Saint Florent de Bavière

Prêtre et Confesseur

Fête : 22 septembre 5ᵉ siècle • saint

Résumé

Prêtre originaire de Bavière au Ve siècle, Florent échappe miraculeusement au martyre pour évangéliser les Gaules. Établi comme ermite à Glonne en Anjou après avoir été ordonné par saint Martin, il accomplit de nombreux miracles avant de s'éteindre à un âge très avancé. Ses reliques, disputées entre Saumur et Roye, font l'objet d'une grande dévotion.

Biographie

S. FLORENT DE BAVIÈRE, PRÊTRE ET CONFESSEUR,

PATRON DE ROYE, AU DIOCÈSE D'AMIENS

fut-il arrivé, qu'ayant découvert quarante soldats qui faisaient profession de la religion chrétienne, il les fit arrêter prisonniers. Dès que les saints frères eurent avis de cette persécution, ils prirent le chemin de cette ville, pour y secourir de tout leur pouvoir ces innocentes victimes de Jésus-Christ. Comme ils en étaient près, ils rencontrèrent une troupe de soldats qui marchaient avec tant d'ardeur, qu'on eût dit qu'ils allaient à une expédition considérable. Ils s'informèrent d'eux où ils couraient si précipitamment; apprenant de leur bouche qu'ils n'avaient point d'autre ordre que de chercher des chrétiens, ils leur dirent : « Si vous voulez, chers amis, votre voyage ne sera pas long, nous sommes l'un et l'autre du nombre de ceux que vous cherchez. Nous adorons Jésus-Christ, et nous détestons le culte de vos dieux, qui ne sont que des idoles ou des démons. Vous n'avez qu'à nous prendre et à nous mener à votre président; il vous louera assurément de cette action, puisque vous ne retournerez pas les mains vides et sans capture ».

Les soldats ne purent s'empêcher d'admirer le courage de ces deux frères. Cependant, pour ne point manquer à leur commission, ils se saisirent de leurs personnes et les conduisirent à leur chef. Le tyran les interrogea sur leur religion, et ayant reconnu, par leurs réponses, qu'ils étaient dans la résolution de mourir plutôt mille fois que de renoncer à Jésus-Christ, il commanda, premièrement qu'ils fussent roués de coups de bâton, supplice ordinaire aux soldats. Ensuite, il leur fit percer et découper les épaules avec des instruments aigus : enfin il les condamna à être noyés dans la rivière d'Anise, qui passe auprès de Lorch, s'ils ne changeaient au plus tôt de sentiment.

Les bourreaux les chargèrent donc de chaînes, et tout brisés et couverts de plaies qu'ils étaient, ils les traînèrent du côté de la rivière pour exécuter au plus tôt l'arrêt de leur condamnation. Mais la divine Providence se contenta d'enlever saint Florian, et réserva saint Florent pour la consolation du pays des Gaules; car, au milieu du chemin, ces bourreaux se trouvant si las qu'ils ne pouvaient plus marcher, se couchèrent à l'ombre d'un grand arbre et s'y endormirent; pendant leur sommeil, un ange apparut à saint Florent, et lui dit qu'il ne devait pas mourir en cette occasion, mais qu'il était destiné à un plus long martyre, qui, sans être sanglant, lui procurerait néanmoins une gloire immortelle; qu'il se retirât donc au plus tôt dans les Gaules, où Notre-Seigneur lui préparait de grands travaux pour l'avancement de son culte et pour le salut d'une infinité de personnes. En même temps ses liens et ses fers se rompirent d'eux-mêmes, de sorte qu'il se trouva libre et en état de pouvoir se sauver. Il communiqua sa vision à saint Florian, qui, la voyant confirmée par ce miracle, ne douta point qu'elle ne fût de Dieu; ainsi, son avis fut que, pour obéir à la voix du ciel, il prit occasion du profond sommeil des bourreaux pour se retirer. Saint Florent, qui désirait ardemment le martyre, ne s'y résolut qu'avec peine; mais sachant bien que le plus grand service que nous puissions rendre à Dieu, c'est d'exécuter sa volonté, il se mit en chemin après avoir embrassé son cher frère, qui allait être couronné dans le ciel comme un généreux soldat de Jésus-Christ. Les bourreaux, à leur réveil, ne trouvant plus que celui-ci, déchargèrent sur lui toute leur fureur, et le jetèrent enfin dans le fleuve, qui lui servit de chemin pour entrer dans l'éternité bienheureuse. Sa victoire est marquée au 4 mai dans le martyrologe romain, et on la célèbre en Bavière avec beaucoup de solennité.

