Saint Corentin

Premier évêque de Quimper

Fête : 12 decembre 4ᵉ siècle • saint

Résumé

Né en Cornouaille en 375, Corentin vécut d'abord en ermite à Plomodiern avant d'être choisi par le prince Grallon comme premier évêque de Quimper. Sacré par saint Martin de Tours, il organisa son diocèse, fonda des monastères et fut célèbre pour ses miracles de multiplication de nourriture. Ses reliques, déplacées durant les invasions normandes, furent honorées à Paris et à Marmoutier.

Biographie

SAINT CORENTIN, PREMIER ÉVÊQUE DE QUIMPER

Iste praemineas merito, sicut et gradu.

Surpassez les autres par le mérite autant que vous les surpassez par le rang.

Saint Isidore d'Espagne.

Ce bienheureux prélat n'est pas venu d'Angleterre en Bretagne, comme la plupart des premiers Saints de cette province, mais il était de la Bretagne même et de la province de Cornouaille. On met sa naissance en 375, où la foi de Jésus-Christ, étant devenue maîtresse de l'empire romain, avait déjà pénétré dans les pays les plus barbares de l'Occident et du Nord. Ayant été élevé dans la piété, il embrassa l'état ecclésiastique et fut promu aux Ordres sacrés, puis il se retira dans un ermitage de la paroisse de Plomodiern, où Dieu fit de grands miracles pour sa nourriture. Il contracta une étroite amitié avec saint Primaël, qui était aussi un solitaire d'une très-grande piété, et il y fit sourdre une fontaine à son ermitage, pour l'exempter d'aller chercher de l'eau dans un endroit fort éloigné. Souvent il nourrit des hôtes qui étaient venus le voir, par des multiplications surnaturelles, trouvant même du poisson où il n'y en avait point auparavant. Entre autres, il fit un festin à un prince, nommé Grallon, et à des chasseurs de sa compagnie, avec un morceau de poisson qui n'aurait pas suffi pour rassasier un de ces hommes affamés. Ce prince, en reconnaissance, lui donna un grand espace de terre, où il bâtit un monastère qui fut bientôt rempli de très-saints religieux. Les enfants de qualité y étaient aussi reçus pour être formés aux sciences humaines et à la piété ; de sorte qu'il servit extrêmement à la bonne éducation de la jeune noblesse de Cornouaille et de Bretagne.

Les seigneurs du pays, charmés de la prudence et de la sainteté de Corentin, prièrent le prince Grallon d'établir un évêché dans son comté

SAINT CORENTIN, PREMIER ÉVÊQUE DE QUIMPER. 209

et d'en faire nommer Corentin pour premier évêque. Grallon y consentit ; et, ayant fait venir ce saint abbé, il l'envoya vers saint Martin, archevêque de Tours, dont la juridiction s'étendait sur toute la Bretagne, afin de recevoir de lui la consécration épiscopale. Corentin mena avec lui à Tours deux excellents religieux, Vennolé et Tugdin, pour être bénis abbés de deux nouveaux monastères que le prince voulait fonder ; mais saint Martin l'ayant sacré, lui dit que, pour la bénédiction des abbés de son diocèse, c'était à lui à la faire, et l'envoya ainsi gouverner le peuple que la divine Providence lui avait commis. On lui fit une entrée fort magnifique dans Quimper et on lui donna de quoi fonder un Chapitre de chanoines pour sa nouvelle cathédrale.

Comme il n'oublia point dans l'épiscopat qu'il était religieux, de même les exercices de la vie solitaire, qu'il continua toujours de pratiquer, ne lui firent point oublier qu'il était évêque. Il visita tout son diocèse, et ordonna de bons ecclésiastiques pour les distribuer dans les paroisses ; il corrigea les abus qui s'étaient glissés parmi les fidèles, il combattit les restes du paganisme et s'acquitta de toutes les autres obligations d'un bon pasteur. Enfin, Dieu le retira de ce monde pour lui donner la couronne de l'immortalité.

