Sainte Colombe de Sens

Vierge et Martyre

Fête : 31 decembre 3ᵉ siècle • sainte

Résumé

Princesse espagnole convertie, Colombe fuit les persécutions pour se rendre en Gaule où elle est baptisée à Vienne avant de s'établir à Sens. En 274, elle refuse d'abjurer devant l'empereur Aurélien et survit miraculeusement à une tentative de viol grâce à une ourse, puis à un bûcher éteint par la pluie. Elle meurt finalement décapitée, devenant l'une des plus illustres martyres du Sénonais.

Biographie

SAINTE COLOMBE, VIERGE ET MARTYRE À SENS

Éclairée par la foi, et devenue elle-même un foyer de lumière, elle vécut pour le Christ avec une joie et une gloire qui jamais on ne se démontra.

*Prose de l'ancien office de la Sainte.*

Pendant les sanglantes persécutions par lesquelles on essaya d'arrêter les progrès du Christianisme en Espagne, beaucoup de fidèles souffrirent le martyre avec constance, quelquefois même avec empressement; il se rencontra aussi des âmes non moins ardentes, mais que certaines circonstances particulières engageaient à suivre cette parole de l'Évangile : « Lorsqu'on vous poursuivra dans une ville, fuyez dans une autre ». Celles-là se décidaient à quitter leur patrie pour aller chercher sur une terre étrangère le moyen de suivre librement les lumières de la grâce.

Or, c'est précisément ce qui arriva pour la jeune héroïne dont nous allons retracer l'histoire. La bienheureuse vierge Colombe, née en Espagne, d'une famille royale, mais païenne, fut tellement éclairée dès sa plus tendre jeunesse des splendeurs de la lumière divine, et embrasée des flammes d'un si grand amour de Dieu, qu'elle ne put jamais être amenée, par ses parents, ni à prier, ni à adorer les idoles. Bien plus, quoiqu'elle ne fût alors âgée que d'environ seize ans, elle ne balança pas à quitter la maison paternelle, à l'insu de sa famille, pour venir dans les Gaules, avec un courage aussi admirable qu'extraordinaire, afin d'y embrasser le christianisme, en compagnie de saint Sanctien, de saint Augustin, de sainte Béate, sa parente, et de plusieurs autres, sacrifiant ainsi d'elle-même les plaisirs des sens, les honneurs qui l'attendaient, et, qui plus est, l'amour de ses chers parents.

31 DÉCEMBRE.

Pressée par une soif ardente au milieu de cette longue route, elle obtint miraculeusement, par sa prière, qu'une fontaine jaillit à l'endroit même où l'on s'était reposé un instant, à cause de la fatigue du voyage. Puis, étant arrivée à la ville de Vienne, en Dauphiné, elle y fut purifiée dans les eaux sacrées du baptême. Là on voit encore, comme monument de ce fait, dans l'église de l'insigne monastère des religieuses de l'Ordre de Saint-Benoît, consacré à Dieu à cause de notre Sainte, une chapelle construite sur le lieu où elle fut baptisée, et qui porte cette inscription : *Baptisterium sanctæ Colombe*.

Le Seigneur exigea de notre Sainte de nouveaux sacrifices en lui inspirant de s'éloigner encore davantage de sa patrie.

Apprenant que le culte de la religion chrétienne florissait à Sens, plus qu'en aucun autre lieu des Gaules, elle y vint avec ceux qui l'accompagnaient, et là ils se livraient tout entiers aux veilles, aux prières, aux jeûnes et à la visite des tombeaux des Saints.

Mais un si grand nombre d'étrangers, menant un tel genre de vie, ne manqua pas d'attirer l'attention des habitants de la ville et d'exciter la susceptibilité des païens. Aussi à peine l'empereur Aurélien fut-il arrivé dans la ville de Sens, « où il fit son entrée le 8 des calendes de janvier, jour où la religion honore et vénère la naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu'on lui dénonça ces nouveaux chrétiens ». Ce n'était pas la première fois que ce prince venait dans la Gaule, ni la première fois qu'il répandait le sang des disciples de Jésus-Christ. Déjà, en 250, étant gouverneur de la ville de Troyes, il avait ordonné la mort de plusieurs chrétiens, et entre autres du saint martyr Patrocle ; il revint ensuite dans le Sénonais en 273, pour y recevoir la soumission de Tétricus qui l'avait appelé secrètement. De retour à Rome il y reçut les honneurs du triomphe, et ce fut à la suite de ses brillants succès dont la gloire l'enivrait encore, qu'il passa une troisième fois dans les Gaules, l'an 274, et qu'il exécuta lui-même les édits de proscription qu'il avait lancés contre les chrétiens.

