Saint Pothin et ses compagnons (Martyrs de Lyon)

Évêque et Martyrs

Fête : 2 juin 2ᵉ siècle • sainte

Résumé

En 177, sous Marc-Aurèle, quarante-huit chrétiens de Lyon et Vienne, menés par l'évêque Pothin et l'esclave Blandine, subissent le martyre. Après d'atroces supplices à l'amphithéâtre et en prison, leurs restes sont brûlés et jetés au Rhône. Leur récit, consigné dans une lettre célèbre, constitue l'acte fondateur de l'Église de Lyon.

Biographie

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE SUR LE RÉCIT DU MARTYRE DE SAINT POTHIIN ;

QUELQUES DÉTAILS SUR LES AUTRES MARTYRS DE LYON ; — MONUMENTS ; — CULTE.

Comme nous l'avons dit, nous avons puisé le récit du martyre de saint Pothin et de ses compagnons dans la Lettre circulaire adressée par les Églises de Lyon et de Vienne à celles d'Asie et de Phrygie. Cette Lettre, rédigée en grec, nous a été conservée par Eusèbe Pamphile, évêque de Césarée, et nous est parvenue dans le texte original, avec l'histoire ecclésiastique de cet auteur. Malheureusement, cette lettre qui constitue la plus belle page de l'histoire de Lyon, nous ne la possédons pas dans son intégrité. Eusèbe l'avait insérée en son entier, dans sa *collection des Actes des Martyrs*. Ce dernier ouvrage est perdu, et l'hagiographe en regrette d'autant plus la perte, qu'il contenait les actes primitifs et consulaires de tous les martyrs des trois premiers siècles de l'Église.

L'authenticité de la Lettre des Églises de Lyon et de Vienne n'a été mise en doute par personne. Aussi le sévère Baillet a-t-il pu dire : « Nous n'avons rien de plus authentique après l'Écriture sainte ». On en attribue la rédaction à saint Irénée. Tous les auteurs ont signalé les beautés pénétrantes, le parfum d'antiquité de cette Lettre écrite sous la dictée même des Martyrs. Eusèbe, historien calme et même sec, ne peut s'empêcher de sortir de son impassibilité, en abordant ce vénérable monument.

Du Bosquet ne sait comment louer cette Épître admirable. En pleine histoire, il interrompt le fil de son récit pour s'écrire avec enthousiasme : « Quel est celui qui oserait entreprendre d'imiter

SAINT POTHIIN, ÉVÊQUE, SAINTE BLANDINE, VIERGE, ETC.

l'éloquence de ces Pères? Le bienheureux esprit des martyrs est encore vivant dans ces paroles, toutes mortes qu'elles sont. Le sang répandu pour Jésus-Christ y paraît encore tout bouillant. Ils ne parlent que de choses qu'ils ont vues, qu'ils ont touchées, qu'ils ont endurées; ils ne rapportent que les paroles qu'ils ont recueillies de la bouche sacrée des Saints, ou celles qu'ils ont employées pour les exhorter à remporter la victoire sur l'idolâtrie! ».

Bien que séparé de Rome, de cette Église qui réclame les martyrs pour ses légitimes enfants, Scaliger n'a pas laissé d'écrire ces mémorables paroles sur les Actes de saint Polycarpe et la Lettre des Églises de Vienne et de Lyon: « Ces Actes, qui sont des plus anciens de l'Église, touchent tellement le lecteur religieux, qu'il ne peut se rassasier de cette lecture. Il n'y a personne qui, selon la portée de son esprit et le mouvement de sa conscience, ne puisse reconnaître cette vérité. Pour moi, je n'ai jamais rien lu dans l'histoire ecclésiastique qui laisse une si forte impression dans mon âme, m'emporte ainsi hors de moi-même ». Parlant en particulier de la Lettre des Églises de Vienne et de Lyon: « Peut-on », dit-il, « rien lire dans les monuments de l'antiquité chrétienne qui soit plus auguste et plus digne de respect ? »

Au point de vue littéraire, cette Lettre a été comparée, par le plus récent historien de saint Pothin, à ces monuments cyclopéens dont les assises puissantes et les lignes sévères repoussent des ornements faits pour des styles plus humbles, pour des édifices d'un ordre inférieur. Étranger à toute préoccupation littéraire, le rédacteur de cette Lettre s'est effacé complètement, il s'est bien gardé d'en faire une œuvre sienne par un travail personnel; aussi ne s'est-il pas réservé le privilège, d'ailleurs pleinement acceptable, d'y apposer sa signature. Œuvre collective des Églises de Vienne et de Lyon, cette Épître ne devait pas, même quant à la forme, dépouiller en caractère général pour revêtir celui d'une personnalité trop accusée.

Eh bien! il se trouve que cette absence de tout artifice littéraire atteint à une puissance supérieure à tous les effets de l'art. Cette reproduction exacte, scrupuleuse des scènes du forum, des prisons et de l'amphithéâtre, met notre âme en contact avec la grande âme des Martyrs. Saisis d'admiration, nous sentons passer en nous quelque chose de l'esprit qui animait ces héros chrétiens. La vertu communicative de leur grandeur morale est telle, qu'elle nous élève, qu'elle nous arme de courage pour ce martyre de détail, condition de toute vie sérieusement chrétienne.

