Saint Dagobert II

Roi d'Austrasie et Martyr

Fête : 23 decembre 7ᵉ siècle • saint

Résumé

Roi d'Austrasie au VIIe siècle, Dagobert II fut exilé enfant en Angleterre avant de reconquérir son trône. Souverain pieux et juste, il favorisa l'Église et fonda plusieurs monastères en Alsace. Il mourut assassiné en 679 dans la forêt de Woëvre, victime d'une trahison politique orchestrée par Ébroïn.

Biographie

SAINT DAGOBERT II, ROI D'AUSTRASIE, MARTYR,

PATRON DE STENAY, AU DIOCÈSE DE VERDUN

Mais le ciel veilla sur cet enfant et lui donna un père dans la personne de saint Wilfrid, évêque d'York, qui le fit élever selon les préceptes de l'Évangile. Dagobert acquit dans son exil les qualités nécessaires pour gouverner un jour avec sagesse. Cet exil fut une bonne école pour lui : il y apprit à mépriser l'éclat d'un trône périssable pour s'occuper de l'éternité. À mesure qu'il avançait en âge, il étudia les préceptes de notre sainte religion, et fit de l'Évangile le sujet de ses fréquentes méditations. Il connut de la sorte en quoi consiste la véritable grandeur, et ces considérations le portèrent à marcher avec courage dans le sentier de la vertu. « Heureux », se dit-il, « le prince qui, avant de commander aux autres, sait se gouverner soi-même et exercer sur son propre cœur un empire sévère. Et à quoi lui servirait-il de se faire obéir par des milliers de sujets, s'il était lui-même un esclave de ses passions, si ses mauvais penchants le dominaient ? Et quel avantage lui reviendrait-il de voir son nom célèbre dans l'histoire des rois et des conquérants de la terre, si le Père céleste l'effaçait du livre de l'immortalité ? »

Telles étaient les graves pensées qui occupaient le jeune monarque sur la terre du malheur. S'il soupirait, comme autrefois les Israélites, après le moment de retourner dans une patrie chérie, ce n'était point pour y briller sur un trône éclatant et y recevoir les hommages de ses sujets ; c'était dans le désir d'y travailler au bien de son peuple, d'y faire fleurir la religion et d'y gouverner en roi chrétien. Il appréciait trop bien le poids d'une couronne, pour ambitionner de la porter sans remplir les devoirs que lui imposait la royauté. Sa tendresse pour ses peuples se réveilla surtout lorsqu'il apprit ce que le beau pays de France souffrait par les vexations et les abus de quelques grands, qui, sous prétexte du bien public, déchiraient le sein de leur patrie et ne cherchaient qu'à assouvir leurs haines personnelles et à satisfaire leur ambition. Plus d'une fois il fut sur le point d'abandonner la terre hospitalière et de retourner dans sa patrie, pour annoncer aux peuples qu'il vivait encore et faire valoir ses droits : mais alors, modérant sa noble ardeur, il renonça à son projet, en attendant que la Providence lui fournît l'occasion d'aller reconquérir l'héritage de ses pères, et il se contenta d'adresser au ciel des vœux pour sa patrie.

À peine ce jeune prince eut-il disparu, qu'on répandit partout le bruit de sa mort. Grimoald poussa l'infamie au point de lui faire faire de magnifiques funérailles, afin de tromper plus sûrement les peuples et de couvrir par là l'odieux de son usurpation : car il fit presque aussitôt proclamer roi son propre fils, prétendant que Sigebert l'avait adopté. Les peuples furent trompés et ne reconnurent point cette indigne supercherie : mais la reine Himnehilde protesta contre cette infâme trahison, et ne pouvant, dans le moment même, instruire les peuples de la vérité, elle prit le ciel à témoin qu'elle n'entendait nullement voir les siens exclus du trône, et se réfugia à Paris auprès de Clovis II, son beau-frère. Les grands d'Austrasie ne furent pas longtemps sans revenir de leur enthousiasme pour l'usurpateur. Car les violences de Grimoald aliénèrent petit à petit les esprits, et après un règne de sept mois, ils détrônèrent Childebert, et placèrent sur le trône Clovis II, frère de Sigebert, qui réunit ainsi tout le royaume de France sous son sceptre : mais celui-ci mourut en 656, et laissa la monarchie à Clotaire III, son fils aîné, qui avait à peine cinq ans. Clotaire III posséda l'Austrasie jusqu'en 660, époque à laquelle elle fut donnée à Childéric, le second des fils de Clovis, lequel gouverna ce

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royaume sous la régence de Himneholde et épousa sa fille, sœur de Dagobert.

Ce jeune prince continuait à vivre inconnu dans son exil, attendant que le ciel se déclarât enfin en sa faveur. Il épousa, par l'entremise de saint Wilfrid, une princesse saxonne, dont il eut un fils qu'il nomma Sigebert, et quatre filles, Irmine, Adèle, Rathilde et Ragnétrude. Pendant que Dagobert s'appliquait à donner une éducation chrétienne à ses enfants, quelques seigneurs austroisiens, attachés à Himneholde et pleins de vénération pour la mémoire de Sigebert, songèrent à le rappeler. Ils écrivirent à cet effet à saint Wilfrid et le prièrent de leur renvoyer leur roi légitime, pour le placer sur le trône de son père. Le saint prélat ramassa dans le pays une forte somme d'argent et engagea les princes anglais à lui donner du secours pour repasser en Austrasie. Dagobert partit aussitôt, mais ne put d'abord reconquérir ses droits ; alors Himneholde demanda à Childéric l'Alsace et quelques cantons situés au-delà du Rhin, où Dagobert vint régner plutôt comme lieutenant de Childéric que comme véritable souverain. Ce dernier ayant été assassiné en 673, Dagobert recouvra tout le royaume d'Austrasie.

