Saint Étienne de Châtillon
Évêque de Die
Résumé
Né vers 1155, Étienne de Châtillon fut d'abord un moine exemplaire à la Chartreuse de Portes avant de devenir évêque de Die en 1202. Reconnu pour son austérité, son humilité et son zèle pastoral, il réforma les mœurs de son diocèse et opéra de nombreux miracles. Son corps, resté intact, fut brûlé par les Huguenots en 1561.
Biographie
SAINT ÉTIENNE DE CHÂTILLON,
ÉVÊQUE DE L'ANCIEN SIÈGE DE DIE, EN DAUPHINÉ
Non est bonus qui bonum facit, sed qui incessabiliter facit.
L'homme bon n'est pas celui qui fait le bien, mais celui qui ne cesse jamais de le faire.
Saint Bernard.
Saint Étienne naquit vers 1155, d'une famille illustre, à Châtillon, cheflieu de la petite province des Dombes, qui était alors du diocèse de Lyon. Il se montra, dès ses jeunes ans, doux, modeste, caressant, officieux, et fit paraître dans l'enfance même la prudence et la retenue d'un vieillard. Il apporta à l'étude d'excellentes dispositions, et fit dans les sciences des progrès qui l'élevèrent bientôt au-dessus de ceux qui les lui enseignaient ; mais il écoutait en même temps un autre maître qui lui parlait au cœur et qui lui inspirait un ardent amour pour la véritable sagesse. Ce fut pour suivre ses conseils qu'il méprisa les plaisirs de la vie, les biens de la terre et tout ce que le monde a de plus spécieux pour captiver les hommes. Dans cette voie étroite, on le vit marcher humble, chaste et sobre. Dès lors sur
tout, il pratiqua l'abstinence d'une manière fort rigoureuse : non content de jeûner fréquemment, il fit vœu de ne manger jamais de viande. La prière faisait sa principale occupation, et le reste de son temps était employé à la méditation des vérités saintes et à l'exercice des œuvres de miséricorde.
Tout le monde était en admiration devant le jeune Étienne, et cette admiration était d'autant plus grande qu'on rencontrait rarement de si beaux modèles au milieu du siècle et surtout au sein des richesses et de l'opulence. On vit alors les sentiments se partager à son sujet. Les personnes sages louaient sa conduite, mais les gens du monde, qui de tout temps ont contredit la vertu, ne voyaient dans sa manière d'agir qu'une misanthropie condamnable. Pour lui, sans se mettre en peine de ce que l'on débitait sur son compte, et méprisant les applaudissements et le blâme des hommes, il ne prenait de conseils que de cet oracle du Prophète : « Il est avantageux à l'homme de porter le joug du Seigneur dès sa jeunesse ». Poussé par le désir de ne vivre que pour Dieu et dégoûté de la vie séculière par tout ce qu'il avait remarqué dans le monde, il résolut d'y renoncer entièrement pour se délivrer des pièges qu'il lui tendait. À l'âge de vingt-six ans, il se retira dans la Chartreuse de Portes, en Bugey, lieu déjà illustré par plusieurs personnages.
Sa vertu se trouvant en sûreté dans cet asile, prit de si grands accroissements, que bientôt elle parut égaler celle de ces saints religieux. S'offrant tous les jours en holocauste, il s'efforçait, comme ces modèles, de mourir au monde, afin de faire vivre Jésus-Christ seul dans son cœur. Il réduisait son corps en servitude par les veilles, les jeûnes, les macérations. Selon la coutume des Chartreux, il portait le cilice et pratiquait beaucoup d'autres austérités permises par la Règle ou autorisées par l'exemple des supérieurs. La Règle ordonnait que trois jours de la semaine on n'eût pour toute nourriture que du pain, de l'eau et du sel. Étienne, enchérissant encore sur ce point, ne voulut presque jamais autre chose sur sa table ; encore, à côté de ce morceau de pain, se trouvait-il un manuscrit sur lequel il avait toujours les yeux fixés, nourrissant ainsi le corps et l'âme tout à la fois. Son amour et sa dévotion envers l'adorable sacrement de nos autels étaient si grands qu'en célébrant les saints mystères, son visage était inondé par les larmes que faisait couler la reconnaissance. Sa préparation et son action de grâces absorbaient toute sa vie, puisque c'était pour se rendre digne de recevoir son Dieu dans la communion et pour le remercier de s'être communiqué à lui, qu'il passait la nuit et le jour en oraison, en méditation, à chanter les louanges du Seigneur. C'est au fond de cette solitude qu'il