Pourtant, si attentif qu'il ait été à s'effacer, le rédacteur de la Lettre n'a pu s'empêcher d'y laisser quelque chose de sa manière, de son style, une légère empreinte de son talent. Forcé de l'abréger considérablement, nous n'avons pu en reproduire les merveilleuses beautés; mais l'ensemble et les détails de ce monument trahissent une main habile, un esprit cultivé; on y rencontre nombre de traits qui dénotent un écrivain d'un goût exquis, familier avec tous les genres de beauté. Ainsi, lorsque le bienheureux Pothin paraît au pied du tribunal, le rédacteur a un magnifique coup de pinceau pour nous représenter la générosité du saint évêque, la soif du martyre qui le dévorait. « Épuisé par l'âge et les infirmités, dit la Lettre, il retenait son âme dans son corps afin de ménager par sa mort un glorieux triomphe au Christ ». Le passage suivant peint avec un rare bonheur les enchaînés du Christ; il fait ressortir vivement à nos yeux la sérénité de ces héros chrétiens. « Les Martyrs paraissaient joyeux; leur front respirait un mélange de grâce et de majesté. Les chaînes composaient à leurs membres une parure admirable; c'étaient les bracelets de l'épouse, vêtue d'une tunique aux franges d'or, aux desseins variés ». Voici maintenant une gracieuse image pour retracer dans leur ensemble les supplices qui terminèrent la vie des Martyrs: c'est une couronne de fleurs déposée sur leur tombeau. « Ils accomplirent leur martyre par divers genres de mort. De la sorte ils offrirent au Père céleste une couronne tressée avec des fleurs variées, nuancée de différentes couleurs ». En plus d'un endroit, l'expression, comme la pensée, est d'une force, d'une énergie remarquable. Après avoir dit que les martyrs obtinrent par leurs prières la conversion de plusieurs qui avaient eu la faiblesse de renier leur foi, le rédacteur ajoute: « Ils (les Martyrs) étreignirent si fortement à la gorge le dragon infernal, qu'ils le forcèrent de rendre vivants ceux qu'il croyait avoir dévorés ».

Nous avons de cette Lettre quatre traductions latines: nous les devons à quatre auteurs qui ont fait passer dans la langue de Rome, l'histoire ecclésiastique d'Eusèbe. La première pour l'ancienneté, mais non pour le mérite, est celle de Rufin, prêtre d'Aquilée, si connu par ses démêlés avec saint Jérôme. Rufin regarde plus au sens qu'aux paroles. Sa traduction est trop libre. La version que fit paraître le ministre protestant Wolfgang, vers le milieu du XVIIIe siècle, est claire, précise, mais assez souvent infidèle au sens. Mêmes qualités et mêmes défauts dans celle de Christophoron, évêque anglican de Chichester; Baronius l'a suivie et il lui doit, dit-on, plusieurs des erreurs chronologiques dans lesquelles il est tombé. Venue la dernière, celle de Henri de Valois est la plus exacte.

La langue française possède deux traductions complètes de l'histoire d'Eusèbe. La première publiée en 1532, est d'un style vieilli et suranné: on le doit à Claude de Seyssel, évêque de Mar-

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seille; la seconde, correcte, élégante même, mais trop libre, est du président Cousin. — La Lettre des Églises de Vienne et de Lyon a été traduite séparément par un grand nombre d'auteurs, et entre autres par Drouot de Maupertuy, dans les Actes des Martyrs, traduits de Dom Ruinart. Cette traduction est la plus connue, et cependant elle est pleine de défauts.

« Maupertuy se met trop au large; sa version se joue autour du texte à la façon d'un commentaire plutôt que d'une sévère traduction. Or, avec cette largeur d'interprétation, le sens n'est pas toujours sauvé; les beautés de l'original sont ternies, effacées; le caractère général de la Lettre, son accent et sa couleur disparaissent; et, au lieu d'une reproduction exacte, il ne vous reste qu'une pâle et infidèle copie d'un chef-d'œuvre chrétien ».

Nous avons évité, cette fois, de reproduire Maupertuy. Les meilleures traductions étant celles de M. Cellombet, dans ses Saints de Lyon, 1835; du Père Gouilloud dans l'histoire de saint Pothin et de ses compagnons, martyrs, 1868, nous les avons combinées pour donner autant que possible une idée de ce chef-d'œuvre.

Dans son hist. ecclésiastique, Eusèbe indique positivement que le bienheureux Pothin souffrit la dix-septième année du règne de Marc-Aurèle. Comme cette année répond à l'an 177, nous avons donc la date précise de l'époque à laquelle fut écrite la lettre des églises de Vienne et de Lyon. Reste à fixer le jour.