Les peuples avaient enfin entendu parler des vertus que ce prince avait pratiquées dans une terre étrangère ; ils s'attendaient à un règne heureux, et ils ne furent point trompés dans leur espoir. Jamais monarque ne veilla avec plus de soins sur les intérêts de ses sujets. Il leur rendit dans toutes les occasions une rigoureuse justice, et se fit chérir par la douceur de son gouvernement. La piété était le fondement de ses vertus et l'âme de toutes ses entreprises. On voyait se réaliser en lui ce que l'Apôtre avait dit autrefois « que la piété était utile à tout ; que non-seulement elle promettait des récompenses dans ce monde à ceux qui mettent en pratique ce qu'elle enseigne ; mais qu'elle leur assure encore des dons bien plus grands au-delà du tombeau ». La vie de Dagobert est une réponse énergique et irréfragable à ces détracteurs de la religion, qui osent prétendre que la vraie piété rétrécit le génie, énerve le courage et empêche l'homme de concevoir et d'exécuter rien de grand. Qu'on interroge l'histoire, qu'on examine les faits, et on verra ce prince lutter avec avantage contre la barbarie de son siècle, s'efforcer à effacer jusqu'aux dernières traces de la fureur destructrice des Vandales et des Huns, qui avaient fait des plus belles provinces un affreux désert. Dagobert, persuadé que la religion pouvait seule adoucir le sort des peuples et guérir les plaies profondes que deux invasions de barbares avaient faites partout, appela à son secours la puissance bienfaisante de cette religion et arrêta par elle le cours des maux publics. Non content de remplir avec une exactitude scrupuleuse les devoirs que le christianisme lui imposait, il chercha encore à faire participer ses peuples à l'influence salutaire des grâces qu'il procure, en fondant diverses maisons religieuses. C'est à sa générosité que les monastères de Surbourg, de Haslach et de Saint-Sigismond durent leur existence. Il trouva dans une sage administration des revenus de l'État les moyens d'enrichir ses provinces d'établissements aussi importants qu'utiles à cette époque. Son palais offrait toute la régularité d'un monastère ; il était ouvert au dernier des sujets, qui pouvait en toute liberté aborder son roi et lui exposer sa situation. Jamais le pieux prince n'écouta les suggestions des flatteurs ; il bannit de sa cour ces hommes fourbes et scélérats, qui se jouent si indignement de la confiance des monarques et les trompent. Il aimait la vérité et la disait de même avec une franchise vraiment royale.

C'est à son zèle pour la religion que le diocèse de Strasbourg fut redevable de deux de ses plus illustres pontifes, saint Arbogaste et saint Florent, qui jouirent de sa plus intime confiance. Le premier de ces prélats obtint pour sa cathédrale le domaine de Rouffach et le château d'Issenbourg, en reconnaissance de l'insigne bienfait que le Seigneur avait accordé à Dagobert en lui rendant un fils chéri, blessé à mort par une chute de cheval. Schadée rapporte que Dagobert fit en outre à la même église de magnifiques présents, consistant en plusieurs reliquaires, un calice d'or et un livre d'Évangiles garni d'or et de pierres précieuses. Réunissant ainsi toutes les vertus chrétiennes et royales, le monarque d'Austrasie était grand devant Dieu et devant les hommes, et cette grandeur, il la devait tout entière à la religion : loin d'en rougir, il s'en faisait même une gloire. Il menait une vie fort austère et pratiquait rigoureusement les jeûnes prescrits par l'Église. Sa table prêchait toujours la sobriété, même aux étrangers : il aimait mieux répandre en aumônes les sommes qu'il aurait pu dépenser en repas somptueux et en mets délicats.

Dagobert avait pris l'habitude de s'approcher souvent de la divine Eucharistie. Il se préparait toujours avec une admirable ferveur à la réception de cet auguste sacrement. Le Seigneur le comblait chaque fois de grâces particulières : de là ses progrès dans la perfection. L'Eucharistie a toujours fait et fait encore de nos jours les délices des Saints : elle les a fortifiés dans leur faiblesse, et est devenue pour eux une source de consolations dans cette vallée de larmes.

Pendant que Dagobert donnait à son royaume l'exemple des plus hautes vertus, il eut la consolation de voir en Alsace le bienfaiteur auquel il devait tout. Saint Wilfrid, devenu à son tour l'objet des persécutions de ses ennemis, quitta son diocèse pour aller à Rome chercher auprès du Saint-Siège quelques secours contre des agressions injustes. Dagobert, désirant s'attacher un homme d'un si grand mérite et lui témoigner en même temps sa vive reconnaissance des bons offices qu'il en avait reçus, lui offrit l'évêché de Strasbourg, qui venait de vaquer par la mort de saint Arbogaste : mais Wilfrid était trop attaché à son troupeau pour l'abandonner si facilement ; il savait que les persécutions sont le propre des disciples d'un Dieu mort sur la croix, et loin d'abattre son courage, elles ne faisaient que l'augmenter. Il refusa donc l'offre du monarque austrasien, et continua sa route vers Rome.

