Sainte Dorothée de Césarée
Vierge et Martyre
Résumé
Vierge chrétienne de Césarée, Dorothée refuse de sacrifier aux idoles devant le juge Saprice. Après avoir converti deux apostates et subi de cruels tourments, elle promet à l'avocat Théophile de lui envoyer des fruits et des roses du jardin de son Époux. Le miracle s'accomplit à l'instant de sa mort, entraînant la conversion et le martyre de Théophile.
Biographie
SAINTE DOROTHÉE, DE CÉSARÉE EN CAPPADOCE, VIERGE
SAINT THÉOPHILE, AVOCAT, SAINTE CHRÉTIENNE ET SAINTE CALLISTE, PÉNITENTES, TOUS MARTYRS
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« Est mon nom ». — « Je t'ai mandée pour te faire sacrifier aux dieux selon l'ordre de nos princes augustes ». — « Le Dieu du ciel, qui est Auguste, m'a commandé de ne servir que lui seul, car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu ne serviras que lui. Et encore : Qu'ils disparaissent de la terre les dieux qui n'ont fait ni le ciel ni la terre. Reste donc à voir à quel empereur nous devons obéir, à celui de la terre ou à celui du ciel, à Dieu ou à l'homme. Mais que sont les empereurs, sinon des hommes mortels, comme l'ont été les dieux dont vous adorez les statues ? »
— « Si tu veux échapper d'ici saine et sauve, quitte cette assurance et sacrifie aux dieux ; autrement je t'abandonne à la sévérité des lois ; et ton exemple apprendra aux autres la crainte qu'ils en doivent avoir ». — « Je donnerai à tous l'exemple de la crainte de Dieu, afin qu'apprenant à le redouter, ils ne soient pas émus par la fureur des hommes. Ceux-ci, semblables à des chiens enragés, déchirent des innocents ; dépourvus de raison, on les voit s'irriter, aboyer et mordre les passants ». — « À ce que je vois, tu as résolu de demeurer dans ta religion insensée, et tu veux mourir comme les autres. Écoute-moi et sacrifie ; c'est le seul moyen d'éviter le chevalet ». — « Les peines de ton chevalet ne sont que d'un moment, mais les tourments de l'enfer sont éternels, et pour les éviter, je ne dois pas craindre des maux d'un instant. Je me rappelle cette parole de mon maître : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et ne peuvent tuer l'âme, mais bien plutôt celui qui peut envoyer pour jamais le corps et l'âme dans l'enfer ».
— « Crains donc des dieux, qui, dans leur colère, pourront perdre ton corps et ton âme, si tu ne leur sacrifies ». — « Saprice, je t'ai déjà dit que tu ne pourras me persuader de sacrifier aux démons, qui ont habité dans ces hommes vains dont la vie a été telle qu'on rougirait de la raconter, et dont la mort a été semblable à celle des bêtes : car pendant leur vie ils ont méconnu celui qui a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu'ils contiennent : aussi leurs âmes brûlent en enfer, tandis que vous adorez leurs images faites de divers métaux ; et ceux-là iront un jour leur tenir compagnie dans les flammes éternelles, qui, délaissant leur Créateur, auront adoré ces faux dieux ».
A ces mots, Saprice transporté de rage se tourne vers les bourreaux et leur dit : « Étendez-la sur le chevalet : quand elle se verra au milieu des tourments, peut-être alors consentira-t-elle à adorer nos dieux immortels ». La servante de Dieu y ayant été placée, pleine de courage et d'intrépidité, dit au juge sans être interrogée : « Pourquoi me laisses-tu attendre ? Fais ce que tu as à faire, afin que je puisse voir celui pour l'amour duquel je ne crains ni la mort ni les tourments ». — « Quel est donc celui que tu désires ? » — « Le Christ, Fils de Dieu ».
— « Et où est ce Christ ? » — « Comme tout-puissant il est partout ; comme homme (puisque la faible raison humaine ne tient compte que de ce qui est contenu dans un lieu) nous disons que le Fils de Dieu est monté au ciel, qu'il est assis à la droite de Dieu son Père tout-puissant ; mais comme Dieu, il n'a qu'une seule divinité avec son Père et le Saint-Esprit. C'est lui qui nous invite au jardin de ses délices, où en tout temps les arbres sont ornés de fruits, les lis toujours blancs, les roses toujours dans leur fraîcheur, les champs et les monts toujours verdoyants, les collines toujours ombragées, les fontaines toujours jaillissantes, les eaux toujours délicieuses, et les âmes des Saints enivrées d'une joie immortelle dans le Christ. Si tu m'en crois, Saprice, tu chercheras la vraie liberté, et tu travailleras à mériter l'entrée du jardin des délices de Dieu ».
— « Quitte-moi ces folies et sacrifie : reçois un époux, et passe des jours heureux ; sinon tu périras comme ont péri tes pères à cause de leur folie ». — « Non, je ne sacrifierai point aux démons ; je suis chrétienne ; je ne veux point d'époux, je suis l'épouse du Christ ; et je crois fermement qu'il m'introduira dans son paradis, et me fera reposer sur son lit nuptial ».