D'après l'opinion commune, les derniers Martyrs furent mis à mort au commencement du mois d'août. Le rédacteur de la Lettre ne signale pas expressément cette époque, mais il la donne suffisamment à entendre par le terme qu'il emploie. Dans cette panégyrique, les historiens lyonnais s'accordent à voir le concours immense que les fêtes en l'honneur de Rome et d'Auguste, célébrées aux calendes d'août, attiraient de toute part à Lyon. Il n'y a donc pas lieu de reporter deux mois plus tôt le dernier interrogatoire, comme le fait un auteur. La fête de saint Pothin et de ses compagnons, fixée par l'Église au deuxième jour de juin, ne favorise nullement cette opinion. Aux termes de la Lettre, la grande bourbe où furent immolés les Martyrs de Lyon, fut consommée à l'amphithéâtre, pendant les fêtes qui, suivant toute vraisemblance, étaient les fêtes du mois d'août (177).

« On était », dit la Lettre, « au commencement d'une réunion solennelle qui attire de tous les pays un grand concours d'étrangers. Le président traduisit les Saints à son tribunal, pour les donner en spectacle à la multitude. Il leur fit subir un nouvel interrogatoire. Après quoi, tous ceux qui furent trouvés ayant droit de cité, eurent la tête tranchée; quant aux autres, ils furent livrés aux bêtes ».

Après la persécution, l'Église de Lyon, instituant une fête en l'honneur de saint Pothin, ne voulut pas séparer du pontife ceux qui lui avaient été associés dans les souffrances.

Vettius Epagathus est le premier dont le nom soit écrit dans la Lettre des deux Églises. Par la noblesse de sa naissance, il marchait à l'égal de ce qu'il y avait de plus distingué à Lyon et dans la province. Sa famille était arrivée aux plus grands honneurs: le nom des Vettius avait été plusieurs fois inscrit dans les fastes consulaires; il avait aussi brillé sur l'album de sénat romain. A cet éclat profane, venait s'ajouter dans Epagathus le lustre qui vient de la vraie foi. Il était, paraît-il, petit-fils de Léocadius, de ce sénateur qui, au Ier siècle, avait donné son palais de Bourges à saint Ursin pour qu'il le convertît en église. S'il en est ainsi, on voit que nous avons eu raison de dire que Lyon renfermait des chrétiens dans son sein, avant l'arrivée du bienheureux Pothin. Grégoire de Tours, il est vrai, intervertit les rôles et fait de Léocadius, un descendant de Vettius Epagathus; mais il suffira de faire observer que la chronologie du Père de l'histoire de France est en défaut, en ce qui concerne l'histoire de Lyon, comme sur beaucoup d'autres points. C'est ainsi, pour ne citer qu'un exemple, qu'il place le martyre de saint Irénée avant celui de saint Pothin. D'ailleurs, après avoir dit dans son Histoire des Francs, que saint Ursin fut envoyé à Bourges au IIIe siècle, sous l'empire de Bèce, il se contredit dans son Livre de la gloire des confesseurs, et nous représente ce même saint Ursin, envoyé par un disciple immédiat des apôtres, c'est-à-dire vers le temps de Claude, au Ier siècle. La vraisemblance est donc en faveur de la préexistence de Léocadius.

Quant à la patrie de Vettius Epagathus, aucun monument ne la fait connaître d'une manière précise: il est naturel de penser qu'il était de Lyon, puisqu'il y était fort connu et qu'il était petit-fils d'un sénateur qui avait résidé dans cette ville.

Le rédacteur de la Lettre introduit ensuite sur la scène Sanctus, Maturus, Attale et Blandine; un diacre, un citoyen romain, un néophyte d'hier et une esclave.

Sanctus était né à Vienne d'une famille libre. Henri de Valois, traducteur et annotateur d'Eusèbe, a pensé que Sanctus avait vu le jour à Vienne et qu'il avait été attaché au clergé de Lyon en qualité de diacre. Bien que le texte grec se prête à une double interprétation, il suffit pour dissiper toute ambiguïté de recourir aux traditions locales. Or, d'après les traditions des églises de Vienne et de Lyon, non-seulement Sanctus était de Vienne, mais il appartenait au clergé de cette dernière ville. Mais, demandera-t-on, comment Sanctus se trouvait-il à Lyon, et comment le président de la Lyonnaise a-t-il pu condamner un citoyen appartenant à la province Narbonnaise? La réponse est facile. Des liens s'étaient formés entre les deux communautés chrétiennes, bien avant la persécution de 177. La persécution ayant éclaté à Lyon, les fidèles de Vienne se portèrent au secours de ceux de Lyon. Or, d'après les lois romaines, le président d'une ville avait juridiction sur les étrangers, lorsqu'ils avaient commis quelque crime ?

Nous ne savons rien sur Maturus, sinon qu'il était sujet provincial de Lyon et qu'à peine sorti du bain sacramentel, ce chrétien d'hier était devenu un athlète généreux, réalisant ainsi la signification de maturité qu'emporte son nom.

