Saint Sour (Sorus)
Ermite, premier abbé de Terrasson
Résumé
Né en Auvergne, Saint Sour se retira en Périgord pour mener une vie d'ermite et de reclus dans les rochers de Terrasson. Après avoir guéri miraculeusement le roi Gontran de la lèpre, il fonda avec l'appui royal un monastère et un hospice, devenant le père spirituel de la cité de Terrasson. Il mourut vers 580, laissant une réputation de grande sainteté et de bienfaiteur du pays.
Biographie
SAINT SOUR, ERMITE,
PREMIER ABBÉ DE TERRASSON, AU DIOCÈSE DE PÉRIGUEUX
Mort en 570. — Pape : Pélage II. — Roi des Francs : Childebert II.
Flore sub primo viridis jusenta Patrissa dulcros simul et parentes, Dulcros calum meditans profunda Monte reliquit.
Au printemps de ses jours, à la fleur de son âge, il abandonna tout : la patrie si douce et les parents si aimés ; il médita au fond de son cœur et le ciel lui parut plus doux.
Santol. Hymni, 20 Augusti.
Saint Sour naquit en Auvergne dans la première année du VIe siècle, de parents non moins remarquables par leur piété et leur attachement à la foi orthodoxe que par l'éclat de la position qu'ils avaient dans le monde. Dieu prend ses élus dans tous les rangs de la société, et la plus honorable illustration est celle que donne la vertu. Aussi, nous suffit-il de savoir que les parents de notre Saint étaient chrétiens. Ils instruisirent de bonne heure leur fils des principes de notre sainte religion et l'initièrent à la connaissance des lettres. Il ne tarda pas à laisser voir un goût bien prononcé pour la vie érémitique. Son cœur, ouvert, dès le matin de la vie, aux douces inspirations de la grâce, avait compris la parole du Maître : « Celui qui ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut être mon disciple. Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi-même, qu'il porte sa croix chaque jour et me suive ». Et, déjà vrai disciple par toutes les affections de son âme, il se promettait bien de répondre un jour, comme saint Pierre : « Seigneur, voici que j'ai tout quitté et que je vous ai suivi ».
Tant et de si heureuses dispositions ne pouvaient manquer de le rendre l'objet des complaisances divines et d'attirer sur son âme les plus abondantes bénédictions. Aussi, à mesure qu'il croissait en âge, sa foi devenait plus
1er Février.
vive, sa piété plus tendre et son désir de se vouer à Dieu plus ardent. Il s'était lié d'une étroite amitié avec Cyprien, jeune homme du même âge que lui, de la même piété, ayant le même désir de quitter le monde et de se retirer dans la solitude. Cyprien se fit le disciple de Sour.
A cette époque, l'histoire de notre pays nous présente le christianisme définitivement établi depuis quelques années dans les Gaules par la conversion de Clovis et les résultats heureux de la bataille de Vouglé. Délivrés des frayeurs de l'arianisme qui avait été transporté au-delà des Pyrénées avec la domination des Goths, « les peuples se reposaient », comme dit Isaïe, « dans la beauté de la paix et dans des tabernacles de confiance ». Bientôt la vie religieuse absorba toutes les idées, comme aux trois premiers siècles de l'Église. De toutes parts, dans les creux des rochers, dans les obscures profondeurs des bois, sur la cime aride des montagnes, on voyait s'établir de pieux ermites, de saints anachorètes, qui se formaient des disciples et préludaient ainsi à ces fondations religieuses que nous présente en si grand nombre le milieu du VIe siècle. L'impulsion et l'exemple étaient donnés par les membres des familles les plus marquantes de cette époque, par des hommes qui, se dépouillant des grandeurs du monde, allaient au désert vivre d'une vie de pénitence et d'abnégation.
Notre Saint était parvenu à l'âge que les anciens appelaient *libre* et qui conférait à peu près les mêmes droits que la majorité de nos jours. Il voulut néanmoins avoir le consentement de son père et de sa mère, ne se croyant pas, quoique l'âge et les lois de son pays parlassent en sa faveur, autorisé à secouer le joug de l'autorité paternelle, joug suave et délicieux que l'homme bien né porte toujours avec le même plaisir, le même bonheur, dans l'âge mûr comme dans l'âge de l'enfance, tout le temps qu'il peut dire ces deux mots les plus doux à prononcer après ceux de Jésus et de Marie : Mon père ! ma mère ! Il eut, cependant, quelque difficulté à obtenir le consentement demandé, son père et sa mère ayant voulu éprouver sa vocation. Ils reconnurent enfin, dans sa persévérance, la volonté de Dieu et consentirent à son départ. « Allez », lui dirent-ils, « allez au désert où la voix de Dieu vous appelle. Lorsque vous ne serez plus là auprès de nous, sa Providence sera la lumière de nos yeux, le bâton de notre vieillesse, le soulagement de notre vie ».
Sour ne tarda pas à instruire son ami Cyprien du consentement de son père et de sa mère, et, l'amour divin qui les pressait ne souffrant pas de retard, les deux jeunes prédestinés abandonnèrent tout et sortirent de l'Auvergne, laissant à Dieu le soin de leur trouver un asile où il leur fût permis de vivre inconnus et ignorés du monde. Dieu les conduisit dans la province du Périgord. En traversant le Limousin, ils firent la rencontre d'Amand, qui se joignit à eux, désireux comme eux de fuir le monde pour la solitude. Ils furent bientôt unis d'une étroite amitié, et l'on pouvait dire, en les voyant, ce que l'on disait des premiers chrétiens : « Un seul cœur, une seule âme ».