Colombe, Béate, Sanctien et les autres, qui les avaient suivis, environ au nombre de vingt, comparaissent donc devant l'auteur de la neuvième persécution. « Aurélien s'informe avec soin de leur conduite, mais, les trouvant fermes et inébranlables dans la profession de la religion chrétienne, il ordonne qu'ils seront mis à mort après avoir été tourmentés par les plus affreux supplices. Colombe, cependant, fut exceptée. Le tyran connaissait la noblesse de son origine, il avait remarqué la rare beauté, l'air de grandeur qui la distinguait, et il espérait bien que la vue des supplices où les autres allaient mourir sous ses yeux, fléchirait sa constance ».

C'est à un mille environ au nord-est de la ville de Sens, près du chemin qui conduit au village de Saligny, que s'accomplit leur martyre.

Notre jeune héroïne avait été témoin de la mort cruelle de ses compagnons, elle désirait en vain mêler son sang au leur. Aurélien, afin de lui donner tout le temps de réfléchir sur ce qu'elle avait vu et sur le sort qu'il attendait si elle ne se rendait pas à ses désirs, la fit jeter en prison. Une tradition constante place au milieu de la ville ce cachot souterrain sur lequel la piété des fidèles éleva une des premières églises construites en l'honneur de notre Sainte, celle de Sainte-Colombe la Petite.

Que se passa-t-il dans cette obscure demeure ? Qui nous dira la ferveur des prières de la vierge chrétienne et la visite de Celui qui descend dans les prisons pour consoler les justes... ! Tout ce que nous pouvons savoir, c'est que Colombe y puisa une nouvelle énergie pour soutenir de nouveaux combats.

L'empereur l'ayant donc fait comparaître de nouveau, elle se présenta sans fiel et avec une noble simplicité devant le tribunal du tyran, conservant ainsi l'autorité de son rang. Aurélien, jetant sur elle un regard irrité, lui dit : « Quel est ton nom ? » — « Je m'appelle Colombe, fortifiée que je suis par l'amour du Christ ». — « Ta première réponse donne déjà prise contre toi ; pourquoi te laisses-tu abuser par une fausse croyance ? » — « Je ne saurais croire à un autre Dieu qu'à celui qui, à l'origine du monde, nous a créés à son image, et en son Fils unique Notre-Seigneur, qui s'est fait voir sur la terre pour notre salut, que nous croyons avoir souffert sous Ponce-Pilate, et qui, après sa résurrection, a éclairé son Église par la venue du Saint-Esprit : je confesse qu'il est vrai Dieu avant les siècles et qu'il a pris dans le temps la véritable forme de l'image de l'humanité ». — « Ne connais-tu pas nos décrets ? » — « Lesquels ? » — « Que tous les chrétiens abandonnent leur superstition, se présentent devant moi, chef du gouvernement des hommes, et adorent mes dieux ».

La vierge répondit : « Les dieux faits de la main des hommes périront avec ceux qui les adorent ; ce sont des inventions du démon, ils n'ont ni sentiment, ni mouvement, on ne doit pas les adorer, mais bien plutôt les brûler, de peur que, par la persuasion du démon, cette fausse vénération n'entraîne à eux le cœur des insensés. Pour moi, je dois adorer et vénérer le Seigneur mon Dieu, le Christ qui daigne me promettre la vie, qui voit les anges soumis à son empire dans le ciel, et tous les éléments trembler devant lui.

Aurélien la voyant inflexible, eut recours aux promesses les plus flatteuses et fit briller devant elle tous les avantages et toute la gloire d'une illustre alliance, l'assurant qu'à cause des charmes de sa beauté et de la noblesse de son origine, chacun, dans son palais, s'empresserait d'obéir à sa voix; puis il ajouta: « Quelle perversité pourrait donc encore te retenir dans ton obstination? » — « Il ne m'est pas difficile de mépriser la perfidie de vos promesses quand je me rappelle les exemples de l'Évangile: l'antique ennemi dont vous suivez les traces, attaqua mon maître par trois tentations, et, le conduisant sur le sommet d'une montagne élevée, il lui montra tous les royaumes du monde et lui dit: Si, tombant à mes pieds, tu veux m'adorer, je te donnerai toutes ces choses. Mais le Seigneur lui répondit: Retire-toi, Satan, car il est écrit: Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu ne serviras que lui seul. A son exemple, vous employez toutes sortes de moyens pour me faire participer à votre damnation; vous voulez, ô tyran, me séparer de l'amour de Jésus-Christ, mon céleste Époux; mais vous ne parviendrez jamais à m'arracher à ses éternels embrassements. Et vous qui, par ces fiançailles, voudriez m'entraîner dans la corruption d'un amour terrestre, vous méritez des supplices éternels avec le démon dont vous suivez les inspirations, et que vous croyez faussement être Dieu, à moins qu'avant le passage de la première mort vous n'apaisiez le Christ, mon Seigneur, par la confession de la foi. Pour moi, je me sens destinée à un royaume éternel, car jamais les biens passagers que vous promettez ne pourront me détourner de l'amour de mon Dieu; liée comme je le suis à un époux éternel, comment pourrais-je subir les lois d'un homme mortel ? » — « Les paroles viennent avec une extrême abondance », dit l'empereur, « mais enfin si tu ne sacrifies point à mes dieux, comme je te l'ai dit, il n'y aura plus désormais de trêve pour toi; je te ferai déshonorer, et tu périras au milieu des flammes ». — « Dieu est assez puissant », répond Colombe, « pour protéger sa servante, la conserver pure et la conduire à la palme de la virginité. Je suis prête, pour confesser son nom, à affronter les embûches et tous les tourments que vous voudrez me faire souffrir, afin qu'il daigne me couronner en présence des habitants de la cour céleste, et me compter au nombre de ses martyrs ».