Attale était un chrétien de grande naissance. Grec asiatique d'origine, il avait vu le jour à Pergame et descendait peut-être de l'un des affranchis des rois de ce pays. Attale nous est représenté comme une des colonnes du christianisme à Lyon : cela n'étonnera pas si l'on considère que c'est lui probablement, que saint Juste, évêque de Vienne, avait choisi pour aller remplir auprès du pape saint Pie Ier, une mission au nom de l'église de Vienne. Voici à quelle occasion. Des chrétiens avaient succombé à Vienne, victimes d'une persécution locale dont on ignore les causes, sous le règne d'Antonin le pieux. Saint Juste chargea Attale d'aller porter au siège de Pierre les Actes de ces Martyrs. La lettre, qualifiée de lettre d'or par Baronius, que le Pape écrivit en réponse à saint Juste, commence ainsi : « Attale est venu vers nous et il nous a comblé de joie en nous faisant le récit du triomphe des Martyrs ». La plupart des savants orthodoxes n'hésitent point à voir dans le courrier expédié à Rome, ce même Attale qui fut traduit devant le tribunal du président de la Lyonnaise. Ce point admis, on est autorisé à reconnaître qu'Attale appartenait à l'église de Vienne, plutôt qu'à celle de Lyon.

Après Sanctus, Maturus et Attale, vient Blandine l'esclave.

Le contraste de sa condition avec la noblesse de son caractère n'a pas contribué médiocrement à mettre Blandine en relief. Un héroïsme parti de si bas a placé si haut l'humble esclave, lui a dressé un piédestal si élevé, que, parmi les quarante-huit Martyrs de Lyon, elle occupe une des premières places dans l'admiration des fidèles aussi bien que dans les monuments historiques et liturgiques. Descendue avec sa maîtresse dans l'arène sanglante, elle y a brillé d'un si vif éclat, qu'elle a complètement éclipsé la matrone gallo-romaine dont elle était la propriété. Son nom a été recueilli par la Lettre des deux Églises ; il nous est arrivé glorieux entre les quarante-sept autres ; et le nom de sa maîtresse, immolée pour Jésus-Christ comme elle, n'est connu que de Dieu seul. Il y a mieux, c'est le privilège de Blandine de marcher l'égale du bienheureux Pothin, dans le culte rendu aux Martyrs de Lyon. Dans l'éloquente homélie prononcée par saint Encher à la gloire de ces héros chrétiens, elle est distinguée parmi tous les autres ; elle y est nommée seule avec le bienheureux Pothin. Quelquefois même l'héroïne chrétienne efface complètement tous ses compagnons de souffrances, en sorte qu'il n'est fait mention expresse que de Blandine. Ainsi, dans plusieurs martyrologes et oraisons anciennes, elle a le singulier honneur de figurer seule, d'être seule invoquée par son nom. Cette mention privilégiée, cette invocation exceptionnelle, traduisent heureusement le titre de mère des Martyrs qui lui est donné par la Lettre des deux Églises.

Le rédacteur de cette Lettre fait vivement ressortir à nos yeux l'héroïque Blandine ; il s'arrête avec une sorte de complaisance devant sa charmante figure, et chaque fois qu'il revient à elle, tout en restant dans son rôle de fidèle témoin, il laisse percer une nuance d'admiration attendrie, quelque chose qui ressemble à une sorte de prédilection. Ainsi l'esclave dédaignée des hommes est devenue un type de grandeur morale, la personnification des martyrs de Lyon.

Le nom de l'esclave chrétienne est demeuré attaché à un oratoire bâti près du lieu qui fut le théâtre de son immolation. La crypte de l'église d'Aynay est dite crypte de sainte Blandine.

Nous pensons que près de l'amphithéâtre se trouvait une prison spéciale où l'on enfermait les condamnés aux bêtes, en attendant l'heure des jeux, ou bien lorsqu'ils devaient paraître à plusieurs reprises dans l'arène. D'après cela, sainte Blandine aurait été tirée des cachots de la colline, et serait demeurée dans la prison contiguë à l'amphithéâtre jusqu'à son dernier combat. De là serait venue aux fidèles la pensée de lui élever une chapelle dans l'endroit où elle avait été enfermée entre sa première et sa dernière exposition aux bêtes.

Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons, faute de données, assigner une date certaine à la crypte actuelle. Pendant l'ère des persécutions, une chapelle chrétienne ne pouvait exister à deux pas de l'autel de Rome et d'Auguste. On ne peut donc remonter plus haut que Constantin la construction d'un oratoire élevé à Blandine au confluent du Rhône et de la Saône. Nous savons qu'un solitaire du nom de Badolphe vint se fixer en cet endroit, abriter là sa vie de pénitence et de prière. Mais à quelle époque ? Est-ce au IVe ou au Ve siècle ? Nous l'ignorons. En supposant que Badolphe ait vécu seulement au Ve siècle, il resterait à savoir si ce solitaire trouva, vers l'extrémité du delta, un oratoire existant déjà en l'honneur de sainte Blandine, ou s'il fut le premier à en jeter les fondements.

La crypte que l'on visite aujourd'hui accuse une très-haute antiquité. Son caractère architectonique permet de la faire remonter au Ve siècle.

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Ajoutons que l'oratoire de sainte Blandine repose sur l'ancien sol romain, que l'exhaussement progressif du terrain l'a enterré de manière à en faire une sorte de crypte.

