Saint Calupan
Reclus en Auvergne
Résumé
Moine au monastère de Méallet au VIe siècle, Calupan se retira dans une grotte escarpée en Auvergne pour vivre en reclus. Malgré les assauts du démon sous forme de reptiles, il persévéra dans la prière et l'ascèse, recevant le don des miracles et de la prophétie. Ordonné prêtre par saint Avitus, il mourut à cinquante ans après une vie de totale solitude.
Biographie
SAINT CALUPAN, RECLUS EN AUVERGNE (576).
Dès le commencement de sa vie, Calupan rechercha toujours le bonheur qu'on obtient par l'obéissance à l'Église et le trouva. S'étant rendu au monastère de Méallet, en Auvergne, il s'y comporta avec une grande humilité à l'égard de ses frères.
Il gardait une excessive abstinence, en sorte que, s'en étant trouvé très affaibli, il ne pouvait accomplir le travail de chaque jour avec les autres frères, par suite de quoi, suivant la coutume des moines, on lui faisait de vifs reproches, le prévôt principalement, qui lui disait :
3 MARS.
— « Celui qui ne veut pas travailler ne mérite pas de manger ».
Se trouvant donc tous les jours en butte à des reproches de ce genre, notre Saint jeta les yeux sur une vallée située non loin du monastère et au milieu de laquelle s'élevait un rocher naturel, haut de plus de cinq cents pieds, et complètement isolé des montagnes voisines. Cette vallée était traversée par un cours d'eau qui baignait mollement le pied du rocher. Ce fut dans une ouverture de ce rocher, qui avait servi autrefois de retraite en cas d'invasion des ennemis, que le saint ermite se retira et établit sa demeure.
Il se construisit là un petit oratoire, où, comme il avait coutume de le raconter en versant des larmes, souvent des serpents tombaient sur sa tête et, s'enroulant autour de son cou, le remplissaient de frayeur. Or, comme le diable passe pour prendre la forme de cet animal rusé, il n'est pas douteux que c'était lui qui lui tendait des embûches. En effet, comme il demeurait malgré cela immobile, et qu'il n'était point ému des atteintes des petits serpents, un jour deux énormes dragons se dirigèrent vers lui et s'arrêtèrent à une courte distance.
L'un d'eux, plus fort que l'autre, releva son poitrail et haussa sa bouche à la hauteur de la bouche du Saint, comme s'il eût voulu lui dire quelque chose. Celui-ci fut tellement épouvanté qu'il devint raide comme le bronze, n'osant ni remuer un membre, ni lever la main pour faire le signe de la croix.
Et après qu'ils furent restés tous deux dans un long silence, il vint dans l'esprit du Saint de dire en son cœur, puisqu'il ne pouvait remuer les lèvres, l'oraison dominicale. Tandis qu'il le faisait en silence, ses membres, qui avaient été enchaînés par l'art de son ennemi, se déliaient peu à peu, et lorsqu'il sentit libre sa main droite, il fit le signe de la croix sur son visage, puis, se tournant vers l'opéra, il fit de nouveau contre elle le signe de la croix, en disant :
— « N'es-tu pas celui qui fit sortir le premier homme du paradis, qui rougit la main d'un frère du sang de son frère, qui arma Pharaon pour persécuter le peuple de Dieu, et qui enfin excita le peuple hébreu à poursuivre le Seigneur d'une fureur aveugle ?
» Éloigne-toi des serviteurs de Dieu, par qui tu as été tant de fois vaincu et couvert de confusion ; car tu as été chassé en Caïn et supplanté en la personne d'Ésaï ; tu as été terrassé en Goliath ; tu as été pendu en la personne du traître Judas, et c'est dans la croix même où a brillé la vertu de Notre-Seigneur, que tu as été vaincu et abattu avec tes puissances et tes dominations.
» Cache donc ta tête, ennemi de Dieu, et humilie-toi sous le signe de la croix divine, parce que tu n'as pas de part avec les serviteurs de Dieu, dont l'héritage est le royaume de Jésus-Christ ».
Tandis que le Saint disait ces choses et d'autres semblables, et qu'à chaque parole il faisait le signe de la croix, le dragon, vaincu par la vertu de cet emblème, alla se cacher au fond de la terre.
Mais, tandis que ces choses se passaient, l'autre serpent s'enroulait insidieusement autour des pieds et des jambes du Saint. Celui-ci, le voyant roulé à ses pieds, fit son oraison et lui ordonna de se retirer, en disant :
— « Va-t'en, Satan, tu ne me saurais plus nuire au nom du Christ, mon Seigneur ».
En effet, ce démon se retira avec un grand bruit ; et, depuis lors, le Saint ne vit plus ni serpent ni dragon.
Il était assidu dans l'œuvre de Dieu et ne faisait autre chose que lire ou prier, et même, quand il prenait un peu de nourriture, il priait encore.
Il pêchait de temps en temps, mais très rarement, du poisson dans la rivière, et quand il en désirait, le poisson se présentait aussitôt, par le vouloir de Dieu.
Pour du pain, il n'en recevait que du monastère : si quelque personne dévote lui apportait des pains ou du vin, il destinait le tout à la nourriture des pauvres, de ceux du moins qui demandaient à recevoir de lui ou le signe salutaire de la croix, ou le soulagement de leurs infirmités ; c'est-à-dire qu'à ceux auxquels il avait rendu la santé par ses prières, il donnait encore à manger, se rappelant ce que le Seigneur dit dans l'Évangile à cette foule qu'il avait guérie de diverses maladies : « Je ne veux pas renvoyer à jeun ces hommes, de peur qu'ils ne viennent à défaillir en chemin ».
