Saint Guillaume de Saint-Brieuc

Évêque et Confesseur

Fête : 29 juillet 13ᵉ siècle • saint

Résumé

Évêque de Saint-Brieuc au XIIIe siècle, Guillaume se distingua par sa charité héroïque envers les pauvres et sa fermeté face aux persécutions du duc Pierre de Dreux. Après un exil à Poitiers, il revint bâtir sa cathédrale, œuvre qu'il acheva miraculeusement après sa mort grâce aux offrandes liées à ses miracles. Il fut canonisé en 1247 par Innocent IV.

Biographie

SAINT GUILLAUME, ÉVÊQUE DE SAINT-BRIEUC

ET CONFESSEUR.

SAINT GUILLAUME, ÉVÊQUE DE SAINT-BRIEUC.

La piété de ce vertueux jeune homme lui inspirait de l'attrait pour l'état ecclésiastique, et son mérite le rendait digne d'être admis dans le sanctuaire. Josselin, évêque de Saint-Brieuc, lui conféra la tonsure ecclésiastique, les ordres mineurs et le sous-diaconat; et voyant le grand bien qu'on pouvait se promettre d'un jeune clerc si prudent et si sage, il le prit dans sa maison, le retint auprès de lui et lui conféra les ordres du diaconat et de la prêtrise. Les deux successeurs de Josselin, Pierre V et Silvestre, fixèrent également Guillaume auprès d'eux; mais on ignore quels emplois ils lui donnèrent. Il fut pendant ce temps nommé à un canonicat de l'église métropolitaine de Tours, sans qu'on sache s'il put aller résider dans cette ville. Silvestre mourut en 1220, après un an et demi d'épiscopat, selon le P. Albert le Grand, ou plutôt après avoir tenu le siège huit ans, si on s'en rapporte aux anciennes chroniques, et Guillaume fut élu pour succéder à Silvestre, dans un temps où l'Église de Bretagne, inquiétée par le duc Pierre de Dreux, avait besoin de pasteurs qui eussent le courage de la défendre.

Alors ce saint prélat ne se contenta pas d'avoir les reins ceints par la chasteté, il crut qu'il était de son devoir de prendre à la main la lampe ardente par laquelle nous sont désignées les œuvres de charité. Il se regardait comme le père des pauvres, et en cette qualité, chargé de l'obligation de les nourrir et de soulager les misérables dans leurs nécessités. Il ne se croyait pas quitte envers eux par les libéralités de son aumônier; il portait lui-même une bourse pour ne pas s'exposer à la douleur de rencontrer quelque indigent auquel il ne put faire du bien. Sa sollicitude pour eux était si grande, que quand on leur distribuait les restes de sa table, il se tenait à une fenêtre, attentif à ceux qui donnaient et à ceux qui recevaient, et veillant à ce que cette distribution se fît de manière à contenter tout le monde. Si le nombre des pauvres se trouvait trop grand, par rapport à ce que l'on avait à leur distribuer, il y faisait suppléer sur-le-champ.

Dans une année de cherté, saint Guillaume voyait les pauvres languir de faim, leur ouvrit ses greniers et leur fit distribuer tous ses grains; et comme il n'y en eut pas encore assez pour fournir à leurs besoins, il emprunta le blé de ses chanoines pour en faire l'aumône. Enfin il poussa la libéralité envers les misérables jusqu'au point qu'il ne lui resta pas de quoi faire un testament. Heureux en cela d'avoir mieux aimé se faire un trésor qui l'a suivi dans le ciel, que d'amasser sur la terre des richesses qui l'auraient abandonné à la mort.

Ses occupations extérieures n'excluaient pas en lui l'attention intérieure à écouter Dieu et à lui parler dans la prière. Guillaume, appliqué à entendre la voix divine dans le secret du recueillement, employait aussi la sienne sans cesse à célébrer ses louanges; car outre les heures canoniales et les autres prières ordinaires, il ne se passait pas de jour qu'il ne récitât tout le Psautier, qu'il savait par cœur. C'est ainsi que le feu céleste de la lampe dont il se servait pour éclairer les autres pénétrait jusqu'à son âme.

Sa dignité n'était pas une raison qui le dispensât des services les plus bas, quand il s'agissait de se rendre utile aux pauvres; on l'a vu prosterné par terre, pour souffler de sa propre bouche le feu destiné à faire cuire la nourriture qu'il leur destinait. Il vint un jour chez lui un homme emprunter une cuve pour donner un bain à une pauvre femme. Il était seul alors à la maison avec son chapelain. Il ne différa pas pour cela de s'occuper de cette bonne œuvre, il alla lui-même ôter le blé dont cette cuve était remplie, et avec l'aide de son chapelain, il la chargea sur les épaules de celui qui était venu la chercher.