Pour montrer son humble confiance en la sainte Vierge, Dagobert se voua lui-même comme serf de la cathédrale de Strasbourg. Son exemple porta la plupart des seigneurs de sa cour à l'imiter. Ces seigneurs, malgré leur titre de serfs, conservaient cependant toujours leur liberté. Lorsque l'évêque pouvait les convaincre de félonie ou d'avoir trahi les intérêts de son église, soit par conseils, soit de fait, ils étaient condamnés à une forte amende. La consécration des serfs de l'église de Strasbourg se renouvelait tous les ans, le 27 février.

Dagobert avait perdu dans son enfance le trône de ses pères par l'ambition d'un maire du palais ; il va perdre la vie par les intrigues d'un autre. Ébroïn, homme cruel et sanguinaire, le même qui a trempé ses mains dans le sang de saint Léger, évêque d'Autun, abusait alors de la confiance de Thierry III et cherchait à démembrer le royaume d'Austrasie, pour augmenter sa domination et diminuer celle de Dagobert. Ce dernier, après avoir appris la conduite d'Ébroïn, s'adressa à Thierry et lui exposa ses sujets de plainte contre les entreprises injustes de cet ambitieux maire du

palais. Pour mettre de son côté toute la justice, Dagobert fixa un délai, dans lequel on devait lui restituer les provinces qu'on avait détachées de l'Austrasie : mais ce délai expiré, Thierry ne se mit nullement en peine de satisfaire à la demande de Dagobert. Quoique ce pieux prince sût que le plus grand fléau par lequel le Seigneur puisse punir un empire, c'est de lui envoyer la guerre, il crut cependant devoir la déclarer à Thierry, afin de se maintenir dans la possession de ses États et obtenir en même temps la restitution des provinces que Thierry retenait si injustement. Dagobert recommanda toute cette affaire à Dieu, et le prit à témoin de la pureté de ses intentions. Il convoqua les grands de son royaume et les instruisit des motifs qui avaient dicté sa résolution. Tous furent d'avis de repousser par les armes les prétentions de Thierry et de lui arracher par la force les provinces qu'il ne voulait pas céder au bon droit.

Dagobert se prépara à la guerre en roi chrétien. Pendant que l'armée s'assemblait avec ses chefs, le pieux roi, couvert d'un rude cilice, pratiquait des jeûnes et des austérités, afin de se rendre le ciel propice. Mettant ensuite toute sa confiance en Dieu, il s'avança à la tête de son armée. À l'exemple de David, il pouvait dire : « Ceux-là espèrent dans le nombre de leurs chars et la vitesse de leurs coursiers ; mais nous autres, nous invoquerons le nom du Seigneur notre Dieu ». Cette armée, qui était animée des mêmes sentiments que son roi, se faisait remarquer par la sévérité de sa discipline. Ce n'était point un corps que rassemblait l'espoir d'un riche butin ; il ne s'était armé que pour soutenir les droits légitimes de son prince. Les deux armées, arrivées sur les frontières de la Lorraine et de la Champagne, attendaient d'un moment à l'autre le signal du combat. Dagobert s'y préparait de nouveau par une prière fervente, lorsqu'il vit arriver dans son camp des envoyés qui l'invitèrent à une conférence, afin, disait-on, de terminer cette querelle amicalement et empêcher par là l'effusion du sang français. Le sage monarque témoigna aux envoyés combien il se félicitait de pouvoir finir cette affaire d'une manière également honorable et chrétienne, et après avoir donné ses ordres aux chefs de l'armée, il partit avec les envoyés, sans escorte ; se confiant à l'honneur de ces guerriers, il traversa avec eux la forêt de Woëvre, pour se rendre au lieu désigné. Mais faut-il donc que les Saints deviennent victimes de la perfidie d'un lâche scélérat ? À peine Dagobert était-il assez enfoncé dans la forêt pour ne plus être vu des siens, qu'il tomba dans une embuscade que lui avait dressée Ébroïn, et fut impitoyablement massacré par la main de Grimoald son filleul, le 23 décembre de l'an 679. C'est ainsi qu'un prince magnanime, qui avait fait le bonheur de ses sujets, termina sa carrière, lâchement assassiné par un vil mercenaire, au moment où, sans gardes, il s'était transporté, sur la foi jurée, au lieu où devait se terminer cette querelle.

