Saint Ézéchias (Roi de Juda)

Treizième roi de Juda

Fête : 28 aout • saint

Résumé

Fils d'Achaz, Ézéchias devint roi de Juda à vingt-cinq ans et restaura la pureté du culte de Jéhovah en purifiant le Temple. Fidèle aux conseils du prophète Isaïe, il obtint une guérison miraculeuse et la protection divine de Jérusalem contre l'invasion assyrienne de Sennachérib. Malgré un moment d'orgueil face aux envoyés de Babylone, il est célébré comme l'un des rois les plus saints de Juda.

Biographie

SAINT ÉZÉCHIAS, TREIZIÈME ROI DE JUDA

Fuit Ezéchias quod placuit Deo, et fortiter iuit in via David patris sui quam mandavit illi Iasius propheta.

Docile aux sages conseils du prophète Isaïe, Ezéchias marcha rectement dans la voie que David son père lui avait tracée, et devint l'instrument des volontés de Dieu.

IV Reg., XVIII, 6.

Ezéchias était fils d'Achaz, roi de Juda, et d'Abi, fille de Zacharie. Il hérita du trône de son père qui, quelques mois avant sa mort, l'avait associé au gouvernement de son royaume, et commença à régner à l'âge de vingt-cinq ans. Son avènement fit changer la face des affaires publiques qui ne pouvaient être en plus grand désordre, surtout pour ce qui regardait la religion. Ezéchias s'appliqua, dès le commencement de son règne, à rétablir dans toute sa pureté le culte et le service du Dieu de ses pères, fit revivre les lois et la justice, s'appliqua à consolider la paix parmi ses sujets, et s'évertua à faire tout ce qu'il croyait devoir être agréable au Seigneur, prenant pour modèle le roi David, le plus saint des rois ses prédécesseurs. Fidèlement attaché au Très-Haut, il ne s'écarta point de ses voies, observa religieusement tous les commandements qu'il avait donnés à Moïse, prit garde de ne jamais perdre la crainte et mit en lui toute son espérance. L'Écriture lui rend ce témoignage que, parmi les rois de Juda, on n'en vit point après lui, comme il ne s'en était point rencontré auparavant, qui put lui être comparé.

Dès le premier mois qui suivit son avènement, Ezéchias fit rouvrir les portes du Temple de Salomon, fermées par l'ordre d'Achaz son père, et les fit recouvrir de lames d'or, comme elles étaient précédemment. Il convoqua les prêtres et les lévites à une assemblée solennelle dans la grande place à l'orient du Parvis. « Enfants de Lévi », leur dit-il, « écoutez ma parole. Accomplissez sur vous-mêmes tous les actes de la purification

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légale; puis vous procéderez à celle du Temple de Jéhovah, Dieu de vos pères, et vous ferez disparaître la trace des impuretés qui ont souillé le lieu saint. Nos pères ont péché; ils ont osé se livrer au mal et abandonner Jéhovah. Ils ont détourné la tête à la vue de son tabernacle; les portes du vestibule ont été fermées, et les lampes éteintes; l’encens a cessé de brûler sur l’autel des parfums, et les holocaustes n’ont plus été offerts à l’autel du Dieu de Jacob. Voilà pourquoi le courroux du Seigneur s’est enflammé contre Juda et Jérusalem; voilà pourquoi il a semé sur nos pas le trouble, la ruine et la mort. Vous en êtes témoins. Le glaive a moissonné nos aïeux; et nous avons vu nos fils, nos filles et nos épouses traînés en captivité, en punition de tant de crimes. Maintenant donc j’ai résolu de renouveler l’alliance d’Israël avec Jéhovah, son Dieu, et de détourner ainsi le courroux du Seigneur. Mes fils bien-aimés, aidez-moi de votre zèle et de votre piété. C’est vous que Jéhovah a choisis pour le servir dans son sanctuaire, pour lui rendre un culte solennel et pour brûler l’encens sur l’autel des parfums ! »