Peu de temps après leur arrivée en Périgord, ils entrèrent au monastère de Genouillac où, après s'être rasé la tête, ils prirent l'habit de moine. Ce monastère, dont on ne connaît l'existence que par le séjour qu'y firent nos trois Saints, était alors sous la direction d'un abbé, du nom de Salane « lequel », comme le dit un écrivain du Périgord, « conduisait à la perfection plusieurs saints moines qui, de toutes parts, se rangeaient à sa sainte pédagogie. La vertu de nos jeunes religieux s'y fit bientôt remarquer et ils devinrent l'objet
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de l'estime et de la vénération de tous. On les voyait, ardents à la mortification, châtier les membres de leurs corps pour les dégager des affections terrestres, et s'appliquer à embellir leur âme des charmes de la vertu. Ils se rendaient agréables à tous et par leurs œuvres qui avaient toujours pour principe et pour fin la charité, et par leurs discours assaisonnés de cet esprit d'aimable franchise et de douce gaîté qui fait le charme des conversations. On était heureux de les voir, plus heureux de les entendre. Ils se distinguaient surtout par une grande humilité. Cette belle vertu, base et couronnement de toute perfection, ils en connaissaient tout le prix, et leurs paroles, leurs actes, tout leur extérieur la reflétaient si bien, qu'ils paraissaient en être ornés comme d'un vêtement spirituel, comme sont ornés, la douce colombe de son blanc plumage, le lis de sa blancheur éclatante, la prairie de sa verdure et de l'émail de ses mille fleurs.
Mais Dieu ne destinait pas notre Saint à passer toute sa vie dans un monastère. Il ne l'avait conduit avec ses deux disciples à Genouillac que pour l'éprouver au feu de la charité monastique et lui faire acquérir, sous la direction du saint abbé Salane, la science si difficile de gouverner les autres. D'ailleurs, ce monastère ne lui offrait pas la solitude qu'il avait désirée en quittant le monde. Aussi le voyons-nous, après un séjour de trois ans, solliciter de l'abbé Salane l'autorisation de se retirer dans le désert, pour y vivre, comme avaient vécu dans les déserts de la Thébaïde, les Paul, les Antoine, les Hilarion et tant d'autres saints ermites. Mais il ne partira pas seul. L'amitié, qui ne se refroidit jamais dans le cœur des Saints, ne lui permet pas d'oublier Amand et Cyprien ; il leur communique son projet. La solitude d'un monastère n'est point la vie qu'ils ont voulue en quittant leurs parents et les douceurs du foyer domestique. Ils ont bien mis la main à la charrue, mais, déjà, Dieu peut leur reprocher d'avoir regardé derrière eux. C'est au désert qu'ils doivent aller, et, là seulement, ils trouveront une solitude assez intime, assez retirée. Ces considérations que le Saint développe avec toute la vivacité de sa foi et l'enthousiasme de son amour, suffisent pour réveiller dans le cœur de ses deux amis le désir de la vie solitaire.
Leur dessein, en quittant Genouillac, était de ne point se séparer, de vivre ensemble, se prêtant un mutuel secours et s'encourageant par des exemples réciproques dans un genre de vie si au-dessus des forces humaines. Ils se retirèrent d'abord en un lieu appelé encore aujourd'hui Pepre-Levade, tirant son nom d'un autel druidique qu'on y aperçoit. Ce lieu était bien propre au but qu'ils se proposaient : l'éloignement du monde et le recueillement de la vie intérieure. Ils se trouvaient sur le plateau d'une montagne assez élevée ; ils avaient sous leurs yeux, dans cet autel dressé par leurs pères, une preuve des grossières erreurs de l'humanité lorsqu'elle est privée de la lumière de la foi ; autour d'eux se développait un vaste horizon, image, faible sans doute, mais image de l'immensité de Dieu ; et leurs regards, le cœur même des Saints caresse avec plaisir les souvenirs de la patrie, leurs regards, lorsqu'ils étaient fatigués de contempler le ciel, pouvaient se reposer sur les blanches montagnes de l'Auvergne et du Limousin. Ils s'y construisirent trois cellules, comme trois tentes sur le Thabor. Ils y appelaient, par leurs ferventes oraisons et le chant des hymnes sacrées, Moïse et Elie, la Loi et les Prophètes, et Jésus qui leur avait dit de tout quitter pour le suivre se trouvait au milieu d'eux. C'était pour ces âmes séraphiques le commencement du souverain bonheur.
Mais ce lieu ne pouvait être tellement retiré, que l'éclat des vertus des trois solitaires ne les fit découvrir. D'ailleurs, Dieu ne permet pas toujours
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que la sainteté se dérobe sous le voile de l'humilité; il entre souvent dans ses desseins qu'elle soit manifestée aux yeux du monde pour l'instruction et l'exemple de tous. Aussi, les habitants des contrées voisines vinrent-ils bientôt en foule à Peyre-Levade, attirés, les uns par la simple curiosité, les autres, par le désir de s'instruire ou d'être témoins des miracles qui s'y opéraient. Ceux-ci imploraient le secours des prières des trois ermites, ceux-là demandaient la guérison de quelque maladie; on en voyait même qui se proposaient de les imiter et déjà se déclaraient leurs disciples.
