Saint Éphrem d'Édesse
Diacre d'Édesse et Confesseur
Résumé
Né à Nisibe au IVe siècle, saint Éphrem fut un diacre et poète syrien célèbre pour son humilité et son éloquence. Après une jeunesse marquée par une conversion profonde suite à un emprisonnement injuste, il devint le défenseur de l'orthodoxie à Édesse contre les hérésies. Surnommé la 'Harpe du Saint-Esprit', il laissa une œuvre littéraire immense et mourut en 378 après s'être dévoué aux pauvres lors d'une famine.
Biographie
SAINT ÉPHREM, DIACRE D'ÉDESSE ET CONFESSEUR
*Benedico te... quia castigasti me.*
Ô mon Dieu, je vous bénis, parce que vous m'avez châtié. *Tob.*, xi. 17.
Édesse était distinguée entre les villes d'Orient par la piété de ses habitants et par les saints solitaires qui florissaient sur son territoire : tels furent saint Éphrem dont nous allons parler, saint Barsès, saint Euloge, saint Aphraates, saint Julien surnommé Sabas, et tant d'autres éminents en vertus.
SAINT ÉPHREM, DIACRE D'ÉDESSE ET CONFESSEUR.
Saint Isidore de Séville croit que cette ville fut fondée par Nemrod, et qu'elle porta d'abord le nom de Jaré, ou Arach, comme dit saint Jérôme. Elle reçut le nom d'Édesse lorsqu'elle fut rebâtie par Séleucus, premier roi de Syrie, à cause d'une ville du même nom en Macédoine. Elle fut la capitale de l'Osroène, et eut longtemps ses rois particuliers, qui se qualifiaient princes d'Édesse, ou de l'Osroène. Ils prenaient tous le nom d'Abgar ou Abgare, qui signifie le Grand. Le second de ce nom régnait du temps de Jésus-Christ : Eusèbe l'appelle un très-puissant prince des nations d'au-delà de l'Euphrate. Il dit que ce fut lui qui écrivit à Jésus-Christ, et en reçut une lettre, où il lui promit de lui envoyer un de ses disciples qui le guérirait de ses maux, et lui donnerait la vie à lui et aux siens. C'est ce qu'on trouvait dans les archives publiques d'Édesse. En effet, après l'ascension du Sauveur, saint Thomas y envoya saint Thaddée, l'un des soixante-douze disciples, qui guérit ce prince, fit beaucoup de miracles, et instruisit les habitants des mystères de la foi chrétienne.
Si quelque chose peut nous certifier ce récit d'Eusèbe, dont tous les savants ne conviennent point, c'est que cette ville peut être comptée entre celles qui embrassèrent le plus tôt le christianisme. Ses habitants se signalèrent par leur zèle et leur constance dans le temps des persécutions. Saint Chrysostome nous apprend que sous l'empereur Dioclétien, quelques saintes d'Antioche s'y retirèrent comme dans le lieu le plus digne de leur servir de refuge et de port. L'empereur Julien ayant passé l'Euphrate pour aller en Perse, refusa d'y entrer et la laissa à gauche, donnant pour raison qu'elle était toute chrétienne ; et du temps de la persécution de Valens, empereur arien, on compta autant de confesseurs de la divinité de Jésus-Christ, qu'il y avait de personnes tant hommes que femmes et enfants.
Mais ce qui acquit encore une grande gloire à cette ville que Rufin appelle la ville des peuples fidèles, c'est d'avoir servi pendant plusieurs années de théâtre au zèle et à la piété du très-célèbre saint Éphrem.
Il n'emprunta aucun éclat de ses parents, si l'on en juge selon les maximes du siècle ; car il nous apprend lui-même que ses ancêtres étaient des étrangers qui vinrent à Nisibe, en Mésopotamie, où il prit naissance, et qu'ils y vécurent du travail de leurs mains et des aumônes qu'on leur faisait. Ses aïeux s'avancèrent un peu plus ; ils cultivèrent les champs, et son père et sa mère, qui vivaient dans la même condition, possédèrent quelques terres aux environs de la ville. Mais dans cet état, qui ne présentait aucun titre de distinction aux yeux du monde, ils en avaient un qui les distinguait excellemment aux yeux de Dieu ; car ils étaient unis par le sang à des martyrs, et eux-mêmes avaient confessé le nom de Jésus-Christ devant les juges, dans la persécution de Dioclétien.
Ce fut donc de parents si respectables selon la religion que naquit saint Éphrem, sous le règne du grand Constantin, ou même un peu auparavant. S'il ne trouva pas dans sa maison les trésors périssables de la terre, il put beaucoup s'y enrichir des trésors célestes, par les instructions et les exemples de piété qu'il eut de ceux dont il avait reçu la vie. Il trouvait également dans ses voisins de quoi s'édifier dans la piété, et les récits qu'on lui faisait de tant de souffrances que les saints avaient endurées dans la persécution, et dont la mémoire était toute récente, ne pouvaient que l'animer à s'y soutenir, ainsi que les maximes de la sainte Écriture, dont ses parents prirent soin de le nourrir spirituellement.
Cependant, dans la confession qu'il a faite des fautes de sa jeunesse, il s'accuse de beaucoup de défauts qu'il avait dès lors, comme d'être un querelleur et un envieux, toujours prêt à se mettre en colère pour les moindres choses. Il dit aussi qu'il avait douté de la Providence, et avait presque été persuadé que les événements de la vie n'arrivent que par hasard. Il déplore encore une action qu'il attribue à sa malice, et dont Dieu ne tarda pas de le punir, pour lui faire connaître que rien n'échappe à sa sagesse et à sa justice.
« Mes parents », dit-il, « m'envoyèrent un jour, lorsque j'étais encore jeune, à la campagne. En y allant je passai par la forêt, où je vis sur le soir une vache d'un pauvre homme qui était pleine et prête à mettre bas, et qui paissait tranquillement. Je pris des pierres et je me mis à la poursuivre longtemps, jusqu'à ce qu'elle tomba et mourut ; de sorte que les bêtes la dévorèrent dans la nuit. Je rencontrai ensuite le pauvre à qui elle appartenait, qui me demanda si je ne l'avais point vue ; mais je ne lui répondis que par des injures ».
Telles furent les fautes de sa jeunesse dont il s'accusait en présence des frères quand il eut embrassé la vie monastique, et qu'il déplora toujours amèrement. Mais si l'on considère qu'il parle de tous les états de sa vie, comme de celle d'un très-grand pécheur, et qui avait sujet de craindre plus qu'aucun autre la sévérité des jugements de Dieu, on trouvera que, quoi qu'il ne fût pas innocent, surtout en occasionnant la mort de cette vache, on pouvait aussi l'attribuer plutôt à une simple saillie de jeunesse, et à une envie de se divertir en faisant courir cet animal, sans songer à ce qui en arriverait, qu'à une malice affectée de lui nuire.
Quoi qu'il en soit, le Saint nous raconte ensuite comment Dieu l'en punit, et comment il lui fit connaître qu'il châtie les hommes pour les crimes qu'ils peuvent bien cacher quelquefois aux autres hommes, mais qui ne le sont jamais à ses yeux divins. En effet, environ un mois après qu'il eut fait cette faute, ses parents l'ayant de nouveau envoyé à leur maison des champs, la nuit le surprit, et un berger l'invita à s'arrêter chez lui ; mais ce berger s'étant enivré, des loups entrèrent dans la bergerie pendant qu'il dormait et dispersèrent le troupeau. Ceux à qui il appartenait se saisirent d'Éphrem ainsi que du berger, le lièrent et le menèrent devant le juge, l'accusant d'avoir fait entrer pendant la nuit des voleurs dans la bergerie qui avaient enlevé leur troupeau ; et il y a apparence que le berger le leur avait fait croire ainsi pour se disculper lui-même.