faisait servir le silence, la prière et les mortifications à sa sainteté dont il avait soin de dérober l'éclat aux autres religieux par son humilité. Ce qui commença à le faire découvrir au dehors, fut le besoin qu'eurent les Chartreux de Portes d'un prieur pour les gouverner, à la place de celui qui venait de mourir. Ils jetèrent les yeux sur Étienne, et pour vaincre la répugnance qui le faisait résister à leur choix, tous joignirent leurs instances et le contraignirent de se rendre. Ils ne s'étaient point trompés dans le jugement qu'ils avaient porté sur sa sainteté et ses talents, car il serait difficile de faire connaître toute la prudence, toute la fermeté et tout le zèle qu'il déploya dans sa charge de prieur qui, suivant l'institut des Chartreux, demandait encore plus de sainteté que d'instruction. Ainsi sa renommée, mêlée à la bonne odeur de ses vertus, remplit non-seulement le pays d'alentour, mais s'étendit fort au loin ; car ce n'était pas seulement à ceux qui
étaient sous sa direction qu'il était utile, mais il s'efforçait encore de l'être à beaucoup d'autres. Un concours nombreux d'étrangers, animés du désir de leur salut, se rendaient continuellement à la Chartreuse de Portes, où le saint prieur leur distribuait le pain de vie avec une tendre sollicitude. Aussi un bon nombre de chrétiens égarés durent-ils à ses sages conseils leur retour dans le sentier de la vertu.
La Providence le formait insensiblement, par les fonctions de cet emploi, à l'épiscopat auquel elle le destinait ; et Dieu ne tarda pas à placer sur le chandelier cette lumière ardente, afin qu'elle brillât dans toute l'Église.
Le diocèse de Die, en Dauphiné, venait de perdre son pasteur ; le chapitre de la cathédrale et le peuple se rassemblèrent pour lui nommer un successeur. Les sentiments étaient partagés et le choix se portait sur différents candidats dont quelques-uns n'étaient point étrangers à l'intrigue. Les plus sages jetèrent les yeux sur Étienne, et réunirent les suffrages en sa faveur par l'éloge qu'ils firent de sa sainteté, de sa prudence, de son discernement et de sa piété. Mais comme on avait bien prévu que la violence seule pourrait l'arracher à sa chère solitude, on se hâta d'envoyer auprès du Pape pour obtenir la bulle de confirmation, tandis que celui qui en était l'objet, retiré dans la profondeur du désert, ignorait absolument tout ce qui se passait à son sujet. Le souverain Pontife, instruit de ce choix, fit éclater sa joie, félicitant le diocèse de Die et publiant tout haut qu'une telle élection ne pouvait venir que de Dieu. On voit par là que la réputation de sainteté d'Étienne avait traversé, bien d'autres montagnes que celles du Bugey, et qu'elle était parvenue jusqu'au souverain Pontife. Le Pape ayant donc imprimé à cette élection le sceau de l'autorité apostolique, donna des ordres pour que le nouveau pasteur se chargeât sans délai du soin de son troupeau. Les chanoines, munis de cet ordre, volèrent auprès de l'humble Chartreux, lui montrèrent les lettres du vicaire de Jésus-Christ et le conjurèrent, au nom de l'Église qui l'avait élu, de se rendre à leurs vœux. Étienne, après avoir lu ces lettres et entendu les députés de Die, leur tint cet humble langage : « Je m'étonne que des hommes, sages comme vous l'êtes, aient jeté les yeux sur un religieux ignorant et inconnu, sans expérience, élevé dans le désert, qui ne connaît ni les affaires de l'Église, ni celles du siècle, qui ne possède aucune des vertus nécessaires à un évêque, et qui doit tout son temps à la pénitence ; je m'étonne que vous vouliez lui imposer un si pesant fardeau. Changez de sentiments, je vous en prie, cessez de me faire violence ; je n'adhérerai jamais à votre demande ». Comme ils le pressaient et le suppliaient encore avec plus d'instance, il leur adressa les paroles du bienheureux Hugues, auparavant Chartreux comme lui, ensuite évêque de Lincoln, et qui était depuis deux ans en odeur de sainteté. « Soyez persuadés qu'il n'est pas en mon pouvoir de me rendre à vos idées ; je suis religieux et soumis à la volonté d'un autre auquel je dois obéir jusqu'à la mort. Or, il n'est pas convenable que j'abandonne le soin de cette maison, pour prendre en main le gouvernement de votre Église ».
