Saint Sigebert (Sigisbert) III

Roi d'Austrasie

Fête : 1er fevrier 7ᵉ siècle • sainte

Résumé

Fils de Dagobert Ier, Sigebert III fut roi d'Austrasie au VIIe siècle. Distingué dès son baptême par un mot miraculeux, il gouverna avec sagesse, conseillé par saint Pépin et saint Cunibert. Grand bâtisseur de monastères et protecteur des pauvres, il est le saint patron de Nancy.

Biographie

SAINT SIGEBERT OU SIGISBERT, ROI D'AUSTRASIE

Les fautes des rois sont punies dans les peuples : leurs vertus nous sauvent, leurs erreurs nous perdent. Saint Ambroise, IV. 1er de Apologia David, ch. 22.

Nous serions assurément répréhensibles si, faisant un recueil de la vie des Saints pour l'instruction de tous les fidèles, nous négligions ce saint roi de la France orientale, tandis que les étrangers en enrichissent leurs histoires : comme Baronius, italien ; Surius, allemand ; et Aubert Le Mire, flamand ; ces auteurs en parlent avec beaucoup d'honneur, et lui donnent sans difficulté le titre de Saint.

Il était fils de Dagobert Ier, roi de France, et de Ragintrude ou Ragnétrude. Le roi, qui depuis quelque temps menait une vie assez déréglée, fut si touché de la grâce que Dieu lui faisait de lui donner un fils, que, pour reconnaître cette faveur, il conçut le dessein de se corriger entièrement. Résolu de faire baptiser ce fils par le plus saint prélat de son royaume, il jeta les yeux sur saint Amand, évêque de Maëstricht, qu'il avait auparavant exilé à cause de la généreuse liberté avec laquelle il le reprenait de ses désordres. L'ayant donc fait venir à Clichi, près de Paris, il se prosterna à ses pieds, lui demanda pardon de l'injustice qu'il avait commise à son égard, et le détermina, avec l'aide de saint Ouen et de saint Eloi, qui n'étaient encore que laïques, à conférer à son fils le sacrement de la régénération. Il lui donna pour parrain Caribert, roi d'Aquitaine, son frère, et l'on put dès lors espérer que cet enfant de France serait un prince de paix, puisque sa naissance réconcilia si parfaitement ensemble ces trois grands personnages. Dieu fit aussi paraître quel serait ce petit prince, par un fait miraculeux arrivé à son baptême :

4e FÉVRIER.

La foule de la noblesse française qui se trouva alors à Orléans, où se faisait cette cérémonie, était si grande, qu'il ne se rencontra point de clerc auprès de saint Amand, qui le baptisait, pour répondre amen ; l'enfant, qui n'avait pas encore que quarante jours, prononça ce mot distinctement et à propos : ce qui causa une grande admiration aux seigneurs qui furent témoins de cette merveille. L'éducation du petit prince fut confiée au bienheureux Pépin de Landen, maire du palais, qui, contraint de céder à l'envie de la noblesse, se retira avec lui dans les États de Caribert, où il possédait plusieurs terres du chef de la bienheureuse Itte, sa femme.

A peine eut-il atteint la cinquième année de son âge, que le roi, désirant pourvoir au repos de son royaume, et suivre en cela les exemples de ses prédécesseurs, partagea ses États entre ses deux enfants, savoir : notre Sigebert et Clovis II ; et de l'avis de son conseil, il donna l'Austrasie, c'est-à-dire la France orientale, à celui qui était l'aîné, laissant la Neustrie à Clovis, le plus jeune.

Cinq ou six ans après, le roi Dagobert étant près de laisser cette vie avec le royaume, pour aller régner plus heureusement dans le ciel, fit convoquer, peu de jours auparavant, une assemblée des plus grands seigneurs de ses États, où, confirmant le partage qu'il avait fait entre ses deux fils, il les déclara rois. Et ces princes gardèrent si religieusement l'ordonnance du roi, leur père, touchant ce partage, et vécurent toujours en une si bonne intelligence, que chacun, de son côté, gouverna très-paisiblement les sujets de son royaume.