On chercha d'abord à cacher cette mort, afin d'en dérober la honte, qui rejaillissait sur Thierry et ses conseillers criminels. Mais lorsque l'armée de Dagobert l'eut apprise, elle entra dans une fureur extraordinaire et voulut à l'instant même venger son chef malheureux. Les officiers eurent de la peine à réprimer ce noble courroux ; mais ils exposèrent que ce prince étant victime d'une infâme trahison, il jouissait déjà au ciel du fruit de ses vertus, et qu'il ne fallait pas conséquemment ensanglanter la victoire qu'il venait de remporter ; que d'ailleurs la religion que le roi avait professée avec tant de courage, défendait une effusion de sang qui n'aboutissait à aucun avantage. Ces considérations calmèrent l'efferves-

SAINT YVES D'AUTEUIL, ABRÉ.

cence des soldats ; les cris de fureur et les plaintes firent place à l'admiration. Chacun se plaisait à raconter les belles qualités d'un prince digne d'un meilleur sort, et à faire l'éloge de ses vertus. La voix publique plaça Dagobert au nombre des Saints, et le genre de sa mort le fit regarder comme martyr.

## CULTE ET RELIQUES.

Saint Ouen, archevêque de Rouen, obtint avec peine le corps du saint monarque et le fit transporter dans son église. Il fut transféré plus tard dans l'église de Saint-Remi de Stenay qui prit bientôt son nom. Il y attira les fidèles qui venaient de l'Austrasie et de la Belgique implorer la protection de leur monarque bien-aimé. En 872, l'archevêque Hincmar de Reims exhuma saint Dagobert et mit ses ossements dans une châsse ; mais, en 1591, les Huguenots pillèrent l'église de Stenay, et enlevèrent sa châsse d'argent, ornée de fleurs de lis d'or.

Il est fait mention de Dagobert, roi et martyr, dans l'ancien martyrologe gothique de la cathédrale de Verdun, et dans l'ancien qui se trouve à la tête du psautier de la reine Emma, épouse de Lothaire ; son nom se lit de même dans le martyrologe d'Adon. Il paraît qu'on en faisait autrefois la fête dans l'abbaye de Haslach ; car l'abbé Louis, dans sa Vie de saint Florent, nous parle d'un ancien manuscrit, conservé de son temps dans les archives de ce Chapitre, et qui contenait un abrégé de la vie de saint Dagobert, dans la forme des leçons qu'on récite à l'Office de Malines. On célébrait aussi à Stenay le jour de sa translation, fixé au 2 septembre. Cette fête attirait toujours un concours immense de peuple, et plusieurs prélats des villes voisines s'y rendaient tous les ans pour recommander leur troupeau au bienheureux roi, qui était le patron de plusieurs provinces.

Extrait de l'Histoire des Saints d'Alsace, par M. l'abbé Hunckler ; et de l'Histoire de Verdun et du pays Verdunois, par M. l'abbé Clouët.

## SAINT YVES D'AUTEUIL,

## ABRÉ DE SAINT-QUENTIN-LÈS-BEAUVAIS, PUIS ÉVÊQUE DE CHARTRES

1116. — Pape : Pascal II. — Roi de France : Louis VI, le Gros.

Qui sanctes perseguantur, ad calorum regna transmitunt.

Ceux qui persistent les Saints leur ouvrent la porte des célestes royaumes.

Cassiodore.

Suivant la plupart des historiens, Yves naquit vers l'an 1040 à Auteuil, village situé à près de trois lieues de la ville de Beauvais. Hugues, son père, et Hilemburge, sa mère, l'élevèrent dans les sentiments d'une vraie et solide piété. Après s'être livré à l'étude des belles-lettres et de la philosophie, il se rendit à l'abbaye du Bec, en Normandie, une des écoles les plus renommées de l'Occident. Là, il eut pour maître Lanfranc, et pour condisciple saint Anselme, dont les noms rappellent le légitime et salutaire

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ascendant que la religion, le génie et la science peuvent exercer ici-bas pour le bonheur des peuples.

Yves, intelligent et laborieux, fit de si rapides progrès dans les sciences ecclésiastiques, que bientôt ses maîtres le chargèrent de les enseigner lui-même. On ignore en quel lieu il ouvrit sa première école. Il est à croire que ce fut dans l'illustre collégiale de Nesle, en Picardie, dont il fut d'abord chanoine. Quoi qu'il en soit, Guy, évêque de Beauvais, ne tarda pas à connaître et à apprécier ses vertus et sa science. En effet, ce pontife n'eut pas plutôt élevé à la porte de sa ville épiscopale, une église et une abbaye de chanoines, en l'honneur du martyr saint Quentin, qu'il en confia la direction à Yves.

Les premières années que l'abbé de Saint-Quentin passa dans son monastère, furent consacrées à des travaux considérables sur les écrits des Pères, les Conciles et les Canons de l'Église. Ce fut alors qu'il composa une double collection de Canons, dont la première porte le nom de Panormie, et la seconde celui de Décret.

En étudiant les règles de l'Église à des sources si authentiques et si pures, Yves, frappé du peu d'accord que présentait la vie des chanoines de son époque avec l'ancienne discipline, résolut de faire cesser, dans son monastère, un état de choses non moins pernicieux au clergé qu'aux fidèles. Guy le seconda puissamment dans ce travail de restauration, et bientôt la communauté de Saint-Quentin, dirigée par un maître si consommé dans la sagesse chrétienne, fit admirer sa vie régulière, sa fervente piété, et son amour de l'étude.

