Saint Nil de Rossano (le Jeune)

Fondateur et Abbé du monastère de Grotta-Ferrata

Fête : 26 septembre 10ᵉ siècle • saint

Résumé

Saint Nil de Rossano, figure majeure du monachisme italo-grec du Xe siècle, vécut une vie d'ascèse rigoureuse entre la Calabre et Rome. Fondateur spirituel de l'abbaye de Grotta-Ferrata, il fut un conseiller écouté des empereurs et des papes, refusant toujours les honneurs pour rester fidèle à la règle de saint Basile. Il mourut centenaire en 1005 près de Frascati.

Biographie

SAINT NIL DE ROSSANO, SURNOMMÉ LE JEUNE,

FONDATEUR ET ABBÉ DU MONASTÈRE DE GROTTA-FERRATA, EN ITALIE

26 SEPTEMBRE.

à la grâce. Cette attention à veiller sur lui-même ne l'empêchait point d'être fidèle à ses obligations envers le prochain. S'étant depuis relâché dans ses exercices, sa première ferveur diminua peu à peu, et il en vint jusqu'à contracter des habitudes vicieuses; mais après la mort de sa femme, il sentit vivement le danger de son état. Son ancien amour pour la retraite le porta à se retirer dans un monastère, afin de se délivrer pour toujours des tentations que l'on rencontre dans le monde. Il était alors dans la trentième année de son âge. Le monastère de Saint-Jean-Baptiste de Rossano fut celui où il allait goûter les douceurs de la solitude.

Rossano était la seule ville du pays qui eût échappé aux ravages des Sarrasins. Il y avait une célèbre image de la sainte Vierge, qu'on dit être encore dans la cathédrale. Ce fut aux pieds de la Mère de Dieu que Nil se consacra solennellement au Seigneur; il visita ensuite le monastère de Saint-Mercure, que le saint abbé Jean gouvernait alors; ceux de Fantin, et de l'abbé Zacharie, qui furent depuis détruits par les Sarrasins, et qui étaient sur les côtes de la mer de Toscane. Ayant pris l'habit dans l'abbaye de Saint-Mercure, il se retira peu de temps après dans celle de Saint-Nazaire, dite aujourd'hui de Saint-Philarète, qui est à environ cinq milles de la première. Il porta à un si haut degré de perfection l'obéissance, l'humilité, la mortification des sens et la contemplation, qu'on l'appelait un autre saint Paul, tandis qu'on regardait comme un autre saint Pierre, saint Fantin, son ami et son père spirituel. Au bout de quelques années, ses supérieurs lui accordèrent la permission qu'il demandait d'aller vivre dans une forêt voisine et de fixer sa demeure dans un ermitage attenant à une petite chapelle de Saint-Michel. Il reçut dans la suite deux disciples, nommés Etienne et George. Le second était un gentilhomme de Rossano, qui mourut en odeur de sainteté.

Saint Nil devint bientôt célèbre par ses prédications et ses miracles. La réputation de sa grande sainteté se répandit par tout le pays; l'on venait de toutes parts le consulter. En 976, Théophilacte, métropolitain de Calabre, accompagné de Léon, seigneur du pays, ainsi que de quelques prêtres et de plusieurs autres personnes, vint voir le Saint, moins pour s'édifier par ses discours, que pour connaître son savoir et son érudition. Nil s'en aperçut. Après avoir salué honnêtement la compagnie et fait une courte prière, il présenta à Léon un livre où étaient diverses maximes concernant le petit nombre des élus. Comme on les trouvait trop sévères, le Saint prouva qu'elles étaient conformes aux principes établis par l'Évangile, par saint Paul et par les Pères de l'Église. « Elles vous paraissent », dit-il, « effrayantes, parce qu'elles sont la condamnation de votre conduite. Si vous ne vivez tous saintement, vous ne pourrez échapper aux tourments éternels ». Ces paroles jetèrent l'effroi dans l'âme de tous les auditeurs, et ils exprimèrent, par leurs gémissements et leurs soupirs, les sentiments qu'ils éprouvaient. Quelqu'un de la compagnie ayant demandé au saint abbé si Salomon était damné ou sauvé, il répondit : « Que vous importe de savoir si Salomon est sauvé ou ne l'est pas? Ce qu'il vous importe de savoir, c'est que Jésus-Christ menace de la damnation tous ceux qui commettent le péché d'impureté ». Il parlait de la sorte, parce qu'il savait que celui auquel il adressait la parole était un impudique. « J'aimerais mieux savoir », ajouta-t-il, « si vous serez damné ou si vous serez sauvé. Quant à

Salomon, l'Écriture ne parle point de sa pénitence, comme elle fait de celle de Manassès ».

Euphraxe, aussi rempli de vanité que de hauteur, ayant été envoyé en Calabre, avec le titre de gouverneur, par la cour de Constantinople, plusieurs abbés lui firent des présents. Saint Nil n'imita point leur exemple. Euphraxe, pour s'en venger, chercha toutes les occasions de le mortifier; mais il changea bientôt de sentiments à son égard. Étant tombé malade, il l'envoya chercher, lui demanda pardon à genoux, et le conjura de lui donner l'habit monastique. « Les vœux du baptême vous suffisent », lui dit le Saint : « la pénitence n'en exige point de nouveaux. Ayez seulement un cœur contrit et le désir de changer de vie ». Euphraxe, non content de cette réponse, le pressa de nouveau de lui donner l'habit monastique, ce qui lui fut accordé. Dès qu'il l'eut reçu, il parut un homme tout nouveau; il affranchit ses esclaves, distribua tous ses biens aux pauvres et mourut trois jours après dans de grands sentiments de piété.