Saint Sour gémissait en secret de toutes ces obsessions de la foule qui le détournaient des prédilections nourries dans son cœur depuis son enfance. Il savait que rarement au milieu du tumulte des hommes on peut composer une assemblée d'anges, et il songeait à fuir encore loin de ces lieux. Un soir il s'en ouvrit à ses deux amis et leur démontra la nécessité, pour le bien de chacun, d'une prompte séparation. Pourquoi, en effet, ont-ils quitté le monde, s'il faut qu'ils vivent au milieu du monde et ne soient occupés que des choses du monde? Dès le jour suivant, ils quittent Peyre-Levade et s'en vont, dans la direction du soleil couchant, où les conduira la volonté de Dieu. Après une marche de plusieurs heures ils s'arrêtent et, soit lassitude, soit que Dieu, pour favoriser notre Saint, le voulût ainsi, Amand et Cyprien s'abandonnent à un profond sommeil. Saint Sour en profite, et, se levant, il s'en va de droite et de gauche, explorant le pays, pour s'assurer s'il n'y trouvera pas un lieu où il puisse fixer sa demeure. L'Esprit de Dieu le conduisait. Bientôt se présente à sa vue un site tellement agreste et retiré, qu'il ne paraît pas qu'aucun mortel y ait jamais porté ses pas. Le Saint s'y dirige et le trouve des plus convenables, par sa position, au but de la vie solitaire. Placé au flanc d'une colline, ce site était dominé et protégé par une roche majestueuse d'élévation, auprès de laquelle sortait une source d'eau vive qui, s'écoulant par petits ruisseaux, y entretenait une douce fraîcheur. Au bas de la colline se développait une vaste plaine, parcourue d'intervalle en intervalle par une rivière (la Vézère) mal renfermée dans son lit. A la vue de ces lieux, le Saint tombe à genoux, porte ses regards vers le ciel et rend grâces à Dieu. Il se hâte ensuite de revenir vers ses frères qu'il trouve encore endormis, et qui, ne s'étant pas aperçus de son départ, ne s'aperçoivent pas de son retour. Ils se réveillent enfin, et s'exhortent mutuellement à l'exécution de leur projet. Ils s'entretiennent des douceurs de la patrie céleste où ils se retrouveront un jour, et rappellent tout ce qui peut fortifier leur foi et leur désir du souverain bonheur. Puis ayant pris ensemble l'eulogie sacrée, symbole de la charité qui devra les unir, quoique séparés, ils quittent ces lieux. Saint Sour se dirige vers la grotte qu'il a choisie. Saint Amand découvre non loin de là une solitude qui lui convient et qui a tiré du séjour qu'il y fit le nom qu'elle porte encore aujourd'hui, Saint-Amand-de-Coly. Il y fut le fondateur d'un monastère qui devint plus tard une célèbre abbaye de chanoines réguliers de Saint-Augustin. Saint Cyprien alla plus loin, il se fixa sur la rive droite de la Dordogne, dans un lieu qui, depuis, a porté son nom; il y bâtit aussi un monastère qui devint un prieuré, possédé par les mêmes chanoines réguliers de Saint-Augustin.
- Etant parvenu à la retraite désirée, saint Sour se prosterne, baise avec respect cette terre où doit être désormais sa demeure, et s'écrie dans le transport de sa joie : « C'est ici pour toujours le lieu de mon repos; j'y habiterai parce que je l'ai choisi ».
Nous pouvons fixer l'arrivée de saint Sour sous les rochers de Terrasson dans la période de 525 à 530, sous l'épiscopat de Chronope II, évêque
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de Périgueux. Sa demeure fut d'abord au pied du rocher. C'était bien une grotte, comme s'exprime la légende, mais peu profonde. Le solitaire, afin de se mettre à l'abri du mauvais temps et des attaques des bêtes sauvages, nombreuses dans ces forêts, dut en fermer la façade avec des branches d'arbres, unies ensemble par des tiges d'osier. On reconnaît encore ce premier asile du Saint; la piété lui a conservé le nom de Grotte de saint Sour. Il est peu vaste, mais bien aéré, il serait facile d'y établir encore un logement assez commode. C'est là qu'il vécut pendant quelques années d'une vie tout employée à la prière, à la mortification des membres de son corps, par les jeûnes, les veilles, les exercices de la plus austère pénitence. Un peu de pain et quelques herbes grossières formaient toute sa nourriture, et l'eau du rocher était son unique breuvage; et encore n'usait-il de ces aliments qu'une fois le jour et en très-petite quantité : car il n'avait pour vivre que le fruit de son travail, et il ne travaillait que pour se procurer l'absolu nécessaire, toutes ses heures étant, d'ailleurs, employées à la prière et à la contemplation.