Précieuse à la piété lyonnaise, cette crypte l'est encore à un autre point de vue : elle semble appuyer la tradition sur l'emplacement de l'amphithéâtre. Suivant nous, c'est un monument indicateur qui signale l'endroit où furent immolés Blandine et plusieurs autres Martyrs de Lyon.

On ne sait autre chose sur Blandine que ce qu'en apprend la Lettre des deux Églises. Saint Encher cependant semble dire qu'elle appartenait par la naissance à Lyon, lorsque dans son homélie sur la Sainte, il s'écrie au nom de la ville dont il était le pasteur : « Ô Bethléem, où Blandine ne pouvait trouver place dans le chœur de tes Martyrs ! »

Quant à Ponticus, quelques auteurs en ont fait un frère de Blandine, et l'ont placé dans la condition servile. Les Actes appellent bien Blandine sa sœur; mais le lieu de cette fraternité n'était probablement que celui de la fraternité chrétienne. Si Ponticus eût été un esclave, le rédacteur de la Lettre n'eût pas omis de relever ce détail à l'honneur du christianisme, ami des petits et des déshérités de ce monde.

La Lettre des deux Églises ne désigne que dix des quarante-huit bienheureux qui composent la légion des Martyrs de Lyon. Voici les noms de ces dix : Pothin, Vettius Epagathus, Sanctus, Maturus, Attale, Bibliade, Alcibiade, le médecin Alexandre, Ponticus et Blandine.

Les autres n'avaient pas été passés sous silence. Le rédacteur de la Lettre les avait tous signalés nommément, mais Eusèbe omit, dans son Histoire ecclésiastique, le passage qui contenait ces noms, et renvoya à sa collection des Actes des Martyrs qui est perdu. On a restitué cette liste au moyen de Grégoire de Tours et d'Adon qui ont pu consulter, soit l'ouvrage perdu d'Eusèbe, soit les diptyques de l'Église de Lyon.

En comblant les lacunes et confrontant les variantes, voici comment les critiques les plus autorisés ont cru devoir établir la liste des quarante-huit premiers Martyrs de Lyon :

Eurent la tête tranchée en qualité de citoyens romains : Zacharie, Vettius Epagathus, Macarius, Alcibiade, Silvius, Primus, Ulpius, Vitalia, Commiuns, October, Philominus, Geminus, Julia, Albina, Grata, Regata, Æmilia, Posthumiana, Pompeia, Rhodana, Bibliade, Quiuta, Maturus, Helpis, appelée aussi Amnas.

Furent exposés aux bêtes : Sanctus, Maturus, Attale, Alexandre, Ponticus et Blandine.

Moururent dans les prisons : le bienheureux Pothin, Arescius, Cornelius, Zozius, Titus, Zoticus, Julius, Apollonius, Geminianus, Gannite, Julia, Æmilia, Pompeia, Antonia, Alumna, Justa, Trophima, Antonia.

Disons un mot de l'affreux souterrain où mourut le premier évêque de Lyon, où furent entassés comme des bêtes immondes les premiers Martyrs de cette ville.

Gravissons ensemble la montée Saint-Barthélemy, et pénétrons dans l'Antiquaille par la porte de service. Le seuil passé, nous arrivons de plain-pied dans un prisme assez spacieux, autour duquel est une simple galerie. La prison s'étend précisément au-dessous de cette cour. Descendons les marches d'un escalier en pierre donnant sur une autre cour en contre-bas de la première, et nous pénétrons dans le cachot vénéré par une porte moderne. Au-dessus de cette porte, nous lisons, sur un cadre de bois appliqué à la muraille, l'inscription suivante :

« L'église de Lyon, par une tradition constante, a toujours vénéré ce caveau comme la prison où saint Pothin, son premier évêque, fut enfermé avec quarante-huit chrétiens, et où il couronna son martyre ».

Tandis qu'à la surface du sol tout a été bouleversé par l'action du temps et la main des hommes, la prison des Martyrs, ensevelie sous terre, a échappé à ces bouleversements. Le noir souterrain mesure seulement six mètres de long sur cinq de large, et trois de hauteur à son centre. La voûte surbaissée retombe suivant une courbe irrégulière jusqu'au sol, sur lequel elle repose de trois côtés. Vers son milieu, elle est soutenue par une colonne aux assises de pierre. Suivant la tradition, sainte Blandine aurait été attachée à cette colonne ; un treillis de fer la protège aujourd'hui contre les mains indiscrètes des visiteurs. Autour de ce pilier pendaient autrefois à la voûte plusieurs anneaux de fer destinés à retenir les prisonniers. Un seul de ces anneaux se voit encore aujourd'hui, tous les autres ont malheureusement disparu. A droite en entrant, s'ouvre, en forme de niche, l'excavation où fut enfermé le bienheureux Pothin.

Dans un angle de la prison, s'élève un modeste autel. Chaque année, à la fête de saint Pothin, et pendant toute l'octave qui suit la fête, la crypte, tendue de draperies blanches et rouges, ornée de guirlandes et de verts feuillages, s'ouvre à la piété des fidèles. Une foule nombreuse gravit la colline, visite le cachot cher à l'église de Lyon. Elle accomplit ce pieux pèlerinage afin de retremper sa foi sous ces voûtes où le souvenir des Martyrs est encore vivant. De leur côté, grand

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nombre de prêtres sont heureux de célébrer les saints mystères dans l'obscur caveau, tout près de la cellule où le bienheureux Pothin rendit sa belle âme au Seigneur.