L'empereur Othon III, étant venu à Rome, en chassa Philagate, évêque de Plaisance, que le sénateur Crescence avait fait antipape. Saint Nil alla le trouver pour le prier, ainsi que Grégoire V, qui était le Pape légitime, de faire grâce à l'évêque de Plaisance, et de ne point oublier dans la punition à laquelle on le condamnerait le caractère dont il était revêtu. Nil fut reçu avec de grandes marques d'honneur, et on lui promit d'avoir égard à sa recommandation. Lorsque Othon fit un pèlerinage au mont Gargan, il alla visiter le Saint dans son monastère, qui n'était qu'un assemblage de pauvres cabanes. « Ces hommes », dit-il en parlant des disciples de Nil, « sont véritablement citoyens du ciel, ils vivent dans des tentes, comme étrangers sur la terre ». Le serviteur de Dieu le conduisit d'abord à l'oratoire, où il pria quelque temps, et le fit entrer ensuite dans sa cellule. Othon lui offrit inutilement un emplacement pour bâtir un monastère qu'il promettait de doter. « Si mes frères », répondit saint Nil, « sont de véritables moines, Notre-Seigneur ne les abandonnera point lorsque je ne serai plus avec eux ». — « Demandez-moi ce qu'il vous plaira », reprit l'empereur; « je vous regarde comme mon fils, je vous l'accorderai avec joie ». Saint Nil, lui mettant alors la main sur la poitrine, lui dit : « La seule chose que je vous demande est que vous pensiez au salut de votre âme. Quoique vous soyez empereur, vous mourrez et vous rendrez compte à Dieu comme les autres hommes ». Il ne voulut point accepter l'évêché de Rossano, et refusa d'écouter les pressantes sollicitations qu'on lui faisait d'aller à la cour de Constantinople.

Saint Nil avait formé une espèce de communauté de ses disciples qui vivaient dans des cabanes auprès de son ermitage; mais on ne put jamais le faire consentir à prendre le titre d'abbé. Les Sarrasins étendant de plus en plus leurs conquêtes et leurs ravages dans la Calabre, il se retira avec ses moines au Mont-Cassin. Aligerne, qui en était abbé, alla au-devant de lui avec sa communauté, et le reçut avec la distinction que méritait sa sainteté. Quelque temps après, il lui donna le monastère de Val di Luce; mais Nil le quitta bientôt, parce qu'il ne trouvait point ce lieu assez solitaire. Il passa dix années dans le monastère de Serperis, situé sur le bord de la mer. Ce temps expiré, il se rendit avec ses disciples à Tusculum, à douze milles de Rome, et s'établit dans l'ermitage de Sainte-Agathe, habité par des religieux grecs. Il prenait soin de conduire ses religieux dans les voies de la perfection; mais il vivait dans une cellule séparée, sans s'arroger l'autorité de supérieur. On doit cependant le regarder comme le principal

26 SEPTEMBRE.

fondateur du monastère de Grotta-Ferrata, quoiqu'il ait été achevé après sa mort par le Père Barthélemi. Il y avait longtemps qu'il était à Sainte-Agathe, lorsque Dieu l'appela à lui. Il mourut en 1005, à l'âge de quatre-vingt-quinze ans. Sa communauté fut depuis transférée à Grotta-Ferrata, dans le voisinage de Tusculum (Frascati).

Saint Nil avec ses disciples célébrait l'office en grec, et suivait la Règle de Saint-Basile ; ainsi on ne doit pas le compter parmi les Saints de l'Ordre de Saint-Benoît. On porta ses reliques à Grotta-Ferrata.

Pendant que saint Nil le Jeune était un jour en prières devant un crucifix, le Christ détacha sa main droite pour le bénir. On voit dans l'abbaye de Grotta-Ferrata un tableau qui représente cette action. Une des fresques de cette église le représente guérissant un jeune possédé ; et une autre, recevant l'empereur Othon III.

Acta Sanctorum; Godescard.

Événements marquants

  • Retrait au monastère de Saint-Jean-Baptiste de Rossano à 30 ans
  • Prise d'habit à l'abbaye de Saint-Mercure
  • Rencontre avec le métropolitain Théophilacte en 976
  • Conversion du gouverneur Euphraxe
  • Intercession auprès d'Othon III et Grégoire V pour l'évêque de Plaisance
  • Refus de l'évêché de Rossano
  • Retrait au Mont-Cassin puis à Tusculum
  • Fondation du monastère de Grotta-Ferrata

Miracles

  • Le Christ détache sa main droite d'un crucifix pour le bénir
  • Guérison d'un jeune possédé

Citations

Les vœux du baptême vous suffisent : la pénitence n'en exige point de nouveaux. Ayez seulement un cœur contrit et le désir de changer de vie.

— Réponse à Euphraxe

Quoique vous soyez empereur, vous mourrez et vous rendrez compte à Dieu comme les autres hommes.

— Parole à l'empereur Othon III