Nonobstant les serments que fit Éphrem qui se sentait innocent, le juge le fit mettre en prison avec le berger, mais séparés l'un de l'autre, en attendant qu'il pût être éclairci. Il trouva dans la prison où on l'enferma un bourgeois et un paysan qu'on y détenait comme coupables de deux crimes d'un ordre différent, mais tous deux graves. Ils étaient pourtant innocents de ces crimes ; mais ils ne l'étaient pas devant Dieu d'autres crimes qu'ils avaient commis, et pour lesquels sa justice les poursuivait ; car le bourgeois avait rendu pour cinquante écus un faux témoignage contre une jeune veuve fort pieuse, en l'accusant de mauvaise conduite pour favoriser la cupidité de ses deux frères, qui voulurent la faire priver par cette noire calomnie de la portion qui lui revenait légitimement de la succession de son père, et ils y avaient malheureusement réussi ; et le paysan ayant vu un homme qui se noyait, l'avait laissé périr, quoique ce pauvre homme l'appelât à son secours, et qu'il l'eût pu sauver en lui donnant seulement la main.
Dieu permit que saint Éphrem se trouvât dans la même prison avec ces deux hommes, et ensuite avec d'autres qu'on amena quelque temps après, et qui étaient à peu près dans des cas semblables, afin de le convaincre toujours plus par ces exemples que rien n'échappe à sa Providence. Il passa ainsi sept jours, et le huitième il vit en dormant un personnage d'un aspect terrible, mais qui lui demanda avec beaucoup de douceur ce qu'il faisait dans cette prison. Il lui en dit en pleurant le sujet ; et ce personnage, qui ne pouvait être qu'un ange, lui dit en souriant : Qu'à la vérité il était innocent du crime pour lequel on l'avait arrêté ; mais qu'il devait se souvenir de ce qu'il avait fait depuis peu de jours, et des pensées qu'il avait eues contre la Providence. Il lui fit connaître aussi que ceux qui étaient avec lui n'étaient point coupables non plus des crimes dont on les avait accusés ; mais que Dieu voulait les punir pour d'autres inconnus aux juges, et qu'ils n'avaient pu cacher à ses yeux.
Éphrem s'étant éveillé n'eut pas de peine à se ressouvenir de la vache dont nous avons parlé. Il rapporta ce songe aux autres, qui ne purent désavouer leur crime caché, et ce qu'ils lui dirent lui fit encore mieux comprendre que ce n'était pas un songe ordinaire qu'il avait eu, mais une instruction que Dieu lui avait donnée par le ministère d'un ange sur l'équité de ses jugements. Le même personnage lui apparut la nuit suivante, et lui dit ces paroles : « Vous verrez demain ceux qui vous font souffrir par leurs calomnies ». Cela le rendit fort triste, ne sachant ce qui lui en arriverait. Ceux qui étaient avec lui l'interrogèrent sur le sujet de sa tristesse, et quand il le leur eut dit, ils ne craignirent pas moins que lui.
Le jour étant venu, le gouverneur s'assit sur son tribunal, se fit amener Éphrem avec les deux autres, qu'on lui présenta chargés de chaînes. Ces deux-ci furent appliqués à la question avec cinq autres qu'on avait saisis, parmi lesquels se trouvaient les deux frères de la jeune veuve dont nous avons parlé, et contre laquelle le bourgeois prisonnier avait porté un faux témoignage, Dieu manifestant toujours plus à Éphrem, par ces différents exemples multipliés, l'équité de sa Providence. Il fut spectateur des tortures qu'on leur fit souffrir et il fondait en larmes, croyant qu'on le tourmenterait aussi. Par surcroît d'affliction les assistants se moquaient de lui, et lui disaient qu'il n'était plus temps de pleurer, que son tour viendrait, et qu'il aurait dû plutôt craindre de commettre le crime.
Cependant on ne lui fit rien souffrir, et on le remena en prison avec les autres. Comme il devait venir un nouveau gouverneur, ce changement fut causé qu'ils furent encore environ deux mois tous ensemble. L'ange lui apparut une troisième fois, et lui dit : « Eh bien, Éphrem, reconnaissez-vous à présent que Dieu gouverne le monde par un jugement très-équitable ? » — « Oui, Seigneur », répondit-il en pleurant ; « mais puisque vous m'avez fait la grâce de le connaître, ayez encore pitié de votre serviteur, et tirez-moi de cette prison, afin que je puisse me faire moine et servir Jésus-Christ mon Seigneur ». — « Vous serez interrogé encore une fois », lui dit l'ange, « et puis délivré ». Éphrem lui représenta qu'il ne pouvait pas soutenir les menaces du juge, ni les douleurs de la question. Mais l'esprit bienheureux lui répondit qu'il eût bien mieux valu ne rien faire contre son devoir. Il le rassura pourtant, et lui dit que le gouverneur qui devait venir lui rendrait la liberté.
Au bout de soixante et dix jours le nouveau gouverneur se fit amener les prisonniers, et les jugea tous selon qu'ils le méritaient. Éphrem lui fut présenté étant presque nu et chargé de chaînes, et il se trouva que le juge, qui était de son pays et connaissait très-particulièrement ses parents, le reconnut aussitôt. Il eût bien voulu lui donner des marques d'affection ; mais comme il fallait agir selon les lois, il l'interrogea, et apprit de lui comment il avait été mis en prison. Sur sa réponse il fit appliquer le berger à la question, où les coups de fouet l'obligèrent de confesser la vérité : ainsi l'innocence d'Éphrem fut reconnue, et le juge le renvoya absous.
La nuit suivante le même esprit lui apparut, et lui dit : « Retournez chez vous et faites pénitence de votre péché. Apprenez par ce qui vous est arrivé qu'il y a un œil qui voit tout ». Il lui fit ensuite des menaces terribles, et ce fut la dernière fois qu'il lui parla. Le Saint racontait tout ceci dans un plus grand détail à ses religieux, et Dieu, qui lui préparait de très-grandes grâces, et qui l'avait destiné pour porter sa parole de salut aux hommes, voulut par ces événements l'établir dans une profonde humilité, et imprimer bien avant dans son cœur la crainte de ses jugements, afin qu'il vécût dans la componction, et qu'il en inspirât les salutaires sentiments aux autres.
Il ne différa pas d'un moment à exécuter l'ordre qu'il avait reçu et la promesse qu'il avait faite. Il se retira sur la montagne auprès d'un saint vieillard qui y vivait en solitude ; et s'étant prosterné à ses pieds, il lui raconta tout ce qui lui était arrivé, et obtint de lui de le prendre sous sa conduite. Il n'avait pas étudié la philosophie des hommes ; mais il acquit celle de Dieu. Il se renferma dans sa solitude pour y acquérir, à la faveur du repos de la retraite, cette vie parfaite à laquelle il aspirait de toute l'affection de son cœur. Il vécut dans un si grand dépouillement de toutes choses que, quoique son humilité le portât à dire toujours du mal de lui-même, aussi sincère dans ses paroles qu'il était humble dans ses sentiments, il put assurer dans la vérité, comme il le déclara à ses disciples dans la suite, lorsqu'il était près de mourir, qu'il n'avait jamais eu ni bourse, ni bâton, ni besace, ni or, ni argent, ni aucune autre possession sur la terre, comme il l'avait appris de ce que Jésus-Christ avait dit à ses disciples ; aussi, compare-t-on sa pauvreté à celle que les Apôtres avaient pratiquée, et on le regarda comme un modèle parfait de cette vertu.
Il joignit à ce dénuement de toutes choses le combat contre lui-même, matant son corps par de grandes austérités pour le soumettre à la raison, et domptant par les jeûnes, les veilles et les autres travaux, les affections déréglées.