Cette prison s'étendait, en manière de vestibule, devant trois autres cachots, plus bas et de moindre dimension. Un seul de ces cachots secondaires subsiste aujourd'hui ; il est placé à gauche de l'entrée primitive. Ces quatre lieux de réclusion avaient été munis par les Romains de portes solides, grillées en losanges. En 1627, année où les Visitandines prirent possession de l'Antiquaille, elles étaient encore toutes en place. En 1659, celle qui fermait la cellule de saint Pothin existait aussi. Il est vivement à regretter que ces portes aient été enlevées pour servir à d'autres usages ; les souvenirs qui s'y rattachaient auraient dû les protéger, les faire respecter comme de précieuses reliques.

La prison ne reçoit un peu d'air et de lumière que par la porte ; point de lucarne, aucun soupirail donnant sur l'extérieur. La porte fermée, c'est une obscurité sépulcrale ; aussi faut-il s'armer d'un flambeau pour visiter ce souterrain. Sous la domination romaine, l'état de ces lieux ne semble pas avoir été différent. Dans une relation qu'elle écrivit en l'année 1695, une sœur de la Visitation affirme que, sous les Romains comme de son temps, le jour ne pénétrait dans les cachots que par la porte. D'après tout ce que l'on sait des prisons romaines, cette privation d'air et de lumière n'a rien qui doive étonner.

Le palais des empereurs s'élevait au-dessus ou tout auprès de cette prison, qu'il écrasait de sa masse et de son luxe. Les Martyrs de Lyon étaient enfermés sous ce palais, demeure du président de la Lyonnaise et de ses principaux agents : les victimes sous les pieds de leurs bourreaux. Au-dessous du sol, les privations et les souffrances de tout genre ; au-dessus, les délices des festins et les folles joies de la débauche. La civilisation romaine se plaisait à ces contrastes.

Ce palais élevé à grands frais par les Romains, embelli par les arts et le luxe, a été complètement effacé du sol. Un réservoir d'eau, un conduit qui faisait communiquer ce réservoir avec les aqueducs, quelques débris exhumés du sol, voilà tout ce qui reste du splendide édifice, ornement de la colline, orgueil de la cité. Et le cachot fabuleux où le premier évêque de Lyon rendit le dernier soupir, a résisté aux injures du temps et des hommes ; il est toujours là avec ses sombres murailles, avec la puissance des souvenirs qu'il éveille. Grâce à cette conservation, il n'est pas difficile de se représenter saint Pothin dans sa cellule ; Blandine attachée à l'anneau de la colonne ; les autres Martyrs liés, enchaînés, les pieds dans les entraves.

Quant au lieu où les Martyrs soutinrent leurs combats, nos historiens anciens affirment que ce fut sur la colline, dans l'enclos des Minimes, où naguère se voyaient encore quelques ruines d'un monument romain, dont il ne reste plus rien aujourd'hui. Au XVIIIe siècle, ces ruines, bien que fort incomplètes déjà, permettaient de distinguer cependant l'hémicycle d'un théâtre, avec quelques vestiges des gradins où étaient assis les spectateurs.

Dans la partie opposée se trouvait la scène, au-dessous de laquelle le Père Colonia avait cru reconnaître une des grottes ou caves dans lesquelles les animaux féroces étaient renfermés. Il en concluait que ce théâtre avait pu servir tout ensemble aux jeux scéniques et aux combats de gladiateurs et de bêtes, bien que ceux-ci, ordinairement, n'eussent lieu que dans les amphithéâtres. Les écrivains modernes n'ont pas admis ce double usage : ils ont pensé que les voûtes inclinées et placées sous l'hémicycle, dont parle le Père Colonia, n'avaient d'autre objet que de soutenir un escalier à deux rampes. Mais où se trouvait alors l'amphithéâtre lyonnais ? Quelques-uns ont soupçonné que peut-être il occupait cet espace que traverse la rue Tramassac. Tous nos historiens ont signalé l'existence, dans ce lieu, d'un monument très-considérable que, d'après ce système, ils auraient pris, à tort, pour un temple dédié à Antonin. Un fragment d'inscription, trouvé dans les ruines des portiques de cet édifice, fixait la date de sa construction à l'an 174 de Jésus-Christ, sous le consulat d'Orfilus et de Maximus, et nos Martyrs ne souffrirent qu'en 177. Cependant, on tient pour peu probable qu'un amphithéâtre existât dans ce lieu à cette époque. Enfin, à diverses dates, et tout récemment encore, on a reconnu dans l'endroit de notre ville, appelé la Déserte, de vastes substructions romaines coupées par des conduites d'eau qui semblent indiquer une naumachie. Or, les jeux nautiques avaient lieu souvent dans les amphithéâtres, où les eaux étaient déversées par des canaux secrets. Personne, cependant, n'a jamais affirmé que les Martyrs de Lyon aient soutenu leurs glorieux combats à la Déserte. L'opinion la plus accréditée aujourd'hui est qu'ils furent mis à mort près de l'autel d'Auguste, à Aynay. Pour la justifier, en l'ab-