Aux dures épreuves que cette abbaye avait subies pendant les premières années de son existence, succéda pour elle une ère de prospérité et de gloire. Elle ouvrit ses portes à une multitude de jeunes gens des plus nobles familles, attirés par la réputation de l'illustre réformateur. Comme toutes les grandes institutions de cette époque, l'œuvre de l'abbé de Saint-Quentin fut douée d'une merveilleuse fécondité. Ses disciples allèrent établir ou peupler, en divers lieux, des abbayes et des prieurés : de ce nombre furent, dans le diocèse de Beauvais, les abbayes royales de Ruricourt ou Saint-Martin-aux-Bois et de Saint-Just-en-Chaussée, les prieurés de Gournay-sur-Aronde, de Monceaux près de Liancourt, de Neufvy, et de Neuilly-sous-Clermont. Le Valois eut aussi part aux bienfaits de la réforme canoniale : des chanoines réguliers prirent possession de la collégiale de Béthisy-Saint-Pierre, que Richard, premier châtelain de ce pays, avait fondée en 1060.

Toute grande qu'était la mission exercée par Yves au monastère de Saint-Quentin, une autre l'attendait, plus importante et plus auguste : après avoir travaillé à réformer les mœurs des clercs, il fut appelé à réparer les maux causés à l'Église par un pontife oublieux de ses saints devoirs. Dieu, pour la punition des peuples, et aussi pour entretenir parmi ses ministres l'esprit d'humilité, de vigilance et de prière, permet quelquefois que les pierres du sanctuaire soient ébranlées. Ainsi était-il arrivé pour l'infortuné diocèse de Chartres. Geoffroy Ier, son évêque, au lieu de se dévouer au soin du troupeau confié à sa garde, s'était rendu coupable de sacrilèges simonies ; déposé deux fois par le pape Urbain II, et ne pouvant se disculper des crimes qui lui étaient imputés, il consentit enfin à se démettre des saintes fonctions qu'il était indigne de remplir. Le souverain Pontife, cherchant à faire oublier les scandales de Geoffroy, résolut de lui donner pour successeur le docte et pieux abbé de Saint-Quentin. Celui-ci,

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recommandé par Urbain au clergé et au peuple de Chartres, réunit tous les suffrages en sa faveur.

Les habitants du pays chartrain accueillirent avec une vive allégresse la nouvelle de cette élection. Mais il n'en fut pas de même de plusieurs évêques de la province ; ces prélats, partisans de Geoffroy, mirent obstacle à la consécration d'Yves. Dans cette circonstance difficile, l'humble religieux se dirigea vers Rome, et alla supplier Urbain de permettre qu'il restât à la tête de son monastère. Cette démarche ne servit qu'à confondre ses adversaires : le Pape, mesurant les mérites du Saint à l'humilité de ses sentiments, lui fit un devoir d'accepter l'épiscopat, et le sacra lui-même à Alatri (États de l'Église), vers la fin de novembre de l'an 1091.

Yves, sans quitter le gouvernement de son monastère, qu'il dirigea encore durant plusieurs années, alla prendre possession du siège épiscopal de Chartres, après avoir reçu du roi le bâton pastoral en signe d'investiture. Mais, à peine eut-il pris en main l'administration de son diocèse, que les évêques amis de Geoffroy lui suscitèrent de nouvelles difficultés. Réunis à Étampes, sous la présidence de Richer, archevêque de Sens, ils voulurent prononcer contre lui une sentence de déposition. Fort de la justice de sa cause et de la droiture de ses intentions, le nouveau prélat rendit cet attentat sans succès, non moins par sa patience, sa charité et sa douceur, que par son appel au souverain Pontife. Non-seulement il put rester à son poste, malgré la tempête soulevée contre lui, mais il finit par se concilier l'estime et l'amitié de ses adversaires. Tel a été, dans tous les temps et dans tous les pays, le privilège attaché à la sainteté : elle détruit les plus injustes préventions, efface les dissentiments, et concilie ce qui paraissait inconciliable.

Mais le calme dont jouit le Saint ne fut pas de longue durée : son héroïque opposition au mariage adultère du roi Philippe Ier, lui attira l'inimité et la vengeance de ce prince. Philippe avait répudié la reine Berthe, sa femme, pour épouser Bertrade de Montfort, qu'il avait enlevée à Foulques, comte d'Anjou, son mari. Voulant légitimer aux yeux du peuple cette criminelle union, il essaya de l'appuyer de l'autorité du saint évêque de Chartres. Une pareille tentative ne pouvait réussir auprès du courageux et incorruptible pontife. Yves ne se borna pas à refuser de justifier par sa présence un mariage contraire à la loi évangélique ; il conjura le roi de reprendre sa femme légitime et de rendre Bertrade à son époux. « Pour moi », ajouta-t-il, « j'aimerais mieux être jeté au fond de la mer, une meule de moulin au cou, que de scandaliser les chrétiens, en donnant mon consentement à ces noces coupables ». Ces paroles, loin de toucher le cœur du roi, éveillèrent en lui des sentiments de colère et de vengeance. Il prit publiquement Bertrade pour épouse, et, afin de se débarrasser d'un importun censeur, il ordonna que l'évêque de Chartres fût dépouillé de ses biens et jeté en prison. Il poussa ses rigueurs à l'égard du captif jusqu'à lui refuser la nourriture accordée même aux criminels.