Dieu bénit sa pénitence par le don de chasteté dont il le favorisa particulièrement ; car on sait qu'elle est un don qui vient de lui. Son amour pour cette vertu angélique l'a fait comparer au patriarche Joseph, et elle paraissait autant en son corps qu'elle décorait son âme. Il ne laissait pourtant pas de veiller sur ses sens, et de s'éloigner des occasions dangereuses. Le démon lui en suscita pourtant, comme nous le dirons dans la suite ; mais il eut toujours le bonheur de s'en délivrer à la honte de cet ennemi.
Le zèle avec lequel il entreprit de se renoncer, lui fit surmonter aussi les défauts qui lui venaient de son caractère. Il était naturellement sujet à la colère, mais il vint à bout de la vaincre ; et on remarqua que depuis qu'il se fut rendu solitaire, il ne s'y laissa jamais aller ; au contraire, il passa toujours pour être doux, patient et paisible. Sozomène et les Vies des Pères des déserts nous rapportent ce trait de sa modération. Il avait jeûné plusieurs jours, et comme ensuite il voulait prendre quelque nourriture, celui qui lui portait le pot de terre où était ce qu'il lui avait préparé, le laissa tomber et le cassa. Le Saint le voyant tout honteux, lui dit pour le consoler : « Ne vous affligez pas, mon frère ; puisque le souper ne vient pas à nous, allons-nous-en à lui », et s'étant assis auprès du pot cassé, il mangea d'un air gai ce qu'il en put tirer.
Passant un jour par une ville, quelques personnes qui le virent voulant éprouver sa vertu, dirent à une femme de mauvaise vie de l'aborder. Elle le fit effrontément, et lui dit quelques paroles peu décentes. Il lui répondit sans s'émouvoir : « Suivez-moi » ; et lorsqu'ils furent à un endroit où il y avait le plus de peuple, il lui fit en peu de mots une leçon qui la remplit d'étonnement : elle se retira toute confuse sans avoir pu lui donner le moindre mouvement de colère.
Quoiqu'il pratiquât toutes les vertus à un éminent degré, celle dans laquelle il excella davantage fut l'humilité. Toute son espérance était en Dieu, et par la confiance qu'il avait en lui, il n'y avait rien sur la terre qui le touchât que sa pure gloire. Il fuyait tellement celle des hommes, qu'on ne pouvait le louer qu'il n'en souffrît étrangement dans son cœur. Saint Grégoire de Nysse, qui rapporte ceci, dit à ce propos qu'une personne le louant en sa présence, la peine qu'il en eut parut d'abord sur son visage : on le vit changer de couleur, baisser les yeux contre terre, demeurer interdit et couvert de confusion, et suer par tout le corps. Sozomène nous apprend aussi qu'ayant été élu évêque d'une ville qu'il ne nomme point, comme on cherchait le moyen de l'emmener pour le faire consacrer, à peine l'eut-il appris qu'il s'en alla au milieu de la place, contrefaisant la démarche d'un fou, déchirant ses habits et mangeant devant tout le monde : et il le fit si bien, que ceux qui voulaient le prendre crurent qu'il avait réellement perdu l'esprit, ce qui les détermina à se retirer. Quand il vit qu'ils s'en allaient, il prit aussi son temps pour s'enfuir, et se tint caché jusqu'à ce qu'il sût qu'on en avait élu et sacré un autre.
Mais pour être convaincu de sa profonde humilité, il ne faut que lire ses ouvrages, où il n'a rien oublié pour persuader tout le monde qu'il était un très-grand pécheur ; et cela paraît encore en particulier de celui que nous avons de sa confession et de sa conversion à Dieu, où il entre dans le détail de ses défauts et de ses fautes, dans le temps même qu'il était honoré de tout le monde, et qu'il avait déjà beaucoup écrit pour le bien des âmes, comme s'il eût voulu détruire par là les idées avantageuses qu'il avait si justement méritées. Il se soutint dans les mêmes sentiments jusqu'à la fin de sa vie ; et son testament, dont nous parlerons en son lieu, en est une preuve non moins évidente qu'édifiante.
On peut regarder comme un effet de son humilité ses soupirs et ses larmes, dont il avait reçu le don avec tant d'abondance, qu'elles étaient intarissables. Saint Grégoire de Nysse dit là-dessus : « On ne peut parler de ses larmes sans en verser soi-même. Il lui était aussi ordinaire d'en répandre, qu'il est naturel aux hommes de respirer. Il pleurait nuit et jour, et il n'était pas un seul moment sans pleurer, hors le peu de temps qu'il donnait au sommeil. Tantôt il pleurait les péchés des hommes, et tantôt les siens propres. Ses soupirs succédaient à ses larmes, ou plutôt ils étaient l'effet de l'abondance de ses larmes. Il se faisait en lui comme un circuit merveilleux de ses soupirs qui faisaient couler ses larmes, et de ses larmes qui excitaient ses soupirs ; en sorte qu'on ne pouvait bien discerner lequel des deux était la cause de l'autre, parce qu'ils se suivaient sans interruption.
« On en sera aisément persuadé », ajoute saint Grégoire, « en lisant ses ouvrages ; car non-seulement on reconnaît ce don précieux dans ce qu'il a écrit pour porter les autres à régler leurs mœurs et à embrasser la pénitence, mais même dans ses éloges des Saints. On le voit toujours pleurant, et toujours il revient à ses sentiments de componction. C'était là comme les richesses de son âme pénitente qu'il présentait à tout le monde ».
Il était encore à Nisibe lorsqu'en 350 Sapor, roi des Perses, assiégea cette ville, comme on le voit dans la vie de saint Jacques ; et ce fut lui qui fit monter ce saint évêque sur la muraille pour maudire les ennemis. Il y a apparence qu'il fut disciple de ce grand Saint, ou tout au moins qu'étant à portée de le voir souvent, il en profita pour se former de plus en plus aux vertus chrétiennes. Nous croirions aussi que la mort de saint Jacques et celle de saint Julien, son voisin de cellule et son confident, lui furent une occasion de quitter Nisibe pour aller à Édesse, s'il fallait s'arrêter à des conjectures ; mais saint Grégoire de Nysse nous en donne une autre raison.
« Il ne changeait point de lieu », dit-il, « par son propre esprit, mais selon que l'Esprit de Dieu, qui l'instruisait intérieurement, le lui inspirait pour le bien des âmes. Alors, fidèle à sa voix par une parfaite soumission à ses ordres, il allait où le Seigneur l'appelait ; et ce fut ainsi qu'imitant l'obéissance d'Abraham, il sortit de sa patrie pour se rendre à Édesse, n'étant pas juste qu'un soleil si éclatant demeurât plus longtemps caché ».
Le Saint se proposa aussi dans ce voyage d'y honorer les choses saintes, dit encore saint Grégoire, apparemment les reliques de l'apôtre saint Thomas qu'on y révèrait, et de conférer avec un grand personnage pour profiter de ses lumières, comme il devait communiquer les siennes aux autres. Saint Grégoire ne nomme point ce personnage ; mais il y en avait de très-illustres à Édesse et aux environs, comme saint Barsès qui mourut en 379, et qui pouvait bien être évêque en 350, et saint Julien Sabas, etc.
En approchant de la ville il pria le Seigneur que le premier qu'il rencontrerait fût quelqu'un qui lui parlât des saintes Écritures. Mais il fut bien étonné quand, au lieu d'une personne de science et de piété, il trouva une mauvaise femme à la porte même. Il en détourna les yeux avec quelque chagrin, et se plaignit intérieurement à Jésus-Christ de ce qu'il n'avait pas exaucé sa prière, n'y ayant point d'apparence que cette créature entrât en discours avec lui sur des sujets des Livres saints. Cette personne pourtant s'arrêta et le regarda fixement. Éphrem s'en aperçut et l'en reprit ; mais elle lui répondit : « Je fais ce que je dois en vous regardant, puisque je suis femme et que j'ai été tirée de vous qui êtes homme : mais vous, au lieu de me regarder, regardez la terre d'où vous avez été tiré ». Le Saint admira cette repartie, et loua la puissance incompréhensible de Dieu qui nous accorde quelquefois par les voies qui nous paraissent les moins propres les grâces que nous lui demandons ; et il avoua qu'il avait beaucoup trouvé à profiter de cette réponse. Sozomène, qui raconte aussi cette histoire, dit que le Saint fit là-dessus un livre qui fut un de ceux que les Syriens estimaient le plus ; mais il n'est point parvenu jusqu'à nous.