Saprice alors la fit remettre entre les mains de deux sœurs nommées Chrétienne et Calliste, qui récemment venaient d'apostasier, et il la leur confia en disant : « Vous avez abandonné la folie et la superstition des chrétiens ; vous avez sacrifié à nos dieux invincibles : aussi vous ai-je fait récompenser : mais de plus grands honneurs vous sont réservés, si vous pouvez détourner cette chrétienne de sa folle résolution ». Ces malheureuses, ayant reçu notre Sainte dans leur maison, lui disaient : « Acquiesce donc aux désirs du juge, et délivre-toi des peines et des tourments, comme nous avons fait. Il vaut bien mieux pour toi agir de manière à ne pas consumer ta vie au milieu des tortures, à ne pas mourir avant le temps ». Dorothée leur répondit : « Oh ! si vous vouliez m'écouter et vous repentir d'avoir sacrifié aux idoles ! car Dieu est bon, et sa miséricorde est abondante pour ceux qui se convertissent à lui de tout leur cœur ». Chrétienne et Calliste lui dirent : « Nous avons abandonné une fois Jésus-Christ ; comment se pourrait-il que nous revinssions à lui ? » Dorothée dit : « C'est un plus grand péché de désespérer de la miséricorde du Seigneur, que de sacrifier à d'impuissantes idoles. Ne perdez donc pas confiance en ce médecin si charitable, si expérimenté, qui peut guérir toutes vos blessures. Il n'en est aucune dont la guérison ne lui appartienne ; car on ne l'appelle Sauveur que parce qu'il sauve, Rédempteur que parce qu'il rachète, Libérateur que parce qu'il ne cesse de nous délivrer. Pour vous, adonnez-vous donc de tout votre cœur à la pénitence, et sans nul doute vous obtiendrez le pardon de vos fautes ».
Ces deux infortunées se jettent alors à ses pieds qu'elles arrosent de leurs larmes ; elles la conjurent de prier pour elles, afin que, par son secours, elles puissent dignement satisfaire à Dieu et mériter la divine miséricorde. Notre Sainte, fondant en larmes, adressa alors ces paroles au Seigneur : « Ô Dieu qui avez dit : Je ne veux point la mort du pécheur, mais bien qu'il se convertisse et qu'il vive ; Seigneur Jésus-Christ, qui avez dit que les Anges du ciel se réjouissaient plus de voir un pécheur faire pénitence que quatre-vingt-dix-neuf justes persévérer dans la justice, signalez votre bonté envers ces âmes que le démon s'est efforcé de vous ravir, rappelez ces brebis au bercail, et que leur exemple ramène toutes celles qui s'étaient écartées de vous ».
Pendant qu'elle faisait cette prière et d'autres semblables, le gouverneur l'envoya chercher avec les deux sœurs, et il se les fit amener dans son palais. Les prenant à part, il commença par leur demander si elles avaient ébranlé la constance de Dorothée. Mais elles lui répondirent de concert : « Nous avons péché, nous avons mal agi ; car la crainte des peines et des douleurs d'un instant nous a fait sacrifier à d'impuissantes idoles ; nous l'avons donc priée de nous imposer la pénitence, afin de pouvoir obtenir la miséricorde du Christ ». Alors Saprice déchira ses vêtements, et dans sa fureur il ordonna de lier dos à dos les deux sœurs, et de les jeter dans une chaudière brûlante, si sur-le-champ elles ne voulaient sacrifier. Les deux sœurs s'écrièrent : « Seigneur Jésus-Christ, acceptez notre pénitence, et accordez-nous votre pardon ». Comme elles persévéraient dans cette prière et dans la confession de leur foi, on les jeta dans la chaudière, où elles furent brûlées sous les yeux de Dorothée. La vierge, transportée de joie en
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voyant le courage qu'elles faisaient paraître dans la mort, leur disait : « Devancez-moi, mes sœurs ; vous pouvez être certaines que votre péché vous a été remis, et sachez que la palme que vous aviez perdue vous a été restituée : il vient au-devant de vous et vous tend les bras, ce père qui se réjouit quand il retrouve le fils qu'il avait perdu ».
Alors Saprice fit étendre de nouveau Dorothée sur le chevalet. Quand elle y fut placée, il parut une si grande joie sur tous ses traits, qu'il était aisé de voir qu'elle était arrivée à l'accomplissement de tous ses désirs. Saprice lui dit : « Pourquoi montrer ainsi une joie feinte et simuler l'allégresse au milieu des supplices ? » Dorothée répondit : « Jamais dans toute ma vie je n'ai été si heureuse qu'aujourd'hui ; car ces âmes que par ton moyen le démon avait ravies à Dieu, le Christ les a recouvrées par mon entremise. En ce jour il y a réjouissance dans les cieux ; à leur sujet les Anges sont dans la joie, les Archanges dans la jubilation ; et tous les Apôtres, les Martyrs et les Prophètes en tressaillent d'allégresse. Hâte-toi donc, Saprice, et accomplis ton œuvre au plus vite, afin que je puisse m'unir à ce concert des Saints, et me réjouir avec eux comme j'ai pleuré avec eux sur la terre ». Alors Saprice lui fit appliquer des torches allumées sur les flancs. Durant ce supplice, Dorothée, tournant vers le juge son visage de plus en plus illuminé d'une joie céleste, et insultant à sa fureur, lui disait : « Misérable, te voilà vaincu, toi et tes idoles ! »
Saprice la fit alors descendre du chevalet, puis il ordonna de la soufflater longtemps, en disant : « Qu'on frappe ce visage qui m'insulte ». Après qu'elle eut été longtemps et cruellement frappée, Saprice voyant qu'elle témoignait toujours de la joie, et que les bourreaux n'en pouvaient plus de fatigue, dicta ainsi sa sentence : « Nous ordonnons que Dorothée, jeune fille pleine d'orgueil, qui a refusé de conserver la vie en sacrifiant, et qui veut absolument mourir pour je ne sais quel homme qu'on appelle Christ, soit frappée du glaive ». A ces mots Dorothée s'écria : « Je vous rends grâces, céleste amant des âmes, de ce que vous m'appelez à votre paradis, et m'invitez à votre lit nuptial ».
