Saint Démètre de Gap

Premier évêque de Gap

Fête : 26 octobre 1ᵉʳ siècle • saint

Résumé

Disciple des apôtres envoyé d'Asie par Pierre et Paul, saint Démètre débarque en Provence sous l'empereur Claude. Premier évêque de Gap, il évangélise les peuplades alpines avant d'être décapité en l'an 86 sur ordre du préfet Simon. La tradition rapporte qu'il porta sa tête tranchée jusque dans la ville.

Biographie

SAINT DÉMÈTRE, PREMIER ÉVÊQUE DE GAP

1er siècle

Les justes meurent à toutes choses, de manière à ne vivre que pour Dieu; et ils foulent aux pieds les plaisirs, afin de s'élever avec plus de force, par les mortifications de cette vie, à la vie éternelle. Saint Isidore d'Espagne.

Saint Démètre, d'après la tradition la plus constante et la plus respectable, était disciple des Apôtres. De l'Asie, où il vivait près de Caïus auquel il est proposé pour modèle, il vint, par l'ordre des saints apôtres Pierre et Paul, évangéliser les Gaules, de concert avec un grand nombre d'hommes apostoliques, parmi lesquels figurent nommément : saint Trophime d'Arles, saint Paul de Narbonne, saint Martial de Limoges, saint Austremoine d'Auvergne, saint Gatien de Tours, saint Saturnin de Toulouse, saint Valère de Trèves.

Ce fut sous l'empire de Claude que ces illustres confesseurs débarquèrent en Provence. Ils se rendirent tout d'abord à Arles, et, de cette ancienne cité romaine, dans les missions qui leur avaient été désignées. Peu d'années après, saint Trophime retourna en Asie auprès de saint Paul; saint Crescent vint s'établir à Vienne des Allobroges, et saint Démètre, après avoir prêché, pendant quelque temps, dans cette dernière ville, se rendit à Gap où il se fixa pour évangéliser les populations nombreuses des Alpes.

Parti des contrées riantes et polies de l'Orient, saint Démètre arriva dans nos Alpes à une époque où la civilisation et la foi n'avaient point encore dissipé les profondes ténèbres et les grossières erreurs qui enveloppaient les idées religieuses et morales de leurs rudes habitants. Quoique Dieu lui eut mesuré son héritage dans de froides et austères montagnes, parmi des peuplades toujours prêtes à la guerre, toujours disposées à faire payer chèrement toute espèce de domination qu'on voudrait leur imposer, Démètre ne perdit point courage; il établit dès lors ce siège épiscopal qui devait, plus tard, être illustré par tant de pontifes qui s'y sont succédé jusqu'à nous. Dans ces contrées habitaient, depuis des siècles, des peuplades connues sous le nom de Voconces, de Tricoriens et de Caturiges. Or, au temps de Démètre, ces peuples étaient livrés à tous les mensonges du polythéisme; ils ignoraient l'existence d'un seul Dieu, le dogme admirable de la sainte Trinité, l'Incarnation du Verbe éternel et la Rédemption du monde; leur culte n'était qu'une suite d'honneurs rendus aux créatures, qu'un mélange de cérémonies aussi ridicules qu'impies. Leur morale ne valait guère mieux.

Saint Démètre, seul, sans richesses et sans armes, espère néanmoins triompher de la superstition et de la barbarie de ces peuples; il essaye de faire luire la lumière évangélique au sein des ténèbres. Fortifié par la vertu de la croix, il commence par prêcher d'exemple. Il sait que la prière est un trait enflammé qui pénètre les nues, arrive jusqu'au trône de Dieu et en fait descendre des torrents de grâces capables de déterminer la conversion

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des pécheurs les plus endurcis. Il sait qu'il vient attaquer l'ennemi du salut dans ses retranchements les mieux défendus, et qu'il n'est rien de plus efficace, contre cet esprit impur, que la pénitence. Il se livre donc, nuit et jour, à la méditation des vérités éternelles, au jeûne, à toutes sortes de mortifications. Il s'interpose comme victime, cherchant à expier les crimes et les infidélités d'un peuple prévaricateur dont il se regarde déjà comme le pasteur et le père.

Aussi, admirant sa conduite, ces hommes, plongés naguère dans le sensualisme le plus grossier, commencent à goûter les saints préceptes du divin législateur, à comprendre la chasteté, la tempérance, la charité fraternelle, toutes les pures vertus du christianisme; puis ils prennent plaisir à entendre le saint pontife leur parler des miséricordes et des justices du Seigneur, des impénétrables conseils de sa sagesse, des mystères de la rédemption universelle et de la vie future. Ils reconnaissent qu'une morale si pure, une religion si sublime ne peut venir que du ciel; peu à peu les cœurs droits cèdent à la grâce, et des catéchumènes sont baptisés. Cette Église naissante retrace l'image des Églises fondées par les Apôtres mêmes. Les fidèles n'ont plus qu'un cœur et qu'une âme pour s'entraîner et se secourir, et qu'un seul désir : celui de verser leur sang pour l'exaltation de leur foi.