La maison où il logea était vis-à-vis de celle d'une autre créature semblable, et il ne le savait point. Après qu'il y eut passé plusieurs jours, cette femme lui dit : « Mon Père, donnez-moi votre bénédiction ». Il tourna les yeux vers la fenêtre pour voir qui c'était, et l'ayant aperçue, il lui répondit : « Je prie Dieu qu'il vous bénisse ». — « Mais », répliqua la femme, « vous manque-t-il quelque chose dans votre hôtellerie ? » — « Il ne me manque », lui dit-il, « que quelques pierres et un peu de terre pour boucher la fenêtre par laquelle vous voyez ici ». — « Vous me traitez bien durement », lui dit cette femme, « pour la première fois que je vous parle ; et tout de suite elle lui tint un langage tel qu'on pouvait l'attendre d'une semblable créature. Le Saint lui demanda d'agir au milieu de la ville comme elle agissait chez elle.
Elle se récria sur la honte qu'il y aurait à le faire, et le Saint en prit occasion de lui représenter que si elle craignait la vue des hommes, elle devait rougir à plus forte raison sous les yeux de Dieu qui est présent partout, et qui, au jour du jugement, rendra à chacun selon ses œuvres. Cette femme fut si touchée de sa remontrance, qu'elle vint se jeter à ses pieds fondant en larmes, et lui dit : « Serviteur de Jésus-Christ, mettez-moi, je vous en conjure, dans la voie du salut, afin que Dieu me pardonne tous les crimes que j'ai commis ». Le Saint la confirma par plusieurs paroles qu'il lui dit de la sainte Écriture, dans le désir de faire pénitence. Il la mit dans une maison religieuse, et par là hors des occasions du péché.
Pour lui il continua ses exercices de la vie solitaire et se retira dans un monastère ; mais il ne put y demeurer caché, soit que sa réputation l'eût précédé à Édesse, soit que son mérite, quand il y fut arrivé, y fût aussitôt connu ; car on l'obligea de se partager entre le repos de la cellule et le ministère de la parole, non-seulement pour donner des instructions particulières à ceux que la confiance si bien fondée en ses lumières et sa piété attirait auprès de lui, mais encore pour prêcher publiquement au peuple. Il fut élevé au diaconat et fut attaché à l'église d'Édesse, ce qui l'y fixa tout à fait : c'est pour cela qu'il est toujours qualifié diacre d'Édesse. Quoique le ministère de la prédication ne fût pas une fonction ordinaire de son Ordre, l'obéissance qu'il devait à son évêque l'y obligea, et d'ailleurs sa charité ne lui permit point de s'en excuser, bien qu'il craignît toujours d'être davantage condamné devant Dieu pour avoir annoncé les maximes évangéliques, que son humilité lui faisait croire qu'il ne pratiquait pas lui-même.
Le discours sur le sacerdoce qu'on a placé à la tête de ses ouvrages, est un sermon fait au clergé. Comme la prédication fut sa fonction principale, il convient que nous nous étendions ici sur les dispositions qu'il y apportait, sur les grâces qu'il reçut du ciel pour s'en acquitter dignement, sur le zèle avec lequel il s'y appliquait, sur les sentiments dont il l'accompagnait, sur les fruits de salut qu'il produisait. Nous puiserons aux bonnes sources pour ne rien avancer que d'indubitable. Saint Basile, saint Grégoire de Nysse, Théodoret, Sozomène, les ouvrages mêmes du Saint seront nos autorités.
Saint Éphrem n'avait pas été élevé dans les sciences humaines. Il ignorait les sciences des Grecs ; il ne parlait que sa langue naturelle, qui était le syriaque ; mais il en acquit toute la pureté : il l'enrichit même par diverses poésies qu'il composa. Il étudia aussi la logique et les règles du raisonnement, se fixant pourtant à ce qui pouvait lui être utile, et laissant ce qui lui parut superflu. Mais sa principale étude fut celle de la sainte Écriture, des dogmes de l'Église, et des fausses opinions des hérétiques, pour les réfuter comme il devait : voilà ce qui concerne les secours extérieurs.
Ce qui contribua à le faire réussir dans son ministère fut la pureté de son cœur, par laquelle il mérita de recevoir de Dieu le don de science et le don de la parole d'une manière miraculeuse, et qui le fit admirer, comme on l'a admiré dans tous les temps, et que nous le faisons encore aujourd'hui dans ce qui nous reste de ses ouvrages. Son humilité lui a fait dire qu'il n'avait pu apprendre la philosophie des hommes ; mais Dieu montra qu'il l'avait partagé avantageusement en lui faisant don de sa sagesse.
La pureté d'intention avec laquelle ce grand Saint exerçait le ministère de la parole mérite d'être remarquée. Outre l'obéissance qui l'avait engagé dans sa mission, c'était un ardent amour de Dieu et une charité très-pressante pour le salut du prochain, qui le guidait et l'animait à le faire. Son humilité qui l'accompagnait partout, lui rendait en quelque façon ce ministère onéreux, parce qu'il eût mieux aimé recevoir des instructions que d'en donner, et qu'il craignait de se condamner lui-même en combattant les vices des autres. Mais son zèle pour la gloire de Dieu, et sa compassion pour les âmes, qu'il ne pouvait voir périr sans en être pénétré d'une amère douleur, lui faisaient surmonter sa crainte, et le rendaient saintement courageux pour annoncer les vérités évangéliques.
On remarque encore qu'il parle dans ses discours d'une manière pleine de tendresse et d'affection, en suppliant, en pressant, en conjurant ; mais il ne laisse pas d'y joindre quelquefois la force et des répréhensions véhémentes.
Saint Grégoire de Nysse nous fait admirer cette source merveilleuse de science que l'Esprit-Saint avait mis dans son esprit ; « en sorte », dit-il, « que quelques paroles coulassent de sa bouche comme un torrent, elles étaient trop lentes pour exprimer ses pensées. Quelque prompte que fût sa langue, elle succombait à cette foule d'idées que son esprit lui fournissait : elle égalait la vitesse des autres esprits, mais non pas la rapidité du sien. C'est pourquoi il pria Dieu de modérer ce fonds inépuisable qu'il lui avait donné, en lui disant : « Retenez, Seigneur, les flots de votre grâce » ; car cette mer de science qui cherchait à se décharger par sa langue, l'accablait en quelque façon, les organes de la parole ne pouvant suffire à ce que son esprit lui présentait pour l'instruction des autres ».
Cette fécondité admirable de la science que l'Esprit-Saint lui communiquait, avait été manifestée dans une vision à un vieillard respectable par sa piété. C'est encore saint Grégoire qui le rapporte. « Un vieillard très-éclairé », dit-il, « aperçut une troupe d'anges qui, en descendant du ciel, tenaient un livre écrit dedans et dehors, et s'entre-donnaient : « À qui faut-il donner ce livre ? » Les uns nommaient une personne, les autres en nommaient une autre d'entre ceux qui paraissaient les plus saints dans ce temps-là ; et après les avoir examinés, ils disaient tous ensemble : « Il est vrai qu'ils sont saints et de véritables serviteurs de Dieu ; mais on ne peut pas leur donner ce livre ». Enfin, après en avoir nommé beaucoup d'autres également saints, ils s'accordèrent tous à dire : « Ce livre ne peut être confié qu'à Éphrem, si doux et si humble de cœur » ; et ils le lui donnèrent aussitôt. Ce vieillard ayant vu ceci, se hâta de se rendre à l'église, où il entendit saint Éphrem qui prêchait alors avec tant de grâces et de fruit, qu'il reconnut la vérité de la vision qu'il avait eue. Il ne put douter que le Saint-Esprit ne lui inspirât ce qu'il disait, et admira la grâce si abondante qu'il avait reçue ».