Ainsi parla Ezéchias; les lévites répondirent par leur pieux empressement à la confiance royale. « Mahath, fils d’Amasai, et Joël, fils d’Azarias, de la descendance de Caath; Cis, fils d’Abdi, et Azarias, fils de Jalaléel, de la descendance de Mérari; Joah, fils de Zemma, et Eden, fils de Joah, de la descendance de Gersom; Samri et Jahiel, descendants d’Elisaphan; Zacharie et Mathanias, descendants d’Asaph; Jahiel et Semeï, descendants d’Héman; Séméias et Oziel, descendants d’Idithun, prirent la direction du mouvement de restauration religieuse qui se prononçait. Ils rassemblèrent leurs frères de la famille sacerdotale et lévitique, et accomplirent sur eux-mêmes les cérémonies de la purification légale. Pénétrant alors dans le Temple, ils procédèrent à sa réhabilitation. Toutes les traces des cultes idolâtriques et tous les objets flétris par quelques-unes des impuretés rituelles furent soigneusement enlevés de l’intérieur de l’édifice sacré; on les apportait sous le vestibule extérieur; là, d’autres lévites s’en chargeaient et allaient les jeter dans le torrent du Cédron. L’œuvre réparatrice fut commencée le premier du mois de Nizan (mars); le huitième jour, l’intérieur du Temple était purifié; il en fallut huit autres pour achever de rendre aux parvis leur splendeur et leur pureté premières. Quand tout fut terminé, les prêtres allèrent dire à Ezéchias: « Nous avons sanctifié toute la maison du Seigneur, l’Autel de l’holocauste et tous les instruments du sacrifice; la Table des pains de proposition et tous les vases sacrés à son usage; enfin tout le mobilier du Temple qui avait été profané sous le règne d’Achaz, après la prévarication de ce roi. Tout est disposé, selon l’ordre prescrit, devant l’autel de Jéhovah ! »

« Le lendemain, dès l’aube, Ezéchias, entouré de tous les princes de Jérusalem, se rendit dans l’appareil de la majesté royale, au Temple du Seigneur. Par son ordre, on amena sept taureaux, sept béliers, sept agneaux et sept boucs offerts comme victimes de propitiation pour le péché, pour le royaume, pour le sanctuaire et pour le peuple. S’adressant alors aux prêtres descendants d’Aaron, Ezéchias leur dit de procéder au sacrifice de propitiation. Les prêtres immolèrent donc successivement les taureaux, les béliers et les agneaux, et en répandirent le sang sur l’autel. Les boucs, réservés pour le sacrifice expiatoire du péché, furent alors placés au milieu de l’assemblée; le roi et tout le peuple étendirent la main sur les victimes

qui furent immolées avec ce rite imposant, et leur sang fut versé devant l'autel comme l'expiation des péchés d'Israël. Car le roi avait demandé que l'holocauste et l'hostie pour le péché fussent offerts au nom du peuple d'Israël tout entier, sans tenir compte de la distinction des deux royaumes. Cependant les chœurs de lévites, avec les cymbales, le psaltérion et les kinnor, avaient été réorganisés selon les règlements du roi David, de Gad le Voyant et de Nathan le Prophète. Ils se tenaient en avant du Temple, avec les divers instruments de musique comme au temps de David ; les prêtres, suivant la loi de Moïse, avaient les trompettes sacrées à la main. Quand le feu fut mis au bûcher de l'holocauste sur l'autel du Seigneur, les trompettes retentirent, tous les chœurs de musiciens commencèrent le chant des hymnes sacrés composés par David et par Asaph le Voyant. Cependant la foule prosternée adorait la majesté de Jéhovah. Quand la cérémonie de l'holocauste fut accomplie, Ezéchias dit au peuple assemblé : « Vous avez tous voulu remplir vos mains d'offrandes pour le Seigneur ; approchez donc maintenant ; présentez-lui vos victimes, et que le Temple de Jéhovah reçoive de nouveau vos sacrifices d'actions de grâces ». La multitude offrit alors, avec un pieux empressement, ses victimes, ses hosties de louange et ses holocaustes. Soixante-dix taureaux, cent béliers, deux cents agneaux furent consumés sur l'autel des holocaustes, six cents bœufs et trois mille brebis furent immolés au Seigneur en ce jour solennel. Ainsi fut rétabli le culte de Jéhovah ; Ezéchias et le peuple tout entier étaient dans l'allégresse ; la manifestation était d'autant plus éclatante, qu'elle n'avait pas été préparée à l'avance et qu'elle s'était spontanément produite.