Comme elle sortait du prétoire du gouverneur, un homme de loi nommé Théophile lui dit par raillerie : « Allons, épouse du Christ, tu m'enverras du jardin de ton époux des fruits ou des roses ». Dorothée lui répondit : « Très-volontiers, je le ferai ainsi ». Au moment où elle allait recevoir le coup de la mort, elle demanda au bourreau de lui laisser quelques instants pour prier. Quand elle eut achevé sa prière, un enfant parut tout à coup portant dans un linge trois fruits de la plus grande beauté et trois roses. Elle dit à cet enfant : Portez, je vous en prie, ceci à Théophile, et dites-lui de ma part : « Voici ce que tu m'as demandé de t'envoyer du jardin de mon époux ». Aussitôt elle fut frappée du glaive, et avec la palme du martyre elle alla rejoindre le Christ.
En ce moment Théophile, procureur du juge, racontait en riant à ses compagnons la promesse de Dorothée. Il parlait encore, tournant en plaisanterie la promesse de la vierge, lorsque tout à coup l'enfant se présente devant lui, portant dans un linge les trois beaux fruits et les roses épanouies. Il dit à Théophile : « Voici ce que sur ta demande, Dorothée, vierge très-sainte, t'avait promis ; elle te l'envoie du jardin de son époux ».
Théophile, en recevant ce présent, s'écria : « Le Christ est le Dieu véritable, et le mensonge n'est pas en lui ». Les autres avocats lui dirent : « Est-tu fou, Théophile, ou plaisantes-tu ? » — « Je ne suis point fou, et je ne raille pas ; mais c'est d'une manière raisonnable que je crois Jésus-Christ
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vrai Dieu ». — « Quel motif t'a donc engagé à l'exclamation que tu viens de faire ? » — « Dites-moi, en quel mois sommes-nous ? » — « En février ». — « Un froid glacial règne dans toute la Cappadoce, et tous les arbres sont dépourvus même de leurs feuilles ; d'où pensez-vous donc que viennent ces roses et ces beaux fruits avec le feuillage qui les accompagne ? » — « Pas même dans la saison des fleurs nous n'en avons vu de semblables ». Théophile leur répondit : « Moi-même que vous voyez, j'adressais par dérision la parole à Dorothée au moment où elle marchait au supplice. Comme elle me semblait folle de parler de son époux le Christ, et du Paradis où elle se rendait, j'ai insulté à ce qui me paraissait sa folie, et je lui ai dit : Lorsque tu seras arrivée au jardin de ton époux, envoie-moi des roses et des fruits. Elle m'a répondu : Je le ferai certainement. À peine a-t-elle eu souffert la mort pour le nom du Christ, que tout à coup voici venir à moi un enfant d'une beauté merveilleuse, mais petit de taille ; il me semblait, en effet, n'avoir pas plus de quatre ans ; à peine si je l'aurais cru capable de parler. Cet enfant m'a touché le côté, je me suis détourné pour le voir ; alors il m'a tiré à part, et m'a parlé dans un si gracieux langage, qu'en sa présence je semblais n'être plus qu'un paysan. Il m'a présenté ce linge avec ces fruits et ces roses, et il m'a dit : Dorothée, vierge très-sainte, t'envoie ces présents du jardin de son époux, comme elle te l'avait promis sur ta demande. En recevant ce présent, j'ai poussé un cri d'émotion, et l'enfant a disparu : je ne doute pas qu'il ne soit un Ange de Dieu ». Après avoir dit ces paroles, Théophile s'écria : « Heureux ceux qui croient au Christ et qui souffrent pour son nom ! Il est le vrai Dieu : et quiconque met sa confiance en lui, possède la vraie sagesse ».
Comme il disait ces paroles et d'autres semblables, quelques-uns allèrent trouver le gouverneur et lui dirent : « Votre procureur Théophile, qui jusqu'ici parlait contre les chrétiens et les poursuivait à mort, crie maintenant devant les portes du palais, louant et bénissant le nom de je ne sais quel Jésus-Christ, et beaucoup croient en ses paroles ». Aussitôt le gouverneur se le fit amener. Dès qu'il fut introduit, il lui dit : « Quels discours tiens-tu au dehors ? » — « Je louais heureusement le Christ que jusqu'aujourd'hui j'avais malheureusement blasphémé ». — « J'admire qu'un homme de ta prudence ait voulu même prononcer ce nom, toi qui jusqu'ici as persécuté ceux qui le confessent ». — « Cette conduite fait voir que c'est le vrai Dieu qui m'a converti de l'erreur à la voie droite, et m'a fait reconnaître que lui-même est le vrai Dieu ».