Son corps fut enseveli avec beaucoup d'honneur dans son église cathédrale, devant le grand autel, et son convoi fut illustré par plusieurs miracles signalés. Il s'en est fait depuis quantité à son tombeau. Une femme avait promis de présenter de la cire à son église, en reconnaissance d'un insigne bienfait qu'elle avait reçu par son intercession : elle en apporta en effet, mais comme elle était prête à l'offrir, elle retira sa main par avarice et ne l'offrit point. Alors cette même main se ferma si fort qu'il lui fut impossible de l'ouvrir, jusqu'à ce que le Saint, ayant égard à ses larmes, lui apparut par deux fois et la guérit de ce mal qu'elle s'était attiré par sa cupidité. Il apparut aussi à un pauvre homme que des malfaiteurs avaient enfermé dans un coffre pour le faire mourir de faim, et le délivra de cette horrible prison en levant la serrure qui la tenait fermée.

Sa ville épiscopale a pris son nom et s'appelle Quimper-Corentin.

On le représente : 1° faisant jaillir une source ; 2° couché dans une solitude, et découvert par un prince à la chasse.

## CULTE ET RELIQUES.

Les reliques de saint Corentin furent conservées avec respect dans sa cathédrale jusqu'à l'époque des Normands. La crainte qu'en eut alors qu'elles ne fussent profanées par ces barbares détermina le clergé de Quimper, en 878, à les retirer du lieu où elles étaient renfermées. Plus tard, elles furent confiées à Salvator, évêque d'Aleth, qui, à cause de la guerre dont la province était menacée, se réfugiait en France, emportant avec lui les corps des principaux Saints de la Bretagne. Le prélat arriva à Paris en 903, et remit son dépôt entre les mains de Hugues-Capet, alors comte de Paris, qui les reçut avec respect et les fit déposer dans l'église de Saint-Barthélemy dans la cité. Ces saintes reliques ayant été ensuite partagées entre diverses églises, celles de saint Corentin furent données à la célèbre abbaye de Marmoutier ; mais il en resta quelque portion à Paris, car l'abbaye de Saint-Victor en a possédé une jusqu'à la Révolution. C'est de Marmoutier que l'Église de Quimper

12 DÉCEMBRE.

obtint, en 1643, un bras de son saint patron, qui fut honorablement placé dans la cathédrale, et devint l'objet de la vénération particulière des fidèles du pays. La Révolution a fait perdre ce précieux dépôt, ainsi que le reste du corps de saint Corentin. En 1809, on n'en possédait plus à Tours qu'un petit ossement, qui fut donné à cette époque à M. de Bombidau de Crouseilhes, alors évêque de Quimper ; et ce prélat le fit déposer dans son église cathédrale, où cette relique est maintenant conservée.

Le nom de saint Corentin se trouve dans les litanies anglaises du VIIe siècle que le Père Mabillon a mises au jour. Outre l'église cathédrale de Quimper qui l'a pour patron, et où sa mémoire est en très-grande vénération, les Églises de Léon et de Saint-Brieuc ont toujours rendu à ce saint évêque un culte religieux avec office de neuf leçons, au 12 décembre. L'Église de Nantes, dans son ancien bréviaire, avait la fête de saint Corentin au 11, aussi avec l'office de neuf leçons. Un ancien bréviaire manuscrit de l'Église de Mans la marque au 12 décembre, avec neuf leçons propres. Il n'a plus maintenant qu'une simple commémoration dans le bréviaire actuel de cette Église ; mais il est honoré d'un office dans les diocèses de Rennes et de Nantes. Dans l'ancien diocèse de Chartres, près de Nantes, il y avait une abbaye de Bénédictines, fondée, vers l'an 1201, par Philippe-Auguste, et qui portait le nom de Saint-Corentin. La reine Blanche, mère de saint Louis, affectionnait cette maison, et son cœur y était conservé.

Nous avons complété et corrigé cette biographie avec les *Vies des Saints de Bretagne*, par Dom Lobineau.

Événements marquants

  • Naissance en Cornouaille en 375
  • Retraite dans un ermitage à Plomodiern
  • Rencontre avec le prince Grallon lors d'une chasse
  • Fondation d'un monastère pour l'éducation de la noblesse
  • Voyage à Tours pour être sacré évêque par saint Martin
  • Entrée magnifique à Quimper et fondation du Chapitre
  • Translation des reliques à Paris en 903 pour fuir les Normands

Miracles

  • Multiplication surnaturelle d'un morceau de poisson pour nourrir le prince Grallon et sa suite
  • Jaillissement d'une fontaine à son ermitage
  • Guérison d'une femme dont la main s'était fermée par avarice
  • Délivrance d'un pauvre homme enfermé dans un coffre

Citations

Iste praemineas merito, sicut et gradu.

— Saint Isidore d'Espagne