Aurélien, voyant qu'il ne pouvait rien obtenir, ni par les promesses, ni par les menaces, entra en fureur et ordonna que Colombe fût chargée de chaînes et conduite à l'amphithéâtre, pour y être sévèrement gardée dans une étroite prison. Puis ayant fait chercher un jeune homme de mœurs infâmes: « Va », lui dit-il, « où est enfermée la vierge Colombe, je te l'abandonne ». Rempli d'une joie brutale en entendant ces paroles, il court à l'amphithéâtre, et déjà il était près des portes du cachot, lorsque la jeune chrétienne, jetant sur lui un regard plein de dignité, lui dit: « Pourquoi, jeune homme, vous avancez-vous ici avec tant de férocité? Retenue par la faiblesse de mon sexe, je ne saurais lutter contre vous; mais voici que j'invoque mon Seigneur et mon époux Jésus-Christ, qui peut m'arracher à vos pièges et à vos violences ».

Cependant, comme la porte était ouverte, il entre; mais la vierge chaste et courageuse le repousse en lui disant: « Écoutez, jeune homme, et préparez votre cœur à ce que je vais vous dire: Mon Seigneur et mon Dieu, que je me suis engagée à servir par la pureté de mes mœurs, ne permettra pas que je tombe dans l'ignominie. Prenez garde que la vengeance divine ne vous frappe tout à coup, à l'instant même, et que vous ne soyez la proie d'une mort éternelle ».

Ces paroles, qui avaient fait reculer d'effroi le corrupteur, étaient à peine achevées qu'une ourse, envoyée par la Providence au secours de la vierge, entre dans la prison, saute sur le jeune homme, le renverse à terre, et le tenant sous ses griffes, regarde Colombe en frémissant, pour savoir d'elle ce qu'il fallait faire. Colombe, sachant que c'est pour sa défense que cet animal est envoyé de Dieu, lui ordonne au nom du Christ de n'exercer aucune vengeance sur ce jeune homme et de le laisser afin qu'elle puisse lui parler ; l'ourse obéit aussitôt à la voix de la vierge Colombe, et lâchant sa proie, elle va se mettre en travers de la porte comme pour l'empêcher de sortir, et pour arrêter ceux qui voudraient entrer.

La bienheureuse vierge, reprenant alors la parole, lui dit : « Vous devez comprendre maintenant quelle puissance se trouve dans l'invocation du nom du Christ, puisque vous voyez que cette bête féroce a été envoyée par le Seigneur, pour me défendre et repousser vos infamies. Elle obéit à son Créateur, elle créature irraisonnable, et vous, homme créé avec la raison, vous êtes éloigné de la connaissance du Christ ; eh bien ! maintenant promettez que vous allez devenir chrétien, ou bien si vous le refusez, je donnerai à cet animal la permission de vous dévorer ». Alors le jeune homme, pénétré de contrition, fait éclater sa foi par ces paroles : « Que celui qui ne confesse pas le Christ ne sorte point d'ici avec la vie ; quant à moi, je confesse hautement qu'il n'y a point d'autre Dieu que celui auquel la bienheureuse Colombe fait profession de croire ». Lorsqu'il eut achevé ces paroles, l'ourse laissa libre la porte du cachot qu'elle paraissait garder par ordre de Dieu et lui donna la liberté de sortir.