Cette démonstration, empreinte à un si haut degré de la foi aux institutions mosaïques, avait été en effet toute locale. Les habitants de Jérusalem, répondant au zèle de leur pieux roi, y avaient seuls pris part. Mais elle ne devait pas rester circonscrite dans une sphère aussi étroite. Ezéchias et les conseillers royaux, dans une assemblée générale du peuple, résolurent de célébrer la Pâque, au deuxième mois (Ijar, avril). On n'avait pas solennisé cette fête à la date précise où elle tombait, parce que les prêtres n'avaient pu encore accomplir les purifications prescrites par la loi, et que d'ailleurs le peuple n'avait pas eu le temps de se réunir à Jérusalem. On convint donc d'envoyer des messagers dans toute l'étendue de la Palestine, depuis Dan jusqu'à Bersabée, pour inviter la multitude des enfants d'Israël à venir célébrer la Pâque de Jéhovah leur Dieu à Jérusalem. Des lettres spéciales de convocation furent adressées par Ezéchias aux deux tribus d'Ephraïm et de Manassé, les plus rapprochées du royaume de Juda. Les envoyés royaux s'acquittèrent de leur mission. Ils parcoururent tout le territoire, annonçant au peuple des villes et des campagnes le commandement d'Ezéchias. « Enfants d'Israël », disaient-ils, « revenez à Jéhovah, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ; de son côté, le Seigneur consentira à visiter dans sa miséricorde les restes échappés à la main de fer du roi d'Assyrie. Ne suivez point l'exemple de vos pères et de vos frères. Ils ont abandonné le culte de l'Éternel, voilà pourquoi le Seigneur les a laissés périr sous vos yeux. Ne soyez pas les imitateurs de nos ancêtres à la tête dure ; donnez les mains au pacte d'alliance avec Jéhovah ; accourez au temple qu'il a consacré à jamais par sa majesté sainte ; servez le Seigneur, le Dieu de vos pères, et il détournera de vous les traits de sa vengeance. Si vous revenez à lui, vos frères et vos fils, les captifs de l'Assyrien, trouveront grâce devant leur

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maître, et ils seront rendus à votre amour. Notre Dieu est le Dieu de la clémence et de la miséricorde, il se laissera toucher par votre repentir ». Ainsi parlaient les messagers d'Ezéchias, et ils se hâtaient de passer de ville en ville, à travers les tribus d'Ephraïm, de Manassé et de Zabulon ; mais ils ne recueillaient la plupart du temps sur leur route que l'insulte et l'ironie des peuples. Cependant il se trouva dans la tribu d'Azer, et même dans celles de Manassé et de Zabulon, quelques Israélites fidèles, qui accueillirent avec joie leur parole et prirent le chemin de Jérusalem ! »