Allant se coucher un soir, il aperçut qu'on avait dressé par terre le lit d'un religieux qui était logé dans la maison épiscopale, pendant que le sien était dressé dans un lieu plus élevé et plus commode. Cette différence choqua son humilité; il fit venir aussitôt du monde, et ne se coucha point qu'on n'eût mis les deux lits égaux. Mais quand il était sans témoins, il couchait souvent sur la dure, pendant que ses serviteurs croyaient qu'il reposait mollement. Il traitait son corps comme un ennemi dangereux, et employait les rigueurs de la pénitence à diminuer ses forces et sa vigueur, qui ne sont que trop souvent préjudiciables à celles de l'âme. Son rang et sa dignité l'engageaient, en beaucoup d'occasions, à donner des repas où régnait une honnête, quoique modeste abondance; mais il goûtait peu des viandes que l'on servait aux autres, et les pauvres en profitaient plus que lui. Sa boisson habituelle était de l'eau pure, ou s'il y mêlait du vin, c'était en bien petite quantité.

Ses entrailles étaient toujours émues quand il voyait les peines et les misères des autres. Une femme hydropique lui demandait un jour l'aumône. Le Saint, la voyant dans un état si digne de compassion, ne se contenta pas de soulager sa pauvreté; il voulut aussi apporter quelque soulagement à son mal. L'évêque, à son repas, se ressouvint d'elle, et lui envoya le meilleur plat de sa table, auquel il avait à peine goûté. Celui qui faisait la commission, chercha longtemps cette pauvre femme dans les rues, et la trouva enfin chez elle, couchée et souffrant des douleurs qui la mettaient à l'extrémité. A cette nouvelle affligeante, le saint prélat s'en alla à l'église offrir à Dieu le sacrifice de ses larmes et de ses prières, et il y demeura jusqu'à ce qu'on vînt lui dire que la femme était levée et parfaitement guérie. Il en eut une joie extrême et se fit amener cette femme. Quand il la vit, il avait peine à s'en rapporter au témoignage de ses yeux, tant il était hors d'apparence qu'une personne qu'il avait vue le même jour dans un état si déplorable eût en si peu de temps recouvré une santé si parfaite. Mais on ne douta point que ce changement si surprenant ne fût l'effet des prières du Saint, et de l'égard que Dieu avait eu pour ses larmes et pour sa charité.

Pendant la guerre que la mauvaise conduite du duc Pierre de Dreux attira à la Bretagne, la ville de Saint-Brieuc, n'étant pas fermée, était au pouvoir, tantôt des Bretons et tantôt des Français, et exposée à mille ravages. C'était dans ces occasions qu'éclatait tout le zèle et toute la tendresse du pasteur, occupé sans cesse à rassembler ses ouailles dispersées et à les consoler. Combien de fois s'est-il présenté au milieu des brigands ! Combien de fois a-t-il exposé sa vie pour conserver la vie et les biens de ceux dont la Providence lui avait confié le soin ! Combien de fois enfin des hommes de sang ont-ils mis sur lui des mains sacrilèges, levé l'épée sur lui, accablé d'injures et tâché d'épouvanter le saint et vénérable pasteur, qui ne leur opposait qu'une fermeté inébranlable et un courage invincible ! Il ne pouvait quelquefois refuser aux instantes prières de son clergé d'user du glaive spirituel, en retranchant du sein de l'Église ces ennemis sanguinaires et ces cruels brigands; mais ce n'était que l'âme pénétrée de douleur, et les yeux baignés de larmes, qu'il exerçait dans ces extrémités fâcheuses la puissance des clefs.

Le duc, pendant ce temps-là, persécutait l'Église et s'en déclarait l'ennemi, sous prétexte de retrancher les usurpations, et de la réduire au terme de modestie qu'il s'imaginait lui convenir mieux que l'extérieur trop brillant et le faste auquel il prétendait qu'elle s'était insensiblement livrée. Les exécuteurs de ses ordres trouvèrent dans l'évêque de Saint-Brieuc un mur d'airain, qui arrêta leurs progrès et déconcerta leurs entreprises. Il essuya leurs injures et leurs menaces avec une fermeté qui les irrita. Il eût volontiers donné sa vie pour cette cause; mais on se contenta de le chasser de la province. Le Saint, persuadé que tous les pays sont également la patrie de l'homme solidement vertueux, et que le chrétien qui possède Dieu possède tout, endura sans peine l'exil, la honte, la perte des biens, dans l'espérance d'avoir part à la béatitude promise à ceux qui souffrent persécution pour la justice. Il se retira dans le diocèse de Poitiers, où l'évêque, accablé par la maladie et hors d'état d'agir, le pria de prendre soin de son troupeau. Saint Guillaume y passa quelques années, pendant lesquelles il édifia merveilleusement ces étrangers par la sainteté de sa vie; il fit les ordinations, dédia des églises, consacra des autels, administra le sacrement de confirmation, remplit tous les autres devoirs du pasteur en chef, et se rendit agréable aux hommes comme il l'était à Dieu.