Mais nous ne saurions omettre les effets que les exhortations de saint Éphrem faisaient sur le cœur de ceux qui l'écoutaient. C'est encore saint Grégoire de Nysse qui nous l'apprend. « Il n'était guère de ses auditeurs », dit-il, « qui pût résister à la force de ses discours, et qui ne se déterminât à se convertir sincèrement, en voyant cette abondance de larmes dont il accompagnait ses paroles de vie. Quel était le cœur, eût-il été plus dur que le diamant, qui ne fût ramolli et qui ne pleurât ses péchés par une véritable pénitence ? Quel naturel barbare et cruel n'était pas adouci et changé par ce miel si doux et si salutaire qui sortait de sa bouche ? Qui fut jamais si éloigné de la pénitence et si fort livré aux voluptés des sens, qui, après l'avoir entendu parler des châtiments que Dieu réserve aux pécheurs après cette vie, ne pensait sérieusement à corriger la sienne et à effacer ses fautes par les larmes de la pénitence ? »
On peut juger encore des impressions que ses discours faisaient sur les peuples, par ceux que firent depuis ses écrits. C'est encore saint Grégoire qui le remarque. « Car », dit-il, « lorsqu'on veut faire entendre qu'une chose ne peut pas se faire, on dit en proverbe, qu'elle est aussi impossible qu'il le serait de fléchir la dureté d'un caillou. Mais l'expérience nous a appris dans saint Éphrem qu'il a fait ce prodige ; car il ramollit et il brisa par la force de ses paroles des cœurs encore plus endurcis que les cailloux. On ne peut lire aussi ce qu'il dit de l'humilité sans renoncer à toute l'enflure de l'orgueil et sans entrer dans des sentiments de mépris de soi-même. Ce qu'il dit de la charité anime à une sainte ferveur et encourage à tout souffrir pour Dieu. L'éloge qu'il fait de la chasteté la fait paraître si aimable, qu'on se sent porté à se consacrer tout à Dieu par cette belle vertu. Quel homme, quand il parle du dernier avènement de Jésus-Christ ! Il le fait avec tant de force, et en représente l'effrayant appareil avec tant d'énergie, qu'il semble qu'on est actuellement présent devant le trône du souverain Juge ; et il n'y a que la réalité seule qui puisse nous en donner une plus vive idée ».
Nous nous sommes étendus sur l'œuvre de saint Éphrem comme prédicateur, parce que ce fut là une des œuvres les plus considérables de sa vie. Avec quelle pureté de cœur il parlait ! Quelle droiture dans ses intentions ! Quel zèle pour la gloire de Dieu, et quel désir du salut des âmes ! Combien était-il éloigné de se complaire en lui-même de la grandeur du talent qu'il avait reçu de Dieu ! Avec quelle douceur, quelle tendresse, et en même temps quelle véhémence s'exprimait-il ! Quelle sublimité dans ses pensées, quelle grandeur dans ses sentiments, quelle noblesse dans ses expressions, quelle effusion de cœur dans son zèle ! Il avait toutes les qualités extérieures qui font le prédicateur parfait, et toutes les vertus intérieures qui doivent accompagner la sainteté de son ministère. Il ébranlait, il ramollissait, il renversait, il brisait les cœurs. Rien ne lui résistait. Mais il touchait, parce qu'il était puissamment touché lui-même ; et c'est ainsi que Dieu bénissait les travaux qu'il soutenait pour sa gloire et pour son amour.
Quoique nous ayons dit que saint Éphrem eût corrigé son naturel porté à la colère dans sa jeunesse par la grande douceur qu'il acquit en travaillant efficacement à se modérer, cependant, comme cette douceur était en lui une vertu de charité, qui ne ralentissait point l'ardeur de son zèle lorsqu'il s'agissait de la gloire de Dieu et du bien des âmes, il s'élevait avec une force et une vigueur apostoliques plus particulièrement contre les ennemis de la foi. Aussi, tant qu'il vécut, il ne cessa de poursuivre les hérétiques, qui étaient de son temps en grand nombre, et il réussit à retirer de leurs pièges quantité de personnes qu'ils avaient séduites. Saint Grégoire dit que, quand il les attaquait, il paraissait à leur égard comme un athlète expérimenté et victorieux contre un enfant qui est sans force.
Aucune considération humaine, aucune crainte ne pouvaient l'empêcher de se déclarer hautement pour la doctrine catholique. Quoique l'impiété d'Arius dominât de son temps en Orient, et qu'elle fût protégée par les puissances du siècle, il se montra toujours dans ses paroles et dans ses écrits le défenseur intrépide du dogme de la Trinité sainte, incréée et consubstantielle, et de la divinité de Jésus-Christ. Il combattait les anciens hérétiques et ceux qui paraissaient de son temps. Il ruina même par avance les erreurs qui devaient naître après lui, comme celles de Nestorius et d'Eutychès, Dieu les lui ayant fait connaître par la lumière de la prophétie. Nous verrons encore ceci plus particulièrement en parlant de son testament. Il ne poursuivit pas les païens avec moins de force ; et enfin, sans avoir besoin de l'érudition des Grecs, et par la grâce qu'il avait reçue de Dieu, il lançait de si terribles traits en sa langue naturelle contre tous ses adversaires de la foi, qu'il les accablait sous ses coups puissants.
Un hérétique nommé Bardesane, qui avait donné son nom à sa secte, et son fils Harmone, s'étaient rendus célèbres dans l'Osroène et l'avaient infectée de leurs erreurs. Pour les mieux faire glisser dans les esprits, Harmone, instruit dans les sciences des Grecs, s'en était servi pour faire à leur imitation des poésies en langue syriaque, qu'il avait mises en musique, et qui avaient d'autant plus paru agréables aux Syriens, qu'on tient qu'avant cet hérétique on n'avait point l'usage de semblables chants. Saint Éphrem voyant le préjudice que cela pouvait porter à la foi, se servit du talent que Dieu lui avait donné de la poésie, et ayant bien étudié les mesures qu'Harmone avait observées, il composa sur les mêmes airs des hymnes pleines des vérités catholiques, tant en l'honneur de Dieu et de ses Saints, que sur divers autres points de doctrine ; de sorte que le peuple y trouvant la même harmonie, et s'instruisant des vérités qu'il devait apprendre, laissa les chansons de l'hérétique et ne chanta plus que celles du Saint ; ce qui servit même dans la suite à rendre les fêtes des martyrs plus solennelles et plus gaies, comme nous l'apprenons de Théodoret et de Sozomène.
Quoique saint Éphrem fût très-occupé dans le ministère de la prédication et dans les fonctions de son ordre, il ne laissait pas de vivre en retraite et dans sa solitude autant qu'il le pouvait. Son état de solitaire lui était infiniment cher, et il en conservait toujours l'habit et les pratiques. Il faisait son séjour ordinaire dans son monastère et dans sa cellule, d'où il ne sortait que pour remplir les devoirs de sa mission et de la place qu'il avait dans le clergé. C'était dans ce monastère qu'il recevait tous ceux qui venaient s'édifier auprès de lui et écouter ses excellentes instructions.