Mais il ne put se cacher longtemps de la sorte; sa vertu le trahit ici comme elle l'avait trahi à Peyre-Levade. La bonne odeur s'en répandit bientôt, et les peuples des contrées voisines accoururent auprès de sa grotte. Il crut devoir se soustraire à leurs importunités en se condamnant à la vie de reclus. Il s'enfonça dans le creux du rocher ou dans une grotte pratiquée au-dessous de celle qu'il occupait déjà, et dont la voûte était si peu élevée qu'il ne pouvait s'y tenir debout. Il s'y était fait un siège de morceaux de bois mal unis, sur le dossier duquel, à la hauteur de la tête, il avait planté comme une couronne de grands clous, dont les pointes devaient le réveiller, s'il lui arrivait de se laisser gagner par le sommeil, dans le temps de ses longues méditations. Il avait ménagé à l'entrée de cette seconde cellule une petite porte qui ne devait s'ouvrir que la nuit, lorsqu'il sortait pour vaquer encore à la prière, admirer « la gloire de Dieu que les cieux nous racontent », et contempler « la magnificence des œuvres de ses mains que publie le firmament ». Auprès de cette porte, il avait pratiqué une petite ouverture en forme de fenêtre qui ne lui apportait qu'obliquement le jour nécessaire, et par laquelle il recevait la nourriture de chaque jour.
Ce genre de vie était assez commun en France, au VIe siècle, et, nous dit le P. Dupuy, fort pratiquée dans la province du Périgord. Lorsque l'Esprit-Saint nous parle de l'épouse des Cantiques, il nous la représente amoureuse colombe, cachée dans le creux du rocher. En effet, l'amour se plaît dans la solitude; là ses ardeurs sont plus vives, et rien ne peut le distraire de l'objet aimé. Si Dieu veut se communiquer à une âme, lui parler et l'entendre, il la prend et la conduit en un lieu retiré, et celui-là seul qui l'a éprouvé, comprend ce qui se passe entre Dieu et cette âme, mais aucune bouche ne saurait l'exprimer. Aussi n'essaierons-nous pas de dire les grâces intérieures qui inondèrent l'âme de notre Saint, les lumières qu'il reçut pendant les quelques années de cette retraite absolue.
Parmi les personnes les plus assidues à le visiter, saint Sour avait distingué deux jeunes gens qu'il avait attachés à sa personne en qualité de serviteurs ou plutôt de disciples. Ils s'appelaient l'un Bonite, et l'autre Principi; ils aimaient leur bon maître et ils en étaient aimés; ils lui furent utiles lorsqu'il se fut condamné à la vie de reclus. Établis dans de petites grottes auprès de sa cellule, ils lui procuraient par les aumônes qu'ils allaient recueillir tout ce qui était nécessaire à la nourriture et au vêtement, et se nourrissaient eux-mêmes du superflu de ces aumônes. Un jour, ne trouvant
pas cette nourriture suffisante, ils se prirent à murmurer ; et le Saint, du fond de sa cellule, entendant leurs plaintes, leur dit : « Mes petits enfants, ne vous plaignez pas, ne murmurez pas ; la main de Dieu est toute-puissante. Celui qui, dans le désert de la Judée, nourrit cinq mille personnes avec cinq pains et quelques petits poissons, peut bien, dans le nouveau désert où nous sommes, donner la nourriture nécessaire à deux de ses serviteurs ». Et les ayant ainsi encouragés, il se mit à prier. Sa prière ne fut pas longue ; il l'avait à peine commencée qu'un magnifique cerf, sortant de son fort, s'élance et se précipite du haut de la montagne, et vient tomber, la tête fracassée, sans mouvement et sans vie, devant la cellule du Saint. Ce que voyant, l'un des serviteurs accourt en toute hâte annoncer à son maître ce qui vient d'arriver, et lui dit : « Maître, que faut-il faire du présent que Dieu nous envoie ? » Sur les ordres du Saint, le cerf fut dépouillé de sa peau, et la chair en fut distribuée aux pauvres ; les deux serviteurs ne purent garder que ce qui était nécessaire pour la nourriture du jour. Saint Sour se fit de la peau un vêtement qu'il porta toute sa vie, comme témoignage de sa reconnaissance envers l'auteur de ce bienfait, et dont la vue réveillait la foi et la confiance dans le cœur de ses disciples.
Pendant sa vie de reclus, le Saint donna un grand exemple d'abnégation que nous devons rapporter ici. Sa mère vint le visiter, et arrivée à la porte de sa cellule, elle demanda à lui parler, à le voir. Cette nouvelle déchira le cœur de l'austère reclus, mais il comprit à l'instant que Dieu demandait de lui un exemple du renoncement le plus parfait et de l'abnégation la plus absolue, et, quelques instances que fit sa mère, il refusa de la voir ; ni ses larmes ni ses plaintes ne purent le fléchir. Le cœur d'une mère pourra seul comprendre ce que dut souffrir le cœur de celle-ci. — « Eh quoi ! mon fils », lui dit-elle, « rien ne peut vous toucher ? Vous ne voulez pas accorder cette satisfaction à ma vieillesse ? » — Et elle garde le silence, comme si elle attendait la réponse. Mais, tandis que le fils, recueilli au fond de sa cellule, disait à Dieu : « Vous êtes mon père, vous êtes ma mère », l'âme de la mère, fortement trempée au feu de la foi, s'était élevée vers le ciel pour y puiser une grande lumière et la force d'un grand sacrifice. « Eh bien ! mon fils », s'écrie-t-elle, — beau triomphe de la foi sur l'amour maternel ! — « Eh bien ! mon fils, puisque je ne puis vous voir sur la terre, vous ne m'empêcherez pas de vous voir dans le ciel ; j'y serai avec vous pour la récompense éternelle ». Et, ayant prononcé ces paroles, elle se retira. Et l'ange de Dieu eut à écrire ce jour-là dans le livre de vie, un sacrifice sublime à côté du nom de la mère et à côté du nom du fils.