Enfin, quand il eut plu au Seigneur d'adoucir la férocité du prince et de rendre la paix à l'Église de Bretagne, Guillaume revint en 1230 prendre soin de son propre troupeau. Non content de l'édifier par sa sainte vie, de le nourrir spirituellement et corporellement, de le défendre et de le protéger, il voulut aussi embellir sa ville d'un temple matériel, et commença à bâtir l'église cathédrale que l'on y voit aujourd'hui, qui n'est pas des moins belles de la province. Soit impression de l'esprit de Dieu, qui met la parole dans la bouche des Prophètes, soit mouvement du courage et de la résolution du saint homme, on rapporte que, pensant sérieusement à la difficulté de l'entreprise, aux frais de l'exécution, à la longueur du travail, il dit avec assurance: « J'achèverai pourtant mon église, vif ou mort ».

Le Seigneur voulut récompenser une vie si pure et si pleine de bonnes œuvres, en appelant à lui son serviteur pour le faire jouir des récompenses éternelles. Saint Guillaume, après avoir rempli tous les devoirs d'un bon pasteur, mourut le 29 juillet, qui est le jour auquel l'Église célèbre sa fête. Son corps fut inhumé dans son église cathédrale, sous une tombe plate, au côté droit du haut de la nef. Il demeura caché là, comme une pierre précieuse, jusqu'à ce que, deux ans après sa mort, Philippe, son successeur, ayant dessein de continuer le bâtiment de l'église, fut obligé, pour en suivre les alignements, de faire creuser dans l'endroit où le Saint avait été enterré. Il rassembla pour cet effet le clergé et le peuple, et quand on eut découvert le saint corps, on le trouva aussi entier que le jour de son décès, et il en sortait une odeur aussi agréable que si l'on eût eu soin d'employer à l'embaumer les aromates les plus précieux.

Depuis ce moment il se fit un si grand nombre de miracles par l'intercession de saint Guillaume, que la réputation de sa sainteté fut portée, non seulement dans toute la province, mais encore dans les pays les plus éloignés; et le concours des peuples fut si grand à son tombeau, que les offrandes qu'ils y firent et leurs libéralités donnèrent à l'évêque Philippe le moyen de finir l'ouvrage que son prédécesseur avait commencé. Ainsi fut accompli ce que le Saint avait dit, qu'il bâtirait cette église, vif ou mort.

L'évêque Philippe eut soin de dresser un recueil authentique des miracles qui se firent au tombeau du Saint, et le porta à Lyon au pape Innocent IV. Ce pontife eut une joie sensible d'apprendre des merveilles si touchantes, et envoya en Bretagne un cardinal qu'il chargea du soin de dresser une enquête juridique. Le jour même que le cardinal avait marqué pour l'ouverture de l'enquête, il y eut une affluence étonnante d'étrangers, de pays fort éloignés, qui vinrent, outre les témoins qui avaient été assignés, rendre eux-mêmes témoignage de l'épreuve qu'ils avaient faite, en leur particulier, du pouvoir qu'avaient auprès de Dieu les suffrages du saint évêque.

29 JUILLET.

Le Pape, après avoir vu l'enquête, entendu le rapport du cardinal et pris l'avis de tous les cardinaux, ainsi que de tous les prélats qui étaient présents, inscrivit Guillaume au Catalogue des saints, et lui décerna un culte public par sa bulle du 15 avril 1247.

Le Pape commanda à tous les évêques du royaume de France d'en célébrer la fête le 29 juillet, jour de son décès, et d'ordonner qu'elle soit célébrée par tous les fidèles. A cette disposition, il ajoute des indulgences d'un an et de quarante jours pour ceux qui visiteront son tombeau le jour de sa fête et pendant l'octave.