Ces heureux succès accrurent les forces du nouvel apôtre; on le regardait comme un ange venu du ciel. Sa vie, très-conforme à celle du divin maître, était un miroir d'innocence et comme une fleur de pureté; sous sa direction, plusieurs se vouèrent à la parfaite pratique de cette céleste vertu. Le saint pasteur prit un soin spécial de la jeunesse et mit tout en œuvre pour préserver de la contagion du siècle cette tendre portion de son troupeau chéri, ce qui lui valut le glorieux titre de Gardien de l'innocence.

Les miracles que Démètre opérait sur les malades et les infirmes qui lui étaient présentés ou qu'il allait visiter lui-même dans leurs tristes demeures, vinrent donner un nouvel éclat aux prédications saintes qu'il faisait au peuple. Cependant l'enfer s'irritait de voir croître rapidement le nombre des chrétiens; aussi, plus d'une fois, les démons essayèrent-ils d'effrayer le saint pontife et de le détourner de ses victorieuses conquêtes. Démètre, sans se troubler, invoquait le nom de Jésus, et, devant sa confiante prière, les puissances des ténèbres s'enfuyaient, abandonnant une foule d'infidèles jusque-là soumis à leur tyrannique possession.

Les prêtres des idoles, à leur tour effrayés des progrès de la religion de Jésus-Christ qui va s'établir sur les ruines du paganisme, trament la perte de notre généreux athlète; ils courent, tout éplorés, se jeter aux pieds de Simon, préfet de la ville. Ils lui représentent vivement qu'un étranger est parvenu à fasciner l'esprit du peuple et à séduire la foule; qu'au grand mépris des dieux de l'empire, toute la ville et les habitants de la contrée vont devenir chrétiens; et que, dans leur fanatisme, ils ne tarderont pas à convertir le temple, bâti au milieu de la cité, à l'exercice du nouveau culte; qu'ainsi il en sera fait de l'ancienne religion. Le gouverneur, fort ému de ces plaintes, ne sait quel parti prendre. D'un côté, il prévoit que son inaction, en pareille circonstance, va soulever contre lui des haines puissantes, lui causer la perte de sa dignité, et peut-être lui coûter la vie; de l'autre, il comprend mieux que personne combien il lui sera difficile de renverser une doctrine si pure, de déraciner une croyance si fortement appuyée, qui comptait déjà de nombreux partisans et avait su se concilier d'ardentes sympathies, tant parmi les hautes classes que parmi le peuple;

26 OCTOBRE.

il n'ignorait pas qu'on avait pris en si grande affection le vénérable pontife, que tous les nouveaux adeptes auraient donné de grand cœur leur vie pour sauver la sienne.

La position était embarrassante ; mais les plaintes devenant plus vives, les murmures plus menaçants, le préfet se décida enfin à condamner à mort le saint confesseur, dans l'espoir qu'en perdant celui qui était le gardien et le chef de cette multitude de convertis, il deviendrait ensuite facile de disperser le troupeau ou de contraindre les néophytes à revenir aux pratiques superstitieuses de leurs pères.

Le saint confesseur est donc arrêté ; on le jette dans les fers, on exerce sur lui mille cruautés ; Démètre se montre plein de la force d'en haut ; il confesse Jésus-Christ, prêche sa loi et annonce son règne à tous ceux qui l'environnent.

Enfin, désespérant de le vaincre et voulant, d'ailleurs, épouvanter le peuple et arrêter les conversions par un châtiment public et sévère, le gouverneur, irrité, condamne Démètre à avoir la tête tranchée sur le lieu même où l'on avait coutume de faire mourir les grands criminels. Cette sentence inique va recevoir son exécution. Le saint pasteur, qui a dévoué sa vie au salut de son troupeau, est tiré de prison et conduit sur une petite éminence au nord de la ville. La foule était nombreuse pour assister à ce cruel spectacle ; le généreux confesseur du Christ, arrivé sur le lieu du supplice, se met à genoux, recommande son âme à Dieu par une courte prière, et, dans cette humble posture, impassible et serein, il attend la mort qui va lui ouvrir les cieux.

Bientôt la tête de l'apôtre tombe sous la hache du bourreau, et le sang du martyr jaillit sur cette terre idolâtre : rosée fécondante, il fera, plus tard, produire au centuple la semence de l'Évangile.