La mission réparatrice qui échouait ainsi devant l'obstination idolâtrique du royaume d'Israël fut au contraire accueillie avec enthousiasme dans celui de Juda. « La bénédiction du Seigneur se manifesta en cette circonstance et réunit tous les cœurs dans un sentiment unanime de foi et de piété. Une foule immense se rendit à Jérusalem de tous les points du royaume, à l'époque fixée pour la fête des Azymes. Les autels idolâtriques dont la présence souillait encore les rues et les places de la ville sainte furent détruits ; et tout ce qui avait été profané par l'encens d'un culte sacrilège fut jeté par le peuple dans le torrent du Cédron. Le quatorzième jour du second mois la solennité commença. Les prêtres et les lévites, sanctifiés selon les prescriptions de la loi, offrirent les holocaustes dans le Temple du Seigneur. Chacun d'eux accomplissait les fonctions de son ministère dans l'ordre établi par Moïse, l'homme de Dieu. Les prêtres recevaient de la main des lévites les victimes pascales qui devaient être immolées. On dut agir ainsi parce qu'il se trouvait dans la foule un grand nombre de familles qui n'avaient pas eu le temps de se purifier des impuretés légales ; la famille sacerdotale se chargea donc d'immoler pour elles l'agneau pascal. Un grand nombre d'Israélites des tribus d'Ephraïm, Manassé, Issachar et Zabulon, dans leur empressement irréfléchi, ne tinrent pas compte des règlements de Moïse, et se crurent en droit de prendre part au festin de la Pâque sans avoir préalablement accompli les purifications rituelles. Ezéchias intercéda pour eux devant l'autel de Jéhovah : « Le Seigneur est clément », dit-il, « il usera de miséricorde en faveur de ceux qui cherchent dans la sincérité du cœur à revenir au Dieu de leurs pères, et il leur pardonnera d'avoir négligé les purifications prescrites ». En effet, ce Dieu de bonté exauça la prière royale et daigna pardonner au peuple. Pendant sept jours, la fête des Azymes fut célébrée avec allégresse par la multitude réunie à Jérusalem. Les louanges du Seigneur ne cessaient de retentir dans la ville sainte, et les chœurs des lévites faisaient entendre les chants sacrés comme à l'époque de David. Ezéchias, fier du succès de la restauration religieuse à laquelle il avait si puissamment contribué, s'adressa aux lévites les plus zélés, et leur demanda d'ajouter une semaine de plus aux jours prescrits par la loi. Tout le peuple accueillit cette proposition avec enthousiasme. Le roi mit à la disposition de la multitude mille taureaux et sept mille brebis ; les princes de Juda donnèrent, de leur côté, mille taureaux et dix mille brebis. Les sacrifices et les festins sacrés qui les suivaient recommencèrent donc et se continuèrent pendant sept jours, au milieu des transports de joie des prêtres, des lévites et de la foule immense composée des prosélytes du royaume d'Israël et des fidèles habitants de Juda. Depuis les jours de Salomon, fils de David, Jérusalem n'avait pas été témoin d'une pareille solennité. L'assemblée du peuple se sépara, après que les prêtres eurent appelé

¹ II Paralip., XXX, 1-11.

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sur elle la bénédiction céleste. Dieu exauça la voix de ses ministres, et leur prière parvint jusqu'au pied de son trône.

Après la grande solennité pascale, le peuple quitta Jérusalem et retourna dans ses foyers. En arrivant dans les différentes villes non-seulement du royaume de Juda, mais dans celles d'Ephraïm et de Manassé, les pèlerins détruisirent les hauts lieux, mirent le feu aux bois sacrés des cultes idolâtriques, renversèrent les autels des faux dieux, et reprirent ainsi, par un retour sincère à Jéhovah, possession de leur patrie. Ezéchias en avait donné l'ordre et l'exemple. Le Serpent d'airain dressé par Moïse au désert était devenu dans les derniers temps, pour les fils d'Israël, l'objet d'un culte idolâtrique. Ils brûlaient de l'encens devant cette statue. Le roi la fit mettre en pièces en disant : « Ce n'est qu'un vil métal ! »