Et nous ne pensons pas devoir cacher le bienfait que la bonté divine lui départit en ce lieu. Comme on lui apportait de l'eau du fond de la vallée, d'une distance de près de dix stades, il pria le Seigneur pour qu'il lui plût de faire sortir une source dans le lieu même où était sa cellule. Il fut assisté en cette circonstance de la vertu céleste qui autrefois faisait jaillir l'eau d'un rocher pour apaiser la soif de tout un peuple ; car, à l'instant une source s'élançant du rocher se répandit sur la terre et forma des filets d'eau de tous côtés. Le Saint, ravi de ce présent du ciel, creusa dans
LE BIENHEUREUX NICOLAS ALBERGATI, CARDINAL. 143
la pierre un petit bassin qui lui servait de citerne et qui tenait près de deux congés, afin de conserver l'eau qui lui était divinement donnée, et dont il ne recevait chaque jour que la quantité nécessaire pour lui et pour le garçon qu'on avait chargé de le servir.
Nous nous rendîmes aussi en ce lieu, dit saint Grégoire de Tours, son historien, avec le bienheureux évêque Avitus, évêque de Clermont, et de toutes les choses que nous avons racontées, nous tenons les unes du Saint lui-même, et les autres, nous les avons vues de nos propres yeux.
Calupan fut ordonné diacre et prêtre par le pontife que nous venons de nommer.
Il donna beaucoup de remèdes salutaires à ceux qui étaient travaillés de diverses maladies. Il ne sortait pourtant jamais de sa cellule pour se montrer à qui que ce fût, mais il étendait sa main par une petite fenêtre pour donner sa bénédiction avec le signe de la croix, et s'il était visité par quelqu'un, il approchait de cette fenêtre et lui accordait de prier et de parler avec lui.
Enfin, il acheva le cours de sa vie dans cette pratique religieuse, en la cinquantième année de son âge, pour aller au Seigneur.
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## LE BIENHEUREUX NICOLAS ALBERGATI, CARDINAL (1443).
Nicolas Albergati, cardinal du titre de Sainte-Croix et évêque de Bologne, naquit dans cette ville l'an 1375. Après avoir étudié en droit, il entra dans l'Ordre des Chartreux, chez lesquels il fut prieur à Florence. Il fut ensuite élevé, l'an 1417, à l'évêché de Bologne, et réconcilia ses diocésains avec le pape Martin V. Depuis, il fut envoyé nonce en France, l'an 1423, et s'acquitta si bien de cet emploi, qu'il en fut récompensé en 1426 par le chapeau de cardinal, qu'on le força d'accepter. Le pape Martin V le nomma légat en corps l'an 1431, et Eugène IV lui donna ordre d'aller présider le concile de Bâle. Mais les évêques assemblés en cette ville ne l'ayant pas voulu reconnaître, il se retira auprès du Pontife, qui lui donna encore la légation de France. Il réconcilia le duc de Bourgogne Philippe avec Charles VII. Un miracle, qu'il opéra en présence de Philippe, contribua beaucoup à cette réconciliation si heureuse pour la France. Le Pape le mena au concile de Ferrare. Il y disputa doctement contre les Grecs. Il fut encore légat en Allemagne, et, à son retour, fut nommé grand pénitencier de l'Église. Il mourut peu de temps après à Sienne, le 10 mai 1443. Ce saint prélat pratiquait, sous la pourpre, les austérités des Chartreux. Son humilité était aussi sincère que profonde, son caractère ferme et élevé, plein de candeur et de prudence ; sa charité pour tout le monde, et principalement pour les pauvres, était admirable. Il aimait les lettres, et, à sa mort, il légua à divers monastères une bibliothèque considérable.
On représente le bienheureux Albergati avec un rameau d'olivier à la main, comme symbole des missions de paix qu'il accomplit soit en France, soit en Allemagne ; portant une petite châsse : c'est le reliquaire contenant une partie du crâne de sainte Anne qui lui fut donnée en France et qu'il déposa chez les Chartreux de Bologne ; apparaissant en échoque, après sa mort, au chanoine Thomas Parentacelli, son ami, et lui annonçant qu'il sera bientôt Pape. En mémoire de cette vision, l'ancien chanoine de Bologne prit le nom de Nicolas. — Le bienheureux Albergati est l'un des patrons titulaires de Bologne.
4 MARS.
Événements marquants
- Entrée au monastère de Méallet en Auvergne
- Retraite dans une grotte isolée sur un rocher de 500 pieds
- Lutte contre les tentations démoniaques sous forme de serpents et dragons
- Ordination comme diacre et prêtre par l'évêque Avitus
- Vie de reclus communiquant uniquement par une petite fenêtre
- Mort à l'âge de 50 ans
Miracles
- Mise en fuite de deux énormes dragons par le signe de la croix et l'oraison dominicale
- Apparition miraculeuse d'une source d'eau jaillissant du rocher après sa prière
- Poissons se présentant d'eux-mêmes dans la rivière lorsqu'il en désirait
- Guérisons de malades par sa bénédiction à travers sa fenêtre
Citations
Éloigne-toi des serviteurs de Dieu, par qui tu as été tant de fois vaincu et couvert de confusion