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sence de tout vestige d'édifice, on suppose que, pendant les premiers siècles de notre ère, les Romains auraient établi, dans ce lieu, une construction provisoire destinée aux jeux sanglants, de même qu'un cirque temporaire. Peut-être pourrait-on concilier les hypothèses diverses, en admettant que les premiers combats des confesseurs de la foi eurent lieu sur la colline, et les derniers devant l'autel d'Auguste, au mois d'août, époque à laquelle avaient lieu des jeux solennels.

Quoi qu'il en soit, tradition orale et tradition écrite, monuments sacrés et ruines profanes, tout dit aux Lyonnais que le lieu où souffrirent les Martyrs se trouvait au confluent du Rhône et de la Saône, dans les alentours d'Aynay. La Lettre des deux Églises affirme que les Martyrs combattirent à l'amphithéâtre ; or, d'après Grégoire de Tours et Adon, échos de la tradition au VIe et au IXe siècle, ces Martyrs souffrirent à Athanæum (Aynay). La conséquence rigoureuse est que les arènes, rougies par le sang des soldats du Christ, s'étendaient dans la zone actuellement occupée par l'église d'Aynay et les rues adjacentes. Quatre colonnes de granit, sur lesquelles repose encore l'église d'Aynay, proviennent des ruines de cet amphithéâtre. On s'accorde à penser que ces quatre piliers, réunis deux à deux, formaient les colonnes de l'autel d'Auguste et que chacune de ces colonnes était surmontée d'une statue colossale de la victoire. On pourra nous reprocher d'invoquer ici le témoignage de Grégoire de Tours, quand nous le récusons si souvent. Nous répondons que dans une question de topographie, Grégoire de Tours est parfaitement recevable, puisqu'il a passé sa jeunesse à Lyon. Il ne s'agit pas ici d'une question de haute critique ou de chronologie. Adon, lui, est un auteur exact : il vivait à Vienne, à quatre lieues à peine de Lyon : comme il est d'accord avec Grégoire de Tours, on peut penser qu'il est venu recueillir sur les lieux des détails qui intéresseraient l'Église de Vienne autant que celle de Lyon.

Plusieurs pensent que les corps de nos saints Martyrs furent brûlés dans un ustrinum, dont, au XVIe siècle, on trouva des vestiges en fouillant le sol pour asseoir les fondations d'une maison de la place de Bellecour. L'ustrinum, qui, d'après les lois romaines, ne pouvait être placé qu'à l'extérieur d'une ville, servait à consumer les corps des enfants, principalement ceux des gens pauvres qui ne pouvaient faire les frais d'un bûcher. Celui dont nous parlons se trouvait peu éloigné du confluent de nos deux rivières, où, d'après saint Grégoire de Tours, les païens jetèrent les cendres des Martyrs.

Au milieu des appréciations diverses que nous venons de mentionner, un fait est hors de doute : c'est que les confesseurs de la foi durent être interrogés au Forum, qui occupait le sommet de la colline de Fourvière ; car c'est là que se rendait la justice. Il est probable, ensuite, qu'ils furent enfermés dans les prisons dont on voit les restes au lieu que nous appelons l'Antiquaille, où était jadis le palais des empereurs. C'est là, en effet, que la tradition place le cachot dans lequel expira saint Pothin.

Voici maintenant, en quelques mots, les phases principales par lesquelles a passé l'église de Saint-Nizier, berceau du christianisme, à Lyon.

L'oratoire de saint Pothin fut remplacé par une église en forme de croix grecque. A la paix donnée à l'Église par Constantin, ce sanctuaire détruit fut relevé sur les mêmes fondations et dédié par l'évêque Vocius aux saints Apôtres. Ce monument, bâti par les architectes inhabituels de cette époque, nécessita, un siècle après, une reconstruction nouvelle. Au Ve siècle, saint Eucher édifiait donc une église sur de plus vastes proportions. Dans cette reconstruction, l'oratoire de saint Pothin était rétabli dans son état primitif ; il communiquait avec l'église nouvelle, à laquelle il servait probablement de baptistère. Saint Nizier, mort en 575, ayant été inhumé dans cette église, son tombeau devint célèbre par un grand nombre de miracles. Voilà pourquoi cette église, placée d'abord sous le vocable des Saints-Apôtres, prit le nom de Saint-Nizier. Le monument élevé par saint Eucher subsista jusqu'à l'invasion des Sarrasins (732), qui le renversèrent de fond en comble. En 800, Leydraide le releva de ses ruines. L'œuvre de ce grand évêque, ami de Charlemagne, dura jusqu'à la fin du XIIIe siècle. La construction de l'église que nous voyons aujourd'hui fut commencée en 1303. Les travaux plusieurs fois interrompus, faute de fonds, durèrent jusqu'au XVIIIe siècle. Ces intermittences expliquent les variétés de style que l'on remarque dans ce monument.