— « Les hommes, pour l'ordinaire, avancent en sagesse avec les années ; mais toi, te voilà tout d'un coup devenu insensé, lorsque tu appelles Dieu celui que les chrétiens eux-mêmes t'apprennent avoir été crucifié par les Juifs ». — « J'ai entendu dire en effet que Jésus a été crucifié, et dans mon erreur, je ne pensais pas qu'il fût Dieu ; chaque jour je blasphémais son nom : maintenant je me repens de mes crimes passés et de mes blasphèmes, et je confesse sa divinité ». — « Où donc et quand es-tu devenu chrétien, toi qui jusqu'ici as sacrifié ? » — « Du moment où j'ai confessé le Christ et ai cru en lui, je me suis senti chrétien. Ainsi, croyant de tout mon cœur au Christ, Fils de Dieu, je prêche son vrai nom, son saint nom, son nom immaculé, son nom qui n'est ni mensonge ni imposture comme le sont les idoles ».
— « L'imposture règne donc dans nos dieux ? » — « Comment l'imposture ne régnerait-elle pas dans ces simulacres que l'homme a fabriqués avec du bois, qu'il a jetés en fonte, qu'il a limés avec l'acier, dont il a affermi les
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bases avec du plomb, que les chouettes touchent familièrement, que les araignées couvrent de leurs toiles, et dont l'intérieur est souvent rempli de rats et de souris ? Je veux bien être un menteur, si ce que je dis est dénué de fondement. Mais comme je ne mens pas, il est juste que tu reconnaisses la vérité, et que tu détournes ton cœur de la fausseté. Il convient que toi, qui es établi pour juger ceux qui commettent l'imposture, tu te sépares du mensonge, et que tu recherches la vérité qui est dans le Christ ». — « Nos dieux ne sont donc pas des dieux vivants ? » — « Les idoles sont sans intelligence ; mais l'intelligence de Dieu est invisible. Tes dieux ont besoin qu'on les garde ; le nôtre garde tous les êtres. S'il n'en est pas ainsi, c'est par la raison qu'il faut me convaincre ; si tu n'as que ton pouvoir contre moi, il demeure constant que je l'emporte, du moins par la raison ».
— « Je vois, malheureux Théophile, que tu veux mourir d'une triste mort ». — « Au contraire, je désire obtenir une vie heureuse ». — « Sache donc que si tu persistes dans ta folie, je te ferai d'abord souffrir divers supplices, et ensuite je te condamnerai à une mort cruelle ». — « C'est mon désir ».
— « Il te faut avoir pitié de ta personne, de ta maison, de ton patrimoine, de tes fils, de tes parents, et ne pas te livrer témérairement à une mort publique, qui n'est que pour les fous, les scélérats et les imprudents ». — « C'est le comble de la sagesse de savoir maîtriser ainsi toutes ses affections, et de ne rien craindre de tous les supplices. Non, ce n'est pas une témérité déraisonnable, mais bien une sérieuse réflexion qui me fait persévérer dans mes résolutions ; car je préfère l'éternité au temps, je préfère ce qui doit toujours subsister à ce qui ne fait que passer ». — « Tu choisis plutôt les tourments que le repos, tu désires plutôt la mort que la vie ». — « Je crains les tourments, et j'ai la mort en horreur ; je crains des tourments qui ne finissent point ; j'ai en horreur une mort qui consiste dans des peines éternelles. Les supplices que tu peux me faire endurer finiront au bout de quelques instants ; mais ceux qui sont destinés aux adorateurs des idoles les tourmenteront bien plus cruellement, aussitôt après leur mort, et ils ne cesseront jamais ».
— « Qu'on étende sur le chevalet Théophile, ce beau parleur : peut-être la violence des tortures fera tarir sa vaine éloquence ». Dès que le martyr fut suspendu sur le chevalet, il s'écria : « Me voici vraiment chrétien, car je suis suspendu à la croix (en effet, le chevalet a quelque rapport de forme avec la croix) ; ô Christ », dit encore le martyr, « je vous rends grâces de ce que vous avez permis que je sois attaché à l'instrument de votre mort ». — « Malheureux, aie pitié de ta chair ». — « Malheureux, aie pitié de ton âme. Pour moi, je ne veux pas épargner dans le temps la chair de mon corps, afin que Dieu épargne mon âme dans l'éternité ». Le gouverneur, transporté de rage, lui fit déchirer les côtés avec des ongles de fer, et brûler les flancs avec des torches ardentes. Au milieu de ces tortures, Théophile ne disait autre chose, si ce n'est : « Je vous confesse, ô Christ, Fils de Dieu ; daignez m'admettre au nombre de vos Saints » ; et il montrait sur son visage un courage intrépide, au point qu'on eût dit que ce n'était pas lui qu'on tourmentait.