Cependant, saint Florent sortit au plus tôt de son pays, et étant entré dans les Gaules, il arriva heureusement aux bords du Rhône, auprès de la

22 SEPTEMBRE.

ville de Lyon. C'était un jour de dimanche, auquel il souhaitait extrêmement d'assister à la célébration des saints mystères; mais il ne trouva sur le bord de cette rivière grande et rapide qu'il fallait nécessairement passer, qu'une vieille nacelle toute brisée, dont on ne pouvait point se servir sans s'exposer à un évident naufrage. Le désir de ne point perdre la messe en un jour si saint le fit alors recourir à la prière: il invoqua l'assistance du ciel; et il fut aussitôt exaucé: car un ange l'ayant fait entrer dans la nacelle, il s'en fit lui-même le pilote, et la conduisit sûrement à l'autre bord, sans qu'elle fît eau ni qu'aucune des planches se séparât. En entrant à Lyon, il rencontra un homme possédé du démon, que l'on tenait lié et garrotté avec plusieurs chaînes, de peur qu'il ne se jetât sur les passants et ne leur fît quelque outrage. Il eut pitié de sa misère, et, après avoir imploré le secours de Dieu par une fervente prière, il le délivra d'un hôte si pernicieux, par la vertu du signe de la croix.

Étant sorti de Lyon, il suivit le cours de la Loire, et, par le conseil de l'ange qui le conduisait, il vint à un lieu appelé Glonne, aux extrémités de l'Anjou, du côté de la Bretagne. Cet endroit était extrêmement solitaire et plus propre à la retraite des bêtes sauvages qu'à la demeure des hommes. En effet, il ne trouva de couvert qu'une grotte remplie de serpents, qu'il fut obligé de chasser avec le signe de la croix pour s'y loger. Il y bâtit une chapelle en l'honneur de saint Pierre, prince des apôtres, et depuis l'on y a construit une célèbre abbaye appelée Saint-Florent le Vieil, pour le distinguer de Saint-Florent-lès-Saumur, que l'on nomma Saint-Florent le Jeune. Au bout de quelques années, le même ange, qui ne manquait pas de l'instruire de temps en temps de ce qu'il devait faire pour sa plus grande perfection, lui conseilla d'entrer dans les Ordres sacrés et d'aller à Tours pour les recevoir des mains de saint Martin. Il obéit à cette voix, et, après avoir séjourné en cette ville le temps qu'il fallait pour son ordination, il s'en revint à sa grotte, pour continuer d'y jouir des délices de la solitude. Dans le chemin, il rencontra une pauvre femme aveugle, qui témoignait assez, par ses cris et par ses larmes, la grandeur du désastre qui lui était arrivé; un fils unique, qui la menait par la main, lui gagnait sa vie et était son unique appui, s'était noyé depuis trois jours dans la Loire, sans qu'on pût trouver son corps pour lui donner la sépulture. L'affliction de cette malheureuse le toucha si sensiblement, qu'il résolut de la secourir par ses prières. Il implora donc pour elle la miséricorde de Dieu; aussitôt l'ange lui apparut et lui apprit où était le corps de l'enfant. On le pêcha, et, par un prodige de la toute-puissance divine, on le trouva tout vivant. Le Saint le rendit donc à la mère en parfaite santé; mais, pour ne pas la consoler à demi il la guérit aussi de sa cécité, de sorte qu'elle n'eut pas seulement la satisfaction d'embrasser son enfant ressuscité, mais aussi de le voir et de pouvoir marcher sans son secours. Il y avait, auprès du château de Saumur, un horrible dragon: non-seulement il infectait et ravageait tout le pays mais quelquefois aussi se jetait sur les habitants et les dévorait. Ils eurent recours à notre Saint, qui, s'étant transporté sur les lieux, fit sa prière, et, par le signe salutaire de notre rédemption, les délivra d'un si horrible fléau.

Saint Florent passa le reste de sa vie dans la solitude de Glonne, séparé du commerce du monde, mais visité et consolé par les anges. Le jeûne, la prière, les larmes, la psalmodie et le combat contre les passions étaient ses exercices ordinaires. Il allait aussi quelquefois dans les lieux d'alentour, pour travailler au salut du prochain, et il ne refusait point ses conseils à

ceux qui venaient dans son désert, pour recevoir quelques instructions dans leurs doutes, ou quelque soulagement dans leurs peines. D'ailleurs, la charité l'obligeait souvent de faire des miracles pour l'assistance des pauvres et des affligés qui avaient recours à lui. Il éclairait les aveugles, délivrait les possédés, redressait les boiteux, et rendait la santé à tous les malades. Enfin, après avoir vécu cent vingt-trois ans dans une vie très-pure et très-innocente, et dans des austérités incroyables, il mourut le 22 septembre vers l'an 440. Ses actes font connaître le mérite de cette mort par ce peu de paroles : *Post sacram communionem, inter verba orationis emisit animam* : « Après avoir reçu la sainte communion, il rendit son âme dans l'exercice actuel des oraisons ».