Après cette réponse, les chanoines, voyant qu'ils ne pourraient rien gagner sur son esprit, sans contester plus longtemps, se retirèrent et obtinrent de nouvelles lettres du Pape qui mandait au prieur de la Grande-Chartreuse d'obliger celui de Portes à se soumettre. Dès lors, les députés de l'Église de Die revinrent vers Étienne ; mais instruit de leur arrivée, il prit la fuite et alla se cacher dans le désert. Le vénérable Guigues, prieur de la Grande-Chartreuse, donna ordre de le chercher et le força, en vertu de la
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sainte obéissance, à se rendre à la demande du clergé et du peuple de Die, et aux ordres du souverain Pontife. Les chanoines, ravis et pleins de joie, le conduisirent à Vienne, et trois archevêques lui donnèrent l'onction épiscopale dans cette ville, l'an 1202.
De Vienne, le nouvel évêque se hâta d'aller à Die, où il fut reçu avec les plus éclatants témoignages d'allégresse. Installé dans le palais épiscopal, il y vécut avec la même simplicité que dans sa cellule, suivant, autant que possible, les exercices pieux de son Ordre, cherchant même à les faire d'une manière encore plus parfaite ; il assistait régulièrement au chœur avec ses chanoines, célébrait tous les jours la sainte messe, avec une dévotion qui étonnait autant qu'elle édifiait.
A l'exemple du Sauveur, Étienne, dès les premiers jours de son épiscopat, se fit une Règle de pratiquer lui-même les choses qu'il devait apprendre aux autres, et l'on fut extrêmement surpris de voir celui qu'on avait cru seulement un religieux et un homme de piété, remplir toutes les fonctions épiscopales avec tant de sagesse et de dignité : sa vigilance et son zèle s'étendaient à tout.
Les visites qu'il fit dans son diocèse lui acquirent la triste conviction que le peuple profanait habituellement le saint jour du dimanche, en le consacrant au démon par le négoce, la danse, les jeux, la fréquentation des cabarets et des spectacles les plus dangereux pour les mœurs. Étienne, affligé de ces abus, s'appliqua par des discours paternels mais solides, à montrer l'énormité d'une telle prévarication et l'injure qu'elle faisait à Dieu. Mais une partie de cette population aveugle et grossière, bien loin de se rendre à ses exhortations ; les méprisa au point de ne plus vouloir les écouter. Le zélé prélat ne se découragea point ; il se rappela qu'il était pasteur et non mercenaire, et résolut de prêcher à temps et à contre-temps. Mais il eut recours à une arme encore plus efficace que la parole, pour vaincre le démon et ramener son peuple à ses devoirs, ce fut la prière. Cette prière opéra des prodiges ; les mœurs furent réformées, les vices cessèrent, et le diocèse de Die n'offrit plus que le spectacle des vertus qu'on admirait parmi les premiers chrétiens.
La grandeur et les soins de l'épiscopat ne firent pas oublier à Étienne la Chartreuse de Portes, où il avait coulé des jours si heureux. Il y retournait fréquemment ; y vivait comme les autres religieux, retiré dans sa cellule et se donnant tout entier à l'oraison et à la contemplation. Jamais les attributs de sa dignité ne l'accompagnaient dans ce paisible lieu ; mais la Règle retrouvait en lui un humble disciple de saint Bruno, qui se pliait avec bonheur aux saintes lois de l'obéissance. Il n'y portait pas d'autres habits que celui de l'Ordre ; son lit, sa table, son ameublement, n'étaient pas différents de ceux du dernier religieux. Souvent il se faisait un plaisir de se rendre dans les lieux de piété qui lui étaient connus, et là, rassemblant tous les frères, il leur adressait des paroles pleines de douceur et d'onction. Cette tendre charité s'étendait à tous les malheureux, et les pieux auteurs de sa vie rapportent une infinité de traits qui prouvent que Dieu le faisait participer à sa puissance pour guérir miraculeusement les malades, chasser les démons et soulager les pauvres. Il les aimait et les traitait comme des frères, il voyait en eux Jésus-Christ souffrant ; aussi jamais il ne les laissait à sa porte, mais il les faisait entrer chez lui et leur servait même à manger, conversait avec eux, les instruisait, les consolait, et ne les renvoyait qu'après les avoir comblés de sa bienveillance et de ses bienfaits.