Transporté de joie de se voir ainsi sauvé, ce jeune homme s'en allait par toute la ville criant qu'il n'y avait pas d'autre Dieu de l'univers que celui pour le nom duquel la bienheureuse Colombe endurait tant et de si grands tourments, et il racontait toutes les merveilles que le Seigneur avait opérées en sa faveur. Il paraît qu'il fut martyrisé hors de la ville à cause de sa fermeté dans la foi. Et cependant l'ourse restait dans l'amphithéâtre pour continuer de protéger Colombe. En apprenant ces choses, Aurélien, emporté par la colère, ordonna aux soldats d'arracher Colombe de l'amphithéâtre et de l'amener devant son tribunal. Ils la trouvèrent en prières dans sa prison et l'ourse auprès d'elle, ce qui les saisit d'une telle frayeur qu'ils n'osèrent approcher de la Sainte et s'en retournèrent dire à l'empereur qu'il leur avait été impossible de l'amener, parce qu'une ourse qui se trouvait avec elle dans son cachot ne les avait point laissés entrer.

Alors Aurélien fit entasser du bois autour des murailles de la prison et ordonna qu'on y mit le feu, afin de faire périr en même temps Colombe et l'ourse qui la protégeait. Cet animal, voyant approcher les flammes peu à peu et craignant sans doute la mort, se mit instinctivement à pousser des rugissements. Mais Colombe, touchée de pitié pour elle, la rassure de ses paroles et lui promet que non-seulement elle ne périra point par le feu, mais encore qu'elle ne sera point prise et mourra naturellement, parce que toutes choses n'arrivaient ainsi que pour la gloire de Dieu. A ces mots, l'ourse vient à plusieurs reprises lécher les pieds de la vierge puissante, puis, s'échappant par une ouverture, elle s'enfuit toute tremblante et fend la foule du peuple, regagnant son gîte à travers mille dangers.

Mais Colombe, que deviendra-t-elle au milieu des flammes ardentes qui vont la dévorer? « Dès nuées s'étant amoncelées au-dessus de l'amphithéâtre par l'ordre du Seigneur, elles versèrent des torrents d'eau qui éteignirent les flammes de l'incendie ». C'est en mémoire de ce fait miraculeux qu'on adresse cette belle prière à Dieu, au jour de la fête de notre Sainte : « Mon Dieu, qui avez bien voulu envoyer du ciel une pluie abondante pour éteindre les flammes dont la bienheureuse Colombe, vierge et martyre, était environnée, nous vous prions de nous envoyer, par son intercession, la rosée salutaire de votre miséricorde, pour nous garantir des traits enflammés de l'ancien serpent ».

L'empereur, informé de tout ce qui se passait, ne put s'empêcher d'être frappé de stupeur ; mais au lieu d'y reconnaître les œuvres merveilleuses de la divine Providence, il persévéra dans l'endurcissement de son cœur, et faisant appeler de nouveau Colombe devant lui : « Quel est donc ton secret », lui dit-il ? « Quels sont les maléfices dont tu te sers pour opérer de pareils enchantements, pour faire accourir avec tant de promptitude une bête féroce à ton secours et obtenir qu'une pluie abondante vienne éteindre l'incendie qui t'était préparé ? Par quelle puissance peux-tu donc ainsi l'emporter sur moi ? »

Colombe répondit qu'elle opérait ces prodiges en invoquant non pas le démon, mais Notre-Seigneur Jésus-Christ, puis elle reprocha à ce tyran sa cruauté.

Aurélien, transporté d'une indicible fureur, ordonne aux bourreaux de la frapper à coups de verges, de la déchirer avec des peignes de fer et de la conduire à la première borne milliaire, hors de la ville, afin qu'elle ait la tête tranchée par le glaive.

Mais, avant d'être emmenée de la présence d'Aurélien, la bienheureuse Colombe eut la force de lui dire : « Je ne redoute point ta sentence de condamnation, j'achèverai mon martyre avec une nouvelle ardeur. Notre Seigneur et Rédempteur nous y exhorte dans son Évangile : « Celui », nous dit-il, « qui aime son âme la perdra, et celui qui perdra son âme à cause de moi la trouvera pour la vie éternelle ». Mais aussi ce n'est qu'en tremblant que je pense à cette sentence du jugement futur que le Christ prononcera contre les impies : « Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel que mon Père a préparé au démon et à ses anges ». C'est à mériter d'aller recevoir cette sentence que tu travailles sans relâche, pour ne plus cesser ensuite d'être le compagnon de Satan et de ses anges dans ces flammes éternelles. Cette condamnation que tu portes contre moi me paraît bien petite et bien légère en comparaison de cet éternel supplice. Car bien que tu puisses séparer mon âme de mes membres, cependant, après l'exécution de mon corps, personne n'aura de pouvoir sur mon âme, si ce n'est que celui qui l'a mise en moi, après la résurrection future, peut la rappeler de nouveau dans mes membres réunis par sa puissance. Toi donc qui es sans Dieu et qui comprends la méchanceté de tes œuvres, regarde attentivement mon visage, et lorsque devant le tribunal du Christ je viendrai t'accuser, tu te souviendras alors, en présence de mon Époux, de quelle gloire tu m'as couronnée par les mêmes choses qui te préparent à toi, des peines éternelles ». Après ces paroles, la sentence ayant été prononcée, les ministres de la mort obéirent aux ordres du cruel empereur.