Si nous en croyons une tradition qui est arrivée jusqu'à nous, Démètre se releva de terre, prit sa tête entre les mains et la porta jusqu'dans la ville. Ce prodige glaça d'un si grand effroi les plus emportés, qu'il fut permis aux fidèles de recueillir les glorieuses dépouilles de leur évêque. Un ancien tableau, encadré dans un des piliers de la cathédrale de Gap, retrace ce fait merveilleux et nous transmet la date de l'an 86.

## CULTE ET RELIQUES.

Le corps de l'illustre martyr fut conservé dans l'église de Saint-Jean-le-Rond où il avait été d'abord déposé et où l'on continua de l'entourer de vénération jusqu'aux temps des guerres de religion, époque malheureuse pendant laquelle le temple antique et beaucoup d'autres édifices religieux qui formaient le plus bel ornement de la ville de Gap, furent pillés, puis démolis jusqu'en leurs fondements. A cette époque, les reliques furent transportées à la Beaume-lès-Sisteron, par l'évêque de Gap, Pierre Paparin de Chaumont, qui s'était réfugié dans cette ville pour se soustraire aux persécutions des Huguenots. Son successeur, Charles-Salomon Dusserre, crut pouvoir, en 1616, rapporter à Gap les reliques de saint Démètre et celles de saint Arnoux, que son prédécesseur avait eu soin de transporter à la Beaume-lès-Sisteron. Elles restèrent exposées à la vénération publique jusqu'en 1692.

Mais au mois de septembre de cette même année, les troupes du duc de Savoie envahirent et brûlèrent la ville de Gap. Les reliques de saint Démètre, de saint Arnoux, et de plusieurs autres, avaient été tirées de leurs châsses et cachées sous le pavé derrière le maître-autel de la cathédrale. Le 9 novembre suivant, Mgr Charles Bénigne Hervé, évêque de Gap, les fit exhumer. Les reliques de saint Démètre furent aussitôt placées dans un coffret en bois de noyer, orné de dorures et de dessin de marqueterie. On lisait sur le couvercle, en lettres gothiques, ces paroles : *Hic*

SAINT APTONE OU APHTONE, ÉVÊQUE D'ANGOULÊME. 641

reconducteur Reliquiae S. Demetrii Pontificis Vapincensis, avec le millésime MDCLXXXII. (Là sont renfermés les reliques de saint Démètre, évêque de Gap. 1692).

C'est dans cet état qu'elles furent vénérées jusqu'en 1764. A cette époque, la liturgie subsistait en France de regrettables mutilations. Le culte antique de plusieurs Saints était interrompu comme n'offrant pas à des critiques outrés une certitude assez grande; celui de saint Démètre, évêque de Gap, fut remplacé dans le nouveau bréviaire par celui de saint Démètre, soldat, et les reliques de notre saint pontife furent déposées dans une armoire en-dessus de la porte de la sacristie de la cathédrale.

Le précieux dépôt fut enfin retiré de ce lien ignoré. Le 20 avril 1845, Mgr Jean-frénée Depéry, après avoir reconnu les actes authentiques dont les reliques étaient encore revêtues; après avoir retrouvé, sur les quatre faces du coffret dont nous avons parlé, les sceaux de l'évêque imprimés en cire rouge et parfaitement conservés, fit dresser procès-verbal de l'invention de ces reliques. Et comme l'ancienne châsse en noyer tombait de vétusté, le même prélat replaça les ossements sacrés dans un nouveau coffret à peu près de même forme. Ensuite, le 29 septembre, il publia un Mandement sur le rétablissement du culte de saint Démètre, évêque de Gap, et fixa sa fête au 26 octobre, sous le rit double-majeur, jour auquel cette fête était célébrée dans le diocèse, selon tous les anciens bréviaires et missels à l'usage de cette Église.

Les ossements du glorieux fondateur de l'Église de Gap furent processionnellement portés dans les rues de la ville, et déposés à la cathédrale le 26 octobre 1845. Une excavation fut pratiquée dans le tombeau du maître-autel, et c'est là que repose la précieuse relique.

Extrait de l'Histoire hagiologique du diocèse de Gap, par Mgr Depéry, évêque de Gap.

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Événements marquants

  • Disciple des Apôtres en Asie
  • Mission en Gaule sous l'empereur Claude
  • Prédication à Vienne des Allobroges
  • Fondation du siège épiscopal de Gap
  • Évangélisation des Voconces, Tricoriens et Caturiges
  • Arrestation par le préfet Simon
  • Décapitation et miracle de la céphalophorie

Miracles

  • Guérisons de malades et d'infirmes
  • Expulsion de démons par la prière
  • Céphalophorie : se relève après sa décapitation et porte sa tête jusque dans la ville

Citations

Hic reconducteur Reliquiae S. Demetrii Pontificis Vapincensis

— Inscription sur le coffret de 1692