Il y a parmi ses ouvrages une lettre qui porte son nom, et qui est très-digne de lui, par laquelle il paraît qu'il avait été supérieur de ce monastère ; mais comme il était souvent obligé de se trouver à Édesse, pour satisfaire aux devoirs du diaconat, il en avait remis le gouvernement à un frère nommé Jean, et y avait vécu depuis en simple religieux. Cela fait qu'un nommé Théodose l'ayant extrêmement pressé de le recevoir dans son monastère, il l'avait renvoyé à Jean comme à l'abbé, et qu'il ne recevait personne avec lui sans le consulter auparavant, en quoi l'on voit quelle était son humilité. Par cette même vertu il honorait les différentes pratiques, même extraordinaires, de quelques solitaires de ce temps-là, par lesquelles ces hommes mortifiés abattaient leur corps pour sauver leur âme, et il s'anéantissait en disant que sa lâcheté l'empêchait de rien faire de semblable.
Nous avons dit que saint Éphrem avait quitté Nisibe sa patrie pour demeurer à Édesse, et qu'il ne l'avait fait que par le mouvement du Saint-Esprit ; c'est saint Grégoire de Nysse qui nous l'assure, et il ajoute que ce fut par le même esprit qu'il fit le voyage d'Édesse à Césarée en Cappadoce, pour y voir le grand saint Basile qui en était évêque. Tout ce qui lui arriva dans cette visite prouve manifestement que c'était Dieu qui la lui avait inspirée. Saint Basile le connaissait déjà de réputation, soit lorsqu'il avait été en Mésopotamie vers l'an 357, soit par ce que lui en avait dit saint Eusèbe de Samosate qu'il visita en 372.
Saint Éphrem, qui nous rapporte lui-même en partie ce qui lui arriva, dit que s'étant trouvé à la ville (c'était Césarée) et Dieu voulant lui manifester les effets de sa miséricorde, il entendit une voix qui lui dit : « Levez-vous, Éphrem, et allez recevoir des pensées et des instructions dont vous pouvez vous nourrir ». Il répondit d'abord avec cet empressement que son ardent désir pour le bien lui inspirait : « Seigneur, où le pourrai-je trouver ? » Et la même voix répondit : « J'ai dans ma maison un vase qui brille et qui est magnifique, il vous fournira cette nourriture ». A ces paroles, saisi d'étonnement et d'admiration, il se rendit à l'église ; et à peine était-il au vestibule que le désir de le voir lui fit aussitôt regarder par la porte dans le saint temple, et il découvrit dans le sanctuaire saint Basile, ce vase d'élection exposé en présence de son troupeau, dont tous les yeux étaient fixés sur lui, et qui lui présentait avec la majesté d'une éloquence céleste le divin pâturage, c'est-à-dire la loi évangélique, la doctrine de saint Paul, et tout ce qui peut inspirer du respect pour nos sacrés mystères. Mais Dieu lui ouvrant les yeux d'une manière miraculeuse pour manifester des choses plus cachées, ou plutôt la source qui fournissait à ce saint docteur ces eaux de vie qu'il répandait sur ses heureuses ouailles, il aperçut une colombe blanche comme la neige, et resplendissante de lumière, assise sur son épaule, qui lui disait à l'oreille les choses qu'il prêchait à son peuple. Éphrem se mit alors à louer hautement la sagesse de ce saint docteur, et la magnificence de Dieu qui sait si bien glorifier ceux qui le glorifient.
Comme il s'exprimait en syriaque, on pouvait ouïr sa voix sans entendre ce qu'il voulait dire ; mais quelques-uns des assistants à qui cette langue n'était pas inconnue le comprirent et demandèrent qui était cet étranger qui louait ainsi leur évêque. Dieu fit connaître en même temps à saint Basile que c'était saint Éphrem, et, après la fin de l'assemblée, l'ayant fait appeler, il lui demanda par un interprète pourquoi il l'avait ainsi loué devant tout le monde ; il ajouta : « Vous êtes donc Éphrem qui avez si généreusement baissé le cou sous le joug salutaire de Jésus-Christ ? » — « Ah ! » répondit-il, « je suis plutôt cet Éphrem qui me suis écarté de la voie du salut ».
Saint Basile le prit alors par la main, l'embrassa et lui présenta une table chargée, non de viandes corruptibles, mais de vérités éternelles. Il lui parla des moyens de se rendre agréable à Dieu, d'éviter le péché, de dompter les passions, de se rendre favorable le souverain Juge et d'arriver à la perfection évangélique. Mais il le fit avec tant d'onction, qu'Éphrem ne pouvait plus contenir les effets que ses paroles avaient faits dans son cœur, s'écria en fondant en larmes : « Ô mon Père ! n'abandonnez pas un lâche et un paresseux : mettez-moi dans le droit chemin ; ramollissez mon cœur de pierre. Dieu m'a conduit à vous afin que vous preniez soin de mon âme, et que, comme un pilote expérimenté conduit heureusement son vaisseau, ainsi vous me conduisiez au port du salut ».
Ils s'entretinrent ainsi quelque temps avec cette satisfaction et cette joie mutuelle que goûtent les Saints quand ils discourent ensemble des choses célestes.
Dieu l'avait favorisé d'un don éminent d'oraison. Outre les visions qu'il eut et que nous avons rapportées, saint Grégoire de Nysse le compare à Moïse, et dit qu'il avait joui comme lui de la vue de Dieu autant qu'un homme en est capable, et qu'il eut aussi comme les prophètes diverses révélations ; il remarque en particulier que, méditant un jour sur un de nos mystères, il avait vu une colonne de feu qui allait jusqu'au ciel, et qui lui exprimait par cette élévation merveilleuse, la sublimité de ce mystère.
Une autre fois, lorsqu'il était déjà vieux, étant assis tout seul dans un lieu tranquille, et méditant sur les misères de cette vie et sur la négligence avec laquelle nous la passons, il leva les yeux au ciel, et étant comme ravi hors de lui-même, Dieu se fit voir aux yeux de son cœur, assis sur un trône de gloire, et lui faisant de grands reproches. Il en fut saisi d'une telle crainte, que ne pouvant plus soutenir le poids de cette divine Majesté, il cherchait où il pouvait se cacher. Il se jeta enfin aux pieds du Seigneur, et le supplia, par une prière très-vive et très-humble, d'avoir pitié de lui. Dieu exauça ses larmes, et rendit par là la paix à son cœur. Pour lui, il mit par écrit ce qui lui était arrivé, et le raconta à ses frères, leur disant que toutes les fois qu'il s'en rappelait le jour et l'heure, tout son corps en tremblait au point qu'il ne pouvait retenir ses larmes ; et il le leur disait pour les porter à lui obtenir la miséricorde de Dieu par leurs prières.
Étant sorti aussi d'Édesse avant le jour avec quelques-uns de ses disciples, il leva les yeux au ciel, et la clarté des étoiles qui brillaient le fit penser à la gloire qui paraîtra dans les corps glorieux des Saints, lorsqu'ils seront placés à la droite de Jésus-Christ, au jour du jugement universel. L'idée de ce jugement si redoutable le frappa aussitôt : il trembla et versa un torrent de larmes. Ses disciples lui en demandèrent le sujet, et il leur répondit : « Je crains fort, mes très-chers frères, que ceux qui, ne jugeant de moi que par ce qui paraît au dehors, me font passer pour un bienheureux, et louent les bonnes œuvres que je n'ai qu'en apparence, ne se moquent de moi quand ils me verront plongé dans les flammes éternelles ; car je ne sais que trop combien je suis négligent ».
Dieu voulut qu'un an avant sa mort il ajoutât à la couronne que son humilité et ses autres vertus lui avaient acquise, celle qu'il réserve à ceux qui ont exercé la miséricorde. La ville d'Édesse fut alors affligée d'une très-grande famine, et les gens de la campagne en sont le plus que les autres. La compassion qu'il en eut l'obligea de quitter sa cellule, d'où, comme nous avons dit, il ne sortait que pour ses fonctions ecclésiastiques. Il vint dans la ville, et reprit sévèrement les riches de ce que, dans ce besoin public, ils négligeaient de secourir les pauvres, leur faisant voir que c'était de leur part une dureté et une avarice qui tourneraient un jour à la perte de leur âme, dont ils devaient préférer le salut à la conservation des biens temporels.