Lorsqu'ils l'eurent conduite au lieu désigné, Colombe, au moment de recevoir le coup fatal, demande quelques instants, afin d'adresser à Dieu sa prière avant de sortir de cette vie. Mais ces farouches exécuteurs lui refusent tout délai, elle suspend sa prière pour leur offrir avec une pieuse supplication, mêlée de larmes, le manteau neuf qu'elle portait, en leur disant : Recevez ceci et accordez-moi la permission de prier.

Gagnés par ce présent, ils lui donnent la permission qu'elle demandait. Alors la bienheureuse Colombe, se prosternant contre terre et s'épanchant tout entière dans le Seigneur, priait en disant : « Seigneur Jésus-Christ, Dieu tout-puissant, vous savez que c'est pour la confession de votre nom que je souffre ces tourments, prêtez-moi le secours de votre bonté, ô immense, ô miséricordieux, de peur que la seconde mort, c'est-à-dire la peine éternelle, n'ait puissance sur moi ! mais faites que, soutenue par vos miséricordes, je sois destinée à la gloire éternelle ».

A l'instant même cette fervente prière pénétra les mystérieuses profondeurs du ciel, et une voix divine se fit entendre, qui disait : « Viens, Colombe, les cieux te sont ouverts, le chœur des esprits célestes et le chœur des vierges remplis de joie s'avancent à ta rencontre ; le Fils de Dieu t'attend et te prépare la couronne de l'éternité ; les anges te recevront et te conduiront dans la cité des Saints, dans la Jérusalem céleste ».

Puis, en même temps qu'elle présentait sa tête au fer du bourreau qui allait la frapper, elle imita encore l'exemple du Maître, en disant : « Vous savez, Seigneur, que les désirs que j'éprouvais de vous témoigner mon amour sont aujourd'hui remplis ; ne leur imputez pas cette fureur, parce qu'ils pêchent contre vous par ignorance ».

Ces dernières paroles résonnaient encore sur ses lèvres quand sa voix fut interrompue sous les coups du bourreau dont le glaive lui trancha la tête. Et ainsi cette illustre martyre, baignée dans son sang virginal, s'envola joyeuse pour la gloire éternelle ! Ce fut le 31 décembre de l'an de grâce 274 qu'arriva cette mort glorieuse.

On représente sainte Colombe : 1° quittant l'Espagne pour venir dans les Gaules, en compagnie de sainte Béate ; 2° faisant jaillir une source d'eau ; 3° recevant le baptême ; 4° priant sur le tombeau des martyrs ; 5° comparaissant devant Aurélien ; 6° dans la prison du Carrange ; 7° entourée de flammes qu'une pluie miraculeuse éteint ; 8° conduite au lieu du supplice ; 9° décapitée ; 10° ayant près d'elle une ourse ; 11° présentant une croix à un jeune homme qui voulait lui faire violence et qui est assailli par une ourse échappée du cirque. La Sainte prie pour qu'il ne soit pas dévoré.

## CULTE ET RELIQUES.

La fête principale de sainte Colombe a été constamment célébrée (à moins de circonstances particulières) dans les pays, les monastères et les églises qui la reconnaissent pour patronne, le 31 décembre. Le lieu sanctifié par le sang de l'une des premières martyres des Gaules, se nomme Fontaine d'Azon, et se trouve entre les villages de Saint-Clément et de Saint-Denis, à quelques pas de l'endroit où passait autrefois la voie romaine que l'on appelle encore aujourd'hui, dans le pays qu'elle traverse, de Sens à Meaux, voie ferrée ou pétrée, et qu'une très-ancienne chronique désigne sous le nom de voie Appienne.

Ce fut longtemps un célèbre pèlerinage ; tous les ans, le mercredi de la fête de Pâques, on voyait accourir de la ville et de tous les pays d'alentour, de nombreux pèlerins qui venaient demander à Dieu quelques faveurs par la puissante intercession de Colombe, et puiser de hautes leçons de vertu dans les souvenirs d'innocence et d'héroïsme que leur rappelait l'image de la vierge martyre placée dans ce lieu par la piété de nos pères. Là, en effet, près de cette fontaine, s'élevait une chapelle solitaire où de temps en temps s'offrait le sacrifice par excellence qui a été le modèle et qui a fait le mérite du sacrifice de sainte Colombe et de tous les autres martyrs.