Dieu, cependant, demandait de notre Saint autre chose que les austérités de la vie de solitaire et de reclus. Il lui manifesta sa volonté par l'inutilité des efforts qu'il faisait pour se soustraire aux obsessions de la foule ; car plus il se cachait, plus elle accourait nombreuse, comme elle l'avait fait à Genouillac et à Peyre-Levade, désireuse de le voir et de l'entendre. Et il méditait au fond de sa cellule, et il crut entendre la voix de Dieu lui ordonnant, comme autrefois à saint Pierre, de descendre du Thabor ; et, après quatorze années d'une austère réclusion, il se décida enfin à sortir de sa retraite et à se montrer au peuple pour lui rompre le pain de la parole qu'il réclamait avec tant d'avidité.
De ce moment, le concours de ceux qui venaient pour le voir et l'entendre ne trouvant plus d'obstacles, fut de plus en plus nombreux. De son côté, le pieux solitaire ne négligeait rien de ce qui pouvait assurer le bien spirituel de ceux qui venaient le visiter. Il voulut qu'ils pussent participer, en ce
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lieu, aux mystères sacrés en même temps qu'ils y venaient pour s'instruire. Dans ce but il dressa un autel auprès de sa cellule et s'adjoignit un prêtre pour y célébrer le saint sacrifice et distribuer au peuple la nourriture eucharistique, que lui-même, n'étant pas prêtre, ne pouvait lui donner. Ne pouvant remplir que le ministère de la parole, il s'en acquittait avec tout le zèle d'un apôtre, et lorsqu'il avait cessé de parler à la foule, satisfait à toutes ses demandes, il rentrait dans sa cellule, s'y tenait renfermé par respect et humilité tout le temps du sacrifice, et recevait par la petite fenêtre dont nous avons parlé, sa part de l'oblation sainte.
Le saint solitaire commença dès lors à briller par des signes éclatants; il rendait la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, la parole aux muets, et guérissait toutes sortes de maladies. Ces miracles portèrent au loin sa réputation. On accourait à sa cellule, non plus seulement du voisinage, mais des pays lointains. Il eut bientôt de nombreux disciples qui, à son exemple, renonçant au monde, embrassèrent son genre de vie et se firent d'autres cellules à côté de la sienne et le long du rocher. Il les organisa en communauté et leur donna pour règle celle sans doute qu'il avait pratiquée lui-même au monastère de Genouillac.
A cette époque vivait Gontran, roi de Bourgogne, roi très-puissant et très-saint, livré tout entier à la pratique des bonnes œuvres. Et Dieu, pour le purifier de ses fautes et augmenter sa sainteté, le frappa d'une maladie hideuse, la lèpre, qui lui couvrait tout le corps. Et ce roi, ainsi affligé, priait et demandait à Dieu sa guérison. Et un ange lui apparut et lui dit : « Levez-vous et allez en toute hâte trouver le bienheureux Sour, au pays d'Aquitaine, dans la province du Périgord, homme puissant en œuvres et en paroles; Dieu lui a confié le soin de vous guérir. Vous ne pouvez conserver aucun espoir de recouvrer la santé, si vous ne partez promptement pour vous rendre auprès de ce serviteur de Dieu ». Et le roi se leva et partit, et, après un long voyage et de grandes fatigues, il arriva auprès de la cellule du Saint et se prosterna. Et il disait, à l'exemple d'un autre roi des anciens jours : « Mon âme est comme attachée à la terre; conservez-moi la vie, Seigneur, selon votre parole ». Et le Saint sortit de sa cellule et, voyant le roi prosterné, lui ordonna de se relever, lui demandant la cause d'un si long voyage et qui lui avait indiqué le lieu de sa retraite. Et le roi lui répondit : « L'ange du Seigneur m'a parlé; ce n'est pas sans y avoir bien réfléchi que j'ai entrepris et fait ce voyage. Vous voyez devant vous un homme affligé d'une cruelle maladie; il n'est pas nécessaire de lui demander ce qu'il veut ». Et le Saint se fit apporter de l'eau et la bénit, et, nouvel Élisée, en présence d'un autre Naaman, il ordonna au roi de s'en laver. Et le roi obéit, et, à mesure qu'il se lavait, sa lèpre disparaissait. Il n'en resta plus aucune trace, et dans tout son corps, sa chair présenta la fraîcheur et la grâce de la chair d'un petit enfant. Il commença donc avec toutes les personnes de sa suite, et ne s'en lassait point, à célébrer les louanges du Seigneur et de saint Sour, le fidèle serviteur de Dieu.
Bientôt après, l'homme de Dieu fait appeler l'économe de sa petite société et lui ordonne de préparer un festin royal digne de l'hôte que le ciel leur a envoyé. Et l'économe fait observer qu'il n'a point de vin ni la possibilité de trouver dans les vignes un seul raisin assez mûr pour en exprimer le jus. Et le Saint, toujours et tout entier absorbé dans le Seigneur : « Eh quoi ! » s'écrie-t-il, « la main de Dieu est-elle devenue impuissante ? » Et il dit à l'économe : « Allez vite, et dans la petite vigne que vous connaissez, vous trouverez trois grains mûrs et pleins de jus, et vous me les apporterez ».