Pour le roi Sigebert, il fut heureux en Austrasie, d'avoir auprès de sa personne saint Pépin, seigneur de Brabant, qu'il fit maire de son palais, et saint Cunibert, archevêque de Cologne, qu'il prit pour son principal conseiller ; l'un et l'autre étaient de saints personnages, qui l'assistèrent puissamment de leurs sages avis. Ce furent ces deux fidèles serviteurs qui, après le décès de son père, lui persuadèrent de demander au roi Clovis, son frère, le partage des trésors et des meubles du feu roi : ce qu'ils négocièrent avec tant d'adresse et de prudence, qu'il se fit, pour cela, une nouvelle assemblée en la ville de Compiègne, où, enfin, le tout fut terminé paisiblement, et à l'entière satisfaction des deux partis.

Cependant Sigebert vit la paix de son règne troublée par la révolte de quelques esprits remuants qui poussèrent les Thuringiens, ses vassaux, à lever les armes contre leur prince ; n'étant donc encore âgé que de douze ans, il se vit obligé de leur faire la guerre : et, d'abord, il remporta quelque avantage sur eux, défit leurs troupes et terrassa leur duc. Mais, comme les armes sont sujettes à caprice, bien changeants sont les événements que fait naître leur jeu : la mauvaise intelligence de ses officiers donna moyen aux Thuringiens de se rallier et d'avoir le dessus à leur tour ; ils défirent toute l'armée royale. Néanmoins, le roi ramassa de nouvelles forces, prit un nouveau courage, et, ayant repassé le Rhin, il se comporta avec tant de prudence et de sagesse, qu'il ramena enfin les révoltés à la raison, et les obligea de se soumettre.

Ce vertueux prince, se voyant ensuite paisible en son royaume, se donna entièrement aux exercices de la piété, et se laissa tellement aller à la vie contemplative, qu'on l'eût pris plutôt pour un religieux nourri dans un cloître, que pour un roi élevé dans la pourpre et dans les armes. De là vient que quelques-uns de nos historiens français, ne considérant les choses que selon la politique et la prudence humaine, désapprouvent sa conduite et l'accusent de lâcheté ; mais ceux qui ont parlé de lui avec plus de dégagement des choses temporelles, l'ont comparé au grand Salomon, et disent qu'il en a même surpassé la gloire. En effet, l'un et l'autre ont été doués par le Seigneur, dès leurs plus faibles années, d'une sagesse extraordinaire, et en ont reçu beaucoup de richesses et de puissance. Ce roi de Judée, au lieu de profiter de tous ces dons, en a abusé jusqu'à les employer à sa propre ruine et à la perte de son âme ; au contraire, le roi Sigebert s'en est servi pour son salut et pour celui de son peuple. Salomon dissipa la meilleure partie des biens immenses que le roi David, son père, lui avait laissés, et que Dieu lui avait donnés, en de prodigieuses débauches, en de folles dépenses avec ses concubines, et pour bâtir des temples à leurs idoles et à leurs fausses divinités. Mais le pieux roi Sigebert a employé beaucoup plus utilement les trésors qu'il avait hérités du roi Dagobert, son père, ou qu'il s'était acquis pendant la paix de son règne, à faire de grandes aumônes aux pauvres, et à bâtir douze beaux monastères, parmi lesquels on compte les célèbres abbayes de Stavelot, au diocèse de Liège, et de Malmédy, au diocèse de Trèves ; à l'une d'elles, dont saint Rémacle, évêque de Liège, fut abbé, il ne donna pas moins de douze lieues de pays, en longueur et en largeur ; ce qu'il confirma depuis par son testament.