Tout était à réorganiser dans le culte de Jéhovah, depuis que la désastreuse apostasie d'Achaz avait introduit l'idolâtrie dans le Temple de Jérusalem. « Ezéchias eut donc à reconstituer les familles sacerdotales et lévitiques dans les fonctions de leur ministère et les degrés de leur hiérarchie, pour établir l'ordre dans les holocaustes, l'immolation des victimes pacifiques et le chant des hymnes sacrés. A l'exemple de David et de Salomon, le roi voulut fournir lui-même la graisse de ses troupeaux pour l'holocauste quotidien du matin et du soir ; pour celui du Sabbat, de la Néoménie, et des fêtes solennelles fixées par la loi de Moïse. Il remit en vigueur les prescriptions légales, et ordonna aux habitants de Jérusalem de fournir aux prêtres et aux lévites les dîmes et les prémices qui leur étaient dévolues, afin de leur permettre de se consacrer exclusivement à l'étude de la loi du Seigneur. Aussitôt que le décret royal fut parvenu à la connaissance du peuple, les habitants de Jérusalem s'empressèrent d'offrir les prémices du froment, du vin et de l'huile, et la dîme de toutes les productions de la terre. Dans les autres villes de Juda, on imita ce pieux zèle, en envoyant au Temple la dîme des bœufs, des brebis, et des autres produits du sol. De tous les points du royaume on multipliait ces religieux convois, en sorte que les prêtres se virent dans la nécessité de réunir en énormes monceaux les grains de toutes sortes et les olives ainsi sanctifiés. Depuis le troisième mois (Sivan) jusqu'au septième (Tisri), les offrandes ne discontinuèrent point. A la vue de ces montagnes de gerbes et d'olives, témoignage de la foi nationale, Ezéchias et les princes de Juda remercièrent le Seigneur et bénirent le peuple d'Israël. Pourquoi, demanda Ezéchias aux prêtres et aux lévites, laissez-vous ainsi ces monceaux en plein air ? Le pontife Azarias, descendant de Sadoc, répondit au roi : « Depuis que l'on a recommencé à apporter les prémices au Temple du Seigneur, nous y avons trouvé une ressource plus que suffisante pour tous nos besoins. Jéhovah a manifestement béni son peuple. Ce que vous voyez est le reste des offrandes que nous n'avons pu consommer ». Ezéchias donna immédiatement l'ordre de préparer de nombreux greniers pour y déposer ces richesses. Ce fut ainsi qu'on réserva pour les besoins de l'avenir les dons de la piété et de la foi. Le lévite Chonénias et son frère puiné Séméï furent préposés à leur garde. Ils avaient sous leurs ordres Jahiel, Azarias, Nabath, Asaël, Jérimoth, Josabad, Eliel, Jesmachias, Mahath et Banaïas, qui relevaient directement de leur autorité. Les deux intendants généraux référaient de toutes les choses importantes au roi lui-même et au grand prêtre Azarias. Outre le tribut obligatoire des prémices et de la dîme, les fils d'Israël apportaient spontanément au Temple un grand nombre de dons et d'offrandes, pour accomplir des vœux personnels. Le lévite Coré, fils de Jemma, gardien de la Porte

VIES DES SAINTS. — TOME X. 13

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Orientale, fut chargé de recueillir ces offrandes spéciales. Il eut sous ses ordres Eden, Benjamin, Jésué, Séméïas, Amarias et Séchénias, qui, répartis dans les villes sacerdotales, veillaient à ce que les distributions faites aux lévites fussent en rapport avec les besoins des familles et la dignité hiérarchique de chacun d'eux. Tel fut l'ordre qu'Ezéchias rétablit dans le culte de Jéhovah, selon les préceptes et les rites de la loi mosaïque. Il l'appliqua à tout le royaume de Juda, et son administration fut celle d'un prince pieux et sage qui cherchait dans la sincérité du cœur à marcher dans les voies de la vertu et de la justice !

Dieu fut avec lui et lui donna la sagesse pour diriger toutes ses entreprises. Il fit sentir aux Philistins le poids de ses armes victorieuses, et les repoussa jusqu'à leur ville maritime de Gaza. Confiant dans la bonté du Seigneur, dont il avait eu tant de preuves, il se résolut à secouer le joug du roi d'Assyrie. Sennachérib, fils de Sargon, avait succédé à son père sur le trône de Ninive. Toutefois, pour lutter avec quelque avantage contre ce redoutable ennemi, Ezéchias compta trop sur les appuis d'une politique tout humaine. Par ses ordres, les chefs de Juda se rendirent à Tanis, dans la basse Égypte, pour renouer avec le Pharaon une alliance qui avait si mal réussi au dernier roi d'Israël. La parole d'Isaïe ne tarda pas à s'élever contre cette démarche que le Seigneur n'avait point autorisée. « Voici la parole de Jéhovah », dit-il. « Malheur aux enfants déserteurs de ma loi, qui ont délibéré sans moi dans le conseil ; qui ont ourdi la toile, sans s'inspirer de mon Esprit et qui ont ajouté une faute nouvelle à toutes celles du passé ; qui ont pris la route d'Égypte, sans avoir interrogé mon oracle, mettant leur confiance dans le secours du Pharaon, et dans le fantôme de la puissance égyptienne. Le Seigneur inclina la main, et l'allié tombera ; celui dont on implore le secours sera renversé, et tous périront dans sa ruine ! »