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Et l'économe obéit et il revient, apportant les trois grains vermeils et bien mûrs. Et alors, l'âme toute remplie de l'esprit de Dieu : « Allez », ajoute le Saint, « préparez toutes vos autres provisions, et apportez-moi promptement trois tonnes ». Et l'économe, habitué à voir le Saint opérer des miracles, se hâte de faire ce qui lui est commandé et revient bientôt annoncer que tout est prêt. Et saint Sour lui dit : « Prenez ces trois grains que la bonté de Dieu nous a donnés, et exprimez-en le jus dans les trois tonnes que vous avez préparées ; très-certainement le Seigneur qui, aux noces de Cana, changea l'eau en vin, nous sera favorable ». Ces nouveaux ordres sont encore exécutés, et les trois tonnes se trouvent pleines d'un vin exquis.
Ce n'est aussitôt que transports de joie. Frappés successivement de tant de prodiges, le roi et les gens de sa suite exaltent à l'envi la faveur de saint Sour et les louanges de Dieu. Puis chacun se dispose à prendre part à ce festin que la charité monastique est heureuse d'offrir à la majesté royale.
Après sa guérison, Gontran resta quelques jours avec le saint cénobite, priant et conférant avec lui, et recevant ses conseils avec un grand esprit de foi et d'humilité. Il voulut, avant son départ, lui laisser un magnifique témoignage de sa reconnaissance, et il le pria de faire bâtir, non loin du lieu qu'il habitait, un monastère pour ses religieux et un Xenodochium ou hospice dans lequel il pourrait recevoir les pauvres et les voyageurs. Les rois, lorsqu'ils reconnaissent un bienfait, ne peuvent le faire qu'en rois : avec grandeur et magnificence. L'asile des moines et celui des pauvres seront bâtis aux frais de Gontran, et ce prince leur créera des revenus immenses et les pourvoira de tout ce qui est nécessaire au bien-être et à l'accroissement des disciples de son libérateur.
Le Xenodochium fut bâti avant le monastère, mais avec des proportions telles qu'il put être en même temps l'asile des pauvres et des voyageurs et la demeure provisoire de saint Sour et de ses disciples. Le monastère ne fut bâti que plus tard sur le plateau où fut l'abbaye dite de Saint-Sour. Dès que le Saint eut quitté le rocher pour habiter avec ses disciples le Xenodochium, quelques habitations se groupèrent autour de sa nouvelle demeure, donnant naissance à une petite bourgade qui prit le nom du lieu même où elle se fondait, Terashôn, de deux mots gaulois Terash, chemin, et ôn, fontaine, aujourd'hui Terrasson. La petite bourgade, prenant bientôt un notable développement, le Saint dut pourvoir à ses besoins spirituels, et il jeta les fondements d'une église qu'il dédia à saint Julien, le célèbre martyr de Brioude, en Auvergne, et dans laquelle il voulut avoir un oratoire dédié à la Mère de Dieu, sous le vocable de Notre-Dame de Consolation.
En organisant en communauté ses disciples, saint Sour eut soin de poser pour base le travail des mains, fidèle à cette maxime des Pères de l'Égypte : « Un moine qui travaille n'a qu'un démon qui le tente, mais celui qui demeure oisif en a une infinité ». Toutefois, comme on pourrait le croire, ce travail ne consistait pas seulement à tresser des nattes et des corbeilles, à l'exemple de la plupart des moines et des solitaires de l'Orient. Nous devons aux labeurs des disciples de saint Sour et à l'heureuse impulsion qu'ils donnèrent, le défrichement de nos fertiles coteaux qui n'étaient qu'une épaisse et vaste forêt, et l'assainissement de notre plaine qui n'était qu'un marais insalubre. Nous pouvons dire que nous « moissonnons aujourd'hui ce que les moines ont semé, que nous sommes entrés dans leurs travaux et que nous en recueillons les fruits ». Soyons reconnaissants.
S'il avait fallu à notre Saint des encouragements pour conduire ses disciples dans les voies de la perfection, il en eût trouvé de puissants dans ses
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rapports avec saint Yrier, qui avait fondé dans ses propriétés et gouvernait avec une grande sagesse l'abbaye d'Athane, au diocèse de Limoges. Les deux saints ne purent rester longtemps inconnus l'un à l'autre. « Apprenant », dit la légende, « que saint Sour s'était bâti un monastère et y vivait avec ses disciples dans la plus fidèle observance des saintes règles, saint Yrier lui écrivit des lettres de consolation et d'encouragement, l'avertissant de s'attacher beaucoup aux choses de Dieu et de se défier des pièges du démon ». Il accompagnait toujours sa lettre de quelques présents, que saint Sour recevait avec reconnaissance, et dont il rendait à Dieu de vives actions de grâces. C'était une fois, pour son monastère, une porte embellie de riches ornements de corne; c'était, une autre fois, le livre de nos saintes Écritures, écrit de sa propre main; une autre fois encore, il lui envoyait de jeunes colombes et autres oiseaux domestiques pour récréer sa vieillesse : car les Saints, pour si austères qu'ils soient, ne se refusent pas une innocente récréation.