On le peint ordinairement dans une barque conduite par le ministère d'un ange.

## CULTE ET RELIQUES.

Son corps fut inhumé dans l'ermitage qu'il avait sanctifié par tant de pénitences et de prières, dans la chapelle même de Saint-Pierre qu'il y avait fait bâtir, et qui était le lieu où il célébrait ordinairement les divins mystères. Cet ermitage fut ensuite habité par de très-saints ermites, jusque sur la fin du VIIe siècle, où l'on y fonda une abbaye de l'Ordre de Saint-Benoît, qui prit le nom de Saint-Florent, et dont saint Mourant fut le premier abbé. Charlemagne, empereur et roi de France, prit ce lieu en telle affection, qu'il l'augmenta et l'enrichit notablement, et c'est pour cela que le grand Alcuin, son précepteur, la met au nombre des vingt-trois abbayes qu'il dit avoir été fondées par ce généreux monarque, selon l'ordre des lettres de l'alphabet. Cependant elle ne put éviter la fureur, premièrement des Huns, ensuite des Suédois et des Danois, appelés Normands, qui la saccagèrent et la ruinèrent, sans y laisser un seul appartement pour la demeure des religieux. Ce fut dans cette dernière irruption que le corps vénérable de saint Florent fut porté au monastère de Tournus, dans le diocèse d'Autun, sur la rivière de Saône, où il demeura plusieurs années sans que les religieux de cette maison, qui n'en étaient que dépositaires, voulussent le rendre à ceux qui le leur avaient confié. Mais il en fut enlevé furtivement par un religieux de Glonne, nommé Abazium, qui le reporta en Anjou. Et alors Thibault, comte de Blois, au lieu de réparer l'abbaye de Glonne, en fit bâtir une autre plus auguste du même nom de Saint-Florent, sur la colline alors appelée le Trône (*Truncus*), et où s'élève aujourd'hui le château de Saumur, où ses dépouilles sacrées furent placées avec une joie et une solennité merveilleuses (956). Amalbert, abbé de ce monastère, transféra sur un autel spécial le corps de saint Florent (21 mai 973), et fit faire une châsse d'airain pour y déposer les saintes reliques. Depuis, en 1025, cette abbaye fut détruite avec le château par Foulques, comte d'Anjou, et le corps de saint Florent en fut encore enlevé pour le sauver de l'incendie; mais le bateau qui le portait sur la Loire, ne pouvant avancer par une secrète conduite de la puissance de Dieu, on fut obligé de le laisser dans une église de Saint-Hilaire, à un bourg nommé Trèves, jusqu'à ce que la nouvelle abbaye de Florent-lès-Saumur fût bâtie. Cette sainte relique y demeura en cette abbaye, depuis 1030 jusqu'à 1035; alors Hugues, comte de Vermandois, ayant porté ses armes en Anjou, s'en saisit par force, et l'apporta à Roye, en Picardie, dans l'église collégiale de Saint-Georges. On bâtit ensuite, en cette ville, la grande église de Saint-Florent, où le collège des chanoines et ses ossements sacrés furent transférés, et comme la châsse était trop ancienne, les habitants de Roye, en 1152, pleins de dévotion envers leur nouveau patron, en firent faire deux autres fort riches, dans lesquelles son chef et son corps furent mis séparément par Théodoric, évêque d'Amiens, et par Baudouin, évêque de Noyon.

Les choses demeurèrent en cet état jusqu'en l'année 1495; le roi Louis XI ayant pris la ville de Roye, qui était occupée par Charles, duc de Bourgogne, en fit enlever ces deux grands trésors. On les transporta d'abord dans l'église de Mortemer, puis à Cressonsacq (Oise), et ensuite à la Chartreuse, près Noyon; de là on les reporta à Saint-Florent-lès-Saumur. Il donna aussi deux autres châsses beaucoup plus magnifiques que les précédentes pour les y enfermer. Après sa mort, un grand procès éclata entre le Chapitre de Roye et les religieux de Saumur; il ne put être terminé, ni par une sentence des requêtes du palais, ni par un arrêt de la Cour donné en faveur du chapitre; les parties en vinrent enfin à une transaction par laquelle elles convinrent que le corps de saint Florent serait rendu tout entier à l'église de Roye avec les châsses qui en avaient été enlevées, mais que son chef, avec les nouvelles châsses, données par le roi Louis XI, demeureraient à l'abbaye de Saint-Florent-lès-Saumur; ainsi, le corps de saint Florent fut apporté à Roye où il fit de nouveaux miracles et fut reçu avec une allégresse et une solennité incroyables. C'est ce

22 SEPTEMBRE.

qui a donné lieu à la fête du retour de cette sainte relique, qui s'y fait tous les ans, le dimanche dans l'octave de l'Assomption, avec autant de magnificence que la principale fête du 22 septembre.