Cependant les bourreaux eux-mêmes se lassèrent, et l'impie gouverneur dicta ainsi la sentence : « Que Théophile, qui jusqu'ici a sacrifié aux dieux immortels, et qui, après les avoir adorés, a abjuré leur culte pour se joindre à la secte des chrétiens, ait la tête tranchée : nous l'ordonnons ». Théophile dit : « Ô Christ, je vous rends grâces ! » et il marcha plein de joie à la couronne de l'éternelle vocation. Ouvrier de la onzième heure, il mérita une récompense égale à celle qui fut donnée aux ouvriers de la première.
SAINT VAAST, ÉVÊQUE DE CAMBRAI ET D'ARRAS.
On a représenté sainte Dorothée assise aux pieds de la Sainte Vierge qui tient l'Enfant Jésus. D'une main elle tient une branche de marguerite ; de l'autre, l'anse d'un panier tressé en joncs dans lequel se trouvent des fleurs et des fruits. Sa tête est couronnée de roses. D'autres fois on met le panier de fleurs dans la main de l'ange chargé de les porter à Théophile, et alors le Messager céleste se tient à côté de la Sainte. Le pinceau de Rubens s'est exercé sur cette illustre vierge. Sainte Dorothée est, en certains pays, la patronne des brasseurs, des jeunes époux et des jardiniers fleuristes.
## RELIQUES DE SAINTE DOROTHÉE.
Le crâne et quelques autres parties des ossements de cette Sainte sont réunis dans un reliquaire appartenant à l'une des églises de Breslau ; c'est probablement la présence de ces reliques qui a rendu le nom de Dorothée si populaire en Allemagne. Il y est prodigué, mais n'a rien perdu de sa poésie. Les plus beaux génies de cette contrée l'ont immortalisé dans leurs vers.
Mais c'est Rome qui a le bonheur de posséder la plus grande partie des reliques de cette gracieuse Sainte dans l'église qui lui est dédiée : là, tous les ans, le 6 février, jour de sa fête, on bénit des pommes en mémoire du miracle auquel saint Théophile dut sa conversion.
Il y a encore des fragments des reliques de sainte Dorothée à Bologne, à Lisbonne, à Prague, à Sirk. Enfin il y en avait aussi à Arles, en Provence, dans l'église Saint-Honorat hors des Murs.
On nous écrivait de cette dernière ville le 3 août 1858 :
« L'église de Saint-Honorat, vulgairement appelée Notre-Dame-de-Grâce, située hors des murs de notre ville, et au moment de la Révolution encore occupée par les Pères Minimes, fut alors dévastée, ainsi que le couvent y attenant, et dont il ne reste plus qu'une petite partie. Cette église, dont les ruines sont remarquables sous le rapport de l'antiquité et par leur situation au milieu d'un ancien cimetière, païen d'abord, chrétien ensuite, n'a pas encore été rendue au culte ; elle est cependant chaque jour visitée par un grand nombre de voyageurs, et surtout par les amateurs d'archéologie. Nous n'avons, à Arles, aucune relique de Saint-Honorat. Ces reliques ne peuvent pas non plus se trouver à Lérins, dont le célèbre monastère a été, depuis bien des années, acheté par un protestant... Nous n'avons plus aucune relique de sainte Dorothée. »
L'église de la Trinité, aujourd'hui cathédrale de Laval, possède une belle relique de saint Honorat d'Arles.
Les actes qu'on vient de lire ont été textuellement empruntés aux Bollandistes. Sainte Dorothée est nommée par Slide, Ussard, Adon et les autres. Slide ajoute Chrétienne et Calliste. Un hymne du bréviaire de Toilette célèbre la gloire de Dorothée et de ses compagnes. Adoïme donne ses Actes au long dans le livre *De l'éloge de la virginité*. Thomas à Kempis a composé son panégyrique.
## SAINT VAAST, ÉVÊQUE DE CAMBRAI ET D'ARRAS
540. — Pape : Vigile. — Roi de France : Childebert Ier.
La grâce de Dieu n'a pas été stérile en moi.
*I Cor.*, xv, 10.
La famille et la patrie de saint Vaast ont été longtemps inconnues. L'opinion la plus probable est qu'il naquit à Villac, qui est aujourd'hui une paroisse de Périgord, près de Terrasson. L'église paroissiale lui est dédiée, et une fontaine porte son nom. Celui qui devait être le catéchiste de Clovis, se retira dans la ville de Toul, après avoir quitté sa famille et l'opulent héritage de ses pères. Là, il vécut solitaire jusqu'à ce que ses vertus le faisant connaître, l'évêque du lieu le fit entrer dans son clergé.