Ces mauvais traitements et ces privations n'affaiblirent pas le courage d'Yves. Nouveau Jean-Baptiste, il supporta avec une patiente résignation les injustices du nouvel Hérode. Sachant que le peuple, ému de son malheur, se disposait à forcer les portes de sa prison pour le délivrer, il l'en détourna par une lettre admirable, dont chaque parole respire la douceur et la paix du saint Évangile : « J'apprends », dit-il, « que vous unissez vos forces pour me délivrer. Ne le faites point, je vous le défends. Je ne veux pas d'une liberté acquise au prix des violences, du pillage et des incendies.

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Ce ne sont pas les armes qui m'ont placé sur le siège épiscopal ; ce siège, je ne puis consentir à ce qu'on le défende avec les armes ; je ne serais plus un pasteur, mais un envahisseur. Si la main de Dieu me frappe, qu'elle n'atteigne que moi, et qu'elle ne retombe pas sur les pauvres, les veuves et les orphelins. Souvenez-vous de la conduite des fidèles, lorsque Pierre était en prison : ils adressaient sans cesse au Seigneur des supplications pour sa délivrance. Faites de même ; et le Dieu de paix et de consolation me tendra une main secourable ».

Rendu à son Église, grâce aux démarches faites en sa faveur auprès du roi par le pape Urbain et par Hoël, évêque du Mans, Yves ne vit pas pour cela la fin de ses maux. L'excommunication lancée contre Philippe au concile de Clermont, en l'année 1095, lui attira de nouvelles persécutions. Il vit même son ministère en butte à de si nombreuses et si graves difficultés, qu'il crut devoir solliciter du souverain Pontife la permission de renoncer aux fonctions de l'épiscopat. La réponse d'Urbain mérite d'être connue : elle montre la haute estime qu'il avait pour le Bienheureux. « Si l'épiscopat », lui dit-il, « ne vous est pas nécessaire, vous êtes nécessaire, vous, à l'épiscopat et à l'Église qui ne peut se passer de vos services ». Yves se vit donc forcé d'abandonner le dessein qu'il avait formé d'aller reprendre les exercices de la vie régulière dans son monastère de Saint-Quentin.

Autant le zélé serviteur de Dieu, en présence du devoir, était inaccessible à la faiblesse, à la crainte, et à toute considération humaine, autant il était prompt et généreux à pardonner les injures dont il avait été l'objet. Dès que le roi manifesta l'intention de rompre sa coupable union avec Bertrade, il sollicita et obtint du pape Pascal II, successeur d'Urbain, l'absolution des peines canoniques encourues par Philippe. Cette sage modération, après tant de fermeté, de désintéressement et de souffrances, lui valut dans tout le royaume un concert unanime de bénédictions et de louanges. Il fut vénéré comme un Saint, admiré comme un invincible champion des bonnes mœurs et des lois de l'Église.

Au milieu de ses persécutions et de ses disgrâces, Yves travaillait au salut de ses enfants, comme s'il eût vogué sur une mer calme et paisible. Dans sa prison même, il veillait à ce qu'ils ne souffrissent pas de son absence. Il n'eut rien tant à cœur que l'instruction du clergé et du peuple, la réforme des mœurs et le règne de la discipline ecclésiastique. Fonder de nouveaux monastères, raviver dans les autres l'esprit d'obéissance, de piété et d'étude, procurer aux pauvres des établissements de bienfaisance, tels furent les objets de ses travaux et de sa sollicitude. Ses vertus et ses lumières furent utiles à la France et à l'Église entière. Il n'était pas seulement l'oracle des fidèles : dans plusieurs conciles, ses collègues accueillirent sa voix comme un écho fidèle des traditions de l'Église et de la doctrine des Pères. Il entretenait des relations avec les Papes, les rois, les princes et les plus grands personnages de son époque, comme le montrent ses instructives lettres, immortels monument de piété et de science. Jusqu'au dernier jour de sa sainte et laborieuse carrière, la vertu trouva en lui un dévoué soutien, et le vice un persévérant adversaire. Il ne montra jamais ni faiblesse, ni crainte, dans l'accomplissement de la mission que Dieu lui avait donnée, de détruire et d'édifier, de déraciner et de planter. L'amour divin lui rendait tous les fardeaux légers, tous les sacrifices possibles : il en était tellement embrasé, que sa figure en reflétait une clarté céleste. Plusieurs fois on vit une auréole de lumière environner sa tête, au moment où il célébrait les divins Mystères.