Ce prince était digne de la couronne, puisqu'il a si bien su se gouverner lui-même, que, en usant prudemment des honneurs et des richesses de la terre, il s'est acquis les véritables grandeurs de l'immortalité ; et sa vie a été telle, que sa puissance terrestre l'ayant rendu redoutable aux hommes, sa piété et sa justice l'ont rendu agréable aux yeux de Dieu. S'il s'est rencontré dans sa conduite quelques défauts contre les règles de la prudence humaine, ses aumônes et ses autres bonnes actions les ont suffisamment réparés, pour le faire paraître sans tache devant la divine Majesté. Il décéda saintement, dans la fleur de son âge, le 1er février, vers le milieu du VIIIe siècle, deux cent soixante-trois ans après le décès de saint Martin, selon la manière de compter alors les années en France. Comme notre saint roi était très-dévot à ce grand évêque, il voulut que son corps fût inhumé près de la ville de Metz, dans une église dédiée à son honneur, laquelle est une des douze qu'il avait fondées. Dieu a fait paraître sa sainteté par quantité de miracles qui se sont faits à son tombeau ; le moine Sigebert, auteur de sa vie, en rapporte un grand nombre, et dit qu'il en a été témoin oculaire.

On représente le saint roi d'Austrasie avec une église sur la main, par allusion à ses fondations pieuses. On l'invoque, en Lorraine, pour la pluie et le beau temps.

## RELIQUES ET CULTE DE SAINT SIGEBERT.

L'an 1063, quatre cents ans après sa mort, le corps de saint Sigebert fut trouvé aussi entier dans son sépulcre que s'il n'y eût été mis que depuis deux heures ; il en fut tiré pour être déposé en un lieu plus décent, comme lui-même l'avait ordonné à un religieux de ce monastère de Saint-Martin-les-Metz nommé Villan, à qui il était apparu. Sept ans après, il fut enfermé solennellement dans une riche châsse d'argent, et placé à côté du grand autel de l'église, mais toujours avec des miracles que l'on peut voir dans l'auteur de la vie rapportée par Surius et Rollandus au 1er de ce mois.

Enfin, l'an 1552, cette abbaye de Saint-Martin fut entièrement ruinée par les guerres entre la France et l'Espagne ; alors ce précieux dépôt fut transporté à Metz dans l'église du prieuré Notre-Dame, où il resta jusqu'en 1603, époque à laquelle Charles III, qui avait obtenu du Pape l'érection d'une collégiale à Nancy, le fit transporter dans l'église provisoire où les chanoines avaient commencé à faire leurs offices... La châsse contenant ce saint corps était d'ébène, couverte d'argent, richement émaillée; elle avait été apportée de Milan par les ordres et aux frais d'Antoine de Lenoncourt, second primat de Lorraine.

1er FÉVRIER.

En 1740, on dut renouveler les ornements qui recouvraient l'insigne relique, en raison de leur vétusté. Cette opération se fit avec une grande solennité. On ne lira pas sans intérêt dans quel état on trouva les restes du saint roi : « La tête, le tronc, les bras et les cuisses se tiennent ensemble, le tout recouvert des muscles, des téguments et de la peau, excepté la tête dont les os du crâne sont à découvert depuis les sourcils jusqu'aux os des tempes et de l'occipital...; la face est entière ainsi que le nez..., les lèvres sont conservées, et la supérieure assez relevée pour laisser entrevoir les quatre dents incisives de la mâchoire supérieure; les autres parties de la face sont aussi conservées et sans lésion, ainsi que le corps, les bras, les cuisses...; l'avant-bras gauche, le poignet, la main, les doigts avec les ongles sont sans lésion; la main droite, depuis le poignet jusqu'à l'extrémité des doigts, est entière; la jambe droite est entière avec les os du tarse, etc.