Quelques années après que Clovis, premier du nom, eut conquis le pays de Thuringe, les Allemands et les Bavarois sortirent de leur pays pour venir fondre sur les Gaules, afin d'étouffer, s'ils pouvaient, la monarchie française dans sa naissance. Cela obligea Clovis de les prévenir et d'aller au-devant d'eux avec un courage intrépide; en effet, il les battit auprès de la ville de Cologne, à Tolbiae, maintenant Zulpich. Mais la victoire fut longtemps indécise, elle semblait même pencher du côté de l'ennemi: le roi leva les yeux au ciel et, se souvenant des saints avis que la reine Clotilde, son épouse, lui avait donnés touchant le christianisme, il s'écria: « Ô Jésus-Christ, que Clotilde dit être Fils du Dieu vivant, je vous appelle à mon aide, et si vous me donnez la victoire, je croirai en vous et me ferai baptiser ». À peine eut-il fait ce vœu, que Dieu, qui voulait bénir ce prince et les Francs, ses sujets, en les rendant chrétiens et en détruisant parmi eux le paganisme et l'arianisme, changea la face de la bataille et rendit victorieux ceux qui semblaient être vaincus. Les Francs reprirent courage et arrachèrent le triomphe aux mains des Allemands, qui perdirent leur roi en ce combat et furent enfin contraints de se soumettre aux lois de Clovis et de devenir ses tributaires.
Le roi, revenant victorieux de la guerre d'Allemagne, passa par la ville de Toul et y trouva notre Saint, que les habitants regardaient comme un homme du ciel à cause de sa vie tout angélique. Il le supplia de l'accompagner jusqu'à Reims, afin de le mieux instruire du baptême des chrétiens, qu'il voulait y recevoir avec solennité. Le Saint fut très-heureux d'avoir cette occasion d'instruire le roi sur les mystères de l'adorable Trinité, particulièrement sur la consubstantialité des trois personnes divines en l'unité d'essence, contre les erreurs des Ariens, dont la princesse Lantilde, sa sœur, était infectée. Et Dieu, pour confirmer la parole de son serviteur par des signes et des miracles, permit que, passant par le village de Rilly, sur la rivière d'Aisne, il rendit la vue à un aveugle en présence du roi: ce qui fit ouvrir les yeux de l'âme à une infinité de personnes nobles qui s'y rencontrèrent. Enfin, le roi Clovis se fit baptiser solennellement à Reims. Saint Remi, qui fit cette cérémonie, avant de répandre sur lui l'eau salutaire, lui dit ces paroles: « Ployez le cou, ô Sicambre, sous le joug de Jésus-Christ; adorez ce que vous avez brûlé, et brûlez ce que vous avez adoré ». Le saint évêque entendait par là les temples des chrétiens qu'il avait brûlés, et les idoles qu'il avait adorées étant païen. Le roi répondit distinctement selon l'instruction de saint Vaast, son catéchiste: « J'adore le vrai Dieu, qui est le Père, le Fils et le Saint-Esprit ». À quoi trois mille nobles Francs qui devaient être baptisés après lui, ajoutèrent: « Nous détestons les dieux mortels, et nous sommes prêts à servir le Dieu immortel ».
Clovis, en quittant Reims, recommanda Vaast à saint Remi, et ce saint évêque s'en servit utilement pour l'entière conversion de ses diocésains, car il l'envoya dans les villages pour y catéchiser le peuple. Enfin, Dieu
SAINT VAAST, ÉVÊQUE DE CAMBRAI ET D'ARRAS.
inspira au même Saint, qui, comme apôtre des Francs, avait pouvoir d'établir de nouveaux évêchés, de le sacrer évêque d'Arras, capitale de l'Artois. Il s'agissait d'évangéliser un pays presque entièrement idolâtre. La ville d'Arras avait bien autrefois reçu la lumière de l'Évangile, du temps de la domination romaine. Mais cette église avait été fort maltraitée en 406, par les Vandales et les Alains, et plus tard presque entièrement détruite par Attila, qui avait ravagé la Gaule en 450 et l'année suivante. Dieu autorisa la mission de saint Vaast par la guérison miraculeuse d'un aveugle et d'un boiteux qu'il rencontra en entrant dans la ville. Mais il fut bien affligé lorsqu'il vit le paganisme rétabli sur les ruines de notre religion. Il ne découvrit aucune trace du culte du vrai Dieu, que dans la mémoire de quelques anciens du pays. Ils lui montrèrent hors de la ville la place de l'église où les fidèles s'assemblaient autrefois. Le Saint gémit ; il pleura en voyant ces lieux autrefois sacrés, maintenant couverts de ronces et devenus la retraite des bêtes sauvages. « Ces malheurs », s'écriait-il en s'adressant à Dieu, « nous sont arrivés parce que nos pères et nous, vous avons offensé ; nos injustices et nos iniquités nous ont attiré votre colère. Mais présentement, Seigneur, souvenez-vous de votre miséricorde et oubliez les crimes de vos pauvres serviteurs ! » Pendant que l'Apôtre, à genoux, priait pour la ville, plongée dans l'esclavage du démon, un ours sortit de ces tristes ruines. Vaast, plein de confiance en Dieu, ne fut point troublé : il conjura l'animal, au nom du ciel, de se retirer dans les bois et de ne plus repasser la rivière de la Scarpe. L'ours ne reparut jamais. En ce même endroit, il découvrit les restes d'un autel dédié à la sainte Vierge. À cette vue son cœur surabonda de joie, et il espéra que sous les auspices de la Mère de Dieu à qui cette contrée semblait consacrée, il rétablirait en peu de temps le règne de Jésus-Christ ; aussitôt il se met en devoir de bâtir une église qu'il plaça sous la protection de la sainte Vierge adoptée dès lors pour patronne du diocèse d'Arras et de Cambrai.