Les riches, qui d'ailleurs avaient une grande vénération pour sa piété, voulurent d'abord s'excuser, donnant pour raison qu'ils n'étaient point attachés à leurs richesses, mais qu'ils ne savaient à qui confier leurs aumônes, parce qu'ils craignaient que ceux qu'ils en chargeraient ne s'en servissent pour eux-mêmes, au lieu d'en faire une sage distribution. Alors saint Éphrem, cet homme aussi charitable qu'il était humble, profitant de la bonne opinion qu'ils avaient de lui pour la faire servir au soulagement des pauvres, leur dit : « Et moi, pour qui me prenez-vous ? Que pensez-vous de moi ? » Ils lui répondirent selon leurs véritables sentiments, qu'ils le tenaient pour un homme de Dieu et d'une probité irrépréhensible. « Puis donc que vous me croyez tel », répliqua-t-il, « confiez-moi le soin des pauvres ». — « Plût à Dieu », lui dirent-ils, « que vous vouliez en prendre la peine ! » — « Oui », leur ajouta-t-il, « je le ferai très-volontiers pour l'amour de vous : je me charge dès aujourd'hui de l'administration et de la nourriture des pauvres ».
Quand il eut reçu leur argent, il fit disposer trois cents lits dans les galeries publiques qu'il avait fait fermer, où il nourrit les pauvres, pansa les malades, fournit, de l'argent qu'on lui donnait, aux besoins de tous ceux qui y venaient, tant de la campagne que de la ville, et ensevelit les morts, se prêtant à tout avec un zèle et une charité infatigables. Il s'employa pendant un an à ce saint exercice, après quoi, l'abondance des grains étant revenue, et chacun étant retourné chez soi, il rentra dans sa cellule, où il devait bientôt mourir d'une courte maladie.
Il eut révélation que la Providence divine le voulait appeler de cet exil en la céleste Jérusalem. Ce fut alors qu'il écrivit cette admirable exhortation, remplie de saintes maximes, que l'on appelle le Testament de saint Éphrem, parce qu'il la fit à l'heure de sa mort. Cet ouvrage est assurément de lui, quoique disent les hérétiques : c'est leur coutume de nier les livres des Pères où leurs erreurs sont condamnées, comme en ce traité qui fait mention de la prière pour les morts, que les calvinistes combattent par leurs faux dogmes. Il ordonna très-expressément que son cercueil ne fût point couvert d'un drap précieux, et, au cas qu'il y en eût de préparé, qu'il fût vendu et que l'argent fût donné aux pauvres. Néanmoins, un seigneur qui avait beaucoup de vénération pour le Saint, en donna un pour l'envelopper, pensant que Dieu aurait plus agréable que ce fût pour lui que s'il était donné aux pauvres ; mais, parce qu'il n'avait pas suivi la volonté du serviteur de Dieu, l'esprit immonde se saisit à l'heure même de sa personne et le tourmenta jusqu'à ce qu'il reconnût sa faute, l'avouât aux pieds du Saint et lui en demandât pardon. Et Éphrem, tout malade qu'il était, étendant les mains sur lui, le délivra, l'avertissant d'accomplir ce qu'il avait promis. Il ne voulut pas non plus qu'on l'ensevelît dans un tombeau fait exprès, ni dans l'église, mais au cimetière commun, avec les autres pauvres ; puis, exhortant l'assistance à l'amour et à la crainte de Dieu et à l'accomplissement de ses volontés, il rendit son âme à son Créateur ; ce qui arriva, selon le cardinal Baronius, l'an 378, un mois après le décès de saint Basile.
Saint Grégoire de Nysse prononça le panégyrique du Saint, à la prière d'un nommé Éphrem. Celui-ci avait été fait prisonnier par les Ismaélites ; mais s'étant recommandé au saint diacre d'Édesse, son patron, il avait été miraculeusement délivré de ses chaînes et de plusieurs dangers. Saint Grégoire finit son discours par cette prière à saint Éphrem : « Ô vous qui êtes présentement aux pieds de l'autel divin, et devant le prince de vie, où vous adorez, avec les anges, l'auguste Trinité, souvenez-vous de nous tous, et obtenez-nous le pardon de nos péchés ».
Les larmes continuelles que versait saint Éphrem, loin de défigurer son visage, semblaient au contraire en augmenter la sérénité et les grâces ; en sorte qu'on ne pouvait le voir sans être pénétré de vénération. Les Grecs le peignent sous la figure d'un vieillard d'une haute taille, ayant un air doux et majestueux, les yeux baignés de larmes, un regard et un extérieur qui annoncent une grande sainteté. On lui a donné un geste qui rappelle sa redoutable éloquence lorsqu'il peint les terreurs du jugement dernier.
## NOTICE SUR LES ÉCRITS DE SAINT ÉPHREM.
Nous ne pouvons résister au plaisir de donner une idée de l'éloquence de saint Éphrem, en insérant ici un fragment de son sermon sur le second avènement de Jésus-Christ :
« Bien-aimés de Jésus-Christ, prêtez une attention favorable à ce que je vais vous dire sur l'effrayant avènement du Seigneur. Lorsque je pense à ce moment, je me sens saisi d'une crainte excessive. Qui peut rapporter ces choses redoutables ? Où trouver une langue capable de les exprimer ? Le Roi des rois, élevé sur un trône de gloire, descendra du ciel, et s'étant assis comme juge, fera comparaître devant lui tous les habitants de la terre. Au seul souvenir de cette vérité, je suis près de tomber en faiblesse ; les membres de mon corps sont dans une agitation violente ; mes yeux se remplissent de larmes ; ma voix chancelle, mes lèvres tremblent, ma langue balbutie, le désordre et la confusion se mettent dans mes pensées. Je suis obligé de vous annoncer ces choses, mais la crainte m'empêchera de parler. Un coup de tonnerre nous épouvante aujourd'hui ; comment pourrons-nous alors soutenir le son de cette trompette, mille fois plus terrible que le tonnerre, qui ressuscitera les morts ? Les ossements de tous les hommes n'auront pas plus tôt entendue dans le sein de la terre, qu'ils se ranimeront à l'instant et chercheront à se rejoindre les uns aux autres, et en un clin d'œil nous ressusciterons tous et nous nous rassemblerons pour être jugés.
« Enfin, le grand Roi ayant donné l'ordre, la terre ébranlée et la mer troublée rendront les morts qu'elles possédaient, tant ceux qui avaient été dévorés par les poissons, que ceux qui l'avaient été par les oiseaux ou par les bêtes. Dans le même moment tous les hommes paraîtront sans qu'il leur manque un seul cheveu ».