La mesure des travaux qui lui étaient prescrits se trouva comblée en
peu de temps. Dieu, voulant terminer son laborieux pèlerinage et l'introduire dans l'héritage de la céleste patrie, lui envoya une maladie qui changea en tristesse la joie que son Église avait de le posséder. L'amour que son clergé et les laïques lui portaient, parut dans les soins que chacun voulait lui prodiguer, et vint adoucir les souffrances qu'endurait ce saint pasteur. Il avait annoncé l'heure de sa mort, et en l'attendant avec une tranquillité admirable, il bénissait son peuple et son clergé, les exhortait à vivre dans une grande concorde, priait avec ferveur et donnait ses avis sur ce qu'il y aurait à faire quand il ne serait plus parmi eux. Pendant qu'on lui administrait les derniers sacrements, qu'il reçut avec la plus touchante piété, une femme malade et abandonnée des médecins, lui demanda une bénédiction particulière. Le moribond étendit vers elle une main défaillante, et appela sur sa tête les dons du ciel qu'elle réclamait pour sa guérison. Au grand étonnement de tous les assistants, cette femme, pleine de foi, s'en retourna comme celle qui avait mis tant d'empressement à toucher les habits de Jésus-Christ. C'est ainsi que cet homme de Dieu rendit la santé aux autres, tandis que lui-même, affaibli par la maladie, s'en allait mourant ; mais il ne demandait point pour lui la même faveur, car il témoignait par ses vœux le désir qu'il avait d'aller bientôt finir dans le ciel cette longue prière qu'il avait commencée sur la terre. Ce moment heureux pour lui arriva le 7 septembre 1208. Il était âgé de cinquante-trois ans, et en avait passé vingt et un dans la Chartreuse de Portes et six dans l'épiscopat. Sa dépouille mortelle fut ensevelie dans la chapelle dédiée à la sainte Vierge, dans sa cathédrale.
Saint Étienne est ordinairement représenté en chaire, et tandis qu'il prêche on voit apparaître des démons au milieu de l'auditoire. Le Saint les avait forcés de venir rendre témoignage par leur présence à ses paroles sur la sanctification du dimanche méprisée et profanée par le peuple.
## CULTE ET RELIQUES.
Aussitôt après sa mort, des guérisons miraculeuses se firent tous les jours à son tombeau et engagèrent l'archevêque de Vienne et ses suffragants à écrire au pape Grégoire IX pour lui demander que le saint évêque fût inscrit au catalogue des Saints. Le souverain Pontife permit de rendre un culte public au saint thaumaturge et d'implorer sa protection. Dès lors la foule des solliciteurs redoubla, et le tombeau du saint Évêque devint si illustre que chaque nouvel évêque de Die y allait faire une prière avant de prendre possession et jurait sur la relique de respecter les exemptions du chapitre. Cependant le Calvinisme s'étant introduit dans le Dauphiné, pénétra dans la ville de Die, et dès lors la dévotion à saint Étienne diminua avec la foi aux vérités saintes. La rage des Huguenots les porta à détruire les églises et à brûler les reliques des Saints. Maîtres de Die, ils ouvrirent le tombeau de saint Étienne ; son corps, qu'ils trouvèrent encore entier comme au moment de sa mort, ne sut pas commander leur respect. Ils l'enlèverent et le jetèrent au feu, l'an 1561.
Mgr Devie, voulant faire honorer dans son diocèse un si puissant protecteur qui lui appartient par sa naissance, a fait insérer son nom dans le calendrier, et ordonné que l'office en serait fait désormais le 7 du mois de septembre.
Extrait de l'Histoire hagiologique du diocèse de Belley, par Mgr Depéry. — Cf. Surina; Acta Sanctorum; Gallia Christiana; De rebus gesta episcoporum Diessens, par Jean Colombi; Chronicum cartusianum, par Pierre Dorland, chartreux; Éphémérides de l'Ordre des Chartreux, par Dom Levasseur; et l'Histoire de Bresse, par Samuel Guichenon.
Événements marquants
- Naissance vers 1155 à Châtillon
- Entrée à la Chartreuse de Portes à l'âge de 26 ans
- Élection comme Prieur de la Chartreuse de Portes
- Sacre épiscopal à Vienne en 1202
- Épiscopat à Die et réforme des mœurs dominicales
- Mort le 7 septembre 1208 à l'âge de 53 ans
- Destruction du corps par les Huguenots en 1561
Miracles
- Guérison d'une femme abandonnée des médecins par une bénédiction sur son lit de mort
- Apparition forcée de démons durant ses prêches pour témoigner de la vérité
- Nombreuses guérisons posthumes à son tombeau
- Incorruptibilité du corps constatée en 1561
Citations
Je m'étonne que des hommes, sages comme vous l'êtes, aient jeté les yeux sur un religieux ignorant et inconnu, sans expérience, élevé dans le désert.
Il est avantageux à l'homme de porter le joug du Seigneur dès sa jeunesse