## CULTE ET RELIQUES.

Le corps du Saint fut levé solennellement de terre en 1246. L'autorité ecclésiastique de Saint-Brieuc lui érigea un tombeau sur le lieu de sa sépulture, et établit au 15 avril une fête particulière de sa canonisation, qui se célèbre encore aujourd'hui, outre la fête du 29 juillet. Ce tombeau se voit encore dans l'église cathédrale; il se trouve entre deux piliers devant la chapelle dite du Saint-Sacrement. Sur le monument est la statue du Saint en habits pontificaux, couchée et tenant sa crosse. Quant aux reliques de saint Guillaume, son crâne était autrefois dans un buste en argent qui a été enlevé lors de la spoliation des églises en 1793. Le reste du corps se trouvait dans une châsse, placée au-dessus de l'autel de la chapelle dont nous venons de parler. Ce précieux trésor fut préservé de la profanation dans le temps de la révolution par un prêtre constitutionnel, nommé Pincemin, qui en a laissé un certificat; mais il paraît qu'on n'a pas trouvé son seul témoignage assez imposant, et l'on conserve maintenant ces reliques dans la sacristie, sans oser les exposer à la vénération des fidèles. Le crâne du saint est à présent joint aux reliques de Saint-Brieuc dans le beau reliquaire de bronze doré donné en 1820 par Mgr de Quélen. On voit aussi dans la même église huit dents du saint Évêque. On lui dédia, après sa canonisation, l'ancienne église de Notre-Dame de la Porte, qui est à l'entrée de la ville de Saint-Brieuc, du côté de la route de Lamballe. Cette église, qui était collégiale, a porté jusqu'à la révolution le nom de Saint-Guillaume; mais elle est profanée depuis cette déplorable époque. On peut dire que le culte de ce Saint a été universel dans toute la Bretagne, puisque sa fête se trouve marquée dans tous les anciens calendriers au 29 juillet, à l'exception de celui de l'Église de Vannes, où elle est avancée au 19, et de celui de l'Église de Léon, où elle est différée au 30. Le diocèse de Rennes a depuis longtemps supprimé la fête de saint Guillaume, sans qu'on en connaisse la raison; mais on la célèbre encore dans ceux de Nantes, de Vannes et de Quimper. Elle est à Saint-Brieuc du rite solennel majeur avec octave.

Extrait des Vies des Saints de Bretagne, par Dom Lobineau.

## SAINT OLAUS II OU OLAF, SURNOMMÉ LE SAINT,

## PREMIER ROI CHRÉTIEN DE NORWEGE ET MARTYR (1030).

Olaüs II ou Olaüs le Saint, ainsi nommé pour le distinguer d'Olaüs Ier, roi de Norwège, qui perdit le trône et la vie, l'an 1000, dans une guerre qu'il fit contre Suénon Ier, roi de Danemark, était fils de Harald Grenska, prince de Westfold, en Norwège. Ce pays gémissait depuis longtemps sous la tyrannie des Suédois, gouvernés alors par le roi Olaüs-Scot-Konung. Notre Saint, n'étant alors que simple capitaine de troupes, entreprit de délivrer sa patrie de ce joug odieux qu'elle ne supportait qu'avec la plus grande répugnance: les grands du pays prisèrent si haut ce projet, qu'ils proclamèrent Olaüs roi de Norwège.

Notre Saint représenta alors au roi Olaüs-Scot-Konung qu'il lui serait désormais impossible de retenir sous sa juridiction les populations de la Norwège et l'engagea, pour le bien de la paix, de renoncer à tout jamais à ses prétentions. Il sut si bien lui faire apprécier les avantages réciproques qui seraient la conséquence nécessaire de l'abdication de ses droits sur la Norwège, que le roi de Suède goûta l'avis de son compétiteur et lui accorda même, pour cimenter la paix qui se levait si belle en ce jour pour les deux royaumes, la main de sa fille.

Durant seize ans qu'il gouverna la Norwège, notre Saint s'appliqua à y faire fleurir le Christianisme. Jaloux de ses États, le roi d'Angleterre, Canut le Grand, lui déclara la guerre. Olaüs, trahi, périt dans une bataille qui se livra le 29 juillet 1030, à Stichstadt, dans la province de Drontheim, où il fut enterré.

Le corps de saint Olaüs fut trouvé sans aucune marque de corruption, en 1098, dans la cathédrale de Drontheim. Autrefois, dans l'abbaye de Saint-Victor de Paris, on montrait une chemise de notre Saint.

Bosch, *Acta Sanctorum*, et Bulliet. — Cf. *Continuateurs de Godeascard*.

---

Événements marquants

  • Réception des ordres mineurs et majeurs par l'évêque Josselin
  • Nomination à un canonicat de l'église métropolitaine de Tours
  • Élection au siège épiscopal de Saint-Brieuc en 1220 (ou 1227 selon chroniques)
  • Exil dans le diocèse de Poitiers suite à la persécution du duc Pierre de Dreux
  • Retour en Bretagne en 1230
  • Début de la construction de la cathédrale de Saint-Brieuc
  • Canonisation par le pape Innocent IV le 15 avril 1247

Miracles

  • Guérison instantanée d'une femme hydropique par l'envoi d'un plat de sa table et ses prières
  • Incorruptibilité du corps et odeur suave lors de l'exhumation deux ans après sa mort
  • Multiples miracles posthumes permettant le financement de la cathédrale

Citations

J'achèverai pourtant mon église, vif ou mort

— Tradition locale rapportée par le texte