Avec quelle ferveur et quelle simplicité on devait adorer Dieu et honorer sa servante auprès de ce sanctuaire vénéré ! Dans son étroite enceinte, où s'élevait un autel surmonté de la statue de Colombe, il n'y avait place que pour le prêtre et ses ministres : mais au dehors une foule immense, que n'aurait pu contenir un édifice bâti par la main des hommes, couvrait au loin la plaine dans l'attitude de la piété la plus respectueuse. Hélas ! elle a disparu aussi, comme tant d'autres monuments chrétiens, cette chapelle de la fontaine d'Azon, elle est tombée sous les coups du marteau révolutionnaire ; il n'en reste plus de traces visibles ! Mais depuis quelque temps cette fontaine si chère à la piété des fidèles, dont les eaux ont été teintes du sang de la vierge et martyre sénonaise, cette petite parcelle de terre où se sont passées tant de choses mémorables, ont été données au monastère dont nous parlerons plus loin.

Revenons aux dépouilles mortelles de la sainte martyre et disons en peu de mots ce qu'elles devinrent. « Au temps du martyre de sainte Colombe », dit le R. P. Durteau, « vivait dans un château très-agréablement situé, au milieu d'une belle plaine, sur la rive droite de l'Yonne, à un mille au nord de la cité, un prince d'une illustre famille, nommé Aubertus, qui était général de la région sénonaise. Soit à cause de ses crimes (car il était encore idolâtre), soit pour mieux faire éclater la gloire de Dieu et la puissance de sainte Colombe par la guérison de cette infirmité, depuis longtemps déjà il était privé de la vue.

« En effet, le bruit des merveilles qui s'opéraient autour du corps de la vierge chrétienne que les bourreaux avaient laissé sans sépulture afin qu'il devînt la proie des bêtes sauvages, parvint bientôt jusqu'à lui. A cette nouvelle, son âme est subitement éclairée par le Saint-Esprit qui ne connaît ni lenteur ni retard, et il conçoit en même temps l'espérance de retrouver le bienfait de la vue. Il se fait donc conduire à cette fontaine sacrée, et fléchissant les genoux il se prosterne à terre de la manière la plus suppliante et vénère profondément le corps de la vierge martyre, qui exhalait la plus suave odeur ; puis prenant du sang, dont la gloire de sa passion l'avait décorée, il en touche avec foi, piété et religion, ses yeux éteints et recouvre à l'instant la vue. Tous les assistants sont dans la stupéfaction et la joie, et lui, plein de reconnaissance pour cette faveur divine et pour Colombe, si chère épouse du Christ, il fait transporter ce corps pudique, comme un précieux trésor, dans son propre palais, et l'ensevelit honorablement. Sur la tombe même de la vierge, il fit construire à ses frais une église. Il donna pour son entretien une vaste prairie dont l'emplacement est signalé, dans les pièces les plus anciennes, sous le nom de Pré Aubert, nom qu'elle porte encore aujourd'hui ; elle touche presque à la fontaine d'Azon.

L'affluence des pèlerins au tombeau de sainte Colombe était devenue trop nombreuse pour que les prêtres séculiers attachés à l'église fondée par Aubertus puissent suffire à les recevoir. Clotaire II, roi des Francs, y fonda un monastère l'an 620. Il le dota avec une magnificence royale en lui cédant une terre de son domaine appelé Cuy (Custacum), avec tous les droits qui en dépendent. Deux ans après, saint Didier, évêque d'Auxerre, laissa, par son testament, une terre appelée Viaela qui devait être partagée entre les deux basiliques de Sainte-Colombe et de Saint-Léon, construites auprès de la ville de Sens.

L'illustre saint Loup augmenta encore avec magnificence les revenus de cette abbaye, en lui faisant don de la terre de Sarmoïse qu'il avait héritée de sa famille. Il fut enseveli dans un tombeau creusé sous la gouttière de cet édifice. Des miracles ayant révélé la sainteté de cet humble pasteur, sa tombe fut placée près de celle de la vierge martyre. Désormais ces deux tombeaux seront inséparables, le même temple les couvrira, les mêmes honneurs leur seront rendus, et ils seront regardés l'un et l'autre comme les deux plus puissantes protections du pays sénonais.

Le roi Dagobert fit don à la basilique de Sainte-Colombe d'une terre appelée Grand-Champ dans le Gâtinais, et nomma pour administrateur des biens de ce monastère, auquel il portait le plus vif intérêt, le célèbre saint Éloi.

Ce fut une véritable consolation pour cet homme de Dieu, de se voir chargé d'un pareil emploi, aussi mit-il tous ses soins à enrichir la basilique de Sainte-Colombe qu'il combla de mille présents. Parmi les ouvrages qu'il voulut faire de ses propres mains, on distinguait particulièrement une châsse magnifiquement ornée d'argent, d'or et de pierreries, dont les frais avaient été supportés par le roi. Elle fut pillée par les Normands et il n'en reste plus aujourd'hui que le *feretrum* ou sarcophage qui renferme encore les reliques de la Sainte.