Saint Sour avait su apprécier saint Yrier; il lui reconnaissait une haute sagesse et une grande intelligence, et, voulant s'assurer que ses disciples, après sa mort, persévéreraient dans la fidélité aux saintes règles, il le pria de prendre, lorsqu'il ne serait plus, la direction de son monastère et de le soumettre à l'abbaye de Saint-Michel, dans la ville de Limoges. De là, saint Yrier est placé immédiatement après saint Sour dans le catalogue des abbés de Terrasson.
Cependant bien des années s'étaient écoulées depuis que saint Sour, d'ermite, vivant dans le fond d'une grotte, était devenu abbé d'un monastère et chef d'une nombreuse société. Il était plein de jours et de vertus, et la fin inévitable à tout être créé commençait à se faire sentir à son corps affaibli par les pénitences et les macérations, et avertissait son âme, aimée de Dieu, qu'enfin le moment était venu de rompre les liens de la prison terrestre pour aller jouir des joies du ciel. Dieu voulut favoriser son serviteur comme beaucoup d'autres saints, il lui fit connaître par une révélation particulière le jour et l'heure de sa mort. Une telle révélation ne pouvait que lui être agréable; depuis si longtemps il soupirait après la dissolution de son corps pour être réuni à Jésus-Christ! Il rassembla donc ses disciples et leur apprit sa fin prochaine, leur en parlant en des termes qui ne laissaient aucun doute sur la joie dont son âme était remplie. Il ne tarda pas à être saisi d'une violente fièvre dont les progrès firent bientôt présager une fin prochaine. Mais, plus le corps s'affaiblissait sous le feu qui le dévorait, plus l'âme acquérait de vigueur et s'unissait intimement à Dieu, objet de son amour. Aussi le pieux agonisant ne tarda-t-il pas à demander qu'on lui apportât le viatique du voyageur vers l'éternité, et qu'on oignit son corps de l'huile sainte pour le grand combat que l'athlète chrétien allait soutenir. Puis, empruntant le langage des Livres Saints avec lesquels il était si familiarisé: « Hélas! » s'écriait-il, « que mon exil a été long! Que vos tabernacles sont aimables, Seigneur! Quand pourrai-je m'y reposer? » Et, voyant ses frères dans la douleur et la consternation, il les consola par quelques douces paroles, puis il leur fit ses derniers adieux dans une dernière bénédiction qui témoignait et de sa tendre charité pour eux et de sa grande confiance en Dieu. Il avait cessé de parler, et voilà qu'une éclatante lumière, partie du côté de l'Orient, vient remplir la cellule du moine moribond, voltige autour de sa tête et laisse dans tous les cœurs comme une exhalaison de l'odeur la plus suave. — L'âme du Saint était au ciel. Dieu voulut prouver par une fin favorisée d'un tel prodige, combien la vie de ce fidèle serviteur lui avait été agréable, combien sa mort était précieuse à ses yeux.
4ᵉʳ FÉVRIER.
Nous avons retrouvé auprès du lit de mort de notre Saint, ses deux amis, saint Amand et saint Cyprien. Il est à présumer qu'après avoir connu par une révélation spéciale le jour et l'heure de sa mort, il leur en avait fait part et les avait invités à venir le voir, voulant s'encourager de leur présence dans un moment si solennel. Et saint Amand et saint Cyprien s'étaient empressés d'accourir, et ils étaient là contemplant avec admiration leur vénérable ami, édifiés de sa patience, de sa douceur, de son humilité. Et, lorsqu'il fallut procéder à ses funérailles qui attirèrent un grand concours de peuple, ils ne voulurent point laisser à d'autres le soin de lui rendre le dernier devoir. Ils ensevelirent eux-mêmes son corps, qu'ils ne regardaient et ne touchaient qu'avec une sainte vénération, et qui fut inhumé, en présence de tous les religieux et du peuple, dans l'église qu'il avait lui-même bâtie et dédiée à saint Julien.
Nous pouvons fixer la date de la mort de saint Sour en l'année 580, au premier jour du mois de février; c'est le jour auquel les diocèses de Périgueux, de Limoges et de Sarlat ont toujours célébré sa fête. Il était âgé de quatre-vingts ans, étant né dans la première année de ce VIe siècle, ayant vécu environ soixante ans depuis sa sortie de l'Auvergne et son entrée au monastère de Genouillac, et cinquante, à peu près, depuis le commencement de sa vie érémitique.