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L’Église de Beauvais était fière d’avoir été le berceau d’un si grand évêque. De son côté, Yves lui avait conservé les sentiments d’un fils pour une mère. Il la visitait souvent ; elle était l’objet de ses pensées et de sa constante sollicitude. Ses lettres attestent à quel point elle lui était chère : ici, il lui rend grâces de l’avoir engendré à Jésus-Christ ; là, il la montre affermissant ses pas dans la voie de la piété. Ailleurs, il lui adresse un tendre et affectueux langage : « De corps », lui dit-il, « je suis éloigné de toi, mais mon esprit est avec toi ». Était-elle affligée, il s’empressait de venir la consoler. Il travaillait à calmer ses divisions et continuait à servir de guide et de père à un grand nombre de ses enfants. Il usa de l’influence qu’il avait sur le clergé et le peuple, pour leur faire élire de pieux et saints Pontifes. Ce fut par ses conseils et son dévouement que l’un d’eux, Foulques de Dammartin, réussit à échapper aux odieuses machinations ourdies contre lui en haine de sa vertu. Prévoyant que ses forces ne lui permettraient pas toujours d’aller se reposer à Beauvais des fatigues de son épiscopat, Yves fonda près de Chartres un monastère du nom de Saint-Jean-en-Vallée et le peupla de chanoines pris dans la communauté de Saint-Quentin, qu’il aimait « comme la prunelle de ses yeux ». Quand il allait y vaquer à la prière, il se croyait encore au milieu de ses humbles et fervents religieux de Beauvais.

Jusqu’aux derniers jours de son laborieux épiscopat, Yves défendit avec une rare énergie l’Église et sa discipline, veilla au maintien des droits temporels de sa cathédrale et de son clergé, et travailla à la prospérité des écoles où la jeunesse était formée à la piété et à la science. Dans toutes les grandes choses qu’il a accomplies, avant et pendant un Pontificat de vingt et un ans, il ne se proposait qu’un but : étendre et affermir ici-bas le royaume de Jésus-Christ. Après avoir rempli avec autant de succès que de zèle cette œuvre si chère à son cœur de Pasteur, il termina sa vie non moins riche de sainteté que de gloire, le 23 décembre de l'an 1116.

## CULTE ET RELIQUES. — SES ÉCRITS.

Son corps fut inhumé dans l’église abbatiale de Saint-Jean-en-Vallée, et y resta jusqu’au XVIᵉ siècle. À cette désastreuse époque de guerres religieuses, il en fut exhumé par la main sacrilège des Calvinistes et livré aux flammes. Sa fête, approuvée par une bulle du pape saint Pie V, en date du 18 décembre 1578, pour les Chanoines Réguliers de Saint-Sauveur de Latran, se célèbre maintenant dans plusieurs diocèses de France.

Outre les ouvrages dont nous avons parlé plus haut, Yves de Chartres en a composé un grand nombre d’autres. Citons seulement ici :

1° Son livre sur la liturgie, intitulé *Micrologue*. Nous sommes redevables, dit un auteur de la Vie d’Yves, à Henri Warton (savant ecclésiastique anglican), de nous avoir appris, de manière à n’en pouvoir douter, que le *Micrologue* a pour auteur Yves de Chartres. Cet écrit n’est qu’une partie détachée d’un ouvrage plus étendu qu’Yves a composé sur les offices de l’Église, de *Officis ecclesiasticis*. Il y en a un très-beau manuscrit presque aussi ancien que l’auteur, dans la bibliothèque de Lambeth, en Angleterre. Cet ouvrage, tel que nous le présente Warton, est composé de soixante et onze chapitres, dont les huit premiers traitent des Matines, Laudes, Prime, Tierce, Sexte, None, Vêpres et Complies. Les soixante-deux suivants composent le *Micrologue*, et le dernier, qui n’est pas dans le *Micrologue*, traite de la messe en général, et de chacune de ses parties. C’est un des travaux les plus considérables qui aient été composés anciennement sur la liturgie.

434 23 DÉCEMBRE.

2° Ses Sermons. Ils sont au nombre de vingt-quatre dans l'édition de ses œuvres qui a été faite en 1647, mais ce ne sont pas les seuls qu'il ait composés.

3° Ses Lettres. Le recueil de ses Lettres surtout est fort précieux ; on y trouve les principaux points de l'enseignement et de la discipline de son temps, ainsi que l'état des mœurs de cette époque. Elles contiennent des faits de l'histoire civile et religieuse que l'on chercherait vainement ailleurs. Si elles attestent son érudition ecclésiastique, elles n'attestent pas moins son humilité et sa modestie. Tantôt il y prend le titre de simple clerc, et tantôt celui d'humble ministre ou de serviteur de l'Église de Chartres. L'on voit, à chacune de leurs pages, qu'elles sortent de la plume d'un docteur non moins illustre par sa sainteté que par sa science.

Plusieurs autres ouvrages d'Yves de Chartres n'ont pas encore été livrés à l'impression, entre autres un Commentaire sur les Psaumes. Il se trouve dans deux manuscrits, l'un provenant de la bibliothèque de Colbert (cote 1475, en 2 vol. in-fol.), et l'autre de la bibliothèque de Saint-Allire, de Clermont, en Auvergne (en 1 vol. in-fol.) ; et dans un troisième manuscrit des Pays-Bas dont parle Sanderus.

Les œuvres de saint Yves se trouvent dans la Patrologie de M. l'abbé Migne.

Extrait des Saints de Beauvais, par M. l'abbé Sabatier.

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## SAINT SERVULE DE ROME, CONFESSEUR (570).