Il est à regretter que les travaux exécutés au XVe siècle aient altéré le caractère de la crypte, altération aggravée de nos jours par des restaurations inintelligentes.

Depuis longtemps la crypte de saint Pothin est abandonnée, oubliée ; aujourd'hui, la plupart des habitants de Lyon ignorent jusqu'à son nom. Cet oratoire ne s'ouvre qu'une seule fois l'année, le jour de la fête de saint Ennemond. Pendant plusieurs siècles, la reconnaissance des Lyonnais se traduisit par de fréquentes visites à ce sanctuaire. Espérons que l'initiative du clergé fera reprendre ces visites trop longtemps interrompues.

Le culte de saint Pothin et de ses compagnons a dû commencer peu de temps après leur martyre ; la solennité en leur honneur revêtit plus tard un caractère exceptionnel : sous le nom de fête des Merveilles, elle se célébrait avec un éclat et une pompe extraordinaires. Elle consistait en une procession faite en bateaux sur la Saône. La barque de l'évêque, escortée de quatre autres en manière d'acolytes, ouvrait la marche. Venaient ensuite les magistrats en costume officiel, les principaux habitants en habits de fête, les corporations, bannières déployées.

La procession sur l'eau passait dans les endroits marqués par les principales circonstances du

SAINT ÉRASME, ÉVÊQUE ET MARTYR.

combat des Martyrs. Ainsi elle partait de l'église de Vaize, parce que dans ce faubourg écarté furent découverts les martyrs Alexandre et Épipode ; arrivée au pont de la Saône, les barques passaient les unes après les autres sous l'arche la plus voisine de Saint-Nizier, et cette arche s'appelait la Merveilleuse. En même temps on entonnait le Laudate Dominum pour saluer l'oratoire du bienheureux Pothin. A la hauteur d'Aynay, tout le monde descendait à terre, et la procession se dirigeait vers l'église abbatiale. Entrés dans le sanctuaire, tous les membres du clergé appliquaient leurs lèvres sur la pierre dite de saint Pothin : cette pierre, d'après la tradition, venait du cachot où le saint pontife avait expiré pour Jésus-Christ. Aynay était donc la deuxième station. La troisième était à l'église Saint-Nizier, primitivement des Apôtres. On y revenait par terre. Une messe solennelle célébrée dans cette église, qui avait reçu les cendres des Martyrs miraculeusement rendues par le Rhône, couronnait la solennité religieuse.

Il est aisé de voir que, comme nous suivons le chemin douloureux de Jésus-Christ, en faisant le Chemin de la Croix, ainsi les ancêtres des Lyonnais suivaient la voie triomphale parcourue par leurs Martyrs, en s'arrêtant dans les principaux endroits marqués par les circonstances du combat. Quant au sens général de la procession, il est facile à saisir : ce voyage sur l'eau se faisait en mémoire du miracle par lequel les eaux du Rhône rendirent les reliques des Saints.

Nous avons parlé de la fête des Merveilles au passé, car on ne la célèbre plus depuis le milieu du XVe siècle ; sans qu'on puisse préciser la date de sa suppression, laquelle fut amenée à cause des abus qui avec les temps s'y introduisirent, on peut bien moins encore préciser l'époque où elle a commencé.

L'église Saint-Leu d'Amiens possède un gros os de sainte Blandine, encadré derrière l'autel.

Saint Pothin et ses compagnons, martyrs ; Origines de l'Église de Lyon, par le P. André Gouilloud, de la Compagnie de Jésus ; et les Grands Souvenirs de l'Église de Lyon, par D. Mayots.

Événements marquants

  • Rédaction de la Lettre des Églises de Lyon et de Vienne
  • Interrogatoire au Forum sur la colline de Fourvière
  • Emprisonnement dans les cachots de l'Antiquaille
  • Martyre de Saint Pothin en prison à l'âge de 90 ans
  • Supplices de Blandine, Sanctus, Maturus et Attale à l'amphithéâtre
  • Exécution par décapitation des citoyens romains
  • Cendres jetées dans le Rhône

Miracles

  • Résistance surnaturelle de Blandine aux bêtes et aux supplices
  • Retour miraculeux des cendres par les eaux du Rhône

Citations

Je suis chrétienne, et il ne se fait point de mal parmi nous.

— Sainte Blandine (citée indirectement)

Ils étreignirent si fortement à la gorge le dragon infernal, qu'ils le forcèrent de rendre vivants ceux qu'il croyait avoir dévorés.

— Lettre des Églises de Lyon et de Vienne

Date de fête

2 juin

Époque

2ᵉ siècle

Décès

177 (17e année du règne de Marc-Aurèle) (martyre)

Invoqué(e) pour

force dans les épreuves, serviteurs et esclaves (Blandine)

Autres formes du nom

  • Pothinus (la)
  • Blandine (fr)

Prénoms dérivés

Pothin, Blandine, Vettius, Sanctus, Maturus, Attale, Ponticus

Famille

  • Léocadius (grand-père de Vettius Epagathus)
  • Blandine (sœur (spirituelle) de Ponticus)