Après avoir constaté l'état dans lequel se trouvait le corps du saint roi, on le replaça dans la châsse avec de nouveaux et riches ornements. C'est de ce reliquaire, en dernier lieu déposé sous l'autel que, en 1793, des hommes, pour qui rien n'était ni respectable ni sacré, l'arrachèrent pour le livrer aux flammes. Quelques personnes néanmoins en sauvèrent des débris, dont la meilleure partie, religieusement conservée par M. Simouin, sieur de M. le directeur de l'école de médecine de Nancy, a été, le 30 janvier 1883, remise à Mgr Osmond, évêque diocésain, et exposée de nouveau à la vénération des fidèles. Ces débris sont, autant qu'il est possible de le reconnaître : deux os de bras, un autre os et une petite côte, un os de jambe, une omoplate à laquelle sont restés attachés des muscles et des filaments charnus, trois grandes côtes, trois fragments de côte, et une rotule.

La vénération des peuples pour les reliques de saint Sigisbert, et les grâces obtenues du ciel par l'intercession de ce Bienheureux, l'ont fait choisir pour patron de la capitale de l'ancien duché de Lorraine. Dans les calamités publiques, à la demande des magistrats de la cité, organes des populations, sa châsse était descendue de l'arche où elle était enfermée, au-dessus du siège primatial, et placée sur un autel spécial où elle restait exposée pendant tout le temps des supplications ordonnées par l'autorité compétente. C'est de là qu'est venue la locution vulgaire « descendre les reliques de saint Sigisbert », maintenant encore employée quand on parle de leur exposition solennelle pour obtenir de Dieu la délivrance de quelque fléau.

Le diocèse de Metz, en perdant ce précieux trésor, n'a pas cessé pour cela d'honorer le saint roi d'Austrasie. Un beau vitrail lui a été récemment consacré dans l'église Sainte-Ségolène, bâtie près de l'emplacement où s'élevait l'ancien palais des rois d'Austrasie, dont on voit encore quelques restes.

Renseignements fournis par M. l'abbé Guillaume, chanoine de Nancy, aumônier de la chapelle ducale. Voir l'Histoire fidèle de saint Sigisbert, deuxième roi d'Austrasie et troisième du nom, etc., tirés des Antiquités germaniques, par le R. P. Vincent, de Nancy, religieux du Tiers Ordre de Saint-François. Nancy, 1762 : — La première vie de ce saint roi a été écrite par le moine Sigisbert. Moine, aux additions d'Umar, dit qu'il a fait bâtir vingt monastères au lieu de douze que marque le P. Giry; — et pour les reliques : La cathédrale de Nancy, notice, etc., par M. l'abbé Guillaume.

Événements marquants

  • Naissance de Dagobert Ier et Ragintrude
  • Baptême miraculeux à Orléans par saint Amand où l'enfant de 40 jours répond 'Amen'
  • Éducation par Pépin de Landen
  • Couronnement comme roi d'Austrasie à l'âge de 5 ans
  • Guerre contre les Thuringiens à l'âge de 12 ans
  • Fondation de douze monastères dont Stavelot et Malmédy
  • Mort dans la fleur de son âge

Miracles

  • Parole miraculeuse à l'âge de 40 jours lors de son baptême prononçant 'Amen'
  • Incorruptibilité du corps constatée en 1063 et 1740
  • Apparition au religieux Villan pour le transfert de ses reliques

Citations

Les fautes des rois sont punies dans les peuples : leurs vertus nous sauvent, leurs erreurs nous perdent.

— Saint Ambroise (cité en exergue)

Date de fête

1er fevrier

Époque

7ᵉ siècle

Décès

1er février, vers le milieu du VIIe siècle (indiqué VIIIe par erreur dans le texte source, mais précisé 263 ans après St Martin) (naturelle)

Catégories

Patron(ne) de

Invoqué(e) pour

la pluie, le beau temps, délivrance des fléaux publics

Autres formes du nom

  • Sigisbert (fr)

Prénoms dérivés

Sigebert, Sigisbert

Famille

  • Dagobert Ier (père)
  • Ragintrude (ou Ragnétrude) (mère)
  • Caribert (oncle (roi d'Aquitaine, parrain))
  • Clovis II (frère)