Les religieux, voulant employer à la gloire de Dieu une partie des richesses dont cette abbaye avait été libéralement pourvue, en l'honneur de sainte Colombe, on songea vers le milieu du IXe siècle, à construire une nouvelle basilique, pour remplacer la première, qui sans doute mourait en ruine, et qui certainement était devenue trop petite pour le concours des fidèles. Elle fut solennellement consacrée le 11 des calendes du mois d'août de l'année 853, par Wénilon, archevêque de Sens, en l'honneur de sainte Colombe, vierge et martyre, de saint Loup, confesseur, et aussi de sainte Croix. Le lendemain de cette consécration, les corps de sainte Colombe et de saint Loup furent levés de terre, c'est-à-dire que les saintes reliques furent tirées de la crypte où elles étaient enfermées, au-dessous du sol de l'église, pour être placées dans un lieu plus élevé. Cette cérémonie s'accomplit avec la plus grande solennité au milieu d'un immense concours du clergé et du peuple.

La nouvelle église fut quelques années après embellie par Betton, un des moines, qui mourut évêque d'Auxerre. Né à Sens même, il était prévôt à Sainte-Colombe, en même temps que Richard le Justicier en était abbé laïque. Avec le secours de ce dernier, il éleva les murailles d'enceinte jusqu'aux créneaux, et les protégea par de fortes tours. Puis, voulant satisfaire aussi sa piété envers sainte Colombe, il s'appliqua à décorer son église et la châsse où étaient renfermées ses reliques, d'ornements somptueux d'or et d'argent.

En 867, Guelphe, abbé laïque de Sainte-Colombe et de Saint-Riquier, près d'Abbeville, fit don d'une relique de notre Sainte à ce dernier monastère.

Le 19 des calendes de février (936), l'illustre roi Raoul, qui tenait le sceptre des Francs avec tant de gloire, dans la paix comme dans la guerre, mourut à Auxerre, et fut enterré dans le couvent de Sainte-Colombe. Il avait fait don à cette abbaye de sa propre couronne et l'avait enrichie de terres et de présents magnifiques, tels que saintes reliques, calices, pierres précieuses, livres décorés d'or et d'argent et autres ornements.

Pendant son séjour dans la province de Sens, saint Pierre Damien vint en pèlerinage au tombeau de Sainte-Colombe, et nous trouvons parmi ses œuvres un excellent panégyrique de cette Sainte qu'il prononça sans doute lors de cette visite, comme, étant à Cluny, il avait célébré les vertus de saint Odilon.

Au XIIIe siècle, la basilique de Sainte-Colombe fut reconstruite pour la troisième fois et consacrée par le pape Alexandre II. Cette dédicace a été faite l'an de grâce de l'Incarnation de Notre-Seigneur 1164, le 6 des calendes de mai. La cérémonie se fit avec un tel éclat, l'affluence des peuples fut si considérable pendant qu'elle dura, que la circulation et les offrandes des Sables ne cessaient ni jour ni nuit, et qu'en un seul jour le nombre des pèlerins monta à trente mille.

A peine les voûtes de cette heureuse basilique avaient-elles cessé de retentir de la voix d'un Pape exilé, qu'un autre proscrit, plus célèbre encore, venait lui demander un autel et un lieu de recueillement : c'était le grand archevêque de Canterbury.

En 1546, on fit don d'une côte de la Sainte à l'église Sainte-Colombe du Carrouge.

On sait que la contrée dont Rimini eut la capitale, s'appelait autrefois Gaule Sénonaise. La cathédrale de Rimini fut dédiée sous le vocable de Sainte-Colombe. Or, un évêque de Rimini étant venu en France, en qualité de nonce du Saint-Père, se rendit en pèlerinage au tombeau de notre Sainte, et obtint une relique consistant en une côte de la Sainte.

En 1626, l'archevêque de Sens, Octave de Bellegarde, fit l'ouverture de la châsse et en retira une relique destinée au monastère de Sainte-Colombe-les-Vienno. En 1635, une relique de la Sainte fut accordée à l'église Sainte-Colombe-en-Auxois, et quelques parcelles à celle de Sainte-Colombe-la-Petite. En 1648, une relique fut aussi accordée à Mgr de Gondrin, archevêque de Sens. Les ravages des Huguenots obligèrent les moines de Sainte-Colombe, en 1667, à transporter leurs reliques dans le monastère des Célestins, à Sens. Les chanoines de l'église métropolitaine de cette ville obtinrent des religieux, en 1699, une relique de la Sainte, consistant en une clavicule, et la placèrent dans un magnifique reliquaire, donné autrefois par Charlemagne; elle fut solennellement transportée à la cathédrale le premier jeudi de mai.