Cependant Sennachérib, roi des Assyriens, entra en Judée, la quatorzième année du règne d'Ezéchias ; il vint mettre le siège devant les principales cités du royaume de Juda et s'en rendit maître. Alors Ezéchias députa à Lachis des messagers chargés de dire au monarque assyrien : « J'ai péché contre vous en rejetant votre alliance, mais indiquez vous-même le tribut que vous désirez ; je m'y soumettrai. A ce prix, consentez à éloigner votre armée de mon territoire ». Sennachérib fixa l'impôt à trente talents d'or et trois cents d'argent. Pour réaliser cette somme, Ezéchias prit tout l'argent déposé dans les trésors du Temple et dans ceux du palais. Il fut même contraint de briser les lames d'or dont il avait fait recouvrir la porte du sanctuaire, et les envoya au roi d'Assyrie. Sennachérib se contenta pour le moment de cette soumission. Ezéchias profita de cet intervalle pour fortifier Jérusalem. « Des mesures de défense furent concertées dans le conseil royal, formé des princes de Juda et des plus habiles guerriers. A l'unanimité on résolut d'obstruer les sources extérieures qui arrosaient la contrée. Une nombreuse multitude fut réunie pour détourner ainsi l'eau de toutes les sources, et celle du torrent du Cédron qui, avec ses affluents le Gehon et la fontaine du Siloé, baigne les murs de la ville. Ezéchias fit travailler activement à la réparation du mur extérieur, dégradé sur plusieurs points ; il y fit ajouter de nouvelles tours et éleva un second rempart en avant du premier. La vallée de Mello, reliée à la colline de David par le pont de Salomon, fut garnie d'ouvrages défensifs. Les arsenaux du roi furent remplis de boucliers et d'armes de toute espèce ; et on mit à la tête des corps d'armée des chefs expérimentés.

Cependant les forces physiques d'Ezéchias ne purent résister à tant de sollicitudes et de préoccupations terribles. Un ulcère se déclara avec les symptômes les plus alarmants; le mal fit des progrès rapides, et la consternation était peinte sur tous les visages. Le prophète Isaïe vint trouver le roi : « Mettez ordre à votre maison », lui dit-il, « car l'heure approche et vous allez cesser de vivre ». A ces mots, Ezéchias, tournant le visage vers la muraille, pria le Seigneur. « Jéhovah, mon Dieu ! » disait-il, « daignez vous souvenir que j'ai marché devant vous dans la sincérité et la droiture de mon cœur, et que j'ai pris votre volonté sainte pour règle de toutes mes actions ». Après avoir parlé ainsi, Ezéchias laissa couler de ses yeux un torrent de larmes. Cependant Isaïe avait pris congé du roi, il était sous le vestibule du palais quand le Seigneur lui fit entendre sa voix. « Retourne près d'Ezéchias, le chef de mon peuple, et dis-lui : Voici la parole de Jéhovah, le Dieu de David, ton aïeul : J'ai entendu ta prière ; j'ai vu tes larmes, et je vais te guérir. Dans trois jours tu iras me rendre tes actions de grâces dans mon Temple, et j'ajouterai encore quinze années au nombre de tes jours. Je délivrerai ton royaume et ta capitale du joug des Assyriens; ma protection couvrira cette cité, pour l'honneur de mon nom et en mémoire de David, mon serviteur ». Isaïe revint près du royal malade, lui communiqua le message divin et s'adressant aux serviteurs d'Ezéchias : « Apportez-moi une corbeille de figues », leur dit-il. On s'empressa d'exécuter cet ordre. Le Prophète prit quelques-uns de ces fruits, les fit appliquer sur la plaie entr'ouverte d'Ezéchias, en lui renouvelant la promesse que le Seigneur le guérirait. « Mais quel signe me donnerez-vous », demanda le roi, « pour me prouver que ma guérison sera si prompte, et que, dans trois jours, je pourrai aller remercier Dieu dans son Temple ? » — « Voici », répondit Isaïe, « le prodige que le Seigneur va opérer sous vos yeux pour attester la vérité de sa parole. Voulez-vous que l'ombre descende ou qu'elle monte de dix degrés sur ce cadran ? » — « Il serait facile de faire monter l'ombre de dix degrés », répondit Ezéchias. « Ce n'est donc point ce que je veux choisir. Faites que l'ombre rétrograde subitement de dix degrés ». — Le Prophète invoqua le nom de Jéhovah, et à l'instant l'ombre rétrograda de dix degrés sur le cadran construit jadis dans le palais par Achaz.