## CULTE ET RELIQUES DE SAINT SOUR.
Les hommages rendus dans tous les siècles à la sainteté du serviteur de Dieu dont nous venons d'esquisser la vie, commencèrent à Terrasson, dès le jour même de sa mort, qu'une mystérieuse lumière déclara précieuse aux yeux de Dieu. Le peuple, dont *in voce populi est vox Dei* la voix de Dieu, et le seul mode de canonisation à ces premiers siècles de l'Église, frappé de l'éclat de ses vertus et des miracles opérés pendant sa vie et se renouvelant sur son tombeau, le peuple commença, dès ce moment, à le vénérer comme saint. Il lui adressa des prières, et Dieu, en les exauçant, témoigna que les hommages rendus à la sainteté de son serviteur lui étaient agréables. Il est probable que, dès ce moment aussi, ou du moins peu d'années après, le culte de saint Sour devint public et commun à toute la contrée. Il dut y avoir tous les ans, au jour anniversaire de sa mort, un grand concours de peuple autour de son tombeau. Nous en avons encore un témoignage incontestable dans la foire dite de Saint-Sour, si célèbre dans tout le pays, et qui a lieu le premier jour de février. Elle porte avec elle un caractère religieux qu'il est impossible de ne pas reconnaître, et nous trouvons son origine dans le concours annuel des pèlerins autour du tombeau de saint Sour. Ne pouvant entrer dans les détails, nous dirons comme le légendaire : « Souvent Notre-Seigneur Jésus-Christ se plut à manifester par des miracles opérés près de ce tombeau combien il avait eu de prédilection pour son serviteur. Les limites imposées à ce récit abrégé de sa vie ne nous permettent point, de redire en détail à combien d'aveugles il rendit la vue, combien de boiteux, de paralytiques et autres affligés de diverses maladies recouvrèrent la santé près de ce tombeau. Les pieux pèlerins ne se sont jamais retirés sans avoir à rendre grâces de quelque bienfait obtenu par sa puissante intercession ».
Mais si, dans tous les siècles, notre Saint a été honoré par la piété des fidèles, un fait traditionnel et souvent renouvelé nous démontre qu'à Terrasson et dans toute la contrée, il a été plus spécialement regardé comme le bienfaiteur du pays, veillant, du haut du ciel, à la fertilité de ces terres, autrefois défrichées par ses mains et par les mains de ses disciples, et qu'il a été plus particulièrement invoqué dans les temps de sécheresse, pour obtenir par son entremise le bienfait de la pluie. On fait dans ce but trois processions ; les reliques du Saint y sont portées triomphalement, et c'est alors que son culte acquiert une pompe et une solennité qui rappellent les plus beaux jours de la piété et des démonstrations religieuses du moyen âge.
Nous ne pouvons préciser l'époque de l'élévation du corps de saint Sour ; mais elle n'est lieu probablement que bien des années après sa mort, lorsque le monastère commencé de son vivant étant achevé, les moines, ses disciples, voulurent avoir les restes de leur saint fondateur dans la magnifique église qu'ils lui avaient consacrée. Des documents historiques nous permettent de constater qu'ils ne cessèrent point d'en être les possesseurs et les gardiens jusqu'en 1789. Les moines ayant été supprimés à cette époque, la paroisse de Terrasson hérita de leur magnifique église et des reliques de saint Sour. Elle les conserve religieusement, renfermées dans une châsse du XVe siècle, richement sculptée. L'authenticité de ces reliques ne peut être mise en doute, elle découle naturelle- ment d'une possession publique, non interrompue depuis la mort du Saint jusqu'à nos jours. Saint Sour a vécu à Terrasson, il y est mort, et ses reliques n'ont pas cessé d'y être honorées. Nous savons comment elles ont été conservées, comment elles sont arrivées jusqu'à nous; il ne peut y avoir d'authenticité plus certaine. Nous bénissons le Seigneur d'avoir conservé à notre église ce précieux trésor, ces ossements vénérés qui, après treize siècles, conservant le souffle de l'Esprit de Dieu, parlent et prophétisent comme au premier jour, devant lesquels le peuple aime aujourd'hui, comme il aimait autrefois, comme il aime toujours, à s'agenouiller et à prier.
Nous voulons, en terminant cette esquisse, ne pas oublier un témoignage bien touchant du culte qui a toujours été rendu à saint Sour et à ses reliques. Ce témoignage, nous le prenons à la pure source des vraies traditions, sur les lèvres du peuple, sur ces lèvres qui ne prononcent point le mensonge, mais qui parlent d'après l'abondante simplicité du cœur : c'est la naïve qualification de bon que le peuple joint toujours à la qualification de saint, lorsqu'il parle de ce saint patron. Il dit : le bon saint Sour. Cette manière de s'exprimer ne peut provenir que de l'habitude d'honorer et de prier le Saint, et de l'habitude d'avoir été promptement exaucé, lorsqu'on l'a honoré et prié.
Le bon saint Sour! il y a là tout le panégyrique de notre Saint, le panégyrique le plus sublime et le plus vrai.
M. l'abbé Pergot, curé-doyen de Terrasson.
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Événements marquants
- Naissance en Auvergne au début du VIe siècle
- Rencontre avec Cyprien et départ pour la solitude
- Séjour au monastère de Genouillac sous l'abbé Salane
- Retraite à Peyre-Levade avec Amand et Cyprien
- Installation dans une grotte aux rochers de Terrasson (vers 525-530)
- Quatorze années de réclusion absolue
- Guérison miraculeuse du roi Gontran atteint de la lèpre
- Fondation du monastère et du Xenodochium de Terrasson
- Mort à l'âge de 80 ans
Miracles
- Apparition d'un cerf se fracassant la tête pour nourrir ses disciples
- Guérison de la lèpre du roi Gontran avec de l'eau bénite
- Multiplication du vin à partir de trois grains de raisin pour un festin royal
- Lumière céleste et odeur suave à son agonie
Citations
C'est ici pour toujours le lieu de mon repos ; j'y habiterai parce que je l'ai choisi.
Puisque je ne puis vous voir sur la terre, vous ne m'empêcherez pas de vous voir dans le ciel.