Les merveilles qu'il opérait, la guérison des malades, l'expulsion des mauvais esprits, le changement de l'eau en vin, lui furent d'un grand secours pour abolir le paganisme. Il y réussit à un tel point qu'il est considéré comme un des apôtres de l'Artois. Que ne fit-il pas pour gagner des âmes à Jésus-Christ ? Respectueux envers les vieillards, affable avec la jeunesse, paternel pour les enfants, il ne refusait même pas de se trouver à des festins, pour faire goûter plus facilement la nourriture céleste, la parole de Dieu.
Sous le règne de Clotaire qui, à toutes les passions violentes du barbare, unissait le sentiment religieux, les Francs, s'initiant de plus en plus aux institutions et aux habitudes romaines, perdaient de leur humeur guerrière, et passaient de longs jours en festins bruyants et en orgies abrutissantes. C'était un besoin, un luxe indispensable ; la cervoise, cette boisson fermentée dont la bière nous rappelle le souvenir, coulait à flots, et souvent après un festin où rien n'avait été ménagé, les convives ne pouvaient supporter leur corps affaibli par l'ivresse.
parofasiales; ils devaient s'assurer de l'entretien des ornements de l'autel, de la garde des titres confirmatifs des droits et des privilèges des églises, de la distribution des aumônes aux pauvres. À eux appartenaient l'installation des abbés et dignitaires ecclésiastiques, l'examen des clercs qui se disposaient à recevoir les ordres, l'explication des fêtes de l'année et de l'office divin, et surtout la visite des prisons à l'époque de certaines solennités. On voit quelle responsabilité s'attachait à ces fonctions ; aussi quelques auteurs n'hésitent point à donner aux archidiacres le nom de chorévêques. Nous n'oserions toutefois affirmer que Vaast ait été revêtu de cette dignité ; mais ce fait n'aurait rien d'étonnant, car Remi l'appelait son vicaire, *vicario sollicitudinis cooperarius*. (M. l'abbé Van Drival, Trésor sacré de la cathédrale d'Arras, p. 26.)
6 FÉVRIER.
Ocine, un des principaux leudes ou seigneurs du pays, et qui avait beaucoup de respect pour Vaast, se distinguait par sa magnificence dans les festins et par ses libéralités. Un jour qu'il devait recevoir Clotaire à sa table, il fit une invitation pressante au saint évêque pour qu'il y assistât avec le roi. Vaast, inspiré de Dieu et désireux de mettre fin à d'aussi scandaleuses coutumes, se rendit au désir d'Ocine.
Selon son habitude, il fit, en pénétrant dans la salle, le signe de la croix, et les vases remplis de cervoise se rompirent. Effrayés de ce prodige, Clotaire et les seigneurs de sa suite en demandèrent l'explication à Vaast; il leur répondit que le démon, subtil à tromper les hommes, s'y était renfermé, mais ne pouvant supporter le signe de la puissance de Dieu, il avait dû fuir honteusement, et qu'il avait abandonné cette maison, tandis que la liqueur se répandait.
A cette époque, et pendant longtemps encore, les chrétiens avaient recours à des cérémonies superstitieuses et occultes: ils consultaient les augures, croyaient aux charmes et quelquefois même payaient de fortes sommes d'argent pour se venger de leurs ennemis par des enchantements. Ce miracle, qui eut lieu en présence des plus illustres seigneurs de la Gaule franque, montra la vanité de ces formules, la grandeur d'un Dieu qui accorde un semblable pouvoir à ses serviteurs, et ramena à la pureté de la foi un grand nombre de personnes présentes. Le bruit s'en répandit aussi dans le pays et y augmenta le nombre des conversions.
Pour donner plus d'étendue aux travaux apostoliques de saint Vaast, saint Remi le chargea, en 540, du soin de gouverner le diocèse de Cambrai, alors fort vaste, et cette union des sièges d'Arras et de Cambrai dura longtemps. Ils ne furent séparés que vers la fin du XIe siècle.
Comme l'Artois, le Beauvaisis avait été dévasté par les Barbares: le saint Pontife visita cette contrée, releva les églises, rassembla les fidèles dispersés, ordonna des prêtres, fonda des hôpitaux. Suivant une vénérable tradition, il opéra dans le Beauvaisis plus de prodiges que dans son propre diocèse.
Saint Remi était arrivé à l'âge de quatre-vingt-quatorze ans; il avait puissamment affermi la foi chrétienne, fondé des églises, enrichi les monastères, converti des ariens et des idolâtres, et guidé Clovis de ses conseils. Avant de quitter cette terre, il résolut de consigner ses dernières volontés, et il écrivit un testament témoin de sa piété et de ses libéralités. L'église d'Arras y eut part, car il lui abandonna les villages de Souchez et d'Ourton, et en outre vingt sous d'or. Vaast figure parmi ceux qui ont signé cet acte important; son nom vient après celui de saint Remi, et voici la formule dont il se sert: « Ceux qu'a maudits mon père Remi, je les maudis; ceux qu'il a bénis, je les bénis. J'ai assisté à la lecture de cet écrit, et j'y ai apposé ma signature ».