Au XVIIe siècle, l'abbaye fut envahie et profanée par les sectaires qui brisèrent les châsses; mais les reliques furent heureusement sauvées de la profanation et mises en lieu sûr. En 1799, elles furent transportées dans l'église de la paroisse où elles restèrent complètement ignorées jusqu'en 1825. Elles furent reconnues authentiques, en 1828, par Mgr Montault, et la translation en eut lieu le 15 septembre de l'année suivante.

En 1858, les reliques furent de nouveau examinées et partagées entre les paroisses de Saint-Florent le Vieil et Saint-Florent le Jeune. La première eut : 1° un fragment du temporal gauche; 2° un fragment du maxillaire supérieur droit; 3° cavité glénoïde d'une omoplate; 4° une vertèbre cervicale, deux dorsales, une lombaire; 5° les deux clavicules; 6° une côte droite, une gauche et trois autres fragments de côte; 7° le sternum entier; 8° ce coxal gauche (un fragment) et la crête de l'autre; 9° un ischion; 10° un fragment de sacrum; 11° les deux tiers supérieurs du fémur gauche; 12° des petits fragments d'os longs et d'os plats : deux de ces petits fragments sont renfermés actuellement dans un reliquaire portatif en forme d'ostensoir; les autres ont été confiés par Mgr l'évêque aux religieuses carmélites d'Angers. La seconde eut : 1° tête du fémur de la cuisse gauche; 2° fragment inférieur du fémur du côté droit; 3° un morceau de l'os des iliaques du côté droit; 4° une vertèbre lombaire, une dorsale et trois cervicales; 5° cinq fragments de côte; 6° une portion de la clavicule gauche; 7° une moitié du maxillaire inférieur du côté gauche; 8° un morceau de la crête de l'os des iliaques; 9° un morceau de condyle de l'un des fémurs; 10° trente-deux fragments qui ne peuvent être classés; 11° morceau détaché de l'un des fémurs.

Le village de Saint-Floris, dans l'Artois, s'est placé sous son patronage. On y vénérait, au XVIIIe siècle, un os du bras et un os de la tête du Saint. Son culte était répandu non-seulement en France et en Belgique, mais jusqu'en Hongrie. Le martyrologe romain fait mention de lui en ce jour, et Baronius dans ses Notes.

Le R. P. de la Vacquerie a écrit sa vie. Nous avons tiré ce que nous en avons dit, tant des leçons des divers bréviaires, de la Revue de l'Anjou de 1829, que de plusieurs mémoires que les religieux de Saint-Florent-lès-Saumur et les chanoines de Roye nous ont fournis. — Cf. Acta Sanctorum; Vies des Saints d'Anjou, par le R. P. Dom Chaimard.

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Événements marquants

  • Arrestation avec son frère Florian en Bavière
  • Condamnation au supplice et à la noyade
  • Libération miraculeuse par un ange pendant le sommeil des bourreaux
  • Exil vers les Gaules (Lyon, puis l'Anjou)
  • Retraite érémitique à Glonne
  • Ordination sacerdotale à Tours par saint Martin
  • Mort à l'âge de 123 ans

Miracles

  • Traversée du Rhône dans une nacelle brisée guidée par un ange
  • Expulsion de serpents d'une grotte par le signe de la croix
  • Résurrection d'un enfant noyé et guérison de sa mère aveugle
  • Destruction d'un dragon à Saumur
  • Guérisons multiples d'aveugles, boiteux et possédés

Citations

Post sacram communionem, inter verba orationis emisit animam

— Actes de saint Florent

Date de fête

22 septembre

Époque

5ᵉ siècle

Décès

22 septembre vers l'an 440 (naturelle)

Catégories

Invoqué(e) pour

aveugles, possédés, boiteux, malades, protection contre les dragons et serpents

Autres formes du nom

  • Florentius (la)
  • Saint Floris (fr)

Prénoms dérivés

Florent, Floris

Famille

  • Saint Florian (frère)