Saint Grégoire le Grand, pour la consolation des personnes affligées de la pauvreté et de la maladie, parle ainsi de saint Servule : « Nous avons vu, sous le portique qui conduit à l'église de Saint-Clément, un homme nommé Servule, que tout Rome a connu comme nous. Il était pauvre des biens du monde, mais riche en mérites. Une longue maladie l'avait réduit à un état pitoyable ; car, depuis sa jeunesse jusqu'à la fin de sa vie, il avait toujours été affligé de paralysie. Il ne suffit pas de dire qu'il ne pouvait pas se tenir debout ; car il ne pouvait pas même se soulever du lit où il était couché, ni s'asseoir, ni porter la main à sa bouche, ni se tourner de côté ou d'autre. Sa mère et son frère l'assistaient, et, comme on lui faisait beaucoup d'aumônes, il se servait de leurs mains pour distribuer aux autres pauvres tout ce qui restait, après avoir pris fort modiquement le nécessaire pour sa subsistance. Il ne savait point lire ; mais, s'étant fait acheter des livres de la sainte Écriture, il priait des religieux qui venaient le voir et à qui il rendait les devoirs de l'hospitalité, de lui en lire quelque chose ; de sorte qu'il l'apprit enfin tout entière. Il s'occupait incessamment, parmi ses incommodités et ses douleurs, à remercier Dieu de l'état où il l'avait réduit, et il passait les jours et les nuits à chanter des hymnes et des cantiques de louange en son honneur.

« Lorsque le temps auquel Dieu voulut récompenser sa patience fut arrivé, le mal, déjà répandu par tous les membres de son corps, attaqua particulièrement les parties vitales ; ce qui lui fit juger que sa mort était proche. Alors il pria tous les pèlerins à qui il faisait l'hospitalité de se lever et de réciter des psaumes autour de lui, en attendant que Dieu disposât de son âme, et, tout moribond qu'il était, il ne laissait pas de joindre sa voix à celle des autres ; mais, pendant cette psalmodie, il jeta tout à coup un grand cri et pria que l'on gardât le silence, disant : « Est-ce que vous n'entendez pas cette mélodie qui résonne dans le ciel ? » Et, tandis qu'il appliquait de toutes ses forces l'oreille de son cœur à écouter ces chants divins, son âme fut heureusement délivrée de la prison de son corps. Au moment où il expira, le lieu fut embaumé d'une odeur incomparable et tous ceux qui étaient présents se sentirent remplis d'une suavité que les parfums les plus exquis ne pouvaient répandre. Ils jugèrent de là que son esprit bienheureux avait été conduit au ciel par cette troupe d'anges dont il avait eu l'harmonie. Un de nos religieux encore vivant fut témoin de cette merveille, et il en fut si touché qu'il ne put en parler qu'en versant des torrents de larmes. Tous ceux qui y assistèrent sentirent toujours cette odeur miraculeuse, jusqu'à ce qu'on eût donné la sépulture à son corps ».

C'est ainsi que parle saint Grégoire, au livre IV de ses Dialogues, chapitre XIV ; mais, dans l'Homélie XV sur les Évangiles, où il raconte les mêmes faits, il ajoute : « Voilà de quelle manière est mort celui qui a souffert la pauvreté et la maladie avec constance. La bonne terre, selon la parole du Seigneur, a produit un bon fruit, et la patience fidèlement exercée a mérité une juste récompense. Dites-moi, je vous prie, mes chers frères, quelle excuse apporterons-nous au jugement de Dieu, nous qui avons reçu de sa Providence des biens pour les distribuer et des mains pour agir, si nous sommes paresseux à faire de bonnes œuvres, après qu'un pauvre qui n'avait

MARTYROLOGES. 435

point l'usage de ses membres a su accomplir la loi du Seigneur ? Quelle raison pourrons-nous alléguer si nous la transgressons ? Ah ! pour nous condamner il ne produira contre nous ni les Apôtres qui, par leurs prédications, ont mené avec eux tant d'âmes dans le ciel, ni les Martyrs qui ont versé leur sang pour entrer dans l'éternité bienheureuse ; mais il nous objectera le pauvre Servule dont les bras, sans mouvement par la nécessité de sa maladie, n'ont jamais cessé de faire de saintes actions. Que cet exemple, mes frères, vous anime donc à la vertu et vous porte à travailler sans relâche à l'affaire de votre saint, afin qu'en imitant la ferveur des Saints, vous soyez en état de participer à leur récompense ».

La vie de saint Servule est représentée en tableaux dans l'église de Saint-Clément, à Rome, et sa mémoire y est en grande vénération.

Ce récit est du Père Giry.

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Événements marquants

  • Exil en Angleterre auprès de saint Wilfrid d'York
  • Mariage avec une princesse saxonne
  • Retour en Austrasie et règne partiel en Alsace
  • Reconquête de tout le royaume d'Austrasie en 673
  • Assassinat dans la forêt de Woëvre par son filleul Grimoald

Miracles

  • Guérison miraculeuse de son fils Sigebert après une chute de cheval

Citations

Heureux le prince qui, avant de commander aux autres, sait se gouverner soi-même.

— Texte source

Date de fête

23 decembre

Époque

7ᵉ siècle

Décès

23 décembre 679 (martyre)

Catégories

Prénoms dérivés

Dagobert

Famille

  • Sigebert (père)
  • Himnehilde (mère)
  • Sigebert (fils)
  • Irmine (fille)
  • Adèle (fille)
  • Rathilde (fille)
  • Ragnétrude (fille)
  • Clovis II (oncle)