrégation de Cisterciens s'est formée, en 1849, dans le diocèse d'Avignon, d'abord à Notre-Dame de la Cavalerie, ensuite dans l'antique abbaye de Sénanque. Ces religieux se vouèrent principalement à l'agriculture, comme les Trappistes.

Le nombre des Bénédictines, ou religieuses vivant sous la Règle de Saint-Benoît, a été immense ; car, outre une infinité de monastères de filles soumises aux ordinaires, la plupart des Congrégations dont nous avons parlé, jusqu'à celle des Olivétains inclusivement, ont produit une ou plusieurs branches de religieuses de leur réforme. Il s'est formé, de plus, quelques Congrégations de filles bénédictines, parmi lesquelles on doit distinguer celle de Notre-Dame du Calvaire, établie, en 1617, par Astoriacite d'Orléans ; et celle de l'Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement, fondée en 1653 par Catherine Mechtilde de Bar.

21 MARS.

Événements marquants

  • Naissance à Norcia vers 480
  • Études à Rome puis retraite à Sublac (494)
  • Vie érémitique de trois ans dans la Sainte Grotte
  • Fondation de douze monastères à Sublac
  • Fondation de l'abbaye du Mont-Cassin en 529
  • Rédaction de la Sainte Règle
  • Rencontre prophétique avec le roi Totila
  • Mort debout en oraison après avoir reçu l'Eucharistie

Miracles

  • Réparation miraculeuse d'un vase de terre (crible) brisé
  • Le fer d'une hache remontant du fond de l'eau
  • Saint Maur marchant sur les eaux pour sauver Placide
  • Obéissance d'un corbeau emportant un pain empoisonné
  • Résurrection du fils d'un paysan
  • Vision de l'âme de saint Germain de Capoue montant au ciel

Citations

Quittez, mon fils, quittez ces ornements royaux: ils ne vous appartiennent pas.

— Parole adressée à l'écuyer de Totila

Maudit sois-tu, et non béni !

— Parole du démon adressée au Saint

Date de fête

21 mars

Époque

6ᵉ siècle

Décès

21 mars 543 (naturelle)

Invoqué(e) pour

maléfices, poison, maladie de la pierre et gravelle, inflammations, érésipèles

Autres formes du nom

  • Benedictus (la)
  • Benoît de Norcia (fr)

Prénoms dérivés

Benoît, Benedict, Benito

Famille

  • Eutrope (père)
  • Abondance (mère)
  • Sainte Scholastique (sœur)