Ezéchias recouvra la santé dans le délai fixé par le Prophète. En se rendant le troisième jour au Temple, pour y remercier le Seigneur, le pieux roi fit entendre ce cantique d'action de grâces : « J'avais dit : Le milieu de mes jours en marquera le terme; je vais descendre aux portes du tombeau; et je cherchais en vain à renouer le fil de mes années. Hélas ! disais-je, je ne verrai plus Jéhovah, mon Dieu, sur la terre des vivants; mes regards éteints ne se fixeront plus sur les habitants de cette terre et ne contempleront plus les mortels. Mais mon amertume s'est changée en allégresse, vous avez délivré mon âme des terreurs de la mort. Le tombeau ne vous glorifiera point, la mort ne chantera point vos louanges. C'est un vivant, un vivant comme je le suis aujourd'hui, qui chantera votre miséricorde; le père redira à ses fils les merveilles de votre clémence. Seigneur, conservez-moi la vie que vous m'avez rendue, et chaque jour votre Temple retentira de nos hymnes de reconnaissance ! »

Cependant le roi d'Assyrie revenait vainqueur de son expédition en Égypte. De retour à Lachis, et ayant sans doute appris les préparatifs de défense exécutés à Jérusalem, il envoya près d'Ezéchias, le Tartan de son armée, auquel il adjoignit le Rabsaris (chef des eunuques) et le Rabsacès

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(grand échanson), avec une puissante escorte. Les députés assyriens se présentèrent au nom de Sennachérib, leur maître, devant la muraille de l'est, près de l'aqueduc de la piscine supérieure, sur le chemin du Champ du Foulon. Ils demandèrent à parler au roi et lui firent un discours plein d'insolence. Quand Ezéchias l'eut entendu, il déchira son manteau royal, se revêtit d'un sac de deuil et vint se prosterner dans le Temple du Seigneur. En même temps, il envoya Eliacim et Sobna avec les anciens du sanctuaire, couverts comme lui du cilice de la pénitence, vers Isaïe, fils d'Amos. Arrivés près du Prophète : « Voici », lui dirent-ils, « le jour de l'angoisse, de la terreur et du blasphème. Jéhovah, votre Dieu, a-t-il entendu les outrages contre sa majesté sainte, qui sont sortis des lèvres du Rabsacès envoyé par le roi des Assyriens ? Faites monter vers lui votre prière, afin qu'il daigne sauver les restes de son peuple ». Isaïe répondit : « Allez dire à votre maître : Voici le message de Jéhovah : Cesse de craindre l'insolence des serviteurs du roi d'Assyrie, et ne t'alarme point des blasphèmes qu'ils ont proférés contre moi. Je vais faire descendre sur lui l'esprit des épouvantements, il entendra une nouvelle de mort, il reprendra le chemin de ses États, et quand il sera de retour dans sa patrie, je le ferai tomber, baigné dans son sang, sous un glaive meurtrier ». Les événements vérifièrent la prédiction du Prophète. Le fait de la destruction, en une seule nuit, de l'armée assyrienne, est expressément affirmé par la Bible.