Vaast était mûr pour le ciel. Son corps s'était affaibli sous le poids de l'âge et des fatigues. Son âme s'était épurée par quarante années d'un épiscopat fécond en vertus et en actions généreuses. Dieu permit que Vaast s'éteignît dans cette cité d'Arras pour laquelle il avait tout fait. Une
SAINT VAAST, ÉVÊQUE DE CAMBRAI ET D'ARRAS.
fièvre ardente le dévorait, et ses serviteurs refusaient de croire que sa fin fût prochaine. Dans une froide nuit d'hiver, au moment où le givre couvre la terre et que les étoiles scintillent au ciel, une nuée lumineuse parut sortir de la maison qu'habitait le prélat, et s'éleva jusqu'au ciel. Ce prodige dura deux heures; il fut aperçu de la ville entière et la plongea dans une grande perplexité. Les serviteurs de Vaast vinrent le prévenir; le pieux serviteur ne se fit point illusion: il comprit qu'il n'avait plus que peu de temps à passer sur la terre, et la joie qu'il en ressentit fut diminuée par la pensée que sa mort ferait verser des larmes à ceux qui l'aimaient. Il résolut de consacrer à la prière les derniers instants que lui laissait le Seigneur. Il fit venir les prêtres qui avaient été les fidèles compagnons de ses fatigues, ceux qui devaient continuer sa mission, en un mot tous ceux à qui il portait une affection paternelle et que le chroniqueur se plaît à nommer ses enfants. Il les entretint d'une voix ferme, avec cette éloquence qui prend sa source dans le cœur et que double encore l'impression d'une séparation prochaine. Fortifié par le Viatique, déjà pour ainsi dire détaché de la terre, il trouvait des accents qui arrachaient les larmes de tous les auditeurs. C'est ainsi qu'il termina doucement sa vie et s'endormit paisiblement dans le Seigneur, le 6 février 540. On prétendit qu'au moment où son âme s'élevait au ciel, un bruit distinct comme celui du chœur des anges remplit l'appartement et prouva que Vaast était déjà en possession du bonheur éternel.
Les vertus de l'apôtre des Atrébates avaient jeté un trop vif éclat pour que son culte ne se répandît pas rapidement, et Dieu permit qu'on recueillît plusieurs prodiges opérés par son intercession.
Nous n'en citerons que deux.
Quelque temps après sa mort, un incendie éclata à Arras; il menaçait de dévorer une partie de la ville. Déjà les flammes entouraient la modeste demeure où était mort saint Vaast. Une femme nommée Abite, connue par sa piété et la pureté de ses mœurs, invoqua le nom du prélat; elle le vit apparaître et écarter les flammes. Ce qu'il y a de certain, c'est que non-seulement l'appartement de Vaast, mais le lit même où il avait rendu le dernier soupir, furent épargnés. Ce nouveau prodige ne fit qu'augmenter la piété des habitants envers le saint prêtre qui leur avait rendu tant de services.
Au IXe siècle, la mer de Bretagne était célèbre par l'abondance des poissons qui s'y trouvaient, et de toutes parts les couvents y envoyaient leurs pêcheurs. En 875 on réclama de ceux de l'abbaye de Saint-Vaast un droit de deux sous pour leur permettre de jeter leurs filets en même temps que les autres barques déjà réunies. Ils refusèrent cette demande que ne justifiait aucun droit, et ils prièrent avec ardeur leur saint patron. Les barques sortirent du port, mais elles furent assaillies par une tempête si furieuse qu'à grand'peine elles purent regagner la côte. Celles au contraire qui s'étaient placées sous la protection de l'apôtre des Atrébates firent une pêche abondante et ne coururent d'autre péril que de sombrer sous le poids dont elles étaient chargées. En mémoire de ce fait, les mariniers de l'Artois payaient chaque année deux sous aux religieux du monastère de Saint-Vaast.
« Au moyen âge, on représentait saint Vaast traînant un ours à sa suite : c'est ainsi que le montrent les manuscrits qui contiennent sa vie, les tableaux des artistes, les œuvres des statuaires.
« Une pieuse tradition veut que saint Vaast, voyant cet animal dans les ruines d'Arras, lui ait donné l'ordre de le suivre, et, qu'obéissant à ce commandement, il soit devenu le compagnon fidèle du saint évêque, afin de montrer aux nations encore barbares, la puissance du Dieu dont il annonçait la parole, les inviter à se soumettre à celui qui savait commander aux animaux les plus féroces et les rendre souples et soumis ».
Événements marquants
- Comparution devant le juge Saprice
- Refus de sacrifier aux idoles
- Conversion des sœurs Chrétienne et Calliste
- Supplice du chevalet et des torches
- Miracle des fruits et des roses envoyé à Théophile
- Décapitation par le glaive
Miracles
- Apparition d'un enfant apportant trois fruits et trois roses en plein mois de février
- Conversion instantanée de Théophile
- Préservation de son lit de mort lors d'un incendie à Arras (par intercession)
Citations
Je vous rends grâces, céleste amant des âmes, de ce que vous m'appelez à votre paradis.
Voici ce que tu m'as demandé de t'envoyer du jardin de mon époux.