Le Saint parle ensuite du feu qui embrasera toute la terre, des anges qui sépareront les brebis d'avec les boucs, de l'étendard de la croix, tout brillant de lumière, que le grand Roi fera porter devant lui. Il représente les hommes accablés par la consternation et par une inquiétude mortelle ; les justes comblés de joie, et les méchants livrés au désespoir ; les anges et les chérubins occupés à chanter les louanges de Celui qui est trois fois Saint ; les cieux ouverts, et le Seigneur environné d'une telle gloire que le ciel et la terre ne pourront soutenir sa présence. Il ouvre devant les yeux le livre où sont écrites toutes nos pensées, toutes nos paroles, toutes nos actions ; puis il s'écrie : « Quelles larmes ne devons-nous pas répandre nuit et jour, dans l'attente de ce terrible moment ! » Ses soupirs et ses sanglots lui ayant coupé la parole, il n'en put dire davantage. « Apprenez-nous donc », cria l'auditoire, « les choses effrayantes qui arriveront ensuite ». — « Tous les hommes », reprit le Saint, « auront les yeux baissés devant le tribunal du souverain Juge, entre la vie et la mort, entre le ciel et l'enfer, et chacun d'eux sera cité pour subir un examen rigoureux. Malheur à moi ! Je veux vous instruire de ce qui arrivera ; mais la crainte m'empêchera de parler. Le seul récit de ces choses me glace d'effroi ». — « Nous vous conjurons », répéta l'auditoire, « de continuer pour notre utilité et pour la sanctification de nos âmes ». — « Bien-aimés de Jésus-Christ », dit le Saint, « on cherchera dans tous les chrétiens le sceau du baptême et le dépôt de la foi ; on leur redemandera cette renonciation qu'ils firent, en présence de témoins, à Satan et à ses œuvres, non à une, à deux, à cinq, mais à toutes en général. Heureux celui qui aura gardé fidèlement ce qu'il avait promis ! » Ses soupirs et ses gémissements ne lui permettant plus de parler, l'auditoire lui cria de nouveau : « Eh ! de grâce, continuez de nous instruire ». — « Je vous obéirai », répondit le Saint, « autant qu'il me sera possible ; mais je ne m'exprimerai que par des pleurs et des soupirs. De pareilles choses sont si terribles, qu'on ne peut en parler sans des larmes ». — « Ô serviteur de Dieu », ajouta le peuple, « ne nous refusez pas les instructions que nous vous demandons ». Alors, Éphrem, se frappant la poitrine, pleura encore plus amèrement, et dit : « Ah ! mes frères, que voulez-vous entendre ? Ô jour épouvantable ! malheur à moi ! malheur à moi ! Qui osera rapporter, qui osera écouter le récit de ce qui doit se passer dans ce moment lamentable ? Vous tous qui avez des larmes, pleurez avec moi ; que ceux qui n'en ont point apprennent à connaître le sort qui les attend, et qu'ils ne négligent pas leur salut. Alors les hommes seront séparés pour toujours les uns des autres ; les évêques, des évêques ; les prêtres, des prêtres ; les diacres, des diacres ; les sous-diacres et les lecteurs, de ceux qui avaient les mêmes ordres ; les enfants de leurs parents ; les amis de leurs amis. La séparation faite, les princes, les philosophes, les sages du monde crieront aux élus avec larmes : Adieu pour toujours, saints et serviteurs de Dieu ; adieu, parents, enfants, amis ; adieu, prophètes, apôtres, martyrs ; adieu, Vierge sainte, Mère du Sauveur, vous priâtes pour notre salut, mais nous ne voulûmes pas nous sauver. Adieu, croix vivifiante ; adieu, paradis de délices, royaume éternel, Jérusalem céleste ; adieu, vous tous, nous ne vous reverrons plus ; nous voilà plongés dans un abîme de tourments qui ne fuiront jamais ».
Le recueil des œuvres de saint Éphrem est composé de sermons ou traités de piété, de prières, de commentaires sur l'Écriture, d'ouvrages de controverse contre les Ariens, les Eunomiens, les Manichéens, les Novatiens et les Marcionites, des vies de saint Abraham, de saint Julien, etc. Son style, dans ses écrits polémiques, n'a rien de sec et de rebutant ; il est au contraire rempli de piété et d'onction ; on y remarque que l'auteur, en réfutant les hérétiques, brûle d'un désir ardent de voir Dieu loué et glorifié.
Saint Grégoire de Nysse et d'autres auteurs nous apprennent que saint Éphrem avait commenté tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament avec autant de clarté que d'érudition. Nous n'avons plus que ses commentaires sur les livres historiques et sur les prophètes.
L'ouvrage qui porte le titre de Confession est certainement de saint Éphrem, comme l'a prouvé M. Assemani, Op. t. 144, p. 119 ; ibid. Proleg. c. 1, et t. II, p. 37 ; item. Bibl. orient. t. 147, p. 141. Les disciples de saint Éphrem écrivirent la même histoire, d'après ce qu'ils en avaient entendu dire à leur bienheureux maître : de là ce grand nombre de relations que nous avons de l'événement dont il s'agit. Gérard Vessins en a publié une que M. Assemani a fait réimprimer : Op. t. III, p. 23 ; mais on doit suivre principalement la Confession du Saint, qui se trouve dans le recueil de ses œuvres, de l'édition du Vatican.
Ceillier, t. VIII, p. 101, a recueilli des écrits de saint Éphrem une foule de passages qui démontrent invinciblement la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. On peut voir sur le même sujet les judicieuses remarques d'un habile critique, qui ont été insérées dans les Mémoires de Trévoux, janv. 1756, p. 155. — Voir aussi le docteur Wisemann, Horœ Syriacœ, t. 1er, dissert. primo.
Saint Éphrem et saint Basile s'étant entretenus ensemble par le moyen d'un interprète, il est évident que le premier n'entendait point la langue grecque. L'auteur de l'ancienne traduction de la vie de saint Basile, qui porte le nom de saint Amphiloque, prétend que le saint archevêque de Césarée obtint miraculeusement à saint Éphrem l'intelligence de cette langue et qu'il l'ordonna prêtre. Il y a deux fautes dans ce récit, et Baillet est tombé dans la seconde. Saint Jérôme, Pallade et plusieurs autres auteurs ne donnent à saint Éphrem que le titre de diacre. D'ailleurs, si l'on consulte la traduction de l'ouvrage du faux Amphiloque, et que l'on en examine attentivement le texte original, on verra que ce ne fut point saint Éphrem, mais son disciple et son compagnon, que saint Basile éleva au sacerdoce.
Une partie des œuvres du saint docteur fut traduite en latin, et imprimée à Rome en 1589, par les soins de Gérard Vessies ou Voskens, prévôt de Tongres. Edouard Thwaites en donna une édition grecque à Oxford, en 1768.
La plus complète de toutes les éditions des œuvres de saint Éphrem est celle qui a paru à Rome en 1732-1743, 6 vol. in-fol., sous la direction du cardinal Quirini, bibliothécaire du Vatican, et de M. Joseph Assemani, premier préfet de la même bibliothèque. On y trouve le texte syriaque d'une grande partie des œuvres du Saint, avec l'ancienne version grecque des autres ouvrages. La traduction latine est de Gérard Vessius, et de P. Pierre Benedetti, jésuite maronite. Celle des derniers volumes est de M. Étienne Assemani, archevêque d'Apamée, qui a publié en chaldaique les actes des martyrs, et qui est neveu de M. Joseph Assemani. Il est fâcheux pour les savants que le texte grec des derniers volumes, et surtout du sixième, soit rempli de fautes. Voir dans les Mémoires de Trévoux, janv. 1756, p. 146, une lettre fort curieuse sur la dernière édition des œuvres de saint Éphrem.
Le Martyrologe romain fait mention de saint Éphrem le premier de février, et les Grecs, en leur Ménologe, le vingt-huit de janvier. Le testament dont nous avons parlé, et les autres auteurs qui ont fait son éloge, se trouvent reproduits dans Bollandus, au premier tome de ce mois.
---
Événements marquants
- Naissance à Nisibe sous Constantin
- Emprisonnement injuste et vision de l'ange
- Retraite monastique sur une montagne
- Siège de Nisibe par Sapor en 350
- Installation à Édesse et élévation au diaconat
- Voyage à Césarée pour rencontrer saint Basile
- Lutte contre les hérésies de Bardesane et Harmone par la poésie
- Gestion de la famine à Édesse un an avant sa mort
Miracles
- Vision d'un ange en prison expliquant la Providence
- Vision d'une colombe blanche sur l'épaule de saint Basile
- Délivrance d'un possédé après sa mort (le seigneur au drap précieux)
- Délivrance miraculeuse d'un prisonnier nommé Éphrem par son intercession
Citations
Benedico te... quia castigasti me.
Retenez, Seigneur, les flots de votre grâce