Pendant la Révolution française, tous les biens et tous les bâtiments de l'abbaye royale de Sainte-Colombe, après avoir été confisqués, comme tous les biens d'église, au profit de la nation, ou plutôt de ceux qui les achetèrent à vil prix, furent misérablement vendus pour être livrés en proie à la plus affreuse cupidité. Or, cette magnifique église, une des merveilles du pays Sénonais, ne put trouver grâce devant le marteau révolutionnaire ! Heureusement qu'après environ un demi-siècle de désolation, des jours meilleurs commencèrent à lui sourire sur cette terre dévastée; elle devint la propriété de la congrégation naissante des religieux de la Sainte-Enfance de Jésus et de Marie, dont la Maison-Mère s'établit sur les ruines de l'ancienne abbaye. Ainsi fut restauré, après quelques années d'interruption, le culte de sainte Colombe qui florissait en ces lieux depuis environ seize cents ans.

Quant aux reliques de la Sainte, transportées au trésor de la cathédrale de Sens au moment de la Révolution, elles y avaient été dépouillées de leur magnifique châsse en argent, mais y étaient demeurées intactes dans le sarcophage en bois qui les renfermait et que la tradition aussi bien que les données de la science attribuent à saint Éloi. On les a depuis mises dans une nouvelle châsse.

En 1833, Mgr de Cosnac, après avoir fait la visite des précieux restes de la Sainte, en retira quelques fragments pour être distribués à plusieurs églises. En 1847, une de ses reliques fut accordée à la paroisse de Sainte-Colombe (Côte-d'Or). Une précieuse relique, celle qui avait été accordée, en 1699, par l'ancienne abbaye au chapitre métropolitain de Sens, fut rapportée au nouveau monastère de Sainte-Colombe, le mardi 29 juillet 1847. Une relique fut accordée, en 1849, à l'église de Sainte-Colombe de la ville de Saintes.

La fontaine d'Azon, si célèbre par le martyre de notre Sainte, a été rendue à sa première destination.

Des fouilles pratiquées dans l'emplacement du sanctuaire des anciennes basiliques successivement construites sur le tombeau de Sainte-Colombe, ont mis à découvert les restes d'une crypte qui offre les indices de la plus haute antiquité. Elle a deux mètres de large sur quatre de long, et il reste, tout autour, environ trente centimètres des anciennes murailles.

M. l'abbé Brullée démontre très bien que c'est la crypte primitive, celle qui aurait été construite quand le corps de la Sainte fut apporté de la fontaine d'Azon au *castrum* du général de la région sénonaise; celle où saint Éloi trouva les précieuses reliques quand il vint fabriquer la merveilleuse châsse qui devait les renfermer.

M. Brullée a relevé cette crypte vénérable, en en conservant les débris avec un religieux respect. Deux inscriptions, placées de chaque côté de l'autel, rappelleront, l'une l'historique de la crypte, et l'autre les noms des principaux bienfaiteurs de l'église de Sainte-Colombe, qui se multiplieront pour la construction d'une nouvelle église dont cette crypte n'est en quelque sorte que la pierre d'attente.

Nous avons, pour cette biographie, résumé la Vie de sainte Colombe, par M. l'abbé Brullée.

Événements marquants

  • Naissance en Espagne dans une famille royale païenne
  • Fuite vers les Gaules à l'âge de seize ans
  • Baptême à Vienne en Dauphiné
  • Arrivée à Sens pour pratiquer la religion chrétienne
  • Comparution devant l'empereur Aurélien en 274
  • Protection miraculeuse par une ourse dans l'amphithéâtre
  • Extinction miraculeuse d'un bûcher par une pluie céleste
  • Martyre par décapitation à la fontaine d'Azon

Miracles

  • Source jaillissante sur la route des Gaules
  • Intervention d'une ourse pour protéger sa virginité
  • Pluie miraculeuse éteignant le bûcher
  • Guérison de la cécité du général Aubertus par son sang

Citations

Je m'appelle Colombe, fortifiée que je suis par l'amour du Christ.

— Interrogatoire par Aurélien

Viens, Colombe, les cieux te sont ouverts...

— Voix divine au moment du martyre

Date de fête

31 decembre

Époque

3ᵉ siècle

Décès

31 décembre 274 (martyre)

Catégories

Patron(ne) de

Invoqué(e) pour

guérison de la cécité, protection contre les tentations

Autres formes du nom

  • Columba (la)

Prénoms dérivés

Colombe

Famille

  • Béate (parente)