Délivré par un miracle du joug des Assyriens, Ezéchias vécut en paix pendant les dernières années de son règne. Les offrandes se multipliaient au Temple de Jérusalem ; on venait de toutes parts immoler des victimes au Dieu tout-puissant, et apporter au roi de Juda les tributs de la fidélité. Le nom d'Ezéchias devint célèbre parmi toutes les nations voisines de la Judée. Les richesses de ce prince s'accrurent avec sa réputation. Il accumula dans ses trésors des monceaux d'or, d'argent, de pierres précieuses, d'aromates, d'armures et de vases artistement ciselés. Ses magasins regorgeaient de blé, de vin et d'huile ; il posséda d'immenses troupeaux et des brebis sans nombre. Pour suffire au développement toujours croissant de sa prospérité, il fut obligé de construire des villes pour ses pasteurs. C'est ainsi que la bénédiction du Seigneur récompensa son zèle et sa piété. A cette époque, Mérodach-Baladan, roi des Babyloniens, lui envoya une ambassade pour le féliciter de sa guérison miraculeuse et des prodiges récents qui venaient d'être opérés en sa faveur. Les députés du prince étranger étaient porteurs de riches présents et d'une lettre de leur souverain. Ezéchias eut grande joie à les recevoir. Il leur montra la Maison des Parfums, l'or, l'argent, les aromates, les vases précieux qui remplissaient ses trésors, et étala toutes ses richesses devant eux avec un sentiment marqué d'ostentation. Cependant le prophète Isaïe vint trouver le roi. « Que vous ont dit ces étrangers ? » lui demanda-t-il ; « et quel est leur pays ? » — « Ils viennent des régions lointaines de la Babylonie », répondit Ezéchias. « Qu'ont-ils vu dans votre palais ? » ajouta le Prophète. « Ils ont vu toutes les magnificences de ma demeure », répondit le roi, « et il n'y a rien dans mes trésors que je n'aie fait passer sous leurs yeux ». — « Maintenant donc », reprit Isaïe, « voici la sentence de Jéhovah, le Seigneur. Écoutez ce qu'il vous fait dire par ma bouche. Les jours approchent ; bientôt toutes les richesses de ce palais, amassées par vos aïeux et par vous-même, seront transportées à Babylone. Il n'en restera pas une parcelle ici. Voilà ce que dit le Seigneur. Vos descendants, nés de votre race, seront traînés en captivité ; on les verra esclaves dans les palais du roi de Babylone ». — « Le

Seigneur est juste de punir ainsi mon orgueil », répondit Ezéchias. « Puisse du moins sa miséricorde maintenir la paix à Jérusalem pendant les derniers jours de ma vie ! » Ce fut ainsi qu'une pensée de vanité enfla le cœur de ce pieux roi, et que le Seigneur permit cette tentation pour éprouver sa fidélité.

Les dernières années de la vie d'Ezéchias furent illuminées par la splendeur des oracles d'Isaïe. Le sentiment de vaine ostentation qui avait porté ce prince à étaler les trésors de sa magnificence aux yeux des envoyés de Mérodach-Baladan, trouva sans doute une amère compensation dans la terrible prophétie de la captivité de Babylone annoncée par l'homme de Dieu. Ezéchias termina en paix son glorieux règne. Il s'endormit du sommeil de ses pères, et on lui donna une place d'honneur dans le tombeau de David. Tout le royaume de Juda et tous les habitants de Jérusalem célébrèrent ses funérailles.

On représente Ezéchias revêtu, comme David, des ornements royaux et tenant à la main un cartouche où sont écrits ces mots : « Vous êtes le seul Maître suprême de tous les royaumes ». Ces paroles sont une allusion à la prière du roi, lorsqu'il fut attaqué de la maladie dont nous avons parlé.

Baillet : Vies des Saints de l'Ancien Testament ; Darras : Histoire générale de l'Église.

Événements marquants

  • Accession au trône à l'âge de vingt-cinq ans
  • Restauration du culte de Jéhovah et purification du Temple
  • Célébration solennelle de la Pâque à Jérusalem
  • Destruction du Serpent d'airain devenu idole
  • Guérison miraculeuse d'un ulcère après l'intervention d'Isaïe
  • Signe du cadran solaire où l'ombre rétrograde de dix degrés
  • Délivrance miraculeuse de Jérusalem face à l'armée de Sennachérib
  • Réception des ambassadeurs de Babylone et péché d'ostentation

Miracles

  • Rétrogradation de l'ombre de dix degrés sur le cadran d'Achaz
  • Guérison instantanée d'un ulcère mortel par l'application de figues
  • Destruction de l'armée assyrienne en une seule nuit

Citations

Fuit Ezéchias quod placuit Deo, et fortiter iuit in via David patris sui

— IV Reg., XVIII, 6

Vous êtes le seul Maître suprême de tous les royaumes

— Cartouche iconographique

Date de fête

28 aout

Décès

Inconnue (Ancien Testament) (naturelle)

Autres formes du nom

  • Hezekiah (en)

Prénoms dérivés

Ézéchias

Famille

  • Achaz (père)
  • Abi (mère)
  • Zacharie (grand-père